Amour, bonheur… égalité

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« Janvier 2021, en grandes lettres colorées sur un large mur parisien s’affichait ce slogan manifeste, « L’amour est déclaré » : comme on déclare la guerre, on peut déclarer l’amour ; « À l’amour comme à la guerre », dit-on. On entend bien que ce n’est pas une déclaration d’amour singulière, mais une phrase impersonnelle. L’amour est déclaré, pour toutes et tous : le monde entier est concerné. ».

Je n’aborde dans cette note que la présentation, « L’amour est déclaré » de Geneviève Fraisse. L’autrice revient sur le début du XIXe siècle, sur trois essais titrés De l’amour, Pivert de Senancour (1806), Destutt de Tracy (1815) et Stendhal (1822). Une suite « logique ou pas » des lendemains de la Révolution française. La question de l’importance du bonheur.

Bonheur, une « idée neuve » pour Saint-Just (1794), le bonheur comme condition de la République nouvelle, le bonheur pensé désormais collectivement, comme un enjeu public, « L’idée est neuve, oui ; et elle atteste autant d’un changement de perspective que d’une sorte d’urgence. L’amour sera alors sollicité car il est nécessaire, aussi bien pour reprendre la base anthropologique d’une société renaissante que pour inventer l’égalité des esprits, donc des cœurs »

Geneviève Fraisse nous parle, entre autres, des perspectives de Stendhal, des points communs et des divergences entre les auteurs cités, du bonheur « loin du mariage et de la reproduction », des liens entre amour et liberté, du lien social et du lien sexuel, du droit au divorce, de l’utopiste Charles Fourier, de la force du mot amour « qui dit le rêve plus que la réalité ».

Il ne faut cependant pas se tromper, « Evidemment, ces textes pensent l’amour avec de la parole masculine ». Stendhal ne donne pas la parole aux femmes mais « il parle pour elles, il parle d’elles, il s’adresse à elles ».

La présentatrice n’oublie pas Isabelle de Charrière, Germaine de Stael, Manon Rolland, l’activité intellectuelle des femmes, les Lumières, « Les Lumières, l’esprit, s’accordent avec la nécessaire liberté ; plus exactement, la liberté des femmes se fonde sur leur capacité à penser ».

Lire, Pauline, le lien entre bonheur et vérité, le mot « idée » et le mot « vérité »,

la similitude ou la ressemblance – comme un flirt avec l’égalité –, le maintien d’un ordre social et sexuel, « De toute façon, l’affirmation de la similitude des deux sexes contient une sorte de provocation que ni la réciprocité ni l’équité n’anticipent puisque ces deux termes sont là pour contenir l’égalité à venir. Ainsi, se reconnaître semblables est une prise de risque politique », la peur de certains – encore aujourd’hui – que « l’égalité efface les différences entre les sexes », la peur que la démocratie (voir le livre de l’autrice : Muse de la raison. Démocratie et exclusion des femmes en France)…

D’hier à aujourd’hui les mêmes obstacles sociaux, les mêmes refus de l’égalité substantielle, une révolution commencée. Restent les conditions de réalisation du bonheur, les conditions nécessaires à l’amour, l’indépendance des êtres, l’égalité…

Je souligne les paragraphes « L’amour est la seule passion qui se paie d’une monnaie qu’elle fabrique elle-même », l’imagination, la cristallisation, la production de sujet, l’écriture de l’amour par fragments, la lecture ouverte comme un « voyage ».

D’hier à aujourd’hui, « Penser le lendemain d’un bouleversement politique avec le prisme de l’amour est vraiment stimulant, et l’histoire se répète », Jules Michelet, Jean-Jacques Rousseau et la coupure entre le privé et le public, « L’espace domestique ne doit pas être contaminé par la démocratie », Fanny Raoul (comme-une-parole-donnee-a-lespace-commun/), la saint-simonienne Claire Démar, les chemins de l’émancipation…

« Avec tous les risques aperçus et assumés : une similitude des sexes qui permettrait l’indifférence des identités, un savoir sans limites qui induirait de la « saine » rivalité entre femmes et hommes ; bref tout ce qui, deux siècles plus tard, ne peut être négligé. De la dialectique, comme un travail du négatif… qui provoquerait cette égalité « parfaite », qui fait si peur. »

Plus qu’une simple invitation à lire ou relire. Penser l’actualité de l’amour et du bonheur.

Stendhal : De l’amour

Présentation de Geneviève Fraisse

Points Seuil, Paris 2021, 432 pages, 8,30 euros

Didier Epsztajn

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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