Textes sur le Nicaragua (février 2022)

  • Le Forum permanent de politique extérieure appelle à ne pas rester indifférent aux graves événements au Nicaragua

  • Communiqué des familles des prisonnier.e.s politiques du « Chipote » sur les procès injustes et illégaux

  • Toute honte bue. Au Nicaragua, la dictature frappe de plus en plus fort

Le Forum permanent de politique extérieure appelle à ne pas rester indifférent aux graves événements au Nicaragua

Le gouvernement de Daniel Ortega et Rosario Murillo a une nouvelle fois porté un coup brutal à la liberté et aux droits humains du peuple nicaraguayen en prononçant de lourdes peines à l’encontre de deux jeunes prisonniers politiques accusés de « conspiration visant à porter atteinte à l’intégrité nationale au détriment de l’État et de la société nicaraguayenne ».

Cette punition injuste et irrationnelle touche les premiers prisonniers politiques à être jugés sur plus de 40 personnes détenues en mai 2021.

Face à ce scénario violent, le Forum Permanent de Politique Etrangère (FPPE) lance un appel urgent à la solidarité avec leurs familles et avec le mouvement démocratique de ce pays d’Amérique centrale, qui subit aujourd’hui une nouvelle escalade de la répression, sous l’influence de la loi 1055 « Défense des droits du peuple à l’indépendance, à la souveraineté et à l’autodétermination pour la paix ». Dans ce contexte, le leader étudiant Lesther Alemán, les activistes sociaux Muhamar Vado et Yader Parajón, la militante des droits humains Ana Margarita Vijil, et Dora María Téllez, leader social et politique et ancienne combattante de la dictature de Somoza, ont déjà été condamnés lors de procès sans accès au public et sans garanties judiciaires, ainsi qu’avec des peines disproportionnées.

Cette réglementation, approuvée sans débat par l’Assemblée nationale (décembre 2020), a fait taire les critiques et supprimé la compétition politique en vue des élections du 7 novembre 2021. Aujourd’hui, elle est utilisée, avec les normes pénales générales, pour condamner les prisonniers de conscience à la prison.

La FPPE s’associe aux déclarations du Centre nicaraguayen des droits de humains (CENIDH), qui a dénoncé les procès comme des « farces répressives utilisées par le régime pour émettre des verdicts de culpabilité et continuer à intimider la population jusqu’à ce qu’elle soit totalement soumise ».

Elle salue également la déclaration de l’Asociación Madres de Abril (AMA), composée des familles des victimes mortelles de l’épidémie sociale de 2018, qui dénonce que les procès, pleins d’arbitraire et en violation des droits de l’homme, « ne doivent pas seulement être déclarés nuls et non avenus, mais considérés comme une nouvelle vague de « crimes contre l’humanité » ».

Il condamne aussi fermement l’annulation de la personnalité juridique d’au moins douze universités et de neuf organisations de la société civile entre le 2 et le 3 février, qui s’ajoute à la persécution systématique des dissidents et de la presse indépendante, qui avait déjà eu lieu auparavant, affectant ainsi gravement les fondements d’une société démocratique avec des citoyens informés et critiques.

En tant que membre du mouvement démocratique et progressiste latino-américain, la FPPE appelle les gouvernements démocratiques et les organisations internationales de la région à ne pas rester impassibles face aux graves événements qui se déroulent au Nicaragua.

Elle demande en particulier au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, lors de sa 49e session qui débute le 28 février, d’empêcher la normalisation de la concentration du pouvoir, l’affaiblissement de l’État de droit, l’arbitraire et la violation des droits humains sur la terre d’Augusto César Sandino, où des centaines de jeunes ont lutté pour la justice et la liberté, aujourd’hui si lointaines.

Forum permanent de politique extérieure

Santiago du Chili, 05 février 2022

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Communiqué des familles des prisonnier.e.s politiques du « Chipote » sur les procès injustes et illégaux

Managua, Nicaragua – 28 Janvier 2022

« Liberté et justice pour tous les prisonnier.e.s politiques »

Nous rendons public le fait que les procès injustes contre certains de nos familles ont repris et que les prochaines audiences ont été programmées au bureau d’aide judiciaire connu sous le nom «El Chipote ».

Face à cette situation, nous réaffirmons que tous les membres de notre famille sont innocents des accusations portées contre eux et qu’ils n’ont fait qu’exercer leurs droits constitutionnels d’expression et d’opinion pour défendre tous les Nicaraguayens. Par conséquent, ce qui correspond légalement est que les autorités judiciaires décrètent l’annulation totale de toutes les poursuites depuis le début et la libération immédiate de tous les prisonniers.e.s politiques, avec la pleine jouissance de leurs droits et garanties constitutionnels.

Un pouvoir judiciaire indépendant est un pilier fondamental pour le développement durable d’une société sous tous ses aspects.

Pendant tout ce temps – plus de huit mois dans la plupart des cas – nos familles ont été maintenues dans une situation d’absence totale de défense et de discrimination inhumaine. Entre autres irrégularités, le droit à la défense a été violé et entravé, avec la tenue d’audiences secrètes sans la présence des avocats de la défense ou des familles. La tenue des audiences se réalisent dans le centre de détention « El Chipote » ; nos familles ont été empêchées de rencontrer en privé leurs avocats, qui n’ont même pas accès aux dossiers complets de la procédure.

Nous tenons à souligner qu’en tant que famille, nous avons le droit d’être présents à toutes les audiences, car les procès pénaux sont publics et les audiences doivent se tenir dans un environnement approprié, dans les salles d’audience respectives et non dans les centres de détention et d’enquête. Les réaliser dans le centre de détention du « Chipote» est contraire au respect de la dignité humaine tant de nos familles que du reste qui font partie du processus et du pouvoir judiciaire lui-même.

En ce moment important de l’histoire nationale, alors que tout le Nicaragua est noyé dans le chagrin et le deuil, la libération de tous prisonnier.e.s politiques est essentielle pour instaurer un climat de paix et de justice.

Nous sommes profondément reconnaissants pour vos prières, votre jeûne et votre accompagnement, tant physique que spirituel, pendant cette période de douleur et d’angoisse qui nous touche tous.

Nous Continuons dans l’unité, la foi et l’espérance.

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Toute honte bue

Au Nicaragua, la dictature frappe de plus en plus fort

Depuis le 31 janvier, se sont ouverts les procès des prisonnier.e.s politiques incarcéré.e.s au printemps dernier dans le cadre de la préparation des élections générales (présidentielle et législatives) du 7 novembre 2021. En deux vagues successives, tou.te.s les dirigeant.e.s politiques et possibles candidat.e.s d’opposition jugé.e.s trop dangereux pour le caudillo Ortega avaient été mis hors d’état de nuire au régime. Détenu.e.s depuis mai 2021 dans des conditions inhumaines, au secret, ces opposant.e.s sont aujourd’hui présenté.e.s à des juges aux ordres, disposés à entériner les lourdes peines (jusqu’à 15 ans de prison) requises par le ministère public. Les conditions de leur arrestation, comme celles de leur détention et maintenant de leur jugement, sont autant de défis à la justice. Les procès sont menés en violation des droits constitutionnels, des règles de procédure et du droit à un procès équitable et à une défense.

Plusieurs détenu.e.s ont d’ores et déjà été condamné.e.s, en application de la loi 1055 de « Défense des droits du peuple à l’indépendance, à la souveraineté et à l’autodétermination pour la paix », adoptée fin 2020, et dont le seul intitulé permet de comprendre qu’elle autorise des poursuites, et justifie par avance de lourdes condamnations, de quiconque oserait critiquer ouvertement le régime.

Dora María Téllez vient d’être condamnée à 15 ans de prison. Ancienne commandante guérillera et ex-ministre de la Santé pendant la révolution sandiniste, elle avait, entre autres choses, participé en 1978 à la prise du Palais national, une action qui en plus de permettre la libération d’une soixantaine de prisonniers politiques avait donné une visibilité internationale à la lutte contre la dictature dynastique de la famille Somoza. De lourdes peines ont également été prononcées contre 9 autres détenu.e.s : le leader étudiant Lesther Alemán, les activistes sociaux Muhamar Vado et Yader Parajón, Donald Alvarenga, Douglas Cerros, Alexis Peralta, la militante des droits humains Ana Margarita Vijil, l’ex-députée Maria Fernanda Flores et Miguel Mora, journaliste et directeur de la chaîne de télévision 100% Noticias. Ce dernier avait déjà été incarcéré en décembre 2018, lorsque la police avait pris d’assaut les locaux de 100% Noticias et, en mars 2019, il avait bénéficié, avec plusieurs centaines de prisonnier.e.s politiques, d’une « amnistie » fruit d’accords signés avec le gouvernement en présence des représentants du Vatican et de l’OEA. 

Nous exigeons l’arrêt de cette farce judiciaire, la libération immédiate et sans conditions de tou.te.s les prisonnier.e.s politiques et l’abrogation des lois iniques au nom desquelles sont engagées les poursuites et prononcées les condamnations.

Nous exprimons notre solidarité, et notre sympathie, aux familles et aux ami.e.s des prisonnier.e.s, et à tous les Nicaraguayen.ne.s qui, dans des conditions chaque jour plus difficiles, poursuivent leur combat contre la dictature.

Nous appelons toutes les forces représentatives de la société française, partis, syndicats et ONG à protester auprès du gouvernement nicaraguayen et à dénoncer cette parodie de justice. 

Le Collectif de solidarité avec le peuple du Nicaragua

Communiqué CSPN 7 février 2022 - Toute honte bue - relu final

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Textes sur le Nicaragua (février 2022) »

  1. Nicaragua : le Centre des Écrivains déclaré illégal
    Le Parlement nicaraguayen, à la demande du gouvernement, a déclaré illégal mercredi le Centre Nicaraguayen des Écrivains (CNE), fondé par une des figures de la guérilla sandiniste, le prêtre-poète Ernesto Cardenal, devenu à la fin de sa vie un des critiques les plus acerbes du président Daniel Ortega
    https://www.franceameriquelatine.org/nicaragua-le-centre-des-ecrivains-declare-illegal-tv5-monde-afp/

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