L’écho de mon cri résonnait comme une énigme sans fin

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L’art particulier de la nouvelle. Une amère ironie contre les enfermements des femmes. Les regards poétiques. Des allers et retour dans le temps. La mémoire d’une fillette. La femme et la vie. La femme et la mort.

Des maisons « blotties dans le sommeil et la torpeur », un jour de fête, des chevaux de bois, « Qu’est-ce qui se passe dans cette ville, D’où vient cette odeur de sang ? », la ville marchande, « Les murs étaient percés de trous béants d’où sortaient des ordures, comme autant de bouches infectes qui les auraient vomies », le prix de toute chose lorsque tout se vend et s’achète…

« J’avais le cafard, ce jour-là ; comme si j’avais traîné avec moi toute la tristesse que j’aurais pu accumuler depuis mon enfance », les demeures sans nom, une liste de personnes inconnues et le réchauffement du cœur, les murs et leur portes closes complices de l’inconnu, des livres et un libraire, un tableau, la couleur mauve, « Je crois bien que c’étaient déjà des fragments de mon tableau qui dansaient ainsi devant mes yeux, pendant que mes oreilles s’imprégnaient des éclats de rire du cadenas comme d’un bourdonnement lointain »…

Un bruissement de clochettes, une leçon de persan, une vision d’été, le décompte des morts, « Les cadavres sans tête courbaient l’échine et disparaissaient sous terre », des femmes en vêtements noirs et voiles blancs, les bottes et les grappes de raisin, le monde derrière une fenêtre qui en modifie la couleur, le sosie de toutes ces femmes, le professeur de calligraphie, l’école, « la seule fenêtre qui s’ouvrît sur le monde mystérieux des hommes », le caftan noir, « Ce jour-là, elle sentit qu’elle venait d’être bannie du monde entier », ces jours qui ont la même couleur, les coups de poings et les coups de pieds, l’aiguille enfoncée dans le ventre, le cuivre et l’étain, le coq dessiné, les dessins brulés, « Dans le ciel bleu avançaient de grands morceaux de nuages blancs qui se soudaient les uns aux autres, se séparaient et se soudaient à nouveau. Pendant un instant, il me sembla que les nuages ressemblaient au manteau coupé de l’homme de lumière »…

Bavarder toute seule à voix haute, les petits Akram, la cruauté, « Quand les chats deviennent des hommes », le travail de domestique, le combat de géants, « Mon ombre, elle aussi, tremblota sur le mur, et soudain, prit la fuite »…

Dans une courte postface, Didier Leroy présente des écrivain·es afghan·es de langue persane. Une riche histoire littéraire.

Il faut lire et faire connaître Spôjmaï Zariâb, une écrivaine qui rend palpable l’humanité de chaque être derrière les ignobles conditions imposées par d’autres. Il y a dans son écriture des désespoirs, la flamme rougeoyante de toutes les espérances. « Si seulement, me disais-je, la femme du voisin et toutes les autres femmes pouvaient se dépouiller de leurs vêtements noirs et de leurs foulards blancs et se parer de jaune, de vert, de bleu, d’orange, de mauve et de pourpre ! Si seulement un jour arrivait où ce seraient les fleurs de leurs jardins qu’elles arroseraient avec leur seau d’eau et de jolis oiseaux qu’elles attireraient à elles pour les nourrir… Ce qu’elle serait belle, cette ville ! Et les autres villes aussi, et le monde entier ! Si un jour… Si seulement… »

Spôjmaï Zariâb : Les demeures sans nom

traduites du persan (Afghanistan) par Didier Leroy

Editions de l’aube, La Tour-d’Aigues 2022, 326 pages, 13,90 euros

https://editionsdelaube.fr/catalogue_de_livres/les-demeures-sans-nom-2/

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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