Ukraine – Russie (4)

  • Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein

  • Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

  • David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

  • Gilbert Achcar : Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

  • Déclaration commune de syndicats ukrainiens

  • Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

  • Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

  • À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

  • Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

  • Esprit : Pour une Ukraine libre !`
  • Pour une résistance civile non-violente en Ukraine
  • Attac Espagne : Non à la guerre !

  • Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

  • Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

  • Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

  • Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine


Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Il existe un parallèle frappant entre le comportement de Vladimir Poutine à l’égard de la Géorgie en 2008, de l’Ukraine en 2014 et maintenant, d’une part et, d’autre part, le comportement de Saddam Hussein à l’égard de l’Iran au lendemain de sa révolution de 1979 et du Koweït en 1990. Les deux hommes ont eu recours à la force, accompagnée de revendications remarquablement similaires, afin de réaliser des ambitions expansionnistes. Saddam Hussein a envahi le territoire iranien à l’automne 1980, prétendant sauver les habitants arabophones de la province du Khuzestan, après les avoir encouragés à se rebeller contre le pouvoir de Téhéran et à déclarer une république indépendante, l’Arabistan. Cette invasion a marqué le début d’une guerre de huit ans, dont le premier effet a été de permettre au nouveau régime iranien de mettre fin au chaos qui a suivi la révolution contre le pouvoir du Shah et de consolider ses rangs. Après un nombre total de morts des deux côtés estimé à un million, ainsi qu’une dévastation et une destruction généralisées, les deux pays se retrouvent à la case départ à la fin de la guerre.

Dix ans plus tard, Saddam Hussein réitère son comportement imprudent en envahissant le Koweït, arguant qu’il s’agit d’une province irakienne découpée par les Britanniques, renouvelant ainsi une vieille revendication qui avait conduit à des tensions militaires entre le gouvernement d’Abd al-Karim Qasim et les autorités du Protectorat britannique au Koweït, lorsque celles-ci avaient décidé d’accorder à ce dernier son « indépendance » en 1961. Le résultat de cette deuxième invasion décidée par Saddam Hussein a été l’occasion donnée aux États-Unis tout d’abord de déployer leurs forces dans la région du Golfe à une échelle sans précédent ; ensuite de bombarder l’Irak « jusqu’à l’âge de pierre », comme le secrétaire d’État de l’époque, James Baker III, en aurait menacé le ministre des affaires étrangères irakien de l’époque, Tariq Aziz, peu avant la guerre ; enfin, et surtout, d’affirmer de manière spectaculaire leur suprématie en tant que seule superpuissance restante dans un monde qui était entré dans un « moment unipolaire » après des décennies de « bipolarité ».

Que les Arabes du Khuzestan aient ou non le droit à l’autodétermination et à l’indépendance, et que les revendications de l’Irak sur le Koweït soient légitimes ou non, n’est pas la question ici. Le comportement imprudent de Saddam Hussein s’est manifesté par sa mauvaise évaluation de l’équilibre des forces dans les deux cas. L’Irak est sorti des deux guerres dévasté et extrêmement affaibli, tandis que le dictateur irakien n’a réussi qu’à renforcer ses adversaires iraniens et américains. Il avait cru que le chaos qui régnait en Iran en 1980 ne ferait qu’empirer à cause de l’invasion irakienne, tout comme il pensait en 1990 que l’Amérique, militairement paralysée depuis sa sortie du Vietnam, n’oserait pas l’affronter.

Quel est le rapport avec Vladimir Poutine ? Le maître du Kremlin ne cache pas sa nostalgie de l’empire des tsars russes, reprochant à plusieurs reprises aux bolcheviks d’avoir appliqué lors de la Révolution russe le principe d’autodétermination en dessinant la carte des républiques soviétiques. Il tient particulièrement, et à juste titre, à empêcher l’élargissement de l’OTAN à des républiques qui, il y a trente ans, faisaient partie de l’URSS et étaient donc soumises à la tutelle russe. En 2008, pour empêcher la Géorgie d’adhérer à l’OTAN, Poutine (qui dirigeait alors le pays depuis le bureau du premier ministre, derrière une façade présidentielle nommée Dmitri Medvedev) a justifié l’invasion de son territoire par son soutien à la sécession des provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud qu’il encourageait à revendiquer leur « indépendance », comme Saddam Hussein l’avait fait avec l’« Arabistan ».

En 2014, Poutine a invoqué son désir de réparer ce qu’il considérait comme une erreur commise par les dirigeants de l’Union soviétique lorsqu’il a envahi la Crimée et l’a formellement annexée à la Russie, pour empêcher l’Ukraine de rejoindre l’OTAN, comme Saddam Hussein avait rêvé de le faire avec le Koweït. La même année, Poutine est également intervenu militairement dans les provinces de Donetsk et de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, après avoir encouragé les séparatistes locaux à déclarer à leur tour leur « indépendance », comme il l’avait fait en Géorgie et comme le dirigeant irakien avait tenté de le faire en Iran. Dans les cas géorgien et ukrainien, Poutine a estimé que les États-Unis étaient trop faibles pour l’affronter : en 2008, ils étaient de plus en plus embourbés en Irak et, en 2014, sortis d’Irak après un échec abyssal, ils connaissaient un renouvellement partiel de la paralysie militaire qui les avait frappés après le Vietnam.

Les circonstances en 2008 et 2014 et par la suite ont semblé valider le jugement de Poutine. L’OTAN a touché le fond lorsque Donald Trump a remporté la présidence américaine en 2016, faisant perdre aux alliés traditionnels de Washington leur confiance dans la fiabilité de la protection américaine. Ils ont souhaité que Joe Biden efface l’héritage de Trump, mais ont été rapidement déçus. En effet, après sa honteuse retraite d’Afghanistan face aux talibans, la crédibilité de l’Amérique a atteint son point le plus bas depuis que sa défaite au Vietnam s’est achevée avec l’arrivée des forces communistes dans la capitale, Saigon. Poutine a donc dû considérer que la situation est devenue favorable à une nouvelle étape. Il a donc intensifié sa pression sur l’Ukraine, avec en toile de fond la reprise des affrontements entre les séparatistes et les forces gouvernementales ukrainiennes et l’entrée en lice de la Turquie, membre de l’OTAN, pour livrer des drones à Kiev. Si l’on ajoute à cela la pénurie mondiale qui a entraîné une forte hausse des prix du pétrole et du gaz, principales sources de revenus de l’État russe, tous les éléments sont réunis.

Cela signifie-t-il que les calculs de Vladimir Poutine sont plus intelligents et plus rationnels que ceux de Saddam Hussein, indépendamment des ressemblances entre leurs aventures militaires ? La réponse probable est que, si les calculs de Poutine se sont avérés corrects jusqu’à présent, il a pris, avec ses récentes actions, un risque plus aventureux que jamais. Joe Biden en profitera pour redorer son image bien écornée, tout comme Boris Johnson : après leurs prophéties auto-réalisatrices, les deux hommes doivent être heureux que Poutine leur donne l’occasion de détourner l’attention de leurs échecs. L’Alliance atlantique se trouve renforcée et dynamisée après avoir été malade (rappelez-vous le commentaire d’Emmanuel Macron sur l’OTAN « en état de mort cérébrale » il y a environ deux ans et demi). Le comportement de Poutine a peut-être même motivé les voisins de la Russie, la Finlande et la Suède, à rejoindre l’OTAN, après plus de soixante-dix ans de neutralité. Ce qui est encore plus dangereux pour la Russie, c’est qu’elle va devoir faire face à une pression économique occidentale considérablement accrue, ce qui va certainement l’affaiblir beaucoup plus que Poutine et son entourage semblent le croire. En fait, la Russie s’engage dans un cas typique de « surextension impériale », pour reprendre l’expression de Paul Kennedy. Elle agit militairement bien au-delà de sa capacité économique, avec un PIB inférieur à celui du Canada, et inférieur même à celui de la Corée du Sud, soit un peu plus de 7% du PIB américain.

Gilbert Achcar

Gilbert Achcar est professeur à l’Ecole des études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres. Il a notamment publié Le Choc des barbaries : Terrorismes et désordre mondial (2002, 2004, 2017), La Poudrière du Moyen-Orient avec Noam Chomsky (2007), Les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits (2009), Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe (2013), Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme (2015) et Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe (2017). Il publiera bientôt The New Cold War : Chronicle of a Confrontation Foretold. 

Ce texte a été publié le 24 février 2022 sur le site The New Arab, et traduit par Contretemps.

https://www.contretemps.eu/poutine-russie-ukraine-irak-guerre-saddam-hussein/

La guerra de Putin en Ucrania: tras los pasos de Sadam Hussein

https://vientosur.info/la-guerra-de-putin-en-ucrania-tras-los-pasos-de-sadam-husei/

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La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

Le 24 février 2022, le lendemain de la célébration du « jour de la Patrie » en Russie, Vladimir Poutine a donné l’ordre à ses troupes d’attaquer l’Ukraine.

Il s’agit d’un crime contre l’humanité, au sens du « crime d’agression » défini par le statut de la Cour pénale internationale (article 8 bis) et d’une violation absolue de la Charte des Nations Unies du 26 juin 1945.

Questions immédiates :

Pourquoi Poutine attaque-t-il maintenant ?

Depuis plusieurs mois, Poutine construit une logique d’escalade, pensant sans doute que le moment est opportun après la débâcle américaine en Afghanistan, et sûr de ne pas risquer de réaction militaire de l’OTAN aujourd’hui.

Poutine a clairement fait monter la pression, sachant que son exigence de « graver dans le marbre » pour l’éternité la non-adhésion à l’OTAN de l’Ukraine et de la Géorgie était inacceptable sous cette forme (alors que par ailleurs Français et Allemands ont toujours exprimé clairement depuis 2008 leur rejet d’une adhésion à court terme)…

Le 21 février Poutine a délibérément « brulé ses vaisseaux », rendant toute désescalade impossible. Ses discours étaient des déclarations de guerre : le néo-tsariste appelant à la « dénazification » de l’Ukraine, puis sa reconnaissance de « l’indépendance » des républiques séparatistes « dans leurs frontières administratives » des deux « oblasts » (districts), c’est-à-dire avec les 2/3 du Donbass sous contrôle ukrainien – signifiant la mort définitive du processus de Minsk (processus international de négociation pour le règlement du conflit du Donbass).

Quels sont les scénarios possibles et les conséquences à court terme ?

Contrôler militairement le pays est « techniquement » possible (l’Occident ayant explicitement annoncé qu’il n’y aurait pas d’engagement militaire direct pour l’empêcher), mais politiquement et financièrement incroyablement coûteux. Prendre le contrôle de l’ensemble du Donbass est plus facile, mais tout de même très compliqué.

Sans doute certains généraux et Poutine lui-même pensent-t-ils que la guerre sera courte, comme en Géorgie en 2008. Ils veulent décapiter l’Ukraine (y compris par l’élimination physique de dirigeants). Veulent-ils occuper durablement Kiev (ils n’avaient, contrairement à ce que pensait Sarkozy jamais eu l’intention de prendre Tbilissi en Géorgie en 2008) ? Ou « simplement » détruire les capacités militaires de l’Ukraine et prendre le contrôle de tout le Donbass ? Espèrent-ils un mouvement en leur faveur des russophones d’Ukraine (plus qu’improbable) ? L’avenir le dira. Mais quoiqu’il arrive sur le plan militaire ces prochains jours, la guerre va durer.

Les conséquences, déjà importantes, vont être énormes, sur le plan économique (à l’échelle mondiale, notamment sur le prix de nombreuses matières premières), géopolitique (bien sûr… et la Chine, qui pense à Taiwan « observe attentivement » ce qui se passe ), évidemment pour les Ukrainiens, mais aussi pour les Russes surtout si la phase militaire du conflit dure.

Si on compare à la crise géorgienne de 2008, (comparaison souvent faite avec ses territoires sécessionnistes et l’intervention militaire russe), on peut multiplier plus que considérablement les effets et conséquences…

Ce qui est quasi certain c’est que le retour « au calme » n’est pas pour demain

Et pour mieux comprendre….

Que faut-il retenir de l’histoire de l’Ukraine ?

Rappelons tout d’abord quelques points d’histoire, au moins récente. Il existe une forte personnalité linguistique et culturelle ukrainienne, une histoire longue depuis la création de la ville de Kiev par les Vikings (Varègues) et de l’espace féodal, chrétien et slave de la première « Rus », jusqu’aux inclusions de territoires aujourd’hui ukrainiens dans les Etats tsariste, autrichien, et polonais.

A la fin du tsarisme en 1917, l’Ukraine a déclaré son indépendance et a été déchirée par une guerre civile opposant entre eux nationalistes ukrainiens de Symon Petlioura, armées allemandes et plus tard polonaises avec des alliés locaux, armées blanches nationalistes russes soutenue militairement sur le terrain par la France jusqu’en 1919, armées socialistes révolutionnaires et anarchistes ukrainiennes et armée rouge bolchéviques. Ces dernier ont triomphé et reconnu en mai 1919 une République socialiste d’Ukraine qui deviendra cofondatrice de l’URSS en 1922. Lénine a favorisé ce processus et il s’est opposé au nationalisme « grand-russien » qui pouvait empêcher la constitution de l’URSS. En 1941 certains Ukrainiens, surtout à l’Ouest du pays ont bien accueilli les envahisseurs allemands et le leader Stephan Bandera a soutenu les nazis (même si ceux-ci l’ont un temps emprisonné pour avoir parlé d’indépendance). Conscient de la force du sentiment national ukrainien, Staline (pourtant l’organisateur de la grande famine qui a frappé particulièrement l’Ukraine en 1932-33) a offert aux ukrainiens une compensation symbolique, l’obtention du statut de « membre fondateur de l’ONU » à côté de l’URSS (dont elle était par ailleurs membre).

Dans son discours néo-tsariste du 21 février 2022, Poutine a expliqué que l’Ukraine n’existait pas, que c’était une « malheureuse invention de Lénine et des bolcheviks ».

La République d’Ukraine indépendante depuis 1991, compte plus de 45 millions d’habitants, sa superficie est celle de la France. La langue ukrainienne (langue officielle) est pratiquée par une majorité de la population, le russe par une forte minorité (et accessoirement aussi par la majorité des ukrainophones). L’ouest, rural, longtemps sous domination autrichienne est plus ukrainophone que l’Est et le Sud, plus industriels sont plus russophones. Et à Kiev comme dans beaucoup d’autres villes, on parle les deux, parfois un mélange… La division linguistique n’est pas un facteur explicatif du conflit, de même que de supposés divisions « ethniques ».

Est-il exact que les promesses de « sécurité collective » en Europe faite par l’Occident n’ont pas été honorées ?

A la fin des années 1980 les dirigeants occidentaux avaient explicitement proposé à Mikhaël Gorbatchev un deal prévoyant le non-développement de l’Alliance Atlantique et de son bras armé, l’OTAN et la construction d’une nouveau système de sécurité collective en Europe, avec pour pivot l’OSCE (L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Rien de cela ne s’est produit, et l’OTAN s’est étendue – sans qu’il y ait d’ailleurs le moindre débat sur son fonctionnement et son rôle alors que les conditions qui avaient présidé à sa création n’existaient plus. Les partis de gouvernements de gauche ou de droite en Europe n’ont d’ailleurs rien proposé à ce sujet.

Quand L’URSS s’est effondrée, les rapports de propriété ont été bouleversés, sous la houlette des organisations financières occidentales, et, dans une atmosphère de pillage, des oligarques ont pris le contrôle d’une bonne partie de l’économie soviétique, en particulier en Russie et en Ukraine. En Russie, un pouvoir politique central a cependant été restauré autour de Poutine et ceux des oligarques qui n’acceptaient pas cette tutelle ont été écartés.

Ou en était l’Etat ukrainien avant 2014 ?

L’indépendance de l’Ukraine a été votée à 90% en décembre 1991 (80% dans l’est, 50% en Crimée) et le pays a cédé les armes nucléaires présentes sur son sol à la Russie (à des fins de désarmement) en échange de la garantie de l’intégrité de ses frontières promise par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie (à Budapest en décembre 1994).

Il n’y a pas eu en Ukraine de consolidation d’un pouvoir exécutif puissant et le poids des oligarques est resté considérable, en particulier dans les régions industrielles, dans un pays ravagé par la corruption. Dans les années 2000, émergent d’un côté un pôle « pro-occidental » incarné un temps par Viktor Ioutchenko et Ioulia Tymochenko, électoralement influent à l’Ouest et à Kiev, et qui a bénéficié en 2004 du soutien d’une partie de la jeunesse lors de la « révolution orange » et de l’autre côté un pôle plutôt « prorusse » incarné par Victor Ianoukovitch et son Parti des régions arborant la couleur bleue et électoralement influent à l’Est et au Sud. Le pays n’est cependant pas pour autant clivé « Orange contre Bleu », c’est plutôt un dégradé d’Ouest en Est… mais avec partout la corruption des oligarques plus ou moins « bleus » ou « oranges », et toutefois des élections, des libertés publiques et une société civile assez solide.

Après des élections gagnée par les « bleus » Ianoukovitch a abandonné un projet d’accord avec l’Union européenne (qui déplaisait à Moscou), provoquant en 2014 la « révolte de Maidan », un fort mouvement populaire avant tout anti-corruption, y compris dans certaines villes de l’est.

Quelle guerre a commencé en 2014 ?

Dans la confusion qui a suivi, en février 2014, les forces spéciales russes ont pris le contrôle de la Crimée. Cette province, donnée à l’Ukraine en 1954 par le pouvoir soviétique d’alors est peuplée de personnes qui se considèrent sans doute plus comme Russes que comme Ukrainiens russophones, mais aussi de russophones qui se sentent plus Ukrainiens et de Tatars, la population autochtone musulmane d’origine, massacrée par les Russes, puis déportée par Staline et dont le retour dans sa patrie a toujours été entravé.

Dans ce même contexte, en avril 2014, des milices locales, avec le concours de forces spéciales russes, ont tenté de prendre le contrôle des territoires électoralement « bleus » à l’est de l’Ukraine. L’échec a été cuisant dans la grande ville de Kharkov, mais ils sont parvenus à s’emparer de deux régions du Donbass, autoproclamées « Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk ». Au départ l’objectif semblait être de déstabiliser l’ensemble du pays et ramener Yanoukovitch au pouvoir, mais très vite cet objectif a été abandonné, Yanoukovitch éliminé et le pouvoir des séparatistes consolidé dans les deux entités (au prix d’une répression forte). Depuis, dans cette région, la guerre n’a pas cessé, elle a fait près de 15 000 morts et provoqué le déplacement de 2 millions de personnes. De part et d’autre de la ligne de front la moitié de la population du Donbass , surtout les jeunes, est partie.

Un « processus de Minsk » a été défini en septembre 2014 pour sortir de la crise, dans la perspective d’une Ukraine fédéralisée ; il a été relancé en 2015 par les Allemands et les Français dans le « format Normandie » (discussions entre Français, Allemands, Ukrainiens et Russes – ces derniers en contact avec les séparatistes). Sans résultat.

La crise actuelle a-t-elle été déclenchée par l’OTAN ?

Bien sûr le refus occidental de construire une vraie sécurité collective au moment de la fin de l’URSS a produit des effets à long terme, tandis que les pays d’Europe centrale adhéraient à l’OTAN comme une « police d’assurance américaine ». Et bon nombre de Russes pouvaient considérer la chose comme une forme de menace.

Les pays de l’OTAN n’ont pas été avares non plus de diverses formes de provocations et gesticulations militaires ces dernières années. Cependant la crise actuelle n’a pas du tout été déclenchée par des actions des Américains mais bien par la concentration d’un nombre inédit de forces militaires russes aux frontières de l’Ukraine, à l’Est, au nord par le Bélarus et au Sud par la Mer Noire.

Quelles était les hypothèses sur les projets de Poutine avant son offensive militaire ?

On pouvait penser que l’objectif premier de Poutine était de restaurer la place de grande puissance de la Russie – en particulier vis-à-vis des Américains, et – mais ce n’est pas nouveau – de considérer d’Union européenne comme un club d’impuissants. L’Etat Russe, jadis cœur d’Empire, a été humilié par l’Occident et « déclassé » comme puissance. La politique de la restauration poutinienne consiste à poser des jalons de reconquête politique (affirmation de puissance), idéologique (nationaliste), territoriale : la Russie a profité des crises à sa périphérie pour contrôler certains territoires (Abkhazie et Ossétie du sud en Géorgie, Transnistrie en Moldavie) ou assurer une forme de tutelle sur des Etats voisins, tout récemment avec les crises des dictatures en Bélarus et au Kazakhstan, et sur l’Arménie démocratique, dans le contexte de la défaite des Arméniens face à l’Azerbaïdjan.

Dans son entreprise de « restauration » Poutine peut compter sur quelques atouts : des ressources en hydrocarbure, mais aussi d’indéniables capacités militaires et militaro-industrielles, un certain savoir-faire idéologico-médiatique pour s’assurer la sympathie de nationaux-populistes ou de secteurs déclassés de population dans les opinions publiques occidentales, une capacité d’alliances (du moins pour le moment) avec la Chine, jusqu’à un certain point avec l’Iran, parfois avec la Turquie (mais celle-ci est foncièrement opposée à l’invasion de l’Ukraine -pays auquel elle fournit des armes.

La « restauration » du statut de grande puissance de la Russie passe par un interventionnisme au-delà des frontières de l’ancien empire, : soutien décisif au régime de Bachar El-Assad ; et la présence militaire et économique russe dans ce pays depuis 2015, l’interventionnisme ouvert de l’Etat russe ou avec les mercenaires du groupe Wagner en Afrique (Libye, Centre-Afrique, Mozambique, Mali…)

Avant même la crise actuelle Poutine avait donc déjà marqué des points. Il a réintroduit la Russie comme acteur majeur du jeu mondial…. Et forcé les Américains et généralement l’occident à le considérer comme tel. Mais à long terme il risque d’en perdre beaucoup et dépendre de plus en plus du soutien Chinois.

Quelle était la situation avant l’agression en Russie et en Ukraine ?

Poutine cherche à créer un climat d’unité patriotique face à « la menace occidentale » et dans sa « guerre de libération de l’Ukraine ». A bien des égards cela semble mieux marcher… en dehors de la Russie qu’en Russie même, dont les habitants ne sont guère partants pour une guerre prolongée et qui ne seront pas aussi enthousiastes que lors de la « prise » de la Crimée de 2014, qui avait alors provoqué une forme d’unanimité patriotique assurant à Poutine une popularité inégalée. Toujours est-il que la régime s’est incroyablement durci ses derniers temps avec la destruction systématique des oppositions politiques (à commencer par Alexis Navalny), des médias indépendants et de la société civile (comme l’ONG Mémorial)… Aujourd’hui la répression à l’intérieur de la Russie est à un niveau inégalé depuis l’URSS des années 1970.

En Ukraine la menace poutinienne a eu plutôt pour effet de construire l’unité nationale et d’éloigner les Ukrainiens de leurs cousins Russes. Dans ce contexte l’extrême droite ukrainienne, électoralement faible, surtout après Maidan (2,5% aux législatives de 2019) mais active et organisée peut en profiter surtout sous occupation russe. Le président Volodimyr Zelinsky a été élu presque par hasard par des Ukrainiens las des dirigeants corrompus – (comédien il incarnait le rôle … d’un Président de la République dans un feuilleton télé !). Pour le moment l’ambiance est plutôt à l’unité nationale autour de lui. Après avoir tenté la dissuasion de la résistance civile et de la cohésion face au risque d’invasion, il fait face courageusement à l’agression d’une puissance militaire infiniment plus forte.

Existe-t-il des forces de paix sur le terrain ?

Du côté russe il est bien entendu extrêmement difficile de s’exprimer, pourtant ces forces existent, ainsi une à circulé en Russie d’artistes, intellectuels, militants civiques, qui osent déclarer : Nous, citoyens russes responsables et patriotes de notre pays, faisons appel aux dirigeants politiques de la Russie et lançons un défi ouvert et public au parti de la guerre, qui s’est formé au sein du gouvernement. Nous exprimons le point de vue de cette partie de la société russe qui déteste la guerre et considère même l’utilisation d’une menace militaire et d’un style criminel dans la rhétorique de la politique étrangère comme un crime [1]. Des militants russes et ukrainiens ont cosignés un appel international Assez de guerre en Europe ! [2] Depuis l’agression des voix anti-guerre, relativement nombreuses, réussissent à se faire entendre et même à s’exprimer dans les rues dès le premier jour, malgré la répression gouvernementale (plusieurs centaines d’arrestations dans plus d’une cinquantaine de ville)… Des pétitions d’intellectuels, d’artistes, de journalistes, de membres du corps médical, se multiplient.

La propagande poutinienne sur le « génocide des Russes en Ukraine », les « nazis de Kiev » ou « l’agression en cours de l’OTAN » est omniprésente en Russie, ce qui ne signifie pas ipso facto que la majorité des Russes y adhère, mais pas non plus que cette majorité est prête à s’engager contre la guerre… Si celle-ci dure (ce qui est possible), si la situation économique se dégrade (ce qui est certain), les choses peuvent évoluer…

En Ukraine, comme le disait avant l’offensive poutinienne Nina Potarska, de la section ukrainienne de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, il est difficile de s’exprimer quand le militarisme envahit tous les esprits. Pourtant des voix se sont élevées contre la logique de guerre, au sein d’une société civile encore vigoureuse. Dans la situation d’invasion actuelle, c’est encore plus dur, et nombre de militants sont absorbés par des tâches humanitaires ou rejoignent la résistance sous les drapeaux… Mais contrairement à la Russie, leur expression est toujours possible.

Que pouvons-nous faire ?

L’expression de notre solidarité politique avec les Russes anti-guerre, menacé d’anéantissement, notre action solidaire avec les organisations de la société civile ukrainienne qui se sentaient bien seule avant l’offensive et réclament notre aide pour faire cesser les combats aujourd’hui.

Le propagande pro-Poutine demeure extrêmement présente en France (même si la Poutinophilie de l’extrême droite a été remise en cause par l’agression actuelle). A gauche le rappel incessant de la situation des années 1980-90, des erreurs (et surtout défaites) stratégiques de l’époque, de l’absence de la construction de mécanisme de sécurité équilibrés, semble justifier une paralysie actuelle, avec des arguments pour justifier celle-ci, concernant ce qui a eu lieu il y a plus de trente ans ! Certaines forces de gauche ignorant la réalité ukrainienne et russe, ne voient en Ukraine qu’un pays soumis à l’Occident ou pire accréditent la propagande poutinienne d’un pouvoir « nazi » avec des hordes « fascistes » arpentant les boulevards. Extrême-droite est présente en Ukraine (quoique électoralement infiniment plus marginale qu’en France) mais il y aussi une société civile particulièrement dynamique, active dans la défense des droits humains, des migrants, des personnes déplacées du Donbass depuis 8 ans, dans les luttes des femmes et des LGBTQI+, ainsi que sur les luttes sociales et syndicales…

Ce « campisme » est une attitude fréquente dans certains milieux supposés progressistes en Europe et Amérique du Nord, dans le Monde Arabe, en Afrique, en Amérique Latine. Il consiste à trouver des vertus aux impérialismes rivaux des Occidentaux, dont l’impérialisme néo-tsariste (par exemple à soutenir l’intervention russe quand il s’agit de sauver le régime criminel de Bachar Al Assad ou celle des mercenaires du groupe Wagner en Lybie ou en Afrique sahélienne et centrale). Toute complaisance de ce type envers l’agression actuelle doit évidemment être vigoureusement dénoncée.

L’immédiateté actuelle, c’est faire reculer la soldatesque poutinienne, avant que les blessures ne laissent des cicatrices indélébiles et que l’engrenage de l’insécurité s’étende.

Mais il est surtout avant tout nécessaire de défendre ceux qui sur place, en Russie s’opposent aux actions guerrières, et de ne pas laisser isolée la société civile ukrainienne. L’action par exemple de la coalition internationale CivilM+, qui lie des mouvements citoyens Ukrainiens et Russes, avec le soutien d’Allemands, de Français, de Néerlandais et quelques autres est un exemple de ce qui peut être fait.

Et après ?

Nous ne savons pas dans quel état nous serons quand cette crise-ci sera terminée. Pour l’heure, nous ne pouvons que constater le défaut congénital des gauches vertes et radicales, pour ne pas parler des sociaux-démocrates, à penser ces sujets qui vont de la « dissuasion » à la « responsabilité de protéger », sinon en quelques slogans « pacifistes » et/ou « anti-impérialistes » creux, dont témoigne aussi cette campagne présidentielle française. Il faut reprendre l’ensemble du sujet, pour la France, pour l’Europe, pour le Monde. Urgemment !

Bernard Dreano, 25 février 2022

Bernard Dreano, Assemblée européenne des citoyens (AEC), réseau international Helsinki Citizens’ Assembly (HCA)

[1] Cet appel est disponible en Russe sur https://echo.msk.ru/blog/echomsk/2972500-echo/

[2] https://euroalter.com/no-more-war-in-europe/

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Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Contre les accusations de complaisance vis-à-vis de Poutine, la gauche devrait affirmer sans rougir ses positions claires et cohérentes contre l’actuelle guerre en Ukraine. Il n’y a pas à opposer la dénonciation la plus ferme de l’invasion décidée par le président russe, que rien ne saurait justifier, le soutien au peuple ukrainien mais aussi à celles et ceux qui en Russie prennent de grands risques en manifestant contre la guerre, et le refus de la stratégie d’encerclement militaire de la Russie mise en oeuvre par les impérialismes occidentaux – réunis au sein de l’OTAN – au cours des trente dernières années. 

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L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine repose sur des prétextes manifestement réactionnaires. La gauche n’a rien à voir avec son programme – et ne devrait pas s’excuser de s’opposer à une réponse militaire américaine.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est écœurante. Vladimir Poutine avait affirmé ce lundi que le « régime de Kiev » refusait toute résolution du conflit dans le Donbass sauf par des « moyens militaires ». Le président russe prétend maintenant le résoudre par un bain de sang bien plus important, qui s’étend déjà au-delà de la région du Donbass et risque de provoquer une conflagration plus large.

Le mépris ouvert de Poutine pour l’indépendance de l’Ukraine est l’expression d’une politique civilisationnelle réactionnaire, comme l’exprime son discours qui fouille les mythes médiévaux pour trouver des raisons de tuer et de mutiler dans le présent. Il est vrai qu’il a un jour affirmé que la chute de l’URSS était « le plus grand désastre géopolitique du siècle dernier ». Ce n’est pourtant pas un hasard si, cette semaine, il a présenté Lénine comme l’« architecte » de l’Ukraine qui a subverti un ordre impérial tsariste plus ancien et donc plus authentique.

Le pouvoir de Poutine a certes tiré sa légitimité du malaise post-soviétique de la Russie : le credo de stabilité militarisée de son gouvernement a en effet trouvé son soutien dans une atmosphère de réel désespoir populaire suite à la destruction de l’ordre social d’avant 1991. Puis, une série de conflits frontaliers ont à leur tour radicalisé son revanchisme nationaliste. Mais son insistance cette semaine à affirmer qu’il allait « vraiment décommuniser » l’Ukraine en la démantelant, a illustré son aversion pour le message soviétique le plus formel de « fraternité entre les peuples ».

Poutine n’a pas été poussé à l’invasion par la menace occidentale ou par une minorité d’extrême droite, petite mais active, en Ukraine. Cependant, il faut clairement reconnaître que les actions occidentales ont contribué à préparer le terrain. Pas seulement parce que l’expansion de l’OTAN après 1991 a encerclé la Russie ou permis à ses militaristes de prétendre que les terres dévastées pendant la Seconde Guerre mondiale sont à nouveau menacées. Mais, plus encore, parce que la prétention de Poutine à défendre les minorités du Donbass s’inspire d’un manuel d’intervention « humanitaire » désormais bien rodé.

Affirmer que ceux qui ont détruit l’Irak, la Libye et la Yougoslavie n’ont pas qualité pour le condamner n’est pas un exercice d’équilibrisme. Des gens comme Blair, Clinton, Trump et Poutine ont souvent été du même côté en collaborant sur le plan matériel dans la guerre contre le terrorisme et par leur travail commun de sape du droit international qu’ils prétendent tous défendre. À maintes reprises, Washington s’est allié à des despotes, a fini par les considérer comme peu fiables, et a lancé contre eux des offensives militaires qui n’ont réussi qu’à répandre le chaos. La gauche a le devoir de se souvenir de ces désastres – et d’empêcher qu’ils ne se répètent dans le présent.

Cette guerre a également des conséquences plus larges sur la politique intérieure, notamment en Russie, où une petite gauche anti-guerre organisée fait face à un puissant appareil d’État sécuritaire. Il est loin d’être évident que la plupart des Russes soient réellement mobilisés en faveur de la guerre : des instituts de sondage comme le Levada Center suggèrent que la reconnaissance des républiques séparatistes du Donbass (sans parler d’une invasion à grande échelle de l’Ukraine) fait beaucoup moins l’unanimité que l’annexion de la Crimée en 2014. Mais la résistance civile ouverte sera confrontée à une forte répression.

Si le conflit reste limité à son ampleur actuelle, ses principales victimes seront les civils en Ukraine, de part et d’autre de la frontière désormais contestée du Donbass. Il est difficile de prévoir comment le gouvernement de Volodymyr Zelensky pourrait réagir, compte tenu de la pression exercée par les forces nationalistes dures à l’intérieur du pays, du vaste déséquilibre des forces et de sa dépendance à l’égard de l’aide occidentale. L’appel qu’il a lancé à la population russe, dans la langue qu’elle partage avec tant de personnes dans sa région d’origine, était certainement admirable.

Quant aux États-Unis et au Royaume-Uni, même s’ils n’envoient pas de troupes en Europe de l’Est, on peut s’attendre à une atmosphère belliqueuse qui fera peut-être écho à celle qui a suivi le 11 septembre, avec des diffamations contre les supposés « laquais de Poutine » et des répressions contre les médias réellement ou simplement supposés être liés à Moscou. L’un des principaux axes de la politique de gauche sera la résistance contre la surveillance déjà envahissante du discours public par les géants des médias sociaux et le maccarthysme d’État. Il s’agira également de défendre le droit des réfugiés de la guerre – et ses retombées probables sur l’approvisionnement alimentaire mondial – à s’installer en Europe.

Ces dernières semaines, la rhétorique médiatico-politique des pays occidentaux a été fortement orientée vers la délégitimation de la gauche et des forces anti-guerre au niveau national. Cela témoigne également de son irréalité et de son impuissance face aux événements en Ukraine. Les experts libéraux parlent souvent des mercenaires de Poutine à l’extrême gauche et à l’extrême droite européennes ; pourtant, aucun parti socialiste n’est financé par des banquiers et des oligarques russes à la manière des Tories britanniques, du Rassemblement national de Marine Le Pen ou de la Lega italienne. La conduite erratique de Poutine les a sûrement embarrassés ; la gauche radicale ne l’a tout simplement jamais admiré.

Comparée à l’époque de la guerre froide, la gauche de la plupart des pays est moins préparée, sur les plans politique et organisationnel, à faire face à la crise actuelle, et encore moins à agir efficacement pour l’arrêter. Mais nous pouvons au minimum nous appuyer sur certains principes de base : le rejet catégorique de l’utilisation de la force militaire ; le refus de justifier un ensemble d’actions guerrières en citant les crimes d’autres ; et, par-dessus tout, une défense de notre droit à parler sans crainte ou accusation de déloyauté.

David Broder

David Broder est historien, spécialiste du communisme et directeur de publication de la branche européenne de Jacobin.

Traduction de l’anglais par Contretemps.

https://www.contretemps.eu/gauche-poutine-ukraine-russie/

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Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

L’invasion russe de l’Ukraine est le deuxième moment déterminant de la nouvelle guerre froide dans laquelle le monde est plongé depuis le début du siècle par suite de la décision américaine d’élargir l’OTAN. Le premier moment déterminant a été l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003. Elle s’est soldée par un échec total dans la réalisation des objectifs impérialistes étatsuniens. Le prix que l’Irak a payé – et continue de payer avec les pays voisins – a été énorme, mais la propension de l’impérialisme étatsunien à envahir d’autres pays a été considérablement réduite, comme le confirme le récent retrait de ses troupes d’Afghanistan.

Le sort de l’invasion de l’Ukraine par la Russie déterminera la propension de tous les autres pays à l’agression. Si elle échoue à son tour, l’effet sur toutes les puissances mondiales et régionales sera celui d’une forte dissuasion. Si elle réussit, c’est-à-dire si la Russie parvient à « pacifier » l’Ukraine sous ses bottes, l’effet sera un glissement majeur de la situation mondiale vers la loi de la jungle sans retenue, enhardissant l’impérialisme des Etats-Unis lui-même et ses alliés à poursuivre leur propre comportement agressif.

Pour l’instant, la résistance héroïque du peuple ukrainien a déstabilisé toute la gamme des admirateurs réactionnaires de Vladimir Poutine, de la droite dure et de l’extrême droite mondiales aux partisans de l’impérialisme russe prétendument de gauche. Une victoire de Poutine en Ukraine renforcerait considérablement cet éventail de politiques réactionnaires.

Au-delà de la condamnation générale de l’invasion russe, il y a eu également quelque confusion dans les rangs des véritables courants anti-impérialistes quant à la position spécifique à adopter sur les questions liées à la guerre en cours. Il est important de clarifier ces questions.

  1. Il ne suffit pas de demander à la Russie de cesser ses attaques et d’appeler à « un cessez-le-feu immédiat et un retour à la table des négociations ». Nous n’avons pas utilisé un tel langage onusien lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Irak, mais nous avons exigé le retrait immédiat et inconditionnel des agresseurs, comme nous l’avons fait dans chaque cas d’invasion d’un pays par un autre. De même, nous devrions exiger non seulement la cessation de l’agression, mais aussi le retrait immédiat et inconditionnel des troupes russes d’Ukraine.

  2. L’exigence du retrait russe s’applique à chaque pouce du territoire ukrainien – y compris le territoire envahi par la Russie en 2014. Lorsqu’il y a un différend sur l’appartenance d’un territoire où que ce soit dans le monde – comme la Crimée ou les provinces de l’Est de l’Ukraine, en l’occurrence – nous n’acceptons jamais qu’il soit résolu par la force brute et la loi du plus fort, mais toujours uniquement par le libre exercice par les peuples concernés de leur droit à l’autodétermination démocratique.

  3. Nous sommes opposés aux appels à l’intervention militaire directe d’une force impériale contre une autre, que ce soit par des troupes au sol ou par l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne à distance. Par principe, nous sommes contre l’intervention militaire directe de toute force impérialiste, où que ce soit. Demander à l’une d’entre elles d’affronter une autre équivaut à souhaiter une guerre mondiale entre puissances nucléaires. De plus, il est impossible qu’une telle intervention puisse s’effectuer dans les limites du droit international puisque la plupart des grandes puissances impérialistes disposent d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Même si l’on peut aisément comprendre que les victimes ukrainiennes de l’agression puissent lancer, par désespoir, de tels appels, il s’agit néanmoins de demandes irresponsables.

  4. Nous sommes pour la livraison sans conditions d’armes défensives aux victimes d’une agression – dans ce cas, à l’Etat ukrainien qui lutte contre l’invasion russe de son territoire. Aucun anti-impérialiste responsable n’a demandé à l’URSS ou à la Chine d’entrer en guerre au Vietnam contre l’invasion américaine, mais tous les anti-impérialistes radicaux étaient favorables à une augmentation des livraisons d’armes par Moscou et Pékin à la résistance vietnamienne. Donner à ceux qui mènent une guerre juste les moyens de lutter contre un agresseur beaucoup plus puissant est un devoir internationaliste élémentaire. S’opposer en bloc à de telles livraisons est en contradiction avec la solidarité élémentaire due aux victimes.

  5. Nous n’avons pas de position de principe générale sur les sanctions. Nous étions favorables aux sanctions visant l’Etat d’apartheid sud-africain et nous sommes favorables aux sanctions visant l’occupation coloniale israélienne. Nous étions contre les sanctions imposées à l’Etat irakien après sa destruction par la guerre en 1991, car il s’agissait de sanctions meurtrières qui ne servaient aucune cause juste, mais seulement la soumission d’un Etat à l’impérialisme des Etats-Unis à un coût quasi génocidaire pour sa population. Les puissances occidentales ont décidé toute une série de nouvelles sanctions contre l’Etat russe pour son invasion de l’Ukraine. Certaines d’entre elles peuvent effectivement réduire la capacité du régime autocratique de Poutine à financer sa machine de guerre, d’autres peuvent nuire à la population russe sans trop affecter le régime ou ses acolytes oligarchiques. Notre opposition à l’agression russe combinée à notre méfiance à l’égard des gouvernements impérialistes occidentaux signifie que nous ne devrions ni soutenir les sanctions de ces derniers, ni exiger leur levée.

  6. Enfin, la question la plus évidente et la plus directe de toutes dans une perspective progressiste est la demande d’ouverture de toutes les frontières aux réfugié·e·s d’Ukraine, comme elles devraient l’être pour tous les réfugié·e·s fuyant la guerre et les persécutions, quelle que soit leur provenance. Le devoir d’accueillir et d’héberger les réfugié·e·s et le coût de cet accueil doivent être équitablement partagés par tous les pays riches. Une aide humanitaire urgente doit également être apportée aux personnes déplacées à l’intérieur des frontières de l’Ukraine.

Solidarité avec le peuple ukrainien ! (27 février 2022)

Gilbert Achcar

Texte reçu le 27 février 2022 de Gilbert Achca r; traduction rédaction A l’Encontre

https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/memorandum-sur-une-position-anti-imperialiste-radicale-concernant-la-guerre-en-ukraine.html

A memorandum on the radical anti-imperialist position regarding the war in Ukraine

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61309

Memorándum sobre una posición antiimperialista radical a propósito de la guerra en Ucrania

https://vientosur.info/memorandum-sobre-una-posicion-antiimperialista-radical-a-proposito-de-la-guerra-en-ucrania/

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Déclaration commune de syndicats ukrainiens

L’Ukraine résiste à l’agression de la Fédération de Russie (FR) depuis 2014.

À la suite de cette agression, la Crimée ukrainienne a été annexée, des parties des régions de Lougansk et de Donetsk en Ukraine ont été occupées. Au cours des huit dernières années d’agression de la FR, l’Ukraine a perdu des dizaines de milliers de vies humaines, plus de 1,5 million de nos citoyens ont été contraints de devenir des personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Dans le même temps, la guerre et la menace d’une invasion à grande échelle minent l’économie ukrainienne. Cela se traduit par des pertes d’installations industrielles et d’infrastructures sur les territoires occupés, l’arrêt des investissements. Tout cela a des conséquences sur les revenus et les emplois des travailleurs qui luttent pour la paix et le développement démocratique de leur pays.

Le président de la Fédération de Russie, V. Poutine, par son décret du 21 février, a reconnu les républiques autoproclamées de Luhansk et de Donetsk comme des États souverains et indépendants.

La reconnaissance de ces républiques autoproclamées est une violation du droit international et la destruction du système de sécurité qui a été développé après la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’URSS, ainsi qu’un acte de violation de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine avec la sortie de facto de la RF des accords de Minsk.

En outre, le 21 février, la Fédération de Russie a commencé à faire entrer officiellement des troupes russes dans le territoire occupé des régions de Louhansk et de Donetsk en Ukraine (l’armée mercenaire et les forces professionnelles russes portant les signes d’identification des forces armées des républiques autoproclamées de Louhansk et de Donetsk ont déjà été déployées illégalement sur les territoires occupés). Les forces armées ukrainiennes respectent strictement le régime de cessez-le-feu. Elles ne mènent aucune action militaire ou illégale dans les territoires occupés. Dans le même temps, sur le territoire contrôlé par l’Ukraine, les civils des régions de Donetsk et de Louhansk souffrent depuis une semaine des tirs d’artillerie incessants en provenance des territoires occupés.

En outre, la FR mène une campagne enragée pour discréditer l’armée ukrainienne en diffusant une désinformation massive, des provocations, des bombardements sous un faux drapeau dans les régions de Louhansk et de Donetsk afin de trouver un casus belli pour déclencher une guerre à grande échelle. La position officielle de l’Ukraine, qui a été annoncée à plusieurs reprises, est fondée sur la recherche d’une voie politique et diplomatique pour le retour des territoires occupés.

Au nom des organisations syndicales, nous exprimons notre profonde gratitude envers les pays, les organisations, les politiciens et les personnes qui ont soutenu l’Ukraine pendant toutes ces années.

Nous demandons aux syndicats et aux organisations publiques de fournir un soutien solidaire à la population ukrainienne dans la lutte contre l’agression de la FR, et d’empêcher une guerre à grande échelle en Europe, qui peut changer instantanément le mode de développement des pays européens et l’architecture de l’ordre mondial.

Nous demandons de diffuser la Déclaration des syndicats ukrainiens sur les ressources web des syndicats, dans les médias sociaux et les messageries.

Le peuple d’Ukraine résistera et gagnera la lutte pour son indépendance, son intégrité territoriale et son choix civilisationnel.

#StopRussianAggressionInUkraine (Arrêtez l’agression russe en Ukraine)

Syndicats signataires :

  • Travailleurs de l’industrie et de l’énergie nucléaires d’Ukraine

  • Syndicat des travailleurs des industries métallurgiques et minières d’Ukraine 

  • Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine

  • Union des travailleurs de l’énergie et de l’industrie électrotechnique d’Ukraine 

  • Union des travailleurs de l’industrie pétrolière et gazière d’Ukraine

  • Union des travailleurs de l’industrie chimique et pétrochimique d’Ukraine 

  • Syndicat des travailleurs de la construction d’avions et de machines d’Ukraine Syndicat des travailleurs de l’industrie de la défense d’Ukraine

  • Syndicat des travailleurs de la radio, de l’électronique et de la mécanique d’Ukraine Syndicat des travailleurs de l’automobile et de la machinerie agricole d’Ukraine Syndicat de la construction mécanique et de la métallurgie d’Ukraine

  • Union des employés d’État d’Ukraine Union des travailleurs de la santé d’Ukraine

  • Syndicat de l’économie municipale, de l’industrie locale, des services à la population d’Ukraine 

  • Syndicat des travailleurs des installations gazières d’Ukraine

  • Union des travailleurs sociaux d’Ukraine

23 Février 2022

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La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Chers frères et sœurs !

Le 24 février, à 5 heures du matin (heure de Kiev), la Russie a lâchement attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine.

Les principales villes ukrainiennes Odesa, Mariupol, Kharkiv, Tchernihiv, ainsi que les oblasts [entité administrative] de Donetsk et de Louhansk sont attaqués. Les aéroports près de Kiev ont également été attaqués. L’armée et le peuple ukrainiens défendent leur terre.

Aujourd’hui, nous devons nous battre pour notre liberté, notre démocratie et notre paix.

La Confédération des syndicats libres d’Ukraine appelle toutes les organisations syndicales mondiales, les frères et sœurs des syndicats de différents pays à la solidarité.

Le KVPU appelle à poursuivre et à renforcer la pression diplomatique et économique internationale sur la Fédération de Russie et à prendre toutes les mesures possibles pour arrêter la guerre et forcer le retrait de ses forces du territoire de l’Ukraine. Un ensemble efficace de sanctions doit être imposé immédiatement contre la Fédération de Russie. Nous appelons à fournir toute l’assistance possible à l’Ukraine.

Nous devons nous unir pour arrêter la guerre et assurer la paix en Ukraine, en Europe et dans le monde entier.

Comme nous l’avons déjà informé, le Président de la Fédération de Russie V. Poutine, par son décret du 21 février, a reconnu les républiques autoproclamées de Luhansk et de Donetsk comme des États souverains et indépendants. En outre, le 21 février, la Fédération de Russie a commencé à faire entrer officiellement les troupes russes dans le territoire occupé des régions de Luhansk et de Donetsk en Ukraine.

Ainsi, selon le droit international humanitaire, la Russie a admis déclencher un conflit armé international.

Nous voulons souligner à nouveau que l’Ukraine a observé le régime de cessez-le-feu et respecté les accords, qu’elle n’a pas mené d’actions militaires ou illégales dans les territoires occupés. C’est la Russie qui a commencé l’agression en 2014. Ce sont les forces russes qui ont bombardé les villes de la région de Donetsk et de Luhansk cette semaine. Aussi, nous appelons à ne pas croire la propagande russe.

Non seulement l’indépendance de l’Ukraine, mais aussi la sécurité de l’Europe entière et l’avenir du monde dépendent de notre réponse commune et de notre solidarité.

L’union fait la force !

Le président de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine 

Mykhailo Volynets, 24 février 2022

http://www.laboursolidarity.org/Declaration-commune-de-syndicats

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Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

Dans une situation extrêmement incertaine, qui nécessite une série d’éclairages variés, nous mettons à disposition en français cette prise de position de la revue LeftEast sur l’agression militaire russe en Ukraine. 

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Les membres du collectif LeftEast sont horrifiés par la violente agression militaire en Ukraine qui a dégénéré en guerre. Elle menace de plonger notre région dans un bain de sang d’une ampleur jamais vue depuis des décennies. Nous condamnons sans équivoque l’invasion criminelle de la part du Kremlin et demandons le retrait des troupes russes jusqu’à la frontière internationale. Si nous n’oublions pas la responsabilité des États-Unis, de l’OTAN et de leurs alliés dans le déclenchement de cette guerre, l’agresseur évident dans la situation actuelle demeure l’élite politique et économique russe.

Nos efforts devraient viser à dénoncer cette invasion impérialiste inexcusable de l’Ukraine par la Russie, à laquelle l’expansion agressive de l’OTAN et le régime ukrainien post-Maïdan ont également ouvert la voie. Dans l’esprit révolutionnaire, et en solidarité avec les peuples d’Ukraine, de Russie et de la région, nous disons « Non ! » à Moscou aujourd’hui et « Non ! » au faux choix entre Moscou et l’OTAN à l’avenir. Nous appelons à un cessez-le-feu immédiat et au retour à la table des négociations. Les intérêts du capital mondial et de son complexe militaire ne valent pas de verser une goutte de plus du sang des peuples. La paix, la terre et le pain !

Nous rejetons le capitalisme oligarchique, le néolibéralisme autoritaire et l’anticommunisme régional, promus par les forces anticommunistes mondiales, responsables de la situation actuelle. Comme Poutine l’a annoncé dans sa « leçon d’histoire » du 21 février : « Vous voulez la décommunisation ? Cela nous convient parfaitement. Mais il ne faut pas, comme on dit, s’arrêter à mi-chemin. Nous sommes prêts à vous montrer ce que signifie une véritable décommunisation de l’Ukraine. » L’attaque de la part du Kremlin est bien l’aboutissement de ce processus de décommunisation.

L’alternative, basée sur l’ultranationalisme et les idéologies d’extrême droite, ne bénéficiera qu’à une poignée de politiciens, tandis que les populations seront condamnées à un cycle incessant de souffrance et de haine. Sur le plan économique, cet anticommunisme nous a apporté le capitalisme oligarchique et la pauvreté, que nous connaissons en Russie, en Ukraine et dans toute l’Europe de l’Est. Sur le plan politique, il nous a apporté des gouvernements qui se soucient à peine de représenter leur population.

Nous affirmons fermement que :

(1) Nous tenons le Kremlin pour responsable de cet acte de guerre ! L’État russe a envahi l’Ukraine au nom d’une nostalgie impériale réactionnaire, en opposition totale avec la solidarité internationaliste illustrée par les mouvements révolutionnaires passés et présents en Europe de l’Est. Le nationalisme de la « Grande Russie » de Poutine est une tentative criminelle et futile d’asseoir son pouvoir à l’échelle internationale, en niant la riche diversité culturelle de l’Europe de l’Est. Nous sommes solidaires de tous les groupes socioculturels de la région et défendons un idéal de solidarité pacifiste, passant par la lutte pour un monde meilleur pour toutes et tous.

(2) Bien que nous considérions le Kremlin comme l’initiateur de cette guerre et comme le principal agresseur aujourd’hui, nous gardons à l’esprit la responsabilité des États-Unis, de leurs alliés et du capital transnational dans cette situation désastreuse. Leur refus de négocier avec la Russie autour des préoccupations concernant l’expansion de l’OTAN a attisé les flammes de la guerre, ignorant les nombreux appels à la désescalade, y compris de la part du gouvernement ukrainien. Au lendemain de la pandémie, les élites économiques et politiques des États-Unis et des autres États capitalistes avancés essaient de détourner l’attention de leurs populations de leur manque de légitimité démocratique et de l’hégémonie économique du projet « Euro-Atlantique ». Elles encouragent la reprise de l’accumulation capitaliste aux dépens des populations d’Europe de l’Est. De son côté, un Poutine belliciste aux ambitions impérialistes, utilise la crise socioéconomique liée à la transition postsocialiste, et renforcée par la pandémie tant en Russie qu’en Ukraine, pour enflammer les sentiments nationalistes et les conflits ethno-nationalistes. Le processus d’intégration de la région à cette alliance Euro-Atlantique, animée par une quête expansionniste de profits, a ainsi abouti à un casus belli : elle a débouché sur une guerre totale en Ukraine.

(3) Nous rejetons l’anticommunisme régional, dont Poutine et sa promesse de « décommunisation » sont l’incarnation, qui bénéficie d’un soutien à peine dissimulé d’une partie de la gauche et des libéraux qui présentent toute opposition à Poutine comme « communiste », alors que son gouvernement stigmatise et brutalise l’opposition de gauche et les mouvements antifascistes, anarchistes et anti-guerre en Russie. Mais nous rejetons tout autant les régimes aux politiques antisociales en Russie et en Ukraine, basés sur le capitalisme oligarchique et qui nourrissent le nationalisme et les idéologies d’extrême droite, ainsi que les régimes opportunistes d’Europe de l’Est aux rhétoriques militaristes qui profitent du malheur des plus démuni·e·s.

(4) Nous rejetons les soi-disant « lois et réformes de décommunisation » des dernières années en Russie et en Ukraine. Les deux « camps ennemis », la Russie et les États-Unis/OTAN, sont des forces impérialistes et capitalistes qui poursuivent la voie du néolibéralisme anticommuniste autoritaire. Cette voie commune, également empruntée par l’Ukraine, se traduit par l’adoption de lois néolibérales sur le travail et de mesures foncières visant à empêcher l’accès à la terre et la dépossession des petits agriculteurs, ainsi que par le déploiement de réformes économiques et sociales qui exposent les peuples à l’exploitation et à la pauvreté. Ceci a entraîné une crise socio-économique sans précédent en Russie et Ukraine, avec un impact régional et mondial.

(5) Contrairement à la glorification du gouvernement ukrainien, représenté comme pleinement démocratique, nous remettons en question le régime post-Maïdan, responsable d’une répression de la gauche et de l’opposition, de l’interdiction des principaux partis d’opposition et du blocage des médias d’opposition, ainsi que de politiques linguistiques discriminatoires sous-tendues par un refus de reconnaître et d’accepter la diversité politique, ethnique et culturelle de l’Ukraine. Nous condamnons également sa politique de sabotage des accords de Minsk au cours des sept dernières années. Les actuelles mesures de « décommunisation » indiquent clairement que nous ne pouvons pas simplement proposer un retour au statu quo en Ukraine.

(6) Nous rejetons les solutions campistes qui cherchent le salut dans une unité Euro-Atlantique raciste et militariste ou dans un eurasisme revanchard, au lieu de soutenir les véritables luttes pour un changement social radical, la démocratie, le pouvoir des travailleurs et travailleuses, l’inclusion et la libération.

(7) Face à ces idéologies réactionnaires qui n’augurent rien d’autre que du sang, de la pauvreté et de la division, nous défendons l’héritage des mouvements révolutionnaires de l’Europe de l’Est. Dans leurs traditions, nous poursuivons de manière critique la lutte contre le capitalisme, l’impérialisme et le militarisme et la promesse d’une égalité religieuse, ethnique et de genre. Cette lutte en solidarité avec tou·te·s les travailleurs et travailleuses, et les opprimé·e·s de notre région, est le seul espoir d’un avenir meilleur pour les Ukrainien·ne·s et les Russes ainsi que pour les groupes historiquement opprimés de la région – les communautés roms, juives, tatares et migrantes, les femmes et les minorités sexuelles. Dans cet esprit, nous proclamons notre solidarité avec les prisonnier·e·s politiques en Ukraine et en Russie et notre soutien au mouvement pour une démocratie anticapitaliste radicale dans les deux pays.

Nous exigeons un cessez-le-feu immédiat, des mesures anti-guerre touchant l’élite économique et politique sans pénaliser les travailleur·euse·s et les peuples des pays touchés, et des négociations qui prennent en compte les erreurs passées et les politiques sociales et économiques qui ont conduit notre région à la guerre. Nous sommes solidaires des mouvements anticapitalistes et anti-guerre en Ukraine et en Russie. Nous ne nous faisons aucune illusion sur les promesses de la démocratie libérale. Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes !

Nous demandons aux camarades partout dans le monde de faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils assurent un accueil complet et humain des réfugié·e·s d’Ukraine et de toutes les autres zones de conflit, d’exiger la mise en place d’une voie rapide vers la paix, et d’exprimer leur solidarité avec celles et ceux dont la vie est affectée par la guerre et le nationalisme. Nous prenons comme guide l’exemple de la longue histoire d’internationalisme et de pacifisme de gauche.

https://www.contretemps.eu/lefteast-guerre-imperiale-poutine-ukraine/

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À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Après un long excursus historique sur l’empire tsariste, l’évolution de l’URSS et « l’erreur » de Lénine d’avoir accordé trop d’autonomie aux « réalités nationales » sur le territoire russe, Vladimir Poutine a annoncé il y a quelques jours sa décision de reconnaître l’indépendance des républiques de Donetsk et de Louhansk dans le Donbass. Comme on sait, cette décision a été rapidement suivie par une invasion militaire de l’Ukraine. 

Historien vivant à Moscou, auteur du livre Dissidents among dissidents (aux éditions Verso), Ilya Boudraitskis s’est entretenu avec Francesco Brusa, pour le site italien Dinamo Press, sur la stratégie de Poutine, sa vision de l’Ukraine, et les réactions possibles des populations du Donbass mais aussi de Russie. 

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Vous attendiez-vous à un tel discours de la part de Poutine ?

La logique de base exprimée par Poutine dans ce discours était de nier effectivement l’existence même de l’Ukraine pour des raisons historiques, c’est-à-dire de prétendre qu’il s’agit d’une « nation artificielle ». L’Ukraine, dans sa forme actuelle, ne serait rien de plus qu’une conséquence des erreurs de Lénine. Et cela, selon Poutine, constitue le principe de base non seulement pour lancer une guerre hypothétique contre le pays voisin, mais même pour « l’anéantir » en tant qu’entité autonome : justement parce que son existence n’est justifiable ni par les conditions actuelles ni par les développements historiques passés.

Partant de là, de manière quelque peu étrange, Poutine en est donc arrivé à la reconnaissance des républiques de Donetsk et de Louhansk, signe que son discours avait aussi d’autres facettes et d’autres ambitions. Il existe en effet des rumeurs selon lesquelles ce discours aurait été préparé avant l’entrée en guerre hier, dans l’intention de justifier une invasion à grande échelle de l’Ukraine, tandis que la conclusion aurait été modifiée en amont pour mettre en évidence cette décision (évidemment plus récente) de reconnaître pleinement les républiques du Donbass.

Il est intéressant de noter que le discours de Poutine s’est concentré presque exclusivement sur le passé, mais que rien ou presque n’a été dit sur l’avenir, qu’il s’agisse des républiques indépendantes ou de ce à quoi la population russe doit s’attendre. Nous devons donc nous demander ce que signifie réellement cette reconnaissance. Je pense qu’il s’agit d’une démarche de la part de Poutine pour entériner et préserver une situation déjà existante. D’un autre côté, à Donetsk et à Louhansk, il y a des institutions qui sont de facto indépendantes de Kiev, il y a des troupes russes sur le territoire et les accords de Minsk n’ont jamais été mis en pratique. Le président russe reconnaît donc cet état de fait.

Qu’est-ce qui pourrait changer ?

Du point de vue de ceux qui vivent sur les territoires des républiques indépendantes – qui se trouvent pris entre les feux des deux camps et en l’absence de la mise en œuvre des accords de Minsk -, cette reconnaissance pourrait représenter quelque chose de positif. Cependant, la situation de non-reconnaissance qui a perduré jusqu’à présent est certainement quelque chose de négatif de leur point de vue : je crois que la plupart des gens espèrent être enfin intégrés dans une forme d’État, que ce soit l’Ukraine ou la Russie. Ce n’est pas un hasard si de nombreux habitants du Donbass sont passés d’un côté ou de l’autre. Je pense que ce qui est en jeu pour eux n’est pas l’indépendance, mais la possibilité de devenir des citoyens à part entière d’un État existant : nous n’avons pas affaire à une minorité particulière, mais à un groupe de personnes à l’identité mixte.

D’autre part, au cours des huit dernières années, l’idée d’une république indépendante a perdu beaucoup de popularité et de légitimité : les dirigeants des mouvements indépendantistes ont disparu de la scène (certains ont été tués, d’autres ont été démis de leurs fonctions et forcés de quitter les républiques) ; d’après les nombreux commentaires que les habitants de Donetsk et de Louhansk ont publiés sur Internet au cours de la récente escalade, il est clair qu’ils ne font pas confiance aux autorités de ces régions.

De toute évidence, la reconnaissance par Poutine signifie l’expiration définitive des accords de Minsk, la fin de l’idée qu’il y avait un conflit interne en Ukraine et qu’un accord pouvait être trouvé entre le gouvernement de Kiev et les autorités autoproclamées du Donbass. La question centrale concerne donc la forme que prendront les relations entre ces territoires et l’Ukraine. Du point de vue de Kiev, la reconnaissance par la Russie de l’indépendance du Donbass (la reconnaissance formelle, j’insiste, de ce qui est un fait depuis des années) pourrait paradoxalement représenter quelque chose d’utile. En effet, Kiev ne souhaite pas réintégrer pleinement Donetsk et Louhansk car il s’agit d’une région qui manque aujourd’hui d’infrastructures et dont la population n’est clairement pas « amie ». De plus, la position de l’Ukraine a toujours été de ne pas vouloir traiter avec les autorités des républiques indépendantes, car elles ont toujours nié le caractère de « guerre civile » de ces événements, l’interprétant comme un affrontement entre leur pays et la Russie.

Qu’est-ce qui vient alors à l’esprit de Poutine ? 

Je pense que, du point de vue du président russe, la décision d’hier a représenté une sorte de « retour en arrière ». Si l’on se souvient des exigences formulées à l’égard de l’OTAN en décembre dernier, le désir sous-jacent de Poutine était d’être un partenaire à égalité avec les États-Unis sur les questions de sécurité mondiale. Or, aujourd’hui, la dynamique se redessine à une échelle locale, qui est celle du Donbass. Certains disent qu’il s’agit même d’un « changement d’optique » convenu, ou du moins discuté, à l’avance avec Macron et Scholz (avec qui Poutine a eu des conversations avant-hier). Pour le président russe, il peut s’agir d’une sortie de crise très avantageuse : il peut présenter à son peuple une désescalade du conflit, mais c’est aussi une sorte de victoire, une conquête territoriale du pays.

Quelles sont les réactions en Russie ?

Je pense que Poutine est convaincu qu’une grande partie de la population russe se soucie réellement du sort « impérial » de son pays et souhaite donc une position plus puissante sur la scène internationale. Cependant, je crois qu’il y a là une divergence. D’après les sondages, il semble évident que l’attention de la plupart des habitants de la Russie d’aujourd’hui est dirigée vers des questions intérieures plutôt que mondiales : la crise économique, l’inflation (fortement exacerbée, il ne faut pas l’oublier, par l’escalade de ces derniers temps)… Et surtout, les sondages montrent qu’environ 60% des gens ont peur de la guerre.

Je pense donc qu’avec la décision de reconnaître l’indépendance des républiques du Donbass, Poutine peut présenter à ses citoyens une sorte de victoire, ou la preuve que nous défendons les populations russes de l’autre côté de la frontière, et en même temps montrer comment les risques d’un conflit violent sont réduits. Cependant, si le sentiment de peur fait consensus, les interprétations sur la nature de cette guerre sont très divergentes : certains pensent qu’il s’agit d’une attaque de l’OTAN, d’autres d’une initiative personnelle de Poutine, etc. Dans son discours, le président russe a essentiellement accusé les élites ukrainiennes d’être des marionnettes aux mains d’autres personnes…

Évidemment, cette approche de Poutine est erronée et tout à fait dangereuse en termes de relations internationales. À partir de ces prémisses, on peut continuer ainsi : en suivant sa logique, on peut dire que les républiques baltes n’existent pas et qu’elles ne sont que des marionnettes aux mains de l’OTAN, tout comme l’Italie elle-même est complètement aux mains des intérêts atlantiques, etc. etc. Dans la pratique, Poutine ne reconnaît la pleine souveraineté et la légitimité du dialogue qu’avec les États-Unis et voudrait négocier et discuter de toutes les questions avec eux, sans reconnaître comme interlocuteurs ces mêmes pays dont l’avenir est peut-être en train de se jouer (comme l’Ukraine).

Sa stratégie rhétorique semble s’orienter vers une sorte de « dé-subjectivisation » et de délégitimation des réalités nationales est-européennes. Lors de la réunion du Conseil de sécurité (peut-être l’organe institutionnel le plus influent en Russie) qui a précédé le discours de Poutine, le chef de la Garde nationale, Zolotov, a affirmé que la frontière occidentale de la Russie n’était pas avec l’Ukraine mais directement avec les États-Unis.

À cela s’ajoute l’accent mis sur la « décommunisation »… 

Poutine a exprimé une vision historique très claire de la manière dont la réalité russe doit être conçue selon lui : selon cette vision, l’Empire russe représentait une réalité positive, la Russie (y compris l’Ukraine) en est issue et Lénine a commis une lourde erreur en créant les différentes républiques nationales. Il les a créées parce qu’il avait des idées utopiques et révolutionnaires qui étaient complètement fausses et qui créent encore des problèmes dans le présent.

Mais après Lénine, il y a eu Staline qui, dans ce sens, a été plus efficace parce qu’il a gouverné l’URSS de manière plus centralisée. Ce qu’il n’a pas fait, cependant, c’est formaliser cette centralisation dans la Constitution, sur laquelle les élites nationalistes ont alors pu s’appuyer afin d’obtenir leur indépendance lorsque l’URSS s’est effondrée, mues par la seule volonté de s’emparer du pouvoir.

Ce sont des idées que Poutine exprime depuis quelques années déjà et, quoi qu’il en soit, cette attitude négative à l’égard de la figure de Lénine est inquiétante : lorsqu’il parle de « véritable dé-communisation », le président russe pourrait également signifier que la délégitimation de l’idéologie communiste dans notre pays est à l’horizon.

Y a-t-il une dissidence par rapport à cette ligne ?

En Russie, les possibilités d’exprimer un désaccord sont très limitées. Les manifestations sont fondamentalement illégales. Il y a bien eu quelques manifestations contre la guerre en Ukraine, mais elles n’ont rassemblé que quelques dizaines de personnes à Moscou ou à Saint-Pétersbourg. Je pense que la raison d’une si faible participation n’est pas due à une approbation générale des actions de notre pays en Ukraine ou en général, mais parce que la plupart des gens n’ont tout simplement pas une idée claire de ce qui se passe.

Les médias officiels proposent des interprétations très confuses : d’une part, ils disent que l’Ukraine est un ennemi, d’autre part, que la Russie est une nation pacifique et qu’elle n’a donc aucunement l’intention d’exacerber le conflit, mais en même temps, ils disent que l’indépendance des républiques du Donbass doit être garantie même au prix d’une intervention militaire, etc. Bref, il est vraiment difficile de comprendre qui attaque qui et pour quelles raisons, et donc de se positionner politiquement.

Interview réalisée par Francisco Brusa pour le site Dinamo Press.

https://www.contretemps.eu/poutine-ukraine-populations-russie-donbass/

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Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

« La guerre avec l’Ukraine, c’est un pas vers le néant », écrivaient plus de 600 chercheurs et journalistes scientifiques russes dans une tribune parue ce 25 février. En écho à leur alerte, des universitaires français lancent une pétition de soutien aux chercheurs et étudiants ukrainiens. Je la relaie ci-dessous et y ajoute quelques compléments.

Les universités françaises et les organismes de recherche ont de nombreuses conventions de coopération avec l’Ukraine. Des chercheurs, des doctorants et des étudiants ukrainiens travaillent dans nos laboratoires. Ils doivent être soutenus activement alors qu’ils traversent des moments terribles. Notre attention doit aussi se porter vers les étudiants dont le visa ou la carte de séjour arrive à expiration. Des instructions doivent être données rapidement aux préfectures pour renouveler leur titre de séjour. Mais plus largement ce sont aussi les étudiant·e·s et les universitaires d’Ukraine qui, ayant pris le chemin de l’exil, devront être accueillis dans nos laboratoires et nos établissements d’enseignement supérieur pour qu’ils puissent continuer leurs rechercher et leurs études. Notre accueil et notre solidarité doivent être inconditionnels.

Notre solidarité peut aussi s’exprimer par notre participation aux manifestations organisées dans nos villes.

Pascal Maillard

Pétition à signer ICI.

Soutien aux chercheurs et étudiants d’Ukraine

Nous exprimons notre profonde solidarité avec les chercheurs et étudiants ukrainiens, et avec l’ensemble de la société ukrainienne, victimes de l’intervention militaire du gouvernement de la Russie. L’invasion des forces armées russes et les bombardements sur l’Ukraine, depuis le 24 février 2022, est une entreprise criminelle historique qui fait écho aux destructions du passé. Nul ne sait quand et comment finira cette guerre mais nous connaissons déjà son coût exorbitant pour les civils et les militaires. Ce qui se joue dans ce pays européen est la destruction de l’ordre en Europe. Face aux usages belliqueux de l’histoire et à l’étouffement du pluralisme politique, les chercheurs doivent plus que jamais élever la voix pour refuser une instrumentalisation infondée de l’histoire et faire valoir la raison civique. En partenariat avec les chercheurs ukrainiens, nous continuerons à porter la parole des sciences humaines et sociales face à la violence armée et à la négation des crimes du passé. Nous apporterons aussi son soutien aux voix critiques et courageuses qui tentent de se faire entendre en Russie et dans l’espace postsoviétique.

https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/260222/solidarite-de-la-communaute-scientifique-avec-l-ukraine

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Pour une Ukraine libre !

Réuni en urgence le vendredi 25 février, après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, le comité de rédaction de la revue Esprit appelle à soutenir l’Ukraine et les Ukrainiens dans leur combat pour la liberté et la souveraineté. Rédigé à l’issue de cette réunion, ce texte a été approuvé à l’unanimité des membres du comité.

Kiev est bombardée, sa population est appelée à prendre les armes, les familles dorment dans le métro pour se protéger des tirs de missiles : la guerre est de retour au cœur de l’Europe. Une guerre menée par l’armée de Vladimir Poutine contre l’Ukraine, mais dont on aurait tort de croire qu’elle ne vise que celle-ci. Soldats et mercenaires russes attaquent les Ukrainiens du sud du Belarus et du territoire occupé de Transnistrie en Moldavie. Les précédents de la Géorgie et de la Crimée, mais également le fait que la Russie occupe actuellement des positions militaires et stratégiques au Mali, en Bosnie-Herzégovine ou en Syrie, nous rappellent que Poutine se place sur un terrain de confrontation beaucoup plus large. C’est au monde démocratique, et à l’Europe démocratique en particulier, qu’il s’attaque.

Trop souvent, la lecture de ces événements a été cantonnée à sa dimension géopolitique, la scène internationale vue comme un plateau d’échecs. Commentateurs et personnalités politiques reprenaient à leur compte le discours d’une Russie soi-disant humiliée, légitimement inquiète d’une prétendue menace que ferait peser contre elle les États-Unis et l’OTAN. Sans jamais que ne soit évoquée, encore moins interrogée, la nature du régime russe. Comme si les grandes puissances jouaient chacune leur partition stratégique, également compréhensible ou défendable. Comme si les peuples et leur aspiration à la liberté n’existaient pas. Comme si les crimes de guerre ne changeaient pas fondamentalement la nature du dialogue et des accords qu’il est possible de conclure avec de tels pouvoirs. Le fait que le régime poutinien bafoue les droits humains dans et hors de ses frontières depuis plus de deux décennies est écarté comme s’il s’agissait d’une question de sensiblerie ou de morale, et non d’une réalité politique essentielle pour orienter nos jugements et ajuster nos décisions.

La guerre de destruction que subissent aujourd’hui les Ukrainiens est inséparable du durcissement continu du régime de Poutine, et de la spirale répressive qui s’est abattue ces dernières années sur la société russe, culminant récemment – après les assassinats de la journaliste Anna Politkovskaïa et de l’opposant Boris Nemtsov – dans la tentative d’empoisonnement et l’arrestation de l’opposant Alexei Navalny, le harcèlement de la presse et des dernières organisations indépendantes qualifiées « d’agents de l’étranger », la dissolution en décembre 2021 de l’association Memorial. De même, la pratique du mensonge politique et de la subversion est devenue sans limite. Dénoncer un « génocide » dans le Donbass ou qualifier les dirigeants ukrainiens de nazis contribue aujourd’hui à pervertir toute référence historique et juridique rationnelle. 

Les développements dramatiques de ces derniers jours s’inscrivent dans un temps déjà long, marqué par le recul du droit international face à l’usage de la force brute. Les guerres en ex-Yougoslavie, en Tchétchénie et en Syrie en ont été d’importants jalons. Les États-Unis ont dévoyé leur ascendant militaire dans la « guerre contre la Terreur » puis se sont retirés des zones de conflits.  L’Union européenne n’a pas réussi à faire rayonner sa « puissance normative ». En Syrie, lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni renonçaient à intervenir, Poutine assuma au contraire le déploiement d’une force militaire, et choisit les bombardements systématiques contre les civils comme tactique de guerre. La suite des événements lui a permis d’asseoir Bachar el-Assad pour longtemps au pouvoir. On ne peut, avec le recul, que déplorer le manque de lucidité de nos gouvernements sur la gravité du danger qu’il représentait déjà. Depuis 20 ans, Poutine gagne « ses » guerres devant l’inertie des démocraties occidentales.

La grammaire de la force est revenue au cœur des relations internationales. Une période très sombre s’ouvre et risque de durer. Nous ne pouvons feindre la surprise, car cela fait vingt ans que de nouveaux dirigeants autoritaires accèdent au pouvoir dans différentes régions du monde et que, sous couvert de « réalisme » ou de « pragmatisme », nous les laissons gagner en influence. Mais cette montée de l’autoritarisme se joue aussi à l’intérieur des démocraties. Rappelons qu’actuellement, aux États-Unis, la position de Joe Biden et Anthony Blinken est en réalité fragile, contestée par un Parti républicain désormais acquis au nationalisme de Donald Trump, hostile au droit international et aux alliances militaires, qui reprend à son compte la rhétorique d’un Occident libéral devenu décadent.

Dans un tel contexte, les démocraties ne peuvent plus se permettre l’impuissance. L’agression de l’Ukraine met en particulier l’Europe au défi de redéfinir ce qui fait sa force, et qui ne saurait se réduire à sa capacité à produire des normes. Il lui faut se penser à la fois comme démocratie et comme puissance, se définir comme volonté politique et pas seulement comme entité géostratégique. La notion de frontière revêt, dans ce contexte, une importance particulière : il faut défendre les frontières de l’Europe, non comme les murs d’une forteresse, mais comme les contours et le creuset d’une véritable citoyenneté démocratique. Le politique n’est pas la propriété exclusive des États et des gouvernements. Aujourd’hui, le peuple ukrainien prend les armes pour sa liberté. Les sociétés civiles existent, traversées d’aspirations multiples, y compris à la liberté, la dignité et la sécurité.

Parce que cette conviction a toujours nourri les engagements de la revue Esprit, nous affirmons aujourd’hui notre soutien aux sociétés civiles ukrainienne, mais également russe et bélarusse, face à l’agression et à la répression dont elles sont victimes. Nous appelons à ce que soit déployée au plus vite une organisation d’accueil et de protection des opposants, dont beaucoup sont très explicitement menacés, et des réfugiés que le conflit force à fuir leur pays. Nous appelons aussi, au-delà de la nécessaire politique de sanctions à l’égard de la Russie, à reconnaître officiellement l’Ukraine comme un État candidat à l’Union européenne. Non pas pour négocier sa future adhésion sous les bombes mais pour affirmer la liberté souveraine d’un peuple à choisir ses alliances et témoigner que nous entendons l’aspiration démocratique de la société ukrainienne. À sa mesure, Esprit se mobilisera pour relayer les voix de celles et ceux qui luttent actuellement pour leur liberté et leurs droits, qui sont aussi les nôtres.

La rédaction et le comité de rédaction

https://esprit.presse.fr/actualites/esprit/pour-une-ukraine-libre-43901

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UKRAINE Communiqué du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN)

Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Le MAN condamne avec vigueur la violation du droit international et de la souveraineté de l’Ukraine dont s’est rendu coupable Vladimir Poutine en attaquant l’Ukraine. Le peuple ukrainien saura-t-il se défendre par la force de la non-violence comme il l’a déjà fait en 2004 avec sa « révolution orange » ?

La paranoïa de Vladimir Poutine – ancien officier du KGB – l’a donc conduit, au nom d’une réécriture fallacieuse de l’Histoire, à lancer ses troupes à l’assaut de l’Ukraine, sûr de sa supériorité militaire, allant même jusqu’à menacer de faire usage de sa force atomique.

Quelques jours après le début de cette offensive, le MAN tient à rappeler que :

– Nombre de citoyens russes, ouvertement ou non, dénonçaient auparavant la politique de Poutine qui a conduit à l’augmentation de la pauvreté et à un nombre de décès dus au covid bien supérieur aux chiffres officiels (1). En réveillant le nationalisme russe, Poutine entend camoufler ces désastres sociétaux.

– Si nombre de citoyens russes, victimes de la propagande poutinienne, croient en la justesse de cette guerre, d’autres ont osé descendre dans les rues pour dénoncer les mensonges de leur dirigeant et dire non à cette folie, quitte à être emprisonnés. N’assimilons pas l’ensemble du peuple russe à ses dirigeants !

Que faire maintenant ?

  • Participer en France aux nombreuses manifestations de soutien au peuple ukrainien.

  • Refuser de soutenir le projet de livrer des armes à l’Ukraine, comme le préconisent plusieurs personnalités occidentales. Cela permettrait à Poutine de légitimer l’emploi de ses armées pour réprimer davantage les populations ukrainiennes. Il faut sortir de la spirale de la violence.

  • Accroître les sanctions financières et économiques contre les dirigeants russes et contre la mafia des oligarques russes, même si des intérêts occidentaux sont alors touchés (approvisionnement en gaz, exportations vers la Russie, …). Il y a urgence par ailleurs à se protéger des cyber-attaques russes dont nous pourrions être victimes en retour.

  • Développer une véritable politique d’accueil des réfugiés ukrainiens est nécessaire. La France, présidant le Conseil de l’Union Européenne, doit également prendre l’initiative de déclarer motif d’asile politique la désertion de soldats ukrainiens et russes en temps de guerre.

  • Encourager et aider la population ukrainienne à exercer une résistance civile non-violente (2) : non-collaboration avec l’occupant, désobéissance civile, blocage économique du pays, interpellation par la population des soldats russes, etc. Avec sa révolution orange, le peuple ukrainien avait réussi en 2004 à montrer au monde entier que la force de la non-violence prévaut sur celle des armes (3).

Tout en manifestant son soutien au peuple ukrainien, le MAN déplore que l’OTAN ne préconise que la défense armée. Il demande avec insistance pour demain la mise en place, au moins en France, d’une défense civile non-violente. Elle aurait été une lueur d’espoir et une source d’inspiration pour le peuple ukrainien.

Contact presse :

Serge Perrin 06 03 80 39 95 et

François Vaillant 06 16 08 41 95

Montreuil, le 26 février 2022

(1) Selon l’agence de presse Reuters, il y aurait déjà eu 700 000 morts du Covid, soit trois fois plus que le nombre officiel russe. La raison du nombre élevé de morts du Covid est à mettre en relation avec le fait que seulement 20% de la population s’est fait vacciner par le Spoutnik V, exprimant là sa méfiance à l’État russe.

(2) Comme cela a eu lieu en août 1968 en Tchécoslovaquie face aux armées du Pacte de Varsovie. Voir la vidéohttps://www.herodote.net/21_aout_1968-evenement-19680821.php

Ces actions avaient abouti à une démoralisation des soldats d’occupation. « Les Tchécoslovaques, écrivait Le Monde dans son éditorial du 29 août 1968, ont été renforcés dans leur détermination par l’efficacité de la résistance non-violente à la fois spontanée et organisée. (…) L’occupant, incapable de donner des ordres ou de faire respecter la moindre instruction à la population devenait grotesque. Terrifiant si l’on ne s’en tenait qu’à la puissance des armes, il était écrasé moralement, aussi bien par sa propre incompréhension de la situation que par l’hostilité et l’ingénieuse résistance du peuple tchécoslovaque. » Un soldat démoralisé est un soldat désarmé !

(3) Voir la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=-Y3h9ao0-7E

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NO-a-la-guerra

Non à la guerre !

La situation d’extrême tension politique et militaire qui s’est développée en Europe au cours des derniers mois a conduit à une intervention militaire russe en Ukraine, qui menace gravement la paix sur notre continent.

Les raisons invoquées par les parties au conflit, la Russie et les États membres de l’OTAN, pour défendre leurs positions – sécurité, souveraineté, liberté, etc. – ainsi que le retranchement et l’immobilisme de leurs positions, rappellent les moments historiques qui ont précédé le déclenchement de graves conflits aux conséquences économiques et humaines terribles pour des millions de personnes.

Nous ne pouvons pas accepter cela.

Les peuples d’Europe sont entraînés dans un jeu géopolitique dans lequel ils n’ont rien à gagner. Ce sont les grandes puissances économiques, comme d’habitude, qui cherchent à tirer profit de la confrontation.

Ils ont propagé des canulars comme ceux que l’on entend si souvent sur les intentions de l’adversaire, et les médias se sont chargés d’agiter les esprits de la population afin de la préparer à ce qui était considéré comme acquis : l’inévitabilité d’une guerre violente.

Sans sous-estimer les autres approches qui permettent de comprendre le conflit actuel comme un de ceux qui opposent les puissances en raison de leurs intérêts géopolitiques et économiques contradictoires, Attac souhaite souligner la gravité des conséquences les plus directes et immédiates de l’affrontement militaire. D’une part, l’augmentation du pouvoir et des profits des industries de l’armement et de la spéculation énergétique, qui sont toutes deux la synthèse du « factótum » actuel des fonds d’investissement des grandes entreprises. D’autre part, la souffrance et l’appauvrissement de la majeure partie des citoyens touchés, qui souffriront avec le déclenchement de la guerre, en plus de graves pertes humaines, de la destruction des logements et d’une augmentation sauvage du prix de tous les biens et services dépendant des prix de l’énergie. Il suffit de se rappeler comment se sont comportés les pays qui ont connu des guerres « libératrices ».

Ce que la situation actuelle appelle de manière urgente, c’est de s’opposer, de la manière la plus unie et la plus forte possible, à cette dérive militaire du conflit, qui a de graves conséquences pour le système mondial dans lequel nous vivons. Il y aura du temps pour proposer les termes d’une solution diplomatique et négociée au conflit.

Le recours à la force doit être absolument et à jamais banni des relations internationales. Attac Espagne et son Conseil scientifique encouragent les mouvements sociaux espagnols et européens à rejoindre une mobilisation citoyenne nécessaire et urgente pour un NON À LA GUERRE.

25/02/2022

Premiers signataires de cette déclaration :

Agustí Colom Cabau. Economista. Profesor de Teoría Económica de la Universidad de Barcelona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Albert Recio Andreu. Economista. Exprofesor de Economía Aplicada. Universidad Autónoma de Barcelona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Alicia García Ruiz. Filósofa y socióloga. Profesora de Filosofía en la Universidad Carlos III de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Ángel Martínez Fernández-Tablas. Economista.  Ex catedrático de Economía Internacional y Desarrollo en la Facultad de Ciencias Económicas de la Universidad Complutense. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Angels Martínez Castells. Economista. Ex-Profesora de Política económica. Universidad de Barcelona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Carlos Berzosa Alonso-Martínez. Economista.  Ex Catedrático de Economía y ex Rector de la Universidad Complutense de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Carlos L. Alfonso Mellado. Jurista. Catedrático de Derecho del Trabajo de la Universidad de Valencia. Presidente del Consejo Económico y Social de la C. Valenciana. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Carlos Martínez García.  Politólogo. Jubilado. Expresidente de ATTAC España. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Carmen Castro García. Economista.  Investigadora y Consultora de Género. Prof. Políticas Públicas e Igualdad de Género. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Daniel Raventós Panella. Economista. Profesor de Teoría Sociológica y Filosofía del Derecho. Facultad de Economía y Empresa. Universidad de Barcelona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Diego González Cadenas. Jurista. Profesor de Derecho Constitucional, Universidad de Valencia. . Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Dolors Comas D´Argemir. Antropóloga. Profesora de antropología social, Universidad Rovira i Virgili de Tarragona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Eduardo Garzón Espinosa. Economista. Profesor de Economía. Universidad Complutense de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Ernest García García. Sociólogo. Profesor de sociología en la Universidad de Valencia. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Fernando Luengo Escalonilla. Economista. Ex Profesor de Economía.  Universidad Complutense de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Fernando Moreno Bernal. Economista. Ex funcionario de la Diputación Provincial de Cádiz. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Francisco Palacios Romeo. Jurista. Profesor de derecho constitucional en la Universidad de Zaragoza. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Gabriela Poblet Denti. Antropóloga. Investigadora y consultora. Directora de Europa Sense Murs. Profesora de la Universidad Autónoma de Barcelona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Gustavo Duch Guillot. Veterinario.  Ex-director de Veterinarios sin Fronteras y coordinador de la revista Soberanía Alimentaria, Biodiversidad y Culturas. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Ignacio Ramonet Miguez. Semiólogo. Doctor en Historia de la Cultura. Periodista exdirector de Le Monde Diplomatique. Fundador de Attac Francia. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Irma Ferrer Peñate. Abogada en activo que presta servicios legales desde hace 25 años en Canarias. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Iván Murray Mas. Geógrafo. Activista ecologista y profesor de Economía ecológica en la Universidad de les Illes Balears. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Jaime Pastor Verdú. Politólogo.  Exprofesor de Ciencias políticas de la UNED. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Jorge Fonseca Castro. Economista. Catedrático honorífico EU de Economía Aplicada en la UCM. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

José Anastasio Urra Urbieta. Economista. Profesor de Economía de la Empresa en la Universidad de Valencia. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

José Antonio García Sáez. Jurista. Profesor de Filosofía del Derecho en la Universidad de Valencia. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

José Luis Pérez Rey. Jurista. Profesor Agregado de Filosofía del Derecho en Universidad Pontificia Comillas. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

José Manuel Naredo Pérez. Economista y estadístico. Pionero, estudioso y divulgador de la economía ecológica en España. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Juan Hernández Vigueras. Abogado y escritor. Autor de numerosos libros y publicaciones sobre Paraísos Fiscales. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Juan Carlos Monedero Fernández-Gala. Politólogo, escritor y profesor de la Universidad Complutense de Madrid (UCM). Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Juan Hernández Vigueras. Abogado y escritor. Autor de numerosos libros y publicaciones sobre Paraísos Fiscales. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Luis Enrique Alonso Benito. Economista y sociólogo. Catedrático de Sociología en la Universidad Autónoma de Madrid (UAM). Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Marco Antonio Moreno Vázquez. Economista y periodista chileno. Analista político y autor de numerosos artículos en Rebelión.org y en otros medios. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Marco Aparicio Wilhelmi. Jurista. Profesor de Derecho Constitucional en la Universidad de Girona. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Marcos Roitman Rosenmann.  Sociólogo. Analista político y ensayista chileno-español. Profesor de estructura social en la Universidad Complutense de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

María José Añón Roig. Jurista. Catedrática de Filosofía del Derecho en la universidad de Valencia. Experta en Derechos humanos. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

María José Fariñas Dulce. Jurista. Profesora Titular de Filosofía y Sociología del Derecho en la Universidad Carlos III de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Máximo Sandín Domínguez. Biólogo. Doctor en Bioantropología. Autor de numerosos libros y publicaciones. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Montserrat Galcerán Huguet. Filósofa. Catedrática de Filosofía. Ex concejala del Ayuntamiento de Madrid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Oscar Carpintero Redondo. Economista. Profesor de Economía Aplicada en la Universidad de Valladolid. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

César Rendueles Menéndez de Llano. Sociólogo, filósofo y ensayista. Investigador del CSIC. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Raúl Lorente Campos. Sociólogo y economista. Profesor de Sociología y Antropología Social en la Universidad de Valencia. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Ramón Franquesa Artés. Economista. Profesor de Economía mundial de la Univ. de Barcelona (UB). Fundador y activista de Marea Pensionista en Cataluña, COESPE. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

Ricardo García Zaldívar. Economista. Exprofesor en la UCM y UC3M. Uno de los fundadores de Attac en España. Coordinador del Consejo Científico de Attac España.

Vicenç Navarro López. Médico, sociólogo y politólogo. Catedrático Emérito de Políticas Públicas en la, Universidad Pompeu Fabra. Profesor de Public Policy en la Johns Hopkins University. Integrante del Consejo Científico de Attac España.

https://vientosur.info/no-a-la-guerra/

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie

Yaakov Dov Bleich, Grand Rabbin d’Ukraine, a publié une déclaration affirmant la solidarité de la communauté juive ukrainienne avec le gouvernement et les forces armées ukrainiennes dans la défense de l’Ukraine. De puissants messages de solidarité ont également été envoyés, entre autres, par le grand mufti d’Ukraine et le Mejlis du peuple tatar de Crimée. La déclaration du grand rabbin Bleich revêt toutefois une importance supplémentaire, compte tenu des mensonges que le dirigeant russe Vladimir Poutine a encore inventés pour tenter de justifier une agression contre l’Ukraine.  Le Kremlin a affirmé que l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait pour but la « démilitarisation » et la « dénazification » du pays.

Sans mentionner directement ce prétendu « objectif » de l’agression russe, le grand rabbin Bleich n’aurait pas pu être plus clair. Il a tweeté :

« La communauté juive fait partie intégrante de l’Ukraine et se tient aux côtés du peuple ukrainien, du gouvernement et des forces armées pour défendre l’Ukraine. Le gouvernement ukrainien a soutenu la communauté juive depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991. »

Il a ensuite ajouté : « Il a défendu la communauté juive et s’est montré ami avec elle. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que le président et l’ancien premier ministre de l’Ukraine sont juifs. »

La Russie a tenté pour la première fois de justifier son invasion de la Crimée et son agression militaire dans le Donbas il y a huit ans, lorsque Poutine a affirmé que la principale préoccupation de la Russie était « l’orgie de nationalistes, d’extrémistes et d’antisémites dans les rues de Kiev ». De retour en 2014, de telles affirmations ont été très publiquement rejetées par les dirigeants religieux et civiques juifs ukrainiens, dont le grand rabbin Bleich. Début mars 2014, il a souligné que les incidents antisémites en Ukraine étaient rares, et que le premier acte de vandalisme antisémite en Crimée était survenu deux jours après la prise de contrôle par les troupes russes. Il a ajouté : « Nous nous attendons à une provocation. Nous prévoyons que les Russes voudront justifier leur invasion de l’Ukraine. Ils affirment déjà dans les médias que les partisans de Bandera courent dans tous les sens et attaquent les synagogues, mais rien de tout cela ne se produit. Il pourrait y avoir des provocations – quelqu’un pourrait se déguiser en nationaliste ukrainien et commencer à tabasser des Juifs. Je n’ai pas peur de faire une telle analogie – c’est ce que les nazis ont fait pendant l’Anschluss autrichien ».

Dans une interview accordée au journal israélien Haaretz, le rabbin Misha Kapustin de Crimée a exprimé des craintes similaires et s’est prononcé très fermement en faveur de l’unité ukrainienne, exprimant son souhait de vivre dans une Ukraine démocratique. Haaretz rapporte également que « les dirigeants juifs se sont fermement alignés sur le gouvernement et contre l’invasion russe. Le grand rabbin d’Ukraine, Yaakov Bleich, a signé – avec d’autres chefs religieux ukrainiens – une lettre ouverte appelant la Russie à « cesser son agression contre l’Ukraine » et à retirer son armée de Crimée. La lettre appelait les Russes et les Ukrainiens à ne pas « croire la propagande qui enflamme l’hostilité entre nous ».

Malgré ce rejet très public des fausses affirmations du Kremlin, M. Poutine a choisi de les rabâcher, et le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, de les répéter docilement. Et ce, malgré le fait que le président Volodymyr Zelensky, qui est juif, a obtenu le soutien électoral de plus de 70% des électeurs en 2019. (Voir aussi : Les faits sur l’antisémitisme en Ukraine que la Russie ne veut pas voir connus –https://khpg.org/en/1550005844).

L’Ukraine a la chance d’avoir de très nombreux leaders religieux et civiques exceptionnels qui ont affirmé avec véhémence l’unité de l’Ukraine et fait preuve de solidarité avec ceux qui sont confrontés à la persécution sur le territoire ukrainien sous occupation russe. En mai 2016, face à la persécution croissante des Tatars de Crimée qui avaient clairement démontré leur identification à l’Ukraine, le Grand Rabbin Bleich s’est joint à d’autres leaders religieux et Tatars de Crimée pour se souvenir des victimes de la déportation de 1944 de tout le peuple Tatar de Crimée. Il a parlé avec éloquence, avertissant que « le monde ne doit pas ignorer la souffrance des Tatars de Crimée comme il a ignoré la nôtre ». Ses paroles peuvent être entendues en russe ici et lues en anglais.

La répression russe a été dirigée contre tous les Ukrainiens de la Crimée occupée ayant une position civique et pro-ukrainienne prononcée, mais les Tatars de Crimée ont sans doute le plus souffert. S’ils constituent la majorité des 120 prisonniers politiques ukrainiens détenus en Crimée occupée ou en Russie, un grand nombre d’éminents Tatars de Crimée vivant à Kiev figureraient en tête de la liste des cibles de la Russie si le pire devait arriver et si Kiev devait tomber aux mains des envahisseurs russes.

À la veille de l’invasion russe, Saïd Ismagilov, mufti de la direction spirituelle des musulmans d’Ukraine, a lancé un appel émouvant à tous les Ukrainiens pour qu’ils se lèvent, unis, pour défendre l’Ukraine. 

C’est cette unité, ainsi que le rejet catégorique des mensonges de Moscou, que les Ukrainiens manifestent depuis trois jours, alors que la Russie prétend « démilitariser »et « dénazifier » l’Ukraine en tirant et en bombardant une ambulance, un jardin d’enfants, des zones résidentielles et des soldats courageux qui défendent leur patrie.

Halya Coynash, 27 février 2022

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Chief Rabbi of Ukraine demolishes Putin’s excuse for Russia’s invasion

https://khpg.org/en/1608810144

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L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Samedi soir, deux jours après que la Russie a lancé son invasion de l’Ukraine, des milliers d’Israéliens, pour la plupart originaires des anciennes républiques soviétiques, sont descendus dans les rues de Tel Aviv. Drapés de drapeaux ukrainiens, ils ont défilé dans la ville avec un message clair : La guerre de Vladimir Poutine doit être arrêtée. Cette manifestation était l’une des nombreuses manifestations organisées à travers le monde pour demander des comptes au président russe pour sa tentative belliqueuse d’occuper et d’usurper un pays voisin tout entier.

La sympathie des Israéliens pour les Ukrainiens a résonné bien au-delà des russophones. Alors que les chars de Poutine avançaient, un seul et même message unificateur a commencé à émaner de divers côtés des médias israéliens : « Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes ». Ce slogan, profondément ancré dans la psyché israélienne, repose sur l’idée que notre existence en tant que Juifs n’a jamais été garantie, et qu’enfin, dans le cadre d’un État-nation qui nous est propre, nous sommes en mesure de nous protéger de quiconque cherche à nous détruire.

Il y a une bonne raison pour laquelle ce slogan résonne puissamment chez tant de Juifs israéliens. L’histoire de l’antisémitisme vicieux dans le monde entier – y compris en Ukraine, où les Juifs ont été confrontés à certains des pires pogroms du siècle dernier – n’est pas ancienne pour beaucoup d’entre nous ou de nos familles. En ce sens, la sympathie intuitive de nombreux Israéliens pour les Ukrainiens est sincère : qui, si ce n’est nous, sait ce que l’on ressent face à une tyrannie du type de celle exercée par la Russie ?

Une réponse évidente, malheureusement, n’a pas été enregistrée chez la plupart des Israéliens.

Quelle que soit l’affinité qu’ils puissent avoir avec la lutte de l’Ukraine, l’idée que les Israéliens juifs ne peuvent faire confiance à personne d’autre qu’à eux-mêmes ne fait pas qu’attiser leurs tendances les plus ultra-nationalistes, elle est tout simplement infondée. Dès les premières années du mouvement sioniste, Israël a existé en grande partie grâce à la magnanimité des autres : l’État a été créé avec le soutien politique, financier et militaire de grandes puissances comme la Grande-Bretagne, et sa conquête de la Palestine en 1948 a été rapidement légitimée par les Nations unies. Le parrainage étranger s’est poursuivi au cours des décennies suivantes, notamment avec un réacteur nucléaire fourni par la France dans les années 1950, l’aide américaine pendant la guerre du Kippour en 1973, et 3,8 milliards de dollars de fonds militaires par an en provenance de Washington.

Ces mêmes puissances mondiales ont, pendant des décennies, donné carte blanche à Israël pour occuper des territoires étrangers comme le Liban et imposer un régime d’apartheid aux Palestiniens entre le fleuve et la mer. En revanche, elles n’ont cessé de fustiger et de punir les Palestiniens qui s’expriment, protestent et prennent les armes – faisant précisément ce que tout autre peuple opprimé ferait – contre leur occupant. Le fait que le Premier ministre israélien Naftali Bennett se soit délibérément abstenu de désigner la Russie comme l’agresseur, pour des raisons stratégiques et géopolitiques, ne contribue guère à masquer ce double standard.

L’invasion de la Russie aurait dû être un miroir important pour la société israélienne – si seulement la grande majorité des Juifs israéliens étaient assez courageux pour s’y regarder. Bien que de nombreux Israéliens se considèrent encore comme une nation vulnérable entourée d’ennemis, ils sont en fait les citoyens d’une puissance régionale dotée de l’arme nucléaire et soutenue par les États occidentaux. Les pays occidentaux devraient eux aussi se regarder dans ce même miroir : alors qu’ils prennent des sanctions rapides pour tenter de faire reculer l’invasion et l’occupation russes, ils rejettent simultanément l’idée même de sanctions contre l’occupation israélienne comme étant non seulement inadmissible, mais aussi antisémite.

Alors que le monde se rallie à juste titre aux Ukrainiens, nous devons nous rappeler que la solidarité avec tout peuple confronté à l’oppression ne signifie pas seulement défiler dans les rues pour une seule cause. Il faut profiter de ce moment pour discuter sérieusement de ceux que nous aidons à lutter pour leurs libertés et de ceux que nous abandonnons à l’asservissement.

Edo Konrad, 27 février 2022

https://www.972mag.com/edition/ukraine-russia-israel-palestinians/

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Cette pétition qui circule actuellement parmi les universitaires chinois sur les réseaux sociaux chinois est désormais censurée par les surveillants chinois de l’Internet.

La guerre a commencé dans l’obscurité.

Aux premières heures du 22 février 2022 (le soir du 21 février à Moscou), le président russe Vladimir Poutine a signé un décret reconnaissant la République populaire de Donetsk et l’État de Lougansk, en tant qu’États indépendants, qui avaient été proclamés par des groupes armés civils dans l’est du pays. Puis, le 24 février, la Fédération de Russie a lancé ses forces aériennes, terrestres et maritimes pour une invasion massive de l’Ukraine.

La communauté internationale a été choquée qu’un membre permanent des Nations Unies, une grande puissance dotée d’armes nucléaires, se batte contre un frère plus faible. À quoi cette guerre va-t-elle mener ? Conduira-t-il à une guerre mondiale à grande échelle ? Les grandes catastrophes de l’histoire ont souvent commencé par des conflits locaux. L’opinion publique internationale est inquiète.

Depuis des jours, Internet retransmet en direct cette guerre : ruines, bruits d’artillerie, réfugiés,… Nous sommes profondément peinés de voir les blessures que subit l’Ukraine. En tant que citoyens d’un pays qui a subi des ravages, des familles brisées, connu des personnes affamées, et a été contraint d’abandonner une partie de son territoire national… nous rappelons que ce genre de souffrances et d’humiliations a forgé notre propre conscience historique, et nous partageons la douleur du peuple ukrainien comme si c’était la nôtre.

Au cours des derniers jours, les Ukrainiens de tous bords se sont prononcés contre cette guerre. Le peuple ukrainien s’est levé. Les vieilles mères ukrainiennes réprimandent sévèrement ces invités indésirables, les vieux pères ukrainiens déplorent les maux de la guerre et les filles ukrainiennes de neuf ans appellent à la paix en larmes. À Moscou, à Saint-Pétersbourg, dans d’autres villes, les citoyens sont descendus dans la rue et les scientifiques ont publié des déclarations anti-guerre. Les voix de la paix et de la protestation contre la guerre ont ému les cœurs et les esprits au-delà des frontières internationales.

Au cours des derniers jours, nous avons suivi de près les développements. Nous avons pensé au passé et à l’avenir. Au milieu de cette clameur, nous sentons que nous aussi devons faire entendre notre voix.

Nous nous sommes fermement opposés à la guerre de la Russie contre l’Ukraine. L’invasion par la force d’un État souverain par la Russie, quelles que soient les raisons ou les excuses que la Russie peut avoir pour ses actions, est une violation des normes des relations internationales fondées sur la Charte des Nations Unies et une violation du système de sécurité international existant.

Nous soutenons fermement les actions du peuple ukrainien pour la défense de son pays. Nous craignons que l’usage de la force par la Russie n’entraîne une déstabilisation de la situation en Europe et dans le monde dans son ensemble et ne conduise à une catastrophe humanitaire plus large.

Nous demandons instamment au gouvernement russe et au président Poutine d’arrêter cette guerre et de régler le différend par des négociations. La politique de puissance détruira non seulement les réalisations de la civilisation et les principes de la justice internationale, mais apportera également une grande honte et un désastre à la nation russe.

La paix commence avec le désir du cœur humain. Nous nous opposons aux guerres injustes.

26 février 2022

Initiateurs :
Professeur Sun Jiang, Université de Nanjing
Professeur Wang Lixin, Université de Pékin
Professeur Xu Guoqi, Université de Hong Kong
Professeur Zhong Weimin, Université Tsinghua
Professeur Chen Yan, Fudan University

http://www.laboursolidarity.org/Professeurs-chinois-notre-attitude

PRC Profs: Our Attitude Towards Russia’s Invasion of Ukraine

https://gaodawei.wordpress.com/2022/02/26/2022-prc-profs-our-attitude-towards-russias-invasion-of-ukraine/

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Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

Dans un rêve de Russie tsariste et dans le but de rivaliser pour l’hégémonie mondiale, Poutine du Kremlin a officiellement lancé jeudi (24 février) une guerre d’invasion impérialiste contre l’Ukraine. Depuis les révolutions de 1989 en Europe de l’Est, le monde est à nouveau à la croisée des chemins : soit la libération des opprimés, soit l’abîme de la tyrannie barbare. En tant qu’étudiant·es universitaires, regarder le monde tout en étant sur le sol de Hong Kong est l’une de nos responsabilités. Nous aimerions donner des réponses à la crise mondiale comme suit,

I. Insister sur la position anti-guerre

Depuis le début de la guerre, il y a eu différents discours sur l’invasion russe, les chauvins pro-russes ont observé l’escalade de la situation avec joie, les pays occidentaux et l’Asie de l’Est n’ont pris aucune mesure substantielle, et même les Talibans, qui ont écrasé le peuple afghan par la force, se sont comportés en gardiens de la paix et ont appelé à la négociation. L’agression, la guerre civile et le désordre qui s’ensuit ont toujours été les ruses de l’impérialisme, et dans un tel état de chaos, les personnes qui souffrent de la guerre et sont opprimées par différents régimes doivent s’unir une fois de plus, et reconstruire les fronts anti-guerre que nous avons vus autrefois lors de la guerre du Vietnam et de la guerre d’Irak – nous nous opposons non seulement à l’agression militaire commandée par Poutine, mais aussi à l’OTAN, qui a conduit à la crise en Ukraine ; nous sommes solidaires des milliers de manifestants anti-guerre en Russie pour insister sur une position anti-guerre internationaliste.

II. S’opposer à l’attitude hypocrite représentée par les Etats-Unis.

Après le déclenchement de la guerre, les pays occidentaux, menés par les États-Unis, n’ont apporté aucune contribution substantielle à la résolution du conflit, si ce n’est leur condamnation provocatrice de la Russie. Ils ont affirmé qu’il y aurait de graves conséquences après l’invasion militaire offensive de la Russie. Ces condamnations absurdes ont peu d’impact sur les décisions aventureuses de la Russie et ne contribuent guère à un compromis politique équitable. De 1945 à 1989, plus de 300 guerres ont eu lieu dans le monde. Les États-Unis ont lancé à eux seuls 30 opérations militaires majeures, tandis que les Nations unies, dirigées par l’Occident, n’ont pas émis d’opposition ferme à ces opérations invasives. Combien de personnes innocentes et pauvres ont été envoyées sur le champ de bataille ? Qu Qu’ont apporté les condamnations occidentales pendant ces guerres ? Ce dont l’Ukraine a besoin, ce n’est définitivement pas des chèques en bois que la société occidentale émet depuis le siècle dernier. Ce dont l’Ukraine a besoin, c’est d’un soutien substantiel qui vise à un accord politique équitable et durable prenant en considération le bien-être de tous les citoyens ukrainiens.

III. Soutenir l’autodétermination du peuple ukrainien

Entre le chauvinisme grand-russe et les ambitions expansionnistes de l’OTAN, c’est le peuple ukrainien et les minorités ethniques divisées et opprimées qui font les frais de l’échec des négociations entre les deux gouvernements populistes. La République soviétique établie par la Russie après la révolution d’octobre 1917 préconisait l’établissement d’une alliance nationale volontaire.

L’Ukraine, qui avait été longtemps opprimée par la Russie impériale, a alors été libérée du carcan d’une nation subordonnée et de la haine du nationalisme, et a pu s’autodéterminer. Cependant, sous la dictature stalinienne, l’Ukraine est tombée aux mains du fascisme et de l’impérialisme. Dans l’ère post-soviétique actuelle, l’Ukraine est toujours un champ de bataille pour la Russie impériale de Poutine et les forces de l’OTAN. Il est clair que ni la collusion avec la Russie ni la confiance dans les puissances occidentales ne peuvent permettre de sortir de cette situation difficile. L’Ukraine ne devrait jamais être un pion dans la contestation des grandes puissances. Nous soutenons donc fermement l’autodétermination du peuple ukrainien, tout comme le gouvernement révolutionnaire ukrainien s’est battu pour la « liberté d’association », l’« internationalisme » et la « libération nationale » au début du 20e siècle.

IV. Que peut faire la communauté internationale ?

La meilleure façon pour la communauté internationale d’aider l’Ukraine tout en exerçant une pression sur la Russie est de : (i)¿ de confisquer les biens et les actifs des oligarques et des fonctionnaires russes ; (ii) d’élaborer un plan visant à restaurer les zones touchées par la guerre et à soutenir la population locale avec les biens confisqués aux oligarques russes et ukrainiens, accumulés par le pillage et l’exploitation en premier lieu ; (iii) d’abolir la dette extérieure de l’Ukraine et de soutenir l’économie ukrainienne déchirée par la guerre. […] La communauté internationale ne peut pas compter sur les bureaucrates, mais doit s’unir et faire pression sur leurs gouvernements : à l’instar de ces actes vraiment significatifs dont ont fait preuve des milliers de manifestants anti-guerre en Russie, qui ont protesté contre les atrocités commises par leur gouvernement.

V. Que pouvons-nous faire à Hong Kong ?

Alors que la société civile de Hong Kong est également en recul, d’innombrables Hongkongais·es se préoccupent toujours de la situation en Ukraine. Certains journalistes courageux se sont portés volontaires pour documenter la situation dans la région, d’autres ont fait des dons au gouvernement et aux entreprises ukrainiennes, dans l’espoir d’aider l’Ukraine à lutter contre la Russie. Tout en déployant tous nos efforts pour aider l’Ukraine, nous ne devons pas oublier de rechercher les causes et les conséquences de cette guerre d’agression, et d’approfondir l’histoire multiethnique de l’Ukraine qui a été intentionnellement déformée, voire effacée. Nous devons également nous informer et nous donner les moyens d’agir, et tisser des liens avec tous les opprimés du monde.

Nous sommes aux côtés de tous les opprimés du monde.

Un groupe d’étudiant·es de l’université de Hong Kong

26 février 2022

http://www.laboursolidarity.org/Declaration-des-etudiant-es-des


En complément possible :

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu (+ autres textes)

Ajout : Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Ajout : Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Ajout : Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Aout : Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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