Ukraine – Russie (7)

  • Les Cahiers de l’antidote n°1 « Spécial Ukraine » : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !
  • Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine
  • Pascal Boniface : Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie
  • Yorgos Mitralias : Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!
  • Izabella Marengo et Pierre Jasmin : NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN
  • Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire
  • Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine
  • Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne
  • Stefan Bekier : « Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!
  • Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »
  • Déclaration intersyndicale : Non à la guerre : retrait immédiat des troupes russes, solidarité avec le peuple ukrainien

Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !

Les Cahiers de l’antidote « Spécial Ukraine » n°1 (3 mars 2022)

couverture

Après les Gilets jaunes, la pandémie du Covid, la Colombie et la Birmanie, les éditions Syllepse poursuivent la publication d’ouvrages accessibles à tous et toutes qui éclairent sur les enjeux des convulsions d’un monde qui n’en finit pas de semer la misère, la souffrance et la guerre. Les éditions Syllepse se sont associées pour cette série sur l’agression de la Russie poutinienne contre l’Ukraine aux éditions Page 2 (Lausanne) et M Éditeur (Montréal), aux revues New Politics (New York), Les Utopiques (Paris) et ContreTemps (Paris), aux sites À l’encontre (Lausanne) et Europe solidaire sans frontières, ainsi qu’au blog Entre les lignes entre les mots (Paris) et au Réseau syndical international de solidarité et de luttes.

À l’encontre: https://alencontre.org ContreTemps: http://lesdossiers-contretemps.org Éditions Page 2: https://alencontre.org Éditions Syllepse: https://www.syllepse.net Entre les lignes, entre les mots: https://entreleslignesentrelesmots.blog Europe solidaire sans frontières: www.europe-solidaire.org Les Utopiques: https://www.lesutopiques.org M Éditeur: https://m-editeur.info/ New Politics: https://newpol.org Réseau syndical international de solidarité et de luttes: http://laboursolidarity.org

Un livre de 74 pages à télécharger gratuitement : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine 1-1

https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine-1.pdf

https://www.cetri.be/Liberte-et-democratie-pour-les

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61409 

https://solidaires.org/Liberte-et-democratie-pour-les-peuples-d-Ukraine 

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Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine

La liste est mise à jour ici https://clck.ru/dN9AW. Vous pouvez signer la lettre ouverte via ce formulaire google. Veuillez ne pas signer le courriel plus d’une fois, le formulaire fonctionne bien.

Nous, artistes, conservateurs, architectes, critiques d’art, gestionnaires d’art – représentants de la culture et de l’art de la Fédération de Russie – avons initié et signons cette lettre ouverte, que nous considérons comme une action insuffisante mais nécessaire à la paix entre la Russie et l’Ukraine.

Le 24 février 2022, la Fédération de Russie a lancé une offensive militaire soudaine, agressive et ouverte dans toute l’Ukraine. La raison en a été déclarée « protection des habitants de la DNR et de la LNR », alors que des actions militaires sont menées dans toute l’Ukraine et dans ses principales villes : Kiev, Lviv, Kharkiv, Odessa et autres. Un grand nombre de nos parents, amis, connaissances et collègues font partie des résidents de ces villes. Nous exigeons que cette guerre avec l’Ukraine – un État souverain et indépendant depuis 2014 – soit arrêtée et que les négociations commencent sur une base respectueuse et égale.

La guerre en Ukraine est une terrible tragédie pour les Ukrainiens comme pour les Russes. Elle provoque d’énormes pertes de vies humaines, met en péril l’économie et la sécurité, et conduit notre pays à un isolement international total. En même temps, cela n’a absolument aucun sens – toute contrainte à la paix par la violence est absurde. Le prétexte sous lequel l’ « opération spéciale » a été déployée est entièrement construit par les représentants des autorités russes, et nous sommes opposés à ce que cette guerre soit menée en notre nom.

Notre principale préoccupation en ce moment est le sort des Ukrainiens, leur vie et leur sécurité !

Cependant, au nom de la communauté professionnelle, il est également important pour nous de dire qu’une nouvelle escalade de la guerre aura des conséquences irréparables pour les artistes et les travailleurs culturels. Elle nous prive de nos dernières possibilités de travailler, de nous exprimer, de créer des projets, de promouvoir et de développer la culture, et elle nous prive de notre avenir. Tout ce qui a été fait au cours des 30 dernières années dans le domaine culturel est désormais en jeu : tous les liens internationaux seront rompus, les institutions culturelles privées ou publiques seront mises en sommeil et les partenariats avec d’autres pays seront suspendus. Tout cela détruira l’économie déjà fragile de la culture russe et réduira considérablement son importance pour la société russe et la communauté internationale dans son ensemble. Il sera pratiquement impossible de s’engager dans la culture et l’art dans ces conditions.

Nous, artistes, conservateurs, architectes, critiques d’art, gestionnaires d’art – représentants de la culture et de l’art dans la Fédération de Russie – exprimons notre solidarité absolue avec le peuple d’Ukraine et disons résolument « NON À LA GUERRE ! Nous exigeons la cessation immédiate de toutes les hostilités, le retrait des troupes russes du territoire de l’Ukraine et la tenue de négociations de paix. »

La liste est complétée ici https://clck.ru/dN9AW

Pour signer la lettre, saisissez ci-dessous votre prénom, votre nom, votre profession et votre ville de résidence.

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Открытое письмо российских работников культуры и искусства против войны с Украиной

Список дополняется здесь https://clck.ru/dN9AW (в конце публикуем скрин общего количества; будем регулярно добавлять новые подписи). Подписать открытое письмо вы можете через эту гугл-форму. Пожалуйста, не подписывайте письмо несколько раз, форма работает исправно.

Мы, художники, кураторы, архитекторы, критики, искусствоведы, арт-менеджеры — представители культуры и искусства Российской Федерации — инициировали и подписываем это открытое письмо, которое считаем недостаточным, но необходимым действием на пути к миру между Россией и Украиной.

24 февраля 2022 года Российская Федерация начала внезапное, агрессивное и открытое военное наступление по всей территории Украины. Поводом для него была объявлена «защита жителей ДНР и ЛНР», военные же действия ведутся на всей территории Украины и в ее крупных городах: Киеве, Львове, Харькове, Одессе и других. Среди жителей этих городов — большое количество наших родственников, друзей, знакомых и коллег. Мы требуем остановить эту длящуюся с 2014 года войну c Украиной — суверенным и независимым государством — и начать вести с ней переговоры на уважительных и равноправных основаниях.

Война в Украине — страшная трагедия как для украинцев, так и для россиян. Она влечет огромные человеческие жертвы, ставит под удар экономику и безопасность, приведет нашу страну к полной международной изоляции. В то же время она абсолютно бессмысленна — любое принуждение к миру с помощью насилия абсурдно. Предлог, под которым произошло развертывание «спецоперации», целиком и полностью сконструирован представителями российской власти, и мы выступаем против того, чтобы эта война велась от нашего имени.

Сейчас в первую очередь нас беспокоит судьба украинцев, их жизнь и безопасность!

Однако от лица профессионального сообщества нам также важно сказать, что дальнейшая эскалация войны обернется непоправимыми последствиями для работников искусства и культуры. Это заберет у нас последние возможности полноценно работать, высказываться, создавать проекты, популяризировать и развивать культуру, отнимет будущее. Все, что было сделано в культурном плане за последние 30 лет, сегодня оказалось поставлено под удар: все международные связи будут разорваны, культурные частные или государственные институции будут законсервированы, партнерские отношения с другими странами будут приостановлены. Все это разрушит и без того хрупкую экономику российской культуры и существенно снизит ее значимость и для российского общества, и для международного сообщества в целом. Заниматься культурой и искусством в таких условиях будет практически невозможно.

Мы, художники, кураторы, архитекторы, критики, искусствоведы, арт-менеджеры — представители культуры и искусства Российской Федерации — выражаем свою абсолютную солидарность с жителями Украины и говорим решительное «НЕТ ВОЙНЕ!». Мы требуем немедленной остановки всех военных действий, вывода российских войск с территории Украины и проведения мирных переговоров.

Список дополняется здесь https://clck.ru/dN9AW (в конце публикуем скрин общего количества; будем регулярно добавлять новые подписи). Подписать открытое письмо вы можете через эту гугл-форму. Пожалуйста, не подписывайте письмо несколько раз, форма работает исправно.

Чтобы подписать письмо, введите свои имя, фамилию, род деятельности и город проживания ниже.

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Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie

La guerre que Poutine a déclenchée contre l’Ukraine le 24 février a saisi l’Europe et le monde entier d’effroi et d’horreur. Elle a pris également le monde par surprise. Je dois ici admettre avec modestie que je me suis trompé. Je ne pensais pas que la guerre allait survenir et que Poutine commettrait cette erreur. Je n’ai jamais totalement exclu ce scénario. Mais je ne pensais pas que Poutine irait jusque-là. Beaucoup de personnes ne pensaient pas que Poutine commettrait cette erreur, y compris le président ukrainien Zelensky.

Pourquoi ai-je commis cette erreur d’appréciation ? Je n’ai pas d’illusions sur le caractère brutal, répressif plus qu’autoritaire du régime de Poutine, mais jusqu’ici en tous les cas ce qui l’avait guidé c’était la défense de l’intérêt national russe et c’est pour cela que les Russes étaient prêts à accepter son autoritarisme. Il avait rendu du pouvoir d’achat aux Russes après les années Eltsine ainsi qu’une fierté d’être russe. Une grande partie de sa communication résidait sur le fait qu’il allait rendre le pouvoir en laissant la Russie bien plus haut que dans l’état dans laquelle elle était lorsqu’il avait accédé au pouvoir. Il vient d’effacer tout cela et de remettre en cause, y compris par rapport à l’intérêt national russe, toutes les conquêtes qu’il avait fait au cours de ses vingt dernières années.

Outre bien sûr les souffrances pour le peuple ukrainien, outre les inquiétudes dans le monde entier – je comprends tout cela –, cette guerre en Ukraine, du point de vue des Russes et de Poutine, est une erreur parce qu’elle va à l’encontre des objectifs qu’il s’est lui-même fixés.

Est-ce qu’il est irrationnel comme on l’entend souvent ? Est-ce qu’il est devenu fou en agitant jusqu’à la menace d’une guerre nucléaire ? Je crois qu’il est toujours rationnel mais que l’usure du pouvoir, son maintien au pouvoir pendant 22 ans sans contrepouvoir réel et l’isolement du fait du Covid-19 a fait qu’il n’a pas vu grand monde, pratiquement personne, a conduit à un isolement intellectuel et psychologique. Il a fait une erreur de calcul monumentale, comme d’autres l’ont fait dans le passé et comme ses prédécesseurs soviétiques l’ont fait lorsqu’ils ont attaqué l’Afghanistan en 1979 ou lorsque les Américains ont lancé la guerre d’Irak en 2003. À chaque fois, on pensait à une victoire facile qui s’est révélée être une catastrophe évidemment pour le pays attaqué, en l’occurrence ici l’Ukraine, mais aussi pour le pays qui avait lancé l’offensive.

Désormais, l’Ukraine est viscéralement opposée à la Russie. Le but de Poutine était de rapprocher l’Ukraine et la Russie. Ce pari déjà largement entamé après l’annexion de la Crimée, où il avait gagné la Crimée mais perdu l’Ukraine. Là, il a perdu l’Ukraine pour plusieurs générations. Il y aura un sentiment antirusse très profond en Ukraine et c’est bien sûr contraire à ses objectifs.

Il a également raté son objectif qui consistait à diviser un peu l’Europe et fragiliser l’OTAN. L’OTAN ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui puisque la solidarité atlantique est plus forte que jamais. Les pays européens et les Américains pensent la même chose. Il n’y a plus de divisions entre Européens et il est probable que les Européens augmentent de façon assez importante leurs dépenses militaires, y compris l’Allemagne. La Suède et la Finlande, des pays qui étaient neutres jusqu’ici, vont sans doute rejoindre l’OTAN. L’OTAN s’est donc renforcée, ce qui est tout à fait contraire aux vœux de Poutine. Les sanctions économiques, qui avaient été inefficaces jusqu’ici, peuvent par leur ampleur et par leur caractère global frapper beaucoup plus durement la Russie.

Puis, il y a aussi les pertes humaines. Si Poutine s’entête à vouloir conquérir l’Ukraine et à l’occuper, le nombre de morts ukrainiens, mais également russes, va augmenter. Même dans un régime autoritaire comme l’est la Russie, les gens n’aiment pas voir leurs enfants mourir à la guerre surtout sur des théâtres extérieurs et encore moins lorsqu’il s’agit d’un pays dont ils se sentent proches avec lequel ils peuvent avoir des liens amicaux ou familiaux comme l’Ukraine. Ainsi, alors que la population russe est déjà hostile à la guerre, l’augmentation du nombre de morts aussi bien ukrainiens que russes ne pourra que faire monter cette hostilité.

Enfin, il y a le prix de l’isolement. Les Russes sentent mis un peu au banc des nations sur les plans économique, politique, touristique et sportif. Toute la politique sportive sur laquelle Poutine avait beaucoup misé pour faire briller la Russie sur la scène internationale est remise en cause. Les Russes ont l’impression qu’ils appartiennent à un État paria et ceci va jouer. Même s’il n’y avait pas de difficultés économiques, le fait d’avoir cet isolement va forcément peser sur le moral des Russes. Les oligarques ne vont pas beaucoup apprécier de voir leur fortune être attaquée suite aux sanctions. Donc, tant l’opinion russe que les oligarques vont effectivement être très mécontents de la politique de Poutine.

Poutine est dans une impasse militaire : soit il se retire et aura échoué, soit il se maintient et échouera encore plus profondément en allongeant le nombre de morts. Il faut donc qu’il trouve une porte de sortie et le plus tôt sera le mieux. Souhaitons qu’un cessez-le-feu survienne le plus tôt possible pour mettre fin aux souffrances des populations. Ensuite, le temps de la négociation permettra peut-être de sortir de ce conflit.

En tous les cas, c’est finalement une grande partie de son capital politique aux yeux du peuple russe que Poutine est en train de dilapider. Il pouvait dire qu’il était autoritaire et détesté en Occident mais qu’au moins la Russie était respectée et de nouveau grande sur la scène internationale. Elle ne l’est plus. Elle risque d’être encore plus affaiblie. C’est donc toute cette politique et cette communication de Poutine qui est atteinte par cette fantastique erreur de calcul qu’il a commise en agressant l’Ukraine. Il s’agit d’une faute morale et contraire au droit international. Mais plus et pire encore pour Poutine, qui est assez peu sensible à ces notions, c’est devant le peuple russe qu’il sera comptable de son action.

https://blogs.mediapart.fr/pascalboniface/blog/010322/poutine-attaque-lukraine-et-fait-perdre-la-russie

https://www.pascalboniface.com/2022/03/01/poutine-attaque-lukraine-et-fait-perdre-la-russie/

 

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Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!

Surtout dans les circonstances actuelles, moins on en dit, mieux on se porte. Donc, en quelques mots, le devoir de tout être humain ayant un sens élémentaire de la justice – et a fortiori de tout militant de gauche et encore plus d’un révolutionnaire – est de s’indigner et de se révolter quand il voit les puissants opprimer et piétiner les faibles et les sans défense. Ce qui se traduit aujourd’hui par une solidarité entière et complète – sans faux-fuyants-  avec le peuple ukrainien qui est bombardé, saigné et qui résiste tragiquement seul. Et aussi une solidarité sans faille avec les courageux citoyens russes qui manifestent contre la guerre de Poutine, faisant exactement ce que Rosa, Liebknecht et un certain Vladimir Ilitch Lénine ont fait en août 1914 ! Aujourd’hui comme hier, ce sont ces quelques braves qui sauvent l’honneur non seulement de leur pays mais aussi du monde entier…

Après ce rappel nécessaire, venons-en aux événements de ces journées cauchemardesques. Et commençons par un quiz : qu’ont-ils en commun les ennemis anticommunistes occidentaux de Poutine et nos compatriotes défenseurs de Poutine ? La réponse est que tous les deux perçoivent la Russie de Poutine comme une certaine « continuation » de l’URSS. Les premiers pour la critiquer et la condamner, les seconds pour l’approuver et la défendre.

Mais que dit de tout cela la personne directement concernée, le président Poutine lui-même, dans son discours historique du 22 février, dans lequel il a exposé en détail, pendant une heure et demie (!), les raisons de la guerre qu’il a déclarée en Ukraine ? Il dit exactement le contraire. C’est-à-dire qu’il déteste la révolution russe, les bolcheviks et, en particulier, Vladimir Lénine, plus que tout autre chose ! Écoutons-le : « Du point de vue du destin historique de la Russie et de son peuple, les principes léninistes de construction de l’État n’étaient pas seulement une erreur, ils étaient, comme nous le disons, encore pire qu’une erreur. » Pourquoi ? Parce que « la politique bolchevique a abouti à l’émergence de l’Ukraine soviétique, qui, même aujourd’hui, peut être appelée à juste titre « Ukraine de Vladimir Lénine ». Il en est l’auteur et l’architecte ».

Et pourquoi, selon Poutine, Lénine est-il« le créateur et l’architecte » de l’Ukraine d’aujourd’hui ? Parce que « Ce sont les idées de Lénine sur une structure étatique essentiellement confédérative et sur le droit des nations à l’autodétermination jusqu’à la sécession qui ont constitué le fondement de l’État soviétique ». Nous sommes entièrement d’accord avec la description de Poutine. Sauf que nous applaudissons l’application de ces « idées de Lénine » non seulement à son époque mais aussi maintenant, et même partout et toujours, alors que Poutine les déteste à mort. Après les avoir d’abord qualifiées de « folie », il affirme ensuite de la manière la plus catégorique ce qui suit : « il est très regrettable que les fantaisies odieuses et utopiques inspirées par la révolution, mais absolument destructrices pour tout pays normal, n’aient pas été rapidement expurgées des fondations de base, formellement légales, sur lesquelles tout notre État a été construit »...

Conclusion ? Nous n’avons rien à ajouter lorsque Poutine lui-même est en total désaccord avec ses ennemis occidentaux et ses amis de gauche qui prétendent que sa Russie est une sorte de substitut de l’URSS, ou qu’il vise – par exemple avec sa guerre en Ukraine – à la faire revivre ! Tant les premiers que les seconds luttent contre des ombres et nous racontent des histoires à dormir debout tout en faisant de la propagande grossière adressée à des idiots : il n’y a probablement pas d’anticommuniste plus juré et d’admirateur plus farouche de l’empire tsariste que Poutine !…

Cependant, tout ce qui précède, entrecoupé par les affirmations constamment répétées de Poutine sur l’inexistence d’une nation et d’un État ukrainien, peut signifier quelque chose de très important : Que la haine de Poutine contre l’Ukraine n’a rien à voir avec la « sécurité » de la Russie et son encerclement – tout à fait réel et étouffant – par l’OTAN et les impérialistes occidentaux ! Quoi qu’il arrive, tôt ou tard, Poutine enverrait son armée en Ukraine, tout comme il l’a envoyée en Tchétchénie pour raser Grozny au début de sa présidence, sans qu’il y ait la moindre menace de l’OTAN contre la sécurité de la Russie. En fait, les paroles de Poutine nous convainquent que nous avons affaire à un tyran « grand russe » de la même trempe que Staline, que … Lénine qualifiait aussi dans son testament de « grand chauvin russe », conseillant d’ailleurs de l’éloigner du pouvoir tout de suite. Et bien sûr, ce n’est pas une coïncidence si c’est Staline qui recueille toute la sympathie de Poutine, précisément parce qu’il est l’opposé de Lénine, sur la question de l’Ukraine entre autres…

Sur l’Ukraine « néo-nazie » et Poutine l’antifasciste

En Grèce, l’impression s’est installée depuis longtemps que, sinon tous, beaucoup d’Ukrainiens sont des « néo-nazis ». Il est certain qu’en Ukraine, les organisations et les groupes d’extrême droite et de néonazis – qui se (auto)présentent comme des continuateurs de l’œuvre du collaborateur des nazis allemands Stepan Bandera – ont fait et continuent de faire sentir leur présence qui n’est pas négligeable. En d’autres termes, on voit en Ukraine à peu près ce qu’on voit se passer dans d’autres ex-pays du socialisme réellement existant. Cependant, alors que, par exemple, en France, l’extrême droite (Le Pen +  Zemmour + deux ou trois autres) recueille les préférences d’environ 35% des Français, l’ensemble de l’extrême droite et du parti néonazi ukrainien ne recueillent même pas 3% des voix de leurs compatriotes aux élections. Ainsi, selon la « logique » de Poutine et de ses admirateurs, encore plus que l’Ukraine, on pourrait qualifier de… « néo-nazie » la France ou « fasciste » la Grèce, puisque en Grèce, les résultats de l’extrême droite et des néo-fascistes dans les élections dépassent généralement de loin le 6% ou même le 10%. Bien sûr, cela ne provoquerait que des commentaires ironiques, que toutefois on n’entend pas à propos de l’ « Ukraine néo-nazie » qui est considérée comme allant presque de soi dans de nombreuses publications de la gauche grecque.

Mais surtout, comment Poutine, qui finance Mme Le Pen, reçoit la crème de l’Internationale noire au Kremlin et s’associe aux pires dictateurs et politiciens d’extrême droite de notre époque, peut-il passer pour un antifasciste et un ennemi de l’extrême droite, des néofascistes et des autres racailles néonazies ? Par quel tour de passe-passe le parrain de la pire réaction raciste, obscurantiste et néo-fasciste de notre temps peut-il se transformer en … « antifasciste » ?

Enfin, nous ne pouvons pas faire passer sous silence l’autre adjectif utilisé par Poutine pour discréditer Zelensky et son gouvernement : « toxicomanes ». Si nous ne nous trompons pas, la présentation des opposants comme « drogués » a une longue tradition chez les bourreaux de la classe ouvrière, des révolutionnaires et des gens de gauche. Les Communards de Paris étaient déjà qualifiés de drogués, d’ivrognes, de bandits et de voyous par leurs massacreurs, inaugurant ainsi une tradition qui s’est poursuivie tout au long du vingtième siècle et qui est parvenue jusqu’à nos jours, après avoir traversé la Grèce pendant la guerre civile et immédiatement après ! Après tout, il faut être très, très réactionnaire, raciste et obscurantiste, comme l’est Poutine, pour penser qu’à notre époque, le pire affront que l’on puisse faire à quelqu’un est de le traiter de « toxicomane »…

Nous nous arrêtons ici avec le sentiment que les mots ne suffisent plus, car il y a des signes croissants que quelque chose ne tourne pas rond dans la gauche grecque. Et nous ne faisons évidemment pas référence au spectacle effroyable de ces anciens camarades qui semblent aujourd’hui… jouir carrément avec les « exploits » criminels de l’armée russe en Ukraine. Nous nous référons, à quelques honorables exceptions près, à tous les autres qui préfèrent rejeter le moucheron et avaler le chameau au point soit de dire à peine un mot sur le peuple martyrisé de l’Ukraine, soit le présenter comme un « détail » dans leurs habituels exercices géostratégiques sur papier. Alors, qu’est-ce qui se passe ? N’ont-ils pas de cœur ? N’ont-ils pas de sentiments ? Ou y a-t-il autre chose ?

Malheureusement, le problème ne se pose pas maintenant pour la première fois, il a des racines profondes et une préhistoire. Il recule et passe inaperçu durant les périodes « normales », et refait surface, en balayant ce qui avait été construit de bien auparavant, dans les moments d’exacerbation des grandes crises nationales ou internationales. Comme par exemple aujourd’hui…

Et pour qu’il n’y ait pas de doute, voici un article écrit il y a quatre ans, qui pourrait aider le lecteur francophone à mieux comprendre les racines profondes et la préhistoire de cette grande plaie ouverte qui tourmente et gangrène la gauche grecque…

Yorgos Mitralias

Athènes, 27 février 2022

Traduit du grec

La gauche grecque et ses dérives « macédoniennes » ou comment on ouvre la voie à la menace fasciste !

Fin janvier début février 2018, plusieurs centaines de milliers de Grecs ont participé à deux grandes manifestations, d’abord à Thessalonique et ensuite à Athènes, dont le mot d’ordre était un non catégorique à tout accord avec la République de Macédoine concernant son nom officiel. Mikis Theodorakis était le principal orateur à la manifestation d’Athènes.

Alors, est-ce vraiment une « surprise désagréable » que Theodorakis se frotte publiquement aux apologistes du racisme, de l’antisémitisme, de l’anticommunisme et de la cauchemardesque « pureté ethnique » ? Désagréable, sans doute. Surprise, pourtant non. Et si le problème était seulement Mikis, le mal serait mineur. Cependant, puisqu’il ne s’agit pas seulement de lui mais aussi de plusieurs autres, le problème est énorme et le danger imminent. Il est donc temps pour qu’on appelle les choses par leur vrai nom…

• Première vérité : La gauche grecque, ou tout au moins une grande partie d’elle puisqu’il y a – heureusement – des exceptions qui sauvent son honneur, souffre d’un chauvinisme pathologique qui touche – et parfois dépasse – les limites du racisme. Depuis quand ? Mais, sans doute depuis fort longtemps, depuis au moins plusieurs décennies.

• Deuxième vérité : Ce chauvinisme traditionnel, qu’elle appelle « patriotisme », la gauche grecque non seulement ne le cache pas mais en est fière, et le présente presque comme s’il était la vertu suprême exempte de toute critique.

• Troisième vérité : La critique de son chauvinisme est impensable parce qu’il est pratiqué au nom de deux tabous grecs unanimement acceptés : la « communauté nationale d’âmes » et « l’union nationale » imposées par ce qu’on appelle « questions » ou « causes nationales ».

• Quatrième vérité : L’acceptation de ces deux tabous de la part de la gauche grecque est la conséquence logique du fait qu’elle pense traditionnellement la société grecque comme un tout unique dont les différenciations (de classe et autres) sont d’importance secondaire puisqu’elles reculent devant « l’intérêt national ». En d’autres termes, la lutte de classe est renvoyée aux calendes grecques…

• Cinquième vérité : Étant donnée que cette « union nationale » constitue un besoin vital et aussi « l’étendard » idéologique de la domination bourgeoise, son acceptation de la part de la gauche grecque conduit inévitablement cette dernière à accepter et à adopter la plupart – sinon toutes – les croyances obscurantistes et réactionnaires au nom desquelles « l’union nationale » est imposée à la population et est mise en pratique : la supériorité de l’orthodoxie et de la nation grecque, sa « pureté raciale », son refus de la différence et du droit à la différence, le mépris pour les autres et pour l’autre puisque la nation grecque est une nation « élue » et « unique », assiégée et menacée en permanence par des « ennemis » de toute espèce…

• Sixième vérité : Ayant accepté et adopté cette « conception policière » de l’histoire grecque d’inspiration bourgeoise, la gauche grecque propose quand même sa propre « version de gauche » en inventant la théorie de la nation grecque prétendument ennemi juré de l’impérialisme lequel fait « évidemment » tout son possible pour punir les Grecs. C’est ainsi que la Grèce, membre fondateur de l’OTAN, ancien membre de choix du Marché Commun et de l’UE, et d’une myriade d’organismes (impérialistes) internationaux, ainsi que gendarme régional de l’Occident, est transformée par un coup de baguette – et pour des raisons que personne n’a jamais expliquées – en cible privilégiée de l’impérialisme et de ses « agents » locaux (balkaniques), lesquels sont des pays plutôt petits et impuissants et par ailleurs colonisés par le capital grec !

• Septième vérité : Face à l’impérialisme qui en veut aux Grecs, la gauche grecque invente deux autres nations qui se distinguent aussi pour leur prétendu anti-impérialisme traditionnel – sinon inné – les nations serbe et russe, qui ne peuvent qu’être des alliés naturels des Grecs. D’autant plus, que ces trois nations étant orthodoxes, la théorie de « l’arc anti-impérialiste Athènes-Belgrade-Moscou » en sort renforcée, acquérant ainsi une dimension orthodoxe séculaire pour devenir le pilier de la politique étrangère grecque privilégiée par la gauche grecque …

Il est évident qu’une telle vision du monde, primitive, métaphysique et profondément réactionnaire n’a aucun rapport ni avec le marxisme, ni avec les grandes valeurs traditionnelles du mouvement socialiste et ouvrier que sont la solidarité de classe et l’internationalisme, ni même avec l’humanisme le plus élémentaire. Mais le pire, c’est que les résultats de sa mise en pratique sont toujours catastrophiques. Comme l’indique, par exemple, le bilan honteux et désastreux de l’attitude de presque toute la gauche grecque durant les guerres, les massacres et les nettoyages ethniques de masse qu’ont marqué la dissolution de la Yougoslavie au cours de la première moitié des années 1990.

C’est donc parce qu’elle a remplacé l’internationalisme et la solidarité de classe par ses élucubrations nationalistes sur « l’arc orthodoxe » et « les frères serbes », empruntées d’ailleurs à la droite et l’extrême droite, que la gauche grecque n’a rien fait pour se différencier de l’hystérie nationaliste qui balayait alors la Grèce. Au contraire, elle s’est trouvée dès le début non pas aux côtés des victimes, non pas avec les habitants et les défenseurs assiégés de Sarajevo et des autres villes de Bosnie (dont de nombreux Serbes, comme le dirigeant de la défense de Sarajevo, le général Serbe Jovan Divjak), mais avec les criminels de guerre Milosevic, Karadjic, Mladic et Seselj et leur « Grande Serbie » !

Malheureusement, les années et les décennies passent et rien ne semble changer dans la gauche grecque. Et en réponse à ceux qui – de bonne fo  – s’interrogent sur les dérives « macédoniennes » de plusieurs de ses ténors, voici ce que nous écrivions [1] il y a 25 ans, le 7 Mai 1993, dans un texte au titre éloquent « Bosnie, le Waterloo de la Gauche grecque », quand cette même gauche échouait lamentablement au test historique qu’a été l’explosion des barbaries nationalistes dans la Yougoslavie agonisante :

Cependant, la gauche grecque n’a eu le temps pour répondre aux appels de ses alliés naturels Bosniaques. D’ailleurs, elle a toujours fait tout ce qu’elle pouvait pour ignorer même leur existence. Avec un cynisme indescriptible dépassant tout précédent d’hypocrisie, elle a feint dès le début que ceux-là et les autres protagonistes du drame n’étaient que de simples pions de quelques forces obscures et invisibles. Et en conséquence, elle s’est épuisée en d’interminables exercices sur papier, où il n’y avait plus d’êtres humains en chair et en os, ni de bains de sang concrets, mais seulement des conspirateurs étrangers et des conjurations machiavéliques impérialistes. Et quand quelqu’un osait poser les questions qui gênent « Et avec ces Bosniaques romantiques, qu’est-ce qu’on fait ? », la réponse qui venait le foudroyer était toujours la même : « Quelle force impérialiste se cache derrière eux ? ». Comme si à notre époque, il était tout à fait impensable qu’il y ait encore des citoyens disposés à lutter pour les droits de l’homme les plus élémentaires…

Voici donc pourquoi il y a eu quelques manifestations contre « la guerre qui vient » et pas une seule contre la guerre… réellement existante. Voici pourquoi la gauche grecque non seulement n’a rien trouvé à redire aux propagandistes du front unique des nations orthodoxes, mais elle a rajouté son propre coup de pinceau « anti-impérialiste » à la paranoïa métaphysique des temps présents. Cependant, bien qu’elle puisse penser avoir fait son devoir progressiste (ou révolutionnaire), il reste un détail : Qu’est-ce qu’elle propose pour tous ces misérables qui sont en train d’être bombardés depuis 12 mois à Sarajevo, à Mostar, à Gorazde et à Srebrenica ? Que propose-t-elle au sujet des trois millions de réfugiés ? Pour les victimes du nettoyage ethnique ? Que propose-t-elle pour l’avenir de Bosnie, c’est-à-dire pour l’avenir des Balkans et de la Grèce elle-même ?

Et manifestement ce n’est pas un hasard si nous concluions alors, presque de la même façon que maintenant, un quart de siècle plus tard :

Alors, avec les partisans de la Grande Serbie ou avec les libres assiégés de Sarajevo qui se battent pour une société libre et multinationale ? Avec les racistes de la pureté raciale ou avec les partisans des métissages de toute espèce qui, d’ailleurs, rendent la vie plus attrayante ? Avec les ennemis du droit à la différence de toute sorte (ethnique, religieuse, « raciale », sexuelle) ou avec les défenseurs des droits démocratiques élémentaires des minorités ? Avec les crétins qui se demandent pourquoi l’Europe ne comprend pas leur travail de « salubrité publique » contre « l’avancée musulmane » ou avec les intellectuels musulmans comme par exemple Emir Kusturica et autres qui n’ont rien d’intégriste. Avec les bouchers ou avec les massacrés ? Avec les fantômes du passé, les Tchetniks et les Oustachis, ou avec les continuateurs des combats des partisans Yougoslaves ? Avec le retour à la barbarie ou avec ceux qui incarnent l’unique espoir pour tous les Balkans ? Avec la vie ou avec la mort ?

Les guerres yougoslaves et leurs massacres se sont finalement arrêtées et il y en a eu plusieurs qui se sont empressés de déclarer « ouf, c’est fini, tout ça n’a été qu’un cauchemar qui est passé ». Et avec eux, il y en a eu qui ont cru que les dérives chauvines de la gauche grecque avaient été de simples… accidents de parcours dus au… « mauvais hasard », et que les erreurs du passé ont servi de leçons.

Malheureusement, tant les uns que les autres ont eu tort. L’ex-Yougoslavie peut à tout moment exploser de nouveau, tandis que la gauche grecque semble n’avoir rien appris et reprend le chemin de ses impasses nationalistes. Et ce qui est pire, c’est qu’aujourd’hui comme alors, les conséquences sont catastrophiques. Pour tous mais surtout pour elle-même la « gauche patriotique » grecque qui persiste, comme un apprenti sorcier, à jouer avec le feu nommant anti-impérialisme le plus extrême des obscurantismes, et révolte populaire le regroupement de forces réactionnaires qui – comme alors – ouvre la voie aux néonazis d’Aube Dorée !

Voici donc ce qu’on voulait dire quand on soulignait au début de ce texte que « le problème est énorme et le danger imminent ». Car, au contraire de ce qui se passait il y a 25 ans, la crise actuelle grecque et internationale est beaucoup plus profonde et l’extrême droite en progression continue partout en Europe et de par le monde. Mais aussi et surtout, parce qu’en Grèce on a assisté non seulement à la défaite et à l’atomisation de la société et du mouvement ouvrier, mais aussi à l’expérience tragique du « premier gouvernement de gauche de l’histoire grecque ». Pour toutes ces raisons, toute compromission avec l’extrême droite raciste, obscurantiste, anticommuniste et va-t-en-guerre, la « légitime » et la fait sortir de son isolement, et ce faisant prépare le terrain pour le plus cauchemardesque de tous les scenarii : la répétition de ce qui est arrivé en Allemagne et ailleurs aux années ‘20 et ‘30, quand la pendule sociale – et avec elle, plusieurs gens de gauche – est passée d’un extrême à l’autre de l’échiquier politique ! Et au contraire de ce que semblent penser plusieurs gens de gauche grecs, l’histoire peut très bien se répéter comme une tragédie encore plus grande…

22 février 2018 par Yorgos Mitralias

[1] Ce texte ainsi que 64 autres articles écrits et publiés dans la presse grecque entre 1987 et 1994, sont contenus dans un livre intitulé « Yougoslavie, Crime et Châtiment- Chronique d’une catastrophe », publié à Athènes en 1994. L’article complet en grec.

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NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN

MANIFESTATION 6 MARS

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Position commune du 1er mars 2022 d’alliés canadiens.

Nous, groupes pacifistes canadiens, unissons nos voix pour réclamer un cessez-le-feu immédiat et des négociations diplomatiques afin de mettre fin aux violences militaires par la Russie, les forces de sécurité de l’Ukraine et l’Organisation du Traité d’Atlantique Nord (OTAN).

Rassemblement au Parc Lafontaine, coin Cherrier/Parc Lafontaine (métro Sherbrooke)

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Nous rejetons avec force tout recours à la guerre, toutes préparations de guerres et la violence inhérente qui attente à la vie en cette ère de crise climatique et écologique.

Il n’y a pas de solution militaire : une résolution pacifique du conflit ne sera réussie que par la négociation, la non-violence et une politique de sécurité commune, avec la participation significative et équitable des femmes [1], puisque les femmes et les enfants sont les plus vulnérables à la guerre.

Nous sommes attristés que le gouvernement canadien et l’OTAN aient nourri les conditions pour un conflit armé en Ukraine par l’exportation de matériel de guerre à l’Ukraine, l’entraînement de milices nationalistes ukrainiennes et l’incitation à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, toutes actions qui représentaient des lignes rouges pour la Russie.

Nous demandons donc au Canada d’arrêter toute exportation d’armes et ses sanctions économiques, au détriment des populations affectées y compris la nôtre.

Nous lui demandons de mettre fin aux opérations UNIFIER et REASSURANCE [2].

Nous appuyons la neutralité de l’Ukraine.

Nous demandons au Canada de se retirer de l’OTAN, une organisation militariste équipée d’armes nucléaires sous le prétexte passé date de dissuasion. De plus, l’OTAN réclame toujours davantage de dépenses militaires au détriment des aides sociales et environnementales nécessaires à nos citoyens et à la planète.

La guerre en Ukraine exige d’énormes quantités de carburant fossile et engendre des disputes de pipelines qui retardent la coopération globale nécessaire au règlement de l’urgence climatique.

Nous demandons au Canada de signer le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires, afin que la population mondiale cesse d’être tenue en otages de ces armes de destruction massive.

Nous serons dans les rues le 6 mars prochain à travers le Canada, solidaires d’une action internationale globale pour réclamer la PAIX.

Manifestation à Montréal, le 6 mars à 13 h,
Rassemblement au Parc Lafontaine, coin Cherrier

Izabella Marengo est vice-présidente et Pierre Jasmin, secrétaire des Artistes pour la Paix

Collectif Échec à la guerre, 2 mars 2022

[1] En accord avec la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

[2] https://www.pressenza.com/fr/2022/01/appel-national-au-gouvernement-trudeau

https://www.pressegauche.org/NON-a-l-invasion-de-l-Ukraine-NON-a-l-expansion-de-l-OTAN

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Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire

Aliaxandr Yarashuk, président du BKPD bélarusse, a pris de le risque de s’exprimer via les réseaux sociaux. Des manifestations contre la guerre ont éclaté à Minsk. La nation ukrainienne résiste. Les manifestations vont reprendre en Russie. Les grèves se poursuivent à l’ouest du Kazakhstan. Nous publions son intervention, en remerciant Jean-Charles Lallemand pour l’aide à la traduction. Que l’on mesure bien la gravité de qu’il annonce.

Quand la catastrophe n’est qu’à un pas… 

Apparemment, aujourd’hui ou demain, l’armée biélorusse va peut-être entrer en guerre contre l’Ukraine. Sans sa participation, les Russes n’arrivaient pas à prendre Kiev. Ce seront très probablement 4 à 5 000 hommes des troupes les plus entraînées. 

En plus de l’armée, il y aura un calcul politique – donner le « droit honorifique » aux Biélorusses de prendre la capitale de l’Ukraine et de « lever le drapeau sur l’antre des nationalistes « suppôts » de Bandera ». Ainsi, cela va lier toute la nation biélorusse avec le sang des Ukrainiens. Quelle honte, si spéciale et si cynique pour les Bélarusses … 

Puisque la Biélorussie ne déclarera pas la guerre à l’Ukraine et considérera cela comme une « opération spéciale », à l’instar de la Russie, nos troupes ne subiront [officiellement] aucune perte. Les parents des militaires biélorusses doivent être préparés au fait qu’aucun d’entre eux n’aura droit à des « funérailles », bien que des centaines et des milliers de personnes seront peut-être tuées. 

Ensuite, après l’entrée de nos troupes en Ukraine, il est très probable que l’Ukraine commencera à bombarder nos villes frontalières – Homel, Mazy, Pinsk et Brest. Jytomyr et Tchernihiv ont également été bombardés depuis notre territoire. Bien sûr, les cibles des tirs ne seront pas civiles, mais militaires et stratégiques, comme la raffinerie de produits pétroliers de Mazyr et d’autres. Mais rien ne garantit que des civils, des adultes et des enfants ne seront pas victimes de missiles, de bombes et d’obus. Et leur langue n’hésitera pas pour accuser les Ukrainiens de cela – Ce ne sont pas eux qui nous ont attaqués, mais nous qui les avons attaqués. 

De plus, il est loin d’être établi qu’avec l’aide des troupes biélorusses, la Russie pourra prendre Kiev. Mais même si elle réussissait, cela ne déciderait absolument rien quant à l’issue de la guerre. Les Ukrainiens ne se rendront pas et Kiev sera un enfer pour les occupants, y compris les occupants biélorusses. 

Si, après tout, les Ukrainiens défendent Kiev, Kharkiv et d’autres grandes villes, ce qui est susceptible d’être le cas, nous devons nous préparer au fait que les dirigeants russes utiliseront des armes nucléaires. C’est difficile d’en parler, mais il faut faire face à la vérité. 

Surtout pour les Ukrainiens et nous, les nations qui ont survécu à Tchernobyl. Peut-être qu’une autre catastrophe nucléaire nous arrivera. Nous ne programmerons pas ici la suite plus loin non parce que l’histoire s’arrête là. Au contraire, parce que sa page la plus tragique sera alors tournée. Et survivront tous ceux qui survivront, et la plupart d’entre eux devront se préparer à la vie après la catastrophe, après l’apocalypse. Tout d’abord, tout le monde devra répondre à l’inévitable et difficile question – comment nous sommes arrivés à une telle vie. Et que faire pour que ne plus jamais …

https://aplutsoc.org/2022/03/02/message-du-president-de-la-confederation-syndicale-independante-belarusse-devant-le-pire/

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Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine

En l’absence de données sociologiques fiables, il est difficile de savoir ce que les Russes ordinaires pensent de la guerre que leur gouvernement a engagé contre l’Ukraine. Dans les médias pro-Kremlin, il ne s’agit pas d’une guerre mais d’une « opération spéciale », relevant de « la défense du Donbass ». Les images qui accompagnent les articles reflètent ce discours. Vous ne verrez pas, par exemple, d’images de civils ukrainien.nes se blottissant dans le métro de Kiev, de logements publics détruits, de souffrance et de détresse. 

Pourtant, nous savons que quelques heures après le franchissement des frontières ukrainiennes par l’armée russe, des milliers de Russes ont manifesté dans une soixantaine de villes du pays. Plus de 1 800 arrestations ont eu lieu le premier jour de l’invasion, un nombre bien supérieur à celui des arrestations liées aux manifestations anti-guerre qui ont suivi l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 ou à celles dénonçant le soutien militaire russe aux rebelles anti-Maidan à Donbass et à Louhansk. 

Une table ronde qui s’est tenue le 24 février a appelé la gauche démocratique russe à se mobiliser contre la guerre. LeftEast salue leurs efforts et leur courage et espère qu’en dépit du niveau toujours plus élevé de répression étatique, le nombre de manifestant.es continuera d’augmenter. Mais qu’en est-il de la grande majorité des Russes, qui ne fait pas partie de ce mouvement anti-guerre ? Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, mais les différentes scènes sur l’opinion publique moscovite rapportées par Alexey Sakhnin il y a quelques jours suggèrent qu’il n’existe pas le même niveau de consensus que celui qui avait entouré l’intervention en Crimée en 2014 

(Note de la rédaction de Lefteast).

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Contrairement aux habitant.es de Donetsk, de Kharkiv et d’Odessa, les Moscovites n’ont pas entendu d’explosions dans leur ville le 24 février. C’est par le journal télévisé que les citoyen.nes ont appris le déclenchement de la guerre, décrite par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe comme « une tentative d’empêcher une guerre mondiale ».

Le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, s’est montré confiant :

« Les Russes soutiendront l’opération en Ukraine tout comme ils ont soutenu la reconnaissance de la république populaire de Donetsk (RPD) et de la république populaire de Lougansk (RPL). »

Mais, le soir du premier jour de la guerre, plusieurs milliers de Moscovites se sont rassemblés dans la rue Tverskaya pour exprimer leur désaccord. La police a bloqué la place Pouchkine ; pourtant, une foule assez dense s’est agglutiné le long des boulevards, de Tverskaya et des ruelles environnantes. Les jeunes prédominaient.

Ces mêmes jeunes prédominaient également il y a dix ans sur la place Bolotnaya et l’avenue Sakharov, lors des manifestations anti-Poutine de décembre 2011. L’atmosphère a cependant radicalement changé au fil des années. En 2012, les « citoyen.nes en colère » étaient fier.e.s de leur élan de « créativité » et des centaines de slogans, de banderoles et de chants pleins de finesse et d’esprit. Le 24 février, la foule se déplaçait principalement en silence, ou au son d’un unique slogan : « Non à la guerre ! » Au moins 955 personnes ont été arrêtées dans la soirée.

Il n’y avait pas autant de manifestants que lors des plus grands rassemblements de ces dernières années, mais tout de même plus que ce à quoi on aurait pu s’attendre pour un jeudi soir, et pour le tout premier jour de la guerre, alors que la confusion et le désespoir règnent. Si ce n’étaient des manifestant.es endurci.es, la plupart des personnes présentes étaient affiliée, d’une manière ou d’une autre, aux milieux d’opposition. Comme on pouvait s’y attendre, la classe moyenne politisée est particulièrement mécontente des mesures radicales prises par les dirigeants du pays.

Ce que disent les gens 

– Bien sûr que je suis contre la guerre, – dit une mère qui se promène avec ses enfants dans le parc Tagansky. – Qui a besoin de la guerre ? Je suis vraiment désolée pour la population. J’ai pleuré toute la journée d’aujourd’hui. J’ai peur pour mes enfants. Que va-t-il leur arriver ?

Ses deux enfants, qui semblent avoir environ six et huit ans, courent joyeusement autour de nous. Mais à un moment, le garçon s’arrête, se blottit contre sa mère et lui demande :

« Maman, est-ce que Snoop peut devenir un chien-guide pour qu’il puisse nous protéger ? »

Je marche de la place Taganskaya jusqu’au monastère Pokrovsky, près d’Abelmanovskaya Zastava. J’aborde toutes sortes de personnes : des jeunes filles, des mamies vendant des fleurs, des travailleur.euse.s en gilet jaune municipal, et des pèlerins allant vénérer Sainte Matrona de Moscou. Je pose quelques questions simples. Presque tout le monde s’empresse de me répondre. Certain.es viennent même à moi. Beaucoup parlent à la hâte, comme s’ielles rompaient enfin un vœu de silence.

Tout cela est très mauvais !  -disent deux jeunes filles d’environ dix-huit ans. – Très mauvais !

L’enthousiasme et le soutien que Dmitri Peskov espérait semblent absents. Sur les 30-40 personnes interrogées, une seule – un jeune homme en âge d’être conscrit – parle de soutien patriotique aux actions des autorités russes :

C’est notre terre. Elle doit être protégée. S’ils m’envoient, alors j’irai là où on me dit d’aller.

Mais lorsque je lui demande ce qui nous attend dans un avenir proche, il répond sans pathos, ni rhétorique patriotique :

Je pense que certains réseaux sociaux étrangers seront interdits. Et pour le reste… Le pain à 500 roubles, un euro pour 500  oubles … Notre gouvernement a fait beaucoup d’erreurs. Mais maintenant que nous avons commencé, nous devons aller jusqu’au bout.

Toutes les autres personnes accostées évoquent des sentiments allant de la peur au ressentiment. Personne ne semble psychologiquement préparé à recevoir des nouvelles inquiétantes du front. Personne n’est en mesure d’expliquer pourquoi les troupes russes sont entrées sur le territoire ukrainien. On ne leur a donné aucune réponse convaincante. Les personnes un peu plus âgées évoquent les manifestations du printemps 2014 en Crimée :

C’était en quelque sorte plus facile à l’époque – a déclaré un homme d’une quarantaine d’années que j’ai interpellé devant une agence de la Sberbank. – Il y avait un sentiment d’unité, une certaine forme de justice, ou quelque chose de cet ordre-là. À l’époque, notre peuple avait été dégradé – et nous l’avons défendu. Nous avons pris ce qui nous revenait. Mais maintenant, je ne comprends pas. Pourquoi avons-nous envahi ?

« Les sociologues affirment que l’action militaire en Ukraine, qui a débuté aujourd’hui, a surpris la société russe, produisant une situation de choc de masse. Les analystes soulignent que les gens se sont avérés peu préparés à une confrontation militaire », admet la chaîne Telegram pro-Kremlin Nezigar.

Personne n’a rien demandé à personne

Deux types sortent d’un café. Je me tourne vers eux et leur pose quelques questions sur la guerre, le taux de change, les conséquences de la situation actuelle. Comme tout le monde, ils ne comprennent pas cette guerre. Mais l’un d’entre deux dit :

On ne veut pas y penser. Nous n’y pensons pas. C’est pourquoi nous ne pouvons rien dire d’intelligible.

L’autre ajoute :

C’est comme quelque chose de divin… Quelque chose de cosmique. Que peut-on y faire ? C’est présenté comme une évidence, comme l’amour du Christ. On n’a rien d’autre à faire que de partir d’ici. D’aller à la campagne, dans les bois. On devrait allumer des feux. Et ne pas trop réfléchir.

Cette réponse est revenue souvent dans mon expérience sociologique. Les gens sont confrontés à quelque chose qui dépasse leur capacité d’entendement. La guerre. Quelque chose qui ne correspond pas à leur agencement moral. Ce n’est pas une guerre défensive. C’est une guerre sans raison particulière. Alors ils mettent de côté cette nouvelle, sur laquelle ils n’ont aucune capacité d’action.

J’ai interdit à ma mère de regarder les informations, dit une femme d’âge moyen. – Je lui ai dit de regarder My Fair Nanny. C’est un bon film ! Mais de ne lire pas les nouvelles ! C’est mauvais !

Un couple d’étudiant.es de première année m’explique que leurs camarades de classe ne veulent pas ou bien ont peur de discuter de politique. « On a l’impression qu’ils ne refusent de s’y intéresser. Ils font tout pour ne rien remarquer. » Beaucoup de gens partage même impression.

Je suis étonné de voir que tout le monde se taise, comme si c’était normal – dit un ouvrier moustachu de l’entreprise municipale d’énergie, indigné. – Les gens sont rivés à leur téléphone portable, c’est tout !

Mais ce sentiment d’indifférence générale peut être trompeur. Presque tou.tes mes interlocuteur.rices m’ont dit qu’ielles avaient discuté de cette situation si choquante d’une manière ou d’une autre. Beaucoup ont admis y avoir consacré « toute la journée ». Seulement, les conversations animées avec les proches contrastent avec une ville qui continue (pour l’instant) à vaquer à ses occupations quotidiennes. Et, alors que parmi les usager.eres presque tous.tes ressentent anxiété, impuissance et solitude, au même moment et pour la même raison, beaucoup ont l’impression d’être les seul.es à éprouver ces sentiments.

Personne n’a demandé à ces hommes et ces femmes – ni à personne d’autre dans le pays – ce qu’ielles pensent. Pensent-ielles qu’il faut envoyer des chars et des avions russes dans l’ancienne république fraternelle ? Sont-ielles prêt.es à faire des sacrifices au nom de la « dénazification de l’Ukraine » ? Croient-ielles que la sécurité du pays nécessite des mesures extrêmes ? La guerre n’a commencé que depuis un jour, mais beaucoup ressentent déjà le besoin d’en parler, d’exprimer leur opinion. Ou a minima, simplement pour être entendu.es.

Vous allez vraiment écrire que je suis contre la guerre ? – m’a demandé naïvement une vieille femme devant une épicerie.

Le problème principal

– C’est comme s’il n’y avait pas rien d’autre que [l’État] puisse faire ! – me dit à voix basse la vieille marchande de fleurs. – Hier, le fils de mon voisin a eu un grave accident parce que la route s’est effondrée sous ses pieds. Eh bien vraiment, est-il si nécessaire qu’ils déclenchent une guerre quelque part ? Ne serait-il pas mieux de mieux poser l’asphalte ? Et moi, une vieille femme, je suis là à vendre des fleurs. Ma pension n’est pas suffisante. Mais au moins, avant, je vivais tant bien que mal. Et maintenant ? C’est comme sous les Allemands, c’est encore la guerre ?

Six femmes d’une cinquantaine d’années se tiennent en cercle près de la station de métro « Marxistskaya » avec leurs sacs.

– Oui, c’est alarmant, bien sûr. – dit la plus bavarde d’entre elles. – Et j’ai très peur. Pour nos maris, pour nos enfants. Ils peuvent être mobilisés. Mais nous espérons que tout cela va bientôt prendre fin. Que notre peuple rétablira rapidement l’ordre là-bas. Mais il y a une guerre, les gars… C’est le XXIe siècle, et nous sommes en guerre. Si c’est aussi grave dès le début, ça finira par affecter tout le monde.

– Donc, nous n’allons pas nous envoler pour l’Égypte de sitôt ? – Je demande à la femme qui vient de me parler d’un récent voyage.

– Bien sûr que si, si Dieu le veut, répond-elle. – Tout ira bien. Tout ira bien ! Je pense que nous avons une armée forte, et que la situation ne nous affectera pas, nous les civils, de sitôt. Nous avons un grand président. Donc cette situation n’est pas notre principal problème…

La femme se met à bégayer. Son flot d’optimisme ne trouve pas écho parmi ses amies, qui secouent la tête :

– Non, Lena. C’est vraiment la m***. Et c’est vraiment notre principal problème !

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Publié initialement dans la revue LeftEast. Traduction par Contretemps.

https://www.contretemps.eu/russes-veulent-ielles-guerre/

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Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne

Il n’est plus possible de fermer les yeux. Un trop grand nombre d’entre nous sont restés silencieux au moment du massacre de la population syrienne. Constater son impuissance, déplorer l’état du monde, se déclarer incapable d’agir à l’encontre de la guerre d’invasion du président Poutine en Ukraine avec sa menace nucléaire n’est plus tolérable. L’ombre de Sarajevo plane sur l’Europe actuelle. Une mobilisation collective est nécessaire pour arrêter la guerre et sauver ce qu’il reste de civilisation en Europe.

Beaucoup de barrières et d’interdits ont été levés, mais geler les avoirs des oligarques, intervenir auprès de la banque centrale, enrayer la circulation financière entre l’Europe occidentale et la Russie, ne suffit pas, les sanctions économiques à l’encontre de la Russie sont l’arme des pays riches. Or l’envoi de l’aide humanitaire est encore trop faible au regard de la demande des Ukrainiens. Malgré les efforts accomplis, ces mesures disent les capacités limitées des responsables politiques à répondre aux catastrophes. Certes, des armes défensives ont été livrées mais les armes ne peuvent régler à elles seules la question de la liberté des Ukrainiens. Encore eût-il fallu prendre une initiative plus courageuse en se rendant à Kyiv. Organiser, par exemple, un sommet de chefs d’Etat dans la capitale ukrainienne. Il est trop tard désormais. Mais démontrer ce que liberté veut dire supposerait aujourd’hui de réunir les responsables européens à Lviv, ville d’autant plus symbolique qu’elle fut en 1941, Lwov, alors polonaise, le lieu d’un des plus grand massacre de juifs. S’y rendre est encore possible, il y a urgence. Cette action serait à la hauteur des actes de résistance de la population ukrainienne.

Aujourd’hui, des jeunes partent en Ukraine, des chaines de solidarité s’organisent, des opposants russes prennent des risques, notamment des universitaires. Entre le peuple ukrainien et la population russe des liens historiques se sont tissés et sont indéfectibles. Leur fraternité s’affirme. Comme l’écrit le traducteur de Dostoïevski, André Markowicz, ce ne sont pas les russes qui attaquent l’Ukraine, ce sont les chars de Poutine. Aider les Ukrainiens à stopper l’avancée de l’armée russe, en même temps que l’opposition russe en leur fournissant tout ce dont ils ont besoin est l’urgence du moment.

Qu’on ne s’y trompe pas ! Aider l’Ukraine contre l’entrée de chars russes et l’usage des armes si proches de l’arme nucléaire comme à Kharkiv, n’est pas soutenir l’extrême droite nationaliste ou le racisme de certains ukrainiens qui se manifeste aux frontières de la Pologne et de l’Ukraine contre les réfugiés africains, c’est aider le mouvement indépendantiste, comme l’ont fait nos prédécesseurs en 1956 en luttant contre l’entrée des chars russes à Budapest.

Un sursaut collectif de toutes les populations attachées à la démocratie réelle devient urgent. D’autant qu’un mouvement de protestation massive est aujourd’hui nécessaire pour mettre un terme à l’ascension de l’autoritarisme grandissant en Europe. 100 000 personnes manifestaient ce 27 février à Berlin, 15 000 à Amsterdam, 10 000 à Copenhague et ailleurs dans le monde, partout l’indignation s’est fait entendre massivement. Où étaient les manifestants en France ? Certes il ne s’agissait plus de manifestations squelettiques telles que nous les avons vues en soutien aux opposants à El Assad, mais les mobilisations étaient encore bien faibles. Faut-il y voir les effets de la propagande zemmourienne ou lepéniste en faveur de la Russie de Poutine et des régimes autoritaires dont nous constatons l’ascension dans le monde ? À gauche aurions-nous oublié les grands rassemblements contre les guerres coloniales, du Viêt-Nam à l’Algérie ? Le souverainisme mâtiné de populisme conduirait-il à oublier les droits élémentaires des peuples à défendre leur liberté ? Le président Poutine et sa folie meurtrière, nostalgique du tsarisme, n’est-il pas l’héritier direct des tenants de la grande Russie et de ceux qui ont étranglé le mouvement émancipateur de Russie et de l’Ukraine qui se développa entre 1917 et 1920 ? Faudrait-il comme en 1950 choisir entre totalitarisme et impérialisme ?

Dans l’immédiat, nous attendons une réaction des responsables européens à la hauteur du courage des ukrainiens et du président Zelensky, lequel redonne sens au mot liberté tant galvaudé ces dernières semaines en France et ailleurs. L’Europe devrait s’inspirer des résistants russes et ukrainiens qui démontrent concrètement ce que démocratie veut dire, en repensant l’organisation européenne par une participation accrue des citoyens aux décisions. Dans l’immédiat, se mobiliser au quotidien par toutes formes d’aide à la résistance ukrainienne, c’est aider un peuple en train de perdre sa liberté en étant présents en grand nombre aux manifestations en faveur de la liberté de la population ukrainienne.

Signataires :

Michèle Riot-Sarcey, historienne, 
Gisèle Berkman, écrivain, 
Nicole Edelman, historienne, 
Jean Louis Laville, sociologue, 
Claudia Moatti, historienne, 
Igor Mineo, historien (Palerme Italie) (tous membres du collectif critique) ; 
Natacha Coquery historienne, 
Laurent Colantonio historien, 
Gilles Manceron, historien, 
Olivier Le Trocquer, historien (tous quatre membres du CVUH)
Sophie Bessis, historienne, journaliste, 
Claude Calame, anthropologue, 
Eric Fassin sociologue, 
Jean-Louis Fabiani, philosophe, 
Zeynep Gambetti, chercheuse indépendante, 
Véronique Naoum-Grappe, anthropologue, 
Dominique Glayman, sociologue, 
Albert Herszkowicz, médecin, 
Gilles Lemaire, écologiste altermondialiste.

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/030322/tentons-d-etre-la-hauteur-de-la-resistance-ukrainienne

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« Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!

« Démilitariser » l’Ukraine ?

Tout montre que Poutine veut soumettre toute l’Ukraine. Et qu’il va le faire de la même façon sanglante, barbare qu’en Tchétchénie (destruction totale de la ville de Groznyi, la capitale, en 1999-2000) et plus récemment, en 2016, en Syrie (destruction par l’aviation russe de la ville d’Alep et d’autres). L’objectif déclaré de l’invasion est de « démilitariser » l’Ukraine, ce qui signifie qu’il veut écraser le peuple ukrainien de manière définitive et transformer ce pays en protectorat ou colonie de Moscou. Malgré l’énorme déséquilibre des forces et de l’armement ukrainien face à l’armada du Kremlin, la résistance héroïque de l’armée ukrainienne et de la population a visiblement surpris Poutine et ses généraux, faisant apparaître les premiers signes de démoralisation des jeunes soldats russes, à qui aussi on a caché le véritable but de leurs « exercices ».

Depuis sept jours que durent les bombardements et l’encerclement progressif des principales villes, on voit une extraordinaire mobilisation populaire pour les défendre, avec barricades, cocktails Molotov, apprenant à se servir des armes, avec des milliers de travailleurs ukrainiens en Pologne et dans le reste de l’Europe en train de rentrer au pays pour participer à sa défense. C’est un démenti cinglant apporté aux fantasmes chauvins grand-russes de Poutine, pour qui la nation ukrainienne n’existerait pas, puisqu’elle serait en fait… russe. Ce qui, selon lui, légitime l’invasion et la guerre contre l’Ukraine.

Il a déjà établi des listes des personnalités qu’il voudra faire arrêter ou assassiner, afin d’installer à Kiev un gouvernement fantoche. Ainsi, des centaines de mercenaires du sinistre groupe Wagner et des troupes d’élite du dictateur Kadyrov (les « kadyrovtsy », hommes de Kadyrov, connus pour leur cruauté à l’encontre des opposants et la population ) seraient à Kiev en train de chercher le président Volodomyr Zelenski, qui combat courageusement avec son peuple et coordonne la résistance. Quant à la Biélorussie voisine, elle est déjà depuis quelques semaines transformée en protectorat de fait, puisque c’est de son territoire que l’armée russe attaque l’Ukraine par le nord.

« Dénazifier » l’Ukraine ?

Le deuxième objectif déclaré de l’invasion est de « dénazifier » l’Ukraine. C’est bien sûr une calomnie répugnante à l’encontre du peuple ukrainien et de leur président Zelensky – dont une partie de la famille, d’origine juive, à péri pendant l’Holocauste. Mais cette calomnie ignoble vise à obtenir le soutien, ou au moins la neutralité tacite, des citoyens de Russie – et hélas aussi d’une partie de la gauche dans les pays occidentaux – en entretenant les chimères paranoïaques, répétées depuis des dizaines d’années par la propagande russe, sur une Ukraine prétendument « fasciste » qu’il serait donc légitime d’écraser par les armes.

Disons seulement que, suivant ce que rapporte le ‘Kharkiv Human Right Protection Group’, une très ancienne association de défense des droits humains, les dirigeants juifs ukrainiens se sont fermement alignés sur le gouvernement et contre l’invasion russe. Le Grand Rabbin d’Ukraine, Yaakov Bleich, a même signé – avec d’autres chefs religieux ukrainiens – une lettre ouverte appelant la Russie à cesser son agression contre l’Ukraine. La lettre appelle les Russes et les Ukrainiens à ne pas croire « la propagande qui enflamme l’hostilité entre nous ».

L’impérialisme néofasciste russe

Avec cette calomnie Poutine agit tel un voleur qui crie au voleur. En effet, les deux organisations fascistes ukrainiennes, Swoboda et Pravyi Sektor ne représentent que 1,5% des voix aux deux dernières élections présidentielles en 2014 et 2019, et n’ont qu’un seul député au parlement qui en compte 450. Par contre, Poutine, lui, adulé par toute l’extrême droite en France et en Europe, est entouré par une pléiade de partis, groupes et politiciens fascistes, dont le LDPR du nationaliste violent Jirinovski. L’un des principaux idéologues de toute cette mouvance d’extrême droite, le philosophe Alexandre Douguine, fut entre autres co-fondateur avec l’écrivain Edouard Limonov du bien nommé Parti National-Bolchévique en 1993. Il conserve une grande influence dans les sphères du pouvoir, avec sa stratégie « eurasiste » – d’une Russie-Eurasie dont la pièce maîtresse serait précisément l’Ukraine rattachée à la Russie.

On peut craindre que l’objectif suivant de Poutine, une fois l’Ukraine occupée, décapitée et paralysée, serait de déclencher une vaste épuration ethnique en vue d’une russification du pays. C’est quelque chose que le Kremlin a déjà essayé de réaliser dans le passé, notamment sous Staline, par des purges massives, des déplacements et déportations des peuples et populations entières (Tatars de Crimée et d’autres). Poutine poursuit la même politique impérialiste d’oppression coloniale.

L’impérialisme américain et ses alliés européens

Le deuxième impérialisme – américain et ses alliés, les impérialismes dépendants français, allemand et britannique – essaye de s’opposer au premier. Contrairement à ce qui se dit souvent à gauche en France et dans l’Union européenne, Poutine n’a pas décidé la guerre contre l’Ukraine parce qu’il y aurait un prétendu danger d’intervention de la part de l’Otan. L’Otan et les USA ont toujours déclaré qu’ils n’interviendront pas en Ukraine. D’ailleurs, les soldats de l’Otan disséminés dans les pays de l’Est membres de l’alliance ne sont que quelques milliers à peine. Bien que leur nombre augmente un peu dernièrement, c’est une dissuasion assez modeste, avec quelques batteries Patriot de missiles antimissiles défensifs et des avions de surveillance en Pologne, en Roumanie et dans les Pays Baltes. C’est une présence quasi symbolique, juste pour rassurer les pays de l’Est qui en étaient très demandeurs par peur du Kremlin.

La responsabilité de l’Otan consiste par contre dans le fait qu’elle ne s’est pas dissoute en 1990-91, comme elle aurait dû le faire avec la dislocation du « bloc socialiste » et de son Pacte de Varsovie. C’était pourtant une chance historique pour mettre fin à la confrontation entre les deux « blocs ». L’Otan a continué, et a fini par accepter les demandes d’adhésion des dix peuples, lesquels, devenus libres, cherchaient ainsi une protection durable contre leur vieil oppresseur russe – tsariste d’abord, stalinien ensuite. On les comprend, au vu de leur histoire douloureuse, mais les faits montrent qu’ils risquent maintenant de se retrouver, une nouvelle fois, au milieu d’un conflit entre les grandes puissances.

Les pays de l’Ouest envoient des armes défensives, ce que réclament les Ukrainiens, dont l’armée est tragiquement sous-équipée. Mais – il faut le dire clairement – en quantités bien insuffisantes et de manière encore très hésitante, bien qu’une accélération importante des livraison est en train de s’opérer ces derniers jours. Et encore il faudra voir si ces armes ne vont pas s’avérer obsolètes, comme ce fut souvent le cas par le passé pour d’autres peuples qui essayaient de défendre leur liberté en disposant de peu de moyens. Le refus initial de l’Allemagne et son envoi ridicule de 5000 casques ont été perçu par les Ukrainiens comme une gifle. Depuis, l’Allemagne a finalement décidé de fournir des armes défensives à l’Ukraine.

Poutine craint la contagion démocratique en Russie même

Non. Le principal danger que craint Poutine est sa hantise que le peuple russe lui-même ne suive l’exemple des grands mouvements démocratiques qui ont secoué ces dernières années les anciennes républiques dites « soviétiques », vassales de Moscou – comme l’Ukraine en 2013-2014, la Biélorussie l’année dernière et le Kazakhstan en janvier, et avant encore la Tchétchénie en 2000 ou la Géorgie en 2008. Poutine ne peut pas supporter que ces pays puissent vouloir suivre l’exemple de ceux qui ont adhéré à l’Union européenne, laquelle  – malgré ses graves défaillances sociales – exerce une grande attraction auprès de tous ces peuples, et sert de contrepoids par rapport au Kremlin. C’est pour empêcher cela que le Kremlin est intervenu en Ukraine contre la révolution démocratique du Maïdan en 2013-2014, en annexant la Crimée et en faisant occuper le Donbass par des unités paramilitaires russes et diverses milices d’extrême droite ; c’est pour la même raison qu’il soutient son protégé Loukachenko en Biélorussie contre le mouvement démocratique ; et qu’il a liquidé presque toute l’opposition en Russie même, a laissé impunis les assassinats de dizaines d’opposants et journalistes indépendants, vient de dissoudre l’association Mémorial qui documente tous les crimes depuis l’époque stalinienne, etc.

Il faut une véritable campagne anti-guerre. 

Un très bon exemple nous vient de la Grande Bretagne, de l’association Ukraine Solidarity Campaing, qui mobilise les syndicats, les députés et élus du Labour Party, etc. Nous avons signé leur appel, et il faudrait qu’on le diffuse maintenant dans le mouvement social. En France, PEPS publie un communique « Non à la guerre » bien orienté. De même, le Mouvement socialiste russe RSD fait parvenir à la gauche occidentale un appel important « Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine ».

Comme mots d’ordre, nous pourrions dire : Ni Moscou, ni l’Otan – indépendance de l’Ukraine ! Retrait des troupes russes de l’Ukraine ! Paix en Europe ! Droit des peuples à l’autodétermination ! Pour une conférence internationale urgente sous l’égide de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) et du Conseil de l’Europe, dont le rôle est quand même de protéger les droits humains, pour arrêter cette guerre.

Il faut également appeler à ce qu’on réponde aux demandes immédiates et urgentes des Ukrainiens, à savoir en premier lieu l’acheminement des armes en qualité et quantité suffisantes pour leur permettre de défendre leurs libertés et leur indépendance. Dire cela ne signifie nullement appeler, même indirectement, à une intervention des soldats de l’Otan sur le territoire ukrainien, car cela créerait immédiatement le risque d’un affrontement militaire direct entre « deux blocs », deux puissances nucléaires. D’autant plus que la récente mise en alerte des forces nucléaires russes montre que, pour assouvir ses fantasmes de nationaliste grand-russe, Poutine est même prêt à menacer l’Europe et le monde d’une attaque atomique.

Il s’agit uniquement – mais c’est déjà essentiel – d’aider le peuple ukrainien à se défendre efficacement face à l’invasion des troupes russes en lui fournissant les armes, l’argent et les moyens matériels nécessaires. D’ailleurs, la Charte des Nations Unis prévoit ce genre de circonstances dans son article 51 : « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. » Et dès l’Article 1 qui définit les buts des Nations Unies, dans le pt. 2, la Charte proclame le but de : « Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde »

Certains secteurs de la gauche, tout en condamnant l’invasion de l’Ukraine et appelant au retrait des troupes russes, s’opposent à toute livraison d’armes à l’Ukraine, car ce serait « soutenir les militaristes, les va-t-en guerre ». Le rappel des conséquences tragiques de la politique d’embargo sur les armes (appelée à l’époque « non intervention ») à l’Espagne républicaine en 1936-39, contre l’armée fasciste de Franco aidée par Hitler et Mussolini, devrait nous faire réfléchir, nous tous qui sommes de gauche aujourd’hui en Europe. Tout comme le refus des Alliés d’envoyer des armes aux insurgés du Ghetto de Varsovie en 1943, ou à l’insurrection populaire de Varsovie contre l’occupation nazie en 1944 ; ou encore, à l’opposition démocratique syrienne et son Armée syrienne libre, dont les représentants venus à Paris au Sénat en 2013 répétaient qu’ils ne voulaient pas du tout que les soldats de l’Otan interviennent sur place, car disaient-ils« nous savons nous battre nous mêmes, mais nous avons besoin d’armes, d’argent, de moyens ». Exactement ce que disent les Ukrainiens aujourd’hui.

Bien sûr, nous devons dire que nous sommes pour la dissolution de l’Otan, mais nous devons en même temps comprendre pourquoi l’Ukraine et les pays de l’Est – au contraire – voient l’Otan comme une planche de salut face à l’impérialisme russe. Une planche pas très sûre d’ailleurs, comme vient de le constater amèrement le président ukrainien Zelensky, déplorant que« l’Ukraine a été laissée seule à se battre face à la Russie ».

Une telle dissolution ne pourrait intervenir que dans le cadre d’un accord européen global de dissolution simultanée des deux blocs, donc également du bloc autour du Kremlin (OTSC, Organisation du traité de sécurité collective). Un accord prévoyant le retrait simultané, supervisé par l’OSCE et le Conseil de l’Europe, des troupes russes de l’Ukraine et des troupes de l’Otan des pays de l’Est, ainsi que, à plus long terme, le désarmement général, simultané et réciproque en Europe, à commencer par l’armement nucléaire. Un tel nouvel accord de sécurité et de coopération en Europe, bien qu’il puisse paraître utopique dans l’immédiat, serait l’unique façon d’assurer de nouveau la confiance et la sécurité à tous les pays d’Europe – à l’Ukraine en premier lieu, mais aussi au peuple russe. Il va sans dire qu’en ce qui concerne l’ONU, la condition première pour que celle-ci puisse jouer de nouveau son rôle de force de paix est d’abandonner enfin la règle paralysante de l’unanimité et du droit de véto dont jouissent les cinq grandes puissances au Conseil de sécurité.

Trois autres mots d’ordre seraient importants aussi : 1) Pour des sanctions frappant les gigantesques fortunes cachés à l’Ouest de tous les oligarques russes sans exception, à commencer par celle de Poutine lui-même estimée en milliards de dollars, leur confiscation et leur utilisation comme réparations pour les dommages causés par l’invasion russe. 2) Pour l’effacement sans conditions de la dette extérieure de l’Ukraine. 3) Pour que les pays occidentaux ne conditionnent pas l’aide financière et économique à l’Ukraine de la mise en place des politiques d’austérité et d’ajustements structurels chers au FMI.

Je terminerai en disant qu’il faudrait voir les possibilités de renouer, réactiver le mouvement alterglobaliste. Par exemple, convoquer en urgence une réunion extraordinaire du Comité international du Forum social mondial (FSM), et préparer un Forum social européen (FSE) extraordinaire, afin de re-impliquer les mouvements sociaux en Europe de l’Ouest et de l’Est. Ensemble pour une autre Europe – sociale, démocratique, pacifique, basée sur le droit à l’autodétermination de tous les peuples sur le continent. C’est le moment de l’essayer, je crois.

Stefan Bekier

26.02.2022 (version revue et augmentée le 2.03.2022

https://blogs.mediapart.fr/stefan-bekier/blog/020322/demilitariser-et-denazifier-lukraine

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Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »

Non à la guerre en Ukraine

Vos guerres, nos morts

Nous devons encore une fois dire non à la guerre. L’agression actuelle du gouvernement russe contre la population ukrainienne, fruit des tensions accumulées depuis huit ans, a des conséquences sur la vie de dizaines de millions de personnes et pousse l’humanité tout entière vers le désastre.

Face à cette agression, les associations, mouvements sociaux, partis et syndicats qui lancent ce manifeste, nous nous retrouvons avant tout pour refuser cette agression, manifester notre solidarité avec toutes les victimes de cette guerre, et rejoindre ainsi les cris venus de dizaines de capitales européennes.

Notre solidarité va aux citoyens et citoyennes d’Ukraine et aux victimes de cette guerre et des autres guerres partout dans le monde. Aux personnes qui ont dû quitter leur maisons et leurs êtres chers pour fuir vers d’autres pays. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, jusqu’à 5 millions de personnes pourraient être obligées de quitter leurs foyers. Pour elles et pour tant d’autres qui cherchent un refuge partout dans le monde, sans distinction d’origine, nous défendrons la protection et la sécurité : chez nous, c’est chez vous ! Notre soutien va aussi à toutes les personnes courageuses qui manifestent dans les rues de Moscou et d’autres villes de Russie pour protester contre les actions de leur gouvernement, malgré la répression. Des milliers de personnes ont déjà été arrêtées en quelques jours.

Mais au-delà de nos manifestations de solidarité et des déclarations de condamnation, il faut agir pour arrêter la violence. Nous sommes face à la pire des crises éco-sociales de l’histoire, et les guerres aggravent une telle situation car elles provoquent destructions et plus de pollution, incompatibles avec la vie. Il faut que nos gouvernements agissent pour arrêter l’escalade belliciste avant de tomber dans une guerre dévastatrice. Pendant longtemps, nous avons demandé des actions pour la paix, pour le désarmement, contre les ventes d’armes et pour prévenir une escalade guerrière face aux tensions créées dans l’est de l’Ukraine. Aujourd’hui, alors que le conflit s’est aggravé, nous lançons un appel :

  1. que les gouvernements de l’Union européenne (UE), dont celui de l’Etat espagnol, mettent tout en œuvre pour obtenir – par voie de négociation, solidarité économique et propositions de paix – un arrêt total des hostilités et le retrait des troupes d’Ukraine.

  2. Que la communauté internationale assure et garantisse l’arrivée de l’aide humanitaire et la protection internationale de la population d’Ukraine déplacée et réfugiée à la suite de ce conflit. L’UE doit activer immédiatement des voies légales et sûres et le gouvernement espagnol doit se donner les moyens d’organiser un accueil véritable et digne, dans le respect avant tout des femmes et des enfants. Le gouvernement de la Generalitat et les mairies [de Catalogne] doivent donner l’exemple.

  3. La communauté internationale doit mettre tous ses moyens en œuvre pour lancer un véritable processus de dialogue respectant le droit international. L’ONU et l’UE doivent encourager des initiatives pour construire la paix, pour accueillir tous les acteurs des pays impliqués, dont la société civile et surtout les femmes, de façon à œuvrer à une solution négociée. Tout cela suppose d’éviter une augmentation des budgets militaires qui nous conduirait à une escalade belliciste dévastatrice. Il n’y a pas d’issue militaire possible : il faut refuser le modèle hégémonique mondial de sécurité militaire, et en particulier celui de l’OTAN, il faut traiter les causes structurelles de la guerre et éviter de prendre des mesures qui aggraveraient la souffrance et les tensions du conflit.

Il n’y a pas de chemin vers la paix. La paix est un chemin.

Encore une fois depuis Barcelone et depuis la Catalogne nous crions : non à la guerre !

Vos guerres, nos morts !

Non à la guerre, ni en Ukraine ni ailleurs !

2 mars 2022

Signé par plus de 400 associations, partis et syndicats, dont des associations catalanistes, locales et municipales, de femmes et LGBT, de quartier, environnementales et écologistes, chrétiennes, dont :

ANC, Ómnium Cultural, CDR, CUP, ERC (Gauche républicaine), Esquerra unida de Catalunya, Junts & Catalunya, CCOO Catalunya, Intersindical, UGT Catalunya jeunes de l’UGT.

(Traduction Mariana Sanchez)

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Déclaration intersyndicale CGT FSU Solidaires_non_a_la_guerre_en_Ukraine_03_03_22

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Stop à la discrimination des Africains fuyant l’Ukraine à la frontière.

https://www.change.org/p/stop-à-la-discrimination-des-africains-fuyant-l-ukraine-à-la-frontière/sign?

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En complément possible

Interview de Witalij Machinko, Syndicat de solidarité des travailleurs (Trudowa Solidarnist, Kiev)

Appel du « Center for civil liberties » Ukraine

Roane Carey : Comment la gauche devrait réagir à l’invasion de l’Ukraine par la Russie

MMF France : Non à la guerre en Ukraine, Non à Poutine ! Soutien à la démocratie ukrainienne, soutien au peuple ukrainien !

Leyla Binici, Jérôme Gleizes, Abdessalam Kleiche, Myriam Laïdouni-Denis, Didier Claude Rod : Réflexions écologistes sur l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

La Cimade demande une protection pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine

Amb el poble d’Ucraïna!

Nous, Européen·ne·s de l’Est…

Patrick Cockburn : La Blitzkrieg pré-annoncée de Poutine en échec. Un danger encore plus grand (…)

NON à la guerre en Ukraine !

Des militant·es pour la démocratie au Myanmar organisent des rassemblements pour soutenir l’Ukraine

Razem : « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN… »

Fondation Frantz Fanon : Guerre d’agression contre l’Ukraine : qui a mis K.O le droit international ?

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe : Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/02/ukraine-russie-6/

Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail

Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe

Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/01/ukraine-russie-5/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar :Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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