Ukraine – Russie (mais pas que…) 11

Étienne Balibar : « Le pacifisme n’est pas une option »

Valerie Hopkins (LVIV, Ukraine) : « Des Ukrainiens constatent que des membres de leur famille en Russie ne croient pas que c’est une guerre »

Razem quitte Progressive International et DiEM25

La Cimade : Protégeons le peuple ukrainien, défendons les droits de toutes les personnes exilées

Yassin al-Haj Saleh : Pourquoi l’Ukraine est une cause syrienne

Pavlo Lodyn : L’agression de Poutine et la menace d’une catastrophe environnementale en Europe

Amélie Poinssot : L’agression russe sur l’Ukraine, un cauchemar pour l’écologie

UPJB : Sur la guerre en Ukraine

Mouvement socialiste de Russie : Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat

Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine (Québec)

Sudfa : Les Soudanais-e-s dénoncent la collaboration entre Hemetti et Poutine

Collectif Pour une Syrie Libre et Démocratique : De Grozny à Kiev en passant par Alep, allons nous indéfiniment laisser Vladimir Poutine terroriser les populations qui revendiquent la liberté et la justice ?

Siné mensuel

Solidarité avec les ukrainiens et ukrainiennes

Yorgos Mitralias : Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à… Lénine et aux bolcheviks !

Crimes contre l’humanité et CPI

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« Le pacifisme n’est pas une option »

Avec l’aimable autorisation d’Etienne Balibar

L’invasion russe en Ukraine a fait resurgir des mots du passé, sans qu’on sache s’ils correspondent vraiment à la situation présente : guerre froide, guerre mondiale, guerre impérialiste… Quelle guerre a commencé selon vous ?

Étienne Balibar : Ce n’est pas une question facile, car je ne suis à aucun degré un expert militaire ou géostratégique. Mais, comme beaucoup de gens de ma génération, et même de générations plus récentes, je considère que tous les événements politiques qui se produisent en Europe et dans le monde, et qui mettent en cause des questions aussi vitales que la guerre et la paix, la démocratie et la dictature, sont incontournables.

Quand on est un citoyen européen et qu’on fait profession de réfléchir sur le monde dans lequel on vit, on ne peut pas se cacher derrière son incompétence.

Ma réponse, donc, c’est que c’est une guerre européenne. Non seulement parce qu’elle se produit dans un territoire dont on peut considérer qu’il appartient à l’Europe ou à sa frontière, mais parce que c’est une guerre qui se produit à l’intérieur de l’ensemble historique, culturel et politique que nous appelons l’Europe. Et cet ensemble inclut la Russie.

Ce n’est pas une guerre entre l’Europe et une puissance qui serait extérieure par définition. C’est une guerre qui se produit à l’intérieur de notre espace européen.

Cela ne veut pas dire que la Russie et son régime actuel, une sorte de « pétro-oligarchie » autocratique, ultramilitarisée et de plus en plus policière, nostalgique de l’Empire russe, ne sont pas l’ennemi du moment. Ils sont l’ennemi des Ukrainiens, et par voie de conséquence, l’ennemi de tous ceux qui considèrent, comme moi, que la priorité est de soutenir leur résistance.

Mais il est très important de considérer, contre une certaine évidence, que ce n’est pas une guerre entre l’Europe, réduite à la « petite Europe », et une puissance qui serait extérieure par définition. Entre « nous » et « eux ». C’est une guerre qui se produit à l’intérieur de notre espace européen, mais qui pourrait encore s’élargir, c’est un risque évident.

Comment définissez-vous cet espace européen ? Quelles sont ses limites ?

Cela suppose qu’on se donne une définition large de l’espace européen. Je pense à ce que Gorbatchev avait appelé la « maison commune ». J’ai aussi en tête le célèbre livre de Keynes publié au lendemain de la Première Guerre mondiale : Les Conséquences économiques de la paix (1919).

Dans ce livre, il y a des thèmes de Keynes qui allaient contre des évidences : par exemple, l’idée que si l’on cherchait à écraser les Allemands, cela nous retomberait sur le nez. Et il disait à ses lecteurs, en substance : « Cela vous étonnera qu’un Anglais se dise aussi concerné par ce qui se passe en Europe, mais je me sens européen. » Il faut une définition ouverte de l’Europe, conformément à son histoire.

C’est pourquoi je dis que la Russie fait partie de l’Europe, comme l’Angleterre ou la Turquie. L’Europe historique est divisée, parfois violemment, par des frontières internes, mais elle n’a pas à proprement parler de frontières externes, ni vers le sud, ni vers l’ouest, ni vers l’est, sauf au sens de zones de contact avec d’autres civilisations.

Vous incluez la Russie, mais dans son discours du 21 février 2022 annonçant son offensive, Vladimir Poutine est allé jusqu’à nier l’existence même de l’Ukraine. Son impérialisme agressif ne freine-t-il pas cette vision de l’Europe ?  

Poutine revient de façon obsessionnelle sur quelque chose qui ne peut que me frapper, car, dans ma mémoire, il y a aussi toute l’histoire du communisme. C’est l’idée que le responsable, c’est Lénine, qui a commis une faute irréparable en acceptant au moment de la fondation de l’Union soviétique, en 1922, au sortir de la guerre civile, qu’une entité nationale, appelée Ukraine, constitue une république autonome à l’intérieur de l’URSS.

Poutine dit que Lénine a fait une concession désastreuse au nationalisme ukrainien, et que si cela n’avait pas été le cas, au moment de la chute de l’Union soviétique, il n’y aurait pas eu d’indépendance de l’Ukraine, puisque les terres ukrainiennes auraient été considérées par les habitants eux-mêmes comme faisant partie de la Russie. Cela revient à prendre position pour Staline, contre Lénine.

L’impératif immédiat, c’est d’aider les Ukrainiens à résister. Ne rejouons pas la « non-intervention ».

Évidemment, je pense que Lénine avait raison dans la fameuse « question des nationalités ». Il était obsédé par ce qu’il appelait le « chauvinisme grand-russe ». Mais la suite a prouvé que les nationalismes, grands et petits, ne demandaient qu’à ressortir à la faveur des guerres, des crises et des génocides. 

Il y a des racines encore plus anciennes, dans l’histoire de l’Empire russe et des autres empires européens, mais je crois en effet que ce qui arrive aujourd’hui vient pour une part essentielle de la grande division de l’Europe à la fin de la Première Guerre mondiale et après la révolution russe, suivie bien entendu du nazisme et de la guerre froide.

La conclusion que j’en tire, pour proposer des perspectives, c’est que l’objectif doit être une recomposition de l’Europe, dans l’intérêt des Russes, des Ukrainiens et du nôtre, où la question des nations et des nationalités soit repensée de fond en comble.

Je ne dis pas qu’il faut revenir à 1920. Mais il faut se donner cette longue trajectoire des divisions internes de l’Europe pour essayer de penser à son avenir collectif. Et cela commande en partie ce que nous devons faire en ce moment, et comment nous devons le faire.

La réponse actuelle de l’Union européenne à cette guerre vous semble-t-elle à la hauteur ? Craignez-vous l’escalade militaire ?

Je crains terriblement l’escalade militaire, y compris nucléaire. C’est terrifiant et, visiblement, ce n’est pas exclu. Mais le pacifisme n’est pas une option. L’impératif immédiat, c’est d’aider les Ukrainiens à résister. Ne rejouons pas la « non-intervention ». L’Union européenne est de toute façon déjà impliquée dans la guerre. Même si elle n’envoie pas de troupes, elle livre des armes – et je pense qu’elle a raison de le faire. C’est une forme d’intervention.

Deuxièmement, les armées européennes sont en état d’alerte, elles envoient des détachements à la frontière. On ne peut pas savoir ce qui se passera si les armées russes y arrivent à leur tour. Et troisièmement, dans le cadre occidental, l’UE prend des « sanctions » économiques qui, si elles doivent être efficaces, sont une façon « hybride » de faire la guerre, et peuvent entraîner des ripostes de la part des Russes.

La grande inconnue, c’est ce que feront alors les Chinois, mais tout semble indiquer que, s’ils voient certains avantages à ce que les Russes sèment le trouble dans le monde occidental, ils ne sont pas disposés à les suivre n’importe où. Les Chinois ne raisonnent pas en termes de « camps ». Est-ce qu’ils ont des moyens de faire réfléchir Poutine ? C’est moins évident.

Pour revenir à votre question, Noam Chomsky a dit ces jours-ci qu’il fallait soutenir les Ukrainiens, mais en laissant à Poutine une porte de sortie, et qu’il ne fallait pas que ces sanctions économiques entraînent des réactions excessives de la part des Russes. Avec tout le respect que j’ai pour lui, je crois qu’il se trompe.

Si l’on veut forcer Poutine à reculer, il faut que les coups portés soient forts. Mais il est tout à fait vrai que les sanctions économiques sont à double tranchant, et que les Européens risquent d’en souffrir, en termes de livraisons de gaz, de pétrole et de blé. L’inflation va galoper. Peut-être même y a-t-il un « risque systémique » pour les finances mondiales.

Poutine s’est mis dans une position de tout ou rien. C’est bien ce qui fait peur.

D’une façon générale, on est pour très longtemps sous le signe du risque. On ne peut pas à la fois intervenir dans la guerre qu’a déclenchée Poutine, sous diverses formes, et croire que cela ne coûtera rien ou ne comporte aucun risque.

L’impératif, je le répète, est d’abord de soutenir les Ukrainiens. Je ne veux donc pas ouvrir de porte de sortie à Poutine. Lui-même, d’ailleurs, n’en veut pas. Il s’est mis dans une position de tout ou rien. C’est bien ce qui fait peur.

Poutine a brandi une prétendue menace de l’Otan pour justifier sa guerre, comme si elle était le produit de rivalités inter-impérialistes avec les États-Unis. Comment sortir du « campisme » qu’il alimente, et qu’on voit malgré tout se recomposer à l’occasion de cette guerre ?

Je fais partie de ceux qui pensent que l’Otan aurait dû disparaître à la fin de la guerre froide, en même temps que le Pacte de Varsovie. À cette époque, l’Occident a pensé qu’ayant gagné la guerre des « systèmes », il fallait qu’il engrange les fruits de cette victoire sur tous les terrains : économique, idéologique, militaire. Parmi les choses qu’il a gardées, il y a l’Otan, qui avait des fonctions externes, mais aussi et peut-être surtout celle de discipliner, pour ne pas dire domestiquer le camp occidental.

Tout cela est certes lié à un impérialisme : l’Otan fait partie des instruments qui garantissent que l’Europe au sens large ne dispose pas d’une véritable autonomie géopolitique par rapport à l’empire américain. C’est une des raisons du maintien de l’Otan au-delà de la guerre froide. Et les conséquences en ont été catastrophiques pour le monde entier.

L’Otan a consolidé les dictatures dans sa propre zone d’influence, couvert ou toléré toutes sortes de guerres, dont certaines affreusement meurtrières, comportant des crimes contre l’humanité. Ce qui se passe en ce moment ne me fait pas changer d’avis sur ce point.

Cependant, l’agressivité russe est bien réelle, et pour les citoyens des pays baltes, par exemple, la seule protection, apparemment, c’est l’Otan. Ils ont 30 ou 40% de russophones. L’Empire russe a toujours voulu l’accès à la mer, au Nord et au Sud, et Riga peut tout à fait craindre le sort de la Crimée. La Pologne, c’est peut-être déjà un autre problème, où entre une grande part de nationalisme héréditaire, en même temps que le traumatisme du pacte germano-soviétique…

Le mieux serait que l’Europe soit suffisamment forte pour protéger son propre territoire, et qu’on dispose d’un système de sécurité international effectif – c’est-à-dire l’ONU démocratiquement rénovée, libérée du droit de veto des membres permanents.

Or, plus l’Otan monte comme système de sécurité, plus les Nations unies descendent. Au Kosovo, en Libye et surtout en Irak en 2003, l’objectif des États-Unis et de l’Otan dans leur foulée a été de casser les capacités de médiation, de proposition, de règlement et de justice internationale des Nations unies.

Si l’on se pose la question des garanties que des peuples peuvent avoir contre des agressions, l’Otan est le dernier bâton auquel ils peuvent se raccrocher dans certains cas. Mais ce n’est pas l’idéal, c’est le moins qu’on puisse dire. Car, avec la « protection » de l’Otan arrive l’incorporation au conflit stratégique des impérialismes mondiaux.

Pour revenir à la question, je pense que c’est évidemment un prétexte de la part de Poutine. Ce n’est pas une agression de l’Otan qui a poussé Poutine à la guerre. Mais qu’il y ait eu depuis 1991 une politique systématique de grignotage de positions autour de la Russie, il suffit de regarder la carte pour comprendre que c’est vrai.

Depuis le début de la guerre, non seulement les Ukrainiens résistent, mais des Russes manifestent et leur témoignent de leur solidarité en prenant de grands risques. Le peuple russe peut-il contribuer à faire reculer Poutine ?

Oui, et je tiens beaucoup à cette idée. Si l’on pose la question sous la forme : qu’est-ce qui peut arrêter Poutine ? la première réponse, c’est : le peuple ukrainien, à condition d’être aidé. Mais la seconde réponse, c’est : le peuple russe, malgré la violence de l’appareil répressif auquel il est soumis.

Je ne sais pas si l’on peut dire que la majorité du peuple russe préférerait la démocratie au système actuel, mais des éléments vont dans ce sens. Je pense d’ailleurs que Poutine craignait que l’esprit démocratique gagne du terrain en Ukraine, dans un espace culturel et politique qui est entrelacé de toutes les façons possibles avec la Russie et qui souffre en partie des mêmes problèmes de corruption

Souvenons-nous aussi des manifestations contre Poutine, lorsqu’il a été réélu en 2012, largement mais en ayant peut-être truqué les résultats. Il y a une opinion publique en Russie, même si je n’exclus pas que beaucoup de gens adhèrent à son discours de restauration de la grandeur russe passée, notamment sous l’influence de l’Église orthodoxe. Pour la mythologie fascisante du continent « eurasiatique » dominé par les slaves, cela me semble beaucoup moins sûr.

Il y a enfin un autre élément auquel je m’accroche : c’est qu’il ne faut pas considérer séparément le peuple russe et l’armée russe.

Dans l’armée russe, il y a une part de professionnels, des « unités spéciales » dont on peut attendre le pire, comme elles l’ont déjà prouvé ailleurs, mais il y a aussi des conscrits, et derrière eux, il y a leurs familles. À l’époque de la guerre en Tchétchénie, les mères des soldats russes étaient sorties de chez elles pour protester. Il y a donc un grand point d’interrogation : quelles ondes de découragement et de contestation politique peuvent se diffuser à l’intérieur de la société russe, à partir du foyer de la guerre ?

L’objectif, à terme, n’est pas seulement que Poutine recule, c’est que son peuple se débarrasse de lui.

Évidemment, c’est ma vieille culture marxiste : Engels avait soutenu qu’avec les armées de conscription, le prolétariat était dans l’armée et se dresserait contre les guerres. Il est apparu que c’était très idéaliste, mais il y a des exemples de résistance au moins passive des soldats aux guerres qu’on veut leur faire faire.

J’en reviens à mes spéculations du début : une armée russe a envahi l’Ukraine, mais quel est le peuple qui est derrière cette armée ? La question devient donc : quels sont nos moyens de les aider, eux aussi ? Certainement pas de les isoler, de dresser un rideau de fer moral entre eux et nous… C’est mon côté internationaliste.

La solution au conflit passera donc en partie par l’internationalisme ?

Il est difficile d’être internationaliste quand le nationalisme triomphe, mais il y a une petite brèche par où l’internationalisme s’infiltre : c’est la solidarité avec les peuples, qui sont d’un côté et de l’autre du champ de bataille.

Cela me paraît d’autant plus vital que nous avons chez nous nos propres nationalistes ou « souverainistes », subventionnés ou inspirés par Poutine. Eux aussi forment paradoxalement une sorte d’Internationale.

Mais mon obsession du moment, c’est de savoir comment pratiquer l’unité des contraires : faire la guerre à l’armée russe et à Poutine, puisqu’il nous l’impose, et penser un au-delà de cette guerre, qui n’est pas la reconstitution des blocs. L’objectif, à terme, n’est pas seulement que Poutine recule. Il y a un objectif politiquement plus intéressant : c’est que son peuple se débarrasse de lui.

Et un autre encore plus ambitieux : inventer la grande Europe multilingue, multiculturelle, ouverte sur le monde. Ne pas faire de la militarisation de l’Union européenne, si inévitable qu’elle paraisse à court terme, le sens de notre avenir. Éviter le « choc des civilisations », dont nous serions l’épicentre. 

Entretien avec Mathieu Dejean

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/070322/etienne-balibar-le-pacifisme-n-est-pas-une-option

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« Des Ukrainiens constatent que des membres de leur famille en Russie ne croient pas que c’est une guerre »

Durant la journée du dimanche 6 mars, des milliers de manifestant·e·s ont exprimé leur opposition à la guerre dans de nombreuses villes de Russie. Les mots d’ordre de « Non à la guerre » et « Honte à vous » résonnaient. La réalité de ces manifestations peut se mesurer au nombre d’arrestations reconnues par le ministère de l’Intérieur: 1700 arrestations à Moscou, 750 à Saint-Pétersbourg, 1061 dans d’autres villes. L’OVD-Info, une ONG de défense des droits de l’homme créée en décembre 2011, donne les chiffres suivants: au moins 4366 arrestations dans 56 différentes villes, y compris dans des villes de Sibérie. Selon OVD-Info, depuis le 24 février, le nombre d’arrestations dépasse les 10 000. Le contrôle strict de tous les médias effectué par la censure militaire ne cesse de se renforcer, comme l’indique à l’agences Reuters la porte-parole de l’OVD, Maria Kuznetsova… depuis Tbilissi (Géorgie). 

La répression systématique de ces courageuses protestations va de pair avec la détermination du Kremlin de maintenir une bulle d’information qui participe d’une opération orwellienne de désinformation et de « lavage de cerveau » pour asseoir la version poutinienne de sa guerre d’agression. Cela est d’autant plus structuré étant donné la phase présente, c’est-à-dire le siège en cours d’importantes villes, accompagné par les bombardements accrus des secteurs résidentiels, et donc de la population, ainsi que par la destruction des infrastructures, des écoles, des hôpitaux et des bâtiments administratifs afin de détruire un élément organisationnel de la résistance. C’est une stratégie de terreur qui vise à briser et paralyser une population. 

Cette guerre de siège se combine avec des prétendues ouvertures de « corridors humanitaires », qui ne sont pas mis en œuvre et dont l’impossibilité de le faire est imputée à la résistance de l’armée ukrainienne. A cela s’ajoute la gestion « géographique » des corridors : certains d’entre eux, pour exister, sont prévus en direction de la Biélorussie ou de la Russie ! Cette tactique de bombardements et de prétendues négociations humanitaires participe de la volonté de mener à son terme la phase d’assiégement des villes, donc une guerre qui frappe massivement la population. 

Or, la bulle médiatique dans laquelle le Kremlin veut enfermer la population russe a pour fonction d’établir une étanchéité face à ce qui est à l’œuvre en Ukraine. Combien de temps peut se maintenir le contrôle relatif des canaux d’information et de leur impact sur la population de Russie ? 

Jeremy Morris, chercheur à l’Université Aarhus au Danemark, qui couvre depuis longtemps la société dite post-soviétique, écrit le 7 mars : « Je caractérise la réponse des Russes [face à l’invasion de l’Ukraine] jusqu’à présent comme un mélange d’incrédulité face à l’ampleur et au caractère destructeur des actions russes et de refus de reconnaître que la Russie est l’agresseur. L’Etat russe a fermé la plupart des sources d’information alternatives facilement accessibles. Les personnes disposant d’un VPN [réseau privé virtuel] peuvent encore découvrir des choses, mais elles ne sont qu’une infime minorité. De nombreuses personnes ont peur, à juste titre, de parler de la guerre, et ce black-out accroît la sensibilité du public aux quelques informations officielles qui lui parviennent. Pour beaucoup, la guerre, qui en est à son douzième jour, reste une « opération spéciale antiterroriste » contre des « néonazis ». Mais il est clair pour beaucoup que les choses ne se déroulent pas comme prévu, ce qui alimente les mécanismes d’adaptation des Russes. Ceux-ci peuvent être considérés comme des formes de « consolidation défensive » : un repli sur des vérités réconfortantes qui aident les individus à gérer la dissonance cognitive. Par exemple, plutôt que d’accepter que « nos » troupes russes utilisent sans discernement des roquettes contre des cibles civiles en Ukraine, une personne m’écrit sur Facebook (alors qu’il était encore accessible) : « Il vaut mieux que ça se termine rapidement ; les Ukrainiens l’ont provoqué eux-mêmes ; il vaut mieux que cela se passe là-bas qu’ici ; il était inévitable que l’Occident provoque un grand conflit.» (Open Democracy, 7 mars 2022)

De ce point de vue, nous sommes peut-être à un moment charnière de cette « dissonance cognitive ». L’article du New York Times du 6 mars (mis à jour le 7) que nous publions ci-dessous, éclaire, sous une forme descriptive, l’incrédulité d’habitants d’Ukraine qui cherchent à communiquer avec leurs parents en Russie. Sa lecture doit s’inscrire dans le contexte que nous explicitons ici en introduction. (Rédaction A l’Encontre)

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Quatre jours après que la Russie a commencé à larguer des obus d’artillerie sur Kiev, Misha Katsurin, un restaurateur ukrainien, se demandait pourquoi son père, un gardien d’église vivant dans la ville russe de Nijni Novgorod, n’avait pas appelé pour prendre de ses nouvelles. « Il y a une guerre, je suis son fils, et il n’appelle pas », a déclaré Misha Katsurin, qui a 33 ans, lors d’une interview. Alors, Misha Katsurin a pris le téléphone et a fait savoir à son père que l’Ukraine était attaquée par la Russie. « J’essaie d’évacuer mes enfants et ma femme – tout est extrêmement effrayant », lui a dit Misha Katsurin.

Il n’a pas obtenu la réponse qu’il attendait. Son père, Andrei, ne l’a pas cru. « Non, non, non, stop ! », a déclaré Misha Katsurin à propos de la première réaction de son père. « Il a commencé à me dire comment les choses se passent dans mon pays », a continué Misha Katsurin, qui a converti ses restaurants en centres pour les activités de soutien à la résistance et réside temporairement près de la ville de Ternopil, dans l’ouest de l’Ukraine. Il a commencé à me crier dessus et m’a dit : « Regardez, tout se passe comme ça. Ce sont des nazis. »

***

Alors que les Ukrainiens font face à la dévastation des attaques russes dans leur patrie, beaucoup rencontrent également un retour de bâton déroutant et presque surréaliste de la part des membres de leur famille en Russie, qui refusent de croire que des soldats russes puissent bombarder des innocents, ou même qu’une guerre ait lieu.

Ces proches ont essentiellement adhéré à la position officielle du Kremlin, selon laquelle l’armée du président Vladimir V. Poutine mène une « opération militaire spéciale»  limitée dont la mission honorable est de « dé-nazifier » l’Ukraine. Dans ses tentatives de justification de l’invasion, Poutine a qualifié le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, de langue maternelle russe et d’origine juive, de « nazi toxicomane ».

Ces récits émergent au milieu d’une vague de désinformation émanant de l’Etat russe, le Kremlin s’efforçant de réprimer les reportages indépendants tout en façonnant les messages que la plupart des Russes reçoivent.

On estime que 11 millions de personnes en Russie ont des parents ukrainiens. De nombreux citoyens ukrainiens sont des Russes d’origine, et ceux qui vivent dans le sud et l’est du pays ont le russe pour langue maternelle.

Les chaînes de télévision russes ne montrent pas le bombardement de Kiev, la capitale de l’Ukraine, et de ses banlieues, ni les attaques dévastatrices sur Kharkiv, Marioupol, Chernihiv et d’autres villes ukrainiennes. Ils ne montrent pas non plus la résistance pacifique évidente dans des endroits comme Kherson, une grande ville du sud que les troupes russes ont capturée il y a plusieurs jours, et certainement pas les manifestations contre la guerre qui ont éclaté dans toute la Russie.

Au lieu de cela, elles se concentrent sur les succès de l’armée russe, sans parler des pertes parmi les soldats russes. De nombreux correspondants de la télévision d’Etat sont embarqués [au sens d’être joints aux forces armées] dans l’est de l’Ukraine, et non dans les villes pilonnées par les missiles et les mortiers. Les reportages récents n’ont pas mentionné le convoi russe de 60 km de long sur une route au nord de Kiev. Vendredi, la Russie a également interdit Facebook et Twitter pour tenter d’endiguer les informations incontrôlées.

***

Tout cela, dit Misha Katsurin, explique pourquoi son père lui a dit : « Il y a des soldats russes là-bas qui aident les gens. Ils leur donnent des vêtements chauds et de la nourriture. »

Misha Katsurin n’est pas le seul à être frustré. Lorsque Valentyna V. Kremyr a écrit à son frère et à sa sœur en Russie pour leur dire que son fils avait passé plusieurs jours dans un abri anti-bombes à Bucha, dans la banlieue de Kiev, en raison des combats intenses qui s’y déroulaient, elle a également été accueillie avec incrédulité. «I ls croient que tout est calme à Kiev, que personne ne bombarde Kiev» , a déclaré Valentyna V. Kremyr lors d’un entretien téléphonique. Elle a indiqué que ses frères et sœurs pensent que les Russes frappent les infrastructures militaires « avec précision, et c’est tout ».

Elle a déclaré que sa sœur Lyubov, qui vit à Perm (Oural), lui a souhaité un joyeux anniversaire le 25 février, le deuxième jour de l’invasion. Lorsque Valentyna V. Kremyr lui a répondu au sujet de la situation sur le terrain, la réponse de sa sœur par message direct a été simple : « Personne ne bombarde Kiev, et tu devrais en fait avoir peur des nazis, que ton père a combattus. Tes enfants seront en vie et en bonne santé. Nous aimons le peuple ukrainien, mais tu dois bien réfléchir à qui tu as élu comme président. »

Valentyna V. Kremyr a dit qu’elle avait envoyé à son frère, à Krasnoïarsk, des photos de sites de médias de confiance montrant des chars endommagés et un bâtiment détruit à Buca, mais qu’elle avait reçu une réponse choquante. « Il a répondu que ce site diffusait des fake news », et que c’était essentiellement l’armée ukrainienne qui causait les dégâts imputés aux Russes. « Il est impossible de les convaincre de ce qu’elles ont fait », dit Valentyna V. Kremyr, en faisant référence aux forces russes.

Anastasia Belomytseva et son mari, Vladimir, ont rencontré le même problème. Ils résident à Kharkiv, dans le nord de l’Ukraine, près de la frontière russe, qui a été durement touchée par les bombes russes. Mais ils ont déclaré dans une interview qu’il était plus facile d’expliquer l’invasion à leur fille de 7 ans qu’à certains de leurs proches.

« Ils ne comprennent absolument pas ce qui se passe ici, ils ne comprennent pas qu’ils nous ont attaqués sans raison », a déclaré Anastasia Belomytseva. Sa grand-mère et le père d’Anastasia sont en Russie. A la question de savoir s’ils croient à une attaque, Anastasia Belomytseva a répondu « Non ! ».

Certaines parties de Kharkiv ont été réduites à des décombres, et son hôtel de ville est une coquille calcinée. Anastasia Belomytseva a dit qu’elle envoyait des vidéos des bombardements à ses proches sur Instagram, mais ils se sont contentés de répondre par les affirmations maintes fois répétées du Kremlin selon lesquelles l’invasion n’est qu’une «opération militaire spéciale» et qu’aucun civil ne serait visé.

En réalité, plus de 350 civils étaient morts à la date de samedi soir, selon les Nations unies. Le véritable bilan est probablement beaucoup plus lourd.

Pour Svetlana, une sexagénaire vivant à Tcherkassy, la chose la plus difficile à accepter est le conseil qu’elle a reçu de sa sœur, qui vit en Biélorussie, et de ses cousins à Tomsk, en Russie : elle et les autres Ukrainiens ne doivent pas se préoccuper de ce qui se passe. « Ce n’est pas qu’ils ne croient pas que cela se passe, mais ils pensent que les politiciens de haut niveau devraient s’en occuper », a déclaré Svetlana, qui n’était pas à l’aise pour donner son nom de famille. « Je leur dis que nous sommes aussi des personnes, et que cela nous a affectés », a-t-elle ajouté. « Je leur ai demandé de ne pas s’enfouir la tête dans le sable, j’ai demandé aux mères de penser à ne pas envoyer leurs fils à l’armée. La réponse m’a étonnée. C’est-à-dire que les politiciens sont à blâmer pour tout. »

Elle a montré un échange WhatsApp avec sa cousine montrant que cette dernière avait également été influencée par un récit développé par la télévision d’Etat russe : que l’Occident a fomenté cette guerre, qu’il était ravi de voir deux « nations fraternelles » se battre l’une contre l’autre et qu’il comptait en tirer un profit important. Sa cousine a envoyé une série de messages affirmant que les entreprises de défense occidentales augmentaient leurs bénéfices et que l’Occident se procurait des sources d’énergie alternatives.

Ce n’était pas la réponse qu’elle avait espérée – aucune reconnaissance de la gravité de la situation pour les Ukrainiens ni aucune sympathie pour les pertes en vies humaines. Chaque jour, je leur envoie les informations nécessaires, mais la réponse est la suivante : « Il s’agit d’une sorte de fausse information, ce n’est pas du tout le cas, personne ne peut ou ne veut tirer sur des civils », a affirmé la cousine.

Anastasia Belomytseva, de Kharkiv, a déclaré que si son mari essayait toujours de communiquer avec sa famille en Russie, elle avait coupé les ponts avec la plupart de ses proches il y a huit ans, après l’annexion de la Crimée et l’invasion de l’est de l’Ukraine.

Pour sa part, Misha Katsurin a déclaré qu’il ne pouvait pas écarter de sa vie les membres les plus proches de sa famille. « Ce sont nos parents, ce sont les personnes les plus proches que nous avons, et il ne s’agit pas de les blâmer », a-t-il déclaré. « Je ne suis pas en colère contre mon père – je suis en colère contre le Kremlin. Je suis en colère contre la propagande russe. Je ne suis pas en colère contre ces personnes. Je comprends que je ne peux pas les blâmer dans cette situation. »

Il dit avoir pensé à couper les ponts avec son père, mais a décidé que ce n’était pas la bonne réponse. « La chose la plus facile à faire serait de dire : “OK, maintenant je n’ai pas de père” », a-t-il dit. « Mais je crois que je ne dois pas couper les ponts, c’est mon père. »

Il a ajouté que si tout le monde travaillait pour expliquer la vérité à sa famille, le récit pourrait changer. Après qu’un post sur Instagram se plaignant de l’incrédulité de son père soit devenu viral, il a lancé un site web, papapover.com, qui signifie « Papa, crois », avec des instructions pour les Ukrainiens sur la façon de parler de la guerre aux membres de leur famille. « Il y a 11 millions de Russes qui ont des parents en Ukraine », a-t-il déclaré. « Avec 11 millions de personnes, tout peut arriver – de la révolution à au moins une certaine résistance. »

Valerie Hopkins (LVIV, Ukraine)

Article publié par le New York Times, le 6 mars 2022, mis à jour le 7 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/russie-ukraine-des-ukrainiens-constatent-que-des-membres-de-leur-famille-en-russie-ne-croient-pas-que-cest-une-guerre.html

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Razem quitte Progressive International et DiEM25

Conformément à l’article 26, par. 1, pt.17, le Conseil National du Razem décide de retirer l’adhésion du Razem à l’Internationale Progressiste et au Mouvement Démocratie en Europe 2025.

Justification :

En l’absence d’une déclaration sans équivoque reconnaissant la souveraineté de l’Ukraine et d’une condamnation absolue de l’impérialisme russe par l’Internationale progressiste et le Mouvement Démocratie en Europe 2025, Lewica Razem met fin à sa coopération avec ces organisations.

https://partiarazem.pl/2022/03/razem-leaves-progressive-international-and-diem25/

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Protégeons le peuple ukrainien, défendons les droits de toutes les personnes exilées

logoChère amie, cher ami,

Face à l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, La Cimade souhaite exprimer sa plus profonde solidarité avec le peuple ukrainien. En ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, nos regards sont particulièrement tournés vers toutes ces femmes ukrainiennes qui n’ont pas hésité à prendre les armes pour défendre leur pays ou n’ont eu d’autres choix que d’accoucher sous les bombes.

L’Union européenne et la France ont le devoir de faire respecter le droit international en garantissant que les ukrainiennes et les ukrainiens, ainsi que les personnes étrangères nombreuses à y vivre, de même que les opposants au pouvoir en place en Russie, obtiennent une protection dans les pays de l’Union européenne.

La Cimade tient aussi à rappeler que l’accueil des personnes réfugiées est un principe fondamental du droit international qui ne saurait souffrir d’exception, et dénonce les discours abjects voulant conditionner l’accueil à des questions de culture, de religion, de couleur de peau…, ou ramenant celui-ci à une opportunité dont on pourrait « tirer profit ».

Depuis plus de 80 ans, La Cimade œuvre et milite pour la protection de toutes les personnes exilées et persécutées à travers un accompagnement juridique, des structures d’hébergement et de soins et des actions d’interpellation de l’opinion et des institutions pour une politique migratoire respectueuse de la dignité des personnes.

Que ces femmes et ces hommes viennent d’Ukraine, d’Afghanistan, d’Erythrée, du Maroc ou du Venezuela, nous répondons comme nous l’avons toujours fait : solidarité, dignité et humanité !

Grâce à votre don, contribuez à nous aider à déployer nos actions pour protéger celles et ceux qui cherchent et chercheront refuge dans notre pays.

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Pourquoi l’Ukraine est une cause syrienne

Au cours de la semaine qui s’est écoulée depuis le début de l’invasion russe, les Syriens opposés au président Bachar el-Assad peuvent se sentir proches des Ukrainiens pour toutes les horreurs de la guerre que le régime de Vladimir Poutine mène en Ukraine. La raison de cette curieuse situation, bien sûr, devrait être assez évidente. La Russie occupe une partie de la Syrie depuis fin septembre 2015, soutenant brutalement le régime d’Assad, dont la priorité absolue est de rester au pouvoir pour toujours, même s’il doit soumettre le pays à des forces extérieures expansionnistes comme l’Iran et la Russie elle-même.

Depuis six ans et demi, la Russie détient une importante base militaire dans le nord-ouest de la Syrie, appelée Hmeimim, à laquelle Assad est généralement convoqué lorsque Poutine ou son ministre de la défense y rendent visite à leurs troupes. En 2019, la Russie a obtenu un bail de quarante-neuf ans pour le port de Tartous, où elle peut désormais baser des navires de guerre en Méditerranée. Le ministre russe de la défense s’est vanté d’avoir testé avec succès plus de 320 armes différentes de son arsenal militaire en Syrie. Poutine lui-même a fait l’éloge de l’expérience de combat que plus de 85% des commandants de l’armée russe ont acquise en Syrie.

La Syrie a été un terrain d’essai pour l’armée russe. Elle a utilisé des munitions au phosphore, des bombes thermobariques et des bombes à fragmentation – interdites par le traité international – contre des installations civiles, ciblant des hôpitaux, des écoles et des marchés. Elle a qualifié de terroristes tous ceux qui s’opposaient au régime d’Assad (tout comme Assad l’a fait). Cela signifie simplement que leur vie ne valait rien, que les tuer n’était pas un crime. C’est même une bonne chose qui devrait être récompensée, au moins par des éloges. En effet, Poutine a été loué par les organisations de droite islamophobes en Occident, et les partisans de l’autoritarisme partout, pour sa guerre impérialiste en Syrie, responsable à ce jour de la mort de quelque 23000 civils.

Pourtant, il n’y a guère eu de voix en Occident pour condamner la guerre de Poutine en Syrie. Pourquoi ? À cause de la longue et criminelle « guerre contre le terrorisme », qui a été la base d’une vaste coalition internationale contre les terroristes – c’est-à-dire les groupes islamiques sunnites nihilistes – où les États-Unis et l’Union européenne sont dans une alliance de facto avec la Russie, ainsi qu’avec des gens comme Assad, l’Égyptien Abdel Fattah al-Sisi, les Saoudiens Mohammed bin Salman et Mohammed bin Zayed des Émirats arabes unis, et bien sûr l’État d’apartheid d’Israël. Ce n’est pas seulement une trahison des Syriens qui luttent pour la démocratie depuis deux générations, mais une trahison de la démocratie partout dans le monde.

La guerre contre le terrorisme a fourni à Poutine une occasion en or de réaliser ses ambitions impérialistes de ressusciter l’empire russe, en commençant par la Syrie. Poutine considère notoirement la chute de l’Union soviétique comme une « véritable tragédie » et la « plus grande catastrophe géopolitique du siècle » – non pas inspiré par un quelconque

sentiment communiste, mais parce que l’Union soviétique était dans une large mesure un empire russe. Et maintenant, encouragé par sa mission sans frais sur la Syrie, Poutine veut annexer l’Ukraine qui, selon lui, n’a jamais eu de « traditions de véritable État. »

Cette agression repose sur trois prétextes contradictoires. Premièrement, « dénazifier » l’Ukraine, ce qui fait de cette guerre une continuation de la « Grande guerre patriotique » de l’Union soviétique contre Hitler – au contraire des propres guerres expansionnistes de Poutine en Tchétchénie, en Géorgie, en Crimée et en Syrie. Deuxièmement, « démilitariser » l’Ukraine, ou détruire ses forces armées et l’empêcher de rejoindre l’OTAN. Et troisièmement, parce que l’Ukraine n’est pas une « vraie nation », comme le prétend Poutine, mais une partie de la Russie.

On se souvient de « l’histoire de la bouilloire » de Freud. Un homme avait emprunté une bouilloire à son voisin et l’avait rendue endommagée. Pour se disculper, il a fourni trois arguments : la bouilloire n’était pas endommagée lorsqu’il l’a rendue ; elle l’était déjà lorsqu’il l’a empruntée ; il n’avait jamais emprunté la bouilloire. C’est la logique du désir incontrôlable de pouvoir d’un dictateur qui ne peut ou ne veut pas se retenir alors qu’il mène sa cinquième guerre depuis le début du siècle. Mais les trois arguments de Poutine se sont déjà effondrés. S’il est vrai qu’il existe des groupes d’extrême droite et ultranationalistes en Ukraine, ils constituent une minorité au pouvoir politique limité et ne sont en aucun cas ceux qui sont réellement visés par l’invasion russe. En fait, la guerre de Poutine justifie pleinement que l’Ukraine se défende comme elle le peut contre son voisin agressif et tyrannique. L’Ukraine prouve sa réalité nationale en résistant aux envahisseurs russes.

Une défaite russe serait une victoire non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour le monde entier. Une défaite de Poutine pourrait aussi bien mettre fin à sa vie politique, ce qui est la meilleure nouvelle possible pour les démocrates russes qui protestent courageusement contre l’agression au nom de leur nation. Ce peut être une bonne nouvelle pour les Syriens également, car cela affaiblirait le régime barbare et traître d’Assad, ainsi que les tendances autoritaires crois- santes dans l’ensemble du Moyen-Orient et même du monde. Et si une défaite de notre ennemi commun, Poutine, n’est pas nécessairement une victoire pour nous, Syriens, une victoire du poutinisme sera une défaite encore plus grande pour nous, car elle diminuera nos possibilités, déjà maigres, de récupérer notre propre pays.

Mais même si l’Ukraine parvient à repousser la Russie, les possibles vainqueurs seront ceux qui ont été complices de la soumission de la Syrie, notre pays, à ce même ennemi. Je veux dire les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, qui mènent la guerre contre le terrorisme. La Russie poutiniste est perçue comme un envahisseur agressif, et comme la brute qui peut faire le sale boulot de l’Occident sur un autre front [en Syrie]. Mais c’est éthiquement méprisable, et politiquement contre-productif, comme le prouve l’Ukraine.

Nous avons besoin d’une politique et d’une justice contre le terrorisme, pas d’une guerre contre le terrorisme. Le mot pour cette politique et cette justice est démocratie. Sacrifier la démocratie sur l’autel de la guerre contre le terrorisme et de la priorité à la sécurité est sans principe et va à l’encontre du but recherché, non seulement en Syrie et au Moyen-Orient, mais aussi en Occident même.

L’impérialisme et la démocratie sont incompatibles. C’est vrai pour la Russie, et partout ailleurs. Il en va de même pour l’Occident. L’impérialisme qui a eu son effet boomerang en Europe auparavant, sous la forme du nazisme, comme l’a soutenu Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme, a déjà un effet analogue à notre époque sous la forme du populisme de droite, qui a été progressivement normalisé et s’est rapidement transformé d’extrême droite en courant dominant acceptable, en relation directe avec la guerre contre le terrorisme et la prétendue crise des migrants et des réfugiés.

En tant que réfugiés, arrachés à notre foyer et dispersés dans 127 pays, nous, Syriens, formons désor- mais notre propre communauté internationale. À ce titre, nous nous invitons à intervenir dans toutes les luttes de la planète.

L’Ukraine est une cause syrienne. Le monde l’est aussi.

Yassin al-Haj Saleh

Yassin al-Haj Saleh, écrivain et dissident politique syrien, est boursier du réseau DAWN.

https://dawnmena.org/why-ukraine-is-a-syrian-cause/

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L’agression de Poutine et la menace d’une catastrophe environnementale en Europe

L’attaque perfide de la Russie contre l’Ukraine a choqué l’ensemble du monde civilisé. Le Blitzkrieg planifié a échoué et a conduit à l’effondrement des troupes russes et à leur passage à des méthodes de guerre terroristes, en violation des lois et règles de la guerre.

Dès le premier jour de l’occupation, on a appris que l’ennemi avait pris Tchernobyl. Il ne s’agit pas seulement de la centrale nucléaire de Tchernobyl elle-même (95% des déchets radioactifs en Ukraine ont été produits lors de la catastrophe de 1986) ou du centre de stockage, mais aussi de toute la zone d’exclusion d’un rayon de 32 km. Les plus grands sites d’élimination des déchets radioactifs du dépôt ont été saisis : Buryakivka, Pidlisny, le complexe Vector pour le stockage à long terme des déchets radioactifs, les installations de stockage du combustible usé SVYAP-1 et SVYAP-2. Ces sites stockent 22000 assemblages de combustible nucléaire usagé provenant de centrales nucléaires. Compte tenu de l’emplacement de cette installation particulièrement

dangereuse (gardée par 130 membres de la Garde nationale), il est fort probable que les combats acharnés n’y ont pas eu lieu. La situation du personnel chargé de l’entretien de l’infrastructure existante est beaucoup plus alarmante, puisqu’il ne reste qu’environ 90 personnes qui étaient en service au moment de l’invasion. La logistique [des transports] prévoit un transit par train de la ville de Slavutych à la centrale nucléaire de Tchernobyl à travers la Biélorussie, ce qui n’est actuellement pas possible. […]

Selon Oksana Ananyeva, spécialiste de la politique énergétique au Centre Ekodiya pour les initiatives environnementales, une augmentation des niveaux de rayonnement gamma a été enregistrée dans la zone d’exclusion, celle-ci peut également être suivie en ligne sur internet. Selon elle, la raison pourrait être le passage d’équipements militaires lourds qui ont soulevé des poussières radioactives du sol ou des fuites. Dans le même temps, les indicateurs actuels de rayonnement gamma ne présentent pas de risque pour la santé publique. Le survol constant de la zone par des avions militaires envoyés à Kiev est également dangereux.

Parallèlement, l’occupant attaque également Energodar et tente de s’introduire dans la centrale nucléaire de Zaporizhzhya. L’ennemi tente de le faire pour éviter les tirs des militaires ukrainiens, selon le ministère ukrainien de l’intérieur. Actuellement, trois de ses six unités fonctionnent, produisant près de 3000 mégawatts d’électricité – le fonctionnement normal des centrales nucléaires, même en cas de loi martiale, est important pour éviter une grave catastrophe énergétique, et donc humanitaire.

Théoriquement, la protection des unités de centrales électriques permet de résister aux menaces d’origine humaine et naturelle, voire aux éventuelles chutes d’avions. Cependant, les risques causés par les missiles, en particulier les missiles balistiques, augmentent considérablement, ce à quoi l’interventionniste recourt cyniquement dans toute l’Ukraine. La stabilité de l’approvisionnement en énergie dans la zone d’exploitation des centrales, qui est compliquée par les conditions des hostilités, est nécessaire pour refroidir les barres dans les réacteurs (en cas de crise, des générateurs diesel sont disponibles dans les centrales). Il ne faut pas oublier le facteur humain et le stress du travail ininterrompu du personnel sous les tirs des canons et des mitrailleuses russes.

Oksana Ananyeva souligne que l’AIEA a déjà été informée de la prise de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Celle-ci a fait l’objet d’une réunion extraordinaire du groupe des régulateurs européens de la sûreté nucléaire (ENSREG). L’UE pourrait également exiger l’accès à un groupe d’experts indépendants pour surveiller la situation. Dans le même temps, il est désormais extrêmement difficile de garantir leur sécurité personnelle face à des hostilités constantes.

La société ukrainienne Energoatom prend toutes les mesures possibles et a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle établisse une zone de sécurité de 30 kilomètres autour de toutes les centrales nucléaires ukrainiennes. Les centrales nucléaires et les autres installations nucléaires et de radiations de l’Ukraine sont des objets d’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Elles ne sont donc pas destinées aux hostilités et ne doivent pas être attaquées, conformément à l’article 56 du protocole additionnel aux conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, indique l’organisme de régulation national. Par de tels actes criminels, l’agresseur viole aussi de fait les principes de l’ONU, en se référant aux décisions de la conférence générale de l’AIEA de 2009. En occupant une centrale nucléaire, l’occupant ne permet pas à notre État de respecter pleinement les garanties de sécurité nucléaire, comme l’exige la Convention sur la protection physique des matières nucléaires et des installations nucléaires du 3 mars 1980. Nous ne pouvons pas garantir que les matières nucléaires ne tomberont pas entre les mains de terroristes.

Cette situation est particulièrement tendue, compte tenu du fait que l’agresseur a recours à des attaques de plus en plus cyniques et agressives contre les civils et les infrastructures civiles. De plus, le criminel de guerre Vladimir Poutine menace déjà le monde avec des armes nucléaires. Par conséquent, ce qui se passe sur le territoire ukrainien n’est pas seulement une tragédie pour le peuple ukrainien, mais aussi une catastrophe potentielle pour l’ensemble de l’Europe, qui doit être évitée.

Pavlo Lodyn

Pavlo Lodyn est journaliste et directeur exécutif du Center forPolitical Narratives of Democracy, une ONG basée en Ukraine.

https://kyivindependent.com

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L’agression russe sur l’Ukraine, un cauchemar pour l’écologie

Cela fait partie des scénarios déjà annoncés par le Giec cet été : la montée des conflits pourrait entraîner une hausse moyenne des températures mondiales de 3 à 3,5 degrés d’ici à la fin du siècle, quand l’objectif est, actuellement, de les limiter à 1,5 degré.

Si un autocrate se met à massacrer un peuple sans raison, comment espérer de lui qu’il mette son pays sur la voie d’une transition écologique ? La Russie, premier producteur de gaz fossile avec Gazprom – l’une des trois entreprises au monde les plus émettrices de gaz à effet de serre – avait déjà tardé à adopter l’accord de Paris de 2015. Elle ne l’a ratifié que quatre ans plus tard. Entre-temps, la production du géant gazier a augmenté de 15%…

À Odessa, Mykolaïv, Marioupol, les ports ukrainiens de la mer Noire et de la mer d’Azov, des cargos de céréales à destination des marchés mondiaux sont bloqués. Les prix flambent ; mardi soir, la tonne de blé a atteint un nouveau record de 351 euros. Dans les allées du Salon de l’agriculture, qui se tient cette semaine porte de Versailles à Paris, la réponse apportée par les organisations dominantes du monde agricole était d’en appeler à la souveraineté nationale afin que l’Hexagone soit moins dépendant des importations en provenance du grenier à blé ukrainien. Elles en profitaient pour exiger, une nouvelle fois, un assouplissement des mesures environnementales que tente de mettre en place, laborieusement, la politique agricole européenne.

Alors que des denrées de première nécessité, tant pour l’alimentation humaine que pour l’alimentation animale, pourraient venir à manquer dans quelques mois, l’argument écologique d’une agriculture plus respectueuse des écosystèmes aura certes peu de poids. Pourtant, les urgences sont là aussi, moins spectaculaires, moins marquées sous le sceau de l’évidence.

Dans une enquête publiée dimanche, Mediapart raconte comment le n°2 de la volaille français, Duc, a abandonné la production bio et d’autres labels pour ne produire que du poulet bas de gamme à travers un vaste plan de construction de mégapoulaillers dans lesquels sont entassés 22 poulets au mètre carré. Depuis longtemps, l’élevage porcin, notamment en Bretagne, est également engagé dans cette voie de l’industrialisation hors-sol.

Ces modes d’élevage recourent au soja brésilien… comme aux maïs et tournesols ukrainiens.

Amélie Poinssot

https://www.pressegauche.org/L-agression-russe-sur-l-Ukraine-un-cauchemar-pour-l-ecologie

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Sur la guerre en Ukraine

Jeudi 24 février, les troupes russes ont entrepris leur agression contre l’Ukraine.

Au-delà des victimes, des souffrances et des destructions que cette guerre a et continuera inévitablement de provoquer, ce qui se joue, et qui définira les rapports internationaux, c’est la propension des impérialismes à user de la force brutale pour dominer d’autres pays ou occuper des territoires sur lesquels ils considèrent avoir des « droits historiques ».

Nous refusons un monde où les conflits internationaux se règlent avec l’intimidation, la violence et la loi du plus fort. La guerre en Ukraine ne peut se résoudre autrement que par la cessation des attaques de l’agresseur russe et le retrait immédiat de ses troupes de l’ensemble du territoire ukrainien. Nous dénonçons le caractère mensonger des allégations de Poutine qui prétend « dénazifier » l’Ukraine et arrêter un « génocide » contre les populations russophones. Nous rappelons que le président ukrainien Zelenski est également juif et russophone. Au second tour d’élections présidentielles démocratiques, il a obtenu plus de 73% des suffrages exprimés.

À gauche, la critique radicale de l’impérialisme occidental ne peut servir de justification ou de circonstance atténuante à la guerre menée par l’impérialisme russe en Ukraine. À nos yeux, la présente guerre en Ukraine conduite par Poutine ne justifie en aucun cas la guerre menée en Irak par les États-Unis de Bush ; pas plus que l’occupation de l’Afghanistan par les Soviétiques dans les années 80 ne justifiait l’occupation de l’Afghanistan par l’alliance occidentale. La politique de Poutine a pu tirer profit des choix stratégiques de l’OTAN concernant la Russie post-soviétique. Nous rappelons que la propagande du gouvernement russe est désormais axée sur l’exaltation du passé tsariste. Les Juif·ves sont bien placé·es pour savoir que cet Empire était une prison des peuples.

De même, l’invasion russe de l’Ukraine ne peut servir à justifier une exacerbation d’un bellicisme occidental. Nous reconnaissons l’importance de politiques bien ciblées de boycott, de désinvestissement et de sanction contre un État agresseur qui viole le droit international.

Notre solidarité va en premier lieu à la résistance du peuple ukrainien, aux victimes des affrontements sur le sol ukrainien, aux opposant·es en Russie dont nous saluons le courage, et aux millions de réfugié·es que cette guerre ne manquera pas de créer et qui ont déjà fui leur pays.

Une chose essentielle dans la situation présente est d’acter qu’un accueil humain est matériellement possible lorsque nos gouvernements s’en donnent les moyens et s’abstiennent de tout discours xénophobe. Il faudrait que ce soudain sursaut d’hospitalité ne soit pas oublié par rapport aux autres personnes condamnées à tout quitter pour avoir une chance de sauver leur peau. En tant qu’association progressiste, nous saisissons cela comme une occasion de réaffirmer le droit de circuler et de s’installer librement partout dans le monde.

Enfin, si notre histoire et notre mémoire juives se vivent dans la dispersion, nous exprimons ici et maintenant notre solidarité avec tou·tes les exilé·es quelle que soit leur origine, leur croyance ou leur couleur de peau.

https://upjb.be/communique-sur-la-guerre-en-ukraine/?

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Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat

Des manifestations antiguerre se sont déroulées le dimanche 6 mars dans de nombreuses villes de Russie, Moscou et Saint-Petersbourg, mais aussi en Sibérie, à Tomsk, Novosibirsk, à Krasnoïarsk et Nijniy Novgorod. Toute la journée, le canal Telegram du Mouvement socialiste de Russie en a rendu compte. À l’issue de cette journée de courageuses mobilisations, il a publié le communiqué suivant.

Le pouvoir s’est bien préparé aux meetings actuels. L’arsenal des lois répressives s’est enrichi hier d’un nouveau paquet d’amendements aux codes administratifs et pénal. Discréditer les actions militaires et répandre des « fake » (même sur des affiches) peut coûter aux protestataires jusqu’à 5 millions de roubles et jusqu’à quinze ans de privation de liberté. Ont été bloqués Dojd’, Eho Moskvy, Republic Mediazona, Activatica et autres sites. Les sources d’information ont été nettoyées jusqu’à être presque complètement stérilisées. La police ne s’est pas gênée dans ses actions, tabassant les détenus et utilisant des tasers. Dans de nombreuses villes on a vu des agents de sécurité en civil utiliser des moyens les plus brutaux, sans craindre d’être punis. Cela montre combien le pouvoir a conscience de la fragilité de sa situation. Mais la répression n’aidera pas le pouvoir à résoudre la crise qu’il a créée. Au contraire, la volonté de résistance ne fera que croître en réponse à l’effondrement de l’économie à venir.

Des dizaines de milliers de gens sont sortis dans les rues de 56 villes. Ils n’ont pas été stoppés par les arrestations des activistes, le climat de panique et la férocité de la police. Les pouvoirs russes nous ont logiquement privé de notre subjectivité politique : ils ont accaparé les rues, les élections, les médias, mais nous ne nous rendrons pas. Nous savons que nous faisons l’histoire, nous qui créons ce monde, ses idées et sa chair, même si le capital et l’État essaient de démontrer le contraire. Nous savons aussi que la protestation de rue est la part principale de toute résistance, car elle nous aide à nous connaître l’un l’autre. Le pouvoir nous force à l’anonymat et au silence dans les réseaux sociaux. Ils mentent en essayant de prouver que nous sommes peu. Mais, en fait, nous remplissons les rues et eux sont dans leurs ministères isolés.

Cette journée est presque terminée mais la lutte ne fait que commencer. Unissons-nous et travaillons ensemble. Le combat pour la paix ce n’est pas seu- lement des meetings mais aussi un travail routinier de tous les jours que nous devons faire ensemble. Rejoignez-nous, écrivez à @rsd_organizer_bot par Telegram. Lisez nos documents sur les formes acces- sibles de protestation: tracts, arrêts de travail contre la guerre, cartes.

Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat. S’opposer à lui, c’est sauver la vie non seulement des Russes et des Ukrainiens mais des habitants du monde entier.

Mouvement socialiste de Russie

6 mars 2022 Traduit par Irène Paillard

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Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine

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Alors que la guerre fait rage en Ukraine et que ses habitants se battent courageusement pour défendre leur pays, les centrales syndicales québécoises – la FTQ, la CSN, la CSQ et la CSD – condamnent vivement l’invasion injustifiable de ce pays par la Russie.

Il s’agit d’une guerre en violation de la souveraineté d’un pays, en violation du droit international et des principes fondateurs de la Charte des Nations unies. Les centrales souhaitent envoyer un message de solidarité et de soutien sans équivoque à leurs camarades travailleuses et travailleurs ukrainiens, ainsi qu’à l’ensemble de la population de ce pays durement affecté depuis trop longtemps par le régime d’un dictateur russe.

« Nous appelons à la paix et à la diplomatie, ainsi qu’à l’arrêt immédiat de cette agression et au retrait des troupes russes du territoire ukrainien. Parce que des millions de vies sont en jeu, parce que les conséquences de cette guerre entraîneront des répercussions pendant de nombreuses années dans la société ukrainienne, mais également chez la population russe pacifique, et que les invasions et la guerre ne sont pas des moyens acceptables de résolution des conflits dans nos sociétés dites modernes », affirment les présidences des centrales.

« Comme centrales syndicales, nous sommes extrêmement sensibles au fait que cette agression aura des conséquences humanitaires catastrophiques, mais aussi un impact négatif considérable sur l’économie du pays, ses enfants, ses lieux de travail et ses emplois. Nous appelons à la solidarité syndicale mondiale pour la paix immédiate, et offrons tout notre soutien à l’importante diaspora ukrainienne du Québec, affligée par le sort de son pays d’origine. Camarades ukrainiens, vous n’êtes pas seul-es. La communauté syndicale internationale doit faire entendre sa voix face à cette agression et défendre haut et fort le droit de l’Ukraine de demeurer maître de son avenir », de conclure les centrales syndicales.

https://www.pressegauche.org/Declaration-intersyndicale-de-soutien-a-l-Ukraine

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Les Soudanais-e-s dénoncent la collaboration entre Hemetti et Poutine

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Au moment où la Russie est en proie à la condamnation de la communauté internationale suite à son invasion militaire de l’Ukraine, qui a déjà causé plus de 130 morts, le Général soudanais Hamdan Dogolo (connu sous le nom d’Hemetti) a effectué une visite officielle à Moscou jeudi 24 février, accompagné du ministre des Finances du gouvernement militaire soudanais. L’objectif de cette visite était de renforcer la coopération entre les deux États dans divers domaines, et d’officialiser la relation avec Moscou. Concernant la situation en Ukraine, Hemetti a déclaré aux médias que la Russie a le droit de « défendre ses terres », indiquant ainsi qu’il soutient l’invasion militaire de l’Ukraine.

Cette rencontre a suscité la colère des Soudanais-e-s qui ont immédiatement dénoncé la présence russe en Ukraine comme au Soudan, ainsi que les manigance du gouvernement militaire soudanais contre lequel ils et elles luttent depuis novembre dernier. De nombreux-ses révolutionnaires ont exprimé leur solidarité avec le peuple ukrainien en utilisant le hashtag #Hemedti_ne_nous _représente_pas (#حميتي لا يمثلنا) (Hemedti_La_Yemsilna)

Sur les réseaux sociaux, les militant-e-s qui utilisent ce hashtag ont manifesté leur solidarité face à des oppresseurs qui collaborent entre eux. L’un d’entre eux, M. écrivait le 26/02 : « Le fait que quelqu’un comme Hemetti se soit rendu en Russie en visite officielle et soutienne tranquillement les décisions [de la Russie] vous montrent les fautes graves [du régime soudanais]. Encore une fois vous nous prouvez que seuls les oppresseurs soutiennent les oppresseurs. Et si vous êtes l’un des partisans de la Russie après tout ce qui se passe, alors sans le moindre doute, vous êtes pareil qu’eux et même pire qu’eux. ».

Un autre membre des comités de résistance actif sur les réseaux sociaux, C., publiait le 25/02 : « Aujourd’hui, nous aimerions avoir un drapeau ukrainien et une grande affiche [sur lesquelles écrire] : #StandWithUkrain et en-dessous #Hemedti_ne_nous_représente_pas, parce que quelque que soit la guerre dont se mêle Hemedti, elle nous concerne directement, et menace l’unité de la nation. » Il ajoutait dans les hashtags : « Nous sommes avec vous », « Nous sommes conscients et nous irons jusqu’au bout », appelant dans le même temps à la « milioneya » (manifestation d’un million de personnes) du 26 février. Durant cette manifestation, plusieurs manifestant-e-s arboraient en effet des banderoles de solidarité avec l’Ukraine.

Dans différentes villes d’Europe également, des membres de la diaspora soudanaise sont allés manifester leur soutien aux Ukrainien-ne-s victimes de cette guerre. N., membre du Réseau des Activistes Soudanais de Lyon témoigne sur les réseaux sociaux : « Lors de la manifestation, j’ai rencontré un certain nombre de citoyen-ne-s ukrainien-ne-s et j’ai échangé avec eux. Je leur ai dit que cette place connaissait bien la communauté soudanaise de Lyon, car nous nous sommes réunis à plusieurs reprises pour protester contre la douleur infligée à notre pays, et que nous connaissons la brutalité de Poutine qui s’immisce dans les conflits de plusieurs pays, dont le nôtre. J’ai dit aux Ukrainien-ne-s que nous, peuple soudanais, continuons à mener une glorieuse révolution contre l’injustice et la dictature, et que nous sommes avec eux en tant que peuple ukrainien (…) ». 

Wagner s’installe au Soudan

La visite d’Hemetti a eu lieu à peine quelques jours après le 22 février, où des militant-e-s soudanais-e-s ont diffusé sur les réseaux sociaux des images de soldats russes errant dans les rues de la capitale, Khartoum, en tenue militaire. Ces soldats appartiennent à la société de sécurité privée russe Wagner, qui est également présente dans d’autres pays du continent africain : Libye, Centrafrique, Mozambique… Dans tous ces pays, sous couvert d’offre sécuritaire, Wagner fournit une main-d’œuvre de répression pour les régimes autoritaires et dans le même temps, exploite les gisements de ressources minières, ce qui en fait également une entreprise de prédation impérialiste.

Selon A., témoin sur place que nous avons interrogé, un nombre important de ces miliciens de Wagner résident à Khartoum et à Port Soudan, et ils contrôlent une bonne partie des mines d’or qui se situent entre les deux villes. Ils ont aussi pour mission de « sécuriser » le port de Port-Soudan, la principale plate-forme maritime du pays. D’autres témoins au Darfour assure qu’ils contrôlent aussi des mines d’or dans cette région. Ces témoignages inquiétants suggèrent que le Soudan pourrait bientôt ressembler à la Centrafrique, où le régime sous-traite à la milice russe la torture et l’élimination des opposants au pouvoir (comme cela a été dénoncé par la mission des Nations unies dans le pays).

La présence de Wagner au Soudan s’explique par la stratégie diplomatique de l’ancien régime d’Omar El-Béchir, renversé par la révolution de 2018. Le dictateur déchu s’était rendu en Russie en novembre 2017, pour chercher des alliés parmi les grandes puissances alors que son gouvernement faisait face à un isolement international imposé par l’Occident. Omar el-Béchir avait alors demandé au président russe Vladimir Poutine de « protéger » le Soudan des États-Unis, et avait appelé au renforcement de la coopération militaire avec Moscou dans le but de «  ééquiper ses forces armées ».

Aujourd’hui la même situation se rejoue : le régime d’Al-Burhan, issu du coup d’Etat militaire du 25 octobre 2021 et condamné par la communauté internationale, cherche à nouveau des soutien auprès de la Russie pour se donner une légitimité. La Russie fait partie des pays qui n’ont pas condamné le coup d’Etat militaire au Soudan en octobre dernier.

Fin janvier 2019, en pleine révolution au Soudan, le Kremlin avait admis que des formateurs russes étaient présents « depuis un certain temps » aux côtés des forces armées soudanaises en échange d’une autorisation permettant à la Russie de prospecter de l’or au Soudan et d’installer une base militaire sur la côte de la mer Rouge à l’est du Soudan. En 2019 le Soudan est devenu le deuxième principal acheteur d’armes russes en Afrique après l’Algérie, avec la moitié des armes soudanaises venues de Russie. Le Soudan a signé un accord avec la Russie pour établir une base militaire navale à Port-Soudan sur la mer Rouge pour 25 ans.

Le chef de guerre Hemetti à la recherche d’alliés en Russie

Suite aux propos d’Hemetti légitimant l’attaque russe en Ukraine, le ministère soudanais des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que ce texte n’avait pas été approuvé ni officiellement publié par le Ministère. Selon eux, les propos d’Hemetti ne reflètent pas la position du gouvernement soudanais, qui tente plutôt d’adopter une position neutre dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Cette énorme confusion diplomatique démontre la division et l’instabilité qui règne au sein du gouvernement soudanais depuis le coup d’Etat militaire du 25 octobre dernier, massivement rejeté par la population.

Rappelons qu’Hemetti, s’il n’est pas le chef d’Etat officiel du Soudan, a une position privilégiée au sein de l’armée qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat illégitime le 25 octobre dernier. Il est en effet le commandant en chef des Forces de soutien rapide, une milice intégrée à l’armée, impliquée dans le trafic d’enfants-soldats dans la guerre au Yémen, du génocide au Darfour et responsable de la répression sanglante des manifestations pacifique des Soudanais-e-s. Il a donc en commun avec Vladimir Poutine une longue expérience en matière de répression.

Dans une interview accordée à Radio Dabanga, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ibrahim Taha Ayoub considérait qu’Hemetti souhaitait sûrement se présenter comme le véritable dirigeant du pays, notant qu’il a réalisé de nombreuses visites diplomatiques à l’étranger récemment. Des sources indiquent qu’Hemetti voudrait discuter avec la Russie de la possibilité de fournir des armes directement aux Forces de Support Rapide, ce qui accroîtrait son propre pouvoir. Taha Ayoub estime également que la Russie restera toujours hostile à la transformation démocratique du Soudan et puisqu’elle s’est déjà illustrée par son soutien à l’ancien régime.

Face à la collaboration des oppresseurs, une solidarité internationale des opprimé-e-s

Interviewé par Sudfa lors d’un entretien téléphonique, Ali Jabal, activiste soudanais et membre du comité de résistance d’Omdurman Um Bada, a déclaré : « Les chefs de guerre ne se préoccupent que de leurs intérêts personnels, sans se soucier des intérêts du pays. Les déclarations d’Hemetti ne font qu’exprimer la position des putschistes, et elles n’ont rien à voir avec le peuple soudanais et les forces de la révolution ». Il poursuit : « Hemetti fait comme Omar El-Béchir quand il s’est réfugié en Russie avant sa chute. »

Il ajoute : « Ne ne sommes ni « avec » ni « contre » personne, mais il existe des principes fondamentaux du droit international qui empêchent l’agression d’un pays contre un autre. Les déclarations d’Hemetti indiquent un manque de connaissance de ce droit, et montrent qu’il suit la voie des régimes dictatoriaux précédents, qui cherchaient à prendre position dans les différents entre les superpuissances comme l’Amérique et la Russie, sans prendre en compte les intérêts du peuple soudanais. » Il estime que les chefs d’Etat soudanais sont dans une sorte de fuite en avant, se réfugiant dans les affaires avec la Russie et la Chine, pour ne pas avoir à se concentrer sur les affaires internes : la résistance de la rue soudanaise qui se poursuit depuis le coup d’Etat, le meurtre de 82 manifestant-e-s depuis le début des manifestations de novembre dernier, l’escalade de la violence par le régime militaire. Il conclut : « La Russie et la Chine ne protégeront jamais le peuple soudanais. Mais de toutes façons, le peuple soudanais n’a pas besoin de leur soutien pour affronter seul le régime militaire, il est plus fort que cela. »

L’Association des professionnels soudanais, principale force politique ayant émergé lors de la révolution de 2019, s’est elle aussi prononcée publiquement suite à la visite d’Hemetti en Russie : « à notre avis, c’est une visite qui manque de normes diplomatiques et viole les lois internationales, en particulier à la lumière des conditions politiques et de la situation régionale particulièrement tendue en Europe de l’Est. » Dans la même déclaration, l’Association des professionnels a affirmé que les déclarations d’Hemiti en faveur de la Russie ne représentent pas le Soudan et le peuple soudanais et n’expriment pas leur vision de la politique étrangère et des relations internationales qui unissent le Soudan à ses partenaires internationaux et régionaux. Le communiqué indique que depuis la révolution de décembre 2018, le peuple soudanais a toujours manifesté son aspiration à réintégrer la communauté internationale : mais le coup d’État du 25 octobre a anéanti tous les progrès qui avaient été effectués dans les relations extérieures pendant la période de transition, à cause des mesures maladroites du gouvernement qui cherchent « à ramener le pays à des époques sombres de l’histoire du Soudan ».

L’association des professionnels souligne que les positions réelles des Soudanais-e-s sur l’invasion de l’Ukraine s’expriment dans les structures d’organisation politiques qui reflètent vraiment l’opinion du peuple [telles que les syndicats et les comités de résistance] et représentent ses intérêts, et non pas les sombres manigances du régime issu du coup d’Etat. « Notre position est celle du respect de la souveraineté des autres pays et de leur peuple et de leur indépendance (…) Nous rejetons l’ingérence russe dans les affaires soudanaises, le pillage de nos ressources, la manière dont la Russie protège l’autorité du coup d’Etat et offre aux putschistes une couverture internationale. Nous rejetons également la coopération entre la Russie et le gouvernement militaire dans le domaine des technologies et des armements dont l’objectif est de réprimer les Soudanais-e-s et leur lutte pour renverser le coup d’État, et de fournir des armes et des munitions pour continuer à tuer les enfants du peuple ». La déclaration conclut que : « Le Soudan ne sera pas gouverné par Moscou ou par ses sociétés de sécurité et il est vain de chercher à soutenir les dictatures militaires ».

Par l’équipe de Sudfa

https://blogs.mediapart.fr/sudfa/blog/010322/les-soudanais-e-s-denoncent-la-collaboration-entre-hemetti-et-poutine

https://www.pressegauche.org/Les-Soudanais-e-s-denoncent-la-collaboration-entre-Hemetti-et-Poutine

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De Grozny à Kiev en passant par Alep, allons nous indéfiniment laisser Vladimir Poutine terroriser les populations qui revendiquent la liberté et la justice ?

Vladimir Poutine a donc finalement mis ses menaces à exécution, à l’aube de ce 1er mars 2022 le chef du Kremlin a lancé des opérations de bombardements de la population civile particulièrement sur les 2 plus grandes villes d’Ukraine, Kiev et Kharkiv. 

Les villes d’Ukraine sont sous les bombes et missiles qui font des victimes, détruisent des infrastructures et provoquent l’exode de la population.

Nous revivons pour les Ukrainiens le scénario de l’automne 2016 au cours duquel Vladimir Poutine et Bachar Al Assad ont terrorisé par des bombardements intensifs les civils d’Alep Est ; poursuivant les mois suivants leur sinistre besogne en bombardant les villes de Douma et d’Idleb.

Sans surprise, le boucher de Damas, Bachar al-Assad, a salué vendredi 25 février 2022 l’invasion de l’Ukraine par la Russie estimant qu’il s’agissait d’une « correction de l’Histoire et un rétablissement de l’équilibre de l’ordre international après la chute de l’Union soviétique, La Syrie se tient aux côtés de la Russie, étant convaincue du bien-fondé de sa position ».

Nous sommes totalement solidaires des Ukrainiens ; les responsables des crimes de guerre et crimes contre l’Humanité commis en Ukraine comme ceux commis en Syrie devront être jugés.

Nous appelons à participer aux initiatives organisées en solidarité avec les Ukrainiens contre la sale guerre de Poutine et à y exprimer notre témoignage sur les exactions barbares du Kremlin contre les civils en Syrie et en Ukraine 

Les démocrates ukrainiens et syriens sont dans un même combat contre la barbarie.

Collectif Pour une Syrie Libre et Démocratique

Contacts : collectif.psld@gmail.com

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61494

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Solidarité avec les ukrainiens et ukrainiennes

Le 28 février 2022

En envahissant l’Ukraine, la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale.

Solidarité avec le peuple ukrainien, avec les femmes, avec les enfants, avec les hommes de ce pays. Soutien à la résistance ukrainienne.

Salut et respect face au courage des opposant·es russes.

Nous demandons  face à la souffrance de toutes les populations concernées, face aux traumatismes immédiats et à venir, la protection des personnes dans la dignité et l’application des droits pour les réfugié·es.

http://www.reussirlegalitefh.fr/index.php/acceuil-site

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Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui »

ou comment tout ça est la faute à… Lénine et aux bolcheviks !

Que diriez-vous si on s’arrêtait de pérorer sur Poutine, sur ses projets géostratégiques et ses visions politiques, et si on prenait la peine de laisser le principal intéressé, Poutine lui-même, nous en parler ? Que diriez-vous si on s’arrêtait un peu d’imaginer ce qu’il pense et ce qu’il veut faire en envahissant l’Ukraine, et au lieu de ça, lui donner la parole pour qu’il nous explique tout de première main ?

Mais, commençons par un quiz : qu’ont-ils en commun les ennemis anticommunistes occidentaux de Poutine et les défenseurs de gauche de Poutine ? La réponse est que tous les deux perçoivent la Russie de Poutine comme une certaine « continuation » de l’URSS. Les premiers pour la critiquer et la condamner, les seconds pour l’approuver et la défendre. Cependant, tant les uns que les autres comptent sans leur hôte, lequel dans ce cas n’est autre que Poutine lui-même. Alors, nous avons trouvé et lu son discours historique du 22 février, dans lequel il a exposé « longuement et en détail », pendant une heure et demie (!), les raisons de la guerre qu’il a déclarée contre l’Ukraine. Et le résultat de cette lecture a été extrêmement révélateur: ce que Poutine pense et dit est diamétralement opposé à tout ce que disent ses ennemis occidentaux et des admirateurs de gauche. Poutine déteste la révolution russe, les bolcheviks et, en particulier, Vladimir Lénine, plus que tout autre chose ! Alors, écoutons ce qu’il dit dès le début de son discours, dont il avertit qu’ « il sera long et détaillé » :

« Permettez-moi donc de commencer par le fait que l’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste. Le processus a commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses compagnons d’armes l’ont fait d’une manière très grossière à la Russie elle-même – par la sécession, en arrachant des parties de ses propres territoires historiques ».

Et pour qu’il soit plus clair, Poutine ajoute ces phrases dignes d’un nostalgique du régime tsariste :

« Du point de vue du destin historique de la Russie et de son peuple, les principes léninistes de construction de l’État n’étaient pas seulement une erreur, ils étaient, comme nous le disons, encore pire qu’une erreur. »

Ceci étant dit, Poutine pousse sa « logique » jusqu’au bout et tire sa conclusion finale, qui n’est autre que« la politique bolchevique a abouti à l’émergence de l’Ukraine soviétique, qui, même aujourd’hui, peut être appelée à juste titre « Ukraine de Vladimir Lénine ». Il en est l’auteur et l’architecte » ! Faites attention à cette phrase de Poutine parce que ce qu’il dit à ses compatriotes est que sa guerre contre l’Ukraine est, ni plus ni moins, une guerre contre « la création de Lénine » ! Évidemment, ni les ennemis anticommunistes occidentaux de Poutine, ni ses apologistes de gauche n’ont montré la moindre envie de mettre en évidence cette phrase, et ont préféré l’enterrer et la passer sous silence pour qu’elle reste inconnue et ne leur crée pas des problèmes…

Nous voici donc au cœur du problème, ce qui nous fait revenir un siècle en arrière, aux premières années du régime soviétique établi après la victoire de la Révolution d’Octobre 1917. Ce que dit d’ailleurs Poutine lui-même quand il prévient ses compatriotes qu’il va « accorder une attention particulière à la période initiale de la création de l’URSS car je pense que c’est très important pour nous », puisqu’il croit que, pour qu’ils comprennent le pourquoi de la guerre contre l’Ukraine, « nous devrons y aller, comme on dit, de loin ». Et juste après, il précise ce qu’il veut dire :

« Permettez-moi de vous rappeler qu’après la révolution d’octobre 1917 et la guerre civile qui a suivi, les bolcheviks ont commencé à construire un nouvel État et qu’il y a eu pas mal de désaccords entre eux. Staline, qui cumule en 1922 les fonctions de secrétaire général du Comité central du PCR(b) et de commissaire du peuple pour les nationalités, propose de construire le pays sur les principes de l’autonomisation, c’est-à-dire de donner aux républiques – les futures unités administratives-territoriales – de larges pouvoirs au fur et à mesure de leur adhésion à l’État unifié ».

En se référant à Staline et son plan, Poutine entre au vif du sujet, qui n’est autre que ce Lénine qu’il hait à mort. Et voici ce qu’il dit :

« Lénine critique ce plan et propose de faire des concessions aux nationalistes, comme il les appelle à l’époque – les « indépendants ». Ce sont les idées de Lénine sur une structure étatique essentiellement confédérative et sur le droit des nations à l’autodétermination jusqu’à la sécession qui ont constitué le fondement de l’État soviétique : d’abord en 1922, elles ont été consacrées dans la Déclaration sur l’Union des républiques socialistes soviétiques, puis, après la mort de Lénine, dans la Constitution de l’URSS de 1924 ».

Nous sommes entièrement d’accord avec la description de Poutine. Sauf que nous applaudissons l’application de ces « idées de Lénine » -et plus particulièrement, de ce damné droit à la sécession- non seulement à son époque mais aussi maintenant, et même partout et toujours, tandis que Poutine les hait viscéralement. Alors, il se demande :

« De nombreuses questions se posent immédiatement ici. Et la première d’entre elles, en fait, est la principale : pourquoi était-il nécessaire d’assouvir les ambitions nationalistes sans cesse croissantes aux confins de l’ancien empire ? (…) pourquoi fallait-il faire des cadeaux aussi généreux dont les nationalistes les plus ardents ne rêvaient même pas auparavant, et en plus donner aux républiques le droit de se séparer de l’État unique sans aucune condition ? A première vue, c’est totalement incompréhensible, c’est de la folie »

Simple question rhétorique parce que Poutine connaît déjà la réponse :

« Mais ce n’est qu’à première vue. Il y a une explication. Après la révolution, la tâche principale des bolcheviks était de conserver le pouvoir, c’est-à-dire à n’importe quel prix. Pour cela, ils sont allés jusqu’au bout : aux conditions humiliantes du traité de Brest, à une époque où l’Allemagne du Kaiser et ses alliés se trouvaient dans la situation militaire et économique la plus difficile, et où l’issue de la Première Guerre mondiale était en fait prédéterminée, et pour satisfaire toutes les exigences, tous les désirs des nationalistes à l’intérieur du pays ».

Évidemment, il est absolument inconcevable pour ce va-en-guerre qu’est Poutine que les bolcheviks aient accepté les « conditions humiliantes du traité de Brest-Litovsk » parce qu’ils ont fait leur révolution pour arrêter et pas pour poursuivre la Première boucherie mondiale. Ni que les prétendus…« nationalistes » qu’il méprise tellement, pourraient être les nombreuses nations et ethnies opprimées par l’État absolutiste tsariste, lesquelles revendiquaient leur droit élémentaire à l’autodétermination ainsi que les libertés et droits démocratiques dont elles étaient privés depuis des siècles. Tout ça ne sont que des « folies » et des « fantaisies odieuses et utopiques » pour l’obscurantiste ultra-réactionnaire et « chauvin grand-russe » Poutine. Et c’est pour ça qu’il conclut son retour – si révélateur et didactique-  au passé bolchevique de Russie, par ces mots si éloquents :

« Il est très regrettable que les fantaisies odieuses et utopiques inspirées par la révolution, mais absolument destructrices pour tout pays normal, n’aient pas été rapidement expurgées des fondations de base, formellement légales, sur les quelles tout notre État a été construit ».

Conclusion ? Nous n’avons rien à ajouter lorsque Poutine lui-même est en total désaccord avec ses ennemis occidentaux et ses amis de gauche qui prétendent que sa Russie est une sorte de substitut de l’URSS, ou qu’il vise – par exemple avec sa guerre en Ukraine – à la faire revivre ! Tant les premiers que les seconds luttent contre des ombres et nous racontent des bobards tout en faisant de la propagande grossière adressée à des idiots : il n’y a probablement pas d’anticommuniste plus juré et d’admirateur plus farouche de l’empire tsariste que Poutine ! Quant au comment est-ce possible que des gens de gauche qui se disent communistes et même léninistes, arrivent à transformer cet anticommuniste invétéré et capitaliste oligarchique ultra-réactionnaire qu’est Poutine en chef d’état progressiste et anti-impérialiste, ceci plutôt qu’un « mystère », est la preuve du long chemin qui reste à parcourir pour que la gauche redevienne vraiment radicale et donc crédible…

Yorgos Mitralias

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Crimes contre l’humanité et CPI

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Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

En ce moment circulent plusieurs pétitions internationales demandant l’incrimination du président russe devant une juridiction internationale.

Le lundi 28 février 2022, au soir, le nouveau Procureur de la Cour Pénale Internationale a annoncé l’ouverture imminente d’une enquête pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, rendant possible ce qui pouvait nous apparaitre, il y a peu, impensable, le jugement de Vladimir Poutine et de ses complices.

Souvenons-nous que l’aspiration collective à la possibilité d’une justice est le grand rêve des victimes survivantes, un rêve qui flotte aussi au-dessus des charniers.

Il se trouve que la criminalité politique des états dictatoriaux exercée à l’encontre d’une fraction de sa propre population ou de celle d’un autre pays est à la fois la plus immense en termes de production de souffrances et de dégâts, et une des moins appréhendée par le droit international, malgré les immenses progrès de la fin du XXème siècle et le début du XXIème.

Comme pour Hitler et Milosevic, il faut le plus souvent une victoire militaire pour pouvoir juger le criminel contre la paix et déconstruire les idéologies qui ont couvert la réalisation de ces crimes. 

Trop souvent, le dictateur invaincu, en proie à l’ubris du sinistre vertige du pouvoir, finit seul dans son palace-bunker, pendant que ceux qu’il n’a pas encore tués lui vouent un culte religieux.

Aujourd’hui, même si Poutine peut encore pendant des années poursuivre son œuvre mortifère de désinformation et de révisionnisme, tentant d’imposer à son opinion publique une version alternative de la vérité, un jour peut-être, au travail des historiens qui déconstruiront cette mystification, s’ajoutera l’œuvre judiciaire de la justice internationale.

Mais la planète vit une situation absolument inédite historiquement, en temps réel, qui semble rendre peu réaliste une victoire des Ukrainiens sur le terrain mais semble en même temps rendre réaliste la poursuite des principaux responsables de ce grand crime d’Etat.

Depuis le 22 février 2002, assister en direct sur les écrans et sur la planète entière à une invasion d’une violence transgressive sidérante, est une expérience collective sans précédent de l’humanité.

On rêverait que la résistance incroyable, magnifique, des combattants et civils ukrainiens et de leur président, puissent sauver leur pays, en face d’un terrifiant Goliath, elle sauve déjà la vérité des faits, en rendant de plus en plus grotesque la propagande du grand criminel. En effet, le monde voit bien que le président ukrainien n’est ni nazi, ni drogué.

La résistance ukrainienne détruit collatéralement le mensonge politique de Poutine, et ains elle offre au monde la possibilité d’une plus juste intelligence des faits : toute la désinformation déjà programmée – et c’est sans précédent – s’effondrera même si, simultanément, l’Ukraine s’effondre sous les coups de boutoir de l’armée russe.

Ainsi, c’est la première fois que pourrait être trainé dans le box le dirigeant, et en l’espèce celui d’un des plus puissants Etats de la planète, alors même qu’il aurait gagné militairement.

Pour la première fois, alors que les grandes criminalités d’Etat en cours, en Syrie en Chine et hélas ailleurs, restent trop souvent dénuées d’images en temps réel, trop souvent hors champ des prises de consciences collectives, à chaque seconde nous sommes témoins dans l’immédiateté des crimes. 

Vladimir Poutine est aujourd’hui démasqué dans sa vision du monde souvent délirante sa propagande mensongère perdent en légitimité : « Quand le menteur n’est plus cru, il est cuit » (Alfonse Allais).

Un cercle de millions de visages sidérés font face à l’écran du tragique, aux images et aux bruits, aux silences de la guerre vraie, à l’angoisse des vrais confinements… Et depuis hier, une autre menace, portée du fond de l’écran par la lueur glaçante des tous petits yeux du dictateur plongeant dans les vôtres – a-t-on bien entendu ? – oui, il s‘agit bien de la menace du cataclysme nucléaire. Comme dans un avatar contemporain du chœur des tragédies antiques, le cercle d’une réception mondiale voit se promettre là, à un souffle devant, l’abîme.

Alors, le chœur du XXI° siècle n’en appelle pas seulement aux dieux s’ils existent mais à la justice internationale pensable, possible : à menace contre l’humanité, tribunal de l’humanité.

Or, l’hypothèse de voir Vladimir Poutine, ses complices et au premier chef, le président biélorusse, condamnés dans quelques années par la CPI n’est plus impossible. 

En effet l’Ukraine il y a six ans a reconnu la compétence de la CPI pour des crimes commis sur son territoire à compter du 20 février 2014. S’agissant des crimes commis au Donbass en Crimée et pendant la révolution de Maidan, déjà la procureure précédente avait fait savoir que l’ouverture d’une enquête était à l’étude. Reste que ni l’Ukraine ni la Russie n’ont ratifié le statut de la CPI, et donc aucune poursuite pour crime d’agression, ou crime contre la paix, ne peut aujourd’hui être possible à l’initiative du procureur de la CPI.

Les atrocités actuelles nous rappellent à quel point le droit de veto à l’ONU des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies est obsolète au regard de l’exigence d’une justice universelle.

Un verrou tant utilisé comme garantie d’impunité par la Russie et la Chine, mais également pour protéger Bachar EL ASSAD, un instrument tout aussi essentiel pour les Américains quand il s’agit de se protéger des conséquences de leur propre criminalité.

Alors que se dessine un consensus inédit dans l’histoire depuis 1945 pour condamner l’agression, la communauté internationale, tirant les conséquences de cette quasi-unanimité, doit imaginer un processus pour que non seulement Vladimir Poutine soit poursuivi pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, ce qui serait déjà immense, mais également pour crime d’agression. 

Il n’est ainsi pas absurde qu’un tribunal ad hoc spécifiquement chargé de juger Vladimir Poutine pour crime d’agression soit institué, un tribunal dont les travaux pourraient se poursuivre en collaboration avec ceux du procureur de la Cour Pénale Internationale.

Terrible dilemme de rappeler que pour que la justice soit rendue complètement, il faut peut-être prendre le risque d’affaiblir un système onusien en le contournant et donner ainsi des arguments à tous ceux qui rêvent de déconstruire de grand système multilatéral construit après 1945.

On doit espérer également que l’assemblée générale des Nations Unies vote massivement une résolution condamnant Vladimir Poutine pour crime d’agression, mais il y aura des résistances.

On le sait, l’infâme bourreau du Kremlin a su braconner avec cynisme dans le sentiment antioccidental, et plus particulièrement la francophobie qui court en Afrique mais aussi l’américanophobie en Amérique latine.

Un sentiment nourri par notre arrogance collective, notre mépris, notre myopie dont tirent profit en Afrique les milices Wagner à la solde de Poutine qui y commettent déjà des actes les plus atroces.

Une escouade, qui non seulement s’étend en Afrique pour poursuivre chaque jour son œuvre de mort, mais une milice aussi à la solde des oligarques, séides de Poutine, pour mettre la main sur les ressources minières les plus juteuses.

Par tous les moyens, Poutine devra être jugé pour les crimes qu’il commet chaque jour en Ukraine et pour tous les autres qu’il a commis au Donbass et en Crimée.

Reste que pour la première fois dans l’histoire depuis 1945, le dirigeant d’un pays membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, peut rendre des comptes des crimes qu’il commet contre la paix et contre l’humanité. 

L’annonce faite par le procureur est un message puissant à l’adresse des victimes et des survivants pour leur rappeler que l’impunité de leur bourreau ne sera pas éternelle. Nous retenons tous notre souffle en espérant que la double mâchoire, judiciaire et financière, résultant des mesures de saisies des avoirs de la clique d’oligarques qui doivent tant à Poutine, puisse retenir son glaive.

Nous rêvons qu’il ne soit pas impensable que ceux dont l’allégeance à Poutine aura permis des enrichissements gigantesques, devenus parias du monde mais surtout appauvris, se retournent contre lui.

Rêvons aussi que les militaires qui l’accompagnent dans son œuvre de mort s’imaginant un jour condamnés aux peines les plus lourdes se dressent contre leur mentor, sans doute prenant tous les risques et ainsi mettre l’humanité à l’abri des risques imprévisibles que les évènements tragiques chaque jour lui font courir.

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe

William Bourdon – Avocat

Véronique Nahoum-Grappe – Chercheure en sciences sociales

https://blogs.mediapart.fr/william-bourdon-et-veronique-nahoum-grappe/blog/020322/poutine-et-ses-sbires-un-jour-dans-le-box-de-la-cour-penale-internat

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La justice peut-elle venir au secours de l’Ukraine ?

https://www.justiceinfo.net/fr/88054-justice-peut-elle-venir-secours-ukraine.html?

Cpi : un renvoi historique des états accélère l’ouverture d’une enquête sur l’Ukraine

https://www.justiceinfo.net/fr/88146-cpi-renvoi-historique-etats-accelere-ouverture-enquete-ukraine.html?

Cpi : la société civile d’Ukraine, de Russie, de Biélorussie et d’ailleurs réclame davantage de ressources pour l’enquête en Ukraine

https://www.justiceinfo.net/fr/88198-cpi-societe-civile-ukraine-russie-bielorussie-reclame-davantage-ressources-enquete-ukraine.html?

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Liens avec autres textes

Qu’est-ce que la « protection temporaire » accordée aux personnes fuyant l’Ukraine ?

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/quest-ce-que-la-protection-temporaire-accordee-aux-personnes-fuyant-l-ukraine

Guerre en Ukraine : les crimes de Poutine, les responsabilités de l’Occident

Jamais le monde n’a semblé si près d’une guerre nucléaire, mais comment comprendre les racines de la crise ? Les crimes de Vladimir Poutine ne doivent pas disculper l’Otan de ses responsabilités. L’analyse du philosophe croate Srećko Horvat.

https://www.courrierdesbalkans.fr/guerre-en-ukraine-crimes-de-poutine-responsabilites-de-l-occident

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61492

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En complément possible

Déclaration de fondation du Comité de solidarité avec le peuple ukrainien et avec les opposant·e·s russes à la guerre (Suisse)

Viktoriia Pihul : Les gens du monde entier demandent au FMI d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

6 grandes ONG s’unissent face à l’ampleur des besoins humanitaires : c’est l’alliance urgences

Timothy Snyder : « Comment parler de la guerre ? » Histoire et mythe dans les écoles russes, selon « Novaya Gazeta »

Entretien avec Denys Pankratov, organisateur de l’Union des grutiers de la région de Lviv – Ukraine

L’université Lomonossov de Moscou (MGU) contre la guerre

Agression russe en Ukraine : Communiqué de l’assemblée européenne des citoyens

UJFP : Le droit international pour tous et partout, sans exception !

Liens d’initiatives de soutien à la population ukrainienne

Liens vers d’autres textes publiés dans la presse

En débat : Campisme ou anti-impérialisme. Quelques textes

Deux livres de Svetlana Alexievitch

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/07/ukraine-russie-mais-pas-que-10/

CGT : Douze questions sur la guerre en Ukraine Paix en Ukraine – Liberté en Russie

Maxime Combes, Amélie Canonne, Nicolas Haeringer : Quels sont les intérêts de TotalEnergies en Russie ?

Appel à l’action de la Confédération européenne des syndicats (CES) – La guerre en Ukraine doit cesser maintenant !

Roger Martelli : Dans la guerre ukrainienne, la gauche joue une part de sa survie

Lettre ouverte de géographes russes à Vladimir Poutine : « Nous voulons vivre sous un ciel pacifique »

Luke Harding (Lviv) : Des soldats russes démoralisés expriment leur colère d’avoir été « trompés » dans la guerre

Réseau des GLI : déclaration de solidarité avec le peuple ukrainien et ses organisations syndicales et contre la guerre menée par un régime autoritaire

Union Syndicale Solidaires : Stop au tri raciste des réfugié-es qui fuient les guerres !

Marc Bonhomme : Ukraine : la guerre de tous les risques de plus en plus cruelle

Israéliens solidaires de l’opposition russe à la guerre d’Ukraine

Volodymyr Artiukh : L’Ukraine – à la gauche occidentale, sur vos et sur nos erreurs

Michael Shank : Nous nous soucions davantage de l’Ukraine parce que les victimes sont blanches

Association France Palestine Solidarité : Non à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, il faut faire respecter le droit… partout dans le monde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/05/ukraine-russie-mais-pas-que-9/

Dockers néo-zélandais solidaires avec l’Ukraine

Pierre Baudet : La guerre en Ukraine menace la paix dans le monde…

L’édito de PEPS : L’Ukraine, une guerre aux multiples enjeux écologiques

Francine Sporenda : Poutinophilie : « c’est l’Otan le problème »

Richard Abernethy : Arrêtez la guerre impérialiste de la Russie contre l’Ukraine ! Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien !

Ecrivains du monde entier solidaires avec l’Ukraine

Igor Ilyash : Quels sont la place et le rôle de la Biélorussie dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Un appel d’un socialiste russe : Poutine intensifie la répression

Non à la guerre en Ukraine. Non à l’Otan. Contre les guerres impérialistes, femmes des peuples du monde entier Solidarité

Akram Belkaïd : Le pas de côté : Non au campisme

Québec : Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/04/ukraine-russie-8/

Les Cahiers de l’antidote n°1 « Spécial Ukraine » : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !

Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine

Pascal Boniface : Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie

Yorgos Mitralias : Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!

Izabella Marengo et Pierre Jasmin : NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN

Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire

Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine

Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne

Stefan Bekier : « Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!

Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »

Déclaration intersyndicale : Non à la guerre : retrait immédiat des troupes russes, solidarité avec le peuple ukrainien

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/03/ukraine-russie-7/

Interview de Witalij Machinko, Syndicat de solidarité des travailleurs (Trudowa Solidarnist, Kiev)

Appel du « Center for civil liberties » Ukraine

Roane Carey : Comment la gauche devrait réagir à l’invasion de l’Ukraine par la Russie

MMF France : Non à la guerre en Ukraine, Non à Poutine ! Soutien à la démocratie ukrainienne, soutien au peuple ukrainien !

Leyla Binici, Jérôme Gleizes, Abdessalam Kleiche, Myriam Laïdouni-Denis, Didier Claude Rod : Réflexions écologistes sur l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

La Cimade demande une protection pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine

Amb el poble d’Ucraïna!

Nous, Européen·ne·s de l’Est…

Patrick Cockburn : La Blitzkrieg pré-annoncée de Poutine en échec. Un danger encore plus grand (…)

NON à la guerre en Ukraine !

Des militant·es pour la démocratie au Myanmar organisent des rassemblements pour soutenir l’Ukraine

Razem : « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN… »

Fondation Frantz Fanon : Guerre d’agression contre l’Ukraine : qui a mis K.O le droit international ?

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe : Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/02/ukraine-russie-6/

Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail

Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe

Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/01/ukraine-russie-5/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar :Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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