Ouvrons les yeux : paix et climat, même combat ! (+ autre texte)

Lundi 28 février a été publié le deuxième volet du 6ème rapport du GIEC. Le premier nous avait rappelé que la trajectoire actuelle du réchauffement climatique nous amène à plus 1,5°C dès 2030 et possiblement jusqu’à plus de 4°C à la fin de ce siècle. Ce second volet évalue les risques sans précédent pour la biodiversité et les populations humaines que ce réchauffement entraînera. 

Près de la moitié de l’humanité vit dans des territoires très vulnérables au changement climatique : zones côtières, régions menacées par des sécheresses, des pénuries d’eau et des canicules. Il insiste sur les conditions de mise en œuvre d’une politique résiliente qui doit être immédiate, coopérative avec l’ensemble des pays et intégrée, prenant donc en compte l’ensemble des secteurs de la politique et particulièrement les inégalités sociales.  

Ce rapport ne doit plus rester sans effets concrets suffisants ! Cette décennie sera déterminante pour infléchir les trajectoires futures. Compte tenu des impacts irrémédiables du dérèglement climatique et de leur aspect cumulatif, les transformations nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effets de serre et les adaptations aux risques non évitables sont à entreprendre dès maintenant. 

Ouvrons les yeux ! Nous devons sortir du déni climatique !

Mais aujourd’hui, la guerre en Ukraine nous préoccupe au quotidien. Elle nous rappelle la fragilité de l’état de paix auquel la plupart des peuples européens se sont habitués. Face à la violence et à la tragédie humaine sous nos yeux, il pourrait paraître malvenu de se préoccuper des crises climatiques et de l’érosion de la biodiversité. 

Or, les enjeux de climat et de paix sont liés ! 

Et cela à plusieurs titres. Le dérèglement climatique, lui aussi, tue ! Il est déjà, et sera, à la source de nombreux conflits pour l’accès aux ressources. Il rend des régions entières invivables et envoie sur la route des millions de réfugiés à la recherche d’un territoire où pouvoir vivre dignement. 

La guerre met en évidence la fragilité et l’inadaptation de notre modèle de développement face aux crises et en particulier notre dépendance aux produits pétroliers. La flambée des prix du gaz et du pétrole, liée à la crise et à la guerre, pèse déjà sur notre pouvoir d’achat. Tout milite pour l’absolue nécessité de sortir de l’addiction aux énergies fossiles : pour réduire les émissions des gaz à effet de serre, pour se libérer des régimes autoritaires et belligérants et pour maîtriser les coûts ! 

La guerre révèle également la vulnérabilité de notre système agro-productiviste, dépendant des importations et des marchés financiers qui alimentent l’envolée actuelle des cours mondiaux des denrées agricoles (blé, maïs …). Le secteur agricole, notamment l’élevage intensif bovin est de plus un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

Pour garantir un climat vivable et la paix, la prise en compte de ces réalités doit nous amener vers une autre stratégie : celle de la souveraineté énergétique et alimentaire, celle de la sobriété énergétique et de la préservation des espaces naturels, celle de la relocalisation des activités. 

Il est temps de mettre fin aux politiques court-termistes au profit de quelques-uns. Affronter la question climatique doit se faire en lien avec la justice sociale, l’exigence démocratique et les valeurs humanistes. 

Exigeons un embargo sur les produits pétroliers et gaziers russes. C’est une arme économique face à un gouvernement belligérant, c’est un soutien au peuple ukrainien.

Accueillons tous les réfugiés obligés de fuir des systèmes autocratiques, des zones de guerre, ou des zones devenues invivables par le dérèglement climatique.

Exigeons la mise en œuvre d’une vraie politique de transformation de notre modèle économique pour qu’il puisse faire face aux crises à venir, avec notamment : 

  • Un plan massif d’investissements dans la rénovation énergétique des bâtiments, dans la révolution des mobilités et les énergies renouvelables pour que les surcoûts évidents ne soient pas portés par les seuls consommateurs ;

  • Un plan massif d’investissement dans la transition agricole et la sécurité alimentaire, pour un soutien des agriculteurs et pour une alimentation saine et abordable par tous ;

  • Une politique industrielle de relocalisation des productions des biens de première nécessité ;

  • Une politique de résilience pour adapter nos territoires littoraux et urbains menacés par le dérèglement climatique. 

Nous ne pouvons pas attendre 5 ans de plus ! Nous appelons tous les citoyens à participer à la prochaine marche climat le 12 mars, dans toutes les villes de France ! Unis pour le climat et la paix ! 

La liste complète des signataires de cette tribune (à signer ici) est accessible ici

Premiers signataires :

Nathalie Appéré, Maire de Rennes, Présidente de Rennes Métropole  
Manon Aubry, Députée européenne, présidente du groupe de la gauche au parlement européen, LFI
Gérard Bavant, Co-Secrétaire départemental, Parti de Gauche 
François Béchieau, Secrétaire national, Mouvement des Progressistes
Pascal Boissel, Vice-président de l’Union syndicale de la psychiatrie
Alice Brauns, membre fondateur #Unispourleclimat 
Alain Coulombel, membre du bureau exécutif d’EELV   
Sybille Douvillez, Co-référente nationale, Place Publique Jeunes
Jean-Michel Drevon, Secrétaire général, Institut de recherches FSU
François Dubreuil, membre fondateur #Unispourleclimat  
Olivier Dubuquoy, fondateur ZEA
Olivier Faure, premier secrétaire du PS 
Gérard Filoche, porte-parole Gauche Démocratique et Sociale, 
Pablo Flye, Co-initiateur Jeunes pour le climat – appel à la grève du 25 mars
Fabienne Grébert, Co-Présidente du groupe écologiste CR  AURA   
Anne Hessel, Archipel de l’écologie et des solidarités
Pierre Khalfa, Ancien coprésident Fondation Copernic 
Jean Lafont, co-fondateur PEPS
Pascaline Lécorché, Secrétaire Générale, Place Publique 
Pierre Lehembre, Président Allons Enfants
Benjamin Lucas, coordinateur national Génération·s
Vincent Liégey, Porte-parole Parti pour La Décroissance
Benoit Monange, Directeur, Fondation de l’Écologie Politique
Claire Monod, Porte-parole de Convention pour une république écologique
Aline  Mouquet, Présidente, Nouvelle Donne
Corinne Nassariguin, Secrétaire nationale à la coordination, PS
Roland Nivet, Porte-parole national, Le Mouvement de la Paix
Alain Pagano, Responsable à l’écologie, PCF
Béatrice Pinat, Parlement de l’union Populaire, LFI
Jean François Pellissier, ENSEMBLE !
Raymonde PoncetMonge, Sénatrice EÉLV 
Aurélien Taché, Député, Les Nouveaux Démocrates
Sophie TailléPolian, Sénatrice Génération·s ; 
Patrick Viveret, Archipel Osons les jours heureux

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/110322/ouvrons-les-yeux-paix-et-climat-meme-combat

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Climat, on t’oublie pas !

Le GIEC vient de rendre son dernier rapport. Force est de constater que les grands médias en ont peu parlé, et que le sujet de la crise climatique les a moins intéressés que les rivalités entre Le Pen et Zemmour. Et pourtant, d’un côté, c’est le sort de l’humanité qui se joue dans les siècles à venir, de l’autre, un choix entre la peste et le choléra.

De rapport en rapport, le GIEC montre la dégradation inexorable des conditions de vie de l’humanité et des autres écosystèmes, sous l’effet du dérèglement climatique, alors que nous en sommes « seulement » à une hausse de 1,1°C depuis l’apparition de la grande industrie.

C’est devenu une évidence pour chacun.e, et nous pensons inutile d’en rajouter à la peur, qui est devenue un mode de gouvernement bien commode pour empêcher les gens de penser.

Du reste, l’avenir n’est pas écrit. Depuis sa prison, Gramsci écrivait « Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».

Toute l’humanité est dans le même bateau, mais quelques-uns sont sur le pont supérieur, et beaucoup dans les cales. Selon une étude de l’OXFAM, les 1% les plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité. A l’inverse, ce sont les plus pauvres qui subissent le plus – et de loin – les conséquences du changement climatique – comme d’ailleurs toutes les autres nuisances.

Aujourd’hui, nous vivons l’injustice climatique.

Souvenons-nous de la taxe sur les carburants, qui a mis le feu aux ronds-points en suscitant le mouvement des Gilets jaunes.

La crise du Covid, qui trouve son origine dans la destruction des écosystèmes – par la déforestation et le changement climatique – n’a pas été un drame pour tout le monde. Il a mis à nu l’enrichissement éhonté de laboratoires pharmaceutiques, au détriment de l’hôpital public, comme s’il y avait un vase communiquant entre les deux.

La gestion financière de la crise par le gouvernement s’est révélée un pactole pour les actionnaires des entreprises du CAC 40, beaucoup moins pour les personnels des hôpitaux et autres « premier.e-s de corvée ». Preuve que les premier.e.s de cordée ne ruissellent pas !

Comment se sortir alors de cette situation ?

Le rapport du GIEC esquisse des pistes d’action destinées aux gouvernements :

transition énergétique, pour réduire les émissions de CO²

meilleure gestion de l’eau et de l’irrigation allant de pair avec une meilleure adaptation des cultures aux conditions climatiques via l’agro-écologie

préservation du milieu naturel (restauration des forêts et des écosystèmes naturels, arrêt de l’urbanisation dans les zones côtières, végétalisation des villes …)

Ces mesures vont dans le bon sens.

Mais pensez-vous que les gouvernements vont se saisir de ces propositions ?

Se lancer résolument dans la transition énergétique, par la sobriété énergétique, par une politique résolue d’économies d’énergie dans les logements, la lutte contre la mobilité forcée, la réduction du transport aérien, la dé-métropolisation, etc… ?

Passer du modèle agro-industriel à une agriculture paysanne et une alimentation saine pour tous.tes ?

Abandonner les grands projets inutiles destructeurs de terres agricoles et de milieux naturels ?

Saisir l’occasion pour réfléchir collectivement sur les activités à abandonner ou à réduire ? À celles au contraire à développer ? Réinterroger la « société de consommation » en allant vers une décroissance choisie ?

A la place de cela, nous avons eu, en France, la mauvaise farce de Macron, avec la Convention citoyenne pour le climat (CCC) : un très bon rapport des citoyen.nes, mais la plupart des propositions ont été mises à la poubelle par Macron : un bel exemple de démocratie, du même acabit que le « grand débat » concédé aux Gilets jaunes dans le but d’arrêter le mouvement, qui a été, ni grand, ni un débat, d’ailleurs.

Pouvait-il en être autrement ?

Pas vraiment, sinon dans un moment révolutionnaire.

Le système capitaliste est, par sa nature, productiviste, en recherche permanente de profits et de croissance, incompatible avec la finitude de la planète. Dans ses capacités d’adaptation, il conserve ces caractéristiques, particulièrement aujourd’hui, où il est dominé par le capital financier qui recherche les profits à court terme.

Repeint en vert par nécessité, il cherche une sortie par une fuite en avant technologique (la technologie ayant réponse à tout, même pour s’installer un jour sur la planète Mars). Il trouve même des systèmes pour tirer des profits de sa turpitude. Ainsi, l’arnaque des marchés du carbone et les mécanismes de compensation, véritables « droits à polluer », qui contribuent, par l’investissement dans des projets dits « de protection de l’environnement » à l’expulsion des populations autochtones de leurs terres: le colonialisme sous la forme de la protection de la nature !

C’est ainsi que, de COP en COP, se mène une lutte de classes à bas bruit à l’échelle mondiale, menée par le capital financier qui s’est assujetti les gouvernements et qui dirige les affaires. Peut-on compter sur eux pour régler des problèmes dont ils sont à l’origine ? Bien sûr que non.

Dès lors, c’est aux peuples de s’emparer de la question climatique, car le climat est un bien commun mondial.

Cette lutte pour le climat est étroitement liée à celle de la défense des écosystèmes.

Elle se mène de l’échelle locale à l’échelle internationale, sous des formes diverses : luttes paysannes contre les grands propriétaires terriens, les multinationales,( contre les grands projets inutiles et la bétonisation, contre le modèle agro-industriel  pour revenir à une agro-écologie paysanne; résistance des peuples autochtones contre les activités minières ou pétrolières ; lutte contre la mondialisation capitaliste par les traités commerciaux tels de TAFTA le CETA…, mouvements des places ou des ronds-points, expériences communalistes à l’échelle locale.

Nous sommes à cet égard solidaires de l’action des militant.es d’Extinction Rébellion au Salon de l’agriculture, sur le mot d’ordre « Exigeons un changement de régime pour notre système de production agricole pour parer à l’urgence climatique qui nous guette » .

Toutes ces luttes, certes, ont du mal à converger, mais elles sont porteuses de valeurs qui s’opposent à celle du système dominant ; solidarité, coopération, refus des exploitations et oppressions de tout genre, plaisir d’agir ensemble, de se réapproprier sa propre vie.

Ce sont les valeurs d’un nouveau monde qu’il nous revient d’inventer. Contre ce système dont Jaurès disait, dans son dernier discours : « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage ».

La lutte contre le changement climatique est écologique et sociale en même temps, c’est la lutte pour cette société nouvelle !

Jean Lafont

https://jeanlafont.wordpress.com/2022/03/10/climat-on-toublie-pas/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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