Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Troupes russes hors d’Ukraine [textes -15]

  • Jean Vogel : Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien
  • Daria Saburova : La guerre en Ukraine et les dilemmes de la gauche occidentale
  • Pjotr Sauer : Russie. « Ne croyez pas la propagande. Ici, ils vous mentent. » Le vrai courage…
  • Les dockers d’une raffinerie britannique refusent de décharger du pétrole russe
  • Patrick Cockburn : « Diaboliser la Russie laisse Poutine s’en tirer à bon compte, avec le risque de rendre tout compromis impossible et de prolonger la guerre »
  • Ricardo Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes réfute la propagande d’Ilan Pappe qui reprend l’argumentation russe sur la nazification de l’Ukraine.
  • Notes de l’ISW (15 mars 2022)
  • « Les gens sont devenus plus aimables. » Un habitant décrit la vie à Kiev.
    Témoignage recueilli par Diane Taylor
  • Liens avec d’autres textes

Publication Twitter - Visuel 17 mars

Solidarité Ukraine – Rassemblements partout en France

Jeudi 17 Mars, à 18H

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Plus de 60 associations de solidarité joignent leurs voix et leurs forces en lançant un appel aux responsables français et européens , et en invitant toutes celles et tous ceux qui veulent exprimer leur solidarité, à se retrouver le jeudi 17 mars sur les places des villes de France. Elle sont soutenues par des syndicats, des personnalités, des universitaires, chercheuses.rs et avocat·e·s.

A Paris, le rassemblement aura lieu de 18h à 20h
sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

Des rassemblements auront aussi lieu à Aix-en-Provence, Figeac, La Ciotat, Loudun , Narbonne, Nice, Pont-Audemer, Rouen, Saint-Priest (Ardèche), notamment. Découvrez la carte des villes où des rassemblements seront organisés : https://crid.asso.fr/russie-hors-dukraine-solidarite-partout-rassemblements-en-france-le-17-mars/

Mobilisées depuis le premier jour de la guerre, et pour plusieurs d’entre elles, engagées depuis des années auprès des sociétés civiles d’Ukraine, de Russie et du Belarus, les associations lancent un appel aux responsables politiques européens pour qu’ils agissent sans relâche pour :

  • obtenir un cessez-le-feu et le retrait des troupes russes d’Ukraine ;

  • obtenir la fin immédiate des attaques ciblées et indiscriminées contre les civils et infrastructures civiles en Ukraine ;

  • fournir aux victimes de la guerre toute l’assistance humanitaire possible, et assurer un passage sûr pour les civils pris dans le conflit ;

  • accueillir dans les différents pays toutes les personnes contraintes de quitter l’Ukraine à la recherche d’un refuge ;

  • s’assurer qu’aucune personne, quelle que soit sa nationalité, ne soit bloquée aux frontières ukrainienne ou européenne (externes ou internes de l’UE), et que toutes puissent trouver une protection dans des conditions dignes et respectueuses de leurs droits, dans l’Union européenne ;

  • mobiliser des moyens pour que les activistes ukrainien·nes pour la démocratie et les droits humains soient protégé·es, accueilli·es, et soutenu·es ;

  • assurer par tous les moyens possibles un soutien et une protection aux acteurs de la société civile russe et bélarusse qui sont opposés à la guerre ;

  • préserver les canaux d’information permettant aux populations ukrainienne, russe et bélarusse de recevoir des informations fiables ;

  • lutter contre l’impunité des responsables de crime d’agression et de crimes de guerre.

Avec le soutien de plusieurs syndicats, de personnalités, d’universitaires, de chercheuses·rs et d’avocat·e·s, elles appellent à manifester pour exprimer solidarité et soutien aux citoyen·ne·s et organisations ukrainien·nes, russes et belarusses engagé·es pour les droits humains et contre la guerre et à toutes les victimes de ce conflit.

Russie hors d’Ukraine

Liberté en Russie et au Belarus

Solidarité partout !

Liste des associations ayant signé l’appel (au mardi 15 mars) :

ACAT-France, AGIRabcd, Agir ensemble pour les droits humains, Alliance Internationale pour la défense des droits et des libertés, Alliance sciences société, Amnesty International France, Anafé, Article Premier, Assemblée européenne des citoyens, Association Abraham Mazel, Association des Travailleurs Maghrébins de France, Association Habitat-Cité, Attac France, Atelier des artistes en exil, Barreau de Paris, CartONG, la Chaîne de l’Espoir, CCFD-Terre Solidaire, CEDETIM, Centre Primo Levi, Cimade, Coalition française pour la Cour pénale internationale, Collectif Bienvenue (Bordeaux), Collectif Ivryen de Vigilance Contre le Racisme, Collectif Stand with Ukraine, Comité Français pour la Solidarité Internationale, Communauté des Belarusses à Paris, Communauté des Belarusses des Savoies, Coopératives européennes Longo Maï, Coordination SUD, CRID, Électriciens sans frontières, Elena, Emmaüs Europe, Emmaüs France, Emmaüs International, Ensemble contre la peine de mort, Ensemble pour Elancourt, European Prison Litigation Network, Euro Créative, FCPE, Femmes Solidaires (Marseille), FIDH, Fondation Copernic, Fondation Danielle Mitterrand, Forum Civique Européen France, Gisti, Groupe accueil et solidarité, Groupe Initiatives, Humatem, IPAM, La Maison Ouverte, LDH Gironde, Les Nouveaux Dissidents, Ligue de l’Enseignement, Maison des Droits de l’Homme (Limoges), Médecins du Monde Caen, Memorial France, Mouvement de la Paix, Pax Christi Nice, Première Urgence Internationale, Russie-Libertés, Secours Catholique-Caritas France, SOS Africaines en danger, Terre des Hommes France, Utopia 56, YMCA France

Avec le soutien de :

Syndicats : Confédération Générale du Travail (CGT), Fédération Syndicale Unitaire (FSU), SUD-PTT, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des Avocats de France, Union syndicale Solidaires

Personnalités, universitaires, chercheurs et chercheuses, avocats :

Delphine Bechtel, universitaire (Paris-4) ; Christian Benedetti, metteur en scène ; William Bourdon, avocat ; Vincent Brengarth, avocat ; Aurore Chaigneau, directrice UFR (Paris 10) ; Claude Charlot, directeur recherches CNRS ; Isabelle Charpentier, professeure des universités (Amiens) ; Karine Clément, sociologue ; Yves Cohen, directeur d’études EHESS ; Emmanuel Daoud, avocat ; Stéphane Dudoignon, directeur de recherche CNRS ; Laurence de Cock, historienne ; Bernard Defrance, philosophe ; Didier Epsztajn, blogueur; Michel Forst, ancien rapporteur spécial des Nations Unies ; Catherine Géry, professeure (INALCO) ; François Gieres, professeur des universités (Lyon 1) ; Dominique Glaymann, professeur émérite (Paris Saclay) ; Catherine Gousseff, directrice recherches CNRS ; Inna Harmagnies, avocate ; Fabien Jobard, directeur de recherches CNRS ; Jean-Paul Laurencin, économiste ; Véronique Jobert, professeur émérite (Paris Sorbonne) ; Michèle Leclerc-Olive, chercheuse ; Anne Le Huérou, maîtresse de conférence (Paris 10) ; Danièle Lochak, professure émérite (Paris Nanterre) ; Philippe Marchesin, enseignant-chercheur (Paris 1) ; Gus Massiah, fondateur du CEDETIM et de l’IPAM ; Danielle Mérian, avocate ; Olivier Nay, professeur des universités (Paris 1) ; Marie-Gabrielle Philipp, chercheuse ; Nadège Ragaru, directrice de recherche (CERI-ScPo-CNRS) ; Gilles Robel, maître de conférence (Gustave Eiffel) ; Patrick Silberstein, éditeur ; Ewa Tartakowsky, chargée de recherche CNRS ; Stéphanie Tchiombiano, maîtresse de conférence (Paris 1) ; Marie-Laure Viaud, maître de conférence (Lille Nord de France) ; Emmanuel Wallon, professeur de sociologie (Paris Nanterre).

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Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien

Texte diffusé en initiative à la constitution d’un groupe de soutien à la résistance du peuple ukrainien en Belgique.

Depuis le 24 février à l’aube, l’armée russe, sur l’ordre de Vladimir Poutine, a entrepris une agression de grande ampleur contre l’Ukraine. Des colonnes blindées ont envahi le pays suivant quatre axes, l’aviation russe bombarde les sites militaires, les aéroports et presque toutes les villes importantes et la flotte de guerre russe s’efforce de prendre le contrôle exclusif de la mer d’Azov et des côtes ukrainiennes.

Présentée dans l’annonce des hostilités par Poutine, comme une « opération militaire spéciale » visant à assurer la « démilitarisation » et la « dénazification » de l’Ukraine, cette agression s’est très rapidement révélée pour ce qu’elle était : une guerre éclair de grande ampleur avec pour objectifs directs la mise hors combat de l’armée ukrainienne, l’occupation de la plus grande partie du pays, le renversement du gouvernement du Président Zelensky et son remplacement par un pouvoir fantoche.

La Blitzkrieg de Poutine a d’ores et déjà échoué et cet échec est dû à la résistance du peuple ukrainien. Non seulement l’armée ukrainienne, sous-équipée, avec un armement souvent vétuste et très peu d’appui aérien, tient bon, mais les hommes et les femmes d’Ukraine, les citoyennes et citoyens ordinaires, loin de céder à la panique, multiplient les initiatives pour contrecarrer l’envahisseur (érection de barrages et de barricades, fabrication de cocktails Molotov, formations de milices). L’atmosphère de Kiev ou de Kharkiv en ces journées décisives fait penser à celle de Madrid en 1936 et de Budapest en 1956. No Pasaran se dit en ukrainien Ne Proyty (не пройти) !

Un immense élan de solidarité parcourt l’Europe. Et nous ne parlons pas seulement de l’assistance officielle, mais des innombrables initiatives spontanées visant à venir en aide aux Ukrainiens. Certes, l’éclatement d’une grande guerre au cœur du continent a frappé de sidération beaucoup de gens. Les menaces réitérées de Moscou ces trois derniers mois et les avertissements stridents de Washington semblaient relever de la guerre psychologique. Les images des immeubles d’habitation ravagés et des colonnes de réfugiés ne proviennent plus d’Irak, de Syrie ou du Yemen, mais de la porte à côté et les menaces d’un recours à l’arme nucléaire, qui paraissaient reléguées dans la mémoire de la guerre froide, sont à nouveau à la une de l’information quotidienne. Il est donc remarquable que le retour en force de la guerre dans notre environnement, succédant immédiatement au traumatisme de la pandémie, loin de susciter la panique et le repli sur soi, engendre avant tout une solidarité par-delà les frontières. Nous nous inscrivons entièrement dans ce mouvement. Nous pensons cependant qu’à côté de celle humanitaire, une solidarité politique s’impose aussi.

Nous trouvons nécessaire d’en expliciter les termes. Nous sommes entièrement solidaires de la résistance du peuple ukrainien et nous dénonçons avec la plus grande vigueur l’agression impérialiste de la Russie d’un point de vue internationaliste et démocratique conséquent, qui place au premier plan le droit des peuples à l’autodétermination et la solidarité mondiale des travailleurs, des travailleuses, de toutes les opprimées et de tous les opprimés. Notre solidarité ne se confond pas avec le soutien accordé à l’Ukraine par les défenseurs atlantistes de l’hégémonie américaine, qui sera toujours prête à instrumentaliser ou même à sacrifier la « carte ukrainienne » dans le Grand Jeu de la compétition mondiale entre les puissances. Notre solidarité n’a évidemment rien à voir non plus avec la duplicité et l’hypocrisie des soi-disant « souverainistes », « progressistes » ou « pacifistes » qui renvoient dos à dos l’agresseur et l’agressé et apportent en réalité un soutien voilé à Poutine.

Les enjeux d’une guerre se jugent d’abord aux objectifs des belligérants. Poutine mène une guerre d’agression impérialiste sur le modèle de celles auxquelles se sont livrés les Tsars russes pendant des siècles. Ce n’est pas un hasard si c’est le portrait du plus réactionnaire et du plus belliciste d’entre eux, Nicolas Ier (1825-1855), qu’il a placé dans son bureau au Kremlin. Pour justifier cette agression, la propagande russe invoque deux pseudo-justifications, qui sont reprises en chœur par les affidés et les dupes de Poutine.

La première justification serait le caractère néonazi du régime politique de l’Ukraine. C’est un mensonge éhonté. On trouve en Ukraine, comme c’est malheureusement le cas dans tous les pays européens, des forces politiques et paramilitaires d’extrême-droite. Au vu des résultats électoraux, elles sont nettement moins influentes qu’en France ou en Flandre par exemple. Depuis le mouvement de la place Maidan au début 2014 (qualifié absurdement de « coup d’État d’une junte fasciste »), et malgré la situation de guerre dans le Donbass, les libertés politiques de base sont garanties, des élections libres se sont tenues à deux reprises et l’alternance politique a joué (le président élu en 2014 Petro Porochenko a été battu en 2019 par l’outsider Volodymyr Zelensky). La propagande de Poutine ne fait dans ce cas que recycler un vieux procédé constant des services secrets soviétiques qui ont toujours traité de « nazis » les adversaires, notamment socialistes et communistes, qu’ils voulaient assassiner (Trotsky, Tito, Imre Nagy, les dirigeants du POUM espagnol et du BUND juif).

Ce mensonge est d’autant plus éhonté qu’il provient des officines de Poutine, à la tête d’un pouvoir autocratique qui a non seulement étouffé les libertés politiques et la presse indépendante, multiplié les assassinats ou les emprisonnements d’opposants et de journalistes, étranglé les expressions autonomes de la société civile, mais auprès duquel on rencontre Alexandre Douguine, l’idéologue de l’eurasisme, et Dmitri Outkine, chef des mercenaires du Groupe Wagner et admirateur sans vergogne d’Adolf Hitler. Ajoutons que Poutine est devenu le principal « parrain » de l’extrême-droite européenne, de Marine Le Pen et Mateo Salvini aux chefs du FPÖ autrichien, qu’il soutient à la fois sur les plans politique, médiatique et financier et dont il amplifie les discours xénophobes et homophobes.

La deuxième pseudo-justification donnée à l’agression contre l’Ukraine est qu’il s’agirait d’une réponse défensive contre l’extension à l’Est de l’OTAN, l’encerclement et les préparatifs d’agression contre la Russie. Sur ce point, il faut être très clair. Nous ne sommes pas et n’avons jamais été partisans de l’OTAN. Nous trouvons qu’il y a 30 ans, à la suite de la dissolution du Pacte de Varsovie et de la dislocation de l’URSS, il aurait été préférable, pour mettre un terme définitif à la division de l’Europe, de dissoudre aussi l’OTAN et une créer une nouvelle structure de sécurité paneuropéenne englobant tous les Etats du continent. Nous pensons que dans le futur il faudra tracer les voies permettant de reléguer l’OTAN au musée des souvenirs de la guerre froide. Mais AUJOURD’HUI, il faut le dire clairement, l’OTAN n’a pas provoqué cette guerre et sa mise en cause est une diversion. L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN était gelée depuis 2008, l’Allemagne et la France n’ont eu de cesse de répéter ces dernières semaines à Poutine qu’elle n’était pas à l’ordre du jour. La situation dans le Donbass et la ligne de front entre les protectorats sécessionnistes et le reste de l’Ukraine étaient également gelées depuis 2015. La présence de soldats ou d’équipements américains ou autres dans les Etats baltes ou en Roumanie avait une portée essentiellement symbolique et ne pouvait en aucun cas être interprétée comme préparant une attaque militaire. En ce début 2022, la Russie n’était militairement menacée ni par l’OTAN, ni, bien évidemment, par l’Ukraine.

La crise internationale puis la guerre ont été déclenchées par Poutine à froid, aux moments qu’il a choisis. Pourquoi maintenant ? L’Europe à partir de 1947 s’était trouvée séparée en deux, suivant les répartitions négociées à Yalta. Chaque puissance hégémonique pouvait intervenir dans sa sphère d’influence sans craindre la réaction de l’autre : l’URSS envahir la Hongrie en 1956 et la Tchécoslovaquie en 1968 ou la CIA organiser un coup d’État militaire en Grèce en 1967. L’implosion de l’URSS en 1989-1991 a mis fin au partage de Yalta, avec des effets équivalents pour la puissance impériale de la Russie à une défaite dans une très grande guerre. L’OTAN a progressivement rempli les vides en s’élargissant aux anciens satellites de l’URSS. La politique des Etats-Unis dans ce domaine était guidée au moins autant par leur désir de conditionner l’Union européenne et d’en bloquer les velléités d’autonomie que par une hostilité ou une méfiance envers la Russie. Mais depuis dix ans, le basculement du monde s’accélère, la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine passe de plus en plus à l’avant-plan. Poutine a voulu profiter du recul global des Américains, de la priorité qu’ils accordent à l’affrontement avec la Chine, de leur récente déroute en Afghanistan et de leurs tensions avec l’UE pour négocier quelque chose comme un « nouveau Yalta » – s’accorder avec eux sur des sphères d’influence stabilisées. Il a voulu négocier, en bon tchékiste, avec un revolver posé sur la table ou, plus exactement, pointé vers un otage – en l’occurrence l’Ukraine. La négociation s’est coincée et il a tiré.

La logique de Poutine est une logique purement impérialiste, d’un impérialisme classique comme celui du XIXe siècle. Ce qu’il appelle « légitimes intérêts de sécurité » signifie que les grandes puissances ont droit à se voir reconnaître des sphères d’influence : un glacis, des Etats-tampons, des Etats-clients, des Etats dépendants, des Etats protégés qu’elles contrôlent et qui se conforment à leurs intérêts. Poutine ne reproche pas à l’OTAN d’être une structure impérialiste, il lui reproche d’entraver sa volonté de reconstituer une sphère d’influence impérialiste russe digne de ce nom (la sienne se limite pour l’instant à la Biélorussie de Loukachenko et à la Syrie de Bachar el-Assad). L’Ukraine qui est devenue de facto un Etat largement indépendant de la Russie depuis 2014 représente une première proie dans la reconstitution d’un impérialisme russe. Ensuite en viendront d’autres, dans les Balkans, au Caucase ou en Afrique…

Il faut ajouter à cela une dimension supplémentaire, concernant spécialement l’Ukraine. Dans un long article publié en juillet 2021 et dans son discours du 21 février 2022, Poutine a amplement exposé sa négation de l’existence historique d’un peuple ukrainien. Celui-ci ne serait qu’une branche particulière du grand peuple russe et l’existence d’un Etat ukrainien indépendant ne serait que le fruit d’un diabolique dessein antirusse de Lénine et de la révolution bolchevique. S’il est vrai que Lénine a été à travers l’histoire l’un des très rares hommes d’État russe à avoir reconnu le droit des Ukrainiens – qu’il comparait aux Irlandais – à former leur propre Etat, la hargne de Poutine a des racines plus profondes. Elle traduit la résurgence de l’idéologie réactionnaire du panslavisme qui a toujours dans l’histoire de la Russie servi de fondement au despotisme du pouvoir, au règne du knout dans les rapports sociaux et aux aventures et conquêtes guerrières à l’Ouest, au Sud et à l’Est. Personne ne connaît les objectifs de guerre précis de Poutine aujourd’hui, mais une chose est certaine : il a déjà exposé tout à fait clairement les idées au nom desquelles la Russie pourrait totalement anéantir l’indépendance et la liberté du peuple ukrainien.

Cependant, en Russie même, dès le premier jour cette guerre d’agression s’est heurtée à des manifestations de dénonciation et d’opposition, en faveur de la paix et du respect de l’indépendance de l’Ukraine. A la soi-disant « fraternité slave » que Poutine invoque à ses fins impérialistes, répond ce manifeste de féministes russes appelant à ce que « le monde entier soutienne l’Ukraine en ce moment et refuse d’aider le régime de Poutine de quelque manière que ce soit ». Jamais dans le passé on n’avait pu assister à des manifestations anti-guerre de cette ampleur. La solidarité, le soutien le plus actif possible et la défense des courageux et courageuses Russes qui affrontent la répression du régime despotique encore renforcé de Poutine représentent des exigences absolument vitales dans la lutte pour faire cesser cette guerre et pour rétablir à l’avenir des liens d’amitié entre les peuples russe et ukrainien. La réprobation de l’opinion internationale et l’isolement diplomatique de la Russie jouent là aussi un rôle essentiel et contribuent à élargir le mouvement anti-guerre en Russie.

Cette guerre doit prendre fin. Il faut un cessez-le-feu et un retrait complet des forces d’agression russes du territoire de l’Ukraine. A cette fin, la plus importante tâche de l’heure doit être d’apporter le soutien le plus étendu possible à la résistance ukrainienne. Elle représente l’élément décisif permettant de faire reculer la machine de guerre russe.

Le peuple ukrainien mène son propre combat d’autodéfense. Il doit bénéficier du plus large appui matériel et humain et nous soutenons donc les envois d’armes et la participation de volontaires à sa lutte, en fonction des besoins de celle-ci. Mais le soutien légitime apporté à la résistance à l’agression ne s’identifie pas à l’entrée en guerre contre la Russie des pays de l’OTAN. Nous rejetons cette perspective qui aggraverait considérablement le risque d’une guerre nucléaire en Europe. Les Etats-Unis et l’Union européenne sont eux aussi de grandes puissances soucieuses avant tout de leurs intérêts, de leurs objectifs et de leurs ambitions impérialistes respectives et c’est en fonction de ceux-ci que se livrerait une guerre européenne générale. L’enjeu de la liberté de l’Ukraine passerait alors presque certainement à l’arrière-plan. A maintes reprises, les Etats-Unis ont encouragé et appuyé pendant un temps des populations en lutte pour ensuite froidement les laisser tomber lorsque cela ne servait plus leurs intérêts stratégiques : rappelons-nous ce qui est arrivé aux chiites du Sud de l’Irak insurgés contre la dictature de Saddam Hussein en 1991, à la Géorgie lors des affrontements avec la Russie en 2008 ou aux Kurdes syriens abandonnés à Erdogan en 2019. La conduite de la résistance à l’agression de même que les termes de futures négociations et du rétablissement de la paix doivent rester entre les mains du peuple ukrainien.

Nous sommes convaincus que même si l’énorme supériorité en armements des armées d’invasion russes leur permet de submerger le territoire de l’Ukraine, la résistance populaire continuera, sous des formes multiples. En tant que partisans de la solidarité internationale des travailleurs et des peuples, nous appelons les citoyens de nos pays à amplifier leur soutien à cette résistance et à exiger de leurs gouvernements qu’ils répondent aux justes demandes des Ukrainiens.

Jean Vogel

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61622

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La guerre en Ukraine et les dilemmes de la gauche occidentale

Cet article décrit précisément la guerre vue d’Ukraine et la façon dont une partie de la population ukrainienne rejoint la résistance, en particulier les unités territoriales de défense : une vaste mobilisation populaire. Dès lors, Daria Saburova adresse un certain nombre de questions à la gauche anti-impérialiste, en particulier sur l’aide militaire pour la résistance populaire. Faute de quoi, selon elle, le salut internationaliste et la solidarité témoignée au peuple ukrainien risquent de demeurer abstraits.

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Je ne suis pas une spécialiste, au sens académique du terme, ni des relations russo-ukrainiennes, ni des questions géopolitiques. Je fais une thèse en philosophie. Mais je suis née à Kiev où j’ai vécu pendant 20 ans avant d’arriver en France. Ma famille est actuellement en Ukraine. Ma mère a quitté Kiev le 28 février, mais beaucoup d’amis et de parents d’amis restent toujours dans la capitale, soit parce qu’ils et elles ont la responsabilité de personnes âgées et malades, soit pour avoir fait le choix de défendre leur ville et d’aider celles et ceux qui y sont restés. D’autres amis ont déjà pris la fuite et s’apprêtent à déposer des demandes d’asile en Pologne, en Allemagne ou en France. Depuis le premier jour de l’invasion, j’ai surtout suivi les informations locales, via les médias ukrainiens et différentes chaînes Telegram, ou bien directement via les témoignages de mes proches. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’écrire ce texte, afin de parler de l’ampleur des destructions, des conditions de vie et de survie des personnes actuellement sur place, et des réseaux de solidarité et de résistance dans lesquels la population ukrainienne est massivement impliquée.

Après l’échec de la guerre-éclair, l’armée russe a intensifié les bombardements des centres urbains, notamment Kharkiv, Marioupol et Kiev, sans épargner les quartiers résidentiels et les infrastructures civiles telles que les écoles et les hôpitaux. Ce qui se passe ressemble de plus en plus à une guerre punitive. Les images des banlieues nord-ouest de Kiev peuvent en témoigner : Irpin, Borodyanka, Bucha, Gostomel, ainsi que plusieurs villages situés le long de la route Kiev-Zhytomyr sont déjà à moitié détruites. Dans ces banlieues où les combats sont en cours, les populations sont privées d’électricité, de chauffage et de réseau depuis les premiers jours de la guerre. Ils doivent passer plusieurs journées d’affilée dans des caves froides et humides, inadaptées à la protection contre les missiles de type « Grad » ou « Iskander » employées par l’armée russe. La situation est absolument dramatique. Même la Croix Rouge ne s’aventure pas dans les territoires où stationnent et circulent les équipements russes. La semaine dernière, un premier accord concernant les « couloirs humanitaires » a été conclu entre les deux parties. Mais le cessez-le-feu est à peine respecté par l’armée russe. Les militaires tirent régulièrement sur les voitures des civils qui essayent de fuir individuellement ces zones de combat. Le 6 mars, une famille se dirigeant à pieds vers un des bus d’évacuation a été abattue à Irpin. Le moyen le plus sûr de quitter la capitale reste pour l’instant le train partant de la gare centrale. Or, cette dernière a également déjà été endommagée par une explosion qui s’est produite en face de la gare le mercredi 2 mars. Prendre la route en voiture devient de plus en plus dangereux, et l’essence se fait rare : les soldats russes ont déjà détruit plusieurs dépôts de pétrole, notamment dans la région de Kiev, et la priorité est désormais donnée aux besoins de l’armée. Pour le moment, les trains d’évacuation circulent régulièrement, mais ils sont bondés et les personnes s’entassent à 4 sur les banquettes individuelles, voire sont obligées de voyager debout ou assises par terre pendant plus de 10 heures. A la gare de Lviv, où les réfugiés attendent les trains en direction de la Pologne, la situation devient de plus en plus tendue. Venant par la route, il faut attendre jusqu’à 24 heures pour franchir la frontière polonaise.

Mais c’est dans la ville assiégée de Marioupol – une ville russophone située dans le sud de la région administrative de Donetsk – que l’hypocrisie de « l’opération spéciale » visant à libérer ces territoires du joug des « nazis de Kiev » se révèle dans toute sa brutalité extrême. Cette ville qui compte actuellement 360 000 habitants subit des bombardements massifs qui ont déjà fait au moins 1500 victimes parmi les civils, qui commencent à être enterrés dans une fosse commune. Les habitants de la ville sont complètement coupés de tous les moyens de communication, de l’eau, de l’électricité et du chauffage. L’aide humanitaire ne peut y accéder et les couloirs humanitaires restent incertains. Une chaîne Telegram a commencé à recenser les personnes vivantes, pour que les familles et les amis puissent avoir des renseignements sur leurs proches qu’ils ne peuvent plus joindre depuis neuf jours.

Mais si Kiev, Kharkiv, Marioupol et d’autres villes résistent à l’armée russe bien qu’elle possède un très net avantage militaire, c’est que, face à cette invasion, s’est dressée une vaste mobilisation populaire qui déborde largement les appareils de l’État, même dans les villes russophones qui devraient, selon la logique qui est à la fois celle de Poutine et d’une certaine gauche occidentale, accueillir à bras ouverts l’armée de libération. Cette mobilisation prend des formes multiples : à Energodar et dans d’autres villes, des gens désarmés sortent former des chaînes humaines pour empêcher l’avancement des chars russes ; dans les villes déjà occupées, à Kherson et à Melitopol, de grandes manifestations ont lieu pour protester contre l’envahisseur. Dans d’autres villes, les groupes de défense territoriale et les groupes de solidarité auto-organisés assurent la sécurité et l’approvisionnement des populations. Selon les paroles d’une amie restée à Kiev, tout le monde est d’une manière ou d’une autre impliqué dans les groupes de solidarité via des milliers de chaînes Telegram spécialisées : il s’agit d’organiser des points de distribution et la livraison de la nourriture, des médicaments ou autres produits de première nécessité, notamment aux personnes isolées et les plus fragiles ; trouver ou proposer un logement ; demander ou indiquer la disponibilité des places dans les voitures pour évacuer les personnes vers l’Ukraine de l’Ouest. Chaque ville propose une liste de lieux (églises, gymnases, restaurants) qui peuvent accueillir gratuitement les réfugiés et les personnes en transit. La chaîne Telegram « Aide pour partir » compte désormais 94 000 membres, conducteurs et passagers confondus. Toutes ces initiatives sont horizontales et ne dépendent pas de l’État : symptôme à la fois de la faillite de l’État ukrainien, pris de court par une guerre de telle ampleur, mais aussi de l’élan de solidarité et de résistance du peuple ukrainien face à l’envahisseur.

Dans cette situation, j’ai été véritablement frappée par l’incapacité persistante d’une bonne partie de nos camarades en France et ailleurs à dépasser une vision du monde où le pouvoir responsable, en dernière instance, de toutes les guerres, ce sont les États-Unis et l’OTAN. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’analyses sur la situation en Ukraine portent, de manière étonnante, sur autre chose : il s’agit de remonter aux « causes profondes » assez lointaines, historiquement et géographiquement. Une telle approche géopolitique masque en partie la méconnaissance des processus politiques et sociaux de l’espace post-soviétique, alimentant notamment l’idée selon laquelle, au fond, tous les gouvernements oligarchiques de cette partie du monde se valent, quel que soit le degré de répression que ceux-ci abattent sur leur propre population et les populations d’États voisins. C’est au nom de cette vision réductrice des réalités complexes que les Ukrainiens sont pratiquement invités à capituler, soit directement, soit – de manière plus indirecte et sous couvert d’un antimilitarisme révolutionnaire – en s’opposant à toute aide militaire à l’Ukraine fournie par des pays membres de l’OTAN. Tout en adressant aux Ukrainiens un salut internationaliste, on suggère ainsi qu’ils devraient accepter l’occupation militaire et un gouvernement imposé par Poutine.

Certes, depuis l’invasion, peu de camarades se permettent de nier qu’on ait affaire à une agression militaire nourrie par les prétentions impérialistes de la Russie. Mais les positions campistes restent néanmoins lisibles dans différentes prises de position à travers l’ordre dans lequel les arguments sont présentés (oui l’agression inacceptable de l’Ukraine par la Russie, mais quand même l’encerclement de la Russie par l’OTAN), et qui continuent à soutenir l’image de la Russie comme une puissance impérialiste subalterne et essentiellement réactive. Samedi dernier, dans l’annonce Facebook de la manifestation « pour la paix » organisée par les jeunes du NPA à l’écart de la grande manifestation de soutien au peuple ukrainien qui se déroulait place de la République, on pouvait lire que l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie était une réaction de la Russie à la politique agressive de l’OTAN. On pouvait lire que les organisateurs soutiennent celles et ceux qui « en Ukraine comme en Russie », « se battent contre la guerre ». Or, les Ukrainiens ne se battent pas contre la guerre : ils sont, malgré eux, en guerre contre la Russie. Est-ce donc autre chose qu’une invitation à la capitulation ?

Quand la guerre a éclaté, compte tenu de la prééminence écrasante des forces russes, j’espérais moi-même que Kiev serait occupée dans les 48 heures, pour qu’au moins le prix à payer pour une défaite certaine soit le moins élevé possible. Mais j’ai été, et nous avons tous été, je pense, stupéfaits par la résistance de l’armée et de la population ukrainienne. Il est important de faire comprendre aux camarades que celle-ci n’est pas actuellement l’affaire des seuls néonazis, ni même de l’État capitaliste ukrainien, ni des États impérialistes occidentaux. Mes ami.e.s anarchistes, socialistes, féministes s’inscrivent dans des groupes de solidarité, organisent des collectes pour l’armée ukrainienne, se mobilisent dans des groupes de défense territoriale. La population dans son ensemble semble très déterminée à défendre le simple droit de vivre en paix dans son pays, pays où manifester et exprimer publiquement des positions divergentes est devenu peut-être plus compliqué ces dernières années, mais non pas impossible, comme c’est le cas en Russie.

On ne doit certainement pas fermer les yeux sur les perspectives sombres de toutes les issues possibles de cette guerre. En tant qu’Ukrainienne russophone et marxiste, j’observais avec inquiétude les évolutions politiques de mon pays depuis 2014, depuis le déboulonnage des statues de Lénine et les lois de décommunisation jusqu’à la prolifération des groupes paramilitaires d’extrême-droite et la guerre dans le Donbass. La guerre de Poutine en Ukraine risque d’accentuer fortement ces tendances et des sentiments anti-russes dans toutes les sphères de la vie. Toutes les guerres, tous les mouvements de ladite « libération nationale » comportent de tels dangers. Prévenir l’avancée d’un nationalisme imbécile qui cherche à effacer le multilinguisme et l’héritage soviétique en Ukraine, rendant compliqué le développement dans ce pays des mouvements anticapitaliste, féministe et écologiste, sera la tâche à venir de la gauche ukrainienne et internationale. Mais en ce moment, nous avons à manifester une solidarité totale avec la résistance ukrainienne contre l’envahisseur. La solidarité avec l’Ukraine est en même temps une solidarité avec les voix qui, en Russie, s’élèvent de plus en plus fort contre la guerre et contre le gouvernement. En même temps que la répression, vont s’intensifier les fractures politiques et sociales en Russie. Le pouvoir veut dissimuler à sa population les images des bombardements des quartiers civiles de Kiev, de Kharkiv et de Marioupol, mais combien de temps pourra-t-il le faire ? Quelle que soit l’issue de cette guerre, je suis de plus en plus convaincue que l’Ukraine sera la fin de Poutine.

Certes, la gauche occidentale se trouve confrontée avec cette invasion à de sérieux dilemmes. Je n’aborderai ici que deux d’entre eux : comment soutenir la résistance ukrainienne – et cela implique, à mon sens de manière inévitable, le soutien à la livraison d’armes et d’autres équipements à l’armée ukrainienne, étant donné la supériorité incomparable de l’armée russe – tout en dénonçant de manière générale l’industrie des armes, la hausse annoncée des budgets militaires etc. ? Comment soutenir les réfugiés ukrainiennes et se réjouir de l’élan de la société civile à leur égard, tout en rappelant le traitement infligé depuis des décennies aux réfugiés non-blancs fuyant les conflits qui ne frappent pas directement le continent européen, sans sombrer dans une posture qui consiste, depuis la position d’un militant occidental, à pointer du doigt le « réfugié privilégié » ?

Parmi les arguments évoqués à gauche pour s’opposer à la livraison d’armes on retrouve trois grandes catégories. La première relève, semble-t-il, du souci de limiter le conflit à l’Ukraine. La gauche, comme la droite, a peur de provoquer la Russie à l’extension du conflit, admettant à demi-mot que l’Occident pourrait légitimement sacrifier l’Ukraine pour préserver la paix dans le « monde civilisé ». Malgré les grandes déclarations de soutien, les États-Unis restent eux-mêmes très prudents sur cette question, refusant non seulement l’octroi de la No fly zone, qui supposerait que les avions de la coalition occidentale abattent les avions russes, mais également la livraison d’avions de chasse demandés par le gouvernement ukrainien. Il semble en effet plus que prudent de faire une distinction nette entre l’implication directe des pays de l’OTAN dans la guerre contre la Russie et la livraison d’armes défensives à l’armée ukrainienne. Du côté de l’envahisseur, le Bélarus participe déjà explicitement à la guerre en Ukraine, sans que cela ne provoque l’Occident à franchir la ligne rouge. Mais il faut également tenir compte du fait que toute intervention de l’Occident, y compris sous forme de sanctions économiques, déjà qualifiées par Poutine de « déclaration de guerre », pourrait servir de prétexte à un élargissement du conflit, si telle était son intention.

Le deuxième argument consiste à opposer la solution diplomatique à la solution militaire, un discours pour la paix au discours belliciste. On semble alors oublier que le processus des négociations avec les forces d’occupation dépend actuellement, dans une très large mesure, des rapports de force sur le terrain militaire. Par ailleurs, la méconnaissance des enjeux autour de la Crimée et du Donbass, et des circonstances historiques réelles dans lesquels les populations locales ont eu à exprimer leur droit à l’autodétermination – impliquant une ingérence active de la Russie à travers l’occupation en Crimée ou la campagne de désinformation concernant les prétendues intentions du « gouvernement nazi » de Kiev d’exterminer les populations russophones dans le Donbass, sans parler du caractère non transparent des référendum – rend acceptables aux yeux de certains camarades les conditions sous lesquelles la Russie se dit prête à se mettre sérieusement à la table des négociations. Tant que cette dernière refuse de retirer ses troupes, la protection des populations civiles dépend aussi, avant tout, des capacités défensives de l’armée ukrainienne.

Enfin, une crainte s’exprime quant aux destinataires de l’aide militaire occidentale, compte tenu de l’existence d’une brigade d’extrême droite « Azov » au sein de l’armée ukrainienne. Leur armement éveille à juste titre de sérieuses inquiétudes. Mais c’est encore réduire la résistance de tout un peuple à sa frange très minoritaire, comptant quelques milliers de combattants, et refuser de voir que la société ukrainienne est une société tout aussi complexe que n’importe quelle autre, tissée d’identités sociales, culturelles et politiques hétérogènes. Quand on parle de l’armement de la résistance ukrainienne, on doit penser avant tout aux besoins des groupes de défense territoriale issus de la mobilisation générale, ainsi qu’au besoin de protection des populations civiles par les armes permettant d’abattre les roquettes et les raids aériens qui les visent. En bref, une position antimilitariste abstraite doit faire place à un mouvement concret pour la paix en Ukraine, qui prend en compte les besoins aussi bien militaires que non militaires de la résistance ukrainienne. Plus elle dure, et plus elle se renforce, plus le mouvement pour la paix en Russie comme à l’étranger a des chances de réussir.

Sur la question des réfugiés, les camarades pointent à juste titre l’hypocrisie et les doubles standards racistes de l’Europe, dont la frontière polonaise, où des milliers de personnes ont subi des traitements inhumains il y a seulement quelques mois, devient aujourd’hui un des symboles flagrants. Contrairement à nos adversaires qui cherchent à discriminer entre les bons et les mauvais réfugiés, il s’agit pour nous de réaffirmer notre soutien à toutes les résistances et toutes les victimes des puissances impérialistes, en s’appuyant sur le précédent ukrainien pour exiger que l’ouverture des frontières et la « protection temporaire » devienne la norme pour toutes les personnes cherchant l’asile dans les pays européens, quelles que soient leur nationalité, leur couleur de peau ou la proximité du conflit par rapport aux frontières européennes. Et on aura encore à veiller à ce que vis-à-vis des Ukrainiens eux-mêmes, les grandes déclarations ne deviennent pas, au bout de quelques semaines, de simples formules creuses, et que les aides promises permettent des installations durables dans des conditions dignes.

Daria Saburova

Ce texte a été rédigé à partir de l’intervention à la discussion Guerre en Ukraine : quels enjeux, quel internationalisme ? le 6 mars 2022.

https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-dilemmes-gauche-occidentale/

Daria Saburova : La guerra en Ucrania y los dilemas de la izquierda occidental

https://vientosur.info/la-guerra-en-ucrania-y-los-dilemas-de-la-izquierda-occidental/

 

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Russie. « Ne croyez pas la propagande.
Ici, ils vous mentent. » Le vrai courage…

OvsyannikovaNoWar

Une employée de la chaîne de télévision publique russe Pervy Kanal (Première Chaîne) a interrompu le principal programme d’information de la chaîne (Vremia) avec une protestation extraordinaire contre l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine.

Marina Ovsyannikova, rédactrice à Pervy Kanal, a fait irruption sur le plateau de la diffusion en direct du journal télévisé de la nuit, lundi soir 14 mars, en criant : « Arrêtez la guerre. Non à la guerre. »

Elle tenait également une pancarte disant : « Ne croyez pas la propagande. Ici, ils vous mentent. » Elle était signée en anglais : « Les Russes contre la guerre ».

La présentatrice [Ekaterina Andreïeva ] du journal télévisé a continué à lire sur son téléprompteur en parlant plus fort pour tenter de couvrir la voix de Marina Ovsyannikova, mais sa protestation a pu être vue et entendue pendant plusieurs secondes avant que la chaîne ne passe à une émission enregistrée [un reportage sur les hôpitaux].

Marina Ovsyannikova a également publié une vidéo préenregistrée via le groupe de défense des droits de l’homme OVD-Info, dans laquelle elle exprime sa honte de travailler pour et de diffuser la « propagande du Kremlin ».

https://twitter.com/OvdInfo/status/1503470185696669701

« Malheureusement, pendant un certain nombre d’années, j’ai travaillé sur Pervy Kanal et travaillé pour la propagande du Kremlin, j’en ai très honte aujourd’hui. J’ai honte d’avoir permis que des mensonges soient diffusés à la télévision, honte d’avoir permis que le peuple russe soit “zombifié”. » « Nous sommes restés silencieux en 2014 quand cela ne faisait que commencer. Nous ne sommes pas sortis pour protester lorsque le Kremlin a empoisonné [Alexeï] Navalny », a-t-elle déclaré.

« Nous nous contentons d’observer en silence ce régime anti-humain. Et maintenant, le monde entier s’est détourné de nous et les dix prochaines générations ne pourront pas se laver de la honte de cette guerre fratricide. »

Portant un collier aux couleurs bleu et jaune du drapeau ukrainien, Marina Ovsyannikova a déclaré dans sa vidéo que son père est ukrainien et sa mère est russe.

« Ce qui se passe en Ukraine est un crime et la Russie est l’agresseur », a-t-elle affirmé. « La responsabilité de cette agression repose sur les épaules d’une seule personne : Vladimir Poutine. »

Elle a exhorté ses compatriotes russes à rejoindre les manifestations anti-guerre afin de mettre fin au conflit. « Nous sommes les seuls à avoir le pouvoir d’arrêter toute cette folie. Allez aux manifestations. N’ayez peur de rien. Ils ne peuvent pas tous nous emprisonner. »

La manifestation a été saluée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Dans une allocution vidéo, lundi soir, il a déclaré : « Je suis reconnaissant aux Russes qui n’arrêtent pas d’essayer de présenter la vérité, qui luttent contre la désinformation et racontent des faits réels à leurs amis et à leurs familles, et personnellement à cette femme qui est entrée dans le studio de Pervy Kanal avec une affiche anti-guerre. »

OVD-Info a déclaré que Marina Ovsyannikova avait été arrêtée peu après sa manifestation et qu’elle était détenue au centre de télévision d’Ostankino. Pavel Chikov, directeur du groupe de défense des droits de l’homme Agora, a ensuite déclaré que Marina Ovsyannikova avait été arrêtée et emmenée dans un poste de police de Moscou.

Elle pourrait être condamnée à une peine de prison en vertu d’une nouvelle législation russe qui criminalise la diffusion de « fake news » sur l’armée russe. Les personnes reconnues coupables en vertu de cette loi risquent jusqu’à 15 ans d’emprisonnement. Marina Ovsyannikova pourrait également être poursuivie pour avoir encouragé des « troubles civils » en incitant les Russes à manifester.

Dans un communiqué publié par l’agence de presse étatique TASS, Pervy Kanal a déclaré qu’« un incident a eu lieu avec une femme étrangère à l’image. Un contrôle interne est en cours. »

L’agence TASS a déclaré, selon une source des forces de l’ordre, que Marina Ovsyannikova pourrait être inculpée en vertu de la législation interdisant les actes publics visant à « discréditer l’utilisation des forces armées russes ».

C’est la première fois qu’une employée des médias d’Etat russes dénonce publiquement la guerre, alors que le pays poursuit sa répression des actions anti-guerre. La vague actuelle de censure est si stricte que d’autres programmes d’information ont effacé le message se trouvant sur le panneau de Marina Ovsyannikova dans leurs propres reportages sur l’incident.

Depuis le début de la guerre, la Russie a lancé une répression sans précédent contre les manifestants, les organes d’information indépendants et les réseaux de médias sociaux étrangers. Près de 15 000 personnes, dont des adolescents et des personnes âgées, ont été arrêtées pour avoir manifesté contre la guerre.

Plus de deux douzaines de médias russes ont été bloqués par l’autorité de régulation des médias du pays ou ont choisi de cesser leurs activités. Les plateformes de médias sociaux Facebook et Instagram, largement utilisées, ont également été interdites.

La télévision d’Etat, quant à elle, reste la principale source d’information pour plusieurs millions de Russes et suit de près la ligne du Kremlin.

Quelques heures après sa manifestation, plus de 40 000 personnes avaient déjà laissé des commentaires sur la page Facebook de Marina Ovsyannikova, dont beaucoup l’ont félicitée pour sa prise de position. « Vous êtes une héroïne. Merci beaucoup », peut-on lire dans un commentaire. Les vidéos de l’incident ont rapidement accumulé des milliers de vues.

« Wow, cette fille est cool », a tweeté Kira Yarmysh, la porte-parole du leader de l’opposition emprisonné, Alexeï Navalny. Edgars Rinkevics, le ministre letton des Affaires étrangères, a déclaré sur Twitter : « Tant qu’il y a des personnes courageuses comme Maria #Ovsyanikova, productrice à la chaîne Pervy Kanal, qui protestent contre la guerre et la propagande de la Russie, comme ce soir ou dans les rues, la #Russie a encore une chance d’avoir un avenir meilleur. »

Pjotr Sauer

Article publié par The Guardian, 14 mars 2022, 20h49 GMT ; traduction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/russie-ne-croyez-pas-la-propagande-ici-ils-vous-mentent-le-vrai-courage.html

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Les dockers d’une raffinerie britannique
refusent de décharger du pétrole russe

Les dockers de la raffinerie d’Ellesmere Port, dans le Cheshire, ont refusé de décharger du pétrole russe, faisant écho aux mesures prises par leurs homologues d’un terminal gazier dans le Kent et aux Pays-Bas. Unite a déclaré avoir informé le propriétaire de la raffinerie de Stanlow, le groupe indien Essar, que ses membres « ne déchargeraient en aucun cas du pétrole russe, quelle que soit la nationalité du navire qui le livre ». Sharon Graham, secrétaire générale d’Unite, a déclaré : « Essar peut croire qu’il est justifiable de transporter du pétrole russe sous un pavillon de complaisance, mais Unite ne le croit pas. Unite demande instamment au secrétaire aux transports, Grant Shapps, de combler immédiatement cette faille. »

Le refus de déchargement à Stanlow est intervenu alors que les dockers de Rotterdam ont déclaré qu’ils refuseraient également de décharger du pétrole et du gaz souillés de « sang ».

Les dockers néerlandais ont déclaré vendredi 4 mars qu’ils ne déchargeraient pas les cargaisons et qu’ils se préparaient à une réaction juridique de la part des compagnies pétrolières et des commanditaires. « Il y a du sang sur ce pétrole, du sang sur ce charbon et du sang sur ce gaz », a déclaré Niek Stam, porte-parole de FNV Havens, le plus grand syndicat de dockers néerlandais.

Vendredi 4 mars, un autre navire, le Pluto, était toujours amarré au port de Foyle, où une source a déclaré que le personnel portuaire était « écœuré » après avoir été informé par le ministère des transports qu’il n’y avait aucune base légale pour refuser son entrée.

Les syndicats de dockers du Canada, des États-Unis et d’Australie ont eux-mêmes pris des mesures ou demandent à leurs gouvernements de refuser l’entrée aux navires marchands russes. « Les travailleurs du monde entier s’opposent à l’invasion de la Russie, y compris des milliers de dockers qui manifestent leur solidarité avec le peuple ukrainien et méprisent l’agression de Poutine », a déclaré jeudi Paddy Crumlin, président de la Fédération internationale des ouvriers du transport.

Aux Etats-Unis, 20 000 travailleurs portuaires ont déclaré qu’ils ne chargeront ni ne déchargeront plus de navires russes ou de marchandises russes entrant ou sortant des 29 ports le long de la côte ouest. « Avec cette action de solidarité avec le peuple ukrainien, nous envoyons un message fort que nous condamnons sans équivoque l’invasion russe » a déclaré Willie Adams, président du syndicat l’International Longshore and Warehouse Workers Union.

http://www.laboursolidarity.org/Les-dockers-d-une-raffinerie

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« Diaboliser la Russie laisse Poutine s’en tirer à bon compte, avec le risque de rendre tout compromis impossible et de prolonger la guerre »

En août 1914, l’armée allemande a lancé une invasion injustifiée de la Belgique au cours de laquelle elle a tué quelque 6000 civils belges, retenus en otage car soupçonnés à tort d’être des tireurs d’élite ou simplement pour susciter la peur. Dans la bourgade de Dinant, près de Liège, le 23 août, quelque 644 habitants sont alignés sur la place et abattus par des pelotons d’exécution allemands, la plus jeune victime étant un bébé de trois semaines.

Pendant cinq jours, à partir du 25 août, les soldats allemands pillent et brûlent la ville de Louvain, tuant des centaines de ses habitants et détruisant sa bibliothèque datant du Moyen Age, l’une des plus grandes d’Europe. Elle était remplie de livres et de manuscrits irremplaçables.

Les massacres perpétrés en Belgique – la politique allemande de Schrecklichkeit ou de l’épouvante vise à empêcher la résistance populaire – scandalisent le monde entier et ont un impact particulièrement fort en Grande-Bretagne, où les atrocités renforcent le soutien à la guerre et incitent un grand nombre de volontaires à se battre. Le 2 septembre 1914, alors que le saccage de Louvain touchait à sa fin, Rudyard Kipling publia un poème reflétant la colère générale, dont quatre vers se lisaient ainsi : « Pour tout ce que nous avons et sommes / Pour le destin de nos enfants / Levez-vous et faites la guerre / Les Huns (« les Boches ») sont à la porte ! »

Lorsque j’ai grandi dans les années 1960 et 1970, un tel esprit belliciste était démodé et les récits des massacres de civils allemands pendant la Première Guerre mondiale avaient été dépassés par le génocide nazi. Et, dans la mesure où on s’en souvenait, ils étaient rejetés comme de la propagande de guerre exagérée dans un conflit pour lequel toutes les parties étaient considérées comme plus ou moins également responsables. Tel était le message du film Oh! What a Lovely War (Ah Dieu ! que la guerre est jolie), datant 1969, qui montrait de jeunes recrues naïves attirées vers le massacre par des slogans chauvins et une vision glamour du front occidental.

Les émotions fortes de 1914 furent rejetées comme de l’hystérie de guerre – en ignorant largement le fait que les atrocités allemandes n’étaient que trop réelles – et il n’y avait rien de mal ou d’hystérique à être en colère contre les massacres de civils.

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La réaction furieuse à l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février est très similaire à celle provoquée par l’invasion allemande de la Belgique neutre le 4 août 1914. Y compris le président Vladimir Poutine – avec son machisme futile et ses affirmations incohérentes selon lesquelles l’Ukraine est dirigée par des nazis locaux qui se livrent à un génocide contre la minorité russophone – a plus qu’une ressemblance précaire avec le Kaiser Guillaume II, qui, lui aussi, s’était engagé dans une guerre qu’il avait peu de chances de gagner.

La tentative de Poutine de diaboliser le gouvernement ukrainien en le faisant passer comme nazi convaincu (born again) et enclin à la violence rappelle l’auto-justification inepte du Kaiser après la destruction de Louvain : bien que son cœur saigne pour la Belgique, il attribue ce qui s’est passé aux « actions criminelles et barbares des Belges ».

Un siècle plus tard, les Allemands et les Russes ont montré qu’ils avaient été pris au dépourvu par la rage et la condamnation internationales de leur comportement. Les Russes ont été incapables de décider si une maternité, à Marioupol, avait été dynamitée par les Ukrainiens eux-mêmes ou s’il s’agissait d’un poste militaire ukrainien que les forces russes auraient détruit à juste titre.

Cela a été dénoncé comme une façon de faire la guerre particulièrement russe, mais tous les bombardements de villes dont j’ai été témoin, de Gaza à Douma, de Damas à Alep en passant par Raqqa et Mossoul, se terminent par le massacre de civils. La différence dans les cas de la Belgique et de l’Ukraine est que l’indignation du reste du monde était et est plus intense et soutenue.

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Le danger est que la réaction compréhensible à la tuerie de civils se transforme en une russophobie généralisée qui laisse Poutine s’en tirer à bon compte et rend très difficile de mettre fin à la guerre. Ainsi, les propriétaires de Facebook et d’Instagram vont autoriser les utilisateurs de certains pays à dire « Mort à Poutine » et à exprimer des slogans similaires sur la mort des soldats russes, mais pas des civils.

C’est l’équivalent moderne des cris populaires « Pendez le Kaiser » qui sont devenus un slogan vers la fin de la Première Guerre mondiale. Mais cette diabolisation totale d’un ennemi a un prix, car elle rend tout compromis impossible et garantit que les guerres seront menées jusqu’à leur terme. Les cartes patriotiques les plus grossières deviennent des atouts. La flexibilité diplomatique est clouée au pilori comme une trahison. Les méfaits grossiers et impulsifs du Kaiser et de Poutine sont masqués par le sentiment que la nation entière est en danger.

C’était le modèle mortel en 1914. « Plus les Alliés déclaraient que leur objectif était la défaite du militarisme allemand » et la fin de sa dynastie régnante, écrivait Barbara Tuchman dans [le classique] The Guns of August. The Outbraek of World War, à propos du premier mois de la Première Guerre mondiale, « plus l’Allemagne affichait son serment éternel de ne pas déposer les armes avant la victoire totale ».

Peu de gens au Kremlin aujourd’hui peuvent avoir un quelconque espoir de victoire – à l’exception peut-être de Poutine lui-même. Mais, quoi qu’ils pensent en privé, ils doivent assumer les conséquences du pari fou de Poutine, qui sera probablement une défaite historique pour la Russie, dont elle ne se remettra peut-être jamais. Comme l’a dit l’ancien conseiller américain à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski : « sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire Eurasien ».

Ce n’est pas une mauvaise chose, répondront beaucoup. Mais il est peu probable que la Russie quitte tranquillement la ligne de front des grandes puissances. Son armée a peut-être livré de piètres combats en Ukraine, mais elle n’a pas encore subi de défaite. Les vidéos ukrainiennes montrant des escarmouches et des embuscades réussies donnent probablement une idée exagérée des prouesses militaires ukrainiennes et de l’incompétence russe. Il est effrayant – et très Première Guerre mondiale : de voir l’aveuglement avec lequel les commentateurs dénoncent, aujourd’hui, un compromis (négocié) avec Poutine sans comprendre que cela signifie une campagne prolongée qui risque fort de dégénérer en conflit nucléaire.

Les mêmes personnes qui dépeignent Poutine comme un potentat fou de pouvoir semblent supposer qu’il fera preuve d’une modération prudente lorsqu’il s’agira de contrebalancer les avantages de l’OTAN en utilisant une arme nucléaire dite à faible puissance – puis ils affirment qu’ils sont sûrs qu’il n’utilisera jamais une arme nucléaire dite tactique pour anéantir un convoi ou une base aérienne – et montrer de la sorte qu’il est toujours un ennemi à craindre.

Le problème est que les haines provoquées par la guerre prennent de l’ampleur pendant le conflit et ne disposent pas d’une marche arrière émotionnelle. Les punitions collectives contre les Russes sont susceptibles de susciter une réponse collective. Quelques mois après l’armistice de 1918, le premier ministre britannique Lloyd George a eu une idée prémonitoire sur les conséquences probables du maintien des sanctions économiques comme forme de pression contre l’Allemagne. Il a déclaré au Conseil suprême de guerre et aux Alliés que « le souvenir de la famine pourrait un jour se retourner contre eux […] Les Alliés semaient la haine en vue de l’avenir […] non pas pour les Allemands, mais envers eux-mêmes ».

Patrick Cockburn 

Article publié dans The Independent (iNews), le 12 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/russie-ukraine-debat-diaboliser-la-russie-laisse-poutine-sen-tirer-a-bon-compte-avec-le-risque-de-rendre-tout-compromis-impossible-et-de-prolonger-la-guerre.html

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Ricardo Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes réfute la propagande d’Ilan Pappe qui reprend l’argumentation russe sur la nazification de l’Ukraine.

Voici ce texte. (L’article de Pappe se trouve dans le quotidien italien Il Manifesto et dans The Palestine Chronicle).

La rhétorique persistante d’une frange de la gauche occidentale sur la nazification de l’Ukraine est proprement écœurante. En voici un exemple éclairant avec la glose simplificatrice et superficielle de l’historien Ilan Pappé.

Sa prétendue « 3e leçon » sur la guerre en Ukraine avance, une fois de plus, la thèse de l’emprise des « groupes et milices néonazis » sur « l’establishment ukrainien »… Ce que M. Pappé prétend « démontrer » à coup d’extraits de presse prétendument contradictoires. Mais aucun chiffre, aucune donnée établie, aucun fait politique marquant pour établir la validité de cette thèse.

La vérité est que M. Pappé parle sans savoir. Il se contente de relayer sans distance la rhétorique haineuse du Kremlin.

L’Ukraine est sans doute le pays que j’ai le plus visité, avec la Russie. J’ai discuté avec les élus du peuple ukrainien à la Rada. Je continue à discuter avec les représentants ukrainiens de tous bords à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Que sait vraiment M. Pappé des idées et des projets de la classe politique ukrainienne ?

Personne ne nie l’existence de groupes néonazis, comme le funeste bataillon Azov, intégré depuis dans l’armée ukrainienne. Mais prétendre que la classe politique en Ukraine est de mèche avec les néonazis relève de la pure intox. Tous fachos confondus, la grande coalition d’extrême-droite ukrainienne (Svodoba et consorts) a recueilli 2% des voix aux élections de 2019. Soit un élu sur 450 à la Rada.

Si M. Pappé invoque avec raison les doubles standards occidentaux, en termes d’ingérence politique et militaire, il s’abaisse à relayer sans le moindre élément factuel convainquant, la glose de M. Poutine sur la prétendue nazification de l’Ukraine. Cette prose est proprement ignoble, écoeurante et criminelle.

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Notes de l’ISW (15 mars 2022)

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Il est peu probable que les forces russes lancent des opérations offensives pour encercler Kiev plus largement que les attaques russes dispersées observées au nord-ouest de Kiev ciblant Irpin le 14 mars et Guta-Mezhyhirska le 15 mars dans la semaine à venir, mais pourraient lancer de nouvelles attaques tactiques.

Les forces russes ont continué à attaquer Mariupol de l’est et de l’ouest.

Les forces russes n’ont pas mené d’opérations offensives majeures vers le nord-est de Kiev au cours des dernières 24 heures.

Les forces russes qui tentent d’encercler Kharkiv continuent de faire face à des pénuries d’approvisionnement, notamment en munitions.

L’armée russe a faussement affirmé avoir capturé l’intégralité de l’oblast de Kherson le 15 mars, mais n’a mené aucune opération majeure vers Zaporizhya ou Mykolayiv.

Il est peu probable que la Russie lance une opération amphibie non soutenue contre Odessa tant que les forces russes n’auront pas sécurisé une ligne de communication terrestre avec la ville, mais l’infanterie navale russe conserve la capacité d’effectuer un débarquement le long de la côte de la mer Noire.

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« Les gens sont devenus plus aimables. »
Un habitant décrit la vie à Kiev
Témoignage recueilli par Diane Taylor

Sergiy, 50 ans, est un professeur d’université qui ne voulait pas quitter la capitale ukrainienne malgré l’avancée des troupes russes. Il raconte à Diane Taylor sa vue de la situation.

Nous essayons de vivre notre vie ici à Kiev aussi normalement que possible dans les circonstances. Nous savons à quel point nous sommes proches de la frontière entre la vie et la mort. Quand il y a tant de tueries tout autour de nous, notre seul instinct est de survivre.

Je me promène tous les jours dans ma belle ville de Kiev et je prends des photos de certains des plus beaux endroits. Je vis dans le centre de la ville. Beaucoup de choses ici sont restées normales. Il y a eu quelques bombardements, mais jusqu’à présent, tout va bien. Nous pouvons encore acheter tous les produits essentiels – viande, pain et lai  – et le réseau téléphonique fonctionne parfaitement.

Une chose qui a changé, c’est que les gens en ville sont devenus plus aimables depuis le début de la guerre. Dans les magasins, ils sont très polis les uns envers les autres. J’étais dans la queue de la pharmacie et quelqu’un avait besoin d’insuline. Tout le monde a laissé cette personne aller en tête de la file. Si quelqu’un porte des bouteilles d’eau, il vous dira où il a pu les acheter.

D’une certaine manière, la pandémie de Covid nous a préparés à la guerre. Je travaille à l’université. Je suis maître de conférences. Je faisais une grande partie de mon travail avec les étudiant·e·s en ligne. Maintenant que la guerre a commencé, je travaille toujours en ligne.

Je n’ai pas d’expérience ou de formation militaire, mais je ne veux pas quitter ma ville. Après 30 ans d’indépendance, je ne veux pas que nous perdions notre démocratie à cause de l’agression russe.

Mes parents et grands-parents critiquaient le gouvernement pendant l’ère soviétique. Je me souviens de cette vie quand je grandissais – par exemple aller dans un grand magasin qui ne contenait que deux choses, un type de chaussure très simple et des couvertures. Notre seule fenêtre à travers le rideau de fer était deux publications en anglais – Moscow News et The Morning Star [le quotidien du PC britannique], que l’on ne pouvait trouver que dans certains kiosques. Je peux résumer en un mot mes sentiments lorsque l’Union soviétique a été démantelée : « euphorie ».

Nous ne voulons pas revenir à cette situation, c’est pourquoi nous luttons contre l’agression russe.

Il n’y a pas beaucoup de gens dans les rues, mais une certaine forme de normalité est revenue. Tout dans la ville est encore vivant et épanoui. Bien que de nombreuses femmes avec de jeunes enfants soient parties, la ville est toujours équilibrée en termes de genre!

Lorsque la guerre a commencé, tout le monde à Kiev était sous le choc, paralysé. Mais nous nous sommes adaptés.

Le pire, c’est que j’ai peur pour la sécurité de mes parents. Mon père a 84 ans et est complètement aveugle et ma mère a 81 ans. Ils sont bloqués, avec leur chat Monkey, dans leur appartement de Soumy, où il y a eu beaucoup de bombardements. Il est trop dangereux pour moi d’aller les rejoindre et impossible pour eux de quitter la ville. Ils entendent beaucoup d’explosions, mais jusqu’à présent, ils vont bien.

Je n’ai jamais vu notre gare ferroviaire aussi bondée de gens qui partent pour Lviv et d’autres régions de l’Ukraine occidentale. Mais beaucoup refusent de quitter Kiev. Nous sommes déterminés à rester. Nous savons que les Russes nous encerclent et on s’attend dans la ville à ce que quelque chose se passe dans les prochains jours.

Poutine veut nous ramener au siècle dernier. Nous devons revenir au XXIe siècle.

J’ai beaucoup d’amis à l’étranger et ils ont exprimé une grande solidarité avec nous. La chose la plus positive qui est sortie de la guerre est notre unité accrue. Nous sommes forts ici à Kiev. Le monde extérieur ne peut pas voir toute la résolution et la détermination des Ukrainiens. Il ne voit que la partie émergée d’un très gros iceberg. Sous cette partie, nous sommes encore plus forts.

Article publié par The Guardian, le 15 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/ukraine-les-gens-sont-devenus-plus-aimables-un-habitant-decrit-la-vie-a-kiev.html

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Liens avec d’autres textes

Paul Martial : Russie-Afrique : des retrouvailles sur le dos des peuples

https://www.afriquesenlutte.org/communiques-luttes-et-debats/livres-etudes-debats/article/russie-afrique-des-retrouvailles-sur-le-dos-des-peuples

Peter Oborne : Racisme et hypocrisie. Ce que la guerre d’Ukraine dit de l’Occident

https://www.contretemps.eu/ukraine-occident-racisme-hypocrisie/

Emma Bougerol : Immeubles et hôpitaux ciblés, bombes à sous-munitions : accusations de crimes de guerre en Ukraine

https://basta.media/Ukraine-immeubles-bombardes-hopitaux-cibles-bombes-a-sous-munitions-Russie-accusee-de-crime-de-guerre

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En complément possible

Gal Kirn : « Contre la guerre en Ukraine et le nouvel impérialisme : une lettre de solidarité avec les opprimé·e·s »

Andrea Ferrario : « Ni avec la Russie, ni avec l’OTAN » et « pas d’armes pour l’Ukraine » : deux slogans erronés et contre-productifs

Patrick Silberstein : Ukraine : « L’armée russe est un tigre de papier et le papier est maintenant en feu »

Sotsyalnyï Roukh : L’heure est à la solidarité internationale contre la guerre  (article antérieur à l’invasion de l’Ukraine par les troupes armées russes)

Tess McClure, Peter Beaumont et Luke Harding : Les forces russes se rapprochent de la capitale ukrainienne, après 16 jours de guerre

Une blague circulant à Moscou

L’Université Lomonossov de Moscou : Contre La Guerre

Illia Ponomarenko : La Russie concentre sa puissance militaire pour l’assaut de Kiev

Liens avec d’autres textes

Contre les mensonges de Poutine et de ses soutiens : Que s’est-il passé sur Maïdan ?songes de Poutine et de ses soutiens : Que s’est-il passé sur Maïdan ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/15/ukraine-russie-mais-pas-que-14/

Guerre en Ukraine : contribution SUD-Rail

Francine Sporenda : L’Ukraine sur les réseaux sociaux : EXCUSER UN AGRESSEUR

Déclaration des Zapatistes (Mexique) : Il n’y aura aucun paysage après la bataille (à propos de l’invasion de l’armée russe en Ukraine)

Rassemblements inter-associatifs sur toutes les places de France #SolidaritéUkraine

Russie. « Nous entrons dans une nouvelle réalité politique ». Entretien avec Ilya Budraitskis conduit par Amy Goodman

Nik Afanasiev : Ukraine-Pologne. Des initiatives bénévoles solidaires effectives. L’Etat : gardien de nuit estompé

Bernard Ravenel : Arrêter la guerre avec les armes de la politique

Michel Capron : Quelques éclairages historiques sur la Russie de Poutine

Pas de démocratie sans droits des peuples à disposer d’eux-mêmes

Les peuples du monde entier demandent au Fonds Monétaire International (FMI) d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

Le Comité National de « Résister Aujourd’hui » : Le chant des partisans

FBU (syndicat des pompiers britanniques) : Invasion et guerre en Ukraine

Pour la paix en Ukraine, les raisons de se mobiliser

Ben Cramer : L’Ukraine en manque d’Europe

Réunion Solidarité Ukraine

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/12/ukraine-russie-mais-pas-que-13/

Pour le droit à l’autodéfense par tous les moyens nécessaires

Les Cahiers de l’antidote : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine (Volume 2)

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/11/pour-le-droit-a-lautodefense-par-tous-les-moyens-necessaires/

Denis Sieffert : Donner aux Ukrainiens ce qu’ils demandent

« Bilan » des manifestations en Russie

Michel Roche : La Russie de Vladimir Poutine : un régime bonapartiste

Mike Davis : Poutine, Biden, Xi… « Thanatos triomphant »

L’observatoire de la liberté de création s’oppose au boycott des artistes russes

Solidarité de la gauche avec l’Ukraine

Karine Clément : L’opposition à la guerre en Russie

Guerre en Ukraine : dix leçons de la Syrie. Exilés syriens sur la façon dont leur expérience peut éclairer la résistance à l’invasion

Gilbert Achcar : L’anti-impérialisme aujourd’hui et la guerre en Ukraine. Réponse à Stathis Kouvélakis

La Syrie, est le laboratoire de la barbarie guerrière que Vladimir Poutine perpétue aujourd’hui en Ukraine

La guerre en Ukraine vue depuis le terrain. Entretien avec Oksana Dutchak

Interview de Slavoj Žižek : « Quelle idéologie se cache derrière l’expansionnisme de Poutine ? »

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Étienne Balibar : « Le pacifisme n’est pas une option »

Valerie Hopkins (LVIV, Ukraine) : « Des Ukrainiens constatent que des membres de leur famille en Russie ne croient pas que c’est une guerre »

Razem quitte Progressive International et DiEM25

La Cimade : Protégeons le peuple ukrainien, défendons les droits de toutes les personnes exilées

Yassin al-Haj Saleh : Pourquoi l’Ukraine est une cause syrienne

Pavlo Lodyn : L’agression de Poutine et la menace d’une catastrophe environnementale en Europe

Amélie Poinssot : L’agression russe sur l’Ukraine, un cauchemar pour l’écologie

UPJB : Sur la guerre en Ukraine

Mouvement socialiste de Russie : Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat

Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine (Québec)

Sudfa : Les Soudanais-e-s dénoncent la collaboration entre Hemetti et Poutine

Collectif Pour une Syrie Libre et Démocratique : De Grozny à Kiev en passant par Alep, allons nous indéfiniment laisser Vladimir Poutine terroriser les populations qui revendiquent la liberté et la justice ?

Siné mensuel

Solidarité avec les ukrainiens et ukrainiennes

Yorgos Mitralias : Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à… Lénine et aux bolcheviks !

Crimes contre l’humanité et CPI

Liens avec autres textes

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Déclaration de fondation du Comité de solidarité avec le peuple ukrainien et avec les opposant·e·s russes à la guerre (Suisse)

Viktoriia Pihul : Les gens du monde entier demandent au FMI d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

6 grandes ONG s’unissent face à l’ampleur des besoins humanitaires : c’est l’alliance urgences

Timothy Snyder : « Comment parler de la guerre ? » Histoire et mythe dans les écoles russes, selon « Novaya Gazeta »

Entretien avec Denys Pankratov, organisateur de l’Union des grutiers de la région de Lviv – Ukraine

L’université Lomonossov de Moscou (MGU) contre la guerre

Agression russe en Ukraine : Communiqué de l’assemblée européenne des citoyens

UJFP : Le droit international pour tous et partout, sans exception !

Liens d’initiatives de soutien à la population ukrainienne

Liens vers d’autres textes publiés dans la presse

En débat : Campisme ou anti-impérialisme. Quelques textes

Deux livres de Svetlana Alexievitch

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/07/ukraine-russie-mais-pas-que-10/

CGT : Douze questions sur la guerre en Ukraine Paix en Ukraine – Liberté en Russie

Maxime Combes, Amélie Canonne, Nicolas Haeringer : Quels sont les intérêts de TotalEnergies en Russie ?

Appel à l’action de la Confédération européenne des syndicats (CES) – La guerre en Ukraine doit cesser maintenant !

Roger Martelli : Dans la guerre ukrainienne, la gauche joue une part de sa survie

Lettre ouverte de géographes russes à Vladimir Poutine : « Nous voulons vivre sous un ciel pacifique »

Luke Harding (Lviv) : Des soldats russes démoralisés expriment leur colère d’avoir été « trompés » dans la guerre

Réseau des GLI : déclaration de solidarité avec le peuple ukrainien et ses organisations syndicales et contre la guerre menée par un régime autoritaire

Union Syndicale Solidaires : Stop au tri raciste des réfugié-es qui fuient les guerres !

Marc Bonhomme : Ukraine : la guerre de tous les risques de plus en plus cruelle

Israéliens solidaires de l’opposition russe à la guerre d’Ukraine

Volodymyr Artiukh : L’Ukraine – à la gauche occidentale, sur vos et sur nos erreurs

Michael Shank : Nous nous soucions davantage de l’Ukraine parce que les victimes sont blanches

Association France Palestine Solidarité : Non à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, il faut faire respecter le droit… partout dans le monde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/05/ukraine-russie-mais-pas-que-9/

Dockers néo-zélandais solidaires avec l’Ukraine

Pierre Baudet : La guerre en Ukraine menace la paix dans le monde…

L’édito de PEPS : L’Ukraine, une guerre aux multiples enjeux écologiques

Francine Sporenda : Poutinophilie : « c’est l’Otan le problème »

Richard Abernethy : Arrêtez la guerre impérialiste de la Russie contre l’Ukraine ! Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien !

Ecrivains du monde entier solidaires avec l’Ukraine

Igor Ilyash : Quels sont la place et le rôle de la Biélorussie dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Un appel d’un socialiste russe : Poutine intensifie la répression

Non à la guerre en Ukraine. Non à l’Otan. Contre les guerres impérialistes, femmes des peuples du monde entier Solidarité

Akram Belkaïd : Le pas de côté : Non au campisme

Québec : Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/04/ukraine-russie-8/

Les Cahiers de l’antidote n°1 « Spécial Ukraine » : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !

Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine

Pascal Boniface : Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie

Yorgos Mitralias : Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!

Izabella Marengo et Pierre Jasmin : NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN

Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire

Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine

Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne

Stefan Bekier : « Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!

Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »

Déclaration intersyndicale : Non à la guerre : retrait immédiat des troupes russes, solidarité avec le peuple ukrainien

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/03/ukraine-russie-7/

Interview de Witalij Machinko, Syndicat de solidarité des travailleurs (Trudowa Solidarnist, Kiev)

Appel du « Center for civil liberties » Ukraine

Roane Carey : Comment la gauche devrait réagir à l’invasion de l’Ukraine par la Russie

MMF France : Non à la guerre en Ukraine, Non à Poutine ! Soutien à la démocratie ukrainienne, soutien au peuple ukrainien !

Leyla Binici, Jérôme Gleizes, Abdessalam Kleiche, Myriam Laïdouni-Denis, Didier Claude Rod : Réflexions écologistes sur l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

La Cimade demande une protection pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine

Amb el poble d’Ucraïna!

Nous, Européen·ne·s de l’Est…

Patrick Cockburn : La Blitzkrieg pré-annoncée de Poutine en échec. Un danger encore plus grand (…)

NON à la guerre en Ukraine !

Des militant·es pour la démocratie au Myanmar organisent des rassemblements pour soutenir l’Ukraine

Razem : « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN… »

Fondation Frantz Fanon : Guerre d’agression contre l’Ukraine : qui a mis K.O le droit international ?

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe : Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/02/ukraine-russie-6/

Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail

Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe

Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/01/ukraine-russie-5/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar : Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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