Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Troupes russes hors d’Ukraine [textes -16]

  • Bernard Dreano : Jours gris en temps de guerre
  • Notes de l’ISW (17 mars 2022)
  • Anshel Pfeffer et Ohad Zwigenberg : Portrait d’une ville qui organise toutes les facettes d’une résistance : Mykolaïv
  • Face à la censure, la profession doit soutenir l’information en Ukraine et en Russie. Communiqué SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, FIJ, FEJ, JNE, AJSPI, AJE
  • Poutine en justice
  • Antoine Artous, Francis Sitel : Ukraine : la guerre !
  • Répression au Kazakhstan
  • Vitaly Dudin : Oppose ton veto au projet de loi 7160 ! Protèges les travailleurs !
  • Alexeï Sakhnin : La guerre de Vladimir Poutine répand le désespoir dans la société russe
  • Pjotr Sauer : « Marina Ovsyannikova affirme qu’elle assume ses actes » : son irruption lors du JT de la TV “Pervy Kanal”
  • Patrick Cockburn : « Des “siloviki”, de la corruption et de la guerre »
  • Vladislav Siiutkin, João Woyzeck: Activisme anti-guerre après la répression dimanche
  • Ioulia Galiamina : Je n’ai pas peur
  • Abbie Cheeseman : La guerre en Ukraine pourrait déclencher une catastrophe au Moyen-Orient
  • Pour une position unifiée du peuple syrien en révolution
  • Liens avec d’autres textes

Jours gris en temps de guerre

A propos de solidarité et d’amis disparus

Vendredi 11 mars 2022. Depuis le café je regarde le merveilleux ballet des trams silencieux et bariolés qui s’entrecroisent devant la gare Saint Roch de Montpellier. Je reviens du plateau du Larzac. Le « progrès » fait qu’il est beaucoup plus compliqué de s’y rendre depuis Paris qu’il a quelques années. L’Etat cherche depuis longtemps à fermer la ligne de chemin de fer qui relie Millau à Clermont Ferrand – et donc Paris. C’est tellement mieux en voiture… Il y est presque parvenu, même si s’esquisse une très timide réhabilitation des trains de nuit… Le tout-TGV ayant été la politique délibérée, le détour par Montpellier était devenu quasi indispensable, mais il n’y a pas de « modularité » sérieuse avec les cars, gérés ici par la Région. C’est tellement plus simple de prendre la voiture…. Tant pis pour la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, quelle importance… Et puis quel besoin a-t-on d’aller à Millau et a fortiori sur le plateau de ces paysans qui faisaient du bruit au siècle dernier ?

Mon téléphone n’arrête pas de vibrer. Pas pour évoquer ces politiques imbéciles de sabotage des transports en commun. Ce sont des dizaines de messages, questions, demandes urgentes, sur Whatsapp, Messenger,Signal, Facebook, Twitter et autres fils magiques de notre temps. Comment exfiltrer un nouveau-né et sa mère coincés quelque part au sud de Kharkiv ? Faire sortir une journaliste de Moscou et sa famille ? Aider des étudiants nigériens fuyant l’Ukraine et se retrouvant confrontés au racisme des institutions d’Europe ? Soutenir des réfugiés en Pologne ? Avoir des nouvelles des copains ?… Et surtout informer, sur les anti-guerre en Russie, sur les points de vue de nos partenaires et camarades ukrainiens…

Ce n’est pas la première fois que je vis ainsi une guerre à distance, tout en étant à la fois bien informé et affectivement touché. Dans ma déjà longue vie militante j’en ai connu beaucoup des guerres, tenté d’agir contre certaines. Parfois plus directement impliqué, parce que j’avais des liens politiques et/ou personnels étroits avec des femmes et des hommes sur le terrain.… Dans mon enfance on parlait « des évènements d’Afrique du Nord » (le gouvernement français de l’époque comme le russe d’aujourd’hui ne voulait pas entendre parler de guerre), mais cette guerre-là était venue jusque dans notre rue de la banlieue parisienne. Et puis j’ai vécu, de loin et par moments de plus près diverses guerres au Proche et Moyen Orient, dans le Sud-Caucase, lors des guerres de dislocation de la Fédération yougoslave… L’Ukraine, nous connaissons dans mon cercle militant, non seulement par les contacts établis avec des amis Russes et Ukrainiens depuis les années 1980-90 au sein du réseau Helsinki Citizens’ Assembly et de notre petite Assemblée européenne des citoyens (AEC) en France, mais aussi ces dernières années avec les coopérations avec des associations et mouvements ukrainiens, les stages de volontaires françaises d’Echanges & Partenariats sur le terrain, notre participation active à la coalition Civil M+ (ou l’on retrouve Ukrainien, Russes, Allemands, Français, Néerlandais et autres…)

Hier donc j’étais au Larzac. Il faisait gris, mais chaque fois que je retourne sur le plateau j’ai les images ensoleillées des manifestations ou des rencontres grandes et petites, il y a longtemps ou avant-hier, contre le militarisme, pour la solidarité et pour la paix. J’étais venu parler de la guerre en cours avec un petit groupe, pas tous militants. L’une avait de la famille en Ukraine. Une comédienne polonaise nous a lu le journal de bord d’un metteur en scène ukrainien depuis le premier jour de l’agression jusqu’au 6 mars. Le nom Larzac résonne encore, de la Palestine à la Kanaky, des ZAD d’aujourd’hui aux insoumissions d’hier. Une parole venue du Larzac contre cette guerre, en solidarité avec la résistance ukrainienne et les anti-guerres de Russie, ce n’est pas grand-chose, mais il ne faut pas sous-estimer la force symbolique du lieu d’où l’on parle. Mes « larzaciens » vont s’exprimer sur la solidarité, contribuer à la réflexion sur ce que peuvent faire les citoyens extérieurs au champ de bataille pour faire reculer la guerre et la barbarie…..

Que peut-on faire en effet ? Bien sûr l’indispensable soutien matériel et moral aux réfugiés et personnes déplacées, et autant que possible aux civils ukrainiens sur place. Nous devons aussi nous insurger contre l’odieuse discrimination, dans les mots et souvent dans les faits, qui distingue les « bons » réfugiés « parce qu’Européens comme nous » des « mauvais migrants » parce qu’ils sont réfugiés des guerres d’Afghanistan, de Syrie et d’Irak ou d’Afrique sahélienne. Dans les faits aux frontières et dans les mots de nos représentants institutionnels, de nos médias, ici en Europe occidentale, en France.

Nous sommes en face d’une agression caractérisée perpétrée par l’Etat néo-tsariste russe (un crime contre l’humanité tel que défini par la Charte des Nations Unies et précisé dans le statut de Rome de la Cour pénale internationale). Le fait que d’autres agressions du même type n’aient pas été condamnées par nos gouvernements, ou suffisamment dénoncées par nos mouvements ne doit pas servir de prétexte à limiter notre rejet absolu de celle-ci (je pense notamment, pour s’en tenir à la période contemporaine, à des agressions perpétrées par les Etats-Unis et certains de leurs alliés ou par l’Etat d’Israël). Cette dénonciation a une conséquence évidente : la reconnaissance du droit du peuple agressé de se défendre, par les moyens qu’il juge utile et qui sont à sa portée. Le principal facteur de résistance du peuple ukrainien c’est la cohésion dont il fait preuve, la capacité de mobilisation et d’auto-organisation civile et militaire des Ukrainiens et Ukrainiennes. Elles se sont construites malgré les profondes divisions qui peuvent exister dans la société ukrainienne. Elles ont un effet profondément dissuasif sur les forces de l’agresseur… qui hésite à entrer dans les villes. Confrontée en Syrie à une auto-organisation de ce type, l’armée russe a matraqué le peuple avec violence, pour casser justement tout esprit de résistance, mais elle bénéficiait de l’appui au sol des troupes iraniennes et de l’armée bachariste, et aussi de l’action destructrice des groupes djihadiste. En Ukraine, l’armée de Poutine n’a pas de tels alliés, elle semble pourtant décidée à une escalade qui ne peut être que sanglante.

Ce soutien à la résistance de l’agressé est, au stade actuel, profondément contradictoire avec des appels à la passivité au nom de « ne pas ajouter la guerre à la guerre », et a fortiori de renvoi dos à dos agresseurs et agressé. Mais il doit s’accompagner, avec force, du soutien aussi concret et aussi efficace que possible, au mouvement anti-guerre en Russie, dont le développement est une des clés de l’avenir, celui des combats d’aujourd’hui et de la paix de demain.

***

En réfléchissant à tout cela me reviennent les mots de notre camarade, le Québécois Pierre Beaudet, qui vient de disparaitre. C’était une figure de la gauche dans son pays et de l’altermondialisme au niveau mondial. Il y a quelques jours, avant le début de la guerre, il me demandait comment joindre des militants de gauche en Ukraine, qu’il voulait interviewer pour ses Cahiers du socialisme, et je lui ai donné quelques liens. Il y a quelques jours, quelques heures avant sa mort, quelques heures après le déclenchement de l’agression, il écrivait aux membres de son organisation Alternatives :

Maintenant que la Russie a attaqué, il n’y a plus de retour en arrière. Ou bien Poutine réussit son pari de soumettre l’Ukraine, ce qui lui permettrait de « confier » à un nouveau gouvernement le soin de « rétablir l’ordre ». Ou bien la situation s’enlise dans un affrontement sans fin, à moins que la Russie n’accepte d’engager le combat dans les villes, quitte à les détruire avec leurs populations (ce qui a été fait en Syrie). Dans un cas comme dans l’autre, on aura créé les conditions pour réanimer une sorte de nouvelle guerre froide, laquelle sera alimentée par de violentes attaques contre l’économie russe, la sur-militarisation de l’Europe centrale autour des alliés (…)

A quoi il ajoutait :

Le domaine dans lequel nous [il parle de son organisation Alternatives] évoluons sera fortement marqué. Il est certain que l’aide humanitaire va être orientée en fonction des millions d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes qui ont et qui vont prendre le chemin de l’exil. D’un point de vue humanitaire, c’est un tournant nécessaire. Ce qu’il n’est pas est son caractère discriminatoire. En ce moment, au moins 10 millions de Syriens, d’Irakiens, d’Afghans (pour ne nommer que ceux-là) croupissent dans des camps de détention administrés par des États payés par les pays membres de l’OTAN. La grande majorité de ces damnés de la terre sait d’ores et déjà qu’ils ne seront jamais acceptés comme réfugiés. Entretemps, des conflits qu’on feint d’ignorer éclatent dans la Corne de l’Afrique alors que le grand (dé)sordre international empêche l’ONU d’intervenir sérieusement. (…)

Dès lors que faire :

Parmi quelques pistes discutées dans le milieu, nous devrons élaborer nous-mêmes notre base d’action, en tenant compte de l’expérience passée et des aléas du contexte actuel.

– La paix doit être rétablie le plus tôt possible, si ce n’est sous la forme d’un cessez-le-feu qui laissera aux responsables du temps pour se sortir de l’impasse actuelle.

– Ce processus de paix devrait inclure l’ONU. Sachant que l’Union européenne et l’OTAN sont de gros joueurs, ils ne sont pas les seuls à assurer la paix dans le monde.

Nous sommes solidaires avec la résistance ukrainienne qui vise à rétablir une souveraineté inclusive et pacifique, sans exactions contre les minorités nationales. Notre solidarité peut s’exercer dans le domaine de l’aide humanitaire, partout dans le pays où des gens souffrent de l’impact de la guerre (…).

Ce dernier message de Pierre correspond évidemment aux questions que nous nous posons ici en Europe. Auxquelles il faut ajouter les messages que nous envoient nos camarades comme notre ami Taras Bilous, militant de la gauche ukrainienne qui nous a écrit, le lendemain de l’agression, une « Lettre à la gauche occidentale » rédigée déjà sous les bombes [1] ou nos camarades polonais de l’organisation de gauche Razem « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN » [2].

Il faut, à côté de l’empathie personnelle, à côté de l’aide humanitaire, soutenir politiquement et concrètement la Résistance du peuple ukrainien et la lutte des anti-guerres russes, comme nous le demandent nos camarades de là-bas. Il n’y a pas de « non-alignement » entre agresseur et agressé, mais la solidarité.

Avant de partir dans ma courte escapade vers le plateau du Larzac embrumé, et dès que je suis rentré, j’ai repris le fil des zooms et autres webinaires internationaux à propos de la guerre. Je retrouve les difficultés que nous avons connues lors des guerres yougoslaves : divergences d’analyse, hésitations sur les priorités, bulles provinciales, par exemple une communication qui relie surtout des francophones à l’initiative de militants français et une bulle anglophone à l’initiative des militants britanniques, qui ne communiquent guère l’une avec l’autre jusqu’à présent… Pourtant la plupart sont d’accord pour dire qu’il faut aujourd’hui soutenir la Résistance du peuple ukrainien et les anti-guerres russes. Mais il faut le dire fort et clair, et agir.

Cela signifie-t-il que le débat n’est pas nécessaire ? Bien sur que non, il est plus nécessaire que jamais. A condition d’être sérieux (à titre d’exemple le débat entre Gilbert Achcar, dont je partage les positions, et Stathis Kouvelakis est sérieux) [3]. Et cependant – car on peut tout de même faire ce reproche à Stathis – de ne pas être un prétexte pour ne pas agir, en expliquant « ce qu’il aurait fallu faire en 1990 par rapport aux promesses faites à Gorbatchev » par exemple. Nous sommes trente ans plus tard, vingt ans après l’élargissement de l’OTAN, huit ans après le début de la guerre en Ukraine, six ans après la destruction d’Alep par l’aviation russe, et seize ans après le meurtre d’Anna Politovskaia, début de la répression des voix anti-guerre en Russie.

Notre responsabilité de militants de la solidarité internationale, en liaison avec le reste du monde, est aussi de parler avec nos partenaires des associations ou des mouvements des pays du sud, qui, face à l’hyper-impérialisme « occidental néolibéral » et aux politiques des Américains (ou des Français), imaginent la Russie néo-tsariste, comme un « contrepoids », comme pouvait l’être dans une certaine mesure l’Union Soviétique à l’époque des luttes de la décolonisation. Qui prêtent une oreille attentive à la propagande de Russia Today, en Amérique Latine, en Afrique, dans le monde arabe), qui oublient le rôle des néo-tsaristes dans la répression des mouvements populaires en Syrie, mais aussi au Soudan, en Libye, les exactions des « Wagner » en Centre Afrique et tutti quanti… Dénoncer à juste titre les mensonges, des « deux poids deux mesures » des occidentaux, leur soutien aux agresseurs israéliens ou aux réactionnaires arabes (lesquels entretiennent d’ailleurs de très bonne relations avec les néo-tsaristes), ne doit pas signifier s’aligner derrière l’impérialisme russe.

Les considérations borgnes de « géopoliticiens » ne doivent pas consister à considérer que certains peuples ne méritent pas de soutien, parce qu’ils ne correspondent pas à une vision du monde théorique et bipolaire…

Quelques heures après mon retour à Paris j’ai appris la disparition d’Alain Krivine. Jours gris.

Bernard Dreano, Le 15 mars 2022

[1] https://www.opendemocracy.net/en/odr/a-letter-to-the-western-left-from-kyiv/

[2] https://courrierdeuropecentrale.fr/chere-gauche-occidentale-on-ne-vous-demande-pas-daimer-lotan/

[3] Les textes de Gilbert Achcar, Stathis Kouvelakis et bien d’autres peuvent être consultés sur les sites de la revue Contretemps : http://www.contretemps.eu et du site Europe solidaire sans frontières : http://www.europe-solidaire.org/, du blog Entre les lignes, entre les mots : https://entreleslignesentrelesmots.blog et bien entendu on peut consulter aussi le site de l’Assemblée européenne des citoyens : http://www.aechca.fr

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Notes de l’ISW (17 mars 2022)

Les forces russes n’ont pas réalisé d’avancées majeures et les forces ukrainiennes ont mené plusieurs contre-attaques locales le 17 mars. Les forces russes n’ont guère progressé sur le plan territorial et ont continué à déployer des éléments de réserve – y compris de la 1ère armée de chars de la Garde et de la 810ème brigade d’infanterie navale – dans de petits paquets de forces qui ne seront probablement pas décisifs. Les forces russes continuent de subir de lourdes pertes autour de Kharkiv, et les tentatives russes de contourner la ville d’Izyum ont peu de chances d’aboutir. Les forces russes ont poursuivi leurs assauts sur Mariupol le 17 mars mais n’ont pas réalisé d’autres avancées réussies depuis la Crimée.

Points essentiels à retenir

Les forces russes continuent de réaliser des gains territoriaux constants autour de Mariupol et ciblent de plus en plus les zones résidentielles de la ville.

Les forces ukrainiennes au nord-ouest de Kiev ont lancé plusieurs contre-attaques locales et infligé de lourds dommages aux forces russes.

Les forces ukrainiennes ont repoussé les opérations russes autour de Kharkiv et ont déclaré avoir tué un commandant de régiment.

Les services de renseignement ukrainiens signalent que la Russie pourrait avoir dépensé la quasi-totalité de son stock de missiles de croisière de précision au cours des vingt premiers jours de son invasion.

Les forces russes ont déployé des éléments de réserve non spécifiés de la 1ère armée de chars de la Garde et de l’infanterie navale de la flotte balte dans le nord-est de l’Ukraine le 17 mars.

La Russie pourrait être en train de répartir les éléments de la force de réserve qui pourraient mener une opération amphibie le long de la côte de la mer Noire pour soutenir les assauts en cours sur Mariupol, réduisant encore la probabilité d’un assaut amphibie russe sur Odessa.

Les forces ukrainiennes ont abattu 10 avions russes, dont cinq jets, trois hélicoptères et deux drones, le 16 mars, et les forces ukrainiennes continuent de contester avec succès les opérations aériennes russes.

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Portrait d’une ville qui organise toutes les facettes d’une résistance : Mykolaïv

Mercredi matin 16 mars, il était difficile de trouver du pain frais à Mykolaïv, une ville d’un demi-million d’habitants sur la côte de la mer Noire. Les missiles russes avaient perturbé l’approvisionnement en électricité et, par conséquent, les boulangeries et les supermarchés étaient touchés. En revanche, ce ne sont pas les pommes de terre qui manquent. Des convois entiers de camions chargés de sacs brun foncé remplis de pommes de terre sont arrivés de l’ouest de l’Ukraine. Ils s’entassent maintenant dans les centres de distribution, tandis que les volontaires tentent de trouver un endroit pour les stocker.

Depuis trois semaines, Mykolaïv se trouve sur la ligne de front: un obstacle difficile à ébranler pour la concrétisation des plans de l’armée russe qui visent à couper l’Ukraine de ses principaux débouchés sur la mer. Mais la faim n’est pas au rendez-vous. La principale plainte des clients du petit magasin d’Anna Savyanka est qu’il n’y a pas de vodka. Le gouvernement a interdit la vente d’alcool depuis le début de la guerre, et la plupart des étagères vides du magasin sont celles qui contiennent habituellement de la vodka, du brandy et du vin. Ce « vide » crée désormais une fausse impression de pénurie.

Mykolaïv, une ville de chantiers navals et de parcs verts sur les rives de la rivière Boug, se trouve à un carrefour critique dans le sud de l’Ukraine, dominant les voies de transport sur l’eau et sur terre. A l’est se trouve Kherson, jusqu’à présent l’une des rares villes ukrainiennes à avoir été capturée et occupée par les Russes. A Odessa, qui se trouve à une heure et demie de route à l’ouest, le long de la côte, Mykolaïv est décrite comme «notre bouclier». Jusqu’à présent, Mykolaïv résiste aux tentatives de la Russie de dominer la mer Noire, et le gouvernement ukrainien affirme maintenant que son armée a lancé une contre-offensive pour repousser les Russes. Des convois militaires affluent vers et à travers la ville, bien qu’il ne soit pas clair si leur intention est de renforcer la contre-attaque ou de consolider les défenses.

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Jusqu’à présent, les Russes n’ont pu faire entrer leurs forces terrestres dans Mykolaïv qu’une seule fois, lorsqu’un petit groupe de véhicules blindés a fait son chemin depuis l’est. Il a été détruit dans la rue par des forces antichars cachées dans les appartements des étages supérieurs. Leurs forces terrestres étant bloquées, les Russes tentent dès lors de percer la ville par des attaques à la roquette, principalement la nuit. A Mykolaïv, jusqu’à présent, une centaine de personnes ont été tuées par des roquettes russes au cours des trois semaines de guerre. La moitié sont des civils. Les morgues et les unités de soins intensifs sont pleines. Une grande partie des ressources de la ville est consacrée au fonctionnement des hôpitaux en difficulté. Y sont soignés aussi les soldats blessés sur le front.

Inspiré par le président Volodymyr Zelensky, le maire de Mykolaïv, Vitaliy Kim, s’est également transformé en star des médias sociaux, utilisant ses plateformes numériques pour appeler les habitants à défendre la ville en érigeant d’énormes piles de pneus dans les rues principales pour bloquer les colonnes russes. Il lance aussi des appels au monde entier.

Tous les habitants ne sont pas aussi impressionnés par les messages de Vitaliy Kim. Tatyana Sorokoput, dont l’appartement a été gravement endommagé lorsqu’une roquette russe a fait un trou dans le côté d’un vieil immeuble résidentiel, se plaint : « Nous avons été frappés ici il y a une semaine, et entre-temps des journalistes du monde entier sont venus nous voir, mais les autorités n’ont toujours pas rétabli notre électricité et notre gaz. » Comme dans le reste de l’Ukraine, il y a un couvre-feu la nuit, lorsque les roquettes tombent. Pendant la journée, la plupart des citoyens et citoyennes qui restent à Mykolaïv se promènent dans la ville sans inquiétude. De temps en temps, on entend des explosions sourdes venant d’en haut et de petites bouffées de fumée blanche apparaissent dans le ciel. Ces explosions sont causées par les défenses aériennes ukrainiennes qui tentent d’abattre les drones russes.

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Il y a ceux qui ne se plaignent pas et qui n’attendent pas l’aide des autorités. Des milliers de volontaires se sont organisés pour faire en sorte que la ville continue de fonctionner malgré les bombardements. « Environ la moitié de la population a fui vers l’ouest de l’Ukraine ou en dehors du pays. Mais il s’agit principalement de jeunes familles et de personnes plus mobiles. Beaucoup de personnes âgées et pauvres sont restées, ainsi que celles qui sont indispensables à l’effort de guerre », explique Vitaliy Sivak, membre d’un groupe appelé Mriydiy (qui signifie « rêve et action » en ukrainien). Ce groupe organise en temps de paix divers projets citoyens à Mykolaïv. Vitaliy Sivak travaille principalement sur des initiatives touristiques. « Depuis le début de la guerre, nous gérons des centres de bénévoles et distribuons de la nourriture, des médicaments, des repas chauds et tout ce dont les gens ont besoin ici en cas d’urgence. » Les membres de Mriydiy et d’autres groupes ont mis en place des centres logistiques de quartier où arrivent les convois d’approvisionnement en provenance de l’ouest de l’Ukraine et d’autres pays d’Europe, d’aussi loin que les Pays-Bas.

Ces derniers jours, de nombreuses analyses ont été faites sur les problèmes logistiques qui ralentissent l’armée russe. Mais la logistique ukrainienne n’est pas bien meilleure, voire elle n’existe pas du tout. Dans de nombreux endroits, les citoyens ordinaires s’y mettent pour pallier le manque d’équipement et de fournitures.

« Nous avons des volontaires de toutes les professions », dit Roman Sidenko, également de Mriydiy. « Il peut s’agir de n’importe quoi. Nous avons des chauffeurs et des propriétaires de sociétés de transport routier qui distribuent de la nourriture. Des restaurateurs préparent des milliers de repas pour les soldats, les personnes âgées et les fonctionnaires qui travaillent encore dans les bureaux du gouvernement. Nous avons des ateliers de couture qui fabriquent des tenues de combat pour les soldats de réserve en route pour le front et des métallurgistes qui fabriquent des obstacles contre les chars. Nous avons également une plateforme de financement (du crowfunding, financement collectif) et des personnes du monde entier effectuent des dons. »

L’un des centres logistiques a été installé dans un centre d’art pour enfants, où des bénévoles s’affairent à trier les conteneurs remplis de dons venus de toute l’Europe. Des piles de caisses portent les drapeaux de l’Allemagne, de la Slovaquie, de la Pologne et de l’Italie. « L’ampleur des dons qui arrivent à Mykolaïv fait chaud au cœur, mais la vérité est que tout ce qui est envoyé n’est pas vraiment nécessaire », explique Roman Sidenko. « Hier, nous avons reçu un camion avec 20 tonnes de vêtements en provenance de Pologne. Il n’y a aucune possibilité que tout cela puisse être utilisé. Hier soir, nous avons reçu une famille de 11 personnes dont la maison entière a été détruite, nous avons donc pu leur donner des vêtements pour tous. »

Un autre centre de volontaires opère dans un bâtiment délabré du XIXe siècle, autrefois élégant, le « Club des amiraux », construit à l’origine pour les officiers de marine de la flotte de la mer Noire de l’Empire russe. Le bâtiment n’a pas été utilisé depuis l’époque soviétique, mais lorsque les Russes ont envahi le pays, les assaillis ont pénétré à l’intérieur et en ont fait à la fois une forteresse et un centre logistique. Dans une aile du bâtiment, dans les premiers jours de la guerre, des milliers de cocktails Molotov ont été préparés pour être lancés sur les chars russes. Certaines de ces « bouteilles » ont été envoyées vers l’est, dans les villes et villages situés sur la ligne de front. D’autres, pour le moment, ont été stockées au sous-sol, quand elles seront nécessaires. Une caisse de ces «bouteilles» est prête à être utilisée près de l’emplacement des sacs de sable, à l’entrée du bâtiment. Dans une autre aile, des fournitures sont préparées pour être livrées aux résidents âgés et isolés.

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Anastasia Alexeyeva, 28 ans, organisatrice de concerts, a terminé son service militaire il y a deux ans avec le grade de capitaine. Lorsque la guerre a commencé, elle a envoyé son bébé d’un an, Sofya, avec sa mère dans un refuge en Roumanie. « Nous comprenons que les autorités locales n’étaient pas vraiment préparées à une guerre d’une telle ampleur et il leur faut du temps pour s’organiser. Bien sûr, le gouvernement national est occupé par l’effort de guerre », dit-elle. « Nous sommes donc ici pour faire tout ce qui est nécessaire en attendant. Nous savons qu’il ne suffit pas de se battre sur les lignes de front et que si les gens abandonnent Mykolaïv, il sera beaucoup plus facile pour les Russes d’occuper la ville. Nous avons donc pris l’initiative d’aider les citoyens et citoyennes à survivre jusqu’à ce que la situation se stabilise. Nous aidons également à l’approvisionnement des soldats. »

Le financement par crowfunding des groupes de Mykolaïv ne concerne pas seulement les besoins civils. L’un des groupes a mis en place une « unité de drones » qui achète, grâce aux dons, de grands v en provenance d’Europe et forme des opérateurs qui rejoignent ensuite les batteries d’artillerie sur le terrain en tant que guetteurs de cibles. Leur prochain plan est d’acheter des quadcoptères (quadrirotor) encore plus perfectionnés avec des caméras thermiques pour les opérations de nuit. « C’est incroyable que des gens du monde entier nous contactent, fassent des dons et nous aident à acheter et à fournir les drones », déclare l’un des volontaires qui organise l’unité.

« Nous aidons l’armée d’ici par tous les moyens possibles », ajoute Anastasia Alexeyeva. « En tant que civils, nous pouvons aussi faire notre part pour arrêter les Russes. » 

Anshel Pfeffer et Ohad Zwigenberg

Article publié par le quotidien Haaretz le 17 mars 2022, à 13h31 ; traduction par la rédaction d’Alencontre

http://alencontre.org/europe/russie/ukraine-portrait-dune-ville-qui-organise-toutes-les-facettes-dune-resistance-mykolaiv.html

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Face à la censure, la profession doit soutenir l’information en Ukraine et en Russie

Communiqué SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, FIJ, FEJ, JNE, AJSPI, AJE

Au 16 mars, cinq journalistes sont morts depuis le début de la guerre. La sécurité des centaines de journalistes internationaux couvrant le conflit est préoccupante. Il en est de même pour nos consœurs et confrères ukrainiens et russes : en Ukraine, évidemment, avec des médias et des journalistes aux capacités d’action réduites ; en Russie, avec une liberté d’expression menacée par le pouvoir, que ce soit pour les journalistes des médias russes ou les correspondants de médias étrangers.

Journalistes en Russie

Votée en urgence, la nouvelle loi russe sur la presse punit de prison toute personne (journaliste, blogueur, citoyen) qui diffusera des « fausses nouvelles » concernant les forces armées russes ou des informations visant à les « discréditer ». La peine de prison peut aller jusqu’à 15 ans en cas de « conséquences graves ». Ce texte vise, en premier lieu, les journalistes, mais aussi toute personne qui relaiera une information déplaisante pour le pouvoir en place. Le juge aura tout pouvoir pour apprécier ce qui tombe sous le coup de la loi.

Cela signifie que les journalistes ne peuvent plus travailler librement en Russie. La BBC, CBC, Radio Canada, ARD, ZDF, CNN, CBS, la RAI, El Pais, RTVE, EFE et Bloomberg ont déjà « suspendu » le travail de leurs journalistes présents en Russie. Des correspondants à Moscou ou en Russie de plusieurs médias français ont cessé de commenter la guerre sur les réseaux sociaux. Radio France étudie les risques juridiques de maintenir une présence médiatique en Russie.

Cette loi prive le public d’informations factuelles, d’intérêt public, essentielles pour comprendre la situation en Ukraine. Elle enferme aussi les citoyens russes dans une bulle étanche aux informations non validées par le Kremlin. Inique et dangereux, ce texte instaure une véritable censure d’Etat : toutes les publications (articles, commentaires, posts) publiés avant son adoption aussi visés. L’agence russe indépendante Agents estime à 150 le nombre de journalistes russes ayant quitté la Russie ou cherchant à le faire.

Journalistes en Ukraine

Les journalistes ukrainiens subissent une triple peine. Leur pays est envahi par une armée étrangère – ce qui bouleverse leur vie quotidienne et celles de leurs proches – et envoie certains d’entre eux au combat ou en exil. Leur liberté d’action est entravée par les mouvements de troupe et de population, les combats, les destructions. Certains ont, manifestement, été pris pour cibles par les belligérants.

Afin de venir en aide aux journalistes en Ukraine et afin de donner au citoyen européen une information fiable, honnête et de qualité, plusieurs actions sont envisageables :

  • la réinstallation à l’étranger de journalistes ukrainiens, comme le propose la FEJ et ECPMF, en partenariat avec les syndicats ukrainiens NUJU et IMTUU ;

  • l’ouverture d’un centre de coordination de l’aide à la presse à la frontière ukrainienne, en lien avec les nouveaux QG des syndicats de journalistes ukrainiens.

Nous, organisations syndicales et associations de journalistes, appelons la profession à se mobiliser pour soutenir les journalistes en danger, notamment en contribuant au fonds d’entraide spécial mis en place par la Fédération européenne et la Fédération internationale des journalistes, dont sont membres les syndicats français SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes. Ce fonds de soutien est destiné à aider les journalistes en Ukraine. Faites un don ici.

Afin de venir en aide aux journalistes ukrainiens et à ceux de médias russes menacés par le pouvoir, d’autres actions sont possibles :

  • agir au sein des rédactions pour que les médias français ouvrent leurs colonnes ou leur temps d’antenne à des confrères et consœurs ukrainiens et russes qui auraient trouvé refuge hors de la zone d’opération militaire spéciale ;

  • proposer un hébergement temporaire avec le minimum de logistique nécessaire pour travailler, en contactant l’une des organisations syndicales ou associations signataires qui relaiera votre proposition.

Nous, organisations syndicales et associations de journalistes, appelons les gouvernements européens à accorder des visas d’urgence aux journalistes qui en font la demande, face à la répression et à la censure accrues en Russie.

Signataires :

  • Syndicat national des journalistes


  • Syndicat national des journalistes-CGT

  • CFDT-Journalistes


  • Fédération internationale des journalistes


  • Fédération européenne des journalistes


  • Association des journalistes pour l’environnement

  • Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie


  • Association des journalistes scientifiques de la presse d’information

Paris, le 17 mars 2022

https://snjcgt.fr/2022/03/17/face-a-la-censure-la-profession-doit-soutenir-linformation-en-ukraine-et-en-russie/

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R300267268

Poutine en justice

Des mères et des enfants terrifiés fuient les bombes et les balles. Sous nos yeux, Poutine a commis le « crime international suprême » : le crime d’agression. Mais il existe un moyen de l’en tenir responsable : un nouveau tribunal inspiré de Nuremberg qui pourrait le poursuivre personnellement pour cet acte odieux.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, appelle le monde à créer ce nouveau tribunal spécial. Tous les jours, cette proposition gagne du terrain mais un soutien public massif amplifierait la dynamique de manière décisive et enverrait à Poutine et à ses amis un message fort : le monde va vous tenir personnellement responsables.

L’attaque de Poutine contre l’Ukraine était illégale depuis le début et ce nouveau tribunal est essentiel pour défendre ce pays et même le monde entier. Rejoignez l’appel mondial pour juger le crime de Poutine devant un nouveau tribunal inspiré de Nuremberg – et Avaaz travaillera directement avec des experts renommés pour créer ce tribunal.

https://secure.avaaz.org/campaign/fr/prosecute_putin__rev_b_fr/

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Ukraine : la guerre !

Jusqu’à la dernière minute on a continué à croire que l’offensive de Poutine contre l’Ukraine ne pouvait avoir lieu, que les alertes des services de renseignement américains relevaient de la propagande.

Les Russes sont soumis à l’obligation de croire qu’il n’y a pas de guerre, mais une simple « opération militaire spéciale ». Le mot même de guerre est frappé d’interdit, et ceux qui le prononcent, sans parler de ceux qui ont le courage de dire qu’ils s’y opposent, sont l’objet de mesures répressives démesurées.

Par rapport à eux nous avons le privilège d’échapper au déni. La guerre est en cours, avec son cortège d’horreurs, de drames humains, de risques majeurs pour l’avenir. Ce pourquoi le pacifisme n’est pas une option pour reprendre la pertinente formule d’Etienne Balibar.

Il ne s’agit pas en effet d’empêcher la guerre, ou de croire pouvoir l’arrêter par la seule volonté de défendre la paix. Mais de cerner les buts de cette guerre, pour décider quels sont ceux dans lesquels on se reconnaît et ceux auxquels on s’oppose, et d’évaluer quels moyens il convient de mobiliser contre ceux-ci et pour ceux là.

Poutine, même s’il refuse que la population russe sache qu’il y a guerre, ne dissimule pas quel est le but de l’offensive qu’il a engagée : la destruction de l’Ukraine comme nation indépendante. Il s’agit de rétablir l’Ukraine comme partie indissociable de la « grande Russie », et le peuple ukrainien comme composante du peuple russe.

Ce à quoi, à l’évidence, le peuple ukrainien très majoritairement (y compris pour une grande part des russophones) oppose sa volonté d’exister comme nation, et une résistance armée à ce qu’il juge être une agression aussi sauvage qu’injustifiable.

Pour réussir son « opération » Poutine se montre déterminé à utiliser tous les moyens militaires dont dispose l’armée russe. Selon un scénario déjà précédemment mis en œuvre, en Tchétchénie, en Syrie… Maîtrise du ciel, destructions des infrastructures vitales, visant à paralyser le pays, priver les populations des moyens de survivre, terroriser celles-ci afin d’en convaincre une partie à l’exil et obliger les combattants à la capitulation.

Avec un courage incroyable, et de manière non prévue, les Ukrainiennes et les Ukrainiens, civils et militaires, ainsi que le gouvernement de V. Zelinsky, résistent et affrontent l’armée russe les armes à la main, et se montrent prêts à une guerre de partisans.

Il n’est pas possible d’occulter des alternatives aussi claires : droit des peuples, liberté et démocratie contre un projet de domination impérialiste, voire colonialiste.

Solidarité avec un peuple soumis à la barbarie d’une offensive menaçant d’être une guerre à outrance et qui résiste courageusement.

La discussion porte sur une seule question : quels moyens mettre en œuvre pour concrétiser cette solidarité ?

Le minimum est de ne pas entretenir des illusions, voire des contre vérités sur la réalité actuelle. Rien ne peut excuser la politique de Poutine, la sécurité de la Russie n’est pas menacée par un quelconque pays voisin. La responsabilité historique des États-Unis et de l’OTAN dans l’état du monde, la faute qu’a signifié le maintien d’une alliance militaire qui n’avait plus lieu d’être après l’effondrement de l’URSS sont évidentes. Elles ne se traduisent pas, ici et maintenant, par une implication directe dans les événements actuels qui sont du seul fait du Kremlin. Alors que l’hypothèse de l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN est gelée depuis des années, la menace d’une annexion vient de la Russie et non de l’OTAN.

Il est légitime de ne soutenir ni la politique ni l’existence de l’OTAN, cela ne saurait en aucune façon conduire à excuser la politique de Poutine. Un slogan du type « Ni OTAN, ni Kremlin ! » dans le contexte ne peut être qu’un leurre.

Face à la tragédie dont le peuple ukrainien est victime il convient en urgence d’appuyer toutes le mesures humanitaires nécessaires, et d’organiser l’accueil en Europe et en France des centaines de milliers de réfugiés qui fuient la guerre. Les sanctions économiques ne peuvent être condamnées au nom du postulat qu’elles seraient inefficaces, alors qu’on voit que malgré leurs limites et leur prix elles représentent une pression forte sur le pouvoir russe pour l’obliger à reconsidérer sa politique.

Reste que parce qu’il y a guerre, on ne peut échapper à la question de vérité : quelle implication dans cette guerre ?

La solidarité avec le peuple qui est agressé oblige à fournir à celui-ci les moyens en armes lui permettant de se défendre efficacement. Sans basculer dans le bellicisme et le militarisme, on ne peut ignorer que cela veut dire être partie prenante d’une mobilisation visant à mettre en échec l’armée russe. En matière de fournitures d’armements, la concrétisation matérielle est évidemment du ressort des États et relève de la compétence des militaires. Mais elle ne peut aller sans une confrontation sur le champ des positionnements politiques et des opinions publiques.

Dès lors que la seule alternative est entre une victoire de Poutine et une défaite dramatique du peuple ukrainien, nul ne peut échapper à l’obligation de se prononcer : dénoncer ou approuver les fournitures d’armements organisées par divers gouvernements, dont ceux de l’Union européenne.

Ce soutien est borné par certaines limites. Qui sont de ne pas franchir la ligne rouge d’une confrontation directe en Ukraine même entre des forces de l’OTAN et l’armée russe. Ce qui signifierait un saut qualitatif dans l’escalade militaire, et la possibilité d’une généralisation de la guerre (jusqu’à l’utilisation des armes nucléaires comme Poutine en agite la menace).

On est donc aujourd’hui dans une zone intermédiaire, hybride, entre « non paix » (paix qui a été brutalement brisée par l’offensive russe) et « guerre déclarée » (avec le mantra français et européen comme quoi « nous ne sommes pas en guerre avec la Russie » ), non sans multiples confrontations (dans l’espace cyber, du fait des « sanctions » , économiques mais ayant des conséquences sur les forces armées, et surtout avec l’utilisation d’armes fournies par des pays de l’OTAN…).

Donc une « ligne rouge » mouvante et fragile : en deçà, des missiles antichars et des batteries sol air, au-delà (jusqu’à présent) la fourniture d’avions de combat et l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne (demandée par le gouvernement ukrainien mais refusée par l’OTAN).

Notons que cette « ligne rouge » est de fait fixée par la Russie, en ce qu’elle repose sur le postulat que l’Ukraine fait partie de l’espace (terrestre et aérien) de la Russie. Donc qu’une intervention de soldats et d’avions de l’OTAN dans cet espace serait une agression et vaudrait déclaration de guerre à la Russie. Avec toutes les conséquences afférentes.

De surcroît une telle argumentation est rendue possible du fait que par son droit de veto la Russie paralyse le Conseil de sécurité de l’ONU, et rend impossible toute intervention de celle-ci pour empêcher l’escalade guerrière.

Refuser de prendre le risque d’un tel saut qualitatif dans la guerre se comprend et peut se justifier par des raisons de réalisme – éviter la catastrophe d’une guerre menaçant de devenir totale -, mais pas au nom de principes présentés comme intangibles et de droit. L’OTAN implique un devoir de solidarité entre ses membres si l’un d’eux est agressé, il n’en découle pas mécaniquement qu’un pays non membre de l’OTAN se voit privé pour se défendre d’une agression des moyens militaires que peut lui fournir un ou des pays de l’OTAN.

Si les moyens actuellement fournis s’avèrent ne pas être suffisants pour enrayer l’offensive et obliger à un repli de l’armée russe, la question reste ouverte de savoir si le « réalisme » prôné par certains devra aller jusqu’à accepter la défaite du peuple ukrainien. Le fait qu’à cette question il n’existe pas de réponse ni facile ni évidente ne doit pas valoir esquive par rapport aux exigences de la solidarité, y compris dans sa dimension militaire, avec le peuple ukrainien et son combat.

Antoine Artous, Francis Sitel

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61663

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Kazakhstan

Les forces de l’ordre de Kazan ont perquisitionné le domicile de Vadim Khrouchtchev, un étudiant de quatrième année de l’université fédérale de Kazan, auteur d’une lettre ouverte contre la guerre adressée aux étudiants, aux anciens élèves et aux enseignants, a rapporté le journal local The Wind.

La perquisition a également lieu au domicile du professeur de philosophie de la KFU, Samson Lieberman. Le jugement indique que la perquisition est menée en vertu de l’article 212 du code pénal – désordre de masse.

Aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur cette affaire, une série de perquisitions ont été effectuées à Kazan – chez des journalistes, des professeurs d’université, des militants politiques et civiques. Au moins sept adresses au total.

https://t.me/mediaveter/1888

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Vitaly Dudin : Oppose ton veto au projet de loi 7160 !
Protèges les travailleurs !

Le « Mouvement social » appelle le président ukrainien Volodymyr Zelensky à opposer son veto au projet de loi ukrainienne « sur l’organisation des relations de travail dans le cadre de la loi martiale » (7160) en raison de son incompatibilité avec la Constitution et les principes de l’État social.

Le 15 mars 2022, la Verkhovna Rada d’Ukraine a adopté dans son ensemble la loi « sur l’organisation des relations de travail dans les conditions de guerre » 7160 (ci-après le Projet). Il est supposé que les normes de ce document prévaudront sur les normes de la législation du travail pendant la période de l’État militaire. Se référant à la nécessité d’adapter la législation du travail aux conditions de la guerre, il élargit les possibilités des employeurs au détriment des droits des travailleurs.

Certaines restrictions des droits pendant la guerre sont inévitables. Il n’est pas facile de parvenir à un équilibre entre le respect des droits de la personne et la nation qui lutte pour son existence. Toutefois, l’accent devrait être mis sur le compromis entre les partenaires sociaux et les principes démocratiques. Il semble que l’adoption de la loi ait eu lieu sans tenir compte de ces mesures de protection contre les abus.

Les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail dans le domaine des droits de l’homme prévoient un certain nombre de droits concernant des questions telles que le niveau des conditions de travail et les droits des syndicats et des travailleurs, dont la dérogation est inadmissible pendant la période de l’état d’urgence; La dérogation à d’autres droits est permise, mais seulement dans la mesure nécessaire en relation avec la situation aiguë (point 68 des Principes de Syracuse de 1985).

Les restrictions visant à protéger les intérêts publics devraient être proportionnelles à la réalisation de l’objectif poursuivi. Le projet est conçu pour renforcer les capacités de défense, mais il établit la possibilité d’exploitation des travailleurs dans les entreprises de n’importe quelle industrie à travers l’Ukraine. En d’autres termes, les règles d’urgence prévues par celui-ci peuvent être utilisées non pas pour effectuer des travaux dans l’intérêt de la défense, mais pour augmenter les bénéfices des propriétaires. 

Les plus préoccupantes sont les dispositions concernant :

1) la possibilité de détériorer les contrats de travail importants sans un préavis de deux mois (article 3 du projet) ;

2) le licenciement d’un employé en cas d’incapacité temporaire de travail et de vacances, ainsi que le licenciement de membres d’un syndicat sans le consentement du comité syndical (article 5 du projet) ;

3) l’extension de la durée maximale de la semaine de travail à 60 heures et la réduction de la durée du repos ininterrompu à 24 heures (article 6 du projet) ;

4) la possibilité de faire participer les femmes enceintes et les femmes ayant des enfants en bas âge au travail de nuit en cas d’ « extrême nécessité », ainsi que la suppression du principe de réduction des heures de travail de nuit (article 8 du projet) ;

5) le droit de l’employeur de refuser d’accorder un congé si le salarié participe à des travaux sur des infrastructures critiques (article 12 du projet);

6) la suspension du contrat de travail en raison de l’agression militaire en Ukraine, qui l’empêche d’effectuer son travail (article 13 du projet).

Un certain nombre de restrictions vont au-delà des limites fixées par le décret du Président de l’Ukraine sur l’introduction de la loi martiale en Ukraine n°64/2022. Ce décret permet de restreindre les droits prévus par les articles 30 – 34, 38, 39, 41 – 44, 53 de la Constitution. Toutefois, l’initiative législative limite également les droits prévus par les articles suivants de la Constitution ukrainienne :

– Article 24 – garantie de la protection juridique de la maternité, qui comprend l’octroi de prestations aux femmes enceintes et aux mères. Le projet permet l’implication de ces catégories de femmes dans le travail de nuit ;

– Article 36 – les citoyens ont le droit de s’organiser en syndicats pour la protection de leurs droits et intérêts professionnels et socio-économiques. Le projet autorise le licenciement de membres de syndicats sans le consentement de ces derniers ;

– Article 45 – toute personne a droit au repos. Le projet prolonge les heures de travail (surtout la nuit), autorise les licenciements pendant les congés payés et rend non obligatoires le congés payés sur les sites d’infrastructures critiques ;

– Article 48 – le droit à un niveau de vie suffisant pour soi-même et sa famille. Le projet légalise la suspension des contrats de travail, qui peut priver les citoyens de leurs moyens de subsistance.

Il convient de souligner que les droits prévus à l’article 24 de la Constitution ne peuvent en aucun cas être limités (article 64 de la Loi fondamentale).

L’augmentation de la charge sur les travailleurs ne compensera pas les pertes de l’économie, mais elle rendra les travailleurs plus vulnérables dans leur relation avec leur employeur. Dans ses discours, le président ukrainien a notamment appelé les travailleurs à faire leur travail à 100%. Cependant, le projet approuvé augmente la durée de la semaine de travail de 20 heures, ce qui signifie qu’il oblige de nombreuses personnes à travailler à 150%.

Selon l’ONG « Mouvement social », les restrictions aux droits des travailleurs peuvent être évitées en atteignant des objectifs légitimes par d’autres moyens, plus justes. Afin d’assurer la défense de l’Ukraine, il est nécessaire de confisquer les biens des oligarques ukrainiens pour des raisons de nécessité publique. Les capitaux des oligarques ukrainiens doivent travailler pour l’économie ! À cette étape, le principal objectif politique doit être d’unir la société contre l’agression russe et de préserver au maximum les droits de la nation victime. L’économie ukrainienne sera certainement relancée grâce à l’aide de l’État, à une bonne organisation du travail et aux salaires décents.

Par conséquent, compte tenu de ce qui précède, NOUS TE DEMANDONS d’opposer ton veto à la loi ukrainienne « sur l’organisation des relations de travail dans le cadre de la loi martiale » (projet de loi 7160) adoptée le 15 mars 2022 en raison de l’incompatibilité de ses dispositions avec les articles 24, 36, 45, 48, 64 de la Constitution de L’Ukraine et les principes de l’État social.

Sincèrement,

le président du conseil de la NGO « Mouvement social »

Vitaly Dudin

16 mars 2022

Traduit de l’ukrainien par Jan Malewski du site du Mouvement social :

https://rev.org.ua/vetujte-proyekt-7160-zaxistit-lyudej-praci/

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Russie

La guerre de Vladimir Poutine répand le désespoir dans la société russe

Le début du conflit militaire en Ukraine a été un choc pour la société russe. Avant même de s’en remettre, les citoyen·nes ont été « informé·es » qu’ils et elles soutenaient la guerre à la quasi-unanimité. Le Centre russe de recherche sur l’opinion publique, contrôlé par le gouvernement, a publié un rapport au quatrième jour de la guerre selon lequel 68% des Russes « soutiennent la décision de mener l’opération militaire spéciale », avec seulement 22% d’opinions contraires. Des résultats similaires ont été publiés par un autre grand centre de recherche sociologique – la Fondation de l’opinion publique – dont le principal contractant a toujours été l’administration de Vladimir Poutine.

Les résultats du sondage montrent que les personnes interrogées n’ont pas une compréhension claire des objectifs de l’opération russe. Un quart d’entre elles supposent que l’armée « protège la population russophone du Donbass » ; 20% pensent que le but est d’empêcher l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire ukrainien ; 20% estiment que l’opération vise à démilitariser l’Ukraine ; 7% pensent que la Russie veut « dénazifier » l’Ukraine et changer son orientation politique ; 6% estiment que l’objectif est de changer le régime politique du pays actuellement hostile à son voisin [russe] ; enfin, 4% pensent que l’idée est de découper l’Ukraine en plusieurs parties et d’établir le contrôle russe dans le sud-est du pays.

De telles données générales sur le soutien massif des citoyen.ne.s russes sont démoralisantes pour les opposant.e.s à la guerre. Toutefois, une correction essentielle doit être apportée : ces données ne reflètent pas l’expérience quotidienne. En effet, certaines personnes soutiennent l’invasion de l’Ukraine, mais la proportion de deux-tiers est assez étonnante. S’ils sont si nombreux, pourquoi ne les voit-on nulle part ?

Sociologie du temps de guerre

Les sondages d’opinion en Russie sont généralement des outils utilisés pour manipuler la conscience publique. De nombreux sociologues suggèrent que le nombre de « réponses socialement légitimes » a augmenté ces dernières années – c’est le cas lorsque les enquêté.e.s disent à l’enquêteur non pas ce qu’ils et elles pensent vraiment mais ce qu’ils et elles supposent qu’on attend d’eux et elles. Cette tendance s’est probablement renforcée de manière significative depuis le début de la guerre.

En outre, le gouvernement russe crée délibérément une atmosphère de peur. La Douma (le parlement russe) a adopté une loi qui prévoit de lourdes sanctions pour la diffusion de « fausses nouvelles » sur les actions de l’armée russe. Même l’utilisation du mot « guerre » à propos des événements en Ukraine est officiellement interdite ; elle peut être punie d’une peine de prison de trois à vingt ans. Les participant.e.s aux rassemblements contre la guerre sont arrêté.e.s en masse. La police vérifie les téléphones des piétons à Moscou et à Saint-Pétersbourg pour trouver des échanges « calomnieux » et des traces de lecture des boucles Telegram de l’opposition. Les écoles dispensent des cours d’« information politique » et on s’adresse aux parents pour qu’ils ne laissent pas leurs enfants accéder à des sources d’information « destructrices ». Tout cela influence évidemment le degré de sincérité avec lequel les gens disent ce qu’ils pensent.

Il ne s’agit pas seulement d’une ruse de la part des personnes interrogées. Même les sociologues pro-régime admettent que le nombre de personnes qui refusent de répondre aux questions des enquêteurs, ou qui sont incapables de donner une réponse, a augmenté. Cela pourrait affecter la qualité de leur échantillon. De plus, les opposant.e.s à la guerre sont probablement moins enclin.e.s à répondre que ceux et celles qui la soutiennent ou qui ne se prononcent pas encore sur cette question.

Enfin, la formulation des questions par les sondeurs a également son importance. En fait, elle suit directement la rhétorique officielle du gouvernement russe. Les gens ne sont pas interrogés sur la guerre, ni sur l’intervention de l’armée en Ukraine, mais simplement sur leur attitude à l’égard de l’« opération militaire spéciale ». Cela crée une situation psychologique ambiguë, qui permet aux gens de substituer, y compris dans leur for intérieur, aux événements réels une situation imaginaire moins traumatisante. Il semble qu’il s’agisse là d’un phénomène sociopsychologique de masse.

Une pensée clivée

Parmi les innombrables vidéos consacrées aux événements en Ukraine, il y en a une dans laquelle un homme de la banlieue de Kiev appelle ses proches dans la ville russe de Vologda. Il leur raconte son expérience : « ils nous bombardent ; des citoyens et des enfants pacifiques meurent ». Mais ses proches de Russie, qui vivent à mille kilomètres du front de la guerre, refusent de le croire. « Il n’y a pas de guerre. Ils ne font que tirer sur les nationalistes », répond une voix de femme âgée. L’homme se met en colère. « Comment pouvez-vous savoir cela ? Je suis juste là ! », hurle-t-il. « Nous avons la télévision », lui répond-on.

Ce n’est pas un hasard si le gouvernement russe interdit l’utilisation du mot « guerre ». Il indique une situation qui ne peut être perçue de manière neutre, contrairement à une « opération militaire spéciale », qui est perçue comme la poursuite d’une politique gouvernementale complexe et n’exige pas du simple citoyen qu’il adopte une attitude personnelle. La propagande gouvernementale accorde au peuple une sorte de grâce salvatrice en lui permettant de ne pas accepter la réalité.

Dans un pays où la mémoire collective est fondée sur la victoire sur le fascisme dans une guerre défensive sanglante mais juste, c’est un mécanisme assez efficace. Accepter que la Russie ait commis une agression militaire contre le peuple qui lui est historiquement et culturellement le plus proche est pratiquement impossible d’un point de vue psychologique. Cela va à l’encontre des perceptions fondamentales des Russes en matière de justice et de leurs valeurs essentielles. Beaucoup de gens n’ont pas la force de le faire. Ils et elles essaient donc par tous les moyens d’éviter de voir la réalité, en répétant les clichés de la propagande : « il n’y a pas de guerre. »

Un tel clivage psychique explique la contradiction flagrante entre l’expérience quotidienne et les résultats des sociologues. De nombreuses personnes qui pensent que la guerre est moralement et politiquement inacceptable peuvent en même temps exprimer leur soutien à « l’opération spéciale du gouvernement russe », non seulement par peur mais aussi dans l’espoir futile que la version officielle des événements puisse s’avérer miraculeusement vraie (du moins en partie), car cela les débarrasserait de l’horrible perspective d’échec moral et de la nécessité impérieuse de s’élever contre les événements.

Le gouvernement s’efforce d’utiliser ce dilemme moral, en exerçant un chantage à la peur. « Un vrai Russe n’a pas honte d’être Russe – et s’il a honte, il n’est pas Russe et pas avec nous », a annoncé le secrétaire de presse du président, Dmitri Peskov.

Mais il y a un point vulnérable dans cette double pensée ténue : elle n’est pas tenable longtemps. Aucune mesure draconienne de contrôle de l’information ne peut protéger les citoyen·nes de la réalité monstrueuse. Tout d’abord, environ un tiers des Russes ont des parents en Ukraine. Aucune censure ne peut empêcher les millions d’appels téléphoniques et de messages entre eux.

Mon téléphone est rempli de la douleur la plus désespérée.

« Ça fait quatre jours qu’on est assis dans le sous-sol. »

« Ils bombardent. La ville est sous blocus. Personne ne peut entrer ou sortir. »

« J’ai passé cinq heures à faire la queue pour avoir du pain aujourd’hui. Ils n’en ont pas apporté. »

Je peux citer de tels messages par centaines. Et il y a des millions de personnes comme moi en Russie. Ce témoignage de la catastrophe est bien plus persuasif que les débats politiques. Même le plus fidèle partisan de Poutine aura du mal à expliquer pourquoi un.e citoyen.ne ordinaire devrait mourir de faim et de froid alors que des bombes explosent autour de lui.

Il est périlleux pour nous de discuter du nombre de pertes subies par l’armée russe en Ukraine. C’est le sujet le plus sensible pour le gouvernement, et il surveille de près ces discussions. Le gouvernement a officiellement reconnu que plus de cinq cents membres des services sont morts au cours de l’« opération ». Même ce chiffre est monstrueusement élevé. En dix ans de guerre en Afghanistan, l’URSS a perdu un peu plus de quatorze mille soldats et officiers. Aujourd’hui, la mort fauche davantage. Le veto sur ces informations pousse les gens à rechercher les chiffres annoncés par la partie ukrainienne, qui sont très probablement exagérés. Le 8 mars, le ministère russe de la Défense a admis qu’il y avait des soldats conscrits en Ukraine, c’est-à-dire des garçons de dix-huit ans mal formés.

Les mots « chair à canon » reviennent souvent dans les messages et les conversations. Les femmes ont peur de laisser leurs fils faire leur service militaire obligatoire – et le 1er avril commencera le nouveau cycle de conscription. Même dans les sondages sociologiques officiels, on constate que les femmes d’âge médian ont 15 à 20% de chances de moins que les hommes d’approuver l’« opération spéciale ». Et ce sont précisément les femmes d’âge médian qui étaient considérées comme le noyau dur de l’électorat loyaliste de Poutine. Mais une autre catégorie importante pour le gouvernement est également fortement influencée par les pertes : le personnel militaire.

Une bévue révélatrice s’est produite lors d’une retransmission en direct de la chaîne de télévision Zvezda, qui appartient au ministère de la défense. Un militaire âgé, parmi les invités d’un « talk-show patriotique », s’est levé et a proposé d’observer une minute de silence pour les soldats russes qui sont morts en exécutant les ordres de leurs commandants. « Nos hommes meurent là-bas … » a-t-il commencé à dire. Mais l’animateur du talk-show s’est levé de son siège et a commencé à crier sur le vétéran multi-décoré : « Non, non, non ! Je ne veux rien entendre de tout cela ! Taisez-vous ! Vous ne comprenez pas ? Arrêtez. Nos gars sont en train d’écraser la vipère fasciste là-bas ; c’est un triomphe des armes russes ! ». L’empressement des bureaucrates et des propagandistes à dissimuler de manière moutonnière les événements en Ukraine a déjà commencé à rebuter le public le plus loyal et le plus fidèle du gouvernement – les militaires et les « patriotes ».

Enfin, un troisième facteur vient ébranler la pensée clivée de nombreux Russes. Le gouvernement ayant bloqué les canaux médiatiques traditionnels de l’opposition, des médias de nouvelle génération ont pris leur place : photos des étiquettes de prix dans les magasins et annonces de licenciements. La catastrophe économique en cours est devenue une machine d’agitation collective contre la guerre. Sur les événements en Ukraine et en Russie, on ne peut citer que les canaux officiels, l’armée et les services de communication du gouvernement. Mais si vous consultez n’importe quel média régional (qui dépend à 100% des administrations locales), vous saurez immédiatement ce qui se passe. « Le prix des enterrements augmente rapidement à Yaroslavl », annonce un site web local. Le bureau local de lutte contre les monopoles soupçonne une entente de cartel sur les prix et annonce que « l’analyse préliminaire a montré qu’il est cher de mourir à Yaroslavl ». À Volgodonsk, les lectrices du journal local sont scandalisées par la double hausse des prix des aliments pour bébés et des couches.

L’industrie manufacturière russe, pleinement intégrée dans les chaînes de valeur mondiales, s’est révélée très mal préparée aux sanctions occidentales. Dix des quatorze principaux constructeurs automobiles ont déjà arrêté leur production ; d’autres se préparent à le faire dans un avenir proche. Au moins 150 000 personnes vont perdre leur emploi, sans compter les dégâts dans les branches connexes, les entreprises de logistique et les concessionnaires. McDonald’s fait partie des dizaines de grandes entreprises étrangères qui ont annoncé qu’elles suspendaient leurs activités en Russie. Cette chaîne de restauration rapide représente à elle seule 64 000 emplois. Les experts gouvernementaux estiment que le chômage de masse imminent touchera entre 7 à 10 millions de personnes.

Même pour les partisans les plus virulents du gouvernement russe, le lien entre la guerre et le crash socio-économique est assez évident.

La dynamique de la situation

Il est difficile de décrire objectivement la vitesse des changements dans la perception de la situation à une échelle de masse. Les partisans de l’opposant libéral Alexei Navalny ont mené une expérience à travers une série de quatre sondages en ligne. Cette étude ne prétend pas être représentative – le public politisé actif sur internet est très différent d’un échantillon véritablement national. Mais elle met en évidence un changement rapide des attitudes.

Si, le 25 février, seuls 29% des participants au sondage qualifiaient la Russie d’agresseur, une semaine plus tard, le 3mars, cette même réponse était fournie par 53% des personnes interrogées. La proportion de ceux qui considèrent que la mission de la Russie en Ukraine est libératrice est tombée de 28 à 12% ; 14% rendaient la Russie responsable du conflit le 25 février, 36% le 3 mars. Dans le même temps, le nombre de ceux qui condamnent l’Occident ou « toutes les parties » a diminué de manière insignifiante, et l’opinion selon laquelle la faute incombe à l’Ukraine est marginale. En revanche, le nombre de ceux qui pensent que les conséquences économiques des événements actuels seraient catastrophiques pour la Russie a augmenté de moitié – passant de 40 à 60% des participants.

« Jamais dans l’histoire de notre service sociologique nous n’avons vu une telle dynamique de l’opinion populaire. En quelques jours de guerre, les attitudes des Russes ont radicalement changé », ont écrit les organisateurs du sondage. Il est devenu assez courant que les gens changent d’avis au cours des deux dernières semaines.

Mikhail Matveyev, un parlementaire du Parti communiste de la fédération de Russie qui a voté pour la reconnaissance des républiques populaires de Donetsk et de Louhansk, est devenu l’un des symboles de ce douloureux réveil. « J’ai voté pour la paix, pas pour la guerre. J’ai voté pour que le Donbass ne soit plus bombardé – pas pour que les bombes tombent sur Kiev », a-t-il tweeté le 26 février. Certains hommes politiques lui ont emboîté le pas. Mais aujourd’hui, la plupart de ces changements se produisent au niveau de la base. Celles et ceux qui avaient dans un premier temps soutenu l’« opération spéciale » changent d’avis lorsque des licenciements massifs commencent dans leur ville, ou lorsque des personnes qu’ils ou elles connaissent sont enrôlées et doivent signer un contrat permettant à l’armée de les envoyer dans un point chaud.

Quelle tactique pour le mouvement anti-guerre ?

Tout au long des deux premières semaines de guerre, des manifestations antiguerre ont eu lieu presque tous les jours. Mais la répression policière en est venue à bout facilement. Le 11 mars, la police avait arrêté un nombre sans précédent de participant.e.s aux manifestations – 13 913 personnes. Dans un contexte de tension sans précédent, fait de brutalité policière et de blocage de la majorité des médias indépendants, personne n’a été en mesure de rassembler une masse critique pour une manifestation de rue suffisamment importante pour que le gouvernement ne puisse pas la réprimer.

Les leaders de l’opposition libérale qui ont émigré continuent de lancer des appels à des rassemblements de protestation quotidiens « sur la place principale de votre ville ». C’est facile à comprendre d’un point de vue émotionnel : pas un jour de doit passer où l’on accepte la guerre. Cependant, la froide raison nous dit qu’à l’heure actuelle, le plus important n’est pas de prendre des postures éthiques, mais de travailler soigneusement à la mobilisation des couches que les politiciens libéraux ont longtemps ignorées. Seule la « majorité pro-Poutine » d’antan peut changer le rapport de force et mettre fin à la guerre. C’est là que la gauche russe place actuellement son objectif : dans le travail avec ces masses.

Parmi tous les rapports sociologiques consacrés à la perception de l’« opération spéciale » russe en Ukraine, un seul nous permet de voir le lien entre l’inégalité sociale et les attitudes envers la guerre. Malgré la perception commune en Russie (découlant principalement de la domination du récit libéral dans les médias d’opposition) selon laquelle seule la minorité instruite et aisée s’oppose à Poutine, tandis que la majorité pauvre ne fait que recevoir passivement la propagande officielle, les sondages montrent que ce sont les pauvres qui perçoivent la guerre de la manière la plus critique. « Les personnes à faibles revenus sont plus angoissées face à l’opération militaire parce qu’elles s’attendent à une nouvelle détérioration de leurs conditions matérielles », observent les chercheu.r.se.s. Parmi les personnes interrogées disposant de revenus élevés, 69% ont annoncé leur soutien à la décision de Poutine et seulement 17% ne l’ont pas soutenue. Parmi les personnes interrogées disposant de faibles revenus, 49% seulement ont déclaré soutenir la décision et 31% ont eu le courage de dire qu’elles ne la soutenaient pas. Il ne fait aucun doute que le niveau réel de mécontentement à l’égard de l’agression est beaucoup plus élevé et qu’il va augmenter.

La gauche vise à démontrer à la société, y compris à ses couches populaires et pauvres, que ce ne sont pas seulement les libéraux pro-occidentaux dirigés par l’opposition de la classe moyenne qui sont contre la guerre. Une telle image déformée n’est bénéfique que pour le Kremlin, qui tente de présenter le conflit en cours comme une collision civilisationnelle entre la Russie et l’Occident (constamment présenté comme un adversaire) et sa cinquième colonne. Il est essentiel de montrer que les travailleu.se.rs russes ont leurs propres raisons de lutter pour la paix, indépendamment de l’Occident, et que cette paix ne signifiera pas une défaite militaire, une nouvelle humiliation nationale et le découpage territorial de la Russie, mais plutôt le retour de notre pays à son véritable propriétaire – la majorité des travailleu.r.se.s. La gauche doit combattre le complexe de culpabilité collective que certains critiques libéraux de Poutine font peser sur le peuple. Entre les mains de la propagande pro-gouvernementale, ce complexe devient un outil très efficace pour s’unir « autour du drapeau national ».

La vérité tragique est que la guerre que Poutine a déclenchée n’est pas une entreprise accidentelle. Ce sont trente années d’histoire post-soviétique qui nous ont conduits à cette catastrophe. L’énorme inégalité sociale est devenue le fondement de la dictature car, parallèlement à son contrôle sur les biens, la majorité pauvre a perdu sa voix politique. Des discours nationalistes et xénophobes honteux ont été utilisés tout au long de ces années par la plupart des régimes qui ont pris le pouvoir sur les ruines de l’URSS. Dressant les nations les unes contre les autres, les oligarques ont renforcé leur pouvoir avant de nous conduire finalement à la guerre. En fin de compte, le fondement même de la nation russe actuelle repose sur le coup d’État militaire mené par le prédécesseur de Poutine, Boris Eltsine, en 1993, avec le soutien total des gouvernements occidentaux. À l’époque, le gouvernement a tiré sur le parlement depuis des chars au nom de la démocratie et a fait taire la classe ouvrière pendant des décennies, écrasant sa force collective. Aujourd’hui, nous ne faisons que récolter les résultats de cette société d’inégalité et d’exploitation.

La classe travailleuse russe devra changer entièrement son pays pour arrêter cette guerre. C’est une vérité simple. Et pourtant, seule la gauche russe peut l’énoncer. Il n’y a personne d’autre.

Alexeï Sakhnin

Publié par No War Left et traduit de l’anglais par Contretemps

https://www.nowarleft.com/sakhnin-2

https://www.contretemps.eu/guerre-poutine-ukraine-propagande-russes-ordinaires/

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« Marina Ovsyannikova affirme qu’elle assume ses actes » : son irruption lors du JT de la TV “Pervy Kanal”

La productrice de télévision russe, actrice d’un acte anti-guerre extra-ordinaire en direct à la télévision nationale (Pervy Kanal: Première Chaîne) a déclaré avoir « peur pour ma sécurité », mais qu’elle ne « retirerait pas un seul mot » de sa déclaration critiquant les actions de la Russie en Ukraine.

« Je ne regrette pas du tout ce que j’ai fait », a déclaré Marina Ovsyannikova au Guardian dans un entretien téléphonique mercredi 16 mars. « Je ne retirerai pas un seul mot. Ce sont mes opinions. »

Marina Ovsyannikova, qui était productrice principale auprès de la chaîne publique russe Pervy Kanal a manifesté à l’antenne lundi soir 14 mars en brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire:  « Ne croyez pas la propagande. Ici, ils vous mentent ».

Elle a également diffusé une vidéo préenregistrée dans laquelle elle exprime sa « honte » de travailler pour Pervy Kanal et de diffuser la « propagande du Kremlin ».

Marina Ovsyannikova a déclaré au Guardian que sa colère à l’égard de la direction politique de la Russie n’a cessé de croître au cours des « dernières années ».

« D’abord, ils ont annulé les élections des gouverneurs, puis ils ont commencé à interdire les médias indépendants, puis ils ont empoisonné [un dirigeant de l’opposition Alexei] Navalny. Ma colère n’a cessé de croître. Je vivais une dissonance cognitive, le pays n’allait pas dans la bonne direction. La guerre a été la dernière goutte et j’ai décidé d’agir », a-t-elle déclaré.

Dans une autre interview accordée à Reuters, elle a ajouté : « Je crois en ce que j’ai fait, mais je comprends maintenant l’ampleur des problèmes auxquels je vais devoir faire face et, bien sûr, je suis extrêmement inquiète pour ma sécurité. »

Elle a affirmé à Reuters que ses actions avaient pour but d’envoyer un message direct au public russe : « Ne soyez pas tels des zombies, n’écoutez pas cette propagande. Apprenez à analyser l’information, apprenez à trouver d’autres sources d’information, pas seulement la télévision d’Etat russe. »

Mardi 15 mars, un tribunal russe a condamné Marina Ovsyannikova à une amende de 30 000 roubles (250 euros) pour avoir enregistré une vidéo dans laquelle elle violait les lois sur les manifestations. La décision a été accueillie avec soulagement par ses amis et ses supporters qui craignaient que les autorités ne préparent de graves accusations criminelles après qu’elle a disparu après son arrestation, lors de sa garde à vue, pendant près de 24 heures. Elle n’a pas encore été poursuivie pour sa manifestation en direct sur Pervy Kanal.

Marina Ovsyannikova a déclaré qu’elle avait réussi à se reposer ce matin 16 mars et qu’elle allait rencontrer ses avocats. « Bien sûr, la situation est très tendue. Tout se déroule encore sous nos yeux. Je suis inquiète », a-t-elle dit

The Guardian avait précédemment appris que Marina Ovsyannikova avait exposé, la veille, son plan d’action à un ami, car elle était de plus en plus en colère contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Elle a également dit à une amie qu’elle était pleinement consciente des conséquences que ses actions auraient sur elle et sa famille.

Depuis le début de la guerre, la Russie a lancé une répression sans précédent contre les manifestant·e·s, les organes de presse indépendants et les réseaux étrangers de médias sociaux. Au début du mois, le Parlement russe a adopté une loi prévoyant une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans pour la diffusion de « fausses » informations intentionnelles sur l’armée. Mercredi 16 mars, le comité d’enquête du pays a déclaré qu’il avait lancé trois plaintes pénales contre des personnes pour avoir diffusé sur Instagram et d’autres médias sociaux ce qu’il a appelé des « fausses nouvelles » concernant l’armée russe. 

Pjotr Sauer

Article publié par The Guardian, le 16 mars 2022, à 13h17 GMT ; traduction par la rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/russie-marina-ovsyannikova-affirme-quelle-assume-ses-actes-son-irruption-lors-du-jt-de-la-tv-pervy-kanal.html

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« Des “siloviki”, de la corruption et de la guerre »

Les poupées russes en bois, peintes, de taille décroissante l’une dans l’autre, étaient autrefois un symbole de la Russie, une région mystérieuse et menaçante. C’était le message sans équivoque véhiculé par les poupées dans le générique de la version originale télévisée de Tinker, Tailor, Soldier, Spy de John Le Carre.

Mais ce symbole de la Russie est aujourd’hui remplacé par une image montrant le yacht géant d’un oligarque [en l’occurrence celui de Roman Abramovitch] au large d’une station balnéaire méditerranéenne. Il s’agit d’un symbole visuel facilement reconnaissable de l’immense richesse obtenue par les oligarques, souvent acquise de manière corrompue en pillant l’« Etat soviétique » de ses actifs les plus profitables après son effondrement en 1991.

Le fait d’exposer leurs grandes fortunes de manière aussi flagrante sous la forme de yachts, de résidences luxueuses et d’équipes de football reflète le besoin des super-riches russes de souligner leur statut d’élite, tout en occultant les moyens semi-criminels par lesquels ils ont acquis leur richesse.

Il est extraordinaire qu’ils aient pu s’en tirer sans problème avec un tel vol massif, pendant si longtemps. Après tout, les allégations sur les façons dont des gens comme Roman Abramovitch ont acquis leurs milliards ne sont pas nouvelles, comme le montre aujourd’hui un documentaire bien argumenté de l’émission Panorama de la BBC [le 14 mars à 20h: Roman Abramovich’s Dirty Money de Richard Bilton]. Les avocats d’Abramovitch nient qu’il ait amassé une fortune très importante par la corruption ou la criminalité.

Les procès intentés [les années passées] par les oligarques [contre des dites diffamations] étaient un moyen de faire disparaître ces dénigrements de l’espace public. Mais une raison plus profonde de ne pas mettre en lumière les origines de cet enrichissement était le souhait de l’Occident : ne pas admettre que le « communisme soviétique » avait été remplacé par une sorte de capitalisme de gangsters qui ressemblait aux caricatures anticapitalistes diffusées lors des premiers jours suivant la révolution russe.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février, on se pose maintenant des questions sur les oligarques russes, questions qui auraient dû être posées il y a 30 ans.

Nestor Makhno [1], l’anarchiste paysan [1888-1934] dont le mouvement a établi sa domination sur une grande partie de l’Ukraine pendant la révolution russe, n’était guère un nom évoqué ces dernières décennies. Mais ce lundi 14 mars, un groupe d’activistes appelé les Makhnovistes de Londres a pris d’assaut la résidence londonienne d’une valeur de 50 millions de livres sterling qui appartiendrait à Oleg Deripaska, le magnat de l’aluminium. Il nie en être le propriétaire et affirme qu’elle appartient à des membres de sa famille.

Il est comique de voir ceux de Londres et d’autres capitales occidentales qui, il y a quelques semaines encore, tiraient un profit énorme à satisfaire tous les caprices d’un oligarque russe, courent se mettre à l’abri aujourd’hui, se déclarant choqués par les actions du régime démoniaque de Moscou.

Il peut être profondément satisfaisant de voir des yachts, des palais et d’autres biens appartenant aux super-riches russes être saisis en Europe et aux Etats-Unis. Mais cela ne causera pas nécessairement des dommages sérieux ou définitifs au régime de Vladimir Poutine car, tout comme le pouvoir des oligarques était autrefois sous-estimé, il est maintenant souvent exagéré. Depuis que Poutine a pris le pouvoir il y a plus de 20 ans, ce sont les siloviki – les « gens des forces policières et de renseignement » ou « hommes forts » – issus comme Poutine de l’ancien KGB – qui contrôlent l’Etat russe.

Comme les oligarques, les siloviki ont volé beaucoup d’argent et possèdent leurs palaces en Méditerranée et ailleurs. Cette semaine, un activiste français a pénétré à Biarritz dans une villa estimée à 4,5 millions d’euros, avec des salles de bains en marbre et huit chambres, appartenant à la fille de Poutine, Katerina Tikhonova. Comme pour les autres occupations de propriétés appartenant aux super-riches russes, les vidéos des meubles et tableaux luxueux risquent de leur faire beaucoup de mal.

La corruption de l’Etat russe a fait l’objet d’une couverture exhaustive dans les médias occidentaux ces dernières semaines, au point qu’il semblerait que les élites criminalisées soient un phénomène typiquement russe. En réalité, l’Etat, en tant que machine à piller, s’est profondément enraciné dans le monde entier, en particulier dans les pays riches en ressources naturelles où les personnes politiquement bien « connectées » peuvent s’assurer le contrôle du pétrole, du gaz, des métaux et d’autres ressources naturelles.

Les mécanismes de ce phénomène sont bien décrits par Tom Burgis dans son livre The Looting Machine: Warlords, Tycoons, Smugglers and the Systematic Theft of Africa’s Wealth (2015). Il en va de même pour les Etats pétroliers du Moyen-Orient, qui sont tous des machines à piller au nom d’une élite parasitaire plus ou moins importante. La seule différence entre les pays est la mesure dans laquelle la classe dirigeante siphonne tout l’argent ou en distribue une partie en emplois et en services. Je me souviens très bien avoir été pris dans une inondation faite d’eaux usées et de pluie à Bagdad parce qu’il n’y avait pas de système de drainage, bien que la municipalité ait soi-disant dépensé 7 milliards de dollars pour en installer un nouveau.

C’est une autre raison pour laquelle les oligarques russes ont pu s’en tirer avec leurs vols massifs pendant si longtemps – ils faisaient partie d’un phénomène qui était devenu un élément accepté du paysage international. Trop de « groins » bien connectés étaient coincés dans trop d’auges pour que l’on puisse y faire quelque chose.

Dans ces Etats de type « machine à piller », il existe une profonde colère populaire contre les élites prédatrices, qui peut être réprimée en temps de paix. Mais les gouvernements de ces pays souffrent d’un orgueil démesuré et d’une ignorance qui peuvent leur cacher un impératif : ils ne devraient jamais faire la guerre, et ce pour deux raisons.

La première raison est que la corruption ne se sera pas arrêtée aux portes de leur ministère de la Défense, et que dans une vraie guerre, leurs généraux découvriront que de nombreuses armes coûteuses ne fonctionnent pas, n’ont pas été entretenues, ou n’existent pas. Une enquête menée par le journal russe Novaïa Gazeta il y a quelques années a montré que, face à une concurrence féroce, le ministère de la Défense était le secteur le plus corrompu du gouvernement. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’armée russe a jusqu’à présent connu des problèmes dans son avancée en Ukraine.

La deuxième raison pour laquelle les dirigeants d’un Etat aussi corrompu que la Russie devraient hésiter à partir en guerre est que leurs soldats pourraient être réticents à se faire tuer au nom d’une élite dirigeante possédant des hôtels particuliers à Belgravia [quartier de la cité de Westminster à Londres] et des yachts sur la Côte d’Azur.

Patrick Cockburn 

[1] Voir entre autres la contribution d’Eric Aunoble: «La figure de Nestor Makhno, ou les tribulations d’un héros révolutionnaire», in K. Amacher et L. Heller (dir.), Le Retour des héros: la reconstitution des mythologies nationales à l’heure du postcommunisme, Académia Bruylant, Louvain, 2010; 17 p. (Réd. A l’Encontre)

Article publié par iNews, le 15 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/russie-des-siloviki-de-la-corruption-et-de-la-guerre.html

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Activisme anti-guerre après la répression dimanche

Après la brutale répression à la matraque que le gouvernement russe a lancée contre les manifestations nationales contre la guerre le dimanche 6 mars 2022, la question se pose de savoir quelles conclusions les militants locaux tirent de la situation. L’arrestation récente du militant Aleksey Dmitriev montre que la répression de l’État s’est poursuivie dans les jours qui ont suivi le 6 mars. Vladislav Siiutkin, militant du Mouvement socialiste russe en Russie, donne une évaluation du point de départ actuel dans une interview avec le Mouvement pour le socialisme.

Le régime autour de Vladimir Poutine intensifie la répression

Le 4 mars, le régime de Vladimir Poutine a répondu au mécontentement croissant des civils russes face à l’invasion de l’Ukraine en durcissant et en légalisant la répression contre les opposants à la guerre. Les deux chambres de la Douma se sont précipitées pour adopter une loi qui punit les reportages critiques sur la guerre contre l’Ukraine, que le gouvernement qualifie de fausses nouvelles, avec jusqu’à 3 ans de prison et l’équivalent de jusqu’à 3000 USD d’amende. Si un reportage critique a de graves conséquences, une peine maximale pouvant aller jusqu’à 15 ans peut même être prononcée.

L’extension légale du champ d’action répressif du régime autour de Poutine, cette coupe massive dans la liberté de réunion, s’inscrit parfaitement dans la restriction de la liberté de la presse. Dès la première semaine après le début de la guerre, le 24 février, le service fédéral de surveillance des médias Roskomandzor, à la demande du bureau du procureur général, a fait fermer les sites Web de la station de radio Ekho Moskvy et de la station de télévision Dozhd parce que le les stations avaient refusé de soutenir la propagande d’État sur la guerre. De tels actes de sabotage et d’intimidation ont finalement forcé les deux stations à fermer. Principaux réseaux sociaux internationaux ont été bloqués et ne sont accessibles que via VPN, et donc effectivement plus accessibles à tous les citoyens.

L’intensification de la répression de l’État a conduit à des manifestations à l’échelle nationale le dimanche 6 mars 2022. Dans 69 villes russes, les citoyens russes sont descendus dans la rue contre la guerre. Le gouvernement a répondu sans relâche. Selon OVD-Info, 5 045 manifestants ont été interpellés ce seul dimanche ! Selon l’organisation OVD-Info, qui se consacre au suivi des arrestations politiques et des poursuites pénales, ce dimanche de répression a compté 13 502 manifestants anti-guerre depuis le début de la guerre.

Pendant ce temps, la répression étatique se poursuit joyeusement. Le 9 mars, la police a perquisitionné le domicile d’Aleksey Dmitriev, un militant du groupe russe Marxist Union, puis l’a arrêté. Aucune raison officielle n’a été donnée. Peut-être à cause de ses paroles anti-guerre. Lors de la perquisition, Aleksey a été roué de coups par la police avant de l’accuser de conduite désordonnée et de le garder pour la nuit au commissariat de Khimki (banlieue de Moscou). En avance rapide, une audience était prévue le 10 mars. Le procès a dû être reporté lorsque la santé d’Alexey s’est détériorée. Car au moment de l’arrestation, Alexey a subi plusieurs crises d’encéphalopathie post-traumatique et a fini par perdre connaissance. Les ambulanciers ont été laissés le rejoindre, mais ils sont partis sans l’aider. Cependant, le fait qu’Alexey ait dû être réanimé plus tard montre à quel point la situation était grave. Lorsque le procès a repris le 10 mars et qu’Alexey a été condamné à 15 jours de prison pour comportement dit obscène, il était dans un état semi-conscient. Cependant, des cercles proches de lui craignent qu’après sa libération, Alexey ne soit réincarcéré en vertu de l’article 19.3 du Code de la Fédération de Russie sur les infractions administratives, c’est-à-dire pour désobéissance présumée à un ordre légal d’un policier.

Le 12 mars, des policiers ont parcouru les dortoirs des étudiants de l’Université technique d’État de Moscou et ont demandé aux étudiants de signer une résolution d’abstention de responsabilité délictuelle pour chaque chambre. Cette résolution comprenait, entre autres, l’interdiction des déclarations publiques et des protestations contre la guerre contre l’Ukraine (280.3 du Code pénal russe). En fait, de tels documents n’auraient aucune valeur juridique. C’est une méthode d’intimidation violente cachée derrière une pseudo-procedure administratif.

Le courage dont la population civile russe a fait preuve et continue de faire preuve est impressionnant. D’autre part, il ne faut pas oublier que la répression légalisée par l’État et les procédures opaques à bas seuil de la police et des autorités locales visent à intimider et faire taire efficacement.

Le Mouvement socialiste russe ( RSD ) fait également partie des opposants à la guerre. Elle défend la révolution – le socialisme – la démocratie et soutient les luttes ouvrières de toutes sortes et attache une importance particulière à l’auto-organisation de la population.

Maintenant, la question se pose de savoir comment les choses devraient continuer après le 6 mars. Le moment est encore très précoce, mais il est toujours intéressant de sonder les militants locaux proches du mouvement. L’entretien avec l’activiste RSD Valdislav Siiutkin nous donne un aperçu des nouvelles impressions et pensées des forces de gauche progressistes en Russie.

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Entretien avec Valdislav Siiutkin (RSD)

Divers opposants à la guerre s’expriment actuellement en Russie. À quoi ressemble ce mouvement et de quels groupes se compose-t-il ?

Il existe d’innombrables façons de protester contre ce que le gouvernement a surnommé « l’opération militaire spéciale ». Les plus populaires sont les pétitions, les réunions et les déclarations personnelles. Au cours des dernières semaines, des pétitions ont été signées par des centaines et des milliers d’enseignants, d’universitaires, de producteurs, de musiciens et même de prêtres de l’Église orthodoxe officielle. L’ancienne équipe de Navalny, désormais incarcéré, ainsi que lui-même, mais aussi nos camarades d’Alternative socialiste ont appelé à des réunions. Tel que rapporté par OVD-Info – une organisation qui aide les prisonniers politiques [1]– spectacles, ce sont surtout de jeunes adultes qui participent à ces rencontres. Ils seront arrêtés et pourraient être expulsés des universités pour cela, comme cela se passe à Saint-Pétersbourg. En fait, le gouvernement semble particulièrement préoccupé par les étudiants rebelles en ce moment – j’ai moi-même été repéré par le chef du département jeunesse de mon université pour avoir publié une enquête sur l’attitude des étudiants de Tyumen [2] face à « l’opération militaire ». Et enfin, il y a des déclarations personnelles de presque tous ceux qui : ont accès aux médias sociaux : Nous savons que même Oleg Deripaska [3], ami et oligarque de Poutine, a appelé à l’arrêt de la guerre. Nous voyons également les mêmes appels d’artistes et d’athlètes célèbres, ainsi que de citoyens ordinaires de tous âges. En résumé, je dirais que le mouvement est généralisé, mais les participants les plus actifs sont les jeunes adultes.

Quelles conclusions stratégiques peut-on tirer du 6 mars ?

Même avant les manifestations, on s’attendait à une répression sévère. Par conséquent, certaines organisations d’opposition ont également appelé à se rassembler en groupes éloignés du centre-ville pour au moins empêcher une arrestation immédiate sur place. Je pense que cette tendance à la décentralisation va et devrait s’accentuer.

Le mouvement socialiste russe est en train de repenser sa stratégie et de passer des réunions publiques à l’auto-organisation sur le lieu de travail et à l’université, ce qui pourrait éventuellement conduire à des grèves et à une redistribution du pouvoir. Comme la crise économique provoquée par la guerre conduira au chômage et que les politiques répressives exposeront les étudiants au risque d’être enrôlés dans l’armée, nous travaillerons plus intensément que jamais avec les travailleurs et les étudiants.

Quelle perspective voyez-vous dans le ressentiment actuel contre les plans de guerre du gouvernement ? À quoi d’autre cela pourrait-il mener ?

Certains pensent que la Russie pourrait devenir un État fasciste, tandis que d’autres s’attendent à la fin prochaine du régime et à une démocratisation ultérieure. Personnellement, je suis plus enclin à la deuxième option. Bien sûr, il y aura une confrontation sérieuse, une réaction sanglante du régime, qui est conscient de sa fin – elle existe déjà. Mais cela prendra bientôt fin car le régime perdra le peu de légitimité dont il dispose en emprisonnant les militants, en particulier les militants anti-guerre. Parce que je vois ce qui arrive à la génération de mes parents, qui étaient extrêmement fidèles au régime et ont même fourni sa base économique et politique. Mais le contrat social qu’ils ont signé avec l’État en 2000 en abandonnant leur allégeance en échange d’une croissance économique terminée en 2014 après l’invasion russe de la Crimée. Maintenant, ils voient leurs enfants être arrêtés et enrôlés dans l’armée pour avoir protesté contre la guerre. Je ne vois plus aucune raison pour laquelle les gens devraient rester fidèles et je ne vois aucun pouvoir dans le régime pour acheter ou imposer la loyauté.

Solidarité avec les civils russes et Aleksey Dimitriev !

Le Mouvement pour le socialisme , et tous ceux qui suivent de près l’actualité dans ce pays, ont été profondément impressionnés par la désobéissance civile des civils russes, qui ne sont pas découragés par la légalisation d’une répression plus dure des opinions anti-gouvernementales et par la suppression des médias par le régime. capable de se stabiliser dans une certaine mesure. Au contraire, une partie de la population civile russe ne veut pas renoncer sans combattre aux quelques libertés démocratiques.

Avec la plus profonde sympathie, le mouvement pour le socialisme exprime sa solidarité avec la résistance civile contre les otages dans laquelle le gouvernement autour de Poutine prend la population en otage, et souhaite à la population russe en communauté idéale avec la RSD une autodétermination démocratique rapide !

En ce moment, notre solidarité va particulièrement avec l’activiste Alexey Dmitriev. Son cas illustre la situation précaire dans laquelle se trouvent les militants russes contre la guerre d’agression contre l’Ukraine. Mais cela illustre aussi l’engouement de la population civile russe pour l’autodétermination démocratique ! L’Europe de l’Ouest ne doivent pas fermer les yeux et se taire lorsque l’on se bat pour des droits qui semblent ici aller de soi : liberté de réunion – liberté de la presse – sécurité juridique !

Vladislav Siiutkin

João Woyzeck

[1] OVD-Info a été mis en place par des bénévoles en 2011 pour surveiller rapidement les arrestations lors de manifestations de masse. Cependant, il s’est depuis transformé en une organisation analytique complète traitant des questions d’application de la loi en Russie.

[2] Tyumen est une ville russe située dans l’ouest de la Sibérie.

[3] Fondateur et propriétaire du conglomérat Basic Element et fondateur et propriétaire du groupe russe de fabrication d’aluminium RUSAL.

Entretien avec Vladislav Siiutkin (RSD) par João Woyzeck (OFS Zurich)

Source : Sozialismus

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61632

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Je n’ai pas peur

Le 5 mars, un tribunal de district de Moscou a condamné à 30 jours de prison l’ancienne députée municipale de Moscou, Ioulia Galiamina, au motif d’avoir enfreint les règles interdisant tout rassemblement. Recueilli sur le vif par enregistrement, voici son plaidoyer à l’adresse de la présidente de ce tribunal :

« Maintenant, je vais faire un discours, attendez. C’est ma dernière chance. Je vais le prononcer, vous pouvez ne pas écouter, vous n’êtes toujours pas intéressée. Mais mes collègues, mes amis, les gens en Russie m’entendront. Je n’ai pas peur d’être mise en cellule. J’ai déjà été en prison pour mon droit à moi et à nous tous à nous réunir pacifiquement et sans armes. J’ai déjà été en prison pour mon droit à moi et à nous tous de se présenter à des élections et d’être élus…

Ainsi, nous dit-on, nous pouvons jeter des soldats non formés sur le territoire d’un autre pays, les transformer en chair à canon, les jeter sur le champ de bataille et ne rien dire à nos proches. Mais vous ne pouvez pas exiger que le pouvoir réponde à la question des mères : « Où est mon fils ?» 

Vous pouvez mettre des enfants en prison pour un bouquet de fleurs. Ou une icône. Vous pouvez jeter des enfants de sept ans dans des fourgons de police. Vous pouvez interpeller des grands-mères rescapées du blocus [de Leningrad] ou tabasser de grands scientifiques sortis pour protester. Mais on nous informe que le fascisme n’est pas dans notre pays, mais dans le pays voisin !

Tous ceux qui ont soutenu l’opération spéciale aujourd’hui, pas seulement soutenu, mais soutenu par des actes, ces policiers qui m’ont arrêtée, sans se présenter, comme des bandits, sans me signifier aucune exigence légale ; ces agents du département de la police qui ont délibérément rédigé un faux procès-verbal et gardé à vue dans une cellule une personne notoirement innocente ; eh bien, tous ceux qui soutiennent les crimes de guerre devront être jugés. Aujourd’hui, ce ne sont pas que des mots, car la Cour de La Haye s’est déjà mise au travail. Elle a commencé son enquête sur des crimes contre l’humanité…

Tous ceux qui ont soutenu les crimes de guerre. Et je suis sûr que la Cour ira jusqu’au bout. Et je crois que tôt ou tard le pays, notre pays la Russie, dont je suis une patriote, deviendra un pays d’humanité. Une Russie humaine. Je suis prête à tout faire pour que cela se réalise. Merci beaucoup ! »

Ioulia Galiamina

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61648

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International

La guerre en Ukraine pourrait déclencher une catastrophe au Moyen-Orient

Au cours des sept dernières années, dans le cadre d’une campagne militaire caractérisée par un mépris endémique de la vie civile, les bombes, les armes à sous-munitions et les missiles non guidés de Vladimir Poutine se sont abattus sur les écoles, les hôpitaux, les installations d’eau et les élevages de volaille de la Syrie. Aujourd’hui, alors que les forces russes s’inspirent des pages du manuel militaire appliqué en Syrie et répandent la terreur en Ukraine, les économies fragiles du Moyen-Orient – dont beaucoup sont meurtries par la guerre – s’affrontent à un nouveau contrecoup de l’aventurisme du président russe : une insécurité alimentaire encore plus profonde.

Dans de nombreuses économies arabes, le pain représente la majorité des calories consommées. Son coût est une question politique. A l’échelle mondiale, les prix des denrées alimentaires sont à leur plus haut niveau depuis 2011, lorsqu’une flambée du coût de la vie a contribué à déclencher le Printemps arabe. Les gouvernements donateurs ayant considérablement réduit leur aide, le moment actuel ne pourrait pas être pire.

En Egypte, le plus grand importateur de blé au monde – dont 80% provient d’Ukraine et de Russie – le pain est fortement subventionné depuis des décennies. Pour le pain plat baladi (pita), le consommateur paie environ un dixième du prix de production, ce qui le rend abordable pour le tiers de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. Si l’Egypte et ses voisins ne peuvent se permettre de maintenir cette subvention face à la hausse rapide des coûts (le blé est déjà 50% plus cher qu’avant l’invasion de l’Ukraine), les résultats politiques pourraient être explosifs.

Un consultant en transport maritime travaillant sur le dossier du Yémen a déclaré au New Statesman que l’Australie proposait désormais de vendre du blé aux entreprises yéménites au prix faramineux de 600 dollars la tonne [fin février-début mars, la tonne se situait autour de 355-360 dollars]. Le blé ukrainien aurait coûté en moyenne environ 255 dollars. De nombreux fournisseurs des Etats-Unis hésitent également à entrer sur le marché yéménite, ont-ils ajouté, en raison de la possibilité que les rebelles houthistes soient à nouveau désignés comme une organisation terroriste [en février 2021, l’administration avait renoncé officiellement à qualifier les rebelles houthistes de terroristes], ce qui aurait des répercussions sur les liens commerciaux et la distribution de l’aide humanitaire aux 17,4 millions de Yéménites en situation d’insécurité alimentaire (selon le Programme alimentaire mondial).

« Le Yémen ne peut plus se nourrir tout seul, alors quand vous avez un choc comme celui-ci sur le marché… c’est désespérément inquiétant», a déclaré Richard Stanforth d’Oxfam, ajoutant que selon ses sources, entre décembre 2021 et mars 2022, 42% des céréales du Yémen provenaient d’Ukraine.

Le Liban, déjà en proie à l’un des plus grands effondrements économiques de l’histoire, importe jusqu’à 90% de son blé et de son huile de cuisson d’Ukraine et de Russie. Face aux pénuries annoncées, il ne lui reste, au mieux, qu’un mois de réserves de blé. Même si les appels lancés par les ministres du Liban aux Etats-Unis pour qu’ils contribuent à financer les réserves d’urgence aboutissent, il n’y a plus aucun endroit où stocker du blé après que les principaux silos à grains ont été éventrés lors de l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020.

Piégé dans une crise déclenchée par des décennies de corruption rampante, le Liban s’est rendu inutilement vulnérable aux chocs du marché mondial. Selon des analystes, le pays n’a pas fait grand-chose pour réduire sa dépendance à l’égard des importations depuis que la gravité de la crise de la sécurité alimentaire s’est révélée avec force il y a deux ans.

Le pain n’est pas le seul problème, explique Richard Stanforth. Les prix des céréales et les pénuries potentielles affectent l’alimentation du bétail dans toute la région. La Russie est également l’un des plus grands exportateurs d’engrais au monde.

Alors que les prix mondiaux du pétrole s’envolent, le Liban et le Yémen sont confrontés à une grave détérioration cumulative de la valeur de leurs monnaies locales: le pouvoir d’achat s’effondre alors que le prix des produits de base nécessaires s’envole. C’est une parfaite tempête. [Dans cette tempête les opérateurs des fonds spéculatifs sur les matières premières alimentaires accentuent l’ampleur des vagues et la force des vents. Ils disposent, aujourd’hui, de données satellitaires qui leur permettent d’anticiper le potentiel de récoltes dans un contexte de crise climatique (incendies liés à la sécheresse en Argentine) et de les articuler, sur les marchés à terme, aux effets à court terme d’une guerre comme celle en cours en Ukraine, en tenant compte ainsi des modifications escomptées des diverses productions internationalisées, sur plusieurs mois. Ce qui est décidé à la Bourse de Chicago se répercute dans l’assiette à trois quarts vide d’une famille paupérisée d’Egypte. Réd.]

Dans le nord du Yémen, contrôlé par les Houthis, il faut déjà trois jours pour atteindre le bout d’une queue de ravitaillement en carburant et pour acheter 20 litres d’essence. Dès lors, beaucoup se rabattent sur le marché noir pour acheter du carburant très cher. Au Liban, les files d’attente pour le carburant commencent à s’allonger à nouveau.

« La majorité des denrées alimentaires du Yémen transitant par le port d’Al-Hodeïda [situé sur la mer Rouge], même si le prix des céréales restait le même, le coût du carburant pour les transporter à travers le pays sera toujours répercuté sur le consommateur », a déclaré Richard Stanforth. Selon l’un de ses collègues yéménites, les détaillants locaux ont été informés qu’ils devaient s’attendre à une nouvelle hausse de 30% du coût des produits à base de blé dans les jours à venir.

« Même si vous pouvez acheter le blé au double du prix, très peu de personnes au Yémen pourront réellement se le permettre », nous a déclaré un représentant de l’un des plus grands importateurs de céréales du Yémen. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’importation de marchandises contrôlée par l’Etat, tout dépend du secteur privé. Cela signifie qu’il n’y a pas de subventions (comme pour de nombreux autres gouvernements arabes), ce qui laisse le peuple yéménite, déjà affamé, vulnérable à la fluctuation des prix du marché et à la concurrence du secteur privé. »

Le Yémen se prépare à une situation que le Liban ne connaît que trop bien, après un été de graves pénuries de carburant l’année dernière. L’impossibilité de se procurer du carburant peut avoir des conséquences catastrophiques sur l’approvisionnement en électricité des foyers et des hôpitaux, sur les pompes à eau et sur les services Internet.

Deux semaines après le début d’une guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres, la crise du carburant et du pain s’étend déjà à tout le Moyen-Orient. L’Egypte a augmenté le prix d’une miche subventionnée pour la première fois depuis les années 1980. Au Liban, le coût de 20 litres de carburant représente plus des deux tiers du salaire minimum. La Syrie rationne le blé. Au cours de la semaine dernière au Yémen, les prix des aliments de base tels que l’huile de tournesol ont augmenté de 40%, les produits laitiers de 30% et le blé de 25%, ce qui a déclenché des achats de panique dans certaines régions à l’approche du Ramadan, qui commence le 2 avril.

Compte tenu de la détérioration de la situation monétaire au Liban, au Yémen, en Syrie et en Afghanistan, de larges pans de la population sont vulnérables aux pénuries alimentaires et aux augmentations des prix du carburant. Les taux de pauvreté, l’insécurité alimentaire et la faim augmentent de jour en jour, laissant les ONG craindre que les budgets d’aide existants – et en diminution – soient détournés vers l’Ukraine.

Au Yémen, des poches de famine sont de retour pour la première fois en deux ans ; 90 % des réfugiés syriens au Liban vivent dans une pauvreté abjecte ; et plus de 12 millions de Syriens sont confrontés à l’insécurité alimentaire onze ans après le début de la guerre. La crise ukrainienne a déclenché une catastrophe humanitaire de plus en plus grave au Moyen-Orient.

Abbie Cheeseman

Article publié par The New Statesman, le 15 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/la-guerre-en-ukraine-pourrait-declencher-une-catastrophe-au-moyen-orient.html

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Pour une position unifiée du peuple syrien en révolution

Au vu de ce que la Russie, partenaire du régime d’Assad dans ses crimes, a fait et continue de faire en faisant obstruction au Conseil de sécurité de l’ONU, en empêchant l’ONU de prendre des mesures concrètes pour résoudre le problème syrien par une solution juste et en inhibant son rôle dans le maintien de la paix et de la sécurité mondiales en Syrie, et récemment en Ukraine, et au vu des événements récents sur la scène internationale et des changements importants qui se profilent à l’horizon et des répercussions qui en découleront, il est nécessaire de faire entendre notre voix syrienne unifiée et forte.

Nous remettons cette note politique et juridique entre les mains des Syrien.nes pour ceux et celles qui souhaitent la signer.

Elle sera adressée au Secrétaire général des Nations Unies, aux représentants des États membres au Conseil de sécurité, au plus grand nombre de représentations de l’Assemblée générale, au Haut Représentant de l’Union européenne, au Secrétaire général de la Ligue des États arabes, au Secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique et à toutes les parties concernées que nous pourrons contacter.

Déclaration pour signature :

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies, Mesdames et Messieurs  les représentants des États membres au Conseil de sécurité, Mesdames et Messieurs les représentants de l’Assemblée générale, Monsieur le Haut Représentant de l’Union européenne, Monsieur le Secrétaire général de la Ligue des États arabes, Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique, Mesdames et Messieurs,

Au lendemain de l’invasion flagrante de l’Ukraine par la Russie Poutine prouve qu’il n’a aucun respect pour le droit international. De même, ses arguments relatifs à la légitimité de son intervention en Syrie n’ont clairement aucune valeur tant il est évident qu’il est partie prenante directe au conflit.

Au cours des onze années qui ont suivi le début de la révolution syrienne, le régime russe a utilisé seize fois son veto contre des projets de résolution liés à la question syrienne qui ont été soumis au Conseil de sécurité. Ceci a conduit à une obstruction systématique du rôle du Conseil de sécurité dans le maintien de la sécurité et de la paix internationale, mais aussi au blocage de toutes les tentatives visant à parvenir à un règlement juste de la question syrienne. Par conséquent, l’escalade et l’aggravation des souffrances du peuple syrien se poursuivent sur tous les plans: les tueries, les arrestations, la torture, les déplacements forcés et l’exode. Sans oublier l’utilisation par le régime d’Assad d’armes interdites internationalement, en particulier des armes chimiques, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des crimes de déplacement forcé. Et jusqu’à présent, les responsables de ces crimes restent dans l’impunité.

Le régime russe ne s’est pas contenté de cette obstruction systématique, son intervention militaire du 30 septembre 2015 et son soutien au régime Assad sont flagrants. Sous prétexte de combattre le terrorisme, il n’a pas hésité à bombarder plusieurs régions de Syrie en ciblant systématiquement les hôpitaux, les écoles, les boulangeries, les marchés populaires et les quartiers résidentiels, attaques qui ont entraîné la mort de dizaines de milliers de civils syriens. Aujourd’hui, il utilise la même méthode et avance le prétexte d’éradiquer les nazis en Ukraine pour justifier son agression militaire. Rappelons ici que les civils syriens tout comme les civils ukrainiens sont aussi des êtres humains.

Aujourd’hui, les régimes de Poutine et d’Assad sont devenus des spécialistes de la destruction des infrastructures et des installations civiles, qui sont pour les Syriens vitaux pour la survie, dans ses limites minimales. Tous les rapports des institutions de l’ONU et des organisations internationales rapportent aujourd’hui ces crimes et ces violations flagrantes des droits de l’homme en Syrie.

Les expériences passées au niveau mondial ont prouvé que l’apologie du et la clémence envers les fascistes et les dictateurs sont désastreuses pour les peuples et constituent une menace pour la paix et la sécurité internationale.

Il est clair que l’agression russe contre notre peuple et l’abus du droit de veto concernant la cause syrienne sont identiques à ce qui s’est produit il y a quelques jours concernant un projet de résolution du Conseil de sécurité relatif à l’agression russe contre l’Ukraine. En effet, le veto russe a entravé la justice, il a empêché la bonne mise en œuvre de la Charte des Nations Unies, il a fait obstruction à sa bonne marche et il a contribué à empêcher l’établissement des règles nécessaires à la paix et à la sécurité internationales dans ce monde.

En conséquence, nous vous demandons de :

1- Activer l’article 27, ainsi que le troisième alinéa de l’article 52 de la Charte des Nations Unies, pour exiger que le régime russe soit empêché de voter au Conseil de sécurité sur les projets de résolution liés à la question syrienne, car il est partie prenante au conflit.

2- Déférer le dossier syrien à l’Assemblée générale des Nations Unies sous le thème « Unis pour la paix » – Résolution 377 de l’ONU – pour analyser l’aggravation de la situation humanitaire en Syrie, prendre les mesures nécessaires pour un cessez-le-feu et pour mettre fin à la tragédie syrienne.

La souffrance de notre peuple a perduré et elle ne cesse de s’aggraver, entraînant un manque de moyens de subsistance.

3- Activer les articles 5 et 6 de la Charte des Nations Unies et obtenir une décision de l’Assemblée générale pour suspendre l’adhésion du régime d’Assad ou la jouissance de ses avantages, alors qu’il a été prouvé qu’il a commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, y compris le génocide, et l’utilisation d’armes chimiques.

4- Former un organe de gouvernance de transition indépendant du régime d’Assad, qui l’a rejeté dans sa forme et son contenu, et considérer cet organe comme le représentant légal temporaire de l’État syrien, ceci en application du communiqué de Genève, de la résolution 67/262 de l’Assemblée générale de l’ONU et des résolutions 2118 et 2254 émises par le Conseil de sécurité de l’ONU.

5- Emettre une résolution par l’Assemblée générale des Nations Unies visant à déférer les auteurs de crimes de guerre en Syrie à la Cour pénale internationale et à ouvrir une enquête sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par le régime syrien et ses partenaires russes et iraniens en Syrie, ou bien créer un tribunal spécial pour cela.

Enfin, notre sympathie aujourd’hui avec le peuple ukrainien a un goût particulier et extrêmement amer. Les armes qui détruisent aujourd’hui leur rêve de liberté sont les mêmes armes que celles que Poutine a utilisées auparavant contre notre peuple syrien avec une brutalité inimaginable. Poutine s’est même vanté d’avoir expérimenté en Syrie 231 nouveaux types d’armes, sans se soucier d’une communauté internationale qui a détourné son regard de notre tragédie et continue à le faire.

Par conséquent, nous attendons de l’ONU qu’elle assume ses responsabilités et déclare la mise en oeuvre de véritables mesures exécutives pour mettre fin à notre tragédie et à la tragédie de notre peuple, tout comme elle le fait pour la question ukrainienne.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies, Mesdames et Messieurs les représentants des États membres au Conseil de sécurité, Mesdames et Messieurs les représentants de l’Assemblée générale, Monsieur le Haut Représentant de l’Union européenne, Monsieur le Secrétaire général de la Ligue des États arabes, Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique, Mesdames et Messieurs, l’assurance de notre plus grand respect.

Les signataires :

A ce jour, le texte a été signé par plus de 540 personnes dont des personnalités de l’opposition syrienne de toute appartenance politique et de toutes les communautés religieuses et ethniques.

photo

FSD a traduit cette déclaration de l’arabe

https://femmesdemoc.wordpress.com/2022/03/17/pour-une-position-unifiee-du-peuple-syrien-en-revolution/

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Liens avec d’autres textes

La danseuse Olga Smirnova, opposée à la guerre en Ukraine, quitte le Bolchoï

https://www.francetvinfo.fr/culture/spectacles/danse/la-danseuse-olga-smirnova-opposee-a-la-guerre-en-ukraine-quitte-le-bolchoi_5018116.html

Ivan Viripaev déprogrammé des scènes russes

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/150322/ivan-viripaev-deprogramme-des-scenes-russes

Dans un contexte de répression, les artistes et militants anti-guerre russes tentent de reprendre la rue.

Amidst a Crackdown, Russia’s Anti-War Artists and Activists Try To Reclaim the Streets

https://artreview.com/amidst-a-crackdown-russia-anti-war-artists-and-activists-try-to-reclaim-the-streets/

Jade Lindgaard : À quand le retrait de Total de Russie ?

https://mediapart.emsecure.net/optiext/optiextension.dll?

Emma Bougerol : Immeubles et hôpitaux ciblés, bombes à sous-munitions : accusations de crimes de guerre en Ukraine

https://basta.media/Ukraine-immeubles-bombardes-hopitaux-cibles-bombes-a-sous-munitions-Russie-accusee-de-crime-de-guerre

Albert Herszkowicz : Soutenir vraiment l’Ukraine contre l’invasion de Poutine

https://blogs.mediapart.fr/albert-herszkowicz/blog/260222/soutenir-vraiment-lukraine-contre-linvasion-de-poutine

Réfugiés : le double discours de l’Europe

https://theconversation.com/refugies-le-double-discours-de-leurope-179220

Svitlana Krakovska, représentante ukrainienne au GIEC, en colère : « C’est une guerre des combustibles fossiles »

https://www.rtbf.be/article/svitlana-krakovska-representante-ukrainienne-au-giec-en-colere-cest-une-guerre-des-combustibles-fossiles-10956818

« Le cliché du faux réfugié obsède l’Europe depuis le XIXe siècle »

https://mailchi.mp/revueladeferlante/le-cliche-du-faux-refugie-obsede-l-europe-depuis-le-xix-e-siecle?

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En complément possible

Jean Vogel : Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien

Daria Saburova : La guerre en Ukraine et les dilemmes de la gauche occidentale

Pjotr Sauer : Russie. « Ne croyez pas la propagande. Ici, ils vous mentent. » Le vrai courage…

Les dockers d’une raffinerie britannique refusent de décharger du pétrole russe

Patrick Cockburn : « Diaboliser la Russie laisse Poutine s’en tirer à bon compte, avec le risque de rendre tout compromis impossible et de prolonger la guerre »

Ricardo Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes réfute la propagande d’Ilan Pappe qui reprend l’argumentation russe sur la nazification de l’Ukraine.

Notes de l’ISW (15 mars 2022)

« Les gens sont devenus plus aimables. » Un habitant décrit la vie à Kiev.
Témoignage recueilli par Diane Taylor

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/17/solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-troupes-russes-hors-dukraine-15/

Gal Kirn : « Contre la guerre en Ukraine et le nouvel impérialisme : une lettre de solidarité avec les opprimé·e·s »

Andrea Ferrario : « Ni avec la Russie, ni avec l’OTAN » et « pas d’armes pour l’Ukraine » : deux slogans erronés et contre-productifs

Patrick Silberstein : Ukraine : « L’armée russe est un tigre de papier et le papier est maintenant en feu »

Sotsyalnyï Roukh : L’heure est à la solidarité internationale contre la guerre  (article antérieur à l’invasion de l’Ukraine par les troupes armées russes)

Tess McClure, Peter Beaumont et Luke Harding : Les forces russes se rapprochent de la capitale ukrainienne, après 16 jours de guerre

Une blague circulant à Moscou

L’Université Lomonossov de Moscou : Contre La Guerre

Illia Ponomarenko : La Russie concentre sa puissance militaire pour l’assaut de Kiev

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Mike Davis : Poutine, Biden, Xi… « Thanatos triomphant »

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Solidarité de la gauche avec l’Ukraine

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Gilbert Achcar : L’anti-impérialisme aujourd’hui et la guerre en Ukraine. Réponse à Stathis Kouvélakis

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Étienne Balibar : « Le pacifisme n’est pas une option »

Valerie Hopkins (LVIV, Ukraine) : « Des Ukrainiens constatent que des membres de leur famille en Russie ne croient pas que c’est une guerre »

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La Cimade : Protégeons le peuple ukrainien, défendons les droits de toutes les personnes exilées

Yassin al-Haj Saleh : Pourquoi l’Ukraine est une cause syrienne

Pavlo Lodyn : L’agression de Poutine et la menace d’une catastrophe environnementale en Europe

Amélie Poinssot : L’agression russe sur l’Ukraine, un cauchemar pour l’écologie

UPJB : Sur la guerre en Ukraine

Mouvement socialiste de Russie : Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat

Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine (Québec)

Sudfa : Les Soudanais-e-s dénoncent la collaboration entre Hemetti et Poutine

Collectif Pour une Syrie Libre et Démocratique : De Grozny à Kiev en passant par Alep, allons nous indéfiniment laisser Vladimir Poutine terroriser les populations qui revendiquent la liberté et la justice ?

Siné mensuel

Solidarité avec les ukrainiens et ukrainiennes

Yorgos Mitralias : Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à… Lénine et aux bolcheviks !

Crimes contre l’humanité et CPI

Liens avec autres textes

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Déclaration de fondation du Comité de solidarité avec le peuple ukrainien et avec les opposant·e·s russes à la guerre (Suisse)

Viktoriia Pihul : Les gens du monde entier demandent au FMI d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

6 grandes ONG s’unissent face à l’ampleur des besoins humanitaires : c’est l’alliance urgences

Timothy Snyder : « Comment parler de la guerre ? » Histoire et mythe dans les écoles russes, selon « Novaya Gazeta »

Entretien avec Denys Pankratov, organisateur de l’Union des grutiers de la région de Lviv – Ukraine

L’université Lomonossov de Moscou (MGU) contre la guerre

Agression russe en Ukraine : Communiqué de l’assemblée européenne des citoyens

UJFP : Le droit international pour tous et partout, sans exception !

Liens d’initiatives de soutien à la population ukrainienne

Liens vers d’autres textes publiés dans la presse

En débat : Campisme ou anti-impérialisme. Quelques textes

Deux livres de Svetlana Alexievitch

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/07/ukraine-russie-mais-pas-que-10/

CGT : Douze questions sur la guerre en Ukraine Paix en Ukraine – Liberté en Russie

Maxime Combes, Amélie Canonne, Nicolas Haeringer : Quels sont les intérêts de TotalEnergies en Russie ?

Appel à l’action de la Confédération européenne des syndicats (CES) – La guerre en Ukraine doit cesser maintenant !

Roger Martelli : Dans la guerre ukrainienne, la gauche joue une part de sa survie

Lettre ouverte de géographes russes à Vladimir Poutine : « Nous voulons vivre sous un ciel pacifique »

Luke Harding (Lviv) : Des soldats russes démoralisés expriment leur colère d’avoir été « trompés » dans la guerre

Réseau des GLI : déclaration de solidarité avec le peuple ukrainien et ses organisations syndicales et contre la guerre menée par un régime autoritaire

Union Syndicale Solidaires : Stop au tri raciste des réfugié-es qui fuient les guerres !

Marc Bonhomme : Ukraine : la guerre de tous les risques de plus en plus cruelle

Israéliens solidaires de l’opposition russe à la guerre d’Ukraine

Volodymyr Artiukh : L’Ukraine – à la gauche occidentale, sur vos et sur nos erreurs

Michael Shank : Nous nous soucions davantage de l’Ukraine parce que les victimes sont blanches

Association France Palestine Solidarité : Non à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, il faut faire respecter le droit… partout dans le monde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/05/ukraine-russie-mais-pas-que-9/

Dockers néo-zélandais solidaires avec l’Ukraine

Pierre Baudet : La guerre en Ukraine menace la paix dans le monde…

L’édito de PEPS : L’Ukraine, une guerre aux multiples enjeux écologiques

Francine Sporenda : Poutinophilie : « c’est l’Otan le problème »

Richard Abernethy : Arrêtez la guerre impérialiste de la Russie contre l’Ukraine ! Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien !

Ecrivains du monde entier solidaires avec l’Ukraine

Igor Ilyash : Quels sont la place et le rôle de la Biélorussie dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Un appel d’un socialiste russe : Poutine intensifie la répression

Non à la guerre en Ukraine. Non à l’Otan. Contre les guerres impérialistes, femmes des peuples du monde entier Solidarité

Akram Belkaïd : Le pas de côté : Non au campisme

Québec : Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/04/ukraine-russie-8/

Les Cahiers de l’antidote n°1 « Spécial Ukraine » : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !

Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine

Pascal Boniface : Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie

Yorgos Mitralias : Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!

Izabella Marengo et Pierre Jasmin : NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN

Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire

Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine

Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne

Stefan Bekier : « Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!

Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »

Déclaration intersyndicale : Non à la guerre : retrait immédiat des troupes russes, solidarité avec le peuple ukrainien

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/03/ukraine-russie-7/

Interview de Witalij Machinko, Syndicat de solidarité des travailleurs (Trudowa Solidarnist, Kiev)

Appel du « Center for civil liberties » Ukraine

Roane Carey : Comment la gauche devrait réagir à l’invasion de l’Ukraine par la Russie

MMF France : Non à la guerre en Ukraine, Non à Poutine ! Soutien à la démocratie ukrainienne, soutien au peuple ukrainien !

Leyla Binici, Jérôme Gleizes, Abdessalam Kleiche, Myriam Laïdouni-Denis, Didier Claude Rod : Réflexions écologistes sur l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

La Cimade demande une protection pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine

Amb el poble d’Ucraïna!

Nous, Européen·ne·s de l’Est…

Patrick Cockburn : La Blitzkrieg pré-annoncée de Poutine en échec. Un danger encore plus grand (…)

NON à la guerre en Ukraine !

Des militant·es pour la démocratie au Myanmar organisent des rassemblements pour soutenir l’Ukraine

Razem : « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN… »

Fondation Frantz Fanon : Guerre d’agression contre l’Ukraine : qui a mis K.O le droit international ?

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe : Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/02/ukraine-russie-6/

Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail

Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe

Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/01/ukraine-russie-5/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar :Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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