Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [17] 

  • Notes de l’ISW (18 mars 2022)
  • Solidarité Internationale : appel à dons pour un convoi syndical en Ukraine
  • Protection temporaire pour l’Ukraine : encore des efforts pour être à la hauteur des enjeux
  • « La guerre doit être arrêtée par nous-mêmes – hommes et femmes de Russie ». Manifeste de la coalition « socialistes contre la guerre »
  • Déclaration de la Gauche Indépendante sur l’Ukraine
  • Union syndicale Solidaires : Guerre en Ukraine. Réflexions et propositions d’actions syndicales internationalistes
  • Taras Bilous : La guerre en Ukraine et les pays du Sud
  • Notes de l’ISW (19 mars 2022)
  • Aris Roussinos : « La vérité sur les milices ukrainiennes d’extrême droite. La Russie a renforcé des factions dangereuses de l’armée de Zelensky »
  • Liens avec d’autres textes

Notes de l’ISW (18 mars 2022)

L’état-major ukrainien a rapporté que la Russie avait « considérablement épuisé ses ressources humaines » en raison de pertes au combat, de cas d’automutilation pour éviter le déploiement et de facteurs psychologiques.

Les forces ukrainiennes ont probablement mené une contre-offensive réussie contre les forces russes autour de Mykolaïv au cours des derniers jours.

La capacité des forces ukrainiennes à mener une contre-attaque majeure réussie indique que les forces russes tentant d’encercler Mykolaïv sont probablement surchargées, et il est peu probable que les forces russes aient la capacité de reprendre les opérations offensives vers Odessa à court terme.

Les forces russes n’ont mené aucune opération offensive au nord-ouest ou au nord-est de Kiev le 18 mars.

Les forces russes continuent de progresser régulièrement dans la réduction de la poche de Marioupol.

Les forces ukrainiennes ont stoppé une tentative russe d’avancer au sud-est de Kharkiv, à travers la ville d’Izyum, au cours des dernières 24 heures. La Russie déploie des réserves supplémentaires pour renforcer l’axe d’avance de Kharkiv.

Les forces russes et mandataires ont réalisé des gains territoriaux mineurs au nord de la ville de Severodonetsk dans l’oblast de Louhansk et attaqueront probablement la ville elle-même dans les prochaines 24 à 48 heures.

Les renseignements militaires ukrainiens ont créé un site Web officiel pour fournir un soutien et des conseils aux combattants et civils ukrainiens dans le territoire occupé par la Russie.

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Solidarité Internationale : appel à dons pour un convoi syndical en Ukraine

Un convoi syndical pour les travailleurs et les travailleuses d’Ukraine

L’Union syndicale Solidaires participe à l’organisation d’un convoi syndical pour l’Ukraine. Elle le fait avec d’autres organisations syndicales de France et d’autres pays.

Pourquoi un convoi syndical ?

Notre engagement est syndicaliste, nous défendons les travailleurs et les travailleuses, quelle qu’ils et elles soient, en particulier quelques soient leurs origines ou nationalités.

Pourquoi en Ukraine ?

Notre solidarité, de tout temps, est internationale parce ce que nous savons que, en temps de guerre, ce sont les peuples, ceux et celles qui travaillent qui sont les victimes, et que nous pouvons l’être aussi ici demain. Nous avons exprimé cette solidarité internationaliste à de nombreuses autres occasions. Aujourd’hui, l’Ukraine est agressée militairement.

Un convoi pour qui ?

Nous récoltons de l’argent pour les syndicats et les travailleurs et travailleuses d’Ukraine et nous achèterons selon leurs besoins. Nous ne récoltons pas de biens matériels à ce stade. Nous agissons à la demande des syndicats là bas.

L’argent récolté leur sera destiné, la logistique du convoi étant financée sur les fonds de l’union syndicale Solidaires.

Nous rencontrerons nos contacts syndicaux physiquement si eux et nous le pouvons. Nous rendrons compte à notre retour des montants reçus, des actions, des personnes rencontrées. 

Comment participer ?

L’association « Convoi syndical » qui a participé à de nombreuses actions de solidarité héberge nos dons. Les syndicats, sections syndicales, syndicalistes, travailleurs et travailleuses peuvent adresser leurs chèques à l’ordre de « Convoi syndical » et les envoyer à Solidaires, 31 rue de la Grange aux belles, 75010 Paris ou effectuer un virement sur le compte du Convoi syndical : 2796496A020 La Banque postale.

https://solidaires.org/Solidarite-Internationale-appel-a-dons-pour-un-convoi-syndicale-en-Ukraine

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Protection temporaire pour l’Ukraine :
encore des efforts pour être à la hauteur des enjeux

Les ministres de l’intérieur, de la santé, du logement et de la citoyenneté ont diffusé une instruction conjointe en date du 10 mars 2022 sur l’application de la protection temporaire pour les personnes en provenance d’Ukraine.

Plus de trois millions de personnes ont fui l’invasion du pays par l’armée russe. Les pays d’Europe centrale et orientale en accueillent le plus grand nombre. Parce que la France a une tradition d’asile et parce qu’elle préside le conseil de l’Union européenne pour six mois, elle doit être exemplaire dans la réponse à celles et ceux qui fuient la guerre et les persécutions.

Concernant la protection temporaire, la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) qui avait demandé à plusieurs reprises son application pour les personnes fuyant la guerre civile en Irak, en Libye ou en Syrie, salue son activation pour la première fois en vingt-et-un ans, pour les ressortissant-e-s ukrainien-ne-s et les réfugié-e-s qui résidaient en Ukraine avant le 24 février 2022.

Cependant, les personnes qui ont demandé asile en Ukraine sont exclues de son bénéfice et invitées à solliciter l’asile dans le premier pays européen où leurs empreintes sont relevées, en raison de l’application du règlement Dublin. Quant aux résident-e-s étranger-e-s en Ukraine, la décision du Conseil de l’Union européenne du 4 mars 2022 conditionne l’application de la protection temporaire à l’impossibilité de « retour dans des conditions sûres et durables » dans le pays d’origine. Cette notion, qui n’a pas été clairement définie, est laissée à l’appréciation au cas par cas des préfectures, ce qui fait craindre un traitement inégalitaire des situations d’un département à l’autre. Pour la CFDA, cette notion ne doit pas être restreinte aux seuls risques pour la vie et pour la liberté mais tenir compte de la possibilité ou non de mener une « existence normale », notamment celle possibilité de travailler ou d’étudier[1].

La CFDA demande que la protection temporaire soit étendue à tous les ressortissant-e-s non ukrainien-ne-s qui résidaient en Ukraine et qui ont dû fuir le pays, notamment les personnes qui y ont demandé asile ou y étudiaient, comme le permet la directive européenne sur la protection temporaire.

Concernant l’accueil et l’hébergement, la CFDA salue la mobilisation citoyenne exceptionnelle pour les réfugié-e-s en provenance d’Ukraine et les propositions d’hébergement citoyen. Ce dernier doit être structuré et accompagné et ne peut constituer une réponse pérenne. Les pouvoirs publics doivent organiser un dispositif d’accueil à la hauteur, avec la création massive de places d’hébergement ou de logement, en concertation avec l’ensemble de la société civile mobilisée. Les acteurs institutionnels et associatifs doivent être renforcés pour être en mesure de proposer un accompagnement global, dans la durée, afin d’assurer l’autonomie et l’insertion sociale et linguistique des personnes, ainsi qu’un suivi médical et psychologique. Un pilotage interministériel est nécessaire pour répondre aux besoins globaux des réfugié-e-s.

Concernant l’accès au marché du travail, la CFDA demande une simplification de la procédure pour garantir le droit effectif et rapide au travail.

Concernant les demandes d’asile ou de réexamen des personnes ukrainiennes ou opposantes russes ou biélorusses, déjà présentes en France ou qui viennent d’arriver, elles doivent être enregistrées et examinées dans les meilleurs délais. Les examens des dossiers ne doivent pas être gelés, comme cela semble être le cas à la Cour nationale du droit d’asile. Dans tous les cas, les personnes doivent bénéficier des conditions matérielles d’accueil pour subvenir à leurs besoins. Concernant les opposants et opposantes à la guerre en Russie, la France doit protéger les personnes qui cherchent en ce moment à fuir la Russie par crainte de persécutions en raison de leur objection de conscience à la guerre d’invasion, notamment en leur délivrant des visas au titre de l’asile dans les consulats français de Russie ou des pays limitrophes.

Pour les personnes ukrainiennes en transit vers le Royaume-Uni, les autorités françaises doivent intervenir auprès du gouvernement britannique pour qu’elles puissent rejoindre ce pays sans être soumises à un visa.

La solidarité vis-à-vis des personnes qui fuient l’Ukraine doit inspirer la politique publique en matière d’asile. Elle ne doit pas se faire au détriment des demandeurs d’asile et réfugiés d’autres nationalités, en particulier en ce qui concerne l’accès à l’hébergement, les délais d’instruction des dossiers ou l’accès aux droits comme les conditions matérielles d’accueil ou l’assurance maladie.

La Coordination française pour le droit d’asile rassemble les organisations suivantes :

Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) ; Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE) ; Amnesty International – Section Française ; Association pour la Reconnaissance des Droits des personnes Homosexuelles et trans à l’Immigration et au Séjour (Ardhis) ; Association d’avocats liés au Conseil Européen pour les Réfugiés et Exilés (Elena-France) ; La Cimade (Service œcuménique d’entraide) ; Comité pour la santé des exilés (Comede) ; Dom Asile ; Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s (Fasti) ; Groupe accueil et solidarité (Gas) ; Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (Gisti) ; Jesuite Refugee Service (JRS-France) ; Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; Médecins du Monde ; Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) ; Centre Primo Levi (Centre de soins et soutien aux victimes de la torture et des violences politiques) ; Secours Catholique (Caritas France).

Sont également signataires :

Association d’Accueil des Demandeurs d’Asile (AADA) ; Comité meusois d’accueil des demandeurs d’asile (COMADA) ; Fédération des acteurs de la solidarité ; Fédération de l’entraide protestante ; Forum-réfugiés-Cosi ; France terre d’asile ; Français langue d’accueil.

Le 18 mars 2022

[1] voir décision du conseil constitutionnel n° 2003-485 dc du 4 décembre 2003, §17.

https://www.ldh-france.org/protection-temporaire-pour-lukraine-encore-des-efforts-pour-etre-a-la-hauteur-des-enjeux/

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« La guerre doit être arrêtée par nous-mêmes –
hommes et femmes de Russie »

Manifeste de la coalition « socialistes contre la guerre »

Ce pouvoir, fondé sur des promesses de paix et de stabilité, a finalement conduit le pays à la guerre et à la catastrophe économique.

Comme toute autre guerre dans l’histoire, celle d’aujourd’hui divise tout le monde en deux parties: les pour et les contre. La propagande du Kremlin tente de nous convaincre que toute la nation s’est ralliée au pouvoir. Et seuls de misérables ancêtres, libéraux pro-occidentaux et mercenaires de l’ennemi extérieur se battent pour la paix. C’est un mensonge complètement indéfendable. Cette fois, les anciens du Kremlin étaient en minorité. La plupart des Russes ne veulent pas de guerre fratricide, même parmi ceux qui font encore confiance aux autorités russes. Ils ferment les yeux pour ne pas voir s’écrouler le monde dessiné par les propagandistes. Ils espèrent encore que ce qui se passe n’est pas une guerre, surtout pas agressive, mais une « opération spéciale » destinée à « libérer » le peuple ukrainien. Des images terribles de bombardements et de pilonnages brutaux des villes vont bientôt détruire ces mythes. Et alors, même les électeurs les plus fidèles de Poutine diront: nous n’avons pas donné notre consentement à cette guerre injuste!

Mais dès à présent, des dizaines de millions de personnes à travers le pays sont horrifiées et dégoûtées par ce que fait l’administration de Poutine. Ces personnes ont des convictions différentes. La plupart d’entre elles ne sont pas du tout libérales, comme le prétendent les propagandistes. Parmi eux, il y a beaucoup de gens de gauche, socialistes ou communistes. Et bien sûr, ces personnes – la majorité de notre peuple – sont des patriotes sincères de notre patrie.

On nous ment en disant que les opposants à cette guerre sont des hypocrites. Qu’ils ne sont pas contre la guerre, mais seulement favorables à l’Occident. C’est un mensonge. Nous n’avons jamais été des partisans des Etats-Unis et de leur politique impérialiste. Lorsque les troupes ukrainiennes ont bombardé Donetsk et Lougansk, nous ne nous sommes pas tus. Ne restons pas silencieux alors que maintenant Kharkiv, Kiev et Odessa sont bombardées sur ordre de Poutine et de sa camarilla.

Il y a de nombreuses raisons de lutter contre la guerre. Pour nous, partisans de la justice sociale, de l’égalité et de la liberté, plusieurs d’entre elles sont particulièrement importantes.

  • C’est une guerre injuste, une guerre de conquête. Il n’y avait pas et il n’y a pas de telle menace pour l’Etat russe qui ferait qu’il était nécessaire d’envoyer nos soldats tuer et mourir. Aujourd’hui, ils ne « libèrent personne ». Ils n’aident aucun mouvement populaire. C’est simplement que l’armée régulière brise les paisibles villes ukrainiennes sur ordre d’une poignée de milliardaires qui rêvent de maintenir à jamais leur pouvoir sur la Russie.

  • Cette guerre entraîne d’innombrables désastres pour nos peuples. Ukrainiens et Russes la paient de leur sang. Mais même loin à l’arrière, la pauvreté, l’inflation, le chômage toucheront tout le monde. Les factures ne seront pas payées par les oligarques et les fonctionnaires, mais par les pauvres enseignants, par les travailleurs et travailleuses, les retraité·e·s et les chômeurs et chômeuses. Beaucoup d’entre nous n’auront rien pour nourrir les enfants.

  • Cette guerre va transformer l’Ukraine en ruines et la Russie en une grande prison. Les médias d’opposition sont déjà fermés. Des gens sont jetés derrière les barreaux pour des tracts, des piquets de protestation inoffensifs, même pour des messages sur les réseaux sociaux. Bientôt, les Russes n’auront plus qu’un seul choix: entre la prison et le bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire. La guerre amène avec elle une dictature que les générations actuelles n’ont pas encore vue.

  • Cette guerre augmente considérablement tous les risques et menaces pour notre pays. Même les Ukrainiens qui sympathisaient avec la Russie il y a une semaine s’enrôlent maintenant dans les milices pour combattre nos troupes. Avec son agression, Poutine a annulé tous les crimes des nationalistes ukrainiens, toutes les intrigues des faucons américains et de l’OTAN. Poutine leur a donné de tels arguments que de nouveaux missiles et de nouvelles bases militaires apparaîtront presque certainement le long du périmètre de nos frontières.

  • Enfin, la lutte pour la paix est un devoir patriotique pour chaque Russe. Non seulement parce que nous sommes les gardiens de la mémoire de la plus terrible guerre de l’histoire. Mais aussi parce que cette guerre menace l’intégrité et l’existence même de la Russie.

Poutine essaie de lier étroitement son propre destin au destin de notre pays. S’il réussit, sa défaite inévitable sera la défaite de toute la nation. Et alors le sort de l’Allemagne d’après-guerre peut vraiment nous attendre: occupation, partition territoriale, culte de la culpabilité collective.

Il n’y a qu’un seul moyen d’éviter ces désastres. La guerre doit être arrêtée par nous-mêmes – hommes et femmes de Russie. Ce pays nous appartient, pas à une poignée de vieux fous disposant de palaces et de yachts. Il est temps de le récupérer. Nos ennemis ne sont pas à Kiev et Odessa, mais à Moscou. Il est temps de les virer de là. La guerre n’est pas le fait de la Russie. La guerre est le fait de Poutine et de son régime. C’est pourquoi, nous, les socialistes et communistes russes, sommes contre cette guerre criminelle. Nous voulons l’arrêter pour sauver la Russie.

Pas d’intervention !

Pas de dictature !

Pas de pauvreté !

Publié par le site Left East, le 17 mars 2022 en anglais ; traduction rédaction A l’Encontre. L’original en russe a été publié le 3 mars

Https://newpol.org/russia-manifesto-of-the-socialists-against-war-coalition/

http://alencontre.org/europe/russie/russie-la-guerre-doit-etre-arretee-par-nous-memes-hommes-et-femmes-de-russie.html

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Déclaration de la Gauche Indépendante sur l’Ukraine

La Gauche indépendante condamne l’invasion russe de l’Ukraine ; la guerre de Poutine est une aventure impérialiste. Nous soutenons la demande de retrait complet des forces russes de toute l’Ukraine.

Nous soutenons le droit du peuple ukrainien à résister à l’invasion russe par tous les moyens nécessaires – résistance armée et civile. Nous défendons le droit de la classe ouvrière ukrainienne de s’armer afin de résister à la conquête par l’armée russe. S’ils y parviennent, malgré l’extraordinaire disparité des équipements militaires, la défaite de l’armée russe inspirera la résistance à l’impérialisme sous toutes ses formes, qu’il soit dirigé par les Etats-Unis, la Chine ou toute autre grande puissance tentée d’utiliser la force pour servir ses intérêts.

Il ne s’agit pas d’une guerre défensive, mais d’une guerre offensive, menée par l’une des puissances impérialistes du monde ; une puissance qui s’est engagée dans de nombreuses interventions militaires pour s’assurer des richesses et une influence stratégique, y compris la défaite de la révolution du peuple syrien et la récente répression de la révolte de la classe ouvrière au Kazakhstan.

Nous soutenons le courageux mouvement anti-guerre en Russie, un mouvement qui se développera en proportion de la résistance du peuple ukrainien à l’invasion. La défaite de l’armée russe en Ukraine sera une victoire pour la classe ouvrière russe car elle fera avancer la perspective de la chute du régime de droite, le régime autoritaire de Poutine, et du capitalisme oligarchique sur lequel il est basé. Nous rejetons toute tentative de blâmer le peuple russe dans son ensemble pour cette aventure de la classe dirigeante, et si nous soutenons toute mesure qui affaiblit l’élite dirigeante russe, nous nous opposons à toute sanction internationale uniquement destinée à punir la classe ouvrière russe. Nous nous opposons à la militarisation de l’Europe par l’OTAN, qui est un instrument de l’impérialisme américain. Il convient de noter que l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN et qu’il y avait peu de chances qu’elle le devienne, et que l’OTAN a clairement indiqué qu’elle n’interviendrait pas directement. À ce stade, l’OTAN n’est pas en guerre en Ukraine, et nous rejetons donc les slogans abstraits de ceux dont la focalisation sur l’OTAN les conduit à être équivoques, voire opposés à la victoire de la résistance ukrainienne.

Comme dans toutes les guerres anti-impériales de l’histoire, il y a une gauche et une droite au sein de la résistance ukrainienne. Sans aucunement mettre de conditions à notre soutien à l’objectif de vaincre l’invasion russe, nous appelons tous les socialistes et syndicalistes à organiser un soutien actif aux communautés et organisations de la classe ouvrière ukrainienne dans leurs efforts de résistance à l’impérialisme, en faisant un don ou en collectant des fonds pour leur victoire par le biais de la campagne de solidarité avec l’Ukraine.

https://independentleft.ie/statement_ukraine/

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Guerre en Ukraine. Réflexions et propositions d’actions syndicales internationalistes

Cette note est établie à partir du point fait lors du Bureau national de mars, de contributions d’organisations membres, du travail de la commission internationale, d’échanges intersyndicaux tant nationaux via l’intersyndicale CGT/FSU/Solidaires qu’internationaux via le Réseau syndical international de solidarité et de luttes (http://www.laboursolidarity.org). Tout ceci est aussi alimenté par les échanges et réflexions au sein de cadres unitaires plus larges dans lesquels nous sommes présents [1].

Au-delà des constats et analyses, le syndicalisme a pour rôle d’agir. Les propositions qui suivent reposent sur le travail international mené par Solidaires depuis des années et s’articulent avec les initiatives, contacts et publications de ces derniers jours. Elles permettent de répondre, sur la base d’actions concrètes et non de polémiques inutiles, au sectarisme de quelques communications d’autres organisations syndicales, et surtout à l’hypocrisie de celles provenant du gouvernement et du patronat.

La note introductive au débat du Bureau national du 9 mars rappelait le positionnement de l’Union syndicale Solidaires dès le premier jour de la guerre (en réalité avant même le début de cette guerre, car ceci s’inscrit dans la tradition et la pratique syndicalistes internationalistes que nous essayons de mettre en œuvre) : retrait immédiat des troupes russes – droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à s’auto-déterminer – nécessité d’un cessez le feu immédiat et de la construction d’une paix négociée – soutien aux personnes qui luttent contre la guerre, notamment dans les pays en guerre – accueil digne et massif de tous les réfugié∙es, d’où qu’elles/ils viennent et lutte contre toutes les inégalités et discriminations, – participation, sur nos bases, aux mobilisations et manifestations pour la paix – participation, si possible unitaire, aux initiatives de solidarité avec la population ukrainienne, par exemple de type « convoi syndical » pour apporter du matériel de secours, dénonciation du nationalisme et du capitalisme cause de guerre – internationalisme comme alternative au nationalisme – nécessaire lutte pour disparition des paradis fiscaux – urgence d’une transition écologique vers la fin de l’utilisation massive des énergies fossiles.

C’est le pouvoir russe, le régime de Poutine, qui porte la responsabilité de cette guerre. Nous devons partir de ce constat. Il s’agit, après notamment l’annexion de la Crimée, d’une nouvelle intervention militaire impérialiste, de la part d’un régime dictatorial qui exerce une très forte répression voire un écrasement des mouvements populaires, dont le mouvement syndical lorsqu’il est indépendant (Ukraine, Biélorussie, Kazakhstan encore récemment).

Ce constat ne retire rien au fait que nous étions, depuis longtemps, partie prenante de collectifs et initiatives réclamant la dissolution de l’OTAN. Il n’y a aucune raison de remettre cela en cause, c’est un de nos rôles en tant qu’organisation d’un pays membre de l’OTAN, mais l’exigence de dissolution de l’OTAN ne doit pas être utilisée comme un argument qui viserait, volontairement ou non, à « équilibrer » les responsabilités vis-à-vis de ce qui se passe en Ukraine.

Pour Solidaires, le mot d’ordre de « construction d’une paix négociée » renvoie à l’idée qu’une guerre, en dehors de l’écrasement d’une des parties engagée, ne peut finir que par un accord multilatéral. Pour autant après discussion postérieure au bureau national, il apparaît que ce mot d’ordre peut être compris (et parfois utilisé) comme renvoyant dos à dos agresseurs et agressé∙es en leur demandant de trouver une solution « raisonnable », alors que la population ukrainienne est agressée et entrée en résistance. Le secrétariat national propose de ne pas utiliser ce mot d’ordre en attendant de nouvelles discussions des instances de l’Union début avril. En effet, il ne s’agit pas d’avaliser les avancées militaires russes. Ce serait s’aligner sur la politique de celles et ceux qui se limitaient à dire « paix au Vietnam » ou « paix en Algérie », en gommant la résistance des peuples vietnamiens, algériens, en refusant de soutenir celles et ceux qui résistaient aux forces d’occupation et de répression. Pour l’heure, sur le sujet dont nous parlons ici, il faut soutenir la lutte de la population d’Ukraine contre l’invasion militaire russe, pas revendiquer une « paix négociée » sur la base d’un rapport de force qui entérinerait la situation créée par l’agression impérialiste de l’État russe, par la barbarie militaire en action depuis le 24 février.

A propos du gouvernement ukrainien, des forces politiques présentes en Ukraine : le premier est critiquable, c’est une évidence. Mais il n’a rien de comparable à une dictature. Parmi les secondes, il existe des groupes d’extrême droite ; cela renforce la nécessité pour nous d’avoir des contacts directs, notamment avec des syndicalistes, mais ça ne justifie aucune restriction au soutien à la résistance contre l’invasion et l’occupation russes (des forces d’extrême droite existent en Franc ; heureusement, nos partenaires internationaux n’ont pas décidé de rompre les relations avec nous pour autant). L’histoire de la Résistance en France lors de la seconde Guerre mondiale rappelle aussi la grande diversité des origines politiques des personnes qui s’y sont investies. Un des enjeux étant que le mouvement ouvrier y pèse le plus possible.

Avec la résistance ukrainienne, l’autre clef de la situation est ce qui se passe en Russie, avec les mouvements de contestation et/ou refus de la guerre, avec les « interrogations » qui se font jour parmi les soldats. Soutenir la résistance en Ukraine et les désobéissances en Russie sont des impératifs aujourd’hui, car on ne construira pas la paix et la justice dans le monde si la résistance ukrainienne est écrasée et que le régime de Poutine sort renforcé par la guerre.

Notre propos n’est ni celui d’organisations humanitaires, ni celui d’institutions type ONU, ni de commentateurs ou commentatrices de l’actualité internationale. Nous pouvons bien entendu nous nourrir d’analyses diverses, nous ne pouvons pas nous limiter aux analyses et à débattre des insuffisances de tel ou tel texte. Notre activité syndicale internationaliste doit être… syndicale ; syndicale au sens où nous l’entendons, c’est-à-dire en assumant toute sa dimension politique, mais à partir de la défense et des intérêts de notre classe sociale et dans une perspective émancipatrice. Tous ces mots ont un aspect dérisoire dans une situation de guerre. Pour limiter le caractère dérisoire de notre activité face à cette situation, nous proposons quelques axes de travail pour notre Union syndicale Solidaires.

– * –

  • Les peuples d’Ukraine sont directement touchés par la guerre et ses effroyables conséquences. Disposer des moyens pour résister est, pour eux, une nécessité vitale.

  • Soutenir les millions de personnes condamnées à l’exil en est une autre. Ce sont deux impératifs vitaux pour les populations locales, deux axes prioritaires pour notre engagement syndical internationaliste.

  • Le troisième axe est le soutien (notamment par l’information) à celles et ceux qui, en Russie, combattent la guerre et le régime de Poutine.

Tout cela, faisons-le à partir de nos réalités, nos actions, ici et maintenant. Cela ne nous empêche pas de débattre de la situation et de travailler avec d’autres mais ce sera plus utile que de multiplier les déclarations conclues par un appel aux gouvernements, à l’Union européenne ou autre institution organisatrice de l’ordre capitaliste qui est au cœur de la situation actuelle.

– 1 –

Une de nos priorités est de donner la parole aux syndicalistes d’Ukraine, de Russie, de Biélorussie, de Pologne, etc. Nous devons poursuivre et amplifier le travail entamé à travers le Réseau syndical international de solidarité et de luttes. Plusieurs déclarations, appels et interviews ont été publiés (http://www.laboursolidarity.org/-Europe-)et le travail se poursuit. Des organisations Solidaires ont communiqué à partir des réalités de leur secteur professionnel ; c’est important.

Il faut continuer à faire connaître les expressions et actions des syndicalistes dans les pays concernés, poursuivre le travail de contacts, échanges, etc. La note journalière, le site et les différents canaux d’information Solidaires seront utilisés pour cela, à travers une page dédiée.

Sont envisagées des « meetings » (visio) avec des camarades syndicalistes de cette région du monde. Ceci, tant dans le cadre de l’intersyndicale CGT/FSU/Solidaires que du Réseau syndical international de solidarité et de luttes.

Par ailleurs, nous publierons prochainement une note présentant les forces syndicales en Ukraine, Russie, Biélorussie.

– 2 –

Concernant les réfugié∙es, l’Union syndicale Solidaires et plusieurs des organisations membres interviennent sur ce sujet depuis bien longtemps. Face à la situation présente des initiatives spécifiques ont été prises : par exemple, par SUD-Rail (https://sudrail.fr/Communique-de-Presse-RSISL) ou SUD Education (https://www.sudeducation.org/communiques/des-moyens-pour-accueillir-et-scolariser-les-eleves-et-etudiant⋅es-ukrainien⋅nes/). Celles-ci s’inscrivent, bien évidemment, à la fois dans le moment que nous vivons et dans le positionnement de fond de notre organisation. Nous parlons bien, dans le cas présent, des « réfugié∙es d’Ukraine » et pas des « réfugié∙es de nationalité ukrainienne ».

Ce que nous pouvons obtenir pour elles et eux doit servir de point d’appui pour montrer que c’est possible pour toutes et tous les réfugié∙es. C’est une évidence pour toutes et tous les camarades de Solidaires impliqué∙es dans ces luttes depuis des années ; mais peut-être que cela va mieux en le (re)disant. En France (pas seulement, bien sûr), depuis des années, les gouvernements mènent des politiques racistes, façonnent un racisme structurel. Il n’est donc pas étonnant de retrouver cet insupportable rhétorique à travers les réfugié.es venant d’Ukraine. Des choses sont présentées comme « possibles », « normales », pour la majeure partie des réfugié∙es venant d’Ukraine ? Alors, faisons en sorte qu’elles le soient pour toutes les personnes migrantes ! Expliquons-le sans relâche. Ajoutons que lorsqu’on parle de réfugié∙es, de migrant∙es, d’exilé∙es, les grèves de travailleurs sans-papiers comme celles de DPD, Chronopost et RSI soutenues par Solidaires depuis des mois en Ile-de-France sont aussi en plein dans le sujet ; le soutien actif est une des réponses à celles et ceux qui veulent trier les réfugié∙es.

– 3 –

Localement, des collectifs, des militantes et militants Solidaires, sont impliqué∙es dans des initiatives visant à faire parvenir à la population d’Ukraine ce qui lui est nécessaire pour vivre, survivre, continuer la résistance à l’agression de l’Etat russe. Nous pouvons être utile en faisant connaître ces initiatives, en mettant en contact avec des syndicalistes d’Ukraine, de Pologne, etc., comme nous avons commencé à le faire, grâce au Réseau syndical international de solidarité et de luttes et à divers contacts de militantes et militants qu’il faut continuer à collectiviser. Un convoi part ces jours-ci de Bretagne, dans un cadre associatif préexistant (https://www.0d.network/2022/03/) dans lequel des camarades de Solidaires Finistère sont investi∙es ; nous avons aidé aux contacts en Pologne, Roumanie et Ukraine et répondu positivement au soutien financier pour permettre cette première réalisation. Dans diverses régions, des structures, des militantes et militants Solidaires participent à des initiatives similaires ; nous ferons le nécessaire pour répondre au mieux aux sollicitations, notamment pour les demandes de contacts.

Nous sommes à l’origine de discussions pour organiser des initiatives similaires au plan national et international. Deux projets sont lancés.

En France, une intersyndicale CGT/FSU/Solidaires s’est mise en place. Outre l’échange d’informations, elle travaille sur la construction d’un tel convoi, dont la proposition a été faite aussi à CFDT, FO, CFTC, CGC et UNSA. Une réunion doit se tenir dans quelques jours pour avancer dans le projet.

Au sein du Réseau syndical international de solidarité et de luttes ; là, l’idée est d’organiser quelque chose qui aurait lieu dans la suite de la rencontre du Réseau, du 21 au 24 avril à Dijon. Cela permettrait à des organisations présentes en France à cette occasion de participer à l’initiative, de lui donner un caractère internationaliste encore plus affirmé ; les camarades de CSP-Conlutas (Brésil), d’ores et déjà, sont partant∙es ; les camarades d’OZZ IP (Pologne) sont déjà très largement impliqué.es dans l’actuel travail syndical internationaliste (accueil des personnes réfugiées, liens avec des syndicalistes d’Ukraine, etc.).

Des militantes et militants de Solidaires ont l’expérience de l’association Convoi syndical, active par exemple lors des guerres en Bosnie, en Tchétchénie. Des structures membres de Solidaires ont indiqué leur volonté de participer à ce type d’initiatives. Nous continuons à travailler sur ces deux projets. Concernant l’aspect financier, proposition est faite de lancer un appel à souscription pour ces convois, d’utiliser la somme prévue pour les activités internationales de l’an dernier (non dépensée vue la situation sanitaire), et de discuter lors du prochain Comité national d’un abondement exceptionnel lié à la situation exceptionnelle, de lancer un appel à souscription pour ces convois. Pour rendre les choses plus « lisibles », nous utilisons le compte de Convoi syndical.

Une note spécifique sera faite sur cette question de la solidarité financière, présentant les projets et donnant les informations concrètes pour souscrire.

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Au-delà de l’urgence et des réponses que nous pouvons tenter d’y apporter, la guerre en Ukraine amène aussi à se reposer les questions liées aux ventes d’armes, à la fabrication d’armes et donc à la reconversion, aux budgets engloutis dans l’armement, aux politiques militaristes, aux guerres qui ont lieu ailleurs dans le monde. N’oublions pas que l’État français a vendu des armes à la Russie jusqu’en 2020. Un travail de réflexion avec des collectifs militants intervenant sur ces sujets est à reprendre, dans une perspective syndicale. Il n’a d’intérêt que s’il repose sur un lien réel avec les collectifs syndicaux que nous avons dans les secteurs les plus directement concernés.

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Pour l’Union syndicale Solidaires, le soutien aux populations d’Ukraine et la lutte contre cette guerre ne doivent pas se faire au détriment d’autre champs de notre activité internationale, d’autres causes (Palestine, Kurdistan, Syrie, Françafrique, Afghanistan, Chiapas, etc.) A ce propos, dans la suite de liens anciens et repris en 2021, nous travaillons à la venue en France de militantes afghanes de Rawa, association de femmes qui luttent pour les droits des femmes, pour le respect des droits humains, contre la guerre, depuis 1977 et donc contre l’occupation soviétique, contre les talibans, contre l’occupation américaine… Nous ne perdons pas de vue que les actions gouvernementales et européennes mises en œuvre aujourd’hui : sanctions, livraisons d’armes… sont jugées intolérables en particulier en ce qui concerne la situation en Palestine confrontée au refus d’application du droit international par Israël et à la criminalisation des Palestinien·nes qui résistent et de ceux et celles qui les soutiennent. Palestine ou Kurdistan… On est bien dans le 2 poids, 2 mesures montrant, comme s’agissant des réfugié·es, la duplicité de ceux et celles qui nous dirigent.

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Au sein de la commission internationale, un groupe spécifique a été mise en place : ukraine@solidaires.org Comme la commission internationale (et les autres commissions !), il est ouvert à toutes les structures professionnelles et interprofessionnelles de notre Union.

[1] Voir par exemple : les publications Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine (https://solidaires.org/Liberte-et-democratie-pour-les-peuples-d-Ukraine) sur l’initiative des éditions Syllepse, avec notamment Les utopiques et le Réseau syndical international de solidarité et de luttes ; le Collectif des Marches pour la paix (https://www.collectifpaix.org) dont Solidaires est membre ; l’initiative européenne Stop war in Ukraine, rassemblant les organisations syndicales de la mouvance Alter summit (http://www.altersummit.eu/?lang=fr), des organisations politiques et associatives, des individualités.

Télécharger le document au format PdF : 2022 – 3 – 16 – Solidaires Guerre en Ukraine Rélfléxions et propositions internationalistes

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La guerre en Ukraine et les pays du Sud

Le 10 mars 2022, The Guardian a publié un article intitulé « L’ouest contre la Russie : pourquoi les pays du Sud ne prennent pas parti », par David Adler, le coordinateur général de Progressive International. En substance, l’auteur du texte tente de justifier la position de la partie de la gauche occidentale qui a refusé de soutenir la résistance du peuple ukrainien contre l’agression de Poutine et s’est limitée à des appels généraux à la paix et à une « solution diplomatique ». J’ai décidé d’écrire une réponse à cet article pour plusieurs raisons. Premièrement, son argument principal peut sembler convaincant pour de nombreux gauchistes, alors que je ne suis pas d’accord avec lui ; deuxièmement, notre Commons Journal est toujours membre de Progressive International ; et troisièmement, l’auteur se réfère directement à ma « lettre à la gauche occidentale », d’où son article est également une réponse pour moi. C’est ma tentative de poursuivre ce dialogue.

Droit international

L’article d’Adler commence par une référence à une session d’urgence de l’Assemblée générale des Nations unies sur l’agression russe contre l’Ukraine. Franchement, cela m’a surpris, car dans le contexte de la déclaration édentée du Cabinet international progressiste, la résolution de l’ONU est franchement un parangon de radicalisme. Malheureusement, David Adler n’explique pas pourquoi le Cabinet non élu de l’Internationale progressiste n’a pas fait ce que 141 pays à l’Assemblée générale ont fait – soutenir la demande faite à la Russie de « retirer immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces armées d’Ukraine ». Au lieu de cela, Adler souligne que les pays du Sud n’ont pas imposé de sanctions contre la Russie, de sorte que ce ne sont que « l’Occident » et ses alliés d’Asie de l’Est qui font activement pression sur la Russie.

« [L]a véritable fossé n’est pas entre la gauche et la droite, ni même entre l’est et l’ouest », écrit Adler, mais « entre le nord et le sud, entre les nations que nous appelons développées et celles que nous appelons en développement ». En bref, en soulignant la réticence des gouvernements des pays du Sud à imposer des sanctions, Adler tente de s’absoudre de toute responsabilité et de maintenir sa position d’autruche.

Je n’ai pas l’intention de réduire l’écart entre les pays du Sud et l’Ouest. Au contraire, en tant que résident du pays le plus pauvre d’Europe de l’Est, je suis sensible à la réticence des pays pauvres à subir des pertes économiques évidentes en raison de leur implication active dans le conflit. D’autant plus que c’est le Sud, et non l’Occident, qui souffrira de la crise alimentaire qui nous attend tous à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais j’ai une attitude complètement différente à l’égard de la réticence des pays riches à imposer des sanctions parce que celles-ci entraîneraient des pertes pour eux. Les gouvernements occidentaux n’ont aucune excuse dans cette affaire. Et, pour la gauche occidentale, la position des pays du Sud ne peut servir d’excuse pour tenter de se retirer de ce conflit.

Cependant, la réticence à participer activement au conflit des pays qui ont été victimes de l’impérialisme occidental a non seulement des raisons économiques, mais aussi des raisons historiques et politiques évidentes, auxquelles Adler fait référence. Il cite également Pierre Sané, président de l’Institut Imagine Africa et ancien secrétaire général d’Amnesty International. « Neutralité ne signifie pas indifférence », dit Pierre Sané. « Neutralité signifie appeler continuellement au respect des lois internationales ». La position de Pierre Sané est sans équivoque. Celle de l’Internationale progressiste, d’autre part, ne l’est pas, et je ne peux m’empêcher de demander à nouveau, pourquoi sa déclaration n’a-t-elle pas appelé au respect du droit international et, par conséquent, a-t-elle exigé que la Russie retire immédiatement ses troupes d’Ukraine ?

Comme l’a souligné Marwan Bishara, la réticence de nombreux pays à s’impliquer dans le conflit « a moins à voir avec l’Ukraine et plus à voir avec l’Amérique ». C’est compréhensible. Mais défendre le droit international maintenant, c’est soutenir la lutte du peuple ukrainien pour sa liberté et son indépendance, au moins par des déclarations. Malheureusement, l’Internationale progressiste ne l’a même pas fait.

Parallèles historiques

David Adler établit un parallèle entre la réticence des pays du Sud à participer activement au conflit actuel et le Mouvement des non-alignés pendant la guerre froide. Mais il ignore une différence fondamentale entre le conflit actuel et la guerre froide. Si l’Occident n’a pas beaucoup changé politiquement depuis la guerre froide, l’autre face du conflit, la Russie, a radicalement changé. Qu’on le veuille ou non, la Russie a aujourd’hui plus en commun avec le Troisième Reich qu’avec l’Union soviétique. Je ne considère pas le régime de Poutine comme fasciste, mais dans ce cas, il est vraiment difficile d’éviter les parallèles. Dans les deux cas, nous avons un empire qui a perdu la confrontation mondiale, avec lequel l’ennemi s’est comporté avec arrogance après la victoire, et où les sentiments revanchards se sont enracinés. Une société qui n’acceptait pas les pertes territoriales et soutenait l’utilisation de la force militaire brutale pour regagner du territoire.

L’Union soviétique, malgré son autoritarisme, ses déportations et ses massacres, a offert au monde un projet progressiste certain. Le régime de Poutine ne promeut que le conservatisme, le nationalisme agressif et la division du monde en sphères d’influence des « grandes puissances ». À cet égard, malgré toutes les différences, le Troisième Reich est l’analogie la plus proche de la Russie de Poutine.

La réticence des pays du Sud à soutenir la pression occidentale sur la Russie est également comparable à la réticence des mouvements anti-coloniaux à soutenir les guerres de leurs métropoles avec les pays de l’Axe. Il est souvent passé sous silence maintenant, mais les colonies africaines et asiatiques des États européens avaient des attitudes différentes à l’égard de la participation à la Seconde Guerre mondiale. Chandra Bose, l’un des dirigeants du Congrès national indien, a même coopéré avec les Allemands et les Japonais et a participé à la formation de la Légion SS de l’Inde libre. Et il était loin d’être seul – comme le note l’historien David Motadel :

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de révolutionnaires anti-coloniaux ont afflué en Allemagne en provenance d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie centrale et du Sud, faisant de Berlin en temps de guerre une plaque tournante de l’activisme révolutionnaire anti-impérial mondial. Poussés par les contingences de la guerre, les responsables allemands ont fait des efforts croissants pour mobiliser les mouvements anti-impériaux, en tendant la main aux sujets des empires britannique et français et des minorités de l’Union soviétique.

Je ne mentionne pas cela pour juger les personnes qui ont pris part à ces mouvements anti-coloniaux. Il n’y a pas d’ambiguïté au sujet du Troisième Reich, mais les mouvements anti-coloniaux qui ont choisi de collaborer avec lui et avec les Japonais méritent plus de compréhension. Surtout de la part des citoyens des pays occidentaux qui n’ont jamais été confrontés à un choix aussi difficile que les nations colonisées l’ont fait pendant la Seconde Guerre mondiale. Les personnes qui se battent pour leur liberté doivent choisir leurs alliés non pas dans des circonstances de leur choix, mais dans des circonstances qui existent déjà. En rappelant cet épisode, je veux simplement montrer que la position des pays du Sud ne peut pas être un argument dans la discussion sur l’agression russe contre l’Ukraine pas plus qu’il y a 80 ans.

Mais assez des digressions historiques. Heureusement, la Russie moderne n’est pas le Troisième Reich, et elle ne sera pas en mesure de mener une guerre à grande échelle pendant longtemps. Nous ne devons pas permettre que la guerre dégénère en troisième guerre mondiale, de sorte que la gauche internationale ne doit pas soutenir l’implication directe d’autres États dans la guerre. Mais les socialistes doivent condamner sans équivoque l’agresseur et soutenir la pression politique et économique sur lui. Dans le même temps, la gauche internationale ne doit pas considérer les Ukrainiens uniquement comme des victimes – nous aussi, avons notre propre point de vue sur ce que nous aimerions que notre pays soit, et nous sommes prêts à nous battre pour eux. Et nous avons besoin d’aide internationale dans notre lutte. Soutenir la demande de donner des avions et de la défense aérienne à l’Ukraine. Si vous ne voulez pas faire pression sur vos gouvernements sur cette question, soutenez au moins la demande d’effacer la dette extérieure de l’Ukraine et appelez à des sanctions sévères, en particulier contre les oligarques.

Sud Global

En conclusion, je voudrais m’adresser aux peuples des pays du Sud. Au cours des deux dernières semaines, j’ai lu des réponses surprises de Syriens qui se demandent pourquoi le monde n’a pas réagi aussi activement lorsque des avions russes ont bombardé leurs maisons, et pourquoi les réfugiés syriens n’ont pas été traités avec une telle hospitalité. De toute évidence, l’une des raisons est que nous sommes plus « blancs ». Je suis désolé que vous ayez été traité différemment. Mais en même temps, la situation actuelle donne une chance au monde entier.

L’une des caractéristiques de la politique d’Hitler était qu’il transférait en Europe les pratiques coloniales européennes destinées aux « non-Blancs ». Cela a contribué à discréditer la politique coloniale en tant que telle, et la défaite de l’Allemagne a contribué à l’effondrement d’autres empires coloniaux. Quelque chose de similaire pourrait se reproduire maintenant. Poutine a décidé de répéter ce que les États-Unis ont fait avec l’Irak, mais n’a pas considéré que la réaction à l’agression d’un empire autoritaire contre une république d’Europe de l’Est plus démocratique serait si différente. Et cela nous permet de mettre enfin un terme à une telle politique dans le monde entier.

Je comprends la réticence à soutenir vos anciens colonialistes dans leur lutte contre un autre impérialisme et les avertissements selon lesquels des États-Unis plus forts vous affecteraient négativement. Mais n’oublions pas que l’année dernière, les troupes américaines ont été retirées d’Afghanistan en disgrâce – pendant un certain temps, cela les découragera de poursuivre des politiques agressives.

En même temps, comme nous le voyons maintenant, d’autres prédateurs impérialistes peuvent profiter de cette situation. La Russie a déjà bombardé la Syrie, elle a soumis les gouvernements d’Afrique centrale et du Mali, sans parler de sa domination impériale sur le Kazakhstan et l’Asie centrale. S’il gagne en Ukraine, il pourra également s’immiscer dans les affaires de votre pays. Alors que sa défaite peut contenir non seulement la Russie, mais aussi d’autres puissances mondiales et régionales. Et plus tôt cette guerre sera terminée, moins ses conséquences seront négatives, y compris en termes de crise alimentaire.

Cela ne signifie pas que la victoire de l’Ukraine n’aura pas de conséquences négatives. Et bien que je souhaite maintenant de tout cœur que la Russie soit vaincue le plus rapidement possible, je crains également qu’un affaiblissement de la Russie dans le Caucase du Sud ne permette à l’Azerbaïdjan de reprendre la guerre dans le Haut-Karabakh. Mes amis vivent en Arménie, et bien qu’ils n’aiment pas plus la dépendance de leur pays vis-à-vis de la Russie que je n’aime la dépendance de l’Ukraine vis-à-vis de l’Occident, dans les deux cas, la dépendance offre des garanties de sécurité faibles mais certaines. Et en comprenant la position de l’Arménie, je n’attends pas grand-chose d’eux – au contraire, je suis reconnaissant qu’à l’Assemblée générale des Nations unies, l’Arménie se soit au moins abstenue et n’ait pas voté contre la résolution.

Mais préserver ce système n’est pas la solution. Nous devons développer et renforcer le système mondial de sécurité internationale. Et dans le Haut-Karabakh, par exemple, la question de la sécurité pourrait être partiellement résolue en remplaçant les « soldats de la paix » russes par des soldats de la paix de l’ONU. En même temps, la solution des problèmes ukrainiens pourrait également vous aider. Par exemple, la radiation de notre dette extérieure créerait un précédent, que j’espère que vous pourrez alors utiliser.

Les temps difficiles arrivent. Mais il n’y a qu’une seule chose pire qu’une crise : manquer la chance qu’elle offre. L’Ukraine devrait devenir le Vietnam russe, mais pour cela nous avons besoin d’une aide internationale, de la même manière que le Vietnam en avait besoin pendant l’invasion américaine. Actuellement, nous n’en avons même pas assez de Kalachnikovs. Aidez-nous, s’il vous plaît. Si vous ne pouvez pas imposer de sanctions, aidez-nous de toutes les manières possibles. Et après la défaite de la Russie, nous devrons travailler ensemble à la démocratisation de l’ordre mondial.

Taras Bilous, 14 mars 2022

https://newpol.org/the-war-in-ukraine-and-the-global-south/

Traduit avec différents logiciels

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Notes de l’ISW (19 mars 2022)

Nous estimons maintenant que la campagne russe initiale visant à s’emparer de la capitale et des principales villes ukrainiennes et à imposer un changement de régime a échoué ;

Les forces russes poursuivent leurs efforts pour redonner de l’élan à cette campagne inaboutie, mais ces efforts échoueront probablement également ;

Les troupes russes continueront d’essayer d’avancer jusqu’à une portée d’artillerie efficace du centre de Kiev, mais leurs perspectives de succès ne sont pas claires ;

La guerre va probablement sombrer dans une phase d’impasse sanglante qui pourrait durer des semaines ou des mois ;

La Russie intensifiera ses efforts pour bombarder les civils ukrainiens afin de briser la volonté des Ukrainiens de continuer à se battre (ce à quoi les Russes échoueront probablement) ;

L’avancée russe actuelle la plus dangereuse est de Kherson au nord vers Kryvyi Rih dans le but d’isoler Zaporizhiya et Dnipro de l’ouest. Il est peu probable que les forces russes soient en mesure d’encercler ou de prendre Kryvyi Rih dans les prochains jours, et elles pourraient ne pas être en mesure de le faire sans rassembler des forces beaucoup plus importantes que celles dont elles disposent actuellement sur cet axe ;

Les Russes semblent avoir abandonné leurs projets d’attaquer Odessa, du moins à court terme.

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Nous avons besoin d’une solidarité des peuples
avec l’Ukraine et contre la guerre

Shaun Matsheza et Nick Buxton du Transnational Institut (TNI) se sont entretenus avec deux militants faisant partie du comité de rédaction de la revue de gauche Commons qui explore et analyse l’économie, la politique, l’histoire et la culture de l’Ukraine. 

Denys Gorbach est un chercheur en sciences sociales qui fait actuellement son doctorat en France sur la politique de la classe ouvrière ukrainienne et Denis Pilash est un politologue et un activiste impliqué dans un mouvement social, Sotsialnyi Rukh. 

Ceci est une version abrégée d’une interview qui a également été sur State of Power podcast.

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Shaun Matsheza – Quelle est la situation en Ukraine et quel est son impact sur vous, votre famille et vos amis ?

Denys Gorbach – Je suis personnellement en sécurité, car ma compagne et moi sommes loin de l’Ukraine. Bien que la situation n’aide certainement pas à vivre et à fonctionner au quotidien. Outre l’anxiété générée par les nouvelles, j’ai encore de la famille là-bas. Ma tante et mon beau-père ont passé une semaine environ à se cacher dans des caves parce qu’ils vivent dans la banlieue est de Kiev, qui a été touchée par l’une des premières frappes aériennes le 24 au matin.

Denis Pilash – Le premier jour de l’invasion, j’étais encore à Kiev. Mon plan initial était d’y rester, mais on m’a convaincu de m’installer dans un endroit plus sûr en Ukraine et ici la situation est plus ou moins bonne. C’est devenu une grande plaque tournante pour l’afflux de réfugiés d’un côté et l’afflux d’aide humanitaire de l’autre. Je suis impliqué dans un réseau de volontaires d’une université locale, qui distribue l’aide humanitaire aux personnes qui ont été relogées ici ainsi qu’aux personnes plus proches des lignes de front de la guerre. Lorsque vous essayez de suivre des centaines de vos amis pour vérifier s’ils sont en sécurité, l’angoisse est la même. Il y en a plusieurs avec lesquels je n’ai pas eu de contact depuis plusieurs jours, qui sont toujours dans les banlieues de Kiev lourdement touchées, et dont je ne sais pas comment ils vont. Vous avez donc cette anxiété et une sorte d’horreur existentielle tous les jours quand vous recevez les nouvelles. J’ai des amis d’amis qui ont déjà été tués. Et l’un des pires sentiments est de savoir que, même si nous évitons un scénario catastrophe comme la guerre nucléaire, il semble que nous nous dirigeons vers un conflit prolongé, dans lequel de nombreuses personnes seront arrachées de leurs maisons et dispersées partout. C’est un sentiment sombre.

Shaun Matsheza – C’est une situation terrible, terrible. Je comprends qu’il est très difficile pour quiconque, à l’heure actuelle, de déterminer exactement quelle pourrait être la stratégie de la Russie. Mais où pensez-vous que cela mène ?

Denys Gorbach – Eh bien, je ne suis pas un analyste militaire, mais d’après ce que je vois, nous ne devrions pas compter sur des concessions significatives de la part de Zelensky. Non pas parce qu’il est un super-héros comme le dépeint la presse occidentale aujourd’hui, mais parce qu’il n’a tout simplement pas le choix. Même s’il devait accepter une concession importante pour mettre fin à la guerre, il y a un risque énorme qu’il soit déposé par un coup d’État nationaliste. Il a visiblement fait le choix d’être déposé, si nécessaire, par une force d’occupation plutôt que par ses concitoyens ukrainiens. De même, il semble que Poutine se soit mis dans une situation où, s’il recule, son pouvoir interne sera compromis. Pour l’instant, je ne vois aucun signe de désescalade du conflit.

Shaun Matsheza – Êtes-vous d’accord, Denis ?

Denis Pilash – Eh bien, oui, je ne suis pas non plus un analyste militaire, mais d’après ce que nous avons vu cette dernière semaine, l’invasion russe a vraiment été un désastre en termes de préparation. On dirait qu’ils avaient prévu une guerre éclair en douceur, la prise des grandes villes en quelques jours et l’accueil des libérateurs. Au lieu de cela, il y a beaucoup de problèmes de logistique et ils ont été confrontés à un rejet total de la part de la population dans toutes les régions qu’ils ont saisies. Il y a de grands rassemblements contre l’occupation russe et la majorité des autorités locales refusent de collaborer avec les forces d’occupation. Elles ont donc clairement fait un mauvais calcul et ne semblent pas avoir de plan B clair. Et cela nous amène au danger d’une guerre prolongée où Poutine ne se retirera pas sans concessions significatives et où Zelensky et l’Ukraine n’ont pas d’autre option que de résister.

Les autorités ukrainiennes disent qu’elles essaient de trouver une voie vers un cessez-le-feu, mais on ne s’attend pas à grand-chose car la Russie s’en tient toujours à ses exigences initiales. Certaines nouvelles sont très confuses. Par exemple, des rumeurs affirment que la Russie va faire revenir le président déchu Ianoukovitch, qui est devenu la risée de presque tout le monde en Ukraine et qui est profondément méprisé. Si c’est le cas, la Russie n’a aucun rapport avec la réalité. C’est pourquoi il est assez difficile de faire un pronostic.

Shaun Matsheza – Alors, dans la situation actuelle, que peuvent faire les gens ? Il semble malheureusement qu’il y ait beaucoup de divisions à gauche sur la façon de réagir. A quoi ressemble la solidarité ?

Denys Gorbach – Eh bien, en termes de division, il y a par exemple ce qu’on appelle le campisme, qui trouve ses racines dans la guerre froide, lorsqu’une partie importante de la gauche occidentale soutenait l’Union soviétique. Quelle qu’ait été sa logique dans le passé, c’est une aberration aujourd’hui, alors que la Russie est clairement un pays capitaliste dont le leader, Poutine, est un anticommuniste explicite qui fulmine en disant qu’il déteste Lénine et les bolcheviks pour avoir détruit le précieux Empire russe. Pourtant, d’une manière ou d’une autre, les descendants des campistes croient que les années 70 sont toujours là, ce qui nous amène à cette triste situation où une partie de la gauche mondiale soutient toute personne anti-américaine, surtout s’il s’agit de la Russie, qui est d’une manière ou d’une autre toujours associée à l’Union soviétique, au communisme et aux ours.

Je pense que c’est le bon moment pour que tous les membres de la gauche mondiale repensent leur analyse. Un bon point de départ serait de refuser tout parti pris géopolitique dans l’analyse des événements qui se déroulent en dehors de son propre pays. Trop souvent, dans l’analyse de la gauche, seuls l’OTAN ou Poutine se voient attribuer un rôle, mais les dizaines de millions de personnes vivant en Ukraine se voient refuser ce rôle. Nous devons nous rappeler que les Ukrainiens ne sont pas seulement des personnes, ils sont en fait vos camarades de classe. La plupart d’entre eux sont des hommes et des femmes qui travaillent, qui partagent beaucoup de soucis quotidiens et qui méritent d’être pris en compte lorsque vous formulez vos positions.

Denis Pilash – Oui, je suis tout à fait d’accord. Les Ukrainiens ne sont pas seulement des pions sur un échiquier géopolitique. Tout comme notre compréhension de la corruption de l’administration Abbas et de la nature d’extrême droite du mouvement Hamas ne devrait pas être un obstacle pour entendre la détresse du peuple palestinien. De même, invoquer l’extrême droite ukrainienne ou la corruption et les oligarques ukrainiens ne devrait pas être un obstacle à la solidarité des gens avec les victimes directes des bombes russes et de l’impérialisme russe, ainsi qu’avec les victimes des oligarques et de l’extrême droite.

Nous devons nous concentrer sur les besoins des populations de tous ces pays et non sur des abstractions. Toutes ces discussions sur les « préoccupations légitimes de sécurité » de la Russie, par exemple. Avons-nous parlé des préoccupations légitimes des États-Unis en matière de sécurité, concernant Cuba ou la Grenade ? Ces « préoccupations de sécurité » donnent-elles à une puissance impériale le droit d’intervenir et de procéder à cette agression ? Bien sûr que non. Vous devez donc appliquer ce même principe à l’Ukraine et à tous les autres pays touchés par l’impérialisme.

Et je dois aussi dire que c’est exaspérant de voir le retour de ce campisme. Dans les années 1990 et au début des années 2000, je pense que la grande majorité de la gauche internationale était critique à l’égard des guerres d’Eltsine et de Poutine en Tchétchénie, et ne se faisait aucune illusion sur le jeu de grande puissance de la Russie pour rétablir sa sphère d’influence. Mais miraculeusement, sans même que le Kremlin ne fasse de gros efforts, leur propagande a été acceptée par une partie de la gauche, même si le gouvernement russe travaille aussi volontiers avec l’extrême droite européenne et les forces ultra-conservatrices.

Pendant ce temps, les États d’Europe centrale et orientale sont parfois même rejetés comme n’étant pas de véritables États, traités comme des nations sans histoire, comme des peuples de seconde zone.

Shaun Matsheza – Quel type de soutien les forces progressistes peuvent-elles apporter au peuple ukrainien ? Est-il juste que la gauche s’allie aux demandes de soutien militaire ?

Denys Gorbach – C’est une question difficile pour la gauche, comment soutenir tout ce qui est lié à l’armée. Personnellement, j’aime la position de Gilbert Achcar, un chercheur de Londres, qui appelle à une position anti-impérialiste radicale, qui selon lui devrait consister à s’opposer à une zone d’exclusion aérienne et à des propositions similaires, car cela conduirait à un affrontement militaire direct entre les grandes puissances impérialistes et à une possible guerre nucléaire mondiale totale. Mais d’un autre côté, cela vaut la peine de soutenir les livraisons d’armes à un petit pays qui tente de se défendre contre une attaque impérialiste, comme cela s’est produit au Vietnam ou en Corée qui ont bénéficié d’une aide militaire importante de la part de la Chine et de l’Union soviétique.

Denis Pilash – Oui. Il y a une grande tradition historique de soutien aux guerres des peuples dans les petits pays qui sont attaqués ou opprimés par les grandes puissances impériales. Cela fait partie intégrante des projets politiques de gauche depuis le 19e siècle, depuis le soutien de la Première Internationale aux luttes polonaises et irlandaises, etc. et plus tard avec le soutien à la décolonisation de nombreux pays.

Si vous avez encore des réserves en raison de considérations ou de convictions différentes ou de croyances pacifistes strictes qui vous empêchent de soutenir l’aide militaire ou la résistance militaire, il existe encore de nombreuses façons de soutenir la population civile, notamment l’aide humanitaire et le soutien à la résistance non violente dans les villes et villages occupés. Il existe un large éventail d’actions qui peuvent être entreprises par chaque personne, organisation ou mouvement.

Shaun Matsheza – En tant que Zimbabwéen et membre de réseaux africains, je vois beaucoup de commentaires sur la façon dont le conflit ukrainien est rapporté et expliqué au monde, ce qui est très différent des autres conflits. Nous voyons également des images d’étudiants africains réfugiés traités différemment des autres réfugiés ukrainiens, des rapports sur le racisme, la discrimination pour monter dans le train, etc. Quel serait votre message aux personnes qui ne sont pas européennes, qui ne sont pas investies dans la dynamique européenne, mais qui veulent vraiment faire partie du mouvement pour la paix au niveau mondial ?

Denys Gorbach – Il y a cette expression inventée par un de nos collègues qui a appelé l’Ukraine le pays le plus au nord du Sud global. Je pense que c’est juste, surtout si vous regardez la situation macroéconomique et les tendances démographiques. Cela se traduit par une racialisation des Ukrainiens si l’on considère que le racisme est une question de rapports de force. Bien sûr, nous passons pour des Blancs en termes de couleur de peau, et nous sommes certainement Blancs en Ukraine dans nos interactions avec les personnes racialisées locales telles que les Roms ou les étudiants noirs. Mais en Europe occidentale, mon statut social chute dès que j’ouvre la bouche pour révéler mon accent slave. Cependant, à cause de la guerre, les Ukrainiens sont devenus en quelque sorte « blanchâtres » pour l’Occident et presque humains en termes de traitement.

Ce regard raciste, cette idéologie qui privilégie l’Europe et mesure la qualité des gens en fonction de leur proximité avec cette idée d’Europe occidentale est malheureusement aussi très répandue en Ukraine. Les incidents racistes à la frontière doivent être condamnés. Nous assistons à une discrimination non seulement en fonction de la couleur de la peau, mais aussi de la couleur du passeport. Par exemple, les réfugiés de Biélorussie font également l’objet de discriminations, même s’ils ont fui en Ukraine pour échapper au régime, mais ils sont accusés de faire partie du régime.

Le bon côté des choses, c’est que nous avons vu qu’il était possible d’établir des conditions plus ou moins décentes pour les réfugiés fuyant une guerre dans un pays non industrialisé. Je pense donc qu’il s’agit d’un bon précédent sur lequel nous pouvons nous appuyer pour demander que le même type de régime juridique et le même niveau de solidarité soient étendus aux réfugiés venant de toutes les autres parties du monde. Nous méritons tous le même type de traitement.

Denis Pilash – Même dans le cadre de ce traitement préférentiel des réfugiés ukrainiens, il y a déjà des rapports sur certains réfugiés qui sont exploités ou discriminés en Europe. Nous devons également mettre en avant ceux qui sont dans les positions les plus vulnérables, comme les citoyens étrangers ou les personnes sans citoyenneté ou les minorités discriminées, comme les Roms. J’espère que la situation en Ukraine sera le point de départ d’une discussion plus large sur la manière de traiter les personnes qui fuient et demandent l’asile de manière beaucoup plus humaine.

Je tiens également à dire que les gens de gauche ne doivent pas penser que si des gens sont bien traités et félicités par des personnes telles que Boris Johnson, ils ne sont pas nos amis. Que leurs amis doivent être nos ennemis. Nous devons comprendre que des personnalités telles que Johnson, Erdogan et d’autres qui se présentent comme de grands défenseurs de l’Ukraine utilisent cette situation de manière cynique et ne sont pas de véritables amis du peuple ukrainien.

Il est très symbolique que, juste avant l’invasion russe, nous ayons reçu une délégation de syndicalistes et de politiciens britanniques de gauche qui se sont entretenus avec des personnes sur le terrain – des militants des syndicats et des groupes de défense des droits de l’homme, des mouvements féministes – et ont montré leur solidarité face à une véritable agression. Vous n’avez pas eu une telle réponse de la part de la droite ou du centre libéral. Il s’agissait d’un véritable soutien de la base entre les exploités de la classe ouvrière, les opprimés et les exclus, confrontés aux mêmes systèmes d’exploitation, de discrimination et d’exclusion. C’est pourquoi nous avons besoin de cette solidarité au niveau des personnes, et pas seulement de cette fausse solidarité au niveau des gouvernements.

Shaun Matsheza – Un dernier mot ou message ?

Denys Gorbach – Je pense que ces tristes circonstances montrent qu’il est grand temps de construire une solidarité pratique qui soit anticapitaliste, anti changement climatique et anti militariste. Nous avons besoin concrètement de joindre ces trois agendas dans un mouvement qui peut se lever aujourd’hui contre la guerre, ainsi que contre l’impérialisme qui détruit notre planète.

Denis Pilash – J’espère qu’en faisant des demandes spécifiques à la situation ukrainienne, nous pouvons aussi aller vers quelque chose de plus global. Ainsi, lorsque nous parlons de soutien et d’aide aux réfugiés ukrainiens, notre demande s’étend aux réfugiés du monde entier. Si nous demandons l’annulation de la dette extérieure ukrainienne, cela inclut la question de l’endettement de la majorité des pays, en particulier des pays les plus pauvres. Si nous demandons la saisie des avoirs des oligarques russes et peut-être aussi ukrainiens pour les utiliser dans la reconstruction de l’Ukraine, nous ouvrons aussi la question des échappatoires fiscales utilisées partout par la classe capitaliste mondiale pour stocker ses avoirs. Si nous demandons l’arrêt de l’approvisionnement en pétrole et en gaz de la Russie, nous devrions également l’étendre à des États tels que l’Arabie saoudite et sa guerre criminelle au Yémen. Ce sont tous des empires de combustibles fossiles auxquels il faut mettre fin avec une reconstruction écosocialiste du système mondial.

Ainsi, chaque petit problème fait partie d’une discussion plus large. C’est pourquoi il est important d’avoir cette solidarité et cet échange entre les peuples de différentes régions, qui sont tous affectés par les mêmes problèmes, même s’ils sont confrontés à des dynamiques et des contextes spécifiques.

 

Traduction S. Prezioso pour Contretemps

Texte original paru le 11 mars 2022 sur https://www.tni.org/en/article/we-need-a-peoples-solidarity-with-ukraine

https://www.contretemps.eu/solidarite-peuples-ukraine-guerre-gouvernements/

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« La vérité sur les milices ukrainiennes d’extrême droite. La Russie a renforcé des factions dangereuses de l’armée de Zelensky »

[Faire le point sur les forces d’extrême droite en Ukraine est nécessaire pour tout mouvement de solidarité avec la résistance de la population ukrainienne face à l’invasion de l’armée de Poutine. Ce d’autant plus que cette guerre menée par le Kremlin crée les conditions les meilleures pour renforcer les positions militaro-politiques de ces formations d’extrême droite. Ce n’est en aucun cas offrir des atouts à la propagande russe que de décrire avec précision un processus politico-militaire existant depuis des années. Ne pas le faire revient à donner des arguments à ceux qui utilisent certains faits avérés pour, au mieux, camper dans un anti-impérialisme du ni-ni ou, au pire, valider la propagande du Kremlin. L’auteur de cet article est reconnu pour son expertise dans l’étude de l’extrême droite en Ukraine. La vidéo en anglais – entretien avec Aris Roussinos : mise à la fin de l’article est un complément instructif. Réd. A l’Encontre]

Comme toute guerre, mais peut-être plus que la plupart, la guerre en Ukraine a donné lieu à un tir de barrage ahurissant d’affirmations et de contre-affirmations de la part des partisans de chaque camp sur les réseaux sociaux et les sites. La vérité, les vérités partielles et les mensonges purs et simples se disputent la mainmise sur le récit médiatique. L’affirmation de Vladimir Poutine selon laquelle la Russie a envahi l’Ukraine pour « dé-nazifier » le pays en est certainement l’un des exemples les plus clairs. L’affirmation russe selon laquelle la révolution de Maïdan de 2014 était un « coup d’Etat fasciste » et que l’Ukraine est un Etat nazi a été utilisée pendant des années par Poutine et ses partisans pour justifier son occupation de la Crimée et son soutien aux séparatistes russophones dans l’est du pays, gagnant ainsi de nombreux adhérents en ligne.

Mais l’affirmation russe est fausse. L’Ukraine est un véritable Etat libéral-démocratique, bien qu’imparfait, avec des élections libres qui produisent des changements de pouvoir significatifs, y compris l’élection, en 2019, du réformateur libéral-populiste, Volodymyr Zelensky. L’Ukraine n’est pas, sans aucun doute, un Etat nazi : le casus belli russe est un mensonge. Et pourtant, le désir compréhensible des commentateurs ukrainiens et occidentaux de ne pas fournir de munitions à la propagande russe risque d’entraîner une correction excessive – qui pourrait ne pas servir les intérêts de l’Ukraine.

Lors d’un récent bulletin d’informations sur BBC Radio 4, le correspondant a évoqué « l’affirmation sans fondement de Poutine selon laquelle l’Etat ukrainien soutient les nazis ». Il s’agit en soi d’une désinformation : c’est un fait observable, dont la BBC elle-même (David Stern, 13 décembre 2014) a déjà rendu compte avec précision et justesse, que l’Etat ukrainien a, depuis 2014, fourni des fonds, des armes et d’autres formes de soutien aux milices d’extrême droite, y compris les néonazis. Il ne s’agit pas d’une observation nouvelle ou controversée. En 2019, j’ai passé du temps en Ukraine à interviewer des personnalités de haut rang dans la constellation des groupes d’extrême droite soutenus par l’Etat pour le magazine Harper’s (janvier 2021) ; ils étaient tous assez diserts sur leur idéologie et leurs projets d’avenir.

En effet, certains des meilleurs reportages sur les groupes d’extrême droite ukrainiens ont été réalisés par le service de renseignement à source ouverte Bellingcat, qui n’est pas connu pour son attitude favorable à l’égard de la propagande russe. Les excellents reportages de Bellingcat [site d’investigation] sur ce sujet peu discuté au cours des dernières années se sont largement concentrés sur le mouvement Azov, le groupe d’extrême droite le plus puissant d’Ukraine, et celui qui bénéficie le plus des largesses de l’Etat.

Au cours des dernières années, les chercheurs de Bellingcat ont exploré les efforts d’Azov pour contacter les nationalistes blancs américains et examiné son financement par l’Etat ukrainien pour dispenser une « éducation patriotique » et soutenir les anciens combattants démobilisés. Les chercheurs se sont également penchés sur l’accueil par Azov de festivals de musique black metal néonazie et sur le soutien qu’Azov apporte au groupe néonazi russe exilé et anti-Poutine Wotanjugend. Ces derniers pratiquent une forme très marginale de nazisme ésotérique, partagent des locaux avec Azov dans leur quartier général de Kiev, combattent à leurs côtés sur la ligne de front et ont également joué un rôle dans la traduction et la diffusion d’une version russe du manifeste du tireur de Christchurch [un suprémaciste blanc a assassiné 50 fidèles de deux mosquées de la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande, en mars 2019]. Malheureusement, la précieuse couverture de Bellingcat sur l’écosystème d’extrême droite ukrainien n’a pas été mise à jour depuis le début des hostilités actuelles, bien que la guerre avec la Russie ait offert à ces groupes une sorte de renaissance.

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Le mouvement Azov a été fondé en 2014 par Andriy Biletsky [lieutenant-colonel de police], ancien leader du groupe néonazi ukrainien Patriotes d’Ukraine, lors de la bataille pour le contrôle de la place centrale de l’Indépendance de Kiev pendant la révolution de Maïdan contre le président élu Viktor Ianoukovitch, favorable à la Russie. En 2010, Biletsky affirmait que le rôle de l’Ukraine serait un jour de « mener les races blanches du monde dans une croisade finale… contre les Untermenschen [les sous-hommes] dirigés par des sémites ». La révolution et la guerre qui s’ensuit lui offriront la scène nationale à laquelle il aspirait depuis si longtemps [il est élu député du parti Corps national de 2014 à 2019, parti qu’il préside depuis octobre 2016].

Aux côtés d’autres groupes d’extrême droite, comme le Secteur droit (Pravy Sektor), le mouvement Azov naissant a joué un rôle occulte dans les combats contre la police de sécurité ukrainienne, qui ont fait 121 morts et assuré le succès de la révolution. Acquérant le contrôle d’une grande propriété, juste à côté de la place de l’Indépendance, près du ministère de la Défense, Azov a transformé le bâtiment, désormais appelé Maison des Cosaques, en son quartier général et centre de recrutement de Kiev. Bien qu’Azov ait depuis atténué sa rhétorique et que nombre de ses combattants ne soient pas très ouvertement « idéologisés » et soient simplement attirés par sa réputation martiale, on peut souvent voir ses militants couverts de tatouages de Totenkopfs SS [têtes de mort SS, parmi les principaux exécutants du génocide nazi] et de runes en forme d’éclairs [symboles nazis reprenant la graphie de l’alphabet dit runique], ou arborant le Sonnenrad ou le symbole du Soleil noir du nazisme ésotérique [symbole du mysticisme nazi composé de trois svastikas, créé par Karl Maria Wiligut, officier nazi d’origine autrichienne]. Dérivé d’un motif créé pour le château de Wewelsburg d’Himmler [en Westphalie], choisi comme un centre occulte pour les officiers supérieurs SS, le Sonnenrad est, comme la figure héraldique nazie Wolfsangel [crochet de loup] de la division SS Das Reich, l’un des symboles officiels d’Azov, arborés sur les écussons de leurs unités et sur les boucliers derrière lesquels leurs combattants défilent lors de cérémonies évocatrices aux flambeaux.

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J’ai visité la Maison des Cosaques à plusieurs reprises afin d’interviewer de hauts responsables d’Azov, notamment le chef de sa milice nationale (qui fournit une force de patrouille auxiliaire à la force de police officielle de l’Ukraine), Ihor Mikhailenko, ainsi que la secrétaire internationale d’Azov, Olena Semenyaka. Il s’agit de locaux importants: outre les salles de classe pour les conférences éducatives qu’ils dispensent grâce à des fonds publics, la Maison des Cosaques abrite le salon littéraire et la maison d’édition d’Azov, Plomin, où de jeunes intellectuels branchés et glamour s’affairent à organiser des séminaires de droite et des traductions de livres, sous des affiches brillantes de sommités fascistes telles que Yukio Mishima [écrivain japonais, nom de plume de Kimitake Hiraoka], Cornelius Codreanu [fondateur roumain de la Légion de l’archange Michel, organisation nationaliste, chrétienne d’extrême droite, antisémite, rebaptisée Garde de fer] et Julius Evola [il faisait une écriture du fascisme sur le thème : « Nous voudrions un fascisme plus radical, plus intrépide, un fascisme vraiment absolu, fait de force pure »…].

Mais le pouvoir d’Azov découle du fusil, pas de leurs efforts littéraires. En 2014, alors que l’armée ukrainienne était faible et sous-équipée, les volontaires d’Azov, sous la direction de Biletsky, se sont battus aux premiers rangs de la bataille contre les séparatistes russophones dans l’est du pays, reconquérant la ville de Marioupol, où ils sont actuellement assiégés. Combattants efficaces, courageux et hautement idéologisés, les efforts d’Azov dans l’est leur ont valu une grande renommée en tant que défenseurs de la nation, ainsi que le soutien d’un Etat ukrainien reconnaissant, qui a incorporé Azov en tant que régiment officiel de la Garde nationale ukrainienne. En cela, Azov aurait bénéficié du soutien d’Arsen Avakov, un puissant oligarque et ministre de l’Intérieur de l’Ukraine entre 2014 et 2019.

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Tant des militants ukrainiens des droits de l’homme que des dirigeants de groupes d’extrême droite rivaux se sont plaints auprès de moi, lors d’entretiens, de l’avantage injuste que le patronage d’Avakov a donné au mouvement Azov afin d’établir son rôle dominant dans la sphère de la droite ukrainienne – y compris les fonctions officielles d’observateurs électoraux et de police auxiliaire sanctionnée par l’Etat. L’Ukraine n’est pas un Etat nazi, mais le soutien de l’Etat ukrainien – pour quelque raison que ce soit, valable ou non … à des groupes néonazis ou d’obédience nazie fait de ce pays une exception en Europe. Le continent compte de nombreux groupes d’extrême droite, mais ce n’est qu’en Ukraine qu’ils possèdent leurs propres unités de chars et d’artillerie, avec le soutien de l’Etat.

Cette relation maladroitement étroite entre un Etat libéral-démocratique soutenu par l’Occident et les partisans armés d’une idéologie très différente a causé un certain malaise dans le passé pour les partisans occidentaux de l’Ukraine. Le Congrès américain a fait des allers-retours ces dernières années sur la question de savoir s’il fallait empêcher Azov de recevoir des livraisons d’armes étatsuniennes. Des législateurs démocrates ont même demandé en 2019 qu’Azov soit inscrit sur la liste des organisations terroristes mondiales. Dans des entretiens, Olena Semenyaka s’est plainte auprès de moi que ce malaise était le résultat de l’écoute par les démocrates de la propagande russe. Elle a insisté sur le fait que la coopération des Etats-Unis avec Azov serait bénéfique pour les deux parties.

En cela, la guerre actuelle a sûrement été un soulagement béni pour Azov. La tentative d’Andriy Biletsky de fonder un parti politique – le Corps national – a rencontré un succès quasi nul, même un bloc uni des partis de droite dure et d’extrême droite ukrainiens n’a pas réussi à franchir le seuil très bas de la représentation parlementaire lors des dernières élections. Les électeurs ukrainiens ne veulent tout simplement pas de ce qu’ils vendent, et rejettent leur vision du monde.

Pourtant, en temps de guerre, Azov et les groupes similaires reviennent sur le devant de la scène. L’invasion russe semble inverser la spirale descendante qui s’est enclenchée pour eux après la démission d’Avakov sous la pression internationale. A en juger par leurs médias sociaux, les unités armées d’Azov se développent : elles forment de nouveaux bataillons à Kharkiv et Dnipro, une nouvelle unité de forces spéciales à Kiev (où Biletsky organise au moins certains aspects de la défense de la capitale) et des milices de défense locales dans des villes de l’ouest comme Ivano-Frankivsk.

Comme pour d’autres groupes d’extrême droite – tels que Karpatska Sich (dont le militantisme contre la minorité de langue hongroise d’Ukraine occidentale, y compris les Roms, a suscité des critiques de la part du gouvernement hongrois), le groupe orthodoxe oriental Tradition et Ordre, le groupe néonazi C14 (Bellingcat, 9 août 2019) et la milice d’extrême droite Freikorps – l’invasion russe a permis à Azov de retrouver son importance d’antan et d’améliorer sa réputation héroïque en défendant avec acharnement Marioupol aux côtés des soldats ukrainiens réguliers. Alors qu’il y a quelques semaines encore, les Occidentaux s’efforçaient de ne pas armer directement Azov, il semble aujourd’hui qu’ils soient les premiers bénéficiaires des munitions et des entraînements des pays occidentaux : ces photos tweetées par le média d’opposition biélorusse NEXTA montrent des combattants d’Azov en train d’apprendre à utiliser des munitions antichars NLAW de fabrication britannique par des formateurs flous.

De même, jusqu’à l’invasion russe, les gouvernements et les médias occidentaux ont fréquemment mis en garde contre les dangers que représentent les néonazis et les suprémacistes blancs occidentaux qui acquièrent une expérience du combat aux côtés d’Azov et de leurs sous-factions nazies alliées. Pourtant, dans le feu de l’action, ces inquiétudes semblent s’être dissipées : une photo récente de volontaires occidentaux nouvellement arrivés, dont des Britanniques, à Kiev montre Olena Semenyaka d’Azov souriant joyeusement à l’arrière-plan, aux côtés du néonazi suédois et ancien tireur d’élite d’Azov, Mikael Skillt. En effet, la Division Misanthropique, une unité de néonazis occidentaux combattant aux côtés d’Azov, fait actuellement de la publicité sur Telegram pour que les militants européens se joignent au flux de volontaires et les rejoignent en Ukraine, « pour la victoire et le Valhalla ».

***

Comme les autres milices d’extrême droite ukrainiennes, Azov sont des combattants opiniâtres, disciplinés et engagés, ce qui explique pourquoi le faible Etat ukrainien s’est trouvé contraint de compter sur leurs muscles aux heures où il en avait le plus besoin : pendant la révolution de Maïdan, pendant la guerre contre les séparatistes à partir de 2014, et maintenant pour repousser l’invasion russe. Il y a eu une certaine réticence nouvelle à l’étranger à parler franchement de leur rôle, sans doute par crainte que cela ne fournisse des munitions à la propagande russe. Cette crainte est sûrement déplacée : après tout, des groupes tels qu’Azov ne sont importants que précisément en raison de l’ingérence de la Russie en Ukraine. Au lieu de dénazifier le pays, l’agression russe a contribué à renforcer le rôle et la présence des factions d’extrême droite dans l’armée ukrainienne, revigorant une force politique déclinante rejetée par l’écrasante majorité des Ukrainiens.

En fait, la principale menace posée par des groupes tels qu’Azov ne concerne pas l’Etat russe – après tout, la Russie soutient volontiers les éléments d’extrême droite dans son groupe de mercenaires Wagner et dans les républiques séparatistes – ni les nations occidentales dont les citoyens mécontents pourraient être attirés par un rôle de combat à leurs côtés. La menace pèse plutôt sur la stabilité future de l’Etat ukrainien lui-même, comme Amnesty et Human Rights Watch l’ont signalé depuis longtemps. Bien qu’ils puissent être utiles maintenant, en cas de décapitation ou d’évacuation du gouvernement libéral de l’Ukraine de Kiev, peut-être vers la Pologne ou Lviv, ou plus probablement, dans le cas où Zelensky serait forcé par les événements à signer un accord de paix cédant le territoire ukrainien, des groupes comme Azov pourraient trouver une occasion en or de contester ce qui reste de l’Etat et de consolider leurs propres bases de pouvoir, même si ce n’est que localement.

De retour en 2019, j’ai demandé à Olena Semenyaka si Azov se voyait toujours comme un mouvement révolutionnaire. En réfléchissant bien, elle a répondu: « Nous sommes prêts pour différents scénarios. Si Zelensky est encore pire que [l’ex-président] Porochenko, s’il est le même type de populiste, mais sans certaines compétences, connexions et antécédents, alors, bien sûr, les Ukrainiens seraient fortement en danger. Et nous avons déjà élaboré un plan de ce qui peut être fait, comment nous pouvons développer des structures étatiques parallèles, comment nous pouvons personnaliser ces stratégies de pénétration pour sauver l’Etat ukrainien, si [Zelensky] devenait une marionnette du Kremlin, par exemple. Parce que c’est tout à fait possible. »

Les hauts responsables d’Azov ont déclaré explicitement, au fil des ans, que l’Ukraine possède un potentiel unique en tant que tremplin pour la « reconquête » de l’Europe par les libéraux, les homosexuels et les immigrants. Bien que leurs ambitions continentales plus larges aient une chance très douteuse de réussir, une Ukraine d’après-guerre brisée, appauvrie et en colère, ou pire, une Ukraine subissant des années de bombardements et d’occupation avec de vastes zones échappant au contrôle du gouvernement central, serait certainement un terreau fertile pour une forme de militantisme d’extrême droite que l’on n’a pas vue en Europe depuis plusieurs décennies.

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Pour l’instant, l’Ukraine et Zelensky pourraient bien avoir besoin des capacités militaires et du zèle idéologique des milices nationalistes et d’extrême droite simplement pour mener et gagner leur bataille pour la survie nationale. Mais lorsque la guerre prendra fin, Zelensky et ses bailleurs de fonds occidentaux devront veiller à ne pas donner le pouvoir à des groupes dont les objectifs sont en conflit direct avec les normes libérales-démocratiques auxquelles ils s’engagent tous deux à adhérer. L’armement et le financement d’Azov, de Tradition et Ordre et de Karpatska Sich peuvent bien être l’un des choix difficiles imposés par la guerre, mais leur désarmement doit certainement être une priorité lorsque la guerre prendra fin.

Comme nous l’avons vu en Syrie, il n’y a rien qui radicalise plus une population civile que la dépossession, les pilonnages et les bombardements. Tout comme en Syrie, il y a sûrement un danger que le fait de donner temporairement du pouvoir aux factions extrémistes pour leur utilité militaire, même indirectement, puisse avoir des conséquences graves et involontaires. En Syrie également, les commentateurs occidentaux se sont très tôt abstenus de parler de la montée des milices extrémistes qui cannibaliseraient ensuite la cause rebelle, de peur de valider la propagande d’Assad selon laquelle les rebelles étaient tous des terroristes: cette réticence précoce n’a finalement pas joué en faveur des rebelles.

Ce n’est pas faire le travail de Poutine que de constater franchement qu’il y a des éléments extrémistes qui se battent contre lui en Ukraine. En effet, ce n’est qu’en surveillant attentivement – et peut-être en limitant – leurs activités maintenant que nous pouvons nous assurer qu’ils n’aggraveront pas la misère de l’Ukraine dans les années à venir. Pendant des années, les commentateurs occidentaux libéraux se sont plaints que l’Etat ukrainien fermait les yeux sur ses factions d’extrême droite: il ne sert à rien que ces mêmes commentateurs fassent maintenant eux-mêmes la même chose.

Aris Roussinos

Article publié par UnHerd, le 15 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre)

Voir la vidéo sur le site A l’Encontre

http://alencontre.org/video/la-verite-sur-les-milices-ukrainiennes-dextreme-droite-la-russie-a-renforce-des-factions-dangereuses-de-larmee-de-zelensky.html

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Liens avec d’autres textes

Aurélie Campana : Les Tchétchènes en Ukraine : l’arme psychologique de Poutine pourrait se retourner contre lui

https://theconversation.com/les-tchetchenes-en-ukraine-larme-psychologique-de-poutine-pourrait-se-retourner-contre-lui-179249

Amélie Sanft (Reporterre) : Guerre en Ukraine : l’Égypte face à la flambée du prix du pain

https://reporterre.net/Guerre-en-Ukraine-l-Egypte-face-a-la-flambee-du-prix-du-pain?

Кампанія Солідарності з Україною

The Ukraine Solidarity Campaign seeks to organise solidarity and provide information in support of the Ukrainian labour movement

https://ukrainesolidaritycampaign.org

Guerre en Ukraine : refuser le boycott systématique des artistes russes

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/19/guerre-en-ukraine-refuser-le-boycott-systematique-des-artistes-russes_6118238_3232.html

Guerre en Ukraine – Vitali Klitschko (maire de Kiev) : « J’ai pleuré ce matin, je pleure tous les jours. Si mon pays a besoin de ma vie, je suis prêt à la donner »

https://fr.news.yahoo.com/guerre-ukraine-vitali-klitschko-maire-kiev-poutine-macron-113748841.html

Henri Goldman : Ukraine : solidaires, mais de qui ?

https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/blog/ukraine-solidaires-mais-de-qui

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En complément possible

Bernard Dreano : Jours gris en temps de guerre

Notes de l’ISW (17 mars 2022)

Anshel Pfeffer et Ohad Zwigenberg : Portrait d’une ville qui organise toutes les facettes d’une résistance : Mykolaïv

Face à la censure, la profession doit soutenir l’information en Ukraine et en Russie. Communiqué SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, FIJ, FEJ, JNE, AJSPI, AJE

Poutine en justice

Antoine Artous, Francis Sitel: Ukraine : la guerre !

Répression au Kazakhstan

Vitaly Dudin : Oppose ton veto au projet de loi 7160 ! Protèges les travailleurs !

Alexeï Sakhnin : La guerre de Vladimir Poutine répand le désespoir dans la société russe

Pjotr Sauer : « Marina Ovsyannikova affirme qu’elle assume ses actes » : son irruption lors du JT de la TV “Pervy Kanal”

Patrick Cockburn : « Des “siloviki”, de la corruption et de la guerre »

Vladislav Siiutkin, João Woyzeck: Activisme anti-guerre après la répression dimanche

Ioulia Galiamina : Je n’ai pas peur

Abbie Cheeseman : La guerre en Ukraine pourrait déclencher une catastrophe au Moyen-Orient

Pour une position unifiée du peuple syrien en révolution

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Jean Vogel : Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien

Daria Saburova : La guerre en Ukraine et les dilemmes de la gauche occidentale

Pjotr Sauer : Russie. « Ne croyez pas la propagande. Ici, ils vous mentent. » Le vrai courage…

Les dockers d’une raffinerie britannique refusent de décharger du pétrole russe

Patrick Cockburn : « Diaboliser la Russie laisse Poutine s’en tirer à bon compte, avec le risque de rendre tout compromis impossible et de prolonger la guerre »

Ricardo Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes réfute la propagande d’Ilan Pappe qui reprend l’argumentation russe sur la nazification de l’Ukraine.

Notes de l’ISW (15 mars 2022)

« Les gens sont devenus plus aimables. » Un habitant décrit la vie à Kiev.
Témoignage recueilli par Diane Taylor

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Patrick Silberstein : Ukraine : « L’armée russe est un tigre de papier et le papier est maintenant en feu »

Sotsyalnyï Roukh : L’heure est à la solidarité internationale contre la guerre  (article antérieur à l’invasion de l’Ukraine par les troupes armées russes)

Tess McClure, Peter Beaumont et Luke Harding : Les forces russes se rapprochent de la capitale ukrainienne, après 16 jours de guerre

Une blague circulant à Moscou

L’Université Lomonossov de Moscou : Contre La Guerre

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Denis Sieffert : Donner aux Ukrainiens ce qu’ils demandent

« Bilan » des manifestations en Russie

Michel Roche : La Russie de Vladimir Poutine : un régime bonapartiste

Mike Davis : Poutine, Biden, Xi… « Thanatos triomphant »

L’observatoire de la liberté de création s’oppose au boycott des artistes russes

Solidarité de la gauche avec l’Ukraine

Karine Clément : L’opposition à la guerre en Russie

Guerre en Ukraine : dix leçons de la Syrie. Exilés syriens sur la façon dont leur expérience peut éclairer la résistance à l’invasion

Gilbert Achcar : L’anti-impérialisme aujourd’hui et la guerre en Ukraine. Réponse à Stathis Kouvélakis

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La guerre en Ukraine vue depuis le terrain. Entretien avec Oksana Dutchak

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Étienne Balibar : « Le pacifisme n’est pas une option »

Valerie Hopkins (LVIV, Ukraine) : « Des Ukrainiens constatent que des membres de leur famille en Russie ne croient pas que c’est une guerre »

Razem quitte Progressive International et DiEM25

La Cimade : Protégeons le peuple ukrainien, défendons les droits de toutes les personnes exilées

Yassin al-Haj Saleh : Pourquoi l’Ukraine est une cause syrienne

Pavlo Lodyn : L’agression de Poutine et la menace d’une catastrophe environnementale en Europe

Amélie Poinssot : L’agression russe sur l’Ukraine, un cauchemar pour l’écologie

UPJB : Sur la guerre en Ukraine

Mouvement socialiste de Russie : Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat

Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine (Québec)

Sudfa : Les Soudanais-e-s dénoncent la collaboration entre Hemetti et Poutine

Collectif Pour une Syrie Libre et Démocratique : De Grozny à Kiev en passant par Alep, allons nous indéfiniment laisser Vladimir Poutine terroriser les populations qui revendiquent la liberté et la justice ?

Siné mensuel

Solidarité avec les ukrainiens et ukrainiennes

Yorgos Mitralias : Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à… Lénine et aux bolcheviks !

Crimes contre l’humanité et CPI

Liens avec autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/09/ukraine-russie-mais-pas-que-11/

Déclaration de fondation du Comité de solidarité avec le peuple ukrainien et avec les opposant·e·s russes à la guerre (Suisse)

Viktoriia Pihul : Les gens du monde entier demandent au FMI d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

6 grandes ONG s’unissent face à l’ampleur des besoins humanitaires : c’est l’alliance urgences

Timothy Snyder : « Comment parler de la guerre ? » Histoire et mythe dans les écoles russes, selon « Novaya Gazeta »

Entretien avec Denys Pankratov, organisateur de l’Union des grutiers de la région de Lviv – Ukraine

L’université Lomonossov de Moscou (MGU) contre la guerre

Agression russe en Ukraine : Communiqué de l’assemblée européenne des citoyens

UJFP : Le droit international pour tous et partout, sans exception !

Liens d’initiatives de soutien à la population ukrainienne

Liens vers d’autres textes publiés dans la presse

En débat : Campisme ou anti-impérialisme. Quelques textes

Deux livres de Svetlana Alexievitch

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/07/ukraine-russie-mais-pas-que-10/

CGT : Douze questions sur la guerre en Ukraine Paix en Ukraine – Liberté en Russie

Maxime Combes, Amélie Canonne, Nicolas Haeringer : Quels sont les intérêts de TotalEnergies en Russie ?

Appel à l’action de la Confédération européenne des syndicats (CES) – La guerre en Ukraine doit cesser maintenant !

Roger Martelli : Dans la guerre ukrainienne, la gauche joue une part de sa survie

Lettre ouverte de géographes russes à Vladimir Poutine : « Nous voulons vivre sous un ciel pacifique »

Luke Harding (Lviv) : Des soldats russes démoralisés expriment leur colère d’avoir été « trompés » dans la guerre

Réseau des GLI : déclaration de solidarité avec le peuple ukrainien et ses organisations syndicales et contre la guerre menée par un régime autoritaire

Union Syndicale Solidaires : Stop au tri raciste des réfugié-es qui fuient les guerres !

Marc Bonhomme : Ukraine : la guerre de tous les risques de plus en plus cruelle

Israéliens solidaires de l’opposition russe à la guerre d’Ukraine

Volodymyr Artiukh : L’Ukraine – à la gauche occidentale, sur vos et sur nos erreurs

Michael Shank : Nous nous soucions davantage de l’Ukraine parce que les victimes sont blanches

Association France Palestine Solidarité : Non à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, il faut faire respecter le droit… partout dans le monde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/05/ukraine-russie-mais-pas-que-9/

Dockers néo-zélandais solidaires avec l’Ukraine

Pierre Baudet : La guerre en Ukraine menace la paix dans le monde…

L’édito de PEPS : L’Ukraine, une guerre aux multiples enjeux écologiques

Francine Sporenda : Poutinophilie : « c’est l’Otan le problème »

Richard Abernethy : Arrêtez la guerre impérialiste de la Russie contre l’Ukraine ! Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien !

Ecrivains du monde entier solidaires avec l’Ukraine

Igor Ilyash : Quels sont la place et le rôle de la Biélorussie dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Un appel d’un socialiste russe : Poutine intensifie la répression

Non à la guerre en Ukraine. Non à l’Otan. Contre les guerres impérialistes, femmes des peuples du monde entier Solidarité

Akram Belkaïd : Le pas de côté : Non au campisme

Québec : Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/04/ukraine-russie-8/

Les Cahiers de l’antidote n°1 « Spécial Ukraine » : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !

Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine

Pascal Boniface : Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie

Yorgos Mitralias : Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!

Izabella Marengo et Pierre Jasmin : NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN

Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire

Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine

Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne

Stefan Bekier : « Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!

Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »

Déclaration intersyndicale : Non à la guerre : retrait immédiat des troupes russes, solidarité avec le peuple ukrainien

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/03/ukraine-russie-7/

Interview de Witalij Machinko, Syndicat de solidarité des travailleurs (Trudowa Solidarnist, Kiev)

Appel du « Center for civil liberties » Ukraine

Roane Carey : Comment la gauche devrait réagir à l’invasion de l’Ukraine par la Russie

MMF France : Non à la guerre en Ukraine, Non à Poutine ! Soutien à la démocratie ukrainienne, soutien au peuple ukrainien !

Leyla Binici, Jérôme Gleizes, Abdessalam Kleiche, Myriam Laïdouni-Denis, Didier Claude Rod : Réflexions écologistes sur l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

La Cimade demande une protection pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine

Amb el poble d’Ucraïna!

Nous, Européen·ne·s de l’Est…

Patrick Cockburn : La Blitzkrieg pré-annoncée de Poutine en échec. Un danger encore plus grand (…)

NON à la guerre en Ukraine !

Des militant·es pour la démocratie au Myanmar organisent des rassemblements pour soutenir l’Ukraine

Razem : « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN… »

Fondation Frantz Fanon : Guerre d’agression contre l’Ukraine : qui a mis K.O le droit international ?

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe : Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/02/ukraine-russie-6/

Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail

Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe

Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/01/ukraine-russie-5/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar :Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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