[20] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [20] 

  • Reseau européen : Solidarite avec l’Ukraine et contre la guerre (consensus de base)
  • Carte des sabotages par les cheminot·es belarus. 
  • Occupez leurs villas !
  • L’hôtel particulier d’un oligarque occupé
  • Claudio Sergio Ingerflom : Westphalie est morte en Ukraine
  • Nicolas Haeringer : Généraliser la solidarité avec les ukrainien.ne.s
  • Daniel Boffey : Chernihiv rationne l’eau potable alors que la Russie est accusée de prendre la ville en otage
  • Situation militaire au 22 mars
  • Des centaines de Russes en Slovaquie demandent la protection du gouvernement Heger
  • Suisse : Manifestation contre la guerre en Ukraine, Lausanne, 22 mars 2022
  • Sébastien Abbet : Pour s’orienter dans ce monde, il faut une boussole qui indique la solidarité avec les peuples
  • Discours de Guillaume Matthey, Stop pillage !
  • L’appel du « Mouvement social » aux « gauchistes » du monde entier sur la manière d’aider l’Ukraine à arrêter l’agression russe et à reconstruire les villes
  • Patrick Silberstein : Lignes de front (24 mars 2022)
  • La Pologne se rend indépendante du gaz russe
  • Entretien avec Coline Maestracci, spécialiste de l’Ukraine
  • Exigeons la libération immédiate des prisonniers politiques enlevés par l’armée russe.
  • David Finkel : « L’horreur en Ukraine et après… »
  • Laurent Vogel : Belgique : Peut-on être solidaire sans écouter la société ukrainienne ?
  • Liens avec d’autres textes


Reseau européen :
Solidarite avec l’Ukraine et Contre la guerre
(consensus de base)

Nous, collectifs de mouvements sociaux, syndicats, organisations et partis, dEurope de lEst et de lOuest, opposé-es à la guerre et à tous les néo-colonialismes dans le monde, voulons construire un réseau par en bas, indépendant de tout gouvernement

POUR

  1. La défense d’une Ukraine indépendante et démocratique !

  2. Le retrait immédiat des troupes russes de tout le territoire ukrainien. L’arrêt de la menace nucléaire que constitue la mise en état d’alerte des armes nucléaires russes et le bombardement des centrales ukrainiennes !

  3. Le soutien à la résistance (armée et non armée) du peuple ukrainien dans sa diversité, en défense de son droit à l’autodétermination

  4. L’annulation de la dette extérieure de l’Ukraine !

  5. L’accueil sans discrimination de tous les réfugié-e-s – d’Ukraine et d’ailleurs !

  6. Le soutien au mouvement anti-guerre et démocratique en Russie et la garantie du statut de réfugié politique aux opposants à Poutine et aux soldats russes qui désertent !

  7. La saisie des biens des membres du gouvernement, des hauts fonctionnaires et des oligarques russes en Europe et dans le monde ; et des sanctions financières et économiques – en protégeant les populations défavorisées de leurs effets.

Au-delà, nous luttons aussi, en lien avec les courants qui partagent ces objectifs en Ukraine et en Russie:

  1. Pour un désarmement nucléaire global. Contre l’escalade militaire et la militarisation des esprits.

  2. Pour le démantèlement des blocs militaires

  3. Pour que toute aide à l’Ukraine échappe à l’emprise et aux conditions d’austérité du FMI ou de l’UE

  4. Contre le productivisme, le militarisme et la concurrence impérialiste pour la puissance et le profit qui détruisent notre environnement et nos droits sociaux et démocratiques.

A lissue de la première guerre mondiale, lOIT a été fondée sur une affirmation de portée universelle : « Une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la justice sociale ».Aujourd’hui, nous devons ajouter la justice environnementale et l’état de droit : nous luttons pour la paix et l’égalité, les libertés démocratiques, la justice sociale et climatique, par la coopération et la solidarité entre les peuples.

info@ukraine-solidarity.eu

www.ukraine-solidarity.eu

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Voici le lien vers le formulaire d’adhésion :

https://framaforms.org/membership-form-for-the-european-network-solidarity-with-ukraine-and-against-war-1647460588

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Carte des sabotages par les cheminot·es belarus

Railwayresistancebelarus

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Occupez leurs villas !

La police française a arrêté deux militants qui occupaient une luxueuse villa appartenant à des Russes à Biarritz, des proches de Kirill Shamalov, ex-gendre de Poutine et vice-président de la société pétrochimique Sibur.

L’activiste Pierre Haffner et Sergei Saveliev, un réfugié politique biélorusse, sont entrés dimanche dans cette cette résidence de huit chambres afin de la réquisitionner pour loger des réfugié.es ukrainien·nes, a déclaré Vladimir Osechkin, un militant russe des droits humains, basé à Biarritz.

« Alors que les autorités aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France cherchent des moyens d’agir économiquement contre la Russie, nous prenons nos mesures », a déclaré Saveliev dans une vidéo enregistrée dans le parc de la villa qui dispose d’une piscine stagnante.

Les deux militants détenus ont déclaré avoir trouvé des factures adressées à la société SCI Atlantic et à Tatiana Shamalov. SCI Atlantic est une société immobilière dont, selon les registres d’une entreprise française, Shamalov est le directeur.

14 mars. Source : Reuter

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L’hôtel particulier d’un oligarque occupé

« Allez vous faire foutre » : voilà la chute du communiqué publié par NFA Anti-Fascists, un groupe britannique de squatteuses et squatteurs, gens du voyage et sans-abri qui luttent contre le fascisme. Ils et elles ont occupé l’hôtel particulier du milliardaire russe Oleg Deripaska, dans le centre de Londres, place Belgrave, à côté de Buckingham Palace, dans le quartier des oligarques.

Le lieu devrait devenir un centre d’accueil pour réfugié·es, pour « des personnes venues d’Ukraine ou d’autres nationalités ou ethnies ». Ce lieu a « un tel nombre de chambres que nous ne pouvons les compter », ainsi qu’une salle de cinéma et une cave à vin.

Les occupants veulent « manifester [leur] sympathie aux courageux manifestant·es injustement incarcéré·es pour s’être soulevé·es contre Poutine », tout en dénonçant les élites de Grande-Bretagne, complices de Poutine depuis des décennies.

Deripaska, président de la société Rusal, qui vend de l’aluminium, fait partie de la liste de milliardaires sanctionnés par les États-Unis et l’UE, avec une fortune estimée à 3 milliards de dollars. Son nom a été aussi été cité dans les enquêtes anticorruption menées dans l’État espagnol depuis 2009. Avec Mikhaïl Fridman, il aurait pris position contre la guerre.

La police londonienne n’est pas encore parvenue à déloger les squatters.

14 mars. Source : El Salto

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Westphalie est morte en Ukraine [1]

« Ne devrions-nous pas cesser de prétendre que nous nous battons pour la démocratie et dire clairement : nous voulons des libertés individuelles, une société prospère, la sécurité et la dignité nationale ? ». « La restriction des libertés politiques est inévitable… ». « Que faisons-nous avec les dernières valeurs qui ont émergé, qui rejettent l’histoire, la patrie, le genre et les croyances, avec les mouvements agressifs LGBT et ultra-féministes ? […] Devons-nous considérer qu’il s’agit d’un nouveau stade de l’évolution sociale ? Je ne le pense pas. Devons-nous essayer de l’éviter, de limiter sa propagation et d’attendre que la société surmonte cette épidémie morale ? Ou devons-nous la combattre activement, en amenant la majorité de l’humanité à adhérer aux valeurs dites « conservatrices » ou, pour dire les choses simplement, aux valeurs humaines normales ? »

Chère lectrice, cher lecteur, je te demande une faveur : avant de poursuivre ta lecture, réfléchis au profil idéologique de l’auteur des lignes précédentes et imagine qui, en Argentine aujourd’hui, aurait pu les écrire. Ensuite, va au bas de la page et trouve la bonne réponse [2].

« Nous pouvons réaliser beaucoup de choses et nous pouvons tout réaliser » [3].

Que représente l’Ukraine pour le président Poutine » « …ce n’est pas seulement un pays voisin. Elle fait partie intégrante de notre propre histoire, de notre culture, de notre espace spirituel. […] L’Ukraine moderne a été créée dans son intégralité par […] la Russie bolchévique et communiste ». Dans les lignes qui suivent, il déclare que Staline a au moins proposé que les « nations » de l’empire se voient accorder un statut autonome au sein de l’État, mais malheureusement, Lénine a triomphé et, dans un geste antirusse, a appliqué le principe de l’autodétermination des nations [4]. « La Russie ne peut être une grande puissance lorsqu’elle est accablée par une Ukraine de plus en plus hors de contrôle, une entité politique créée par Lénine puis étendue vers l’ouest sous Staline. [5]»

L’Ukraine doit être fusionnée avec la Russie.

I. Les raisons de l’invasion selon le président Poutine.

1) Génocide de la population russe vivant en Ukraine. Heureusement pour elle, Poutine n’a pu fournir aucune preuve.

2) Histoire. Avant son indépendance, dit Poutine, l’Ukraine était inséparable de la Russie, il est temps de mettre cette histoire à jour. En 2016, le président a célébré la mémoire du prince Vladimir de Kiev pour sa conversion au christianisme et pour avoir baptisé la Russie en 988 en Crimée. Il a ajouté : « Il est de notre devoir de nous appuyer sur les préceptes spirituels et les traditions d’unité pour aller de l’avant, en assurant la continuité de notre histoire millénaire […] Sa réalisation la plus importante a été de baptiser la Russie [nom collectif des principautés qui s’étendaient de la mer Blanche à la Méditerranée]. Ce choix est devenu une source spirituelle commune pour les peuples de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine, il a posé les bases morales et éthiques qui déterminent nos vies jusqu’à ce jour » [6]. En ce qui concerne la continuité des valeurs, je ne sais pas ce que pense vraiment le président, mais voici un exemple des valeurs de Vladimir de Kiev : après avoir vaincu le prince Rogvolod, il a violé sa fille Rogneda devant ses parents, puis les a tués et a pris de force Rogneda pour épouse. En décembre 2014, alors que la Crimée était déjà annexée, le président a affirmé que la conversion de Vladimir était « la source spirituelle » de la « formation de l’État russe centralisé » [7]. Signalons néanmoins que quelques années se sont écoulées entre cette « source » (Xe siècle) et « la formation de l’État » (XVe-XVIe siècle) et qu’il est étrange de voir dans la conversion d’un prince médiéval la source d’un ordre juridico-politique fondé sur la souveraineté du peuple et la représentation démocratique. Puis : « Nous avons pris conscience de la continuité et de l’indivisibilité du parcours millénaire de notre patrie ». Cette « continuité millénaire » constamment invoquée par Poutine laisse perplexe, surtout lorsqu’il l’utilise pour justifier sa notion d’inséparabilité entre la Russie et l’Ukraine – une inséparabilité dans laquelle l’une dirige et l’autre obéit (voir ci-dessus : « L’Ukraine est de plus en plus hors de contrôle »). Au-delà de l’Ukraine, si par continuité, le président fait référence à la dimension géographique, c’est un vœu pieux : depuis que Moscou a consolidé sa position au XVe siècle jusqu’à aujourd’hui, elle a une longue histoire d’expansion et de perte de territoires (Novgorod, Pskov, Sibérie, pays baltes, Pologne, Caucase, Finlande, Asie…). Mais comme le suggère son attaque contre Lénine et le principe de l’autodétermination des peuples, la « continuité » fait référence à l’expansion, tandis que les pertes sont notées dans les erreurs ou les trahisons des dirigeants.

Acceptons le critère de Poutine : la continuité justifie l’annexion. Prenons le cadre historique qu’il propose : depuis le début de l’ère chrétienne. Examinons les faits.

Crimée. jusqu’au IVe siècle sous la domination de l’Empire romain, puis de l’Empire byzantin jusqu’en 1204, puis de diverses puissances non russes (marchands vénitiens, génois et tribus locales). Dans le même temps, une partie de la Crimée était sous le contrôle de Kiev depuis le Xe siècle. En 1239, elle a été soumise par les Mongols, puis par l’Empire ottoman. Ce n’est qu’en 1783 qu’elle a été conquise par la Russie. En 1954, elle est passée sous la juridiction ukrainienne. Nous comptons ? La Crimée a appartenu pendant 1500 ans à différentes puissances non-russes. Pendant un peu plus de 200 ans, elle a été dominée par intermittence par Kiev. Elle a appartenu à la Russie 171 ans.

Ukraine. Du Xe siècle jusqu’à la veille du joug mongol (XIIIe siècle), la principauté de Kiev a été le principal centre de la Rus, bien qu’elle se soit progressivement affaiblie à mesure que la principauté de Vladimir-Suzdel prenait de l’importance. En 1321, Kiev devient un vassal des princes lituaniens. En 1471, elle a été dissoute. Entre cette date et 1654, la quasi-totalité de l’Ukraine actuelle a successivement fait partie du royaume de Pologne, du grand-duché de Lituanie et enfin de la Rech Pospolita, l’Union polono-lituanienne. De 1654 à 1991, elle a appartenu d’abord à la Russie, puis à l’URSS. Nous comptons à partir de la date indiquée par le président comme étant la source de l’État russe, c’est-à-dire le Xe siècle, bien que je répète que la Russie n’existait pas à cette époque : 400 ans en tant que territoires indépendants. 333 ans sous la domination lituanienne et polonaise. Environ 260 ans sous la couronne impériale et 70 ans en URSS : au total environ 330 ans, mais ni l’Empire ni l’Union soviétique n’étaient la « Russie », le premier était constitué de « toutes les Russies » (c’est pourquoi on l’appelait Rossiiskaia et non Russkaia), c’est-à-dire la Russie, le Belarus et l’Ukraine, et le second était une « Union de républiques », constitutionnellement dotée des mêmes droits. Même si nous comptons ces 330 comme indissociables de la Russie, cela ne représente que 30% du temps total.

Alors que le président Poutine met en avant l’histoire et sa continuité pour établir le caractère indissociable de la Russie et de l’Ukraine, cette histoire se retourne contre ses intérêts. La Pologne et la Lituanie pourraient adopter la logique de Poutine et revendiquer l’Ukraine pour elles, tandis que l’Ukraine, dont la capitale est Kiev, pourrait à son tour revendiquer la Russie. Transposons la logique de Poutine sur nos terres : Buenos Aires était le centre politique de la vice-royauté du Río de la Plata, l’Argentine aurait donc le droit d’annexer l’Uruguay, le Paraguay, la Bolivie et une partie du Chili. Ou, en regardant la carte de l’empire de Charlemagne, la France devrait faire de même avec l’Allemagne (et réciproquement ?). L’argument historique de la continuité est une construction imaginaire invalidée par les données et profondément contradictoire en elle-même.

3) L’OTAN. C’est un leitmotiv constant : la Russie se sent menacée si l’Ukraine rejoint l’Otan. Les Occidentaux répètent que l’adhésion n’est pas à l’ordre du jour. Connaissant l’histoire des États-Unis et de l’OTAN, je suis d’accord pour dire qu’il n’y a aucune raison de les croire. Ils ont fait tout ce qui était possible pour se rapprocher de la Russie. En même temps, tous ceux qui soutiennent que les peuples doivent déterminer leur propre histoire ne peuvent laisser passer le piège : l’intégration à l’OTAN et surtout aux institutions supranationales européennes n’est pas une simple décision des dirigeants – légitimes – de ces pays, mais le cri de peuples ayant la mémoire d’avoir été colonisés et opprimés. La vision des dirigeants russes actuels qui ont reçu avec des baisers (littéralement) Marine Le Pen, invitée par Poutine pour une rencontre tête à tête quelques jours après la dernière élection présidentielle en France, est différente. S’adressant aux Ukrainiens, Poutine s’est exclamé : « Renoncez-vous à votre passé ? au soi-disant héritage colonial de l’empire russe ? [8] ». Laissons de côté le mépris envers les peuples, une qualité bien partagée par les dirigeants de la planète. Acceptons l’argument « l’OTAN nous agresse. Elle va s’installer en Ukraine, un pays frontalier. Par conséquent, nous devons l’envahir de manière préventive ». Mais l’annexion de l’Ukraine résout-elle quelque chose ? À sa frontière occidentale, elle a pour voisins plusieurs États membres de l’OTAN comme la Roumanie, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et l’Estonie, avec des bases aériennes et des boucliers antimissiles dans plusieurs d’entre eux, comme la Pologne et la Lettonie, qui sont également limitrophes de la Russie. Ces dernières devraient alors être considérées comme bien plus dangereuse que l’Ukraine. Alors pourquoi ne pas les envahir ? En cas d’attaque de l’OTAN, combien de temps faudrait-il aux missiles occidentaux pour atteindre Moscou s’ils étaient lancés depuis la Pologne au lieu de l’Ukraine ? Le même temps. De plus, comme le soulignent les experts militaires, les missiles les plus dangereux sont ceux lancés depuis des sous-marins. Je répète : des boucliers antimissiles sont déjà fixés à la frontière occidentale. Mais alors : quelle est la raison de l’invasion ?

« Il ne s’agit pas vraiment de l’Ukraine. L’Otan n’est pas une menace immédiate » ∫[9].

II. Les résultats attendus de l’invasion.

Mon but ici est de transmettre les déclarations officielles de Poutine et de son équipe. Je citerai les phrases qui me semblent essentielles de leurs textes. Ce qui n’est pas entre guillemets, c’est parce que je résume de longues phrases.

La politique étrangère [10].

1. « La Russie est entrée dans une nouvelle ère de sa politique étrangère, appelons-la “destruction constructive” du modèle précédent de relations avec l’Occident ». « L’ancien système est un obstacle, il faut donc le démanteler ». Nous n’attaquerons personne « à une exception près » : l’Ukraine. « La prochaine étape consiste à “unir les terres” ».

2. « L’Occident est sur la voie d’un déclin lent mais inévitable » (l’Occident : les peuples, les nations, nous), il est « désespéré ». Il perdra cette « nouvelle guerre froide ». Il deviendra « plus raisonnable ».

3. « Notre diplomatie avec l’Occident deviendra secondaire par rapport à la diplomatie eurasienne ». L’alliance est avec la Chine.

4. « Au cours de la prochaine décennie, la Russie sera relativement invulnérable » et capable de triompher en cas de « conflits dans les régions relevant de sa sphère d’intérêts ».

5. « Les erreurs que nous avons commises » : nous avons signé de nombreux accords qui ne correspondent plus à notre force.

6. L’Europe est une menace militaire pour le sous-continent et le monde entier. « L’histoire exige que nous agissions ». Nous devrions utiliser divers instruments de politique étrangère, y compris militaires, pour établir certaines lignes rouges.

7 « Alors que le système occidental poursuit sa dégradation morale, politique et économique, les puissances non-occidentales (avec la Russie comme acteur majeur) verront inévitablement leurs positions renforcées ». (Souligné par moi. C.S.I.)

8. « Augmenter la pression politico-militaire, psychologique et même militaro-technique, non pas tant sur l’Ukraine, mais sur l’Occident collectif ». Je sais pertinemment que les États-Unis ne déploieront jamais d’armes nucléaires pour « protéger » leurs alliés en cas de conflit avec un État nucléaire.

La politique intérieure.

9. « Restriction des libertés politiques ».

10. « Liberté individuelle absolue » (la contradiction avec le point 9 n’est qu’apparente : cette liberté individuelle ne concerne pas la politique, mais l’économie).

11. La défense de la dignité nationale et le renforcement des frontières face à une future immigration massive en provenance de territoires qui deviendront difficilement habitables, comme l’Inde, le Pakistan, etc.

12. « Élaborer une “Idée nationale” qui unit et éclaire la voie de l’avenir. Abandonner et réformer les bases idéologiques obsolètes et souvent néfastes de nos sciences sociales et de la vie publique afin de mettre en œuvre cette nouvelle politique ». « Les sciences sociales qui étudient les formes de la vie publique et privée doivent tenir compte du contexte national », « des principes scientifiques et idéologiques nationaux clairs : encore une fois, il ne peut en être autrement ».

13. « En Russie, le sens de la rectitude morale est revenu ». Voir le début de l’article.

14. Démocratie. Voir le début de l’article.

15. « La Russie a toujours été construite autour d’une verticalité rigide et exécutive. Ces terres ont été assemblées pendant des siècles et il n’y a aucune autre façon de les gouverner. [11] »

Un nouvel unilatéralisme

À ce stade, on peut se demander à quel type de société future pensent les dirigeants russes, qui se réfèrent aussi constamment aux préceptes du passé. La réponse est fournie par le président de la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie, la plus haute juridiction dans le domaine du droit, dans un article de 2014, où il plaçait ses réflexions dans le contexte des « événements liés à l’Ukraine ». Les problèmes de l’État russe sont en grande partie dus au « processus fatidique » qui, en mars 1861, a « ouvert la porte à l’émancipation du servage ». « Malgré tous les coûts du servage, c’était le principal lien qui soutenait l’unité interne de la nation ». « Le lien interne entre les élites et les masses fut alors rompu ». « Et cela est devenu l’une des raisons essentielles de la croissance des processus révolutionnaires et a menacé l’existence d’un État stable [12] ».

En d’autres termes, ils ont desserré la laisse des masses paysannes et celles-ci, ingrates, se sont jetées contre le tsarisme généreux. On voit ainsi plus clair dans les propos sur la verticalité rigide, le rejet de la démocratie libérale, la restriction des libertés politiques, la condamnation du féminisme… On voit maintenant plus clair le type des valeurs qui les animent.

Le processus parallèle prédit par les dirigeants russes actuels – l’inévitable déclin moral, économique et institutionnel de l’Occident et le transfert de l’hégémonie vers « l’espace euro-asiatique avec la Russie comme acteur principal», et « aidant » la Chine – devrait, selon cette clique messianique, conduire à un unilatéralisme dans lequel tous les peuples du monde devront être « raisonnables ».

Parce que j’ai passé ma vie à étudier l’histoire et la culture du peuple russe que je respecte, admire et aime, je tiens à être explicite : ce combat international n’oppose pas les bons aux méchants. Il s’agit de définir qui seront les Maîtres du monde au XXIe siècle et dans quel type de servitude nous, les peuples, vivrons. Mais n’en déplaise aux nostalgiques du tsarisme et du servage, ainsi qu’aux porteurs du néolibéralisme de tous bords, les peuples, et le peuple russe aussi, peuvent soudain se révéler ingrats envers leurs maîtres.

Et si vous ne le croyez pas, demandez à Nicolas II.

Claudio Sergio Ingerflom

Director del Centro de Estudios sobre los Mundos Eslavos

Universidad Nacional de San Martín

Buenos Aires. Argentina.

Paru dans la revue Anfibia

https://www.revistaanfibia.com/westfalia-murio-en…/

[1] La paix de Westphalie de 1648 a établi un nouvel ordre européen fondé sur le respect de la souveraineté nationale.

[2] Sergei Karaganov, « Russia’s new foreign policy, the Putin Doctrin »,

https://www.rt.com/russia/550271-putin-doctrine-foreign-policy – Mis en ligne le 23 à 13h50 avant l’invasion. Consulté le jour même. M. Karaganov est le fondateur et le président honoraire du Conseil de défense et de politique étrangère, créé par décret présidentiel en 2010. Poutine assiste fréquemment à ses réunions

[3] Discours annuel (4 décembre 2014) du président Vladimir Poutine devant l’Assemblée fédérale au Kremlin en présence de plus de 1 000 invités. En russe

http://www.consultant.ru/document/cons_doc_LAW_171774/

[4] Discours du président de la Fédération de Russie, 21 février 2022. En russe. Consulté le même jour.http://kremlin.ru/events/president/news/67828

[5] Karaganov, « Russia’s new foreign policy, the Putin Doctrine », art. Cit.

[6] « Notre devoir est d’aller de l’avant, en nous appuyant sur les préceptes spirituels et les traditions d’unité, en assurant la continuité de l’histoire. » 4 novembre 2016. En russe.

https://er.ru/activity/news/putin-nash-dolg-opirayas-na-duhovnye-zavety-i-tradicii-edinstva-idti-vpered-obespechivaya-preemstvennost-istorii_148174

Consulté le 20 janvier 2022.

[7] Discours annuel (4 décembre 2014). Doc. Cit.

[8] Discours du président de la Fédération de Russie, 21 février 2022. Doc. Cit.

[9] S.Karaganov, « It’s not really about Ukraine », 8 février 2022.

https://www.rt.com/russia/548630-decades-long-standoff-nato/ consulté le 10 février 2022

[10] Les points 1 à 15 proviennent de S.Karaganov, « Russia’s new foreign policy, the Putin Doctrine », doc. Cit.

[11] Dmitri Medvedev, ancien président (2008-2012), actuel vice-président du Conseil de sécurité russe.

https://www.gazeta.ru/politics/elections2008/2008/02/18_a_2640649.shtml En russe.

[12] Valeri Zorkin, « Un procès rapide correct et égal pour tous », Rossiiskaia Gazeta, 26 septembre 2014. En russe. https://rg.ru/2014/09/26/zorkin.html

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Généraliser la solidarité avec les ukrainien.ne.s

Depuis que la Russie a déclenché sa guerre contre l’Ukraine, nous assistons à un formidable élan de solidarité avec les Ukrainien.ne.s. Les dons en ligne se sont multipliés – et ils ne concernent pas que les organisations caritatives, mais l’armée ukrainienne, voire sa légion étrangère. L’Europe a accueilli les réfugiés à bras ouverts, de nombreux États autorisant les réfugiés à voyager en train gratuitement (pour peu qu’ils et elles soient blanc.he.s). Les pays occidentaux s’accordent sur des sanctions sans précédents et discutent, parfois sérieusement, de la manière de se passer de gaz et de pétrole russes.

Cet effort est évidemment louable. Il ne manque toutefois pas d’interroger: n’y aurait-il pas là une forme institutionnalisée de « deux poids, deux mesures », qui révèleraient le racisme institutionnel des États européens ? 

En dehors de l’Ukraine, quiconque donnerait de l’argent à la résistance armée d’un peuple attaqué par un autre État (par exemple à la résistance palestinienne), serait aussitôt traité comme un terroriste. Tandis que les États accueillent les réfugié.e.s ukrainien.ne.s, celles et ceux qui aident les syrien.ne.s, les yéménites, les afghan.e.s, les libyen.ne.s, etc. sont systématiquement reprimé.e.s. Aucun État européen ne discute sérieusement de sanctionner la Chine pour dénoncer le génocide dont sont victimes les Ouïgours par la Chine, ni de gouvernement refusant d’acheter du pétrole saoudien pour protester contre la guerre au Yémen.

Certain.e.s ont de ce fait choisi d’insister sur ces doubles standards et sur ce que ces actes de solidarités inédits révèlent de nos sociétés, de nos impensés, de nos structures mentales et sociales : pour le dire crûment, notre solidarité serait d’autant plus forte que les victimes sont blanches et chrétiennes. 

Il est bien sûr essentiel de faire preuve de lucidité, de ne pas nous voiler la face. Pour autant, je voudrais insister ici sur une autre dimension, tout aussi importante : le fait que la solidarité soit sans précédent ouvre de nouvelles possibilités, de nouvelles perspectives. En ne nous concentrant que sur ces doubles standards, nous passons à côté d’une dimension stratégique importante. L’une des manières dont les mouvements sociaux construisent le changement est précisément par la création et l’instauration de précédents. Saluer le précédent en cours, qui apporte la preuve qu’une rupture avec le statu quo est possible – plutôt que de se contenter de dénoncer les points aveugles que le précédent révèle – doit nous permettre de faire du précédent la nouvelle norme.

Rompre avec le statu quo

Les mouvements sociaux – ou tout effort organisé en vue d’une transformation sociale et d’une émancipation collective – ont généralement trois objectifs différents. Ils peuvent viser à créer des précédents, à ouvrir de nouvelles possibilités et à faire bouger les lignes (idéalement au-delà du simple « récit »). Leur rôle, ici, est de réaliser un changement « culturel », en veillant à ce que le « zeitgeist » évolue de telle sorte que ce qui semblait impossible, inutile ou déraisonnable devienne tout à la fois possible, nécessaire et raisonnable. 

Les mouvements sociaux peuvent également viser à transformer ces précédents (et toute autre revendication) en « nouvelle norme », en s’assurant que les changements qui se produisent dans l’esprit des gens se transforment en politiques publiques, en lois, en décrets, en normes, en habitudes, etc. 

Enfin, les mouvements peuvent viser à lutter contre les retour de bâtons, autrement dit contre toute tentative de l’État, des institutions ou des forces réactionnaires de détruire ce que les mouvements ont obtenu. Ce sont les luttes « défensives ». 

Au cours des dernières semaines, les lignes ont bougé nettement, redéfinissant la frontière entre ce qui est irréaliste et ce qui est possible.

Ainsi : 

  • des dizaines de milliers de réfugiés sont accueillis à bras ouverts

  • les avoirs de milliardaires sont gelés, sinon saisis, par le biais d’une coopération internationale inédite, afin de reprendre le contrôle des intérêts des milliardaires russes

  • la Russie a été déconnectée (partiellement) du système financier international

  • des États et responsables politiques discutent ouvertement de la manière dont nous pourrions nous passer du gaz et du pétrole (russes) et réfléchissent à des politiques (très embryonnaires) de sobriété

  • le boycott sportif, culturel et économique s’est déployé à une vitesse remarquable, de même que le désinvestissement. Bref   les États soutiennent des formes de « boycott, désinvestissement, sanction ». 

Il est à la fois remarquable et quelque peu contre-intuitive, ces changements n’apparaissent pas de manière évidente comme le résultat d’une grande mobilisation sociale. Ils sont en fait apparus en même temps que les mouvements et associations formulaient leurs propres revendications pour résister à la logique de guerre du régime de Vladimir Poutine. Ces basculements interviennent par ailleurs après deux années de pandémie, au cours desquelles nous avons vu les États (dans les pays du Nord) mettre en œuvre des politiques que les dirigeant.e.s rejetaient jusqu’alors :

  • redistribuer les richesses pour soutenir les personnes ayant perdu leur emploi & pour financer (temporairement et imparfaitement) des services publics exsangues

  • relocaliser certains secteurs de production stratégiques

  • reconnaître l’importance des emplois, souvent peu qualifié et mal reconnus de la « première ligne »

Bien sûr, ces basculements ne signifie pas que les pays riches sont devenus plus généreux, qu’ils ont décidé de faire passer la santé et les citoyen.ne.s avant les profits, ni qu’ils sont devenus moins racistes. Ils apportent toutefois la preuve qu’un futur différent, centré sur le soin, l’hospitalité, la solidarité et la justice est possible. L’accueil inconditionnel ne peut plus être considéré comme une chimère.

Il existe des alternatives

Il est important de saisir les opportunités ainsi ouvertes et de comprendre toutes les implications de cette situation. Nous avons la responsabilité d’étendre ces précédents – de les rendre permanents, plutôt que temporaires – et de travailler à leur élargissement afin que tous les réfugiés soient couverts, et pas « seulement » ceux que les États européens ou nord-américains sont désireux d’accueillir. Enfin, ces précédents doivent être ancrés dans un cadre émancipateur (l’hospitalité et la solidarité plutôt que la police des frontières et la répression, etc.). 

Nous pouvons commencer ce travail en reconnaissant l’importance des précédents et des possibles qui sont en train d’apparaître sous nos yeux. Nous devons saluer le fait que les États ouvrent les frontières aux réfugiés ukrainien.ne.s, pour nous assurer que l’accueil s’applique aussi vite que possible à toute personne contrainte de quitter son pays. Au demeurant, les mobilisations ne sont pas étrangères à ces basculements : il y a quelques semaines à peine, la Pologne construisait un mur à sa frontière, et les migrant.e.s en provenance d’Ukraine n’étaient pas traité.e.s mieux que tout autre migrant.e. Les États ont complètement changé d’approche à la faveur de la guerre – mais aussi et surtout parce qu’il y avait un large consensus culturel pour soutenir les victimes de la guerre. C’est en soi le résultat de décennies de luttes menées par les organisations qui se battent pour la liberté de circulation et d’installation, contre la fermeture et la militarisation des frontières.

Plutôt que de nous diviser sur la différence de solidarité en fonction de leur origine, nous devrions débattre des stratégies nécessaires pour passer de l’accueil inconditionnel des réfugié.e.s ukrainien.ne.s à l’accueil inconditionnel tout court. 

Comment pouvons-nous nous assurer que la guerre contre l’Ukraine ne nous conduira pas seulement à une élimination progressive du charbon, du gaz et du pétrole russes, mais plus généralement de tous les combustibles fossiles, où qu’ils soient extraits ? Comment pouvons-nous faire en sorte que nous ne sanctionnons pas uniquement les oligarques russes, mais que l’effort déployé pour saisir leurs avoirs concerne tou.te.s celles et ceux qui s’adonnent à la fraude fiscale ? Comment pouvons-nous étendre la logique BDS à tous les États voyous ?

Les derniers développements ont prouvé – haut et fort – il y a des alternatives au manque d’ambition, à l’absence de politiques de solidarité et d’hospitalité. La solidarité actuelle avec les réfugiés ukrainiens révèle certes l’existence de double standards. Mais elle révèle également les mensonges de nos dirigeant.e.s . Le soutien apporté au peuple ukrainien montre que quiconque prétendrait qu’ « il n’y a pas d’alternative », qu’« on ne peut pas accueillir tous les réfugiés », qu’« on ne peut pas taxer les milliardaires parce que c’est trop complexe » ou qu’« il n’est pas possible de désinvestir des énergies fossiles » nous ment, pour défendre ses intérêts personnels.

La démonstration est faite : des alternatives existent. Un autre monde est, en effet, possible. Ce n’est qu’une question de volonté politique. Nous devons désormais œuvrer, par des actes concrets, à transformer ces actes de solidarités circonstanciés, à les étendre jusqu’à ce qu’ils deviennent la nouvelle norme.

Nicolas Haeringer

Ce texte a initialement été publié en anglais par Waging Non-Violence.

https://blogs.mediapart.fr/nicolas-haeringer/blog/240322/generaliser-la-solidarite-avec-les-ukrainiennes

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Chernihiv rationne l’eau potable alors que la Russie est accusée de prendre la ville en otage

Les forces russes ont été accusées de prendre en otage les habitants de la ville ukrainienne Tchernihiv, assiégée, alors que des responsables locaux désespérés ont imposé un rationnement de l’eau potable aux civils pris au piège.

Environ 150 000 personnes sont bloquées dans cette ville du nord du pays, avec peu d’espoir de recevoir de l’aide, après que la Russie les a coupées de la capitale, Kiev, située à 160 km au sud, en bombardant un pont routier sur la rivière Desna.

Chernihiv, qui a été le centre d’intenses combats au cours desquels des dizaines de personnes ont été tuées quotidiennement, est déjà privée d’électricité depuis plusieurs jours, et les pillages sont monnaie courante, alors que la ville sombre dans le chaos.

Les autorités ont déclaré qu’elles commençaient à manquer d’eau potable, ce qui laisse présager une catastrophe humanitaire aussi grave que celle du port de Marioupol, dans le sud-est du pays, où 100 000 personnes tentent de fuir.

« Le nombre de réservoirs d’eau potable est limité », ont indiqué les autorités de Tchernihiv dans une alarme adressée aux civils mercredi 23 mars. « En raison de cela, afin de protéger la population de la ville, à partir de [jeudi] des restrictions sont imposées sur la distribution d’eau potable. L’eau sera versée à raison de 10 litres par personne. » Aucune date pour un deuxième approvisionnement en eau n’a été communiquée.

Lyudmila Denisova, médiatrice ukrainienne pour les droits de l’homme, a affirmé que la population était prise en otage. Le gouvernement ukrainien craignant que le Kremlin ne cherche à faire valoir ses exigences « maximalistes » dans le cadre des négociations de paix en cours avec Kiev en augmentant le nombre de civils pris pour cible.

Lyudmila Denisova a déclaré : « Aujourd’hui, Chernihiv reste complètement coupée de la capitale. Les occupants ont bombardé le pont qui traverse la rivière Desna, par lequel nous avons transporté l’aide humanitaire vers la ville et évacué les civils. La ville n’a pas d’électricité, d’eau, de chauffage et presque pas de gaz, les infrastructures sont détruites. Selon les habitants, les occupants dressent des listes de civils pour les “évacuer” vers Lgov [dans la région de Koursk, en Russie]. Les racistes [les forces russes anti-ukrainiennes], en coupant Tchernihiv de la capitale, ont transformé ses habitants en otages. »

Le maire de Tchernihiv, Vladyslav Atroshenko, a déclaré que la Russie ciblait ses tirs sur les hôpitaux de la ville, en écho à la guerre d’usure menée ailleurs. Il a déclaré : « Un hôpital est-il aussi une infrastructure militaire ? Il est important de comprendre les méthodes utilisées par la Russie lorsqu’elle mène des hostilités à Tchernihiv. Leur tactique consiste à viser intentionnellement des civils et des installations d’infrastructure. Cela n’a rien à voir avec les tirs ciblés sur les installations d’infrastructure militaire. »

Vladyslav Atroshenko a déclaré au site d’information ukrainien Censor.net qu’il y avait désormais 40 enterrements par jour à Tchernihiv, contre huit auparavant, en raison des bombardements aveugles de la Russie. Et ce, bien que la moitié de la population du temps de paix ait fui. Il a ajouté : « Nous avons deux hôpitaux de base dans la ville avec environ 200 blessés dans chacun d’eux. Nous enterrons environ 40 personnes par jour. Avant la guerre, nous enterrions en moyenne huit personnes par jour. D’après mes estimations, environ 50% des habitants ont quitté la ville. Une autre moitié est restée, mais malheureusement, de nombreuses personnes parmi celles qui sont restées ne peuvent pas prendre soin seules d’elles-mêmes. »

Oleksiy Arestovych, un conseiller du chef du bureau du président ukrainien, a déclaré à Channel 24 que la Russie avait commencé à « appliquer à la ville à peu près la même tactique qu’à Marioupol ». Oleksiy Arestovych a toutefois précisé que, contrairement à Marioupol, il restait de moyens fournir une aide humanitaire à la ville.

Mercredi 23 mars, la vice-première ministre ukrainienne, Iryna Vereshchuk, a déclaré qu’un accord avait été conclu pour tenter d’évacuer les civils piégés dans les villes ukrainiennes par le biais de neuf « couloirs humanitaires », mais qu’aucun accord de ce type n’avait été trouvé pour établir un couloir sûr à partir du cœur de Marioupol. […] Le Pentagone a déclaré que la Russie était en train de pilonner Marioupol à l’aide d’artillerie, de missiles à longue portée et de navires déployés dans la mer d’Azov toute proche.

Pendant ce temps, l’Ukraine occidentale s’inquiète de plus en plus de voir la Biélorussie se préparer à envoyer ses propres troupes dans le pays. Mercredi, le gouvernement d’Alexandre Loukachenko a demandé à certains diplomates ukrainiens de quitter le pays. Mardi, le service de sécurité biélorusse, le KGB [la Biélorussie a conservé le nom], avait accusé huit diplomates ukrainiens d’espionnage.

Daniel Boffey (Lviv)

Article publié dans The Guardian, le 23 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/ukraine-chernihiv-rationne-leau-potable-alors-que-la-russie-est-accusee-de-prendre-la-ville-en-otage.html

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Situation militaire au 22 mars

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Des centaines de Russes en Slovaquie demandent la protection du gouvernement Heger

Des citoyens russes vivant en Slovaquie ont condamné l’agression de l’Ukraine mais, craignant des représailles, ils demandent dans le même temps la protection des autorités slovaques.

« Nous, citoyens russes, vivant en Slovaquie, condamnons fermement la politique intérieure et étrangère des dirigeants russes et de son président Vladimir Poutine, et en particulier l’agression contre l’Ukraine, qui a commencé en 2014 avec l’occupation illégale de la Crimée […] ».

A ce jour, environ 400 citoyens de la Fédération de Russie installés en Slovaquie ont signé cette pétition. Dans le même temps, craignant des représailles de l’État russe, les signataires demandent aux autorités slovaques de leur accorder un statut qui les protège contre un éventuel rapatriement en Russie.

« Il ne fait aucun doute que tout citoyen russe qui, de quelque manière que ce soit, aide un citoyen ukrainien ou l’État ukrainien peut être accusé de « trahison » et subir des représailles ou des sanctions conformément aux amendements au Code pénal de la Fédération de Russie », expliquent les signataires.

Un ensemble de lois répressives ont été adoptées par la Douma russe au mois de mars, visant à interdire toute condamnation de la guerre et manifestation de solidarité avec l’Ukraine.

Ces Russes de Slovaquie demandent que leur soit accordé une résidence permanente en Slovaquie et un document qui leur permette de rester en Slovaquie une fois leur passeport périmé ou annulé par la Russie, prenant exemple sur la carte verte américaine et sur les « Passeport gris » en Estonie et en Lettonie.

Une récente déclaration du bureau du procureur général russe, selon laquelle peut être considéré comme une trahison le fait de « fournir une assistance financière, matérielle, technique, de conseil ou autre à un État étranger dans des activités contre la sécurité de la Russie » alimente aussi leurs craintes.

« Le fait que j’aide en tant que bénévole les citoyens ukrainiens, contre lesquels la Russie fait la guerre, peut être perçu par notre parquet comme un crime de trahison, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans », témoigne Maria à Denník N.

Olga Akimova, installée à Nitra avec ses quatre enfants, redoute de devoir rentrer en Russie. « Mon passeport expirera à la mi-novembre ». S’il n’est pas renouvelé ou si la situation n’est pas résolue par les autorités slovaques, « je devrai retirer les enfants de l’école et quitter la Slovaquie », explique-t-elle.

https://dennikn.sk/2776979/stovky-rusov-na-slovensku-ziadaju-hegerovu-vladu-o-pomoc-odsudzuju-vojnu-a-obavaju-sa-odvety-vlastneho-statu/?ref=tit

Paru dans Le courrier d’Europe centrale

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Suisse : Manifestation contre la guerre en Ukraine,
Lausanne, 22 mars 2022

Discours d’une membre de la diaspora syrienne, d’un militant contre les matières premières, d’un membre du Comité de solidarité et d’un militant de Stop Pillage !

Bonjour à toutes et à tous,

je suis là aujourd’hui pour exprimer la solidarité du peuple syrien en révolution avec le peuple ukrainien. Le peuple ukrainien subit en ce moment même une agression barbare de l’armée de Poutine ! Nos deux peuples ukrainien et syrien ont le même ennemi, et subissent ses exactions criminelles et la souffrance qui en découle.

Il y a 11 ans, le peuple syrien s’est soulevé contre le dictateur Assad avec des revendications de liberté, de dignité et de démocratie. Depuis 11 ans, le peuple syrien fait face à une répression barbare de la part d’Assad de Poutine et subit leurs exactions criminelles :

Disparitions forcées, arrestations, torture sauvage, tuerie, siège, famine, bombardement avec mêmes des armes chimiques, et le déplacement forcé de la population vers le nord syrien. Sans oublier le ciblage des hôpitaux, des écoles, des marchés, des boulangeries, des quartiers résidentiels, des centres de sauvetage et de protection civile, des usines de médicaments et de toutes les installations civiles…

Il y a 11 ans que la Russie de Poutine a choisi son camp et s’affirme comme soutien inconditionnel du dictateur criminel Assad.

Depuis 11 ans, la Russie de Poutine a utilisé 16 fois son veto pour empêcher toute résolution en faveur de la protection des civils, en faveur d’une transition politique sans le dictateur Assad, en faveur de la traduction du dossier syrien au tribunal pénal international et même pour des couloirs humanitaires sous contrôle de l’ONU et sans influence du dictateur Assad.

Cela fait sept ans que Poutine a commencé une intervention militaire en Syrie pour empêcher la chute du dictateur et l’acheminement de la Syrie vers une démocratie.

Poutine a œuvré pour maintenir une marionnette au pouvoir, et pour mettre la main sur les ressources naturelles syriennes.

Poutine a testé 231 nouvelles armes en Syrie et il s’en vante publiquement.

Poutine a fait de Alep un 2e Grozny… 

Aujourd’hui, il utilise le même schéma en Ukraine !

Il encercle – Il assiège – Il bombarde les civils

Puis il détruit les villes et tente de mettre en place un bouffon du Kremlin.

Depuis l’intervention russe en Syrie, toute tentative onusienne de trouver une solution politique a été détournée par Poutine.

Les pourparlers de Genève ont été remplacés par ceux d’Astana !

Le parrain de la guerre en Syrie se prétend aujourd’hui le parrain de la paix !

La communauté internationale a fermé les yeux et s’est détournée de la souffrance de la population syrienne. Les sanctions contre Poutine, revendiquées par le peuple syrien, ont été refusées… Parce que ces sanctions ne correspondent pas aux intérêts financiers de l’Occident (qui sont le gaz et pétrole) !

Aujourd’hui, sur 23 millions d’habitants en Syrie avant 2011, on a

7 millions de syrien.nes réfugié.es,

6 millions de déplacé.es internes dans les camps, privés d’aide humanitaire !

Dans ces camps, on trouve des Civils de toutes les régions de la Syrie qui ont d’abord subi un déplacement forcé et l’exode. Et ces camps sont aussi ciblés par l’aviation de Poutine, le parrain de la paix en Syrie !

Aujourd’hui, notre sympathie avec la souffrance de la population ukrainienne a un goût extrêmement amer. Nous la connaissons si bien cette souffrance !

J’aimerais aussi dénoncer ici le recrutement par Poutine de mercenaires syriens pour les envoyer au combat sur territoire ukrainien, au côté des soldats et mercenaires russes de Poutine !

Honte à Poutine et à ses alliés !

STOP à la guerre de Poutine en Ukraine et en Syrie

Oui pour des sanctions fermes contre Poutine

Oui pour des couloirs humanitaires en Ukraine et en Syrie sous contrôle de l’ONU.

Vive la liberté pour l’Ukraine et pour la Syrie !

WZ, membre de la diaspora syrienne en Suisse

Comité Ukraine – Suisse https://comite-ukraine.ch/actions-petitions/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61756

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Pour s’orienter dans ce monde, il faut une boussole qui indique la solidarité avec les peuples

Le 24 février 2022, il y a bientôt un mois, les troupes de la Fédération de Russie sont entrées en Ukraine. Dans plusieurs discours, triste écho du « chauvinisme grand-russe » de l’ère tsariste, l’autocrate Vladimir Poutine nie l’existence même des peuples de l’Ukraine, tandis que l’indépendance même du pays lui est insupportable.

Bien loin des prévisions initiales, démontrant de ce seul fait la fausseté de l’idéologie coloniale qui prévaut au Kremlin, l’armée ukrainienne et la population du pays résiste. Elle résiste par les armes, elle résiste aussi contre l’invasion par bien d’autres moyens. Tous les jours, des milliers de manifestant·e·s protestent dans les zones occupées par l’armée russe. Pour tenter de briser cette contestation, des maires et du personnel administratif sont enlevés. Depuis trois semaines, une centaine d’ingénieurs assurent notre sécurité collective à Tchernobyl. Cette guerre, comment l’oublier, convoque à nouveau le spectre du cataclysme nucléaire, civil et militaire.

Adressons-leur notre salut et notre solidarité.

Alors qu’a échoué le projet de briser en quelques jours l’Ukraine indépendante, la barbarie des armées russes augmente en intensité : bombardements et destructions de ville entières, usage d’armes interdites, recours à des supplétifs étrangers, déplacements forcés, villes assiégées, brutalités de toutes sortes… Il est à craindre que le déploiement de la terreur, les destructions et les massacres s’amplifient encore. Grozny et Alep hier ; Kiyv, Charkiv, Marioupol – Idlib aussi – aujourd’hui. Exigeons le retrait immédiat et inconditionnel des troupes russes de tout le territoire ukrainien !

La résistance, armée et non armée, du peuple ukrainien a son pendant en Russie et en Biélorussie. Dans ce dernier pays, des cheminots entravent avec courage l’utilisation par l’armée russe des chemins de fer. En Russie, dans des conditions difficiles, sous une répression qui s’accroît à mesure que les armées russes s’enlisent, des milliers de Russe s’opposent à la guerre, sont emprisonnés pour cela. Les difficultés économiques et sociales, l’impossibilité de dissimuler longtemps encore les soldats russes tués au cours de cette chose qui a officiellement pour nom « opération militaire spéciale », ébranleront une société désorientée, amenant à des contestations croissantes. Elles peuvent aussi nourrir le nationalisme et la mentalité de ville assiégée, nourrie par les autorités. Une fin rapide de la guerre qui ne résulte pas dans l’asservissement de l’Ukraine dépend et de la résistance, armée et non armée, ukrainienne ; et de l’opposition à la guerre, sous toutes ses formes, en Russie et en Biélorussie.

Adressons-leur notre salut et notre solidarité.

Notre monde, déjà bien malmené, est entré dans une spirale d’incertitudes et d’inconnues. Pour s’orienter, il faut donc se doter d’une boussole. Certains, certaines, l’ont perdue ou ne l’ont pas trouvée. Il est aussi possible qu’elle indique une autre direction que le Nord. Il en va ainsi chez ceux et celles qui ne voient pas l’évidence, l’évidence d’une guerre d’agression visant à détruire l’indépendance de l’Ukraine. Des arguties, des subtilités qui se veulent intelligentes dissimulent guère leur embarras dès lors qu’il s’agit de condamner la Russie et son régime autocratique. Un régime qui a contribué à réprimer les mouvements démocratiques en Biélorussie et au Kazakhstan, qui bombarde les populations civiles de Syrie au secours d’une dictature parmi les plus brutales depuis septembre 2015, ou encore qui arme des commandos dans plusieurs pays d’Afrique ; un régime qui, à domicile, détruit toute liberté d’expression et toute liberté publique, tout droit social et démocratique. Un régime aussi qui finance et attise la haine et les extrêmes droites partout dans le monde. Obnubilé et fasciné par l’impérialisme américain, l’aiguille de leur boussole tourne sur elle-même. Emprisonné dans une vision géopolitique binaire, ils sont incapables de voir que la Russie est un régime réactionnaire, autocratique, anti-populaire et facteur considérable de déstabilisation dans le monde. Pire encore, ils ne voient pas les peuples, dont les aspirations disparaissent derrière cette terrible formule : « ah ! il faut tenir compte des préoccupations légitimes de sécurité de la Russie ». Or, notre boussole a pour Nord la solidarité envers les peuples, non envers les États.

Est-ce à dire que nous nous trouvons dans une situation où le bien s’oppose au mal ? Aucunement. En raison même de cette boussole, comme le montre d’ailleurs la dernière décennie en Syrie comme en bien d’autres endroits du monde, nous n’accordons aucune confiance aux États occidentaux et à leurs alliances. Nous condamnons les appels aux réarmements qui se servent de la guerre d’agression de Poutine comme d’un prétexte. Les nationalismes, les attaques aux libertés publiques et démocratiques doivent fermement être rejeté. En résistant, les peuples de l’Ukraine se battent pour leurs libertés et pour les nôtres. En nous solidarisant avec leur combat, nous nous battons pour nos libertés et pour les nôtres. Ces principes amènent donc à réfléchir et à agir là où nous sommes :

Au-delà des tâches de solidarité élémentaire envers les ukrainien·nes et les opposant·e·s russes et biélorusses à la guerre, il s’agit d’affirmer clairement le principe d’un accueil sans restriction de toutes et tous les réfugié·e·s. Les sorties racistes, les hiérarchies xénophobes sont à condamner. Accueillir toutes et tous les réfugié·e·s signifie aussi défendre leurs droits, tous leurs droits, contre ceux qui semblent déjà se frotter les mains devant une main d’œuvre bon marché.

Se solidariser ici, c’est aussi reprendre cette revendication émise par les mouvements progressistes en Ukraine et en Europe de l’est : annulation immédiate de la dette extérieure ukrainienne !

Se solidariser ici, c’est comprendre que cette guerre montre tragiquement et cruellement qu’il est impossible de continuer avec une économie dont le carburant est le profit et les énergies fossiles. Plus de 700 millions d’euros sont payés, chaque jour, à la Russie. En 2003, nous disions, face à l’invasion américaine de l’Irak, « pas de guerre pour le pétrole », la situation n’est pas identique aujourd’hui, mais hier comme aujourd’hui, nous savons que les énergies fossiles tuent ! Alors que les températures sont anormalement chaudes aux pôles, il n’y a plus d’échappatoire. Il est de notre responsabilité de le comprendre et d’agir de telle sorte que les projets de se détacher des hydrocarbures russes ne se traduisent pas vers une nouvelle fuite en avant.

Se solidariser ici, c’est exiger, dans un pays qui abrite parmi les plus grandes firmes mondiales du secteur, un contrôle des prix et une répression de la spéculation sur les céréales. En 2020, le tiers des céréales commercialisées dans le monde étaient exportées d’Ukraine et de Russie. Des pays du Maghreb et du Machreq importent 40 à 80% de leur blé de ces deux pays. Avant même l’invasion russe de l’Ukraine, les prix connaissaient une importante hausse, alors même que des millions de personnes sont frappées par la famine ou la malnutrition, en particulier dans des pays comme l’Afghanistan, le Yémen ou le Nigéria ou encore tout l’est de l’Afrique. Dans les pays « du Nord », des mesures sociales sont, elles aussi, impérieuses.Il s’agira, ainsi que le reconnaît lui même le Financial Times, de taxer les contribuables les plus aisés pour assurer un filet aux classes laborieuses face aux conséquences sociales de cette guerre.

Condamner l’invasion Russe, défendre une Ukraine indépendante et libre, arracher nos sociétés à la trajectoire destructrice des énergies fossiles forment un même combat. Il nous reste à nous atteler à la tâche, participez à toutes les activités de solidarité et humanitaire que vous pouvez, rejoignez notre comité le 30 mars prochain à la Maison du Peuple, participez à la manifestation nationale du 2 avril.

Solidarité avec la résistance ukrainienne, solidarité avec les opposant·e·s russes et biélorusses à la guerre.

A bas le régime Poutine !

Sébastien Abbet, Comité de solidarité avec les peuples de l’Ukraine et avec les opposant·e·s russes à la guerre

Comité Ukraine – Suisse https://comite-ukraine.ch/actions-petitions/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61756

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Discours de Guillaume Matthey, Stop pillage !

« Pollution, Famines, Corruption, Évasion fiscale, Blanchiment d’argent, Destruction de la nature, Extractivisme prédateur, Pillage des ressources, Déplacements forcés de populations ; Bienvenue au Financial Times Commodities Global Summit ! » Au Beau-Rivage. Voilà comment le collectif auquel j’appartiens accueillait les spéculateurs et les affameurs pour la 4e édition de ce sommet de la honte en 2016. Aujourd’hui, 6 ans après, je n’en changerais pas une ligne. Encore moins avec la guerre qui fait rage en Ukraine et qui rend encore plus visible le rôle que joue la Suisse pour l’oligarchie mafieuse russe.

La Suisse n’a pas d’accès à la mer. Elle n’a pas de grande mine de charbon, de cuivre ou d’aluminium. Elle n’a pas de champs pétrolifères. Elle n’a pas les champs immenses du Brésil, d’Argentine ou des États-Unis. Pourtant, Elle est l’une des principales places financières du monde. Notamment pour les matières premières. À titre d’exemple, c’est depuis cette petite région continentale qui s’étend de Genève à Zoug qu’est acheté et vendu environ un tiers du pétrole mondial. Et c’est sur ce territoire que transite physiquement la majorité de l’or mondial pour être raffiné.

Si pour vous, la raison pour laquelle nous sommes descendus à Ouchy contre le sommet qui se tient dans l’hôtel là-bas, n’est pas encore bien claire. Laissez-moi vous présenter quelques-unes et quelques-uns des illustres hôtes de l’Hôtel Beau-Rivage :

* Trafigura, l’entreprise de négoce basée à Lucerne qui a intoxiqué l’Afrique de l’Ouest en lui revendant un diesel trop sale pour être vendu en Europe.

* Vitol, l’entreprise de négoce basée à Genève, qui est devenu au milieu des années 2010 l’un des premier négociant du pétrole du régime dictatorial du Kazakhstan.

* Gunvor dont le siège à Genève avait été perquisitionné par la police fédérale pour soupçons de blanchiment d’argent et corruption avec le Congo où Gunvor avait conclu des marchés pour du pétrole.

* Vale, l’entreprise minière brésilienne installée à St-Prex dont les barrages ont cédé la dernière fois en 2019, causant la mort de plus de 200 personnes.

Mais venons-en à ce qui nous concerne aujourd’hui avec cette agression de l’armée Russe contre le peuple Ukrainien. Pour rappel :

80% des 200 milliards de francs que la Russie gagne avec son pétrole brut et son gaz sont négociés depuis la Suisse. 80% ! Dont ¾ à Genève ce qui veut dire que là, au bout du lac, il se vent pour 120 milliards de francs de pétrole et de gaz Russe.

On peut aussi dire que 1/3 des fonds détenus par des entreprises et des personnes physiques russes à l’étranger se trouve en Suisse.

On peut encore ajouter que 98% des gestionnaires russes interrogés disaient que leurs clients citaient la Suisse comme pays de prédilection pour mettre leur argent à l’abri

Si donc, il faut condamner fermement l’impérialisme de l’État Russe, car c’est lui qui est agressif, qui est meurtrier aujourd’hui, n’oublions pas pour autant un autre impérialisme. Qui n’est pas militaire mais économique : celui de la Suisse. Car comme une pièce a ses deux faces, Le verso de la Suisse humanitaire et de la Suisse neutre, c’est celui qui est là. C’est la Suisse comme plaque tournante d’un commerce opaque, polluant, corrupteur et inégal. C’est la Suisse comme paradis fiscal et comme échappatoire aux sanctions internationales.

La Suisse joue donc un rôle central dans la vente des matières premières et de la gestion des fortunes russes. Ce qu’il faut donc retenir, c’est que la Suisse a une responsabilité. Une énorme responsabilité. La solidarité internationale pour notre pays passe certes par l’envoi de matériel, de nourriture, d’argent. Mais elle doit aussi passer par la suspension du négoce de matières premières avec la Russie qui alimente les caisses de Poutine. Le Conseil Fédéral doit prendre ses responsabilités !

Morale de l’histoire : Les riches, les puissants, les dominants, les élites. Bref appelons-les les capitalistes. Ils savent tirer profit de la guerre pour s’enrichir et accroître leur pouvoir. En revanche, le champ de bataille, la boue, les bombes, les mutilations, c’est un privilège de pauvre. Alors deux mots pour finir :

1) Dehors les pollueurs, les spéculateurs, les affameurs ! Honte au Financial Times pour l’organisation de ce sommet ; honte à la Suisse et honte à Lausanne qui accueille ces pilleurs dans les beaux salons !

2) Ouverture des frontières, accueil de tou-te-s les réfugiées et les migrantes et solidarité avec les peuples ukrainien en lutte !

La Suisse peut mettre un frein d’urgence à cette catastrophe. Stop à cette guerre ignoble !

Comité Ukraine – Suisse https://comite-ukraine.ch/actions-petitions/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61756

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L’appel du « Mouvement social » aux « gauchistes » du monde entier sur la manière d’aider l’Ukraine à arrêter l’agression russe et à reconstruire les villes

Bonjour depuis l’Ukraine. Comme vous le savez, une guerre à grande échelle se déroule dans notre pays. Des villes et des villages sont détruits et des gens meurent. Je suis membre de l’organisation « Mouvement Social », qui défend les droits des travailleurs et lutte pour les idéaux du socialisme démocratique. Nous faisons de notre mieux pour arrêter la guerre déclenchée par l’impérialisme russe et pouvoir nous occuper de nouveau des problèmes socio-économiques. J’espère que les militant.e.s de gauche du monde entier – pour qui la solidarité de la classe ouvrière et le refus de la guerre sont des valeurs fondamentales – nous aideront à faire exactement cela.

Aidez à diffuser la vérité sur la guerre en Ukraine. L’armée russe a envahi un pays étranger sans raison. Des milliers d’Ukrainiens et de Russes sont déjà morts à cause de la volonté de Poutine d’imposer son diktat politique à l’Ukraine et de la priver de sa souveraineté. Les agresseurs russes justifient hypocritement leurs crimes de guerre par la nécessité d’une soi-disant « dénazification » de l’Ukraine.

  1. Aidez à détruire le régime autoritaire russe. Tant que Poutine sera au pouvoir, l’Europe sera en danger. Les possessions des capitalistes russes doivent être confisquées dans le monde entier. Exiger des sanctions contre la République de Bielorussie et la Fédération de Russie et la rupture des liens économiques avec eux.

  2. Aidez le peuple ukrainien à se défendre. Nous avons besoin d’une annulation de la dette publique ainsi que d’une aide financière. Demandez l’envoi d’armes et médicaments en Ukraine pour éviter d’autres victimes. Vous pouvez également rejoindre les brigades internationales pour lutter contre les occupants russes.

  3. Soutenez la gauche ukrainienne pour que l’Ukraine puisse devenir véritablement démocratique et que la reconstruction du pays ne se fasse pas au détriment des travailleurs et des défavorisés.

Notre peuple résiste héroïquement aux envahisseurs mais les forces ne sont pas égales. Nous avons besoin de solidarité internationale contre l’hydre de l’impérialisme russe. Nous voulons voir l’Ukraine libre et socialiste.

Sotsialnyi Rukh (Social Movement) Ukraine

Соціальний рух

https://www.facebook.com/100064840535229/posts/329790522525630/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61751

The «Social Movement’s» appeal to leftists around the world on how to help Ukraine stop Russian aggression and rebuild cities

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61616

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Lignes de front (24 mars 2022)

En complément de mon article [1] publié dans le volume 2 de Démocratie et liberté pour les peuples d’Ukraine [2], je livre ici quelques éléments d’information et d’analyse – des « lignes de front » – relevés dans diverses publications. Cela afin d’aider à comprendre comment et pourquoi l’Ukraine en armes résiste à l’impérialisme russe et à son « rouleau compresseur [3] ».

Les notes que je livre ont été prises en parcourant divers organes de presse ; c’est pourquoi je fais largement usage de citations et de guillemets.

Ce sont bel et bien des commentaires et des analyses formulés par des « milieux autorisés » (certes sujets à discussion…). 

Les experts en manipulations de mots et de concepts – les amis (publics ou honteux) du régime de Vladimir Poutine, les nostalgiques de l’URSS du vojd ou encore les partisans d’une sorte de « Munich diplomatique » – pourront toujours souligner que les sources que j’utilise [4] sont issues des milieux « impérialistes [5] ». Je l’assume.

Avec ces notes brutes de fonderie, j’espère contribuer ainsi à « l’analyse concrète d’une situation concrète ».

[1] « L’armée russe est un tigre de papier et le papier est maintenant en feu ».

[2] https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine-2.pdf

[3] Comme Poutine, Mark Milley, le chef d’état-major interarmées états-unien, avait déclaré devant le Congrès que la capitale ukrainienne « pourrait tomber dans les 72 heures d’une invasion russe. »

[4] The Kyiv Independent, Défense nationale, Janes, The Wall Street Journal, Vox, Institut for the Study of War (ISW), ainsi que les voix des opposants russes (en anglais) à la guerre, la presse ukrainienne (en anglais) et quelques autres.

[5] Je me souviens d’ailleurs d’un temps, alors que j’étais moi-même « sous les drapeaux », où l’activité démocratique au sein de l’armée française était dénoncée à droite comme « faisant le jeu de l’URSS » et à gauche comme « nuisible à l’indépendance nationale » (la France, je le rappelle, avait à l’époque quitté le commandement intégré de l’OTAN). 

Patrick Silberstein

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Lignes de front 0 : « Le sens de l’impasse en Ukraine », Frederick W. Kagan, ISW

« La campagne russe initiale d’invasion et de conquête de l’Ukraine s’achève sans avoir atteint ses objectifs – en d’autres termes, elle est en train d’être vaincue. La guerre s’installe dans une situation d’impasse sur une grande partie du théâtre d’opérations. Mais la guerre n’est pas terminée et il est peu probable qu’elle se termine bientôt. L’issue de la guerre n’est pas non plus claire. Les Russes pourraient encore gagner ; les Ukrainiens pourraient gagner ; la guerre pourrait s’étendre pour impliquer d’autres pays ; ou elle pourrait se transformer en une version à plus grande échelle de l’impasse dans l’est de l’Ukraine qui avait persisté de 2014 jusqu’au début de l’invasion de la Russie en février 2022.

L’échec de la campagne initiale de la Russie marque néanmoins une inflexion importante qui a des implications pour l’élaboration et l’exécution des stratégies militaires, économiques et politiques occidentales. L’Occident doit continuer à fournir à l’Ukraine les armes dont elle a besoin pour se battre, mais il doit maintenant aussi élargir considérablement son aide afin de contribuer à maintenir l’Ukraine en vie en tant que pays, même dans des conditions d’impasse.

Les termes techniques « impasse », « campagne » et « aboutissement » peuvent dérouter le lecteur non initié à la terminologie militaire. Cette note propose une explication de ces termes en se référant à des exemples historiques de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale, tout en reconnaissant que les analogies historiques sont toujours limitées.

Une campagne est une entreprise militaire majeure lancée dans le cadre d’un effort de guerre pour atteindre un ou plusieurs objectifs qui sont nécessaires mais pas nécessairement suffisants pour atteindre les buts de guerre généraux. L’invasion russe de l’Ukraine, qui a commencé il y a près d’un mois, était une telle entreprise : ses objectifs, à savoir la prise de Kiev et des autres grandes villes ukrainiennes, s’inscrivaient dans le cadre d’un effort plus vaste visant à remplacer le gouvernement ukrainien, à détruire l’armée ukrainienne et à permettre à Vladimir Poutine de définir à sa guise les conditions politiques, économiques et sécuritaires du territoire ukrainien.

Il est utile de comparer la campagne initiale de Poutine avec l’invasion allemande de l’Union soviétique [juin 1941]. Les objectifs allemands étaient de s’emparer de Leningrad, de Moscou et de l’Ukraine afin d’éliminer rapidement l’URSS de la guerre. Les Allemands ont détruit d’énormes parties de l’armée soviétique, assiégé Leningrad, atteint les faubourgs de Moscou, puis la campagne a culminé à l’hiver 1941. Comme les Russes en Ukraine aujourd’hui, les Allemands en 1941 ont continué à essayer d’obtenir plus de puissance de combat au front et à lancer des attaques de plus en plus désespérées contre Moscou, bien au-delà du point de rendement décroissant – ce qui est un signe qu’une campagne a atteint son point culminant. Les Allemands n’ont réussi à prendre aucun de leurs objectifs.

La campagne allemande a culminé avec Leningrad assiégée, et elle est restée assiégée pendant près de 900 jours. Mais la campagne de 1941 a été incontestablement défaite, les Allemands sont passés à la défense, les Soviétiques ont lancé une contre-offensive, puis les Allemands ont lancé une nouvelle campagne en 1942 qui a culminé à Stalingrad. Leningrad est restée assiégée pendant tout ce temps. Une campagne peut donc se terminer avec une grande ville (beaucoup plus grande que Marioupol, par exemple) assiégée, la guerre n’est pas terminée, les deux camps se battent, et pourtant la campagne peut avoir échoué. C’est la situation à laquelle les Russes sont probablement confrontés en Ukraine. Mais les Allemands avaient encore une chance en 1942 [de l’emporter].

L’impasse décrit une situation de guerre dans laquelle aucun des deux camps ne peut changer radicalement les lignes de front, quels que soient ses efforts. […] La Première Guerre mondiale a incarné l’impasse [qui] a donné lieu à des combats très durs avec de nombreuses pertes des deux côtés. Les lignes de front sont devenues généralement (mais pas complètement) statiques, avec très peu de mouvement. Il y a toujours eu un certain mouvement des lignes […] mais jamais assez pour changer matériellement la situation.

L’impasse implique souvent des batailles importantes et sanglantes. Les batailles de la Somme, de Verdun et de Passchendaele se sont déroulées dans des conditions d’impasse. Des centaines de milliers de personnes ont été tuées dans ces batailles qui ont fait bouger un peu, mais pas beaucoup, les lignes de front. Et les impasses peuvent finalement être brisées, comme celle de la Première Guerre mondiale. Un camp ou l’autre peut perdre sa volonté. L’un ou l’autre camp peut gagner un nouvel allié (comme les États-Unis pendant la Première Guerre mondiale). L’un ou l’autre camp peut acquérir un avantage technologique. L’un ou l’autre camp peut tout simplement être écrasé et s’effondrer (comme la Russie en 1917). Beaucoup de choses peuvent se produire […] dans des conditions d’impasse. C’est le scénario le plus probable que nous voyons actuellement en Ukraine.

Notre évaluation selon laquelle la campagne russe a atteint son point culminant et que des conditions d’impasse sont en train d’émerger […] les Russes n'[ayant] pas la capacité d’apporter une grande puissance de combat efficace dans un court laps de temps. Les types de mobilisations dans lesquelles les Russes s’engagent ne généreront une nouvelle puissance de combat que dans plusieurs mois au plus tôt. À moins que quelque chose de remarquable ne vienne briser l’impasse dans laquelle nous nous trouvons actuellement, l’impasse risque de durer des mois. D’où notre évaluation et nos prévisions.

Et bien sûr, nous pouvons nous tromper. Que pourrait-il se passer pour que ce soit le cas ?

Les Ukrainiens pourraient s’effondrer. Ils pourraient manquer de matériaux essentiels ou de volonté. Cela semble peu probable […]. Les Russes pourraient trouver le moyen de rassembler une force mécanisée efficace suffisamment importante pour encercler Kiev, isoler Zaporizhiya et Dnipro ou percer les lignes de défense ukrainiennes et prendre Kiev d’assaut. Notre évaluation est que les Russes n’ont pas la capacité de le faire […]. Mais nous pourrions nous tromper, les Russes pourraient trouver un moyen de constituer une force mécanisée nouvelle et efficace à grande échelle et rapidement, puis modifier complètement l’approche qu’ils ont adoptée et lancer une campagne mécanisée soudaine et décisive.

Les Russes pourraient rassembler suffisamment d’artillerie, de missiles et de puissance aérienne pour détruire les forces ukrainiennes qui défendent Kiev et d’autres grandes villes, ce qui permettrait aux forces russes affaiblies de reprendre l’initiative et d’atteindre leurs objectifs. C’est la façon la plus probable dont notre évaluation pourrait être faussée, mais cela reste peu probable. Les Russes montrent de nombreuses limites dans leur capacité à masser les tirs et les effets de l’aviation, de l’artillerie, des missiles et des roquettes, et souffrent notamment de problèmes évidents et graves de logistique et de production qu’il est peu probable qu’ils puissent résoudre rapidement. Il est très difficile, en outre, d’obtenir des effets décisifs par la puissance de feu de manière à compenser la faiblesse des forces mécanisées russes face à un adversaire aussi déterminé que les Ukrainiens.

Les options susmentionnées signifieraient que notre jugement selon lequel cette campagne russe a atteint son point culminant était erroné. Nous sommes constamment à l’affût d’indicateurs indiquant que l’une ou l’autre de ces options est susceptible de se réaliser, et nous en ferons état – et modifierons notre évaluation – si nous les observons.

Nous avons publié notre évaluation selon laquelle la campagne russe a culminé parce qu’elle a des implications importantes et urgentes pour la politique occidentale. Si notre évaluation est correcte, alors l’Occident doit accroître ses efforts pour fournir à l’Ukraine tous les matériaux dont elle aura besoin pour survivre en tant que pays et continuer à se battre dans des conditions d’impasse et de siège, qui seront brutales. L’Occident devra aider l’Ukraine à stabiliser une économie fonctionnelle dans son territoire non occupé, capable de survivre même sous une attaque russe constante. Il devra aller au-delà de l’effort, opportunément précipité, visant à fournir des systèmes défensifs spécifiques haut de gamme aux soldats ukrainiens et penser au problème plus vaste de la survie de l’Ukraine et des Ukrainiens au cours d’une longue guerre. »

Lignes de front 1

La politique militaire de l’Ukraine résistante repose « sur des ressorts conventionnels (armée régulière) mais aussi sur l’appel multiforme à la population : armement des civils, directives de fabrication de cocktails Molotov, appels aux volontaires étrangers, etc. S’y ajoutent des actions non-violentes – notamment le blocage des convois militaires russes par des boucliers humains volontaires. »

Lignes de front 2

« La manœuvre des grandes unités ukrainiennes [n’étant] pas particulièrement visible, les forces de Kyiv au contact semblent bénéficier des logiques d’individualisation de la puissance. C’est donc un modèle de force hybride que l’Ukraine met en oeuvre – en réalité, ces modèles sont la norme : aucune guerre inter-étatique n’est “totalement régulière”. »

Lignes de front 3

« L’Ukraine a troqué “l’espace contre le temps” ». L’armée a choisi de « se retirer plutôt que de se battre pour chaque pouce de terrain ukrainien, en combattant les Russes sur le territoire et au moment de leur choix. […] Au lieu de s’engager dans des batailles rangées à grande échelle avec les Russes sur un terrain ouvert, où les avantages numériques de la Russie s’avéreraient décisifs, les Ukrainiens ont décidé de s’engager dans une série d’affrontements à plus petite échelle. »

Lignes de front 4

« Les forces ukrainiennes ont embourbé les unités russes dans les villes et les petites agglomérations   le combat de rue à rue favorise les défenseurs qui peuvent utiliser leur connaissance supérieure de la géographie de la ville pour se cacher et tendre des embuscades. Ils ont attaqué des unités russes isolées et exposées se déplaçant sur des routes ouvertes, qui constituent des cibles faciles. Ils ont fait des raids répétés sur des lignes de ravitaillement mal protégées dans le but de priver les Russes des approvisionnements nécessaires comme le carburant. »

Lignes de front 5

Les services de renseignements britanniques estiment que l’offensive russe « s’est largement arrêtée sur tous les fronts », même si, ajoute une autre source, « la stratégie défensive ukrainienne n’a pas complètement repoussé l’avancée de la Russie, mais elle l’a ralentie jusqu’à un arrêt quasi total. » La carte mise à jour par ISW le 17 mars montre en effet que les forces russes ont à peine avancé par rapport à leurs positions d’il y a une semaine, « ce qui reflète le succès des Ukrainiens » : « L’avancée russe s’est faite principalement dans le sud, où les Russes continuent d’assiéger la ville portuaire de Marioupol. Leur objectif actuel semble être de faire de même à Kyiv […] en la privant de nourriture et d’eau et en la bombardant. »

Quel est le problème de l’armée russe ?

Lignes de front 6

Selon le Kviv Independant, « les pertes russes s’élèvent à 14 400 soldats mis hors de combat, 115 hélicoptères abattus, 470 chars, 215 canons et 1470 véhicules blindés détruits. À ce bilan, s’ajoutent trois navires, 60 transports d’essence, 44 batteries anti-aériennes et près de 100 avions ». Selon Robert Farley, professeur à l’université du Kentucky, « nous assistons à l’implosion militaire d’un pays ».

Lignes de front 7

Une récente évaluation des services de renseignement américains indique que la Russie « a perdu plus de 10% de sa force d’invasion initiale en raison d’une combinaison de facteurs tels que les décès sur le champ de bataille, les blessures, la capture, la maladie et la désertion. » « Une fois qu’ils seront en dessous de 75%, leur efficacité globale devrait s’effondrer, écrit Phillips O’Brien, professeur d’études stratégiques à l’université de St. Andrews, si les Russes n’envoient pas très vite des troupes fraîches bien entraînées (et il ne s’agira pas de mercenaires ou de personnes impressionnées dans les rues de Crimée), toute leur stratégie semble inutile. »

Lignes de front 8

Selon le journal en ligne Vox, « les raisons pour lesquelles les choses se sont passées ainsi sont nombreuses. D’une manière générale, il semble que les analyses d’avant-guerre aient surestimé l’avantage matériel de la Russie et sous-estimé des facteurs moins tangibles – notamment la capacité logistique et le moral des troupes de combat de première ligne des deux côtés ». « Cela étant, note le correspondant de Vox, il est encore beaucoup trop tôt pour conclure que l’Ukraine va gagner la guerre. Les Ukrainiens ont également subi des pertes importantes   les avantages numériques et technologiques de la Russie demeurent et pourraient encore s’avérer décisifs, permettant aux Russes d’assiéger les grandes villes ukrainiennes et de les affamer jusqu’à la soumission. »

Lignes de front 9

« Une fois que la stratégie de Poutine a échoué au cours des premiers jours de combat, les généraux russes ont dû en élaborer une nouvelle à la volée. Ce qu’ils ont trouvé – des bombardements d’artillerie massifs et des tentatives d’encercler et d’assiéger les grandes villes ukrainiennes – est plus efficace (et plus brutal). Mais les échecs initiaux de la Russie ont donné à l’Ukraine un temps crucial pour se retrancher et recevoir des approvisionnements extérieurs des forces de l’OTAN, ce qui a renforcé ses défenses. »

Lignes de front 10

« Même après ce changement stratégique, les forces russes ont continué à souffrir d’une série de problèmes » « Si le but est juste de faire des ravages, alors ils s’en sortent bien. Mais s’il s’agit de faire des ravages et donc d’avancer plus loin – d’être capable de tenir plus de territoire – ils ne vont pas bien », selon un spécialiste interrogé.

Lignes de front 11

« L’un des problèmes les plus importants et les plus visibles est la logistique défaillante. Les images les plus célèbres en sont les véhicules blindés russes stationnés sur les routes ukrainiennes, apparemment en panne d’essence et incapables d’avancer davantage. Mais sur toute une série de questions, des communications sécurisées aux pneus adéquats, les forces russes se sont révélées sous-équipées et mal approvisionnées.

Pour un analyste militaire, « l’armée russe n’était tout simplement pas organisée pour ce type de guerre », c’est-à-dire pour la conquête du deuxième plus grand pays d’Europe en termes de superficie.

Lignes de front 12

Un autre gros problème, selon les experts, « est la corruption dans le système d’approvisionnement russe. En Russie, la corruption est plus une caractéristique qu’un défaut du système politique ; le Kremlin s’assure la loyauté de son élite en lui permettant de tirer profit des activités du gouvernement. Les marchés publics militaires ne font pas exception à ce modèle de corruption généralisée, et cela a conduit à ce que les troupes aient un accès de qualité inférieure à des fournitures vitales. L’inefficacité du contrôle de la consommation de carburant au sein de l’armée russe est en fait antérieure à la guerre en Ukraine et a historiquement créé des opportunités de détournement de fonds – c’est pourquoi le carburant est souvent appelé la “seconde monnaie” de l’armée russe ».

Lignes de front 13

« La qualité de la nourriture et du logement dans l’armée russe serait pire que dans ses prisons, avec des repas déraisonnablement petits et certains porteurs de bactéries Escherichia coli. »

Lignes de front 14

« Les problèmes logistiques semblent également être un facteur dans l’une des plus grandes et des plus importantes surprises de la guerre : l’absence étonnante de l’armée de l’air russe. » Question : problème technico-militaire et/ou problème politique ? [commentaire personnel]

Lignes de front 15

« Jusqu’à présent, la Russie a eu du mal à établir une supériorité aérienne malgré une supériorité numérique massive. Selon les données de pré-invasion de l’Institut international d’études stratégiques, les forces aérospatiales de la Russie comprennent 1 172 avions, contre 124 pour l’Ukraine. Pourtant, les avions de l’Ukraine volent toujours et ses défenses aériennes restent pour la plupart en place ; en conséquence, l’armée ukrainienne a pu utiliser la puissance aérienne contre les attaquants russes, notamment en déployant des drones TB2 de fabrication turque contre des colonnes blindées russes lentes, avec un effet dévastateur. »

Lignes de front 16

Selon un analyste militaire, « il arrive que des armées décident d’arrêter de se battre » : « Le moral des Russes était incroyablement bas avant que la guerre n’éclate. Le bizutage brutal dans l’armée, le statut de seconde classe (ou pire) de ses soldats conscrits, les divisions ethniques, la corruption, tout cela : l’armée russe n’était pas préparée à mener cette guerre. […] « Les taux élevés d’équipements abandonnés ou capturés, les rapports sur les équipements sabotés et le grand nombre de soldats qui désertent (ou qui campent simplement dans la forêt) sont tous des produits d’un moral bas. »

« Un moral élevé permet aux unités de prendre des risques, d’adopter des tactiques imprévisibles et d’endurer des épreuves, même lorsqu’elles sont en infériorité numérique », dit un autre spécialiste qui met cependant en garde « contre le fait que le moral des troupes peut changer en fonction de l’évolution du champ de bataille : une percée majeure des Russes dans une région pourrait remonter le moral de leurs troupes et décourager les Ukrainiens ». Et, surtout, avertit-il, « des armées au moral bas peuvent gagner des guerres, bien qu’elles le fassent généralement de manière brutale et horrible – y compris en massant des civils, ce qui semble être une partie importante de la stratégie actuelle de Poutine. »

« La guerre est imprévisible. Un certain nombre d’éléments, allant des renforts russes à un plus grand déploiement de sa force aérienne, en passant par la chute de Marioupol assiégée, pourraient donner un nouveau souffle à l’offensive russe. »

Lignes de front 17

« Quelle que soit la puissance de feu militaire qu’ils déversent, ils ne seront pas en mesure de parvenir à un changement de régime ou à certains de leurs objectifs maximalistes. »

Ligne de front 18

« La Chine a déclaré publiquement qu’elle ne fournira pas d’aide financière ou militaire à la Russie et a promis une aide humanitaire supplémentaire à l’Ukraine, mais a blâmé les États-Unis pour la guerre en Ukraine. » (ISW, 21 mars)

Ligne de front 19

Selon la direction du renseignement militaire ukrainien, la Russie « déploie des réserves des districts militaires du centre et de l’est ». Des mesures supplémentaires de conscription auraient été prises : « Augmentation de l’âge de la conscription de 55 à 65 ans » [sic !], « enrôlement plus ou moins forcé des étudiants de 18 ans ». Selon la même source, les conscrits de ces régions « sont équipés de matériel militaire datant des années 1970 ». (ISW, 21 mars)

Ligne de front 20

La même source indique que les forces russes ont « un besoin urgent de réparer les équipements militaires endommagés » et que « le manque de composants étrangers ralentit la production dans les principales industries militaires russes ». (ISW, 21 mars)

Ligne de front 21

« Il est peu probable que les forces russes parviennent à résoudre leurs problèmes de commandement et de contrôle à court terme. Un haut responsable de la défense américaine a déclaré le 21 mars que les forces russes utilisent de plus en plus des communications non sécurisées en raison du manque de capacité sur les réseaux sécurisés. » (Frederick W. Kagan, George Barros, and Kateryna Stepanenko, ISW, 22 mars)

Ligne de front 22

CNN cite plusieurs sources selon lesquelles on ne sait pas si « la Russie a nommé un commandant général pour l’invasion de l’Ukraine » et que « les unités russes de différents districts militaires semblent se disputer les ressources et ne coordonnent pas leurs opérations ».

Ligne de front 23

« Les forces russes vont probablement s’emparer de Marioupol ou forcer la ville à capituler dans les semaines à venir. » (Frederick W. Kagan, George Barros, and Kateryna Stepanenko, ISW, 22 mars)

Ligne de front 24

« La Russie va étendre ses bombardements aériens, de missiles et d’artillerie sur les villes ukrainiennes. » (Frederick W. Kagan, George Barros, and Kateryna Stepanenko, ISW, 22 mars)

Ligne de front 24

« Les forces russes autour de Kiev poursuivront leurs efforts pour avancer à portée d’artillerie effective du centre de la ville. » (ISW, 22 mars)

Ligne de front 24

« La résistance ukrainienne dans les territoires occupés par la Russie détourne la puissance de combat russe vers la sécurité de la zone arrière. » (ISW, 22 mars)

Ligne de front 25

« Les forces russes ont continué à s’installer dans un conflit prolongé et sans issue au cours des dernières 24 heures, avec des rapports venant des troupes russes creusant et posant des mines, ce qui indique qu’ils sont qu’elles sont passées à la défensive. » (ISW, 23 mars)

[1] https://www.understandingwar.org/backgrounder/what-stalemate-means-ukraine-and-why-it-matters

Lignes de front

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La Pologne se rend indépendante du gaz russe

L’impossible n’est pas polonais, La Pologne a vite réagi pour remplacer le gaz Russe et s’en rendre indépendante. 

En raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Pologne a lancé le gazoduc Pologne-Lituanie pour importer jusqu’à 2 milliards de mètres cubes par an à partir de mai 2022, et le PGNiG polonais a réservé la capacité du terminal GNL de Klaipeda, rapporte Biznes Alert.

« PGNiG a réservé une capacité au terminal GNL de Klaipeda », confirme la société.

Les livraisons via la Lituanie sont une autre source potentielle pour remplacer les importations en provenance de Russie, la Pologne ne renouvelant pas le contrat de Yamal avec Gazprom. https://biznesalert.com/polish-briefing-pgnig-books-the-capacity-of-the-gas-terminal-in-lithuania-polish-nuclear-power-plants-came-to-kashubia/

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Entretien avec Coline Maestracci, spécialiste de l’Ukraine

Coline Maestracci était l’invitée de l’UPJB le 18 mars aux côtés d’Aude Merlin pour la conférence « Guerre en Ukraine : les ressorts d’un conflit, les solidarités possibles ». Doctorante en sciences politiques, spécialiste de l’Ukraine, sa thèse porte sur les trajectoires d’engagement et de désengagement des combattants de la guerre du Donbass. Sacha « Totti » Rangoni s’est entretenu avec elle.

Sacha “Totti” Rangoni : Bonjour Coline Maestracci, merci beaucoup de prendre le temps de répondre à nos questions sur la situation en Ukraine. Avant toute chose, tu es en train de réaliser une thèse en science politique, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Coline Maestracci : Je fais ma thèse sur les combattants ukrainiens de la guerre du Donbass. J’étudie plus particulièrement les trajectoires d’engagement et de désengagement des combattants.

Totti : Depuis quelques semaines, on assiste à une guerre en Ukraine initiée par la Russie. Mais cette situation de conflit à la frontière existe depuis plus longtemps. Peux-tu nous expliquer cette situation ?

Coline Maestracci : Effectivement, la guerre en Ukraine a débuté au printemps 2014. À l’hiver 2013-2014, l’Ukraine connait une forte mobilisation, la mobilisation du Maïdan suite au refus du président de l’époque de signer un accord d’association avec l’UE. Cette mobilisation dure pendant plusieurs mois et est réprimée violemment par les autorités ukrainiennes. Au début de l’année 2014, la mobilisation prend une forme insurrectionnelle avec des affrontements violents entre autorités et manifestants. Au même moments, des mouvements anti-Maïdan naissent dans l’est et le sud de l’Ukraine. Des affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan deviennent de plus en plus nombreux mais c’est en Crimée que la situation bascule lorsque des hommes en armes arrivent sur la péninsule. Après la prise des bâtiments administratifs, un referendum est organisé et la Crimée est annexée par la Russie en violation du droit international (en 2015, Vladimir Poutine a reconnu sa participation à l’annexion de la Crimée). À la même période, les affrontements deviennent de plus en plus violents dans le Donbass et aboutissent en un conflit armé qui oppose l’armée ukrainienne et deux républiques séparatistes soutenues militairement et économiquement par la Russie bien que la Russie n’ait jamais reconnu sa participation à la guerre du Donbass. Après les accords de Minsk I puis Minsk II (qui n’ont jamais été respectés), la ligne de front se stabilise dans le Donbass. Longue de plus de 400 km, elle sépare les deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk. Malgré la stabilisation de la ligne de front, la guerre du Donbass n’a jamais été un conflit gelé et a connu régulièrement des escalades. Le 24 février la Russie envahit l’Ukraine sur plusieurs front. Officiellement il s’agit pour les autorités russe d’une opération spéciale.

Totti : Poutine invoque un rapprochement entre l’OTAN et l’Ukraine pour justifier l’intervention militaire en Russie mais ce rapprochement est-il une réalité ? Et quelle place occupe la crainte et/ou le rejet de l’OTAN dans les débats publics russes et ukrainiens ?

Coline Maestracci : Je pense qu’il faut se méfier de ce discours pour plusieurs raisons. D’une part, n’oublions pas que dans les années 1990, le rapprochement de la Russie avec l’OTAN n’était pas exclu, l’OTAN et la Russie avaient même des relations étroites. Outre l’Acte OTAN-Russie signé en 1997, le Conseil OTAN Russie avait été créé en 2002. Les relations entre l’OTAN et la Russie se sont en parti dégradée après la guerre en Géorgie de 2008 puis l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass en 2014.

Pour l’élargissement de l’OTAN à l’est, il faut rappeler que n’importe quel pays peut demander à entrer dans l’OTAN. Après la chute de l’Union soviétique, les nouvelles républiques indépendante anciennement soviétiques se sont retrouvées dans ce que la chercheuse Amélie Zima appelle un « déficit sécuritaire ».

Indépendamment de ce que l’on pense de l’OTAN il ne faut pas nier la subjectivité et la souveraineté de ces républiques souveraines, elles avaient tout à fait le droit de demander à rentrer dans l’OTAN.

Pour l’Ukraine plus spécifiquement rappelons tout de même que depuis 2014, l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN était tout simplement impossible dans la mesure où l’Ukraine n’a pas le contrôle sur toutes ses frontières, condition nécessaire selon la charte de l’OTAN.

Cette menace de l’OTAN est donc en grande partie fabriquée par le pouvoir russe.

Enfin, il est intéressant de voir qu’en Ukraine, en 2012, 13% de la population seulement voyait en l’OTAN la meilleure garantie sécuritaire pour le pays, contre 46% en 2014 après le début de la guerre du Donbass. Cela laisse penser que le désir de rapprochement de la population ukrainienne à l’OTAN est le résultat de l’agression russe et répond là encore à un déficit sécuritaire.

Totti : On présentait souvent Poutine comme un fin tacticien, manipulateur et paranoïaque, mais cela correspond-il à une réalité ? En outre, depuis quelques semaines il y a un discours inverse, sur une supposée irrationalité de ses choix, est-ce également quelque chose de pertinent pour comprendre ses actions ?

Coline Maestracci : Je ne pense pas qu’il faille psychologiser l’action de Vladimir Poutine. Il me semble plus intéressant d’essayer de comprendre la nature de son projet politique et de sa vision du monde. Et pour ça, il faut réinscrire ce nouveau pas franchi dans la violence dans le temps long. En effet, cet épisode n’arrive pas sorti de nulle part, il s’inscrit dans une certaine continuité ces trente dernières années. Pour ne citer que les évènements les plus marquants il y a les bombardements de Grozny, la deuxième guerre de Tchétchénie, la guerre en Géorgie, l’annexion de la Crimée, etc.

Totti : La communauté juive a un lien historique important avec l’Ukraine mais aussi de nombreux souvenirs très douloureux dans l’histoire. Et plus récemment, on entend beaucoup parler de régiment Azov (groupe néo-nazi dans l’armée). Selon-toi, quelle est la place du discours antisémites et donc, en corolaire, de la communauté juive au sein de la société ukrainienne ? Et plus largement, est-ce légitime de s’inquiéter de ces aspects ? 

Coline Maestracci : Il faut être très prudent par rapport à cette question. Cela fait également partie de la propagande du Kremlin d’établir une filiation entre la collaboration nazie et la politique ukrainienne aujourd’hui. Cette propagande sur l’Ukraine nazie est apparue au moment de la révolution du Maïdan. D’ailleurs, Vladimir Poutine à parlé de dénazifier l’Ukraine pour justifier l’invasion du 22 février 2022.

Peut-être faut-il d’abord préciser cet épisode de l’histoire ukrainienne qui est assez mal connu. Beaucoup d’Ukrainiens ont salué l’arrivée des nazis en 1941 au moment de l’invasion de l’Union soviétique. L’Ukraine avait considérablement souffert depuis son intégration dans l’Union soviétique : 4 millions d’ukrainien·nes sont mortes des grandes famines orchestrées en 1932 par Staline, entre 1937 et 1938, 270 000 ukrainien·nes sont mortes dans les purges staliniennes pour ne donner que quelques exemples… Une partie des Ukrainien·nes a donc vu dans l’arrivée des nazis la fin de la persécution soviétique. D’un point de vue politique, une partie des leaders nationalistes a vu dans l’arrivée des nazis la possibilité de faire renaître l’état ukrainien indépendant ce qui n’avait pas été complètement été exclu par le régime nazi.

C’est ainsi qu’une branche radicale de l’organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) (dont Stepan Bandera) a fait une alliance avec l’Allemagne nazi et formé deux bataillons qui ont participé à l’invasion de l’Union soviétique. Mais très rapidement l’Allemagne s’est retournée contre l’OUN. C’est donc de cela dont on parle lorsque l’on parle de la collaboration ukrainienne pendant la Seconde guerre mondiale.

Comme tu le dis, la seconde guerre mondiale est un épisode extrêmement dramatique pour les juifs d’Ukraine. Tu mentionnes le massacre de Babi Yar, mais il faut rappeler qu’entre l’été 1941 et janvier 1942, 1 million de juifs ont été tués, la plupart par balle.

Dans la société ukrainienne contemporaine, si l’on en croit le travail d’ONG de défense des droits humains, on remarque que les chiffres relatifs aux agressions à caractère antisémite tendent à baisser. À noter qu’à la fin de l’année 2021, l’Ukraine a adopté une loi définissant et punissant l’antisémitisme.

Pour bien comprendre ce qu’est le régiment Azov et son influence, il faut comprendre les conditions dans lesquelles ce bataillon (devenu régiment ensuite) a été créé. Le bataillon est né en mai 2014 dans un contexte où l’armée ukrainienne est incapable de faire face à une opération militaire de cette ampleur dans le Donbass. À ce titre-là, le bataillon Azov n’est pas une exception. Au début de l’année 2014, plus d’une trentaine de bataillons de combattants volontaires ont été créés. Ces bataillons de volontaires ne sont pas des milices armées, à la fin de l’année 2014, à quelques exceptions près, ces bataillons ont été intégrés aux institutions de l’état.

Le bataillon Azov occupe une place à part du fait de l’intérêt qu’il a suscité. Les fondateurs du bataillon Azov sont effectivement des militants d’ultra droite néonazie et effectivement, les symboles utilisés par le bataillon reprennent plusieurs symboles nazis. Mais il ne faut pas en déduire que toutes les personnes qui sont dans ce bataillon adhérent à l’idéologie d’extrême droite néonazie. Dans le contexte de 2014, beaucoup de personnes cherchent à s’engager. Certaines personnes ont d’ailleurs essayé d’abord de s’engager dans l’armée ukrainienne sans succès et se tournent donc vers les bataillons de volontaires. Mais le choix du bataillon se fait plutôt sur des critères personnels et subjectifs plus qu’idéologiques : réputation des commandants, liens personnels avec des personnes combattants déjà dans l’un ou l’autre bataillon etc. La composition du bataillon est donc bien plus hétéroclite que ce qui est souvent présenté.

La bataillon Azov a bénéficié d’une forte médiatisation en Ukraine du fait de ses succès militaires, dans un contexte où il y a un nationalisme exacerbé dans la société ukrainienne du fait de la guerre. Mais il faut relativiser cette adhésion et regarder comment cela se traduit en politique dans le temps long. Si l’on regarde les échéances électorales, le succès des partis d’extrême droite est extrêmement limité. Lors des élections de 2014, le candidat de Svoboda a obtenu 1,16% des suffrages et le parti a obtenu 4,71% aux législatives (6 sièges). Lors des élections de 2019, le candidat de Svoboda a obtenu 1,62% des suffrages et le parti a obtenu 2,15% aux législatives (1 siège).

Totti : Comment se matérialise les liens très forts entre ces deux pays (beaucoup de russophones en Ukraine, histoires liées, etc.) dans la société ukrainienne et, plus récemment, dans le rapport de la population ukrainienne à la guerre ?

Coline Maestracci : Il existe historiquement des liens particuliers et multiples entre l’Ukraine et la Russie. Beaucoup de familles sont russo-ukrainiennes. Il existe aussi une proximité linguistique même si la division linguistique que l’on présente souvent est assez caricaturale. La majorité de la population ukrainienne est bilingue. Mais la révolution du Maïdan a amorcé un divorce fort entre la Russie et l’Ukraine. La société ukrainienne, lors de la mobilisation du Maïdan a affirmé sa souveraineté et sa volonté de sortir définitivement de la zone d’influence de la Russie. La guerre du Donbass a renforcé cela. Dans la société ukrainienne, on observe ces dernières années une réappropriation par le bas de la culture ukrainienne. On observe également une développement par le bas de la langue ukrainienne : certaines personnes bien que parlant russe, décide de s’exprimer plutôt en langue ukrainienne. Cette affirmation est en grande partie issue de la guerre et il me semble que la société russe n’a pas perçu ce profond divorce qui rompt avec le narratif russe qui décrit l’Ukraine comme un peuple frère. Il y a fort à parier que l’invasion du 22 février renforce cette tendance dans la société ukrainienne.

https://upjb.be/entretien-avec-coline-maestracci-specialiste-de-lukraine/

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Exigeons la libération immédiate des prisonniers politiques enlevés par l’armée russe.

Le gouvernement ukrainien annonce l’enlèvement dans la ville Kherson occupée du directeur du théâtre régional et metteur en scène Oleksandr Kniga par l’armée russe. Poutine met en place sa politique malheureusement habituelle de terreur et d’intimidation des populations dans les territoires occupés, notamment de celles et ceux qui peuvent porter sa parole contre l’occupation.

Avec toute la profession, la CGT spectacle exige la libération immédiate du metteur en scène et de tous les détenus, et demande à la ministre de la Culture et au Quai d’Orsay de tout mettre en œuvre pour cela. Nous poursuivons nos appels à manifester contre l’invasion russe en Ukraine, pour la paix.

Fédération Nationale des Syndicats du Spectacle, du Cinéma, de l’Audiovisuel et de l’Action Culturelle Cgt

24 mars 2022

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« L’horreur en Ukraine et après… »

La nuit du 11 septembre 2001, j’ai appelé avec anxiété un ami et camarade qui, à l’époque, était un agent de bord travaillant à l’aéroport Logan de Boston. Je voulais bien sûr m’assurer qu’il allait bien, savoir ce qui se passait et ce qui pourrait se passer ensuite.

Le camarade a répondu avec la meilleure et la plus concise des analyses marxistes de la situation étatsunienne et mondiale : « C’est un tout nouveau monde de merde. »

Nous connaissons les horreurs qui ont suivi (et si vous avez besoin d’un rappel ou d’un rafraîchissement, regardez le nouveau livre étonnant de Spencer Ackerman, Reign of Terror: How the 9/11 Era Destabilized America and Produced Trump, Viking 2021).

Le moment présent ressemble au 11 septembre et à ses suites cauchemardesques, mais en bien pire. Le carnage provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie est une barbarie qui n’a pas encore atteint toutes ses dimensions.

Au-delà, cela ressemble au début d’une nouvelle lutte mondiale, « à une époque où les Etats, avec leur appareil militaire gonflé par la rivalité impérialiste, étaient devenus des bêtes militaires monstrueuses dévorant la vie de millions de personnes, afin de décider si… tel ou tel capital financier – devait diriger le monde. » (Lénine, L’Etat et la révolution)

Nous ne sommes évidemment pas en 1917, lorsque Lénine a écrit sur les « capitaux financiers » rivaux de la France et de l’Allemagne. Aujourd’hui, les principaux antagonistes sont les Etats-Unis et la Chine, avec leurs partenaires respectifs, et l’Etat russe qui, lorsque sa guerre désastreuse actuelle prendra fin, sera passé du troisième au cinquième rang impérial.

Avant d’en arriver là, nous devons voir toute l’horreur qui se déroule actuellement telle qu’elle est réellement. Certes, les vies des Ukrainiens tués ou fuyant en tant que réfugiés ne valent ni plus ni moins que celles de tant d’autres en Afghanistan, au Yémen, en Ethiopie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et ailleurs. En Ukraine comme dans ces autres cas, nous assistons à la destruction de pays et de leurs populations, en temps réel. Ce qui ressort, ce sont les implications mondiales auxquelles nous commençons seulement à penser.

Sans répéter de nombreux points de la position de Solidarity sur la guerre, nous, la gauche socialiste et anti-impérialiste (des Etats-Unis), devons commencer par saisir simultanément deux points centraux.

  1. Pour le public des Etats-Unis, il est essentiel d’expliquer comment l’expansion de l’OTAN en Europe de l’Est après la dissolution de l’Union soviétique était une provocation continue, motivée par l’idéologie triomphaliste impériale américaine – « l’ordre international fondé sur des règles » signifiant que « nous faisons les règles et nous donnons les ordres ». Des observateurs intelligents, dont nul autre que George Kennan, l’architecte de l’« endiguement » de l’Union soviétique par l’Occident pendant la guerre froide, ont averti dans les années 1990 que rien de bon n’en sortirait. William Burns, qui est aujourd’hui le directeur de la CIA, le savait également lorsqu’il était un haut diplomate des Etats-Unis en Russie.

  1. Pour la gauche, il est essentiel de comprendre que l’Ukraine mène une guerre de défense nationale tout à fait légitime. L’invasion de l’Ukraine par le président russe à vie Poutine est basée sur des mensonges monstrueux. L’Ukraine n’était PAS sur le point de rejoindre l’OTAN, ni maintenant ni dans un avenir prévisible – cela aurait divisé l’alliance occidentale, et l’Allemagne ne l’aurait pas permis. Les Ukrainiens russophones ne sont PAS confrontés à un « génocide ». En fait, les zones les plus russophones sont précisément les villes de l’est de l’Ukraine que la Russie est en train de détruire. Cette invasion est le produit de la haine de Poutine pour l’indépendance de l’Ukraine et du refus de son peuple d’accepter la domination russe.

Ne pas reconnaître le premier point, c’est tomber dans le piège impérialiste avec sa narration pleine d’hypocrisie de « défense des valeurs libérales et de la démocratie ». Mais pour la gauche, qualifier l’invasion de la Russie d’action « défensive » revient à faire du social-patriotisme (« socialisme en paroles, chauvinisme en actes ») pour Poutine.

Un peu plus de contexte est utile. Surtout après 2008, les Etats-Unis et l’OTAN ont rendu un très mauvais service à l’Ukraine en indiquant que la « porte ouverte » de l’OTAN s’étendrait un jour à l’adhésion de l’Ukraine (et de la Géorgie). Cela ne pourrait jamais arriver – aucun gouvernement russe, et pas seulement le régime mafieux-capitaliste de Poutine, ne pourrait accepter qu’un pays aussi grand et d’une importance cruciale à sa frontière rejoigne une alliance militaire hostile.

En outre, l’encouragement de l’Occident à la privatisation par la « thérapie de choc » – mise en œuvre selon l’idéologie dominante du début des années 1990, avec des résultats horribles partout, y compris dans les Etats post-soviétiques – a mis les actifs de ces pays en vente et a facilité la montée des oligarques et de la corruption spectaculaire qui ont dominé le capitalisme russe jusqu’à aujourd’hui (et celui de l’Ukraine aussi).

Rien de tout cela, ni le vicieux conflit de huit ans dans l’est de l’Ukraine après l’annexion par la Russie de la Crimée et des fausses « républiques populaires » de Donetsk et de Louhansk, n’explique pourquoi Poutine vient de lancer cette invasion annexionniste criminelle – et une gaffe catastrophique, une guerre que les Russes ne peuvent pas « gagner », quelles que soient les destructions et les morts qu’elle entraîne dans les centres de population de l’Ukraine, et qui laissera la Russie elle-même beaucoup plus pauvre et plus faible.

Nous devons également reconnaître qu’il existe actuellement dans le monde un mouvement anti-guerre digne de ce nom – des milliers de personnes dans les villes russes, descendues dans la rue et subissant la violence de l’Etat policier, pour s’opposer à l’invasion de l’Ukraine.

Alors pourquoi cela s’est-il produit, et où cela va-t-il nous mener ?

De toute évidence, Poutine a cru à ses propres fantasmes selon lesquels l’Ukraine « n’est pas un vrai pays », les Russes et les Ukrainiens sont « un seul peuple » et l’Ukraine, du moins la moitié orientale, serait rapidement vaincue. Apparemment, il voyait aussi (i) l’administration Biden défaillante et démoralisée par le désastre afghan, (ii) la politique étatsunienne fracturée après l’émeute du 6 janvier 2021 et l’échec du programme législatif de Biden, (iii) l’OTAN divisée et faible, et (iv) le présentateur de télévision américain le mieux noté, Tucker Carlson sur Fox News, ouvertement favorable à la Russie, ainsi que le secteur nationaliste chrétien blanc du Parti républicain.

Poutine avait également réussi à annexer la Crimée en 2014, à empêcher la chute du régime syrien de Bachar el-Assad et, plus récemment, à intervenir en Biélorussie et au Kazakhstan, faisant effectivement de ces gouvernements des dépendances russes.

Tout cela semble avoir produit une erreur de calcul fatale. Nous ne pouvons pas savoir si les généraux russes ont averti Poutine qu’ils se dirigeaient vers un piège. Peut-être cette information sera-t-elle révélée ultérieurement. Même si la Russie parvient finalement à raser et à conquérir une grande partie de l’Ukraine, elle est déjà grande perdante.

Nous savons également que, qu’on le veuille ou non, le grand gagnant est déjà l’OTAN. On avait parlé de « neutralité » pour l’Ukraine, même si on n’avait pas nécessairement demandé l’avis des Ukrainiens. Au lieu de la « finlandisation » suggérée de l’Ukraine, on assiste aujourd’hui à la « NATOisation»  de la Finlande – qui peut ou non adhérer formellement, mais qui est déjà en collaboration plus étroite. Et c’est également le cas de la Suède. Ce n’est pas une bonne chose – en fait, cela plante les graines de futurs désastres – mais c’est de plus en plus populaire dans ces deux pays, quoi qu’on puisse en penser.

Les budgets militaires de l’OTAN atteindront et dépasseront l’objectif de deux pour cent du PIB que l’alliance s’était fixé, mais qu’elle n’a pas atteint. La guerre de Poutine a également fait ce que George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump n’ont pas pu accomplir. Elle a restauré le « leadership étatsunien » sur le camp impérialiste occidental.

Les horreurs de la guerre et au-delà

Cela ne doit pas occulter la réalité de ce que le peuple ukrainien endure. Aucun socialiste digne de ce nom ne peut nier le droit de l’Ukraine à la défense nationale contre cette horreur qui se déroule, ni l’obligation d’aider ceux qui fuient. Et précisément parce que la Russie ne parvient pas à détruire l’armée ukrainienne, elle s’est tournée vers le bombardement terroriste et le massacre de la population, le recrutement de « volontaires » mercenaires syriens qui n’auront aucune « sympathie » pour les civils ukrainiens, peut-être même la guerre chimique (pour une fois, les accusations étatsuniennes à ce sujet semblent crédibles).

Nous avons vu beaucoup de guerres de ce type contre des centres de population ces derniers temps. Poutine lui-même l’a fait auparavant – la destruction de Grozny en Tchétchénie, et d’Alep et Idleb en Syrie. Israël l’a fait à Beyrouth au Liban (1982 et 2006), à Jénine (2002) et à plusieurs reprises à Gaza en Palestine.

Les Etats-Unis l’ont fait à Bagdad, Fallujah et l’est de Mossoul en Irak, sans parler de Raqqa en Syrie. Et presque personne ne se souvient du bombardement américain de la ville de Panama en 1989-90 sous George H.W. Bush, dont le bilan des victimes civiles reste obscur. (Il s’agissait de l’« Opération juste cause » visant à destituer un dirigeant [Manuel Noriega] que les Etats-Unis n’approuvaient pas, une « opération militaire spéciale », pour emprunter le langage actuel de Poutine).

Il existe d’autres exemples, chaque cas étant différent mais ayant pour dénominateur commun le carnage, le déplacement et la misère des civils.

Il y aura au minimum plusieurs millions de réfugiés civils en provenance d’Ukraine. Nous ne pouvons pas savoir maintenant combien d’entre eux pourront rentrer, ni quand, ni vers quoi ils retourneront. L’expérience de la Syrie, de 2011 à aujourd’hui, est un exemple sinistre de la possibilité de destruction et de dispersion permanentes.

Ce qui est nouveau dans la situation actuelle, c’est l’ouverture non pas d’une simple crise locale ou régionale, mais de la nouvelle lutte pour la suprématie impériale mondiale. Les impacts potentiels immédiats vont du danger de rejets radioactifs massifs des centrales nucléaires ukrainiennes aux pénuries alimentaires mondiales qui s’annoncent en raison de la perte du blé ukrainien [et russe] et de la production d’engrais russe et ukrainienne, en passant par une éventuelle confrontation directe OTAN-Russie entre Etats dotés d’armes nucléaires.

Les implications environnementales et climatiques sont effroyables. Comme le résume l’article de Daniel Tanuro sur le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, nous nous dirigeons déjà vers une catastrophe au cours de ce siècle. Accélérer la production de combustibles fossiles pour remplacer le pétrole et le gaz naturel russes est exactement la mauvaise direction.

Tout en soulignant que la guerre d’autodéfense de l’Ukraine est absolument nécessaire, inévitable et démocratique, nous devons également reconnaître la dimension du conflit inter-impérialiste. Ces armes efficaces et sophistiquées qui arrivent en Ukraine en provenance des Etats-Unis, d’Europe occidentale, d’Israël et de Turquie permettront de mesurer leur efficacité sur le champ de bataille. L’Ukraine elle-même deviendra plus dépendante de l’Occident, non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan économique, alors qu’elle s’efforce de se reconstruire.

L’impact total des sanctions économiques et financières sur la Russie ne peut pas encore être mesuré, mais il ne sera pas de courte durée. Après les très mauvaises performances des convois de chars de la Russie et le faible moral de ses soldats, qui indiquent un besoin de modernisation militaire, nous devons supposer que les sanctions des Etats-Unis et de l’OTAN s’étendront à une guerre économique pour empêcher la Russie de l’accomplir – ou de retrouver son influence en tant qu’exportateur d’énergie.

Quoi qu’il advienne de la production et des marchés mondiaux du pétrole et du gaz naturel, la Russie sera probablement réduite à un pays plus pauvre et beaucoup plus dépendant de la Chine. Nous ne sommes qu’au début d’une reconfiguration du pouvoir mondial, dans laquelle la réaction de la Chine et d’autres variables ne sont pas encore connues.

Dans le cauchemar actuel, la gauche socialiste n’a pas la capacité d’« intervenir », mais nous avons des principes et des arguments à faire valoir, en particulier auprès de la population de notre pays [les Etats-Unis] – qui compatit à juste titre avec l’Ukraine, mais ignore largement le rôle de « notre camp » dans la crise actuelle:

1°. Nous devons soutenir l’indépendance nationale de l’Ukraine, sa guerre d’autodéfense légitime contre l’invasion russe et son droit de chercher des armes partout où elle peut les obtenir.

2°. Nous saluons les manifestants anti-guerre héroïques en Russie, et nous ferons tout ce qui est possible pour amplifier leurs voix. Leur prise de position aujourd’hui est un investissement dans un avenir décent pour le peuple russe, réfutant toute affirmation selon laquelle ils doivent être assimilés au régime criminel.

3°. Nous sommes absolument contre l’expansion de l’OTAN, ne serait-ce que pour réduire le danger d’une troisième guerre mondiale. En tant qu’anti-impérialistes socialistes, nous sommes des opposants de principe non seulement à l’élargissement de l’OTAN, mais aussi à son existence, sans aucune illusion quant au fait que, à l’heure présente, ce soit une position populaire.

4°. Nous appelons à un soutien total aux réfugié·e·s ukrainiens et à leur droit de rentrer chez eux. Nous demandons également le même droit pour les Palestiniens expulsés de leur patrie, et nous exigeons le droit des réfugiés et demandeurs d’asile centraméricains, haïtiens et autres de vivre aux Etats-Unis après des décennies de politiques américaines qui ont dévasté leurs pays.

5°. La tourmente énergétique mondiale et la catastrophe climatique en cours exigent que l’on mette l’accent sur la transformation la plus rapide possible en énergie renouvelable et durable. Nous exigeons que le gouvernement des Etats-Unis renonce à sa politique écocidaire consistant à se tourner vers l’Arabie saoudite – un régime tout aussi meurtrier et coupable d’agression au Yémen que celui de Poutine en Ukraine – et d’autres petrostates pour augmenter la production de combustibles fossiles.

6°. Le blocus économique sadique des Etats-Unis contre Cuba doit prendre fin. Il en va de même pour les sanctions contre le Venezuela, le Nicaragua et l’Iran, quelle que soit la nature de ces régimes. Et les Etats-Unis doivent revenir immédiatement et sans condition à l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien (le JCPOA).

7°. Les dettes de l’Ukraine envers les institutions financières internationales doivent être immédiatement annulées. Il en va de même pour tous les pays du Sud, dont les dettes écrasent leurs peuples et leur avenir. (Sur cette question critique, voir le Comité pour l’abolition de la dette illégitime-CADTM).

Notre position de Solidarity a conclu que « la solidarité avec l’Ukraine et les voix anti-guerre russes, tout en résistant au militarisme chez nous, est une tâche complexe et urgente ». La défaite de l’invasion russe par la résistance ukrainienne et la fin de cette guerre sont essentielles, mais ce n’est qu’un début.

David Finkel 

Article publié sur le site de Solidarity, le 14 mars 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/russie-ukraine-etats-unis-lhorreur-en-ukraine-et-apres.html

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Belgique : Peut-on être solidaire sans écouter la société ukrainienne ?

Une plateforme de plusieurs dizaines d’organisations appelle à manifester « pour la paix » à Bruxelles le dimanche 27 mars.

Si l’on ne peut que partager certains points comme le retrait des troupes russes et l’accueil de tous les réfugiés, le reste de la plateforme est typique d’une gauche qui adore « les victimes » tant qu’elles se taisent et laissent les grands états-majors décider à leur place.

Pour la plateforme, il faut négocier. C’est ici que commence le problème. Chaque syndicaliste sait que pour négocier, il faut un rapport de forces.

La plateforme est défavorable à la livraison d’armes dans la région. Cela ne dérange nullement les Russes qui sont le 2e producteur mondial d’armement et qui expérimentent en terrain réel des armes d’une technologie nouvelle. Du côté ukrainien, par contre la résistance massive de la population et sa détermination se heurtent à un manque dramatique d’armements. La fausse symétrie de la plateforme aurait des conséquences désastreuses si les pays qui envoient des armes à l’Ukraine y renonçaient. L’Ukraine n’aurait qu’à se laisser occuper et on confiera le dossier à l’ONU.

La plateforme ne se prononce pas pour des sanctions contre le régime de Poutine et les oligarques. Même ce moyen de pression élémentaire et parfaitement pacifique, c’est encore trop pour la plateforme.

Manifestement les organisations belges qui ont signé cela ont tout oublié de la Tchétchénie et de la Syrie, les deux guerres qui ont forgé l’armée russe actuelle, avec notamment la tactique de créer des nasses où on enferme la population civile pour la bombarder jusqu’à provoquer un exode complet des territoires.

L’Union des progressistes juifs de Belgique n’adhère pas à cette plateforme qui ne mentionne jamais les Ukrainiens si ce n’est en tant que réfugiés. Voir sa position :

https://upjb.be/communique-sur-la-guerre-en-ukraine/

Pour comprendre les enjeux, écoutons les différentes voix qui proviennent de la société ukrainienne et des forces russes qui combattent contre le régime de Poutine.

Le texte de la plateforme et ses signataires se trouvent sur le site d’Intal :

https://www.intal.be/27-03-manifestation-nationale-europe-pour-la-paix-et-la-solidarite/

Laurent Vogel

https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=10159214477048110&id=575553109

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61776

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Liens avec d’autres textes

The Kyiv Independent, média en ligne de langue anglaise, a été créé fin 2021 par 30 journalistes qui travaillaient auparavant pour le Kyiv Post (vingt-six années d’existence, le plus ancien journal de langue anglaise en Ukraine), mais qui ont été licencié·es en guise de représailles en novembre 2021 pour avoir revendiqué leur indépendance éditoriale : https://kyivindependent.com

Illia Ponomarenko : Before Ukraine, there was Georgia: How Russia recycles its 2008 playbook

https://kyivindependent.com/national/before-ukraine-there-was-georgia-how-russia-recycles-its-2008-playbook/

Yanna Oiseau : Témoignage : fuir Kiev sans la nationalité ukrainienne

https://www.revue-ballast.fr/temoignage-fuir-kiev-sans-la-nationalite-ukrainienne/

Dimitris Angelides : La profonde hypocrisie anti-réfugiés tant européenne que grecque

https://www.grece-austerite.ovh/la-profonde-hypocrisie-anti-refugies-tant-europeenne-que-grecque/

Asad Ghanem : Après son discours à la Knesset, lettre ouverte au président Zelensky lui demandant « de renoncer au double standard et de soutenir la lutte du peuple palestinien »

http://alencontre.org/moyenorient/israel/apres-son-discours-a-la-knesset-lettre-ouverte-au-president-zelensky-lui-demandant-de-renoncer-au-double-standard-et-de-soutenir-la-lutte-du-peuple-palestinien.html

https://vientosur.info/paralelismos-entre-la-ocupacion-de-ucrania-y-la-de-palestina/

Vladimir Poutine propriétaire d’un méga-yacht amarré en Italie ?

https://www.huffingtonpost.fr/entry/vladimir-poutine-proprietaire-dun-mega-yacht-amarre-en-italie_fr_623b1c06e4b046c938e38393

Le Russe Serebrennikov, interdit de quitter Moscou, en ouverture du Festival d’Avignon

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20220324-le-russe-serebrennikov-interdit-de-quitter-moscou-en-ouverture-du-festival-d-avignon?

En Pologne, en Roumanie et en Moldavie, l’élan citoyen pour accueillir les réfugiés de guerre venus d’Ukraine

https://www.equaltimes.org/en-pologne-en-roumanie-et-en?

« humanitaires » d’extrême droite. Les escrocs sont de retour : Ou comment l’extrême-droite instrumentalise la souffrance du peuple ukrainien

https://lahorde.samizdat.net/Les-escrocs-sont-de-retour-Ou-comment-l-extreme-droite-instrumentalise-la

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En complément possible

Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine (3). Soutien à l’Ukraine résistante

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/25/liberte-et-democratie-pour-les-peuples-dukraine-3-soutien-a-lukraine-resistante/

Etienne Balibar : Sur la guerre européenne au 21ème jour

Ukraine : une pétition des salariés ukrainiens de Leroy Merlin

Vietnam : Des militants empêchés de participer à un événement en Ukraine

Le Syndicat indépendant des universités de Russie revendique le droit pour tout citoyen d’exprimer une position anti-guerre.

Nous, avocat/e/s & gens de droit, appelons les professions juridiques à soutenir sans délai les avocat/e/s d’Ukraine

Aleksandr Dugin est le prophète réactionnaire de l’ultranationalisme russe. Un entretien avec Benjamin Teitelbaum

Résolution de la CES sur l’Ukraine

La Gauche et l’Ukraine (débat)

Charles R. Davis : Les socialistes démocratiques ukrainiens favorables à l’envoi d’armes pour combattre l’« agression impérialiste » de la Russie

Sin Fein : L’invasion russe de l’Ukraine est une agression

Patrick Cockburn : Marioupol. La ville est peut-être détruite, mais des exemples nous ont appris que même les ruines peuvent être défendues

Stephen Cornish : Marioupol écrasée par l’état de siège

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/24/solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-19/

Pierre Dardot et Christian Laval : Réinventons l’internationalisme

  • Face au nationalisme grand-russe, réinventons l’internationalisme (1/4)

  • La faillite d’un « anti-impérialisme à sens unique » (2/4)

  • La responsabilité écrasante de l’Union européenne (3/4)

  • Pour un nouvel internationalisme (4/4)

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/23/pierre-dardot-et-christian-laval-reinventons-linternationalisme/

Il est plus facile d’être solidaire avec les Ukrainiennes mortes qu’avec les Ukrainiennes qui résistent

Denys Gorbach : Une guerre gênante : que faire lorsque la Russie attaque l’Ukraine mais que tu es de gauche ?

Gilles Lemaire : L’heure est au soutien sous toutes les formes, humanitaire, politique, militaire, au courageux peuple ukrainien qui résiste à l’agression d’un dictateur fauteur de guerre et auteur de crimes contre l’humanité. Mais il faut éclairer demain !

Thaisa Semenova : Ukraine. Des civils du Donbass, sans aucune formation militaire, enrôlés de force par des supplétifs pro-russes

Nadejda Soukhoroukova : Marioupol, dans cette ville, tout le monde est en train d’attendre la mort

Assemblada Occitana : Soutien à l’Ukraine, aux réfugiés et aux démocrates russes

Rapport (extrait) de L’ISW du 20 mars

Leo Ganiev : Décès De Ivan Dziouba

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/22/solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-18/

Leila Al-Shami : L’anti-impérialisme des imbéciles

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/20/lanti-imperialisme-des-imbeciles/ 

Notes de l’ISW (18 mars 2022)

Solidarité Internationale : appel à dons pour un convoi syndical en Ukraine

Protection temporaire pour l’Ukraine : encore des efforts pour être à la hauteur des enjeux

« La guerre doit être arrêtée par nous-mêmes – hommes et femmes de Russie ». Manifeste de la coalition « socialistes contre la guerre »

Déclaration de la Gauche Indépendante sur l’Ukraine

Union syndicale Solidaires : Guerre en Ukraine. Réflexions et propositions d’actions syndicales internationalistes

Taras Bilous : La guerre en Ukraine et les pays du Sud

Notes de l’ISW (19 mars 2022)

Aris Roussinos : « La vérité sur les milices ukrainiennes d’extrême droite. La Russie a renforcé des factions dangereuses de l’armée de Zelensky »

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/21/17/

Bernard Dreano : Jours gris en temps de guerre

Notes de l’ISW (17 mars 2022)

Anshel Pfeffer et Ohad Zwigenberg : Portrait d’une ville qui organise toutes les facettes d’une résistance : Mykolaïv

Face à la censure, la profession doit soutenir l’information en Ukraine et en Russie. Communiqué SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, FIJ, FEJ, JNE, AJSPI, AJE

Poutine en justice

Antoine Artous, Francis Sitel: Ukraine : la guerre !

Répression au Kazakhstan

Vitaly Dudin : Oppose ton veto au projet de loi 7160 ! Protèges les travailleurs !

Alexeï Sakhnin : La guerre de Vladimir Poutine répand le désespoir dans la société russe

Pjotr Sauer : « Marina Ovsyannikova affirme qu’elle assume ses actes » : son irruption lors du JT de la TV “Pervy Kanal”

Patrick Cockburn : « Des “siloviki”, de la corruption et de la guerre »

Vladislav Siiutkin, João Woyzeck: Activisme anti-guerre après la répression dimanche

Ioulia Galiamina : Je n’ai pas peur

Abbie Cheeseman : La guerre en Ukraine pourrait déclencher une catastrophe au Moyen-Orient

Pour une position unifiée du peuple syrien en révolution

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/19/solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-troupes-russes-hors-dukraine-textes-16/

Jean Vogel : Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien

Daria Saburova : La guerre en Ukraine et les dilemmes de la gauche occidentale

Pjotr Sauer : Russie. « Ne croyez pas la propagande. Ici, ils vous mentent. » Le vrai courage…

Les dockers d’une raffinerie britannique refusent de décharger du pétrole russe

Patrick Cockburn : « Diaboliser la Russie laisse Poutine s’en tirer à bon compte, avec le risque de rendre tout compromis impossible et de prolonger la guerre »

Ricardo Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes réfute la propagande d’Ilan Pappe qui reprend l’argumentation russe sur la nazification de l’Ukraine.

Notes de l’ISW (15 mars 2022)

« Les gens sont devenus plus aimables. » Un habitant décrit la vie à Kiev.
Témoignage recueilli par Diane Taylor

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https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/17/solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-troupes-russes-hors-dukraine-15/

Gal Kirn : « Contre la guerre en Ukraine et le nouvel impérialisme : une lettre de solidarité avec les opprimé·e·s »

Andrea Ferrario : « Ni avec la Russie, ni avec l’OTAN » et « pas d’armes pour l’Ukraine » : deux slogans erronés et contre-productifs

Patrick Silberstein : Ukraine : « L’armée russe est un tigre de papier et le papier est maintenant en feu »

Sotsyalnyï Roukh : L’heure est à la solidarité internationale contre la guerre  (article antérieur à l’invasion de l’Ukraine par les troupes armées russes)

Tess McClure, Peter Beaumont et Luke Harding : Les forces russes se rapprochent de la capitale ukrainienne, après 16 jours de guerre

Une blague circulant à Moscou

L’Université Lomonossov de Moscou : Contre La Guerre

Illia Ponomarenko : La Russie concentre sa puissance militaire pour l’assaut de Kiev

Liens avec d’autres textes

Contre les mensonges de Poutine et de ses soutiens : Que s’est-il passé sur Maïdan ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/15/ukraine-russie-mais-pas-que-14/

Guerre en Ukraine : contribution SUD-Rail

Francine Sporenda : L’Ukraine sur les réseaux sociaux : EXCUSER UN AGRESSEUR

Déclaration des Zapatistes (Mexique) : Il n’y aura aucun paysage après la bataille (à propos de l’invasion de l’armée russe en Ukraine)

Rassemblements inter-associatifs sur toutes les places de France #SolidaritéUkraine

Russie. « Nous entrons dans une nouvelle réalité politique ». Entretien avec Ilya Budraitskis conduit par Amy Goodman

Nik Afanasiev : Ukraine-Pologne. Des initiatives bénévoles solidaires effectives. L’Etat : gardien de nuit estompé

Bernard Ravenel : Arrêter la guerre avec les armes de la politique

Michel Capron : Quelques éclairages historiques sur la Russie de Poutine

Pas de démocratie sans droits des peuples à disposer d’eux-mêmes

Les peuples du monde entier demandent au Fonds Monétaire International (FMI) d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

Le Comité National de « Résister Aujourd’hui » : Le chant des partisans

FBU (syndicat des pompiers britanniques) : Invasion et guerre en Ukraine

Pour la paix en Ukraine, les raisons de se mobiliser

Ben Cramer : L’Ukraine en manque d’Europe

Réunion Solidarité Ukraine

Liens avec d’autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/12/ukraine-russie-mais-pas-que-13/

Pour le droit à l’autodéfense par tous les moyens nécessaires

Les Cahiers de l’antidote : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine (Volume 2)

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/11/pour-le-droit-a-lautodefense-par-tous-les-moyens-necessaires/

Denis Sieffert : Donner aux Ukrainiens ce qu’ils demandent

« Bilan » des manifestations en Russie

Michel Roche : La Russie de Vladimir Poutine : un régime bonapartiste

Mike Davis : Poutine, Biden, Xi… « Thanatos triomphant »

L’observatoire de la liberté de création s’oppose au boycott des artistes russes

Solidarité de la gauche avec l’Ukraine

Karine Clément : L’opposition à la guerre en Russie

Guerre en Ukraine : dix leçons de la Syrie. Exilés syriens sur la façon dont leur expérience peut éclairer la résistance à l’invasion

Gilbert Achcar : L’anti-impérialisme aujourd’hui et la guerre en Ukraine. Réponse à Stathis Kouvélakis

La Syrie, est le laboratoire de la barbarie guerrière que Vladimir Poutine perpétue aujourd’hui en Ukraine

La guerre en Ukraine vue depuis le terrain. Entretien avec Oksana Dutchak

Interview de Slavoj Žižek : « Quelle idéologie se cache derrière l’expansionnisme de Poutine ? »

Liens avec autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/10/ukraine-russie-mais-pas-que-12/

Étienne Balibar : « Le pacifisme n’est pas une option »

Valerie Hopkins (LVIV, Ukraine) : « Des Ukrainiens constatent que des membres de leur famille en Russie ne croient pas que c’est une guerre »

Razem quitte Progressive International et DiEM25

La Cimade : Protégeons le peuple ukrainien, défendons les droits de toutes les personnes exilées

Yassin al-Haj Saleh : Pourquoi l’Ukraine est une cause syrienne

Pavlo Lodyn : L’agression de Poutine et la menace d’une catastrophe environnementale en Europe

Amélie Poinssot : L’agression russe sur l’Ukraine, un cauchemar pour l’écologie

UPJB : Sur la guerre en Ukraine

Mouvement socialiste de Russie : Le pouvoir russe se prépare à combattre jusqu’au dernier soldat

Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine (Québec)

Sudfa : Les Soudanais-e-s dénoncent la collaboration entre Hemetti et Poutine

Collectif Pour une Syrie Libre et Démocratique : De Grozny à Kiev en passant par Alep, allons nous indéfiniment laisser Vladimir Poutine terroriser les populations qui revendiquent la liberté et la justice ?

Siné mensuel

Solidarité avec les ukrainiens et ukrainiennes

Yorgos Mitralias : Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à… Lénine et aux bolcheviks !

Crimes contre l’humanité et CPI

Liens avec autres textes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/09/ukraine-russie-mais-pas-que-11/

Déclaration de fondation du Comité de solidarité avec le peuple ukrainien et avec les opposant·e·s russes à la guerre (Suisse)

Viktoriia Pihul : Les gens du monde entier demandent au FMI d’annuler la dette injuste de l’Ukraine

6 grandes ONG s’unissent face à l’ampleur des besoins humanitaires : c’est l’alliance urgences

Timothy Snyder : « Comment parler de la guerre ? » Histoire et mythe dans les écoles russes, selon « Novaya Gazeta »

Entretien avec Denys Pankratov, organisateur de l’Union des grutiers de la région de Lviv – Ukraine

L’université Lomonossov de Moscou (MGU) contre la guerre

Agression russe en Ukraine : Communiqué de l’assemblée européenne des citoyens

UJFP : Le droit international pour tous et partout, sans exception !

Liens d’initiatives de soutien à la population ukrainienne

Liens vers d’autres textes publiés dans la presse

En débat : Campisme ou anti-impérialisme. Quelques textes

Deux livres de Svetlana Alexievitch

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/07/ukraine-russie-mais-pas-que-10/

CGT : Douze questions sur la guerre en Ukraine Paix en Ukraine – Liberté en Russie

Maxime Combes, Amélie Canonne, Nicolas Haeringer : Quels sont les intérêts de TotalEnergies en Russie ?

Appel à l’action de la Confédération européenne des syndicats (CES) – La guerre en Ukraine doit cesser maintenant !

Roger Martelli : Dans la guerre ukrainienne, la gauche joue une part de sa survie

Lettre ouverte de géographes russes à Vladimir Poutine : « Nous voulons vivre sous un ciel pacifique »

Luke Harding (Lviv) : Des soldats russes démoralisés expriment leur colère d’avoir été « trompés » dans la guerre

Réseau des GLI : déclaration de solidarité avec le peuple ukrainien et ses organisations syndicales et contre la guerre menée par un régime autoritaire

Union Syndicale Solidaires : Stop au tri raciste des réfugié-es qui fuient les guerres !

Marc Bonhomme : Ukraine : la guerre de tous les risques de plus en plus cruelle

Israéliens solidaires de l’opposition russe à la guerre d’Ukraine

Volodymyr Artiukh : L’Ukraine – à la gauche occidentale, sur vos et sur nos erreurs

Michael Shank : Nous nous soucions davantage de l’Ukraine parce que les victimes sont blanches

Association France Palestine Solidarité : Non à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, il faut faire respecter le droit… partout dans le monde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/05/ukraine-russie-mais-pas-que-9/

Dockers néo-zélandais solidaires avec l’Ukraine

Pierre Baudet : La guerre en Ukraine menace la paix dans le monde…

L’édito de PEPS : L’Ukraine, une guerre aux multiples enjeux écologiques

Francine Sporenda : Poutinophilie : « c’est l’Otan le problème »

Richard Abernethy : Arrêtez la guerre impérialiste de la Russie contre l’Ukraine ! Solidarité avec la résistance du peuple ukrainien !

Ecrivains du monde entier solidaires avec l’Ukraine

Igor Ilyash : Quels sont la place et le rôle de la Biélorussie dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Un appel d’un socialiste russe : Poutine intensifie la répression

Non à la guerre en Ukraine. Non à l’Otan. Contre les guerres impérialistes, femmes des peuples du monde entier Solidarité

Akram Belkaïd : Le pas de côté : Non au campisme

Québec : Déclaration intersyndicale de soutien à l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/04/ukraine-russie-8/

Les Cahiers de l’antidote n°1 « Spécial Ukraine » : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !

Lettre ouverte des travailleurs russes des arts et de la culture contre la guerre avec l’Ukraine

Pascal Boniface : Poutine attaque l’Ukraine et fait perdre la Russie

Yorgos Mitralias : Нет войне! Non à la guerre ! Нет войне!

Izabella Marengo et Pierre Jasmin : NON à l’invasion de l’Ukraine ! NON à l’expansion de l’OTAN

Message du président de la confédération syndicale indépendante bélarusse devant le pire

Les Russes veulent-ielles la guerre ? Réflexions depuis Moscou, le 1er jour de l’invasion de l’Ukraine

Tentons d’être à la hauteur de la résistance ukrainienne

Stefan Bekier : « Démilitariser » et «dénazifier » l’Ukraine ?!

Manifeste de la plate-forme « Arrêtons la guerre »

Déclaration intersyndicale : Non à la guerre : retrait immédiat des troupes russes, solidarité avec le peuple ukrainien

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/03/ukraine-russie-7/

Interview de Witalij Machinko, Syndicat de solidarité des travailleurs (Trudowa Solidarnist, Kiev)

Appel du « Center for civil liberties » Ukraine

Roane Carey : Comment la gauche devrait réagir à l’invasion de l’Ukraine par la Russie

MMF France : Non à la guerre en Ukraine, Non à Poutine ! Soutien à la démocratie ukrainienne, soutien au peuple ukrainien !

Leyla Binici, Jérôme Gleizes, Abdessalam Kleiche, Myriam Laïdouni-Denis, Didier Claude Rod : Réflexions écologistes sur l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

La Cimade demande une protection pour toutes les personnes qui quittent l’Ukraine

Amb el poble d’Ucraïna!

Nous, Européen·ne·s de l’Est…

Patrick Cockburn : La Blitzkrieg pré-annoncée de Poutine en échec. Un danger encore plus grand (…)

NON à la guerre en Ukraine !

Des militant·es pour la démocratie au Myanmar organisent des rassemblements pour soutenir l’Ukraine

Razem : « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN… »

Fondation Frantz Fanon : Guerre d’agression contre l’Ukraine : qui a mis K.O le droit international ?

William Bourdon et Véronique Nahoum-Grappe : Poutine et ses sbires : un jour dans le box de la Cour Pénale Internationale ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/02/ukraine-russie-6/

Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail

Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe

Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/01/ukraine-russie-5/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar :Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. :Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico :« Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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