Guerre en Ukraine : les Israéliens refusent de voir les parallèles entre leur occupation et celle de Poutine (+ deux textes)

  • Gideon Levy : Guerre en Ukraine : les Israéliens refusent de voir les parallèles entre leur occupation et celle de Poutine 
  • Gideon Levy : Une motion SWIFT et l’occupation est terminée
  • Haggai Matar : D’Israël à la Russie, les occupants refont l’ordre du monde

Guerre en Ukraine : les Israéliens refusent de voir les parallèles entre leur occupation et celle de Poutine 

L’onde de choc de la guerre entre la Russie et l’Ukraine a rapidement atteint Israël et révélé certaines vérités embarrassantes, tout en confrontant les Israéliens au défi de voir leur pays tel qu’il est réellement, bien loin de ce qu’ils aiment imaginer.

Cela a commencé par la déclaration du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, peu après le début de la guerre, selon laquelle l’invasion de la Russie était « une grave violation de l’ordre international ». En d’autres circonstances, ces propos auraient presque pu prêter à sourire et souligner l’incapacité de longue date d’Israël à voir ses propres attributs moins attrayants, tel un chameau qui ne voit pas sa propre bosse.

La Russie bafoue gravement l’ordre international. Mais qu’en est-il d’Israël ? Quel autre pays a transgressé l’ordre international de manière aussi flagrante et arrogante depuis tant d’années ? Existe-t-il une seule décision des grandes institutions internationales concernant ses affaires qu’Israël n’a pas ignorée ou effrontément enfreinte ?

En quoi l’invasion du Liban par Israël en 1982 ou l’occupation militaire qui s’est ensuivie diffèrent-elles de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ? En quoi les fréquentes incursions d’Israël à Gaza, qui sèment la mort et la destruction, diffèrent-elles de l’invasion de la Crimée par la Russie ? Et outre sa durée, en quoi l’occupation de la Cisjordanie par Israël depuis cinq décennies, dont la fin n’est toujours pas à l’horizon, diffère-t-elle de la récente occupation de l’Ukraine par la Russie ?

Si cette ressemblance est étonnante, il est encore plus étonnant de voir de nombreux Israéliens la nier et la refuser. La Russie comme Israël justifient leurs invasions en invoquant la « légitime défense », une idée fausse dans les deux cas.

L’un comme l’autre considère le territoire occupé comme la terre de ses ancêtres, comme une partie de son patrimoine qui lui appartient de droit. L’Ukraine est le berceau de la russité, la Cisjordanie celui du judaïsme (bien sûr, cela n’a aucun rapport avec un quelconque droit de souveraineté). L’un comme l’autre tente également de nier l’existence des autres peuples présents, les Ukrainiens et les Palestiniens.

De même, les modes d’action sont effroyablement similaires : une invasion armée violente comme solution à des problèmes réels ou imaginaires. Les Russes prétendent avoir envahi l’Ukraine pour mettre fin à un « génocide », « dénazifier » le régime et démilitariser le pays. Les Israéliens ont proclamé des objectifs d’une similarité consternante avant d’envahir Gaza et le Liban : légitime défense, remplacement d’un régime « terroriste » et démilitarisation.

La Russie et Israël considèrent tous deux que leur avantage militaire les autorise à se comporter de la sorte. L’un comme l’autre promet de ne s’en prendre qu’à des cibles militaires, et pourtant, l’un comme l’autre tue des civils innocents, parfois sans reconnaître la distinction. Leurs armées sont presque aussi violentes l’une que l’autre, même si, ces derniers jours, l’armée russe semble aller encore plus loin que l’armée israélienne dans sa cruauté et dans la perpétration de crimes de guerre présumés contre une population civile innocente – ce qui n’est qu’une maigre consolation. 

Israël commet ses crimes de guerre et bafoue le droit international depuis bien longtemps, sans qu’une fin soit visible à l’horizon. Il ne se passe pas un jour sans qu’Israël ne commette des violations flagrantes du droit international, qu’il s’agisse de l’entreprise de colonisationdu transfert de prisonniers sur le territoire de l’occupant, du détournement des ressources naturelles dans les territoires occupés ou encore du système de punition collective.

Les violations criminelles sont devenues une routine quotidienne sous l’occupation israélienne, qu’il s’agisse des détentions sans procès, des meurtres de civils innocentsde l’absence de poursuites contre les auteurs israéliens d’actes criminels ou du déni des droits fondamentaux des Palestiniens.

Quelle est donc la différence ? Elle réside uniquement dans le jugement du reste du monde, ce qui révèle un principe de deux poids, deux mesures et un climat d’hypocrisie.

Après seulement quelques jours d’occupation de la Crimée en 2014, l’Europe annonçait déjà des sanctions contre la Russie. Une semaine après l’invasion actuelle de l’Ukraine, le monde appliquait à l’unisson des sanctions d’une sévérité sans précédent contre Moscou.

Pendant ce temps, une occupation vieille de plus d’un demi-siècle rencontre l’indifférence et l’inaction du monde. Enfant chéri de l’Europe et des États-Unis, Israël est autorisé à faire ce que la Russie n’a pas le droit de faire.

Personne n’ose punir Israël. Alors que la Cour pénale internationale tergiverse depuis des années quant à une éventuelle enquête sur les crimes de guerre commis par Israël, elle a déjà commencé à enquêter sur l’invasion russe de l’Ukraine. De quoi s’agit-il, sinon d’une éthique internationale à deux vitesses ?

Un silence international

Le monde sait tout cela et garde le silence. Mais ce qui est tout aussi sidérant que le silence mondial, c’est que de nombreux Israéliens ne voient pas la réalité sous cet angle. Les mécanismes de lavage de cerveau et d’endoctrinement en place depuis des décennies ainsi que la dynamique de répression ont donné lieu à un état de déni total au sein de la société israélienne.

Lorsqu’un adolescent ukrainien lance un cocktail Molotov sur un char russe, les Israéliens y voient un acte héroïque digne d’être encouragé. Lorsqu’un adolescent palestinien poussé par les mêmes motivations et justifications fait de même, les soldats israéliens l’abattent et le public israélien le voit comme un terroriste. Peu d’Israéliens reconnaissent la similarité accablante entre ces deux actes tout aussi légitimes de résistance contre une occupation.

L’Ukrainien est un héros, le Palestinien un terroriste. La Russie est un envahisseur et un occupant cruel, tandis qu’Israël libère des territoires et récupère la terre de ses ancêtres, sans plus de contexte.

Pourtant, il y a peut-être un peu d’espoir qui se cache ici. Peut-être que lorsque cette maudite guerre russe en Ukraine sera terminée, le monde reconnaîtra qu’il n’y a aucune différence entre une occupation et une autre et osera tirer les conclusions qui s’imposent.

En supposant que les sanctions que le monde a courageusement imposées à la Russie s’avèrent efficaces et forcent Moscou à renoncer à ses rêves expansionnistes, peut-être le monde comprendra-t-il alors que c’est ainsi qu’il faut résister à toute occupation, qui plus est à une occupation qui dure déjà depuis plus d’un demi-siècle et menace la paix mondiale.

Peut-être le monde comprendra-t-il enfin que le seul moyen de mettre fin à l’occupation israélienne passe par SWIFT, le réseau bancaire international, sans lequel aucun pays ne peut continuer d’agir à sa guise et d’ignorer la réaction de la communauté internationale.

Gideon Levy

Gideon Levy est un chroniqueur et membre du comité de rédaction du journal israélien Haaretz. Il a rejoint Haaretz en 1982 et a passé quatre ans comme vice-rédacteur en chef du journal. Il a obtenu le prix Euro-Med Journalist en 2008, le prix Leipzig Freedom en 2001, le prix Israeli Journalists’ Union en 1997 et le prix de l’Association of Human Rights in Israel en 1996. Son dernier livre, The Punishment of Gaza, a été publié par Verso en 2010.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

https://www.aurdip.org/guerre-en-ukraine-les-israeliens.html

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Une motion SWIFT et l’occupation est terminée

Imaginez qu’Israël envahit la bande de Gaza une fois de plus. Les habituelles tueries, destructions et ruines. Des dizaines de milliers de civils fuient pour sauver leur vie après avoir perdu le peu qu’ils avaient. Les bâtiments s’effondrent comme des châteaux de cartes – et Israël continue comme à son habitude: Les pilotes bombardent, les chars avancent, les médias et la population israélienne applaudissent. Soudain, la communauté internationale prend une décision : Si Israël ne se retire pas immédiatement, il devra faire face à des sanctions. Si la bande de Gaza ne devient pas immédiatement une zone d’exclusion aérienne et de bombardement, tous les vols à destination et en provenance d’Israël seront annulés. Israël essaie de faire un pied de nez comme d’habitude, en invoquant les arguments de la légitime défense, du terrorisme et de l’Holocauste – et le monde sort la nouvelle arme de l’apocalypse: il coupe Israël du système international de transfert bancaire et de communication. Israël est sans SWIFT. Ce qui est juste et bon pour l’envahisseur de l’Ukraine est juste et bon pour l’envahisseur de la bande de Gaza

Sans SWIFT, Israël imploserait immédiatement. Peut-être que le géant russe tyrannique pourrait le supporter pendant un certain temps – mais pas Israël. En quelques jours, les capitaines de l’économie viendraient voir les chefs du gouvernement et de l’armée et leur diraient: arrêtez maintenant. Nous ne pouvons pas le supporter. Tout comme les chefs d’entreprise de l’Afrique du Sud de l’apartheid sont venus voir le gouvernement blanc et lui ont dit: arrêtez. La seule question qui reste est de savoir combien de temps encore les forces de défense israéliennes vont continuer à détruire la bande de Gaza. Un jour? Deux jours? Une semaine Les FDI se retireraient, le siège serait levé, Gaza s’ouvrirait, pour la première fois depuis des années. Tout cela en un seul mouvement SWIFT.

Il y a encore deux semaines, un tel scénario aurait été considéré comme inimaginable. Mais peut-être qu’un nouvel ordre mondial est en train de prendre forme : à toute agression brutale contre des personnes sans défense et à tout acte de conquête, la communauté internationale répondra par des mesures politiques et économiques punitives. Les chars ne sont pas nécessaires pour faire bouger des États intransigeants tels qu’Israël. Un aéroport international Ben-Gourion fermé et des guichets automatiques vides feront l’affaire, certainement ici, dans cet État fragile et complaisant. Les Israéliens n’accepteront pas de payer à jamais un prix personnel pour des campagnes de destruction à Gaza, au Liban, en Syrie ou en Cisjordanie occupée.

Il n’est pas question de savoir si Israël y résisterait – il ne le ferait pas. L’indifférence des Israéliens face à ce que leur pays et leur armée sont en train de perpétrer sera immédiatement remplacée par l’inquiétude et la crainte pour leurs poches. Même les plus grands patriotes, les plus invétérés, les plus fervents adeptes de la guerre militaire, y repenseront. La question est de savoir si la communauté internationale le supportera. C’est une chose de punir la Russie, mais Israël ? Le chouchou de l’Occident ? Qui oserait ? Les mots « Israël » et « sanctions » n’ont jamais été associés auparavant. Jusqu’à présent, personne n’a jamais pensé à punir réellement Israël pour son mépris permanent et arrogant des résolutions des organismes internationaux. Peut-être que quelque chose d’important s’est produit en Ukraine. Peut-être qu’après la Russie, il ne sera plus possible de pardonner à Israël pour tout. Peut-être le monde se réveille-t-il.

Dans un pays où même la guerre en Ukraine est considérée comme une opportunité commerciale et sioniste – voir les déclarations de la ministre de l’intérieur Ayelet Shaked sur l’opportunité de vendre plus d’armes au monde et celles du membre de la Knesset Zvi Hauser, qui souhaite faire venir plus de Juifs ukrainiens en raison de la guerre – les gens peuvent se réveiller à une réalité opposée. La guerre en Ukraine donne au monde l’occasion de ne pas rester silencieux plus longtemps. Ni à l’égard de la Russie, ni à l’égard d’Israël.

Les Israéliens seront-ils prêts à payer de leur poche pour Evyatar, un lieu révoltant, trempé du sang des combattants de la liberté, un lieu que la plupart des Israéliens n’ont pas vu et ne verront jamais ? Continueront-ils à applaudir l’armée de l’air après chaque bombardement s’ils savent que chaque crime est suivi d’une punition ? Dans la nouvelle et inconnue réalité mondiale, tout est possible. Il est possible que, lorsque les canons se tairont, les choses reviennent à leur routine normale, avec Israël faisant ce qu’il veut et ignorant le monde qui l’arme, l’embrasse et le finance. Mais peut-être que ce ne sera pas le cas. À Washington, où cette colonne est écrite, de nouvelles voix se font déjà entendre. Elles pourraient se renforcer lorsque la guerre sera terminée et que le monde aura enfin son mot à dire et commencera à agir non seulement contre la minuscule Russie – mais aussi contre ce qui lui est le plus cher de tous, à qui tout est permis.

Un seul SWIFT – et l’occupation est terminée.

Gideon Levy, 5 mars 2022

Article publié à l’origine sur Haaretz.com. Traduction ABP.

https://upjb.be/swift-gideon-levy/

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D’Israël à la Russie, les occupants refont l’ordre du monde

Un peu plus d’un mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Israël reste très discret sur la question de la guerre. Si le gouvernement a publié un certain nombre de déclarations modérées en soutien aux Ukrainiens, il a refusé les demandes de soutien militaire de Kiev tout en essayant de maintenir de bonnes relations avec la victime et l’agresseur, permettant ainsi au Premier ministre Naftali Bennett de servir d’intermédiaire occasionnel entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelenskyy.

Selon le récit officiel, Israël doit maintenir un certain niveau de neutralité dans ce conflit par égard pour la population juive de Russie, qui compte environ 180 000 personnes, et pour permettre à Israël d’attaquer librement des cibles militaires au cœur de la Syrie, avec l’approbation de Moscou (la violation répétée de la souveraineté syrienne est considérée comme un fait acquis par Israël, bien que ce soit précisément ce type de violation que le monde tente actuellement de faire cesser en Ukraine).

En vérité, cependant, les intérêts israéliens dans cette guerre dépassent largement ces considérations à court terme et résident dans des questions plus profondes de lois et de normes internationales. Alors que la plupart des gouvernements occidentaux dénoncent la Russie pour son attaque brutale contre un pays voisin, Israël a un problème inhérent à s’exprimer clairement contre l’occupation de la terre et de la souveraineté d’un autre peuple. Il ne peut pas adhérer sans réserve aux sanctions contre la Russie ou dénoncer ses crimes de guerre tout en menant une campagne diplomatique contre le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions dirigé par les Palestiniens, ou contre les procédures devant la Cour pénale internationale concernant les crimes présumés commis dans le cadre de l’occupation militaire israélienne.

La guerre en Ukraine oblige la communauté internationale à réfléchir aux conséquences de l’autorisation donnée aux pays puissants de défier ouvertement le droit international sans être sanctionnés. C’était le cas avec les occupations américaines de l’Afghanistan et de l’Irak ; c’est le cas avec les guerres actuelles en Syrie, au Yémen et en Éthiopie ; et c’est le cas avec l’occupation israélienne qui dure depuis 55 ans. C’est ce moment potentiel de jugement qu’Israël essaie d’éviter, parce qu’il reconnaît qu’il pourrait être considéré comme une autre Russie.

Israël sait depuis longtemps que pour éviter d’être tenu responsable de ses crimes contre les Palestiniens, il a besoin d’alliés politiques forts. Dans l’ordre mondial actuel, la pression la plus efficace sur Israël devrait venir de l’Occident – mais nous en sommes encore très loin, car les États-Unis et l’Europe ont surtout facilité plutôt qu’inhibé les actions d’Israël. Néanmoins, la crainte que les opinions sur Israël ne commencent à changer en Occident a incité l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu à consacrer une grande partie de la dernière décennie à la formation d’une alliance de gouvernements de droite et autoritaires, dont le Brésil, la Hongrie, l’Inde, la Chine, les Philippines et, bien sûr, la Russie.

Dans une tentative d’offrir une alternative à la démocratie libérale et au droit international, Netanyahou voulait s’assurer que si Israël était un jour sanctionné par les puissances américaines ou européennes, il aurait des marchés et des fournisseurs auxiliaires qui ne se donnent même pas la peine de respecter du bout des lèvres – comme le fait l’Occident – les droits des Palestiniens. Le dernier des triomphes de Netanyahou dans ce domaine, facilité par le président Donald Trump, a été la signature des accords d’Abraham, ajoutant les États arabes du Golfe à la longue liste des pays autoritaires qui choisissent Israël plutôt que les Palestiniens. Ce réalignement régional a été pleinement exposé dimanche, lorsqu’Israël a accueilli des dirigeants des Émirats arabes unis, de Bahreïn, d’Égypte et du Maroc lors du sommet dit du Néguev.

Cet axe antilibéral a survécu à Netanyahou, et maintenant, alors que le gouvernement Bennett-Lapid refuse de condamner la Russie, il opère avec le même objectif et les mêmes loyautés à l’esprit.

C’est également dans ce contexte que s’inscrit la récente vague de rapports reconnaissant la nature du régime d’apartheid d’Israël, des années après que les Palestiniens et les activistes sud-africains l’aient fait. Rien qu’au cours des deux dernières années, ces rapports ont été rédigés par les groupes israéliens de défense des droits de l’homme Yesh Din et B’Tselem, par les organisations internationales Human Rights Watch et Amnesty International et, cette semaine encore, par le rapporteur spécial des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés.

On peut soutenir que le point de bascule central de ces rapports se trouve dans la décision israélienne, enhardie par la nouvelle alliance illibérale, de s’opposer ouvertement à la solution à deux États, en paroles comme en actes. Alors qu’il y a dix ans, l’ordre international fondé sur des règles exigeait que Nétanyahou se montre au moins favorable à cette solution du bout des lèvres (comme dans son discours de 2009 à Bar Ilan), en 2020, l’existence du nouvel axe autoritaire a permis au Premier ministre d’avancer publiquement vers l’annexion formelle de larges pans de la Cisjordanie.

Ici aussi, l’héritage de Netanyahou se perpétue avec ses successeurs : Lapid et Bennett déclarent régulièrement qu’il n’y aura pas de négociations avec l’Autorité palestinienne au-delà de la sécurité et de la coordination économique, et que si Israël ne fera pas pression pour une annexion de jure, ils considèrent le « statu quo » de l’occupation, du siège et de l’apartheid comme la base d’une solution à long terme.

Pendant trois décennies, Israël a pu repousser les critiques internationales en utilisant la piètre excuse des « pourparlers de paix », tout en consolidant sa domination sur les Palestiniens sur le terrain et en procédant à une annexion de facto de leurs terres. Le projet Netanyahou visait à saper l’ordre juridique mondial au point de pouvoir enlever le masque d’Israël sans en payer le prix. Comme l’a dit l’ancien Premier ministre lui-même, « Ils [le monde] deviendront plus comme nous que nous ne deviendrons comme eux. » La grande tragédie est qu’il avait raison. Et maintenant, alors qu’Israël choisit de garder le silence sur l’occupation de l’Ukraine, il le fait pour s’assurer qu’« ils » continuent à nous ressembler.

Haggai Matar

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

+972, 27 mars 2022

From Israel to Russia, occupiers are remaking the world order 

A little over a month into Russia’s invasion of Ukraine, Israel remains very much on the fence as far as the war goes. While the government has issued a number of mild statements in support of Ukrainians, it has denied Kyiv’s requests for military support while trying to maintain good relations with both the victim and the aggressor, allowing Prime Minister Naftali Bennett to serve as an occasional go-between for Vladimir Putin and Volodymyr Zelenskyy.

According to the official narrative, Israel has to maintain a level of neutrality in this conflict out of consideration for Russia’s Jewish population, which numbers around 180,000 people, and to allow Israel the freedom to attack military targets deep in Syria, with Moscow’s approval (the repeated violation of Syrian sovereignty is seen as a given by Israel, though it is precisely this kind of violation that the world is now trying to stop in Ukraine).

In truth, however, Israeli interests in this war far exceed these short-term considerations and lie in deeper questions of international laws and norms. While most Western governments denounce Russia for its brutal attack on a neighboring country, Israel has an inherent problem speaking out clearly against the occupation of another people’s land and sovereignty. It cannot wholeheartedly join sanctions against Russia or denounce its war crimes while concurrently leading a diplomatic campaign against the Palestinian-led Boycott, Divestment, and Sanctions Movement, or against proceedings in the International Criminal Court regarding suspected crimes committed in the context of Israel’s military occupation.

The war on Ukraine is compelling the international community to reckon with the consequences of allowing powerful countries to openly challenge international law without being met with sanctions. Such was the case with the U.S. occupations of Afghanistan and Iraq; such is the case with the current wars in Syria, Yemen, and Ethiopia; and such is the case with Israel’s 55-year occupation. It is this potential moment of reckoning that Israel is trying to evade, because it recognizes that it may be branded as another Russia.

Israel has long known that in order to avoid being held accountable for its crimes against Palestinians, it needs strong political allies. In the current world order, the most effective pressure on Israel would have to come from the West — but we are still very far from that point, as the United States and Europe have mostly been facilitating rather than inhibiting Israel’s actions. Nonetheless, the fear that views of Israel were beginning to shift in the West motivated former prime minister Benjamin Netanyahu to spend much of the last decade in forming an alliance of right-wing and authoritarian governments, including Brazil, Hungary, India, China, the Philippines, and of course, Russia.

In an attempt to offer an alternative to liberal democracy and international law, Netanyahu wanted to make sure that if Israel were ever sanctioned by American or European powers, it would have auxiliary markets and suppliers who don’t even bother to pay lip service — as the West does — to Palestinian rights. The last of Netanyahu’s triumphs in this field, facilitated by President Donald Trump, was the signing of the Abraham Accords, adding Arab Gulf states to the long list of authoritarian countries who choose Israel over Palestinians. This regional realignment was on full display on Sunday, when Israel hosted leaders from the United Arab Emirates, Bahrain, Egypt, and Morocco in the so-called Negev Summit.

This anti-liberal axis has outlived Netanyahu, and now, as the Bennett-Lapid government refuses to condemn Russia, it is operating with the same goal and the same loyalties in mind.

This is also the context for the recent wave of reports recognizing the nature of Israel’s apartheid regime, years after Palestinians and South African activists have done so. In the past two years alone, these have included Israeli human rights groups Yesh Din and B’Tselem, the international organizations Human Rights Watch and Amnesty International, and just this week, the UN Special Rapporteur on the occupied Palestinian territories.

Arguably the central tipping point for these reports can be found in the Israeli decision, emboldened by the new illiberal alliance, to openly oppose the two-state solution in words as much as in deeds. Whereas a decade ago, the international rules-based order mandated that Netanyahu at the very least pay lip service to this solution (such as in his 2009 Bar Ilan speech), by 2020, the existence of the new authoritarian axis allowed the prime minister to publicly move toward formally annexing large swathes of the West Bank.

Here, too, Netanyahu’s legacy lives on with his successors: Lapid and Bennett regularly declare that there will be no negotiations with the Palestinian Authority beyond security and economic coordination, and that while Israel will not push for de jure annexation, they view the “status quo” of occupation, siege, and apartheid as the basis for a long-term solution.

For three decades, Israel was able to push back against international criticism by using the feeble excuse of “peace talks,” while entrenching its rule over Palestinians on the ground and carrying out de facto annexation of their land. The Netanyahu project sought to undermine the legal world order to the point that he could remove Israel’s mask without paying a price. As the former prime minister himself once said, “They [the world] will become more like us than we will become like them.” The great tragedy is that he was right. And now, as Israel chooses to be silent on the occupation of Ukraine, it is doing so to ensure that “they” continue to look “like us.”

Haggai Matar

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Guerre en Ukraine : les Israéliens refusent de voir les parallèles entre leur occupation et celle de Poutine (+ deux textes) »

  1. Rassemblement le 30 mars, pour tous les droits du peuple palestinien

    Chaque 30 mars, les Palestiniens et les Palestiniennes commémorent la journée de la Terre en souvenir de leur grève et mobilisations historiques en 1976, face au gouvernement israélien qui annexait plus de 2 500 hectares de terres en Galilée et de la répression criminelle qui s’ensuivit. L’armée israélienne réprima brutalement ce mouvement : 6 morts, des centaines de blessés et des centaines d’arrestations.

    Aujourd’hui Israël ne respecte toujours pas le droit international et accentue sa politique de colonisation des territoires palestiniens occupés. Les colons israéliens représentent 13,8 % de la population en Cisjordanie, vivant dans plus de 500 colonies toutes illégales [1]. Régulièrement des maisons palestiniennes sont démolies et des villages disparaissent laissant des Palestiniennes et des Palestiniens dans la plus grande précarité.

    La situation dans laquelle se trouve le peuple palestinien est marquée par la poursuite du blocus imposé à Gaza, par le refus du gouvernement israélien de respecter le droit international, qu’il s’agisse du droit au retour des réfugié·e·s, de la construction du Mur jugé illégal, de la colonisation, ou encore de la situation des prisonniers et des prisonnières.

    Nombre d’organisations dénoncent un régime d’apartheid israélien envers le peuple palestinien : après un groupe important d’ONG palestiniennes, puis des ONG israéliennes, ce sont maintenant de très grandes organisations internationales de défense des droits humains qui le documentent et le dénoncent.

    La société civile en France et dans le monde se mobilise pour apporter sa solidarité au peuple palestinien, et demande que soient prises des mesures contraignantes vis-à-vis d’un État qui piétine le droit international et commet au quotidien des crimes de guerre. Cela passe par la suspension de l’accord d’association U.E./Israël. C’est aussi pour cela que nombre de nos organisations soutiennent l’ICE (Initiative Citoyenne européenne pour l’interdiction du commerce des produits des colonies dans le territoire de l’Union européenne).

    Il est également temps de répondre à une exigence élémentaire : la reconnaissance par la France de l’État de Palestine, admis à l’ONU depuis novembre 2012, avec Jérusalem-Est comme capitale.

    Le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens, qui regroupe de nombreuses associations, des partis politiques et des organisations syndicales, sera mobilisé le 30 mars prochain pour la journée de la Terre.

    À Paris, le rassemblement aura lieu place de la République à 18h30. À cette occasion, de nombreuses représentantes et de représentants politiques, associatifs et syndicaux, prendront la parole pour exprimer leur soutien au peuple palestinien.

    [1] Les données sur les colonies proviennent du site de la Plateforme des ONG pour la Palestine : https://plateforme-palestine.org/Colonies-les-chiffres-cles-2020

    Membres du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens signataires :
    Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – AFD International – AILES Femmes du Maroc – Alternative Libertaire (AL) – Américains contre la guerre (AAW) – Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) – Association des Tunisiens en France (ATF) – Association France Palestine Solidarité (AFPS) – Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) – Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC) – Association pour les Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises (AJPF) – Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) – Association Universitaire pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) – Confédération Générale du Travail (CGT) – Cedetim / IPAM – Collectif des Musulmans de France (CMF) – Collectif Faty Koumba : Association des Libertés, Droits de l’Homme et non-violence – Collectif Judéo-Arabe etCitoyen pour la Palestine (CJACP) – Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) – Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) – Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5) – Comité pour le respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunie (CRLDHT) – Confédération Paysanne – Droit-Solidarité – Ensemble ! – Europe Ecologie les Verts (EELV) – Fédération Syndicale Unitaire (FSU) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) – Forum Palestine Citoyenneté – Génération Palestine – La France Insoumise – La Courneuve-Palestine – le Mouvement de la Paix – les Femmes en noir – Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, section française de la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF) (LIFPL) – Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) – Organisation de Femmes Egalité – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) – Parti Communiste Français (PCF) – Parti de Gauche (PG) – Parti de l’émancipation du peuple – Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Socialistes pour la Paix – Sortir du colonialisme – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) – Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) – Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) – Union syndicale Solidaires

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