Transformer le lieu de la soumission en autel de l’insurrection

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« Le 30 décembre 2020, la loi sur l’avortement légal, sûr et gratuit a été adoptée en Argentine. La marée verte qui a émergé avec la force des pionnières féministes, la révolution des filles et les manifestations massives, n’a pas pu être arrêtée »

Dans son avant-propos à l’édition française, Luciana Peker ajoute :

« L’approbation de l’avortement légal en Argentine est essentielle car elle donne l’impulsion de la lutte pour la liberté de décision en Amérique latine. Plus qu’une loi nationale, c’est une porte ouverte à toutes les femmes latinoaméricaines vivant dans des contextes encore plus hostiles, conservateurs ou dangereux qui les empêchent de protester et de manifester ».

Une victoire « pour la vie des femmes, leur santé, leur sexualité et leur liberté », la conjugaison de l’histoire au futur, les Mères de la place de Mai, le foulard vert, « C’est le plus important signe politique qui ait émergé du XXIe siècle et qui symbolise la liberté, l’autonomie, la solidarité, l’indépendance, la jouissance sexuelle, la lutte contre la violence, etc. »…

« Avortement légal », la victoire du printemps des jeunes, Luciana Peker revient sur les années de luttes pour le droit à l’avortement en Argentine, le vote du 14 juin 2018, une victoire rendant toutes les victoires possibles, la vengeance du camp adverse, « mais cette nuit-là,la démocratie vivante était restée debout, et au petit matin était née la révolution », la première victoire du printemps des jeunes…

L’autrice nous embarque au cœur de cette jeunesse, de ses mobilisations, de la révolution féministe. Elle parle, entre autres, des femmes et de leurs regards dans les yeux de leurs propres « filles, nièces, petites-filles et élèves », des jeunes filles qui prennent d’assaut les lieux publics et les tablées familiales, de la marée verte « la marée verte constitue une démocratie où l’on fait entendre sa voix », de batailles « pour un sexe véritablement libre », d’adolescentes, de « révolution scintillante d’espoir », de celles qui avortent mais n’ont pas le droit de vote et de ceux qui votent mais n’avortent pas, « la révolte féminine est devenue la force sociale la plus prépondérante, celle qui mobilise le plus le pays », de l’église catholique et de la question du pouvoir, de violences faites au corps des femmes et de fin de l’impunité…

Luciana Peker aborde l’avortement « légal, sûr et gratuit » et le droit de choisir. Elle revient sur l’histoire des luttes de femmes, les conséquences des avortements clandestins, « L’avortement clandestin, peine de mort contre les femmes », le vert de l’agitation populaire, « Les foulards flambent : ici personne ne se rend », le lobby du Vatican et de l’Eglise évangélique, « Pour que personne ne puisse disposer du corps d’une femme, aucun homme, ni aucun dieu », les foulards dans les salles de cours, l’éducation sexuelle, « Education sexuelle pour décider, contraceptifs pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir », la révolution sexuelle et le désir de savoir, l’abolition de « l’idée des enfants comme propriété », l’éducation sexuelle et « la seule immunisation sociale possible contre les abus sexuels sur les enfants, majoritairement exercés par des pères, des beaux-pères, des oncles ou des grands-pères, et, dans certains cas, par des prêtres et des professeurs », la nécessité de « s’en mêler »…

Elle discute aussi du libéralisme, de la minimisation du rôle des institutions au profit du marché roi, de la droite et des politiques conservatrices, des anti-droits, de celles et ceux qui revendiquent les enfants comme propriété privée…

L’autrice aborde, entre autres, les filles et les regards, la construction sociale du paraître, la « mise en pâture » des mineures, les contraintes vestimentaires, l’inversion de culpabilité et les violences sexuelles expliquées par les « provocations » de tenues et d’expressions, le sexe de la morale, les féminicides, les mortes liées aux accouchements, la politique d’auto-protection revendiquée, les femmes qui prennent la rue, « Et nous continuerons à la prendre, en ayant recours à diverses stratégies de protection, pour garantir autant que possible des accords de liberté, parce que nous voulons des filles libres qui n’aient pas peur à chacun de leurs pas, qui soient sur un pied d’égalité avec leurs frères ou leurs amis, qui ne soient jamais freinées dans quoi que ce soit à cause de leur corps ou de leur sexe, et pour qui l’identité de genre soit un choix et non un conditionnement », le danger latent, constant, face au harcèlement, aux violences, aux viols ou disparitions…

Le désir dérange, « Ce qui dérange, c’est le désir des ados ; ce qui tue, ce n’est pas leurs désirs, mais bien les auteurs de féminicides, que la justice machiste légitimise en les laissant impunis », la justice, « l’application des stéréotypes de genre était clairement une violation des droits humains des femmes », les machistes et les vengeances misogynes…

Je souligne aussi les pages sur les filles brillantes, les rencontres aux paillettes, les plus jeunes, « Les plus jeunes ne se laissent pas traiter comme des gamines et soulignent l’importance de l’âge », les relations entre genre et politique, « les filles sans loi, la loi des filles », la protection juridique pour les victimes de violence de genre, les institutions « parfumées à la naphtaline », l’indépendance et la liberté comme étendard, le féminisme comme insurrection, les mères mises au monde par leurs filles et une nouvelle forme de généalogie, l’inversion des responsabilités, « N’accusez pas la nuit. N’accusez pas la plage. N’accusez pas la tente. N’accusez pas l’alcool. N’accusez pas la mère. La coupable est la culture du viol », le viol comme crime, la parole libérée, l’autonomie financière, la méritocratie masculine, les différences de salaire et de traitements, les clichés sexistes, « Les stéréotypes de genre sur les capacités intellectuelles apparaissent tôt et influencent les intérêts des enfants », le travail collectif « fait de tentatives et d’erreurs, amusant, presque ludique », l’humour, « L’humour ne doit pas banaliser la violence, mais la réfuter », les partages masculins, « Dans la tradition masculine, avoir un rapport sexuel est un plaisir à partager avec des amis », la sororité et le désir…

Luciana Peker souligne le poids du féminicide, « Les filles du féminicide », le sens du mot, la haine déguisée soi-disant passion, les imputations par les médias et la justice de responsabilités aux femmes assassinées, « La phrase « Elles n’y sont pas pour rien » est répétée comme une épitaphe et une justification des féminicides. C’est faux : elles sont victimes et non coupables », l’absence de politique publique pour éradiquer la violence envers les femmes, « Les jeunes femmes sont celles qui souffrent le plus de l’absence de politiques publiques », les condamnées à mort pour cause de jouissance (volonté d’anéantissement des filles désirantes), « Le féminicide ne fait pas que tuer, il érige une guillotine à la place de l’autonomie », le caractère politique du féminicide, « Le féminicide n’est pas une affaire privée, c’est une défaite latino-américaine », la nécessité de renforcer les relations communautaires et les espaces collectifs afin « de construire une plus grande sécurité en étant avec les autres »…

L’autrice discute des boutons anti-paniques, des bracelets électroniques, du soi-disant syndrome d’aliénation parentale, des contre-plaintes visant à museler les victimes, de la demande sociale considérée comme « un crocodile qu’il faudrait apprivoiser », du féminisme « pour les 99% », des hommes devant arrêter la violence des autres hommes, des limites des politiques de pénalisation…

La mobilisation des filles contre les abus, « Son corps était une bataille, qu’il lui fallait gagner », la parole contre la « muselière légale », la liberté de dénoncer, la révolution des filles et « la télévision, le cinéma, le taxi et la rue. La révolution est sans fin », le féminisme contre le fascisme et contre le néolibéralisme, « le défi n’est pas seulement de s’organiser sur la base de son propre désir, mais aussi de disputer le pouvoir sur le terrain du véritable ennemi, celui qui se trouve – sérieusement – du coté opposé de la rue », l’éradication des inégalités, le refus de la tolérance pour l’oppression masculine des femmes, « Ne jamais reculer. Ne jamais rester silencieuses », la construction des changements, les droits pris et non demandés, la lutte pour le droit de décider…

Le souffle incandescent de la révolution féministe en marche…

Luciana Peker : La Révolution des filles

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne-Charlotte Chasset et Ariana Saenz Espinoza

https://www.desfemmes.fr/essai/la-revolution-des-filles/

Editions des femmes – Antoinette Fouque, Paris 2022, 316 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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