[29] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [29] 

  • Mouvement Socialiste Russe et Mouvement Social Ukrainien : Contre l’impérialisme russe
  • Les métallurgistes allemands et belges envoient des convois d’aide aux métallurgistes ukrainiens qui défendent l’usine d’ArcelorMittal à Kryviy
  • Une fois de plus : les socialistes devraient-ils soutenir ou s’opposer aux armes de l’OTAN à l’Ukraine ?
  • Sandrine Ricci : Le corps des Ukrainiennes comme champ de bataille
  • Déclaration du comité de solidarité internationale de la coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF)
  • Poutine affirme qu’il veut « dénazifier » l’Ukraine. Mais pendant des années, les meilleurs amis du Kremlin en Europe ont été l’extrême droite – et pas seulement les conservateurs radicaux, mais aussi les néofascistes purs et simples.
  • Ronald Cameron : La guerre en Ukraine et les défis des mouvements altermondialistes occidentaux
  • Yorgos Mitralias : Mais, de quelle « guerre défensive contre l’OTAN » parlent-ils ? Quand Poutine réfute les « théories » de ses fans de gauche occidentaux !
  • Déclaration du comité exécutif du BKDP concernant la violation des droits des syndicats en Biélorussie
  • Dan Katz : Les syndicats britanniques se tiennent aux côtés de l’Ukraine
  • Dean Kirby : « Les survivants de Marioupol sont interrogés dans des camps de « filtration » avant d’être emmenés en Russie »
  • Daria Saburova : Par-delà la ligne du front. À propos d’une déclaration commune des gauches russe et ukrainienne
  • Liens avec autres textes

Contre l’impérialisme russe

Note des rédacteurs de Left East, depuis le début de la guerre, la gauche s’est attaquée aux questions de l’étendue de la responsabilité de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de l’appel à l’aide militaire à l’Ukraine. En publiant cette déclaration qui nous a été envoyée par nos camarades du Mouvement Socialiste Russe, nous reconnaissons les multiples fissures de la gauche sur ces questions. Alors que nous convenons tous que toute gauche digne de ce nom devrait condamner sans équivoque l’agression de la Russie contre l’Ukraine, un certain nombre de membres du collectif éditorial de Left East ont exprimé des réserves quant à la position de la déclaration sur l’OTAN et l’aide militaire à l’Ukraine. En même temps, nous comprenons que les multiples géographies, situations concrètes et stratégies de la gauche, en Ukraine sous les bombes de Vladimir Poutine, en Russie sous la persécution de Vladimir Poutine, en occident où le lobby de la guerre pousse son propre agenda ou bien dans les pays du sud où l’ennemi principal est différent et où l’hypocrisie occidentale est plus flagrante, aboutissent à des perspectives différentes sur ces deux points plus controversés. Au début de la guerre, Left East a publié sa propre déclaration contre la guerre, dans laquelle nous avons essayé d’articuler notre propre point de vue. Néanmoins, notre mission première est de fournir une plate-forme de solidarité avec les voix progressistes de la région. Nous publions cette déclaration dans cet esprit.

Bien que la majorité de la gauche ait condamné l’invasion russe de l’Ukraine, l’unité du camp de la gauche fait toujours défaut. Nous voudrions nous adresser aux militants de la gauche qui s’en tiennent encore à la position des torts partagés et qui considèrent la guerre comme une guerre inter-impérialiste.

Il est grand temps que la gauche se réveille et qu’elle fasse une analyse concrète de la situation concrète au lieu de reproduire les cadres usés de la guerre froide. Négliger l’impérialisme russe est une terrible erreur pour la gauche. C’est Vladimir Poutine et ce n’est pas l’OTAN qui fait la guerre à l’Ukraine. C’est pourquoi il est essentiel de déplacer notre attention de l’impérialisme occidental vers l’impérialisme agressif de Vladimir Poutine, qui a une base idéologique et politique en plus d’une base économique.

L’impérialisme russe se compose de deux éléments Il y a, premièrement, le nationalisme russe révisionniste. Après 2012, Vladimir Poutine et son establishment sont passés d’un concept civique de la nation liée à la Russie à un concept exclusif et ethnique de la russité, ethniquement et culturellement russe. Son agression en 2014 puis en 2022 a été légitimée par la restitution des terres d’origine russe. De plus, ce concept de russité ethnique fait revivre le concept impérial de la nation russe du dix-neuvième siècle, qui réduit l’identité ukrainienne et l’identité biélorusse à des identités régionales. 

Selon ce point de vue, les russes, les biélorusses et les ukrainiens forment un seul peuple. L’utilisation de ce concept dans la rhétorique officielle implique la négation d’un état ukrainien indépendant. C’est pourquoi nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que Vladimir Poutine souhaite uniquement la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée et le Donbass. Vladimir Poutine peut vouloir annexer ou soumettre l’ensemble de l’Ukraine, menaces qui apparaissent dans son article dont le titre est « sur l’unité historique des russes et des ukrainiens » et dans son discours du lundi 21 Février 2022. Le monde ethnique russe est un monde où, croyez-nous, personne ne sera heureux.

Deuxièmement, même si l’agression de Vladimir Poutine est difficile à expliquer rationnellement, les événements actuels ont démontré qu’il peut être assez raisonnable, néanmoins, de prendre la rhétorique impérialiste russe pour argent comptant. L’impérialisme russe est alimenté par le désir de changer le soi-disant ordre mondial. Ainsi, la demande de Vladimir Poutine de retrait de l’OTAN en Europe de l’Est peut signifier que la Russie ne s’arrêtera peut-être pas à l’Ukraine et que la Pologne, la Lettonie, la Lituanie ou l’Estonie pourraient être les prochaines cibles de l’agression de Vladimir Poutine. Il est très naïf d’exiger la démilitarisation de l’Europe de l’Est car, à la lumière des circonstances actuelles, cela ne fera qu’apaiser Vladimir Poutine et cela rendra les pays d’Europe de l’Est vulnérables à l’agression de Vladimir Poutine. Le discours sur l’élargissement de l’OTAN occulte le désir de Vladimir Poutine de diviser les sphères d’influence en Europe entre les États-Unis et la Russie. Être dans la sphère d’influence russe signifie la subordination politique d’un pays à la Russie et la soumission à l’expansion du capital russe. Les cas de la Géorgie et de l’Ukraine démontrent que Vladimir Poutine est prêt à utiliser la force pour influencer les orientations politiques des pays qui, selon lui, souhaitent quitter la sphère d’influence russe. Il est important de comprendre que la compréhension de Vladimir Poutine des agents clés de l’ordre mondial est essentiellement limitée aux États-Unis et à la Chine. Il ne reconnaît pas la souveraineté des autres pays, les considérant comme des satellites de l’un de ces agents de l’ordre international.

Vladimir Poutine et son gouvernement sont très cyniques. Ils utilisent les bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie, l’intervention américaine en Afghanistan et l’invasion de l’Irak comme des justifications pour le bombardement de l’Ukraine. Dans ce contexte, la gauche doit faire preuve de cohérence et elle doit refuser toute agression impérialiste dans le monde. L’agresseur impérialiste en Ukraine est la Russie, ce n’est pas l’OTAN, et, si la Russie n’est pas arrêtée en Ukraine, elle continuera certainement son agression.

De plus, il ne faut pas se faire d’illusions sur le régime de Vladimir Poutine. Il n’offre aucune alternative au capitalisme occidental. C’est un capitalisme autoritaire et oligarchique. Le niveau d’inégalité en Russie a considérablement augmenté au cours des vingt années de son leadership. Vladimir Poutine n’est pas seulement un ennemi de la classe ouvrière, mais c’est aussi un ennemi de toutes les formes de démocratie. La participation populaire à la politique et à la vie associative est traitée avec suspicion en Russie. Vladimir Poutine est essentiellement un anticommuniste et un ennemi de tout ce pour quoi la gauche s’est battue au vingtième siècle et pour laquelle elle se bat au vingt et unième siècle. Dans sa vision du monde, les forts ont le droit de battre les faibles, les riches ont le droit d’exploiter les pauvres et les hommes forts au pouvoir ont le droit de prendre des décisions au nom de leur peuple sans pouvoir. Cette vision du monde doit être vigoureusement combattue en Ukraine.

Nous voulons répondre à la question très controversée de l’aide militaire à l’Ukraine. Nous comprenons les répercussions de la militarisation sur le mouvement de la gauche progressiste dans le monde et la résistance de la gauche à l’expansion de l’OTAN ou à l’intervention occidentale. Cependant, il est nécessaire de préciser le contexte pour avoir une image plus complète. Tout d’abord, les pays de l’OTAN ont fourni des armes à la Russie malgré l’embargo de 2014, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Bulgarie, la République Tchèque, la Croatie, la Slovaquie et l’Espagne. Ainsi, la discussion sur la question de savoir si les armes envoyées dans la région finissent entre de bonnes ou de mauvaises mains semble un peu tardive. Elles sont déjà entre de mauvaises mains et les pays de l’Union Européenne ne feraient que réparer leurs torts antérieurs en fournissant des armes à l’Ukraine. De plus, les garanties de sécurité alternatives proposées par le gouvernement ukrainien nécessitent l’implication d’un certain nombre de pays et elles ne peuvent probablement être obtenues qu’avec leur implication également. Deuxièmement, comme de nombreux articles l’ont souligné, le régiment d’Azov est un problème. Cependant, contrairement à 2014, l’extrême droite ne joue pas un rôle prépondérant dans la guerre de cette année, qui est devenue une guerre populaire, et nos camarades de la gauche anti autoritaire d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie se battent ensemble contre l’impérialisme. Comme cela est devenu clair ces derniers jours, la Russie tente de compenser son échec au sol par des attaques aériennes. La défense aérienne ne donnera à Azov aucun pouvoir supplémentaire, mais elle aidera l’Ukraine à garder le contrôle de son territoire et à réduire les morts civiles, même si les négociations échouent.

À notre avis, la gauche devrait exiger le retrait immédiat de toutes les forces armées russes d’Ukraine. Elle devrait exiger de nouvelles sanctions ciblées et personnelles contre Vladimir Poutine et ses multimillionnaires. Il est important de comprendre que Vladimir Poutine et son establishment ne se soucient que de leurs propres actifs privés. Ils sont inconscients de l’état de l’économie russe dans son ensemble. La gauche peut également utiliser cette revendication pour dénoncer l’hypocrisie de ceux qui ont parrainé le régime et l’armée de Vladimir Poutine et qui, même maintenant, continuent à vendre des armes à la Russie.

La gauche devrait exiger l’embargo sur le pétrole et le gaz russe. Elle devrait exiger un soutien militaire accru à l’Ukraine, en particulier la fourniture de systèmes de défense aérienne.

Elle devrait exiger l’introduction de soldats de la paix de l’Organisation des Nations Unies (ONU) de pays non membres de l’OTAN pour protéger les civils, y compris la protection des couloirs humanitaires et la protection des centrales nucléaires. Le veto de la Russie au conseil de sécurité de l’ONU peut être surmonté par l’assemblée générale de l’ONU.

La gauche devrait également soutenir les forces de la gauche ukrainienne qui résistent, leur donner de la visibilité, répercuter leurs voix et les soutenir financièrement. Nous reconnaissons que ce sont les millions de travailleurs ukrainiens essentiels et de volontaires de l’aide humanitaire qui rendent possible une résistance supplémentaire.

Un certain nombre d’autres demandes, le soutien à tous les réfugiés en Europe quelle que soit leur nationalité, l’annulation de la dette extérieure de l’Ukraine et les sanctions contre les oligarques russes, sont largement acceptées à gauche et nous ne les aborderons donc pas ici.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie crée un terrible précédent pour la résolution des conflits qui comportent le risque d’une guerre nucléaire. C’est pourquoi la gauche doit proposer sa propre vision des relations internationales et de l’architecture de la sécurité internationale qui peut inclure le désarmement nucléaire multilatéral qui sera contraignant pour toutes les puissances nucléaires et l’institutionnalisation des réponses économiques internationales à toute agression impérialiste dans le monde. La défaite militaire de la Russie devrait être le premier pas vers la démocratisation de l’ordre mondial et la formation d’un système de sécurité internationale et la gauche internationale doit apporter sa contribution à cette cause. 

Le Mouvement Socialiste Russe (MSR) est une organisation politique dont la vision du socialisme démocratique est basée sur la propriété collective des moyens de production, la liberté politique et l’autodétermination des peuples. Le MSR croit que seul un mouvement de masse de socialistes, de syndicalistes, de féministes, d’antifascistes et d’écologistes, armé de la solidarité de classe et de l’égalitarisme, peut mettre fin au règne du capital en Russie. 

Le Mouvement Social Ukrainien est une organisation ukrainienne de la gauche démocratique et socialiste qui lutte contre le capitalisme et la xénophobie. Le Mouvement Social Ukrainien unit les militants du mouvement social et les syndicats dans la lutte pour construire un monde meilleur contre la dictature du capital, le patriarcat et la discrimination.

Mouvement Socialiste Russe et Mouvement Social Ukrainien

Jeudi 7 Avril 2022

https://lefteast.org/against-russian-imperialism/

Dichiarazione congiunta del Movimento socialista russo e del Sotsialnyi Rukh (Movimento sociale dell’Ucraina), 7 aprile 2022.

https://refrattario.blogspot.com/2022/04/contro-limperialismo-russo.html#more

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Illustrazione di Kamshat Nurlanova

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Les métallurgistes allemands et belges envoient des convois d’aide aux métallurgistes ukrainiens qui défendent l’usine d’ArcelorMittal à Kryviy

L’usine d’ArcelorMittal à Kryviy Rih, dans l’est de l’Ukraine, est l’une des plus grandes usines sidérurgiques du monde. Elle emploie 24 000 travailleurs et réalise l’extraction et le traitement du minerai de fer, ainsi que la production d’acier. Le syndicat de l’usine le Syndicat des métallurgistes et des mineurs d’Ukraine est affilié à Industrial All Global Union.

Peu après l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février, les troupes russes ont avancé jusqu’à 10km de Kryviy Rih. Les cadres supérieurs de l’entreprise, dont beaucoup d’expatriés, ont été évacués en Pologne, laissant les cadres locaux, le syndicat et les travailleurs sur place.

Les opérations minières ont d’abord été fermées, par crainte que les mineurs ne soient piégés sous terre si l’approvisionnement en électricité était interrompu. Puis, le 3 mars, les travailleurs ont soigneusement fermé les hauts fourneaux – un processus compliqué qui prend sept à dix jours pour être réalisé en toute sécurité – ont creusé des défenses antichars et construit des abris.

Malgré les sirènes de raid aérien et les bombes qui atterrissent régulièrement à proximité du site, les militants syndicaux sont restés sur place pour coordonner les secours aux militaires, aux forces de défense territoriale, aux hôpitaux et aux travailleurs, et pour aider à l’évacuation des femmes et des enfants. Près de 1 600 travailleurs ont été incorporés dans les forces de défense territoriale et ont dû trouver d’urgence des équipements de protection.

La responsable du syndicat de l’usine, Natalya Marynyuk, a envoyé un appel pressant aux métallurgistes d’autres pays, leur demandant un soutien politique et une aide humanitaire :

« Le peuple ukrainien vous est très reconnaissant d’avoir été aux côtés de l’Ukraine ces jours terribles. Beaucoup d’entre vous ont rejoint les manifestations pour la paix, demandant la fin de la guerre de Poutine contre l’Ukraine et notre peuple. Ce sont vos actions qui forcent les gouvernements hésitants à agir et à imposer des sanctions contre la Russie. »

Natalya Marynyuk ajoutait à sa déclaration une liste de fournitures humanitaires essentielles qui étaient nécessaires.

Les travailleurs de l’usine ArcelorMittal de Brême, en Allemagne, ont été les premiers à réagir par l’intermédiaire de leur syndicat, IG Metall, en envoyant un convoi de médicaments, de vêtements chauds, de sacs de couchage, d’extincteurs et de générateurs à la frontière polonaise, où les marchandises ont été reçues par leurs homologues ukrainiens.

L’usine de Brême a envoyé un deuxième envoi début avril, et les membres du syndicat ACV Puls de l’usine ArcelorMittal de Gand, en Belgique, ont également organisé un envoi.

À la fin du mois de mars, les forces russes avaient été repoussées à environ 70km de l’usine, et bien que le danger persistait, le syndicat a fait valoir avec force que la production devait redémarrer pour maintenir la base économique de la ville. Le 2 avril, les travaux de redémarrage du haut fourneau n°6. Le four a été rallumé le 9 avril, et la fonte brute peut maintenant être produite et l’acier fabriqué. Le syndicat a exigé que la direction revienne d’exil pour diriger l’usine. L’usine doit maintenant faire face à la difficulté de transporter l’acier, car les ports de la mer Noire ne sont pas accessibles. Les travailleurs ne se sentent toujours pas en sécurité car les combats se poursuivent à proximité, et ceux qui ont quitté la ville ne sont pas encore revenus travailler.

« L’aide de solidarité internationale est incroyablement importante pour notre syndicat en temps de guerre, parce qu’elle inspire et remonte le moral, parce que nous sentons que nous ne sommes pas seuls dans la lutte pour notre pays, pour la liberté et les valeurs européennes, et aussi parce que grâce à nos formidables collègues des syndicats étrangers, nous avons la possibilité de fournir les choses nécessaires à nos employés, qui défendent maintenant Kryvyi Rih et l’Ukraine. »

Publié par Industriall All

12 avril 2022

Traduction Patrick Le Tréhondat

http://www.laboursolidarity.org/Les-metallurgistes-allemands-et

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Une fois de plus : les socialistes devraient-ils soutenir ou s’opposer aux armes de l’OTAN à l’Ukraine ?

Aujourd’hui, la majorité des socialistes occidentaux soutiennent qu’il est de notre devoir de nous opposer à l’envoi d’armes de « notre » gouvernement en Ukraine. Ils assimilent la situation d’aujourd’hui à celle du début de la Première Guerre mondiale. À cette époque, presque tous les socialistes soutenaient leurs « propres » capitalistes en envoyant leurs travailleurs à ce massacre impérialiste dans l’intérêt de leurs « propres » impérialistes. Ce faisant, ces socialistes ont non seulement trahi le socialisme, mais ils ont trahi la classe ouvrière.

« Apprenez à penser »

À cette époque, les socialistes qui s’opposaient au soutien de cette guerre appelaient les travailleurs à « combattre l’ennemi chez eux ». Ils avaient raison. Aujourd’hui, la plupart des socialistes répètent mécaniquement cette phrase en s’opposant aux pays de l’OTAN qui envoient des armes en Ukraine. Ces socialistes pensent aujourd’hui que cela signifie que quoi que nos « propres » capitalistes disent ou fassent, nous devons partout et toujours dire le contraire. C’est laisser les capitalistes nous contrôler, mais inversement. Ce n’est pas que Trotsky ait toujours eu raison, mais il a écrit un très bon petit essai intitulé Apprendre à penser. Il y traitait exactement de cette question. Il a souligné que 9 fois sur dix, nous nous opposerons à ce que « nos » capitalistes disent ou font, mais il peut toujours y avoir cette dixième fois. Nous devons juger de la situation sur la base des conditions réelles. Entre autres choses, Trotsky a posé la question d’un soulèvement hypothétique des Algériens contre la domination coloniale française. Il a demandé quelle devrait être la position des socialistes si le fasciste Mussolini voulait envoyer des armes aux Algériens. Mussolini le ferait pour ses propres raisons impérialistes, mais Trotsky a expliqué que malgré cela, les socialistes ne devraient pas seulement soutenir cela, mais qu’ils devraient aider activement à envoyer ces armes en Algérie. Cela n’avait rien à voir avec le soutien de Mussolini. Il en va de même pour les pays de l’OTAN qui envoient des armes en Ukraine.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, la situation est beaucoup plus similaire au début de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les nazis ont envahi un pays après l’autre.

Le coup d’État au Myanmar/Birmanie

Le fait que les capitalistes occidentaux soutiennent Zelensky contre la Russie est utilisé pour prétendre qu’il ne s’agit que d’une guerre interpérialiste intérimaire. C’est un non-sens. Feraient-ils la même affirmation sur la situation au Myanmar/Birmanie ? Là, les militaires ont pris le pouvoir direct par un coup d’État sanglant. Des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes se sont levés pour résister à ce coup d’État. Ils ont été tondus dans les rues par l’armée du Myanmar. Maintenant, il y a quelque chose de guerre civile qui se déroule là-bas. Les États-Unis et d’autres pays capitalistes occidentaux soutiennent l’opposition (bien que cela soit minime). Les impérialistes chinois et russes soutiennent le coup d’État. Alors, les socialistes occidentaux prétendraient-ils que ce qui se passe là-bas est simplement une guerre inter-impérialiste ?

Certains contrecarrent l’armement de l’armée ukrainienne par un appel à l’unité entre la classe ouvrière russe et la classe ouvrière ukrainienne et au renversement révolutionnaire des deux gouvernements capitalistes. Encore une fois, nous devrions réfléchir à la situation au Myanmar :

Comme en Ukraine, la résistance aux généraux au Myanmar est dirigée par l’ancien gouvernement capitaliste dirigé par Aung San Suu Kyi. Elle était le chef de l’État qui, au mieux, était là pendant que les Rohingyas étaient massacrés par l’armée. En fait, elle l’a quelque peu justifié. Alors, les socialistes devraient-ils simplement dire « nous ne devons soutenir ni l’une ou l’autre partie au Myanmar, et plutôt appeler à l’unité de la classe ouvrière russe, chinoise et du Myanmar et au renversement du capitalisme dans les trois pays ensemble ? »

Cet argument est une forme d’« ultamitisme ». Il dit en effet : « Tant que vous, les travailleurs des deux pays, êtes prêts à agir ensemble et à renverser le capitalisme, il n’y a rien à faire, et nous ne soutiendrons aucune résistance à l’invasion de la Russie (ou au coup d’État au Myanmar). D’ici là, ce n’est rien d’autre qu’une guerre inter-impérialiste et nous ne soutiendrons ni l’une ou l’autre partie. » Le fait que le Myanmar ne soit pas confronté à une invasion de l’extérieur rend l’argument encore plus fort.

La théorie, un guide d’action

Si la théorie n’est pas un guide d’action, c’est juste du sophisme. Beaucoup de ces socialistes se disent opposés à l’invasion, mais qu’est-ce que cela signifie dans la pratique, compte tenu de leur opposition aux nations de l’OTAN qui arment l’Ukraine ? Pensent-ils que de simples mots, de la propagande, de la simple pression arrêteront Poutine ? Il a prouvé dans la seule arène qui compte vraiment – l’arène de l’action – qu’elle ne comptera pas. Ce qui a partiellement arrêté Poutine – du moins pour l’instant dans sa campagne pour un changement total de régime – a été une défaite militaire.

C’est ce qui arrêtera l’invasion, et pour cela les armes sont nécessaires. Il n’y a qu’une seule source de ces armes : les nations de l’OTAN.

Zone d’exclusion aérienne et casques bleus

L’appel à une zone d’exclusion aérienne est une question différente. Ce serait une invitation pour l’impérialisme occidental à envoyer directement ses propres troupes. À l’avenir, ces troupes seraient utilisées pour renforcer les intérêts impérialistes occidentaux contre tout mouvement de la classe ouvrière ukrainienne.

Il en va de même pour la question de demander que les « casques bleus » de l’ONU soient envoyés en tant que force de maintien de la paix. Compte tenu de la présence de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, il n’y a qu’un seul cas où de telles troupes pourraient être envoyées : si la Russie est vaincue et chassée de Lougansk et de Donetsk, et si les autres impérialistes du Conseil de sécurité de l’ONU se sentaient menacés par un éventuel soulèvement des travailleurs dans la région, et s’ils voulaient simplement la stabilité capitaliste en Ukraine, alors les deux parties pourraient accepter d’envoyer des troupes de l’ONU afin de maintenir le statu quo avant l’invasion de la Russie.

Classe ouvrière russe

En ce qui concerne la classe ouvrière russe : il est impossible de savoir quelle est l’humeur en ce moment. Mais jusqu’à l’invasion, le soutien de Poutine était assez répandu. La meilleure, en fait, la seule façon de réduire sérieusement ce soutien et de retourner les travailleurs contre Poutine est par la défaite militaire de l’armée russe. C’est pourquoi, par exemple, la grande partie de la classe ouvrière américaine s’est retournée contre la guerre du Vietnam – parce qu’elle a vu ses fils, frères et amis rentrer à la maison mutilés ou morts. Personne n’aime voir ce genre de souffrance humaine, mais si l’invasion de Poutine réussit, elle augmentera le patriotisme et le chauvinisme en Russie et augmentera le soutien à Poutine. Donc, si les socialistes veulent voir la classe ouvrière russe prendre congé de Poutine et se soulever contre lui, alors ils doivent soutenir la défaite militaire de l’armée russe.

Une fois de plus, nous revenons à la question des armes pour l’Ukraine, car une telle défaite est tout aussi impossible sans recevoir des armes de l’Occident que pour les Indiens d’Amérique de vaincre la cavalerie américaine avec des arcs et des flèches contre le canon Gatling.

Conclusion

La défaite de l’invasion de Poutine sera un gain pour la classe ouvrière en Ukraine, en Russie et dans le monde entier. Cette défaite ne peut se produire que militairement. Pour cela, l’Ukraine a besoin d’armes et la seule source de ces armes est les nations de l’OTAN. La guerre est une chose horrible, mais comme la gravité, elle est ici. Combien de temps et à quel prix l’invasion de Poutine peut être combattue dépend du peuple ukrainien, pas de nous ici en Occident.

Sous tous les angles, l’opposition à l’envoi d’armes de l’Occident en Ukraine signifie dans la pratique appeler à la victoire de l’invasion de Poutine. Il n’y a aucun moyen de le contourner.

https://oaklandsocialist.com/2022/04/11/once-more-should-socialists-support-or-oppose-nato-arms-to-ukraine/

Traduit avec l’aide d’outils électroniques

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Le corps des Ukrainiennes comme champ de bataille

Lorsque j’ai eu connaissance que des soldats russes avaient violé des femmes ukrainiennes sitôt leur pays envahi, j’ai eu le cœur gros, mais je n’ai malheureusement pas été surprise.

Historiquement, des violences sexuelles sont associées à la plupart des conflits armés, parfois d’une ampleur massive et organisée. L’armée de Poutine a déjà eu recours à des tortures sexuelles, notamment en Tchétchénie. Le travail de documentation des exactions actuellement commises par les forces russes reste évidemment à accomplir, mais certaines premières analyses d’Ukraine, ainsi qu’une somme de recherches concernant d’autres conflits armés, mettent en évidence les dimensions idéologiques et stratégiques de ce que l’on qualifie communément de viol de guerre.

Il faut en effet se garder de simplement considérer les violences sexuelles, telles que celles qui sont commises par les soldats russes en Ukraine, comme la conséquence de « dérapages » individuels.

L’analyse qui suit se fonde sur 18 ans de recherches qualitatives et quantitatives engagées sur et avec des femmes victimes de violence sexuelle dans différents contextes. Le présent article s’appuie particulièrement sur mon ouvrage « Avant de tuer les femmes, vous devez les violer ! » : Rwanda, rapports de sexe et génocide des Tutsi.

Témoignages et appels à l’aide se multiplient

Des femmes politiques, des personnalités médiatiques et des militantes féministes d’Ukraine ont rapidement lancé l’alerte face aux violences sexuelles commises par les troupes russes, et commencé à organiser le soutien des femmes victimes.

La députée Maria Mezentseva a d’abord rapporté un cas à Brovary, dans la banlieue de Kiev, où deux soldats auraient violé une femme devant son enfant après que son mari eut été abattu. Il y a aussi des cas où des enfants ont été violentés en présence de leur mère ou de leurs parents, selon un article de presse qui cite Kateryna Cherepakha, présidente de la Strada Ukraine. Cette dernière a aussi déclaré au Guardian avoir reçu plusieurs appels de la part de femmes et de filles sur la ligne d’urgence de son organisation non gouvernementale ayant pour mission la lutte contre la traite humaine, sans pouvoir les aider, à cause des combats.

Le collectif « Feminist Workshop » basé à Lviv, près de la frontière polonaise, recueille pour sa part des fonds afin de soutenir son travail de terrain. Masha Efrosinina, une présentatrice de télévision, a quant à elle lancé un appel aux femmes ukrainiennes pour qu’elles signalent les agressions sexuelles aux autorités.

Il semble qu’après le retrait des troupes russes de certaines villes et banlieues d’Ukraine, des femmes et des jeunes filles ont commencé à raconter à la police, aux médias et aux organisations féministes ou de défense des droits humains les violences sexuelles que des militaires russes leur ont infligées. Human Rights Watch a entrepris de documenter les exactions commises dans le contexte de la guerre en Ukraine, confirmant qu’un soldat russe a violé une femme à plusieurs reprises le 13 mars dans une école de la région de Kharkiv, où elle s’était réfugiée avec sa famille.

Dans les témoignages rapportés par les médias, il est souvent question de viols collectifs, qui précèdent parfois le meurtre. Des cadavres de femmes nues gisant sur une autoroute proche de Kiev ont été photographiés par Mikhail Palinchak. Une autre terrible photo circule sur les réseaux sociaux, montrant le corps d’une Ukrainienne violée avant d’être assassinée, une croix gammée gravée sur son ventre par ses bourreaux.

Viol des femmes, viol de la nation

Une personne ukrainienne militant sous le nom Yosh au sein du « Feminist Workshop » s’est exprimée sur le sens à donner à ces violences dans une série de publications sur Twitter que je traduis ici librement. @yo_sh rappelle d’abord que les femmes ne deviennent pas des armes de guerre uniquement parce que l’agresseur est un dictateur fou. Ce phénomène est aussi possible, écrit-elle, à cause de certaines croyances qui découlent d’une culture patriarcale, sur laquelle s’appuie un gouvernement totalitaire.

La première de ces croyances est que les hommes ne peuvent pas vivre sans satisfaire leurs besoins sexuels en se servant des femmes. Une deuxième croyance est que les femmes doivent satisfaire les besoins sexuels des hommes. Une troisième croyance est qu’une femme violée devient une femme abimée et sans valeur. Une quatrième croyance, toujours selon Yosh, conçoit les femmes comme propriétés de l’État. En portant atteinte aux femmes, l’agresseur porte atteinte à l’État, conclut-elle.

En tant qu’armes de guerre, les violences sexuelles affectent physiquement et émotionnellement les femmes, qui en sont les principales cibles ; et en tant qu’outils stratégiques, elles constituent une façon d’atteindre des objectifs assez diversifiés pour imposer une domination politique. Globalement, le corps et la sexualité des femmes sont réquisitionnés pour mettre en œuvre le viol de la nation.

Ceci fait référence à la règle tacite que les femmes peuvent être « conquises » en même temps qu’un territoire. On mise sur la honte produite par l’agression, sur le sentiment d’honneur lié à l’appartenance plus ou moins symbolique de la femme à sa communauté et aux hommes eux-mêmes indirectement visés par l’attaque. En cas de viol collectif, les bourreaux peuvent faire la démonstration mutuelle de leur virilité. La servitude sexuelle est imposée aux femmes emmenées comme butin de guerre. Les violences sexuelles contribuent ainsi à établir un climat de terreur, à détruire le tissu social, à faire fuir les populations, accélérant leur sujétion.

Des crimes trop souvent impunis

Formellement condamnées par la Convention de Genève depuis 1949, les violences sexuelles ont plus récemment fait l’objet d’une reconnaissance juridique internationale comme crimes contre l’humanité et crimes de guerre, puis comme un acte de génocide, dans le cadre d’un procès concernant le Rwanda.

L’Ukraine vient néanmoins de s’ajouter à la longue liste des conflits armés et des génocides qui se sont traduits par l’instrumentalisation stratégique des violences sexuelles à l’encontre de filles et de femmes par les troupes adverses. Le gouvernement ukrainien demande la mise sur pied d’un Tribunal pénal spécial qui pourrait permettre de sanctionner ces violences, mais le droit international peine toujours à tenir compte des dimensions genrées des conflits armés et des génocides. Le bilan décevant du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), entre autres, laisse craindre que les Ukrainiennes n’obtiendront pas davantage justice que les Rwandaises.

Les témoignages provenant de l’Ukraine confortent une analyse qui conçoit les viols en situation de conflit armé comme une guerre dans la guerre. En ce sens, les femmes ukrainiennes doivent, hélas, craindre aussi les hommes de leur « camp ». The Guardian rapporte déjà qu’un membre des services ukrainiens de défense territoriale a été arrêté, après avoir tenté de violer une enseignante qu’il avait traînée dans la bibliothèque de l’école.

Enfin, en ce qui concerne la « communauté internationale », que penser des hommes qui prennent d’assaut les structures d’aide aux personnes réfugiées ou les agences matrimoniales pour « héberger » une belle femme ukrainienne blonde de 18-30 ans, intelligente et soignée ? Il ne faut ainsi jamais perdre de vue qu’en temps dit de paix, nombre de femmes vivent sous la contrainte de violences patriarcales de tous ordres. Elles sont de plus en plus nombreuses à le dénoncer afin que cela change.

Sandrine Ricci

Article publié le 1é avril 2020 sur le site The Conversation

https://theconversation.com/le-corps-des-ukrainiennes-comme-champ-de-bataille-181015?

En complément possible

Introduction (édition de 2019) de Sandrine Ricci à son ouvrage : Avant de tuer les femmes, vous devez les violer ! Rwanda, rapports de sexe et génocide des Tutsi

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/05/01/introduction-edition-de-2019-de-sandrine-ricci-a-son-ouvrage-avant-de-tuer-les-femmes-vous-devez-les-violer-rwanda-rapports-de-sexe-et-genocide-des-tutsi/

Préface de Christine Delphy à l’ouvrage de Sandrine Ricci : Avant de tuer les femmes, vous devez les violer ! Rwanda : rapports de sexe et génocide des Tutsi

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2014/11/13/preface-de-christine-delphy-a-louvrage-de-sandrine-ricci-avant-de-tuer-les-femmes-vous-devez-les-violer-rwanda-rapports-de-sexe-et-genocide-des-tutsi/

Note de lecture : L’ennemi « femme » apparaît toujours différent de l’ennemi-tout-court

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2014/12/03/lennemi-femme-apparait-toujours-different-de-lennemi-tout-court/

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Déclaration du comité de solidarité internationale de la coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF)

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La CQMMF condamne l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Nous dénonçons cette guerre d’agression et d’occupation militaire.

Tout au long de l’histoire, nous constatons que les conflits armés et les guerres ont comme effets néfastes la montée de la violence, de la pauvreté, des déplacements forcés, des vies brisées. Soulignons que les femmes et les enfants sont des victimes collatérales durement affectées par la guerre. Ces effets sont inconciliables avec les valeurs que nous portons.

Nous savons que la guerre amène avec elle non seulement la violence des armes, mais aussi la violence sexuelle. Comme l’histoire le montre, pendant la guerre, le risque d’être violée est multiplié pour toutes les femmes.

Nous nous opposons à la guerre, au patriarcat, à l’autoritarisme et au militarisme. Nous nous mobilisons pour demander l’arrêt immédiat de cette agression qui s’attaque directement au peuple de l’Ukraine.

Nous sommes solidaires du mouvement pour la paix à l’intérieur de la Russie particulièrement des féministes russes qui se mobilisent actuellement pour dénoncer le régime de Poutine et appellent à la solidarité.

Nous l’avons affirmé dans la Charte pour l’humanité de la MMF :

« Tous les êtres humains ont le droit de vivre dans un monde sans guerre et sans conflit armé, sans occupation étrangère ni base militaire. Nul n’a le droit de vie ou de mort sur les personnes et sur les peuples.

Aucune coutume, aucune tradition, aucune idéologie, aucune religion, aucun système économique ni politique ne justifie les violences.

Les conflits armés ou non entre les pays, les communautés ou les peuples sont résolus par la négociation qui permet d’arriver à des solutions pacifiques, justes et équitables, et ce, au niveau national, régional et international. »

Comme féministes, nous luttons pour la construction d’un autre monde plus juste offrant l’égalité des chances où les droits humains doivent être respectés. Un monde où la violence et les conflits militaires n’ont pas de place. Nous défendons une solution pacifique.

Nous condamnons les actes de guerre de la Russie et appelons partout à l’action pour dire NON À LA GUERRE !

Nous résistons pour vivre, nous marchons pour transformer

Solidarité avec les femmes du monde entier !

Comité de solidarité internationale de la Coordination du Québec de la marche mondiale des femmes (CQMMF)

4 mars 2022

https://www.pressegauche.org/DECLARATION-DU-COMITE-DE-SOLIDARITE-INTERNATIONALE-DE-LA-COORDINATION-DU-QUEBEC

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Poutine affirme qu’il veut « dénazifier » l’Ukraine. Mais pendant des années, les meilleurs amis du Kremlin en Europe ont été l’extrême droite – et pas seulement les conservateurs radicaux, mais aussi les néofascistes purs et simples.

L’un des objectifs déclarés du Kremlin en attaquant l’Ukraine est la « dénazification » de ce pays. Selon la version officielle, les autorités de la région sont sous l’influence des néo-nazis depuis quelques années. Depuis l’annexion de la Crimée, le Moscou officiel n’a pas eu de meilleurs amis en Europe que les partis d’extrême droite d’Allemagne, de France, d’Italie et d’Autriche. Les fonctionnaires de ces partis ont participé aux élections en Crimée et dans le Donbass, ont demandé la levée des sanctions contre la Russie, se sont liés d’amitié avec le chef de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov, l’idéologue du néo-impérialisme russe Alexandre Douguine, l’homme d’affaires orthodoxe Konstantin Malofeev et, à en juger par les fuites dans les médias, ont été généreusement récompensés par le Kremlin. En outre, leur position sur de nombreuses questions ressemble aux idées de l’extrême droite ukrainienne (qui, soit dit en passant, n’a pas du tout réussi à entrer au Parlement lors des dernières élections) – défense des « valeurs traditionnelles », rejet des migrants et, dans une certaine mesure, révision du consensus dans la société autour de la Seconde Guerre mondiale. « Meduza » raconte l’histoire des principaux amis du Kremlin en Europe.

« Alternative pour l’Allemagne » (AdG, Allemagne)

Histoire

Le parti est apparu en 2013 comme une association d’eurosceptiques qui prônaient l’abandon de l’euro, la récupération du mark allemand et, de manière générale, le détournement de l’économie allemande de l’aide à ses voisins de l’UE pour résoudre ses propres problèmes. Mais en 2015, lorsque la crise migratoire de l’Europe a éclaté et qu’Angela Merkel a ouvert les frontières de l’Allemagne aux réfugiés du Moyen-Orient, l’AdG s’est fortement déplacé vers la droite. Surnommé le « parti à thème unique », il demande avant tout la fermeture des frontières et la fin de l’ « islamisation » de l’Allemagne. Dans le même temps, le parti défend les soi-disant « valeurs traditionnelles » et s’oppose notamment à la légalisation du mariage homosexuel. Enfin, les dirigeants de l’Alternative se sont également exprimés sur le passé de l’Allemagne : le fondateur du parti, Alexander Gauland, a qualifié le régime nazi de « simple fiente d’oiseau » dans l’histoire millénaire du pays et a même exprimé l’opinion que l’Allemagne devrait être fière des exploits de ses soldats lors des deux guerres mondiales.

L’AdG a été particulièrement populaire dans l’est du pays, dans l’ancienne RDA socialiste. Il y a obtenu des résultats sensationnels : par exemple, 27,5% aux élections régionales en Saxe en 2019. Dans les Länder de l’Ouest, ces dernières années, il n’a généralement même pas atteint 10%. Mais sans les votes de l’Ouest, plus peuplé, il ne pourra pas réussir aux élections fédérales générales.

Pourquoi les appelle-t-on « extrême droite » ?

Les liens de l’Alternative pour l’Allemagne avec les néo-nazis sont l’un des sujets les plus débattus de la politique allemande ces dernières années. En bref, ces liens existent bel et bien. Dans les structures du parti de l’AdG, surtout dans l’est du pays, on trouve beaucoup de personnes, sinon des membres actifs, du moins des personnes issues d’associations radicales de droite. Début mars, un tribunal de Cologne a autorisé les services de sécurité allemands à maintenir une surveillance spéciale sur le parti, jugeant justifiés les soupçons selon lesquels il pourrait se livrer à des « activités extrémistes ». Dans le cas de l’Allemagne, il s’agit d’un déni fondamental de l’ordre démocratique de la société, qui est inscrit dans la Loi fondamentale du pays. Lorsque plusieurs représentants du parti ont fait appel à deux tribunaux pour leur interdire de s’appeler publiquement « néonazis” »,ils ont essuyé un refus. En fait, ils étaient officiellement autorisés à utiliser cette définition.

Comment sont-ils liés au Kremlin ?

Les liens entre Alternative pour l’Allemagne et la Russie sont si évidents que si vous avez vu ces dernières années des reportages sur « des députés allemands se rendant en Crimée », il est probable qu’il s’agisse à près de 100% de membres d’AdG. En 2018, par exemple, huit députés du Bundestag appartenant à ce parti se sont rendus en Crimée en tant qu’observateurs de l’élection présidentielle aux frais de la Russie. Bien qu’aucun pays européen, y compris l’Allemagne, n’ait reconnu l’annexion de la péninsule à la Russie.

Et en 2019, une enquête du Centre Dossier a émergé avec des extraits d’une note d’orientation tirée de la correspondance de responsables russes. Il s’agissait de Markus Fronmayer, fonctionnaire d’AdG, à qui l’on proposait de soutenir les élections du Bundestag de 2017 afin d’avoir « son propre député, totalement contrôlable » au parlement allemand. Fronmayer, qui est marié à une Russe, a été élu au Parlement non seulement à l’automne 2017, mais aussi à l’automne 2021, soit deux ans après la publication. De plus, il n’est plus seulement un député, mais un porte-parole du parti. Et l’un des anciens assistants de Fronmayer au Bundestag, Manuel Ochsenreiter, a été soupçonné d’avoir organisé l’incendie criminel d’un centre culturel hongrois à Uzhgorod, en Ukraine (prétendument pour retourner la minorité hongroise locale contre les Ukrainiens de droite, qui étaient censés être accusés de ce crime). Ochsenreiter s’est enfui à Moscou, où il est mort des conséquences d’une crise cardiaque à l’été 2021.

Que dit le parti à propos de la guerre ?

Les dirigeants actuels du parti, Alice Weidel et Tino Hrupalla, ont déclaré après l’attaque de la Russie contre l’Ukraine qu’elle « ne peut être justifiée par rien ». Dans le même temps, Hrupalla exige que l’Allemagne reste neutre et ne prenne pas parti pour l’Ukraine. « La Russie n’est pas notre ennemi. Je voudrais que le chancelier adopte une position neutre et cherche le dialogue avec toutes les parties au conflit », a-t-il déclaré plus tard. Pendant ce temps, la faction Alternative du parlement de Mecklembourg-Poméranie occidentale a refusé de qualifier le conflit armé de « guerre », insistant sur la définition du « conflit ». Fronmayer, quant à lui, publie sur sa page Facebook des slogans tels que « L’Ukraine n’a pas sa place dans l’UE ».

« Front National » (France)

Histoire

Il s’agit de l’un des partis nationaux-patriotiques les plus anciens et les plus prospères de l’Europe moderne. Jean-Marie Le Pen a fondé le Front national en 1972. Il était alors célèbre pour avoir pris des congés pour combattre en Algérie alors qu’il était déjà député. Au fil des décennies, le Front national est devenu un modèle pour presque tous les mouvements de la nouvelle droite en Europe, combinant l’euroscepticisme et l’islamophobie dans leurs programmes. Mais la rhétorique ouvertement antisémite de Le Pen a, à un moment donné, posé un problème au parti, qui voulait se débarrasser de sa réputation radicale. En 2011, sa fille Marine a donc pris la tête du parti.

Pourquoi les appelle-t-on « extrême droite » ?

En un sens, le parti a conservé ce qualificatif. Alors qu’en 1995, Jean-Marie Le Pen demandait l’expulsion de trois millions de non-Européens de France, le parti est aujourd’hui plus modéré – seuls les migrants illégaux sont visés par la proposition d’expulsion. Il est proposé de limiter considérablement les nouvelles migrations. Il y a dix ans, le Front national réclamait la sortie de l’Union européenne, de la zone euro et de l’OTAN ; aujourd’hui, le parti a adouci ces exigences. Les analystes politiques ont coutume de dire que Marine Le Pen a réussi à faire entrer le parti « dans le XXIe siècle ». Cependant, les universitaires débattent encore de la question de savoir si le parti doit être qualifié de simplement populiste ou s’il doit rester défini comme étant de droite et extrémiste.

Comment sont-ils liés au Kremlin ?

Contrairement à Alternative pour l’Allemagne, qui n’a que des liens circonstanciels avec le Kremlin, le Front national est connu de source sûre pour avoir contracté un prêt d’environ 9,4 millions d’euros auprès de la première banque russo-tchèque en septembre 2014. Elle est reliée aux structures de l’oligarque Gennady Timchenko, un oligarque proche de Poutine.

Apparemment, deux personnes étaient responsables des contacts entre le Moscou officiel et les nationalistes français : l’homme d’affaires et lobbyiste Jean-Luc Schaffhauser, qui a aidé les entreprises françaises à s’implanter en Russie, et Alexander Babakov, homme d’affaires, homme politique et député de Zakhar Prilepin au sein du Za Rodina ! C’est Schaffhauser qui a négocié le prêt, pour lequel il a reçu une commission d’au moins 100 000 euros.

« La BBC, citant notamment des fuites de correspondance de responsables du Kremlin, estime que le prêt pourrait avoir été un remerciement à Le Pen pour sa position sur la Crimée. » Le Front national a toujours prôné la reconnaissance de la Crimée comme étant russe, et Schaffhauser lui-même s’est même rendu à Donetsk à plusieurs reprises, notamment en tant qu’ « observateur » lors de l’élection de 2014 à la tête de l’autoproclamée DNR. Plus tard, lorsqu’il est devenu membre du Parlement européen, il a voté, entre autres, contre l’intégration européenne des anciennes républiques soviétiques. Quant à Babakov (qui est sous sanctions occidentales depuis 2014), le FBK d’Alexeï Navalny a révélé en 2013 qu’il possédait un domaine non déclaré en France et un appartement à 650 mètres de la Tour Eiffel.

Que dit le parti à propos de la guerre ?

Suite à l’invasion russe en Ukraine, Marine Le Pen a déclaré que Vladimir Poutine n’est plus le même qu’il y a cinq ans et qu’il prend aujourd’hui des décisions avec lesquelles elle ne peut pas être d’accord. Cependant, la Russie reste un pays européen avec lequel un dialogue doit avoir lieu, et interdire purement et simplement le gaz et le pétrole russes revient à punir les Français eux-mêmes.

La Ligue du Nord (Italie)

Histoire

Fondé en 1989, le parti prône depuis de nombreuses années la séparation des régions « laborieuses » du nord de l’Italie (les plus riches et majoritairement industrialisées) des « paresseux du sud ». Dans les années 2010, il s’est transformé en une force ultraconservatrice à l’échelle nationale et, dans ses documents de campagne, il a raccourci son nom pour devenir simplement « Liga ». En outre, contrairement à ses associés français et allemands, ce parti a pu entrer dans la coalition au pouvoir : le chef du parti Matteo Salvini a été ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre en 2018-2019.

Pourquoi les appelle-t-on « extrême droite » ?

Comme l’AdG allemand ou le Front national français, leur principale plate-forme idéologique reste une combinaison de patriotisme, d’euroscepticisme et d’anti-islamisme. Cependant, alors que le Front national de Marine Le Pen s’est rapproché du centre politique, la Ligue Nord, en revanche, a découvert un nouvel électorat à l’extrême droite. En particulier, Salvini fait référence à plusieurs reprises aux « théories du complot ». Par exemple, que l’afflux de migrants en Europe fait partie d’un plan Carnegie pour remplacer les Européens blancs et que le philanthrope et millionnaire américain George Soros dirige le mouvement des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique, a déclaré le journaliste italien Giovanni Savino à « Medusa ».

Quel est leur lien avec le Kremlin ?

En 2019, la publication américaine Buzzfeed a publié la transcription d’une conversation entre trois représentants de la Ligue du Nord et trois politiciens russes anonymes à l’hôtel Metropol de Moscou. Gianluca Savoini, un associé de Salvini (selon le journaliste Savino, il est connu en Italie pour avoir un portrait d’Adolf Hitler accroché au-dessus de son bureau) a déclaré lors de la réunion que la nouvelle Europe qu’ils allaient construire devait être « plus proche de la Russie » car c’est la seule façon pour elle d’atteindre une véritable souveraineté.

Lors de la réunion du Metropol, les Italiens ont promis de créer une alliance pro-russe regroupant le Front national, l’Alternative pour l’Allemagne et la Ligue, qui permettrait notamment de résoudre le problème des sanctions. En réponse, les interlocuteurs russes ont proposé aux Italiens d’être les bénéficiaires d’un accord juteux prévoyant l’achat par l’Italie de pétrole russe pour une valeur d’un milliard et demi d’euros – quelque 65 millions d’euros de cet argent devaient être versés par des intermédiaires sur les comptes du parti.

Bien qu’il n’y ait pas eu d’autres preuves de l’existence de l’accord, Buzzfeed considère l’enregistrement comme une véritable démonstration de « la manière exacte dont la Russie utilise les affaires pour dissimuler un échange flagrant d’argent contre du pouvoir. »

Salvini lui-même – de manière désintéressée ou non – a soutenu la politique étrangère russe pendant des années. En 2014, il s’est rendu en Crimée et est apparu en public (notamment lors d’une réunion du Parlement européen) avec un T-shirt appelant à la levée des sanctions contre la Russie.

Que dit le parti à propos de la guerre ?

Contrairement à Marine Le Pen, qui se concentre davantage sur la politique intérieure, Matteo Salvini appelle ces jours-ci activement à la paix en Ukraine, qu’il reconnaît comme « attaquée », via son Twitter. Le 24 février, la Ligue a condamné l’invasion russe (« sans aucun but », selon le communiqué) et le même jour, Salvini a apporté des fleurs à l’ambassade d’Ukraine à Rome. Salvini s’abstient de critiquer ouvertement Poutine, mais l’abondance de photos de soldats ukrainiens sur son fil Twitter est assez révélatrice.

Parti de la liberté autrichien (Autriche)

Histoire

Fondé peu après la Seconde Guerre mondiale, le parti a été contrôlé jusque dans les années 1990 par des personnes qui ne cachaient pas ou peu leurs convictions nazies, et ses organes directeurs étaient composés d’anciens soldats de la Wehrmacht et d’officiers SS. En 2000, le Parti de la liberté a remporté le plus grand succès de son histoire, en arrivant troisième aux élections législatives sous la direction du leader charismatique Jörg Haider et en rejoignant la coalition gouvernementale. Mais quelques années plus tard, le parti s’est divisé et a subi une longue et douloureuse transformation avant de réitérer le même succès en 2017 et de réintégrer le gouvernement.

Pourquoi les appelle-t-on « extrême droite » ?

Le parti professe officiellement un euroscepticisme modéré (il n’appelle pas à quitter l’UE), un patriotisme (il considère que les Autrichiens et les Allemands forment un seul peuple) et un anti-islamisme. Cependant, les exemples de membres du parti (y compris les hauts dirigeants) faisant des déclarations néo-nazies ou d’extrême droite sont si nombreux que l’Autriche a publié en 2017 une brochure intitulée « L’APS et l’extrémisme de droite : seulement des cas isolés ? », qui documente 59 cas de ce type entre 2013 et 2017. La brochure répond à la question du titre de la manière suivante : « oui, ce sont des cas isolés, mais ils ne sont pas rares et typiques – le discours d’extrême droite est constamment présent dans le parti à tous les niveaux ».

Comment sont-ils liés au Kremlin ?

Le soutien du Parti de la liberté au Kremlin est inhabituel, même selon les normes de l’autre droite européenne « russophile ». Après tout, les autres partis n’ont pas envoyé de délégations dans la Tchétchénie de Kadyrov (qui y est revenu en plein enthousiasme) et n’ont pas conclu d’alliance formelle avec Russie Unie. Le parti a proposé de reconnaître la Crimée comme russe ; il a envoyé des députés dans le Donbass et délégué des observateurs aux élections russes en Crimée ; en 2014, ses représentants ont participé à une grande conférence à Vienne, où Alexandre Douguine et Konstantin Malofeev étaient invités. Bien sûr, le Parti de la liberté a exigé la levée des sanctions contre la Russie.

En août 2018, des images de Poutine dansant avec la ministre des Affaires étrangères du parti, Karin Kneisl, lors de son mariage sont devenues virales. Après avoir quitté le gouvernement en juin 2019, elle est devenue membre du conseil d’administration de Rosneft et chroniqueuse pour RT (son dernier commentaire est intervenu le jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie).

Mais l’épisode clé (et le plus controversé) de cette histoire est peut-être la publication en 2017 d’une vidéo montrant une rencontre entre les dirigeants du Parti de la liberté Heinz-Christian Strache et Johann Goodenus sur l’île d’Ibiza avec la « nièce d’un oligarque russe » (l’oligarque n’a pas été nommé).

Lors de cette réunion, Strache et Gudenus ont fait preuve d’un mépris surprenant pour les lois autrichiennes et d’une volonté de s’adonner à la corruption et à toutes sortes de machinations. En échange d’une aide financière pour les élections parlementaires, Strache promet à son compagnon de l’aider pour les contrats de construction du gouvernement. La Russe voulait également acheter la moitié des actions du populaire tabloïd autrichien Kronen Zeitung, qui deviendrait alors le porte-parole du Parti de la liberté.

Au moment de la publication de ces documents, Strache était vice-chancelier depuis un an et demi et Gudenus était son adjoint au sein du parti. En conséquence, les deux hommes politiques ont été contraints de démissionner et l’Autriche a connu un changement de gouvernement.

L’extrême droite autrichienne a été d’autant plus choquée que la jeune fille qui s’est présentée sous le nom d’Alena Makarova n’était même pas une vraie parente de l’oligarque. Tout cela n’était qu’un canular, préparé par un détective et activiste autrichien pour discréditer la droite.

Que dit le parti à propos de la guerre ?

Même après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le parti s’oppose aux sanctions contre la Russie, justifiant cela par son attachement à la neutralité de l’Autriche, inscrite dans la constitution. La question de savoir si l’Autriche doit accepter les réfugiés ukrainiens divise le parti en deux camps.

Meduza.io

https://meduza.io/feature/2022/03/13/putin-zayavlyaet-chto-hochet-denatsifitsirovat-ukrainu-odnako-mnogie-gody-luchshimi-druzyami-kremlya-v-evrope-byli-ultrapravye-i-ne-tolko-kraynie-konservatory-no-i-otkrovennye-neofashisty

Traduction du russe : Evguénia Markon

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62080

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La guerre en Ukraine et les défis des mouvements altermondialistes occidentaux

Depuis février, la guerre en Ukraine fait couler beaucoup d’encre et malheureusement beaucoup de sang. Les images provenant d’Ukraine tournent en boucle dans les médias et les réseaux sociaux. À gauche, on ne fait pas exception. Les articles d’opinion sont nombreux, souvent se répètent et parfois se répondent. Notamment, des partisans de gauche en Europe de l’Est ont publié plusieurs lettres ouvertes et appels à la gauche occidentale pour l’inviter à faire bloc avec elle contre l’impérialisme russe. À la veille de la tenue d’une nouvelle édition du Forum social mondial (FSM) à Mexico du 1er au 6 mai, quel est l’avenir de l’altermondialisme et des mouvements qui l’ont soutenu ? Comme mouvance anti-systémique, force est d’abord de reconnaître qu’elle s’est développée en dehors de pays sous l’influence de l’URSS et qu’elle est tout autant interpellée par ces appels.

Nous ne pourrons passer en revue tous les points de vue qui s’expriment sur les différentes dimensions de dialogue entre les gauches postsoviétiques, occidentales et aussi latino-américaines, maghrébines, palestiniennes et africaines notamment ni faire le tour des différentes positions de toutes les tendances de gauche à l’Ouest. Toutefois, nous soulèverons quelques arguments présents dans les commentaires pour questionner la perspective altermondialiste et identifier l’impact de ce conflit sur les principales préoccupations de ce mouvement. Comme le mentionne Pierre Khalfa (2022), les mouvements sociaux et politiques altermondialistes doivent « à la fois, éviter le simplisme binaire, l’inefficacité des simples proclamations de principes abstraits et l’opportunisme au nom du réalisme. »

Un autre monde est-il possible ?

C’est à partir d’une volonté de proposer un « autre monde » que la démarche altermondialiste s’est définie au milieu de la décennie qui a suivi la chute du Mur de Berlin. Les élites occidentales ont saisi cet événement pour célébrer leur victoire contre le « socialisme ». À l’époque, la contestation de la mondialisation néolibérale remettait en question les politiques d’ajustements structurels de la Banque mondiale, les ententes de libre-échange comme lors des manifestations à Québec en avril 2001, puis, en 2011 notamment, les inégalités croissantes par le mouvement Occupy. La démarche altermondialiste s’est ainsi développée en opposition au projet mondialiste du capital occidental, instrumentalisant et soumettant le « Sud Global » à ses politiques. Le leitmotiv des forums sociaux mondiaux : « un autre monde est possible » comme alternative systémique.

Il est vrai que « l’autre monde » souhaité par les altermondialistes se démarquait aussi du modèle de socialisme qui venait de s’effondrer. La perspective altermondialiste est celle d’une société plus démocratique, participative, préoccupée par les aspirations et les besoins sociaux. Un laborieux travail d’inventaire de l’imaginaire populaire était à l’ordre du jour, afin de nourrir un projet à partir des expériences populaires sur le bien commun. Pour plusieurs, il s’agissait de refonder l’idée originale du socialisme comme société égalitaire.

La proposition altermondialiste s’est donc définie comme anti-systémique au capitalisme triomphant, car l’effondrement du bloc de l’Est confirmait la disparition de la menace qu’exerçait le projet socialiste comme alternative au capitalisme au début du siècle dernier. Certes, ça faisait belle lurette que le projet révolutionnaire de l’époque ne faisait plus trembler les classes dirigeantes occidentales. Toutefois, devant la portée historique des événements, le capital occidental n’a pas manqué de saisir l’effondrement du bloc socialiste comme sa victoire pour faire reculer la menace de transformation sociale, en proclamant « la fin de l’Histoire » avec la fin de la guerre froide (Francis Fukuyama, 1992).

Au bout du compte, le mouvement altermondialiste s’est défini principalement comme opposition à la mondialisation néolibérale, malgré l’espoir d’exprimer un projet mondialiste alternatif basée sur la solidarité. La plupart des courants de la gauche occidentale se sont réclamés de l’altermondialisme comme mouvement anti-systémique et a priorisé la lutte contre cette mondialisation néolibérale. Dans le Sud global, cette idée fut entendue, en particulier en Amérique latine. Toutefois, ce fut moins le cas en Europe de l’Est. Le Nouveau Monde possible n’est pas apparu comme une réponse à celui que souhaitaient les populations d’Europe de l’Est, coincées entre des régimes aux libertés étouffées et l’attrait de la société libérale qui promettrait une croissance sans fin !

L’appel de la gauche postsoviétique

Or, l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie rappelle brutalement, à la gauche altermondialiste occidentale, la nécessité de revoir ses références stratégiques. Autrement dit, ces événements obligent à questionner sa posture pour prendre en compte l’ensemble des réalités de la conjoncture internationale. Dans cette perspective, il est essentiel d’entendre l’appel de la gauche « post-soviétique », issue de la génération qui n’a pas connu la guerre froide et qui a grandi après l’effondrement des régimes soviétiques en Europe de l’Ouest.

Plusieurs appels ont été diffusés à l’Ouest. Beaucoup des lettres ouvertes provenant d’Ukraine, pour des raisons évidentes. Il s’agit de correspondances provenant de mouvements de gauche qui s’oppose à leurs classes dominantes, qui elles sont dominées par celles qui dirigent en Russie. En Ukraine, des chroniqueurs parmi les plus en vue du site Commons ont publié des appels ciblant surtout cette fraction de la « gauche occidentale », préoccupée à ne combattre que la suprématie états-unienne sur la planète. L’impérialisme américain est certainement la première puissance impérialiste du capitalisme occidental, mais elle n’est plus ou pas celle qui dominait la planète lors de la guerre froide.

Les appels de la gauche post-soviétique demandent à cette gauche occidentale de décrocher de l’idée que l’hégémonisme des États-Unis façonne toujours le monde. Ils nous disent de prendre acte du « déclin de l’empire américain » : les États-Unis « ne parviennent plus à imposer leurs normes par la puissance militaire et leur influence économique va en se réduisant » selon l’appel de Volodymyr Artiukh (2022). Ils reprochent à la gauche occidentale qui voit, dans l’entrée des troupes russes en Ukraine, la résultante de « l’agression de l’OTAN en Ukraine » et d’être « incapable de voir l’agression russe ».

Quel internationalisme face à la guerre en Ukraine ?

La gauche occidentale, incluant les mouvements altermondialistes, doit entendre l’appel de la jeune gauche postsoviétique. Est-elle aveugle du « tigre impérialiste » ? Elle a certainement des angles morts. Toutefois, désavouer l’agression russe contre l’Ukraine, demander que cessent ces hostilités et affirmer une volonté de respecter le droit à l’autodétermination de la population ukrainienne sont des considérations essentielles à toute position de solidarité internationale et d’internationalisme dans le monde qui se transforme aujourd’hui. Le principe qu’un peuple ne peut être libre s’il en opprime un autre, constitue un fondement de la perspective altermondialiste.

Par ailleurs, il ne s’agit pas d’être aveugle du rôle de l’OTAN. C’est le bras armé du bloc impérialiste occidental, qui vise à rendre hégémonique un modèle économique du capitalisme contemporain. À l’instar de MacArthur, on doit toutefois demander pourquoi son démantèlement n’a pas été fait dans les années 90, alors que la guerre froide s’est terminée. Le seul fait que cette alliance se maintienne démontre l’ambition du bloc occidental de protéger, voire de renforcer sa volonté d’hégémonie sur la planète. Par ailleurs, il est aussi important de rappeler les crimes de l’Occident. Toutefois, prétendre expliquer la guerre en Ukraine par l’action de l’OTAN, c’est faire fausse route. C’est refuser de prendre en compte les nouvelles réalités d’un monde marqué par la recomposition du système hégémonique mondial.

La gauche occidentale doit s’éloigner de l’idée que l’OTAN est la cause première de l’agression russe. On doit trouver dans une vision véritablement internationale la prise en compte de l’affrontement de blocs de pouvoir à géométrie variable, mais interdépendants. Le campisme de la gauche occidentale, qui réduit la complexité de la conjoncture à l’opposition à sa seule classe dominante occidentale, vide la charge humaniste et pacifiste de la solidarité internationale et de l’internationalisme. Durant la guerre froide, elle prenait la forme de la défense aveugle de la patrie du socialisme ! Aujourd’hui, elle refuse à considérer les monstres qui ressurgissent des tournants de l’histoire.

Actualité de l’altermondialisme

L’altermondialisme demeure une perspective toujours d’actualité pour la gauche occidentale, comme en témoigne la reprise du slogan « Un autre monde est possible » comme un de ceux mis de l’avant à la fin de la campagne de Jean-Luc Mélanchon en France. Néanmoins, les mouvements, qui poursuivent le combat altermondialiste dans l’action, ne sont pas nécessairement dans les rendez-vous plus traditionnels comme le Forum social mondial. Pourtant, ils organisent souvent les résistances anti-systémiques pour répondre aux nouvelles réalités des enjeux politiques et sociaux.

Par exemple, le mouvement pour la Marche mondiale n’a peut-être plus le même écho, mais rayonne toujours. Et les mouvements féministes se déploient différemment et maintiennent la pression contre les violences faites aux femmes depuis Me Too. Les mouvements anti-racistes et décoloniaux se renforcent dans la plupart des pays occidentaux et notamment aux États-Unis avec le mouvement Black Lives Matter. La guerre en Europe a poussé la gauche européenne à s’organiser de manière transnationale dans le Réseau européen en solidarité avec l’Ukraine et contre la guerre.

Par ailleurs, à la suite des manifestations d’opposition menées lors de la COP 26, les mobilisations reprennent avec la levée des mesures sanitaires. Le réseau international Glasgow Agreement / Peoples Climate Commitment a lancé un nouveau mouvement Occupy pour le climat. Il appelle la jeunesse mondiale à lancer des mouvements d’occupation des collèges et des universités à l’automne prochain pour exiger la fin des énergies fossiles « End Fossil Now-Occupy for Climate ». Il rejoint ainsi la reprise des actions du mouvement de Greta Thunberg, Fridays for the future. Mentionnons aussi qu’au Québec s’est constitué une coalition populaire pour le 22 avril, le jour de la terre, qui se conjugue avec les mobilisations étudiantes de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social – (CEVES), ainsi qu’avec le projet du réseau Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC) pour susciter l’action syndicale sur le climat.

Le rendez-vous mexicain 2022

Néanmoins, les rendez-vous altermondialistes plus traditionnels ne sont pas au bout de leurs peines. Bien que de nombreux réseaux mexicains sont regroupés dans un comité de facilitation, on ne retrouve pas le ralliement que nous avons constaté à Montréal et dans les FSM en général. Certains secteurs refusent toujours d’y participer, dont le mouvement zapatiste du Yucatan. Des divisions internes au Conseil international sur le futur du FSM s’ajoutent aux obstacles créés par la pandémie, notamment sur le plan des déplacements internationaux, ce qui contribuent à réduire l’intérêt à participer au FSM 2022.

Pour y remédier, il n’est pas nécessaire que l’organisation des Forums sociaux mondiaux se transforment en état-major des mouvements sociaux pour soutenir l’actualité de l’altermondialisme. S’appuyant sur un des mouvements piliers des FSM, celui de l’éducation populaire et de Paulo Freire, le travail d’éducation politique dans une perspective de conscientisation et dans l’action de mobilisation est essentielle pour démontrer l’actualité de l’altermondialisme.

Oui, « un autre monde est possible et nécessaire ». Pour en faire la démonstration et pour rendre crédible son projet anti-systémique, les mouvements sociaux, et plus largement la mouvance altermondialiste, doivent répondre aux appels de la gauche post-soviétique pour faire bloc avec elle. Les bases de cet engagement repose sur le pacifisme et le développement d’une vision démocratique opposée à l’impérialisme russe. À nous, à démontrer les limites de la démocratie libérale occidentale, comme le démontre le choix de Justin Trudeau pour le projet pétrolier de Baie-du-Nord.

Ronald Cameron

Références

Volodymyr Artiukh, 6 mars 2022 , Lettre à la gauche occidentale: les explications américano-centrées ne suffisent plus !, Contretempshttps://alter.quebec/18459-2

Edgar Morin, 2022, Entretien: Il faut penser avant de s’indigner, Ouest-France, le 2 mars 2022

Pierre Rousset et Mark Johnson, 24 mars 2022, En cette heure de grand danger, en solidarité avec la résistance ukrainienne, reconstruisons le mouvement international contre la guerre, site Europe solidaire sans frontières.

John R, MacArthur, 7 mars 2022, Le sort de l’Ukraine, Le Devoir.

Pierre Khalfa, février 2022, De la difficulté d,une politique internationale altermondialiste. Médiapart.

https://alter.quebec/la-guerre-en-ukraine-et-les-defis-des-mouvements-altermondialistes-occidentaux/

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Mais, de quelle « guerre défensive contre l’OTAN » parlent-ils ?

Quand Poutine réfute les « théories » de ses fans de gauche occidentaux !

« La haine de Poutine contre l’Ukraine n’a rien à voir avec la « sécurité » de la Russie et son encerclement – tout à fait réel et étouffant – par l’OTAN et les impérialistes occidentaux ! Quoi qu’il arrive, tôt ou tard, Poutine enverrait son armée en Ukraine, tout comme il l’a envoyée en Tchétchénie pour raser Grozny au début de sa présidence, sans qu’il y ait la moindre menace de l’OTAN contre la sécurité de la Russie. » Voilà ce que nous écrivions seulement trois jours après le déclenchement de la guerre de Poutine contre l’Ukraine (1). Aujourd’hui, plusieurs semaines et plusieurs dizaines des milliers de morts plus tard, faisant le – très didactique – bilan de la manière dont Poutine mène cette guerre, on ne peut que s’étonner qu’une certaine gauche persiste à évoquer « les menaces de l’OTAN contre la sécurité de la Russie » pour « comprendre » sinon pour justifier l’invasion de l‘Ukraine par le rouleau compresseur militaire de Poutine…

Tout d’abord, force est de constater que ce sont non seulement les actes, mais aussi les paroles de Poutine lui-même qui plaident en faveur de cette affirmation. En effet, s’adressant longuement à ses compatriotes pour justifier l’invasion de l’Ukraine qui allait se produire trois jours plus tard, Poutine a développé en tout et pour tout un seul argument : l’inexistence historique de l’Ukraine en tant que nation et donc, son impossibilité d’exister en tant qu’État séparé de la mère patrie russe ! Et tout ça à force d’anathèmes lancés contre les bolcheviques et surtout, contre Lénine « l’auteur et l’architecte de l’Ukraine d’aujourd’hui»…

Peut être ce n’est pas un hasard que l’article que nous avons consacré (2), dès le 3 mars, à cette adresse télévisée du président Poutine à la nation russe, a été systématiquement refusé et censuré sans la moindre explication – en Grèce mais aussi dans d’autres pays de par le monde – par tous ceux qui soutiennent Poutine ou tout au moins, trouvent des justifications à sa guerre contre l’Ukraine. Et pourtant, comble du paradoxe, cet article est plein de très longs extraits du discours télévisé de Poutine à tel point que sa plus grande partie soit occupée par les dires du président Russe lui-même ! Alors, vu que le contenu de ce discours « historique » de Poutine reste soigneusement caché et donc introuvable sur l’écrasante majorité des sites de la gauche occidentale, la conclusion logique devrait être que tous ceux qui prétendent que la raison profonde de la guerre de Poutine contre l’Ukraine est l’encerclement de la Russie par l’OTAN, vont jusqu’à… censurer Poutine quand le président Russe raconte tout autre chose. C’est à dire quand il dément catégoriquement leur description de cette guerre comme affrontement armé inter-impérialiste en non pas comme agression brutale de l’impérialisme russe contre le pays indépendant qu’est l’Ukraine.

Mais, tout ce microcosme de gauche ne censure pas seulement le président Poutine. Il censure aussi systématiquement les idéologues et les conseillers présidentiels, tous ces « philosophes » ultra-réactionnaires et autres nationalistes grand-russes qui peuplent le Kremlin et professent le retour aux grandeurs de l’empire russe au temps des tsars et donc… la disparition de l’Ukraine indépendante. Comme par exemple, le véritable gourou de Poutine et de l’extrême droite internationale Alexandre Douguine qui n’hésite pas à s’afficher avec les dirigeants des néo-nazis grecs de la désormais hors la loi Aube Dorée ! Ou les membres du think tank présidentiel, le très obscurantiste et fascisant Club d’Izborsk (Изборский Клуб) qui prêche depuis bien longtemps ce que Poutine dit et fait actuellement en Ukraine. Ou enfin, ce Timofei Sergeitsev dont le texte publié il y a quelques jours par la très officielle agence de presse Novosti, explique que la fameuse « dénazification » de l’Ukraine professée par Poutine n’est que le nettoyage ethnique généralisé sinon l’extermination (!) du peuple ukrainien ! Eh bien, cette gauche bien… « bizarre » préfère passer sous silence et censurer les très éloquents textes et déclarations de ces mauvaises fréquentations du président Russe. Pourquoi faire ? Mais, pour pouvoir continuer à raconter ses bobards qui n’ont aucun rapport avec la réalité…

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Alexander Douguine et l’ex-député de l’Aube Dorée Α. Matheopoulos, ancien membre du groupe antisémite… « Pogrom » qui faisait l’éloge des chambres à gaz d’ Auschwitz, condamné à dix ans d’emprisonnement comme « dirigeant d’une organisation criminelle » (Photo tirée du site officielle de l’Aube Dorée) 

Toutefois, en plus des paroles, il y a les actes de Poutine qui démentent tous ceux qui évoquent « les menaces de l’OTAN contre la Russie » pour « comprendre » ou même justifier sa guerre contre l’Ukraine. Et l’historique de ses actes ne laisse aucun doute : Poutine n’a jamais eu besoin de la moindre « menace contre la sécurité de la Russie », pour agir toujours avec la même extrême brutalité qu’il exhibe actuellement dans sa guerre contre le peuple ukrainien ! En effet, quelle était la menace qui pesait sur la sécurité de la Russie quand il rasait Grozny et exterminait le quart de la population Tchétchène ? La réponse est qu’il n’y avait aucune. Comme il n’y avait aucune menace, quand il déclarait la guerre et déstabilisait la Georgie en lui arrachant l’Ossetie du Sud et l’Abkhazie ? Dans les deux cas de la Tchétchénie et de la Géorgie, et sans oublier le récent envoi des troupes russes au Kazakhstan pour aider le tyran local réprimer la révolte de sa population, Poutine n’avait qu’un seul objectif, le même qu’aujourd’hui dans sa guerre contre l’Ukraine : noyer dans le sang les aspirations démocratiques et indépendantistes de tous ceux et toutes celles qui n’acceptent pas d’être soumis aux diktats de l’impérialisme russe et du régime totalitaire et liberticide de Vladimir Poutine.

La suite est encore plus éloquente. Évidemment, Poutine ne répondait à aucune menace extérieure contre la sécurité de la Russie quand il initiait le dépeçage de l’Ukraine, en annexant de fait la partie orientale du Donbass et la Crimée. Et il répondait encore moins à des menaces extérieures quand il rasait – ensemble avec son complice le dictateur Bashar al Assad – des villes martyres de la Syrie comme Alep ou Idlib avec la même extrême brutalité qu’il emploie en rasant maintenant Marioupol. Mais, c’est sûrement parce qu’on a laissé Poutine accomplir ses crimes en série en Tchétchénie, en Georgie, et en Syrie sans être jamais inquiété, qu’il a décidé maintenant d’envahir l’Ukraine, sûr qu’il restera de nouveau impuni.

Finalement, il est vain d’attendre de cette gauche campiste qu’elle proteste contre les crimes de la politique extérieure de Poutine quand on sait combien assourdissant a été et reste son silence devant les crimes de sa politique intérieure dont la victime principale est la population russe elle-même. En réalité, inféodée ou pas à Poutine, cette gauche campiste a toujours avalé toutes les couleuvres offertes par Poutine, y compris son affirmation, répétée de façon si monotone, que ses adversaires Syriens, Ukrainiens et même Russes participent à un complot diabolique qui fait qu’ils préfèrent systématiquement…s’a uto-bombarder, s’auto-empoisonner et s’auto-massacrer afin d’attribuer leur mort à la barbarie de Poutine !

Alors, concluons ce texte comme on l’a commencé : « La haine de Poutine contre l’Ukraine n’a rien à voir avec la « sécurité » de la Russie et son encerclement   tout à fait réel et étouffant – par l’OTAN et les impérialistes occidentaux ! » D’ailleurs, quand c’est Poutine lui-même qui nous l’affirme de façon aussi catégorique non seulement par ses paroles mais aussi par ses actes, on ne peut que… le croire. Tout le reste, y inclues les « théories » sur la guerre inter-impérialiste se déroulant sur le sol ukrainien ou sur les menaces qui pèsent sur la sécurité de la Russie, ne sont que des constructions artificielles sans rapport avec la réalité, poursuivant un seul objectif : brouiller les pistes, désorienter, semer le doute et finalement absoudre Poutine et ses acolytes de leurs crimes monstrueux…

Yorgos Mitralias

Notes

1. Voir l’article « Нет войне! Non à la guerre! Нет войне! » : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/030322/net-voine-non-la-guerre-net-voine

2. Voir l’article « Poutine : « Lénine est l’auteur de l’Ukraine d’aujourd’hui » ou comment tout ça est la faute à … Lénine et aux bolcheviks » : https://lanticapitaliste.org/opinions/international/poutine-lenine-est-lauteur-de-lukraine-daujourdhui-ou-comment-tout-ca-est-la et aussi « Contre les ravages du campisme et pour la victoire du peuple ukrainien : Le mouvement de masse contre la guerre! » : http://europe-solidaire.org/spip.php?article61837

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Déclaration du comité exécutif du BKDP concernant la violation des droits des syndicats en Biélorussie

Le Comité exécutif du BKDP (Congrès biélorusse des syndicats démocratiques) exprime une forte protestation contre une nouvelle violation des droits des syndicats dans le pays, avec la dénonciation et l’inscription, le 7 avril du Syndicat biélorusse des travailleurs de l’industrie radio et électronique (syndicat REP), qui fait partie du BKDP, comme une formation extrémiste.

Le Comité exécutif du BKDP déclare qu’en adoptant cette résolution, les autorités biélorusses ont franchi une nouvelle étape dangereuse dans l’escalade de la terreur et de la répression contre le mouvement syndical indépendant du pays.

Le Comité exécutif du BKDP exige des autorités l’arrêt immédiat de leur politique visant à la destruction du mouvement syndical indépendant et des représailles contre ses membres. Nous déclarons que ces actions auront des conséquences imprévisibles pour le pays et avertissons les responsables de cette attaque contre le syndicat REP de la responsabilité qu’ils prennent à cet égard.

Le Comité exécutif du BKDP informera immédiatement l’Organisation internationale du travail (OIT) et la Confédération syndicale internationale (CSI) de cet incident en leur demandant d’utiliser leurs pouvoirs et les ressources disponibles pour faire pression sur les autorités afin de mettre un terme à la pression, à la répression et aux représailles permanentes contre les syndicats indépendants du Belarus et leurs membres.

12 avril 2022

Traduction Patrick Le Tréhondat

http://www.laboursolidarity.org/Declaration-du-comite-executif-du

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Les syndicats britanniques se tiennent aux côtés de l’Ukraine

Des centaines de militants du mouvement syndical ont défilé derrière des bannières syndicales, pour défendre le droit à la liberté de l’Ukraine et s’opposer à la guerre de Poutine, dans le centre de Londres le samedi 9 avril.

John Moloney, AGS du syndicat des fonctionnaires, PCS, et organisateur central de la manifestation, a déclaré : « Je suis heureux de la participation d’aujourd’hui. Les syndicalistes britanniques connaissent l’importance de la solidarité internationale de la classe ouvrière et nous soutenons nos frères et sœurs en Ukraine. »

La marche avait été officiellement soutenue, et à court terme, par PCS, ASLEF, NUM, CWU, TSSA, le syndicat des boulangers, GMB et UCU.

A l’avant de la marche, se trouvait la bannière de la campagne de solidarité avec l’Ukraine, sur laquelle on pouvait lire : « Solidarité du mouvement ouvrier avec l’Ukraine. Les troupes russes dehors maintenant ! Victoire du peuple ukrainien ! »

Alors que la manifestation s’éloignait, le député de Leeds Alex Sobel a pris la parole pour promettre son soutien.

Le rassemblement final était présidé par Vicky Blake, présidente du syndicat des travailleurs universitaires UCU. Parmi les orateurs figuraient la députée travailliste de gauche Nadia Whittome et Chris Kitchen, secrétaire général du NUM.

Ruth Cashman de Lambeth Unison a lu les déclarations de soutien des syndicats ukrainiens.

Ruth a lu les mots de Mykhailo Volynets, président de la fédération syndicale ukrainienne, KVPU, qui a écrit :

« Aujourd’hui, les travailleurs et les membres de la KVPU travaillent sous les balles et les bombardements, et leurs familles se cachent dans les sous-sols des villes occupées. Nos courageux travailleurs médicaux sauvent la vie de civils et de soldats. Nos travailleurs des chemins de fer et des transports évacuent des personnes des zones de combat et transportent des marchandises malgré les bombardements. Les membres du KVPU aident les gens avec de la nourriture, de l’eau, des médicaments et des marchandises, et organisent des abris et des évacuations pour les femmes et les enfants. De plus, les membres du KVPU ont quitté leur lieu de travail et leur domicile et sont maintenant des militaires qui défendent leur patrie contre les occupants russes. »

« Soutenez l’Ukraine ! Aidez le peuple ukrainien à gagner la lutte pour l’indépendance et la paix ! »

Grygorii Osovyi, président de la Fédération des syndicats d’Ukraine, a écrit : « Tous ces jours-ci, les envahisseurs russes tentent de détruire le peuple ukrainien, de raser les villes et les villages ukrainiens. Mais nous résisterons. Et nous nous battrons plus fort, plus ils attaqueront. Nous ne donnerons pas à l’ennemi un seul pouce du sol ukrainien, et l’ennemi doit le savoir.

Beaucoup de nos membres ont été contraints de quitter leur emploi et de prendre les armes pour défendre leur famille, leurs enfants et leur terre. Beaucoup d’entre eux, y compris des syndicalistes qui, dans les premiers jours de la guerre, ont pris les armes et sont morts. »

Le large soutien à cette marche dans le mouvement syndical a été combattu par ceux qui, dans les syndicats – comme les staliniens pro-chinois du Morning Star et du SWP – sont soit activement favorables à la guerre en Russie, soit pensent que l’ennemi principal est chez eux, et en particulier l’OTAN.

Mais ces personnes, très exposées pendant cette guerre, sont en minorité. Pete Radcliff, de l’USC de Nottingham et membre de Workers’ Liberty, a déclaré :

« La Russie est un État impérialiste, les oligarques sont une classe dirigeante capitaliste et personne ne devrait répéter les mensonges de Poutine selon lesquels sa guerre contre le peuple ukrainien est justifiée en tant que guerre de défense.

Ce que nous voyons à gauche est une crise très grave. Je ne suis pas un fan de l’OTAN. Mais ce n’est pas la guerre de l’OTAN, c’est la guerre de Poutine. Quiconque dit le contraire aide Poutine.

L’OTAN est renforcée en Europe de l’Est non pas par la guerre, mais parce que les peuples d’Europe de l’Est ont peur de l’impérialisme de Poutine. »

Dan Katz

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

https://workersliberty.org/story/2022-04-10/uk-unions-stand-ukraine

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« Les survivants de Marioupol sont interrogés dans des camps de « filtration » avant d’être emmenés en Russie »

Les survivants de Marioupol sont interrogés dans des camps de « filtration » par des Russes en uniformes militaires avant d’être emmenés en Russie, où certains ont peu de chances de retourner en Ukraine.

Des témoins qui ont traversé un camp contrôlé par les Russes et identifié par iNews à Bezimenne, à 17 km à l’est de la ville détruite, affirment que les jeunes hommes sont soumis à un interrogatoire intensif de plusieurs heures et que toute opinion sur les forces armées ukrainiennes est enregistrée sur vidéo.

A l’issue du processus – qui comprend la prise de leur photo et de leurs empreintes digitales et le remplissage de questionnaires à trois reprises – ils sont emmenés en bus jusqu’à la frontière russe.

Ils traversent la frontière à pied avant d’être répartis dans d’autres régions du pays, selon des sources ukrainiennes, et se voient remettre des papiers tamponnés par le ministère des Affaires intérieures de la République populaire de Donetsk (RPD), qui leur donneraient droit à la citoyenneté russe.

Les détails sur ce qui se passe dans les camps, fournis par des témoins oculaires, font suite aux révélations faites par iNews lundi 11 avril sur la manière dont Vladimir Poutine envoie des milliers d’Ukrainiens dans des régions reculées de Russie, notamment en Sibérie, dans le Caucase du Nord et en Extrême-Orient, alors que le pays connaît un déclin démographique post-soviétique historique.

Alors que l’on craignait hier que Marioupol ne tombe aux mains des Russes, des documents consultés par iNews indiquent que l’on dit aux gens qu’ils recevront une terre en Russie s’ils passent la frontière.

iNews a appris que certaines familles tentent de faire sortir leurs proches de Russie en passant par la Biélorussie, les Etats baltes, la Finlande et même le Kazakhstan.

Artem Ilyn, dont les parents âgés de 75 et 67 ans ont été emmenés au camp après que les soldats russes leur ont donné 30 minutes pour quitter leur bunker à Marioupol, a déclaré : « Presque tout le monde, après la « filtration », est envoyé en bus sur le territoire de la Russie. Il y a un autre camp à la frontière. Ils vous dispersent plus loin dans la Fédération de Russie. Je connais des cas où des personnes âgées ont appelé leurs enfants depuis des villes russes très éloignées de la frontière. »

S’adressant à iNews depuis l’Ukraine, il a déclaré : « Mes parents sont des retraités et ont été traités plus simplement, mais pour les personnes plus jeunes, surtout les hommes, le traitement est plus dur. Ils sont interrogés très soigneusement – pendant plusieurs heures d’affilée. Beaucoup de personnes à Bezimenne portent des uniformes militaires avec des chevrons du ministère des Situations d’urgence de la République populaire de Donetsk, mais il y a des rumeurs selon lesquelles certains d’entre eux sont du FSB. Ces contrôles sont de plus en plus durs et pas seulement dans les camps. Des parents d’amis ont été contrôlés trois fois, dont deux fois en Russie. »

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L’analyse par iNews d’un décret russe pour le déplacement des Ukrainiens montre que les gens sont envoyés dans les coins les plus reculés du pays. Les zones les plus sombres sont celles qui accueillent le plus de personnes. (Cartographie des données par Tom Saunders, reporter de données visuelles pour iNews)

Il a été dit à iNews qu’il est presque impossible pour les Ukrainiens, y compris ceux de Marioupol qui ont été forcés de partir sans leurs affaires, de se déplacer en Russie sans argent liquide et ceux qui n’ont pas de documents « rencontrent le plus de problèmes » et, sans passeport, il est impossible de prendre l’avion pour quitter le pays. Les cartes SIM et les cartes bancaires ukrainiennes ne fonctionnent pas actuellement en Russie.

Il a été signalé que des personnes tentant de quitter le pays ont été arrêtées et interrogées par le FSB.

Artem Ilyn a réussi à faire sortir ses parents de Russie en train via la Biélorussie, bien qu’on leur ait dit qu’ils seraient condamnés à une amende pouvant aller jusqu’à 5000 roubles s’ils tentaient de quitter le pays. Selon lui, des milliers de personnes sont « incapables de sortir du flot » créé par les Russes.

Il a déclaré : « Pendant deux jours, ils ont regardé les avions et les hélicoptères militaires russes voler au-dessus de Rostov-sur-le-Don. Nous avons eu de la chance à bien des égards. Les étoiles se sont alignées de la manière la plus inattendue qui soit. Une préparation minutieuse et des amis et d’autres personnes en Russie et nous ont aidés. »

L’emplacement du camp de « filtration » contrôlé par la Russie à Bezimenne, qui signifie « sans nom » en anglais, a été révélé en exclusivité par iNews le mois dernier, alors que le maire de Marioupol avertissait que des milliers de personnes étaient emmenées contre leur gré en territoire russe.

iNews a localisé le camp à l’aide de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, puis a utilisé des méthodes de renseignement de source ouverte pour comparer les bâtiments, les routes, les arbres et un arrêt de bus, ainsi que la direction du soleil couchant, avec les cartes russes du village côtier.

Les images satellites obtenues par ce journal ont montré que jusqu’à 30 tentes bleues et blanches avaient été dressées sur un ancien marché pendant trois jours entre le 19 et le 22 mars.

iNews a également été informé que des centres de « filtration » ont également été installés à Snizhne, Dokuchajevsk, Starobesheve et Torez, dans l’est de l’Ukraine, tandis que les points de transit identifiés par ce journal comprennent une école en Crimée et un centre sportif dans la ville russe de Taganrog, ainsi que les postes-frontières de Matveev Kurgan, Veselo-Voznesenka et Chonhar.

Des dizaines de séquences d’actualités télévisées russes analysées par iNews semblent également montrer des personnes originaires d’Ukraine arrivant dans des cantonnements temporaires, notamment des colonies de vacances pour enfants, des écoles et des hôtels dans des villes russes situées à des centaines de kilomètres de la frontière ukrainienne, dont Nijni Novgorod, Michurinsk, Tambov, Kazan et Oulianovsk, ainsi que Derbent, dans la République du Daghestan.

« Aucune de nos connaissances ne voulait ou ne prévoyait de se rendre en Russie. Mais depuis la région de Marioupol où mes parents vivaient, depuis la mi-mars, il n’y a aucune chance de se rendre sur le territoire contrôlé par le gouvernement ukrainien », a déclaré Artem Ilyn.

« Des soldats russes armés ont chassé les gens de leurs abris anti-bombes et de leurs bunkers. Dans certains cas, ils ne leur ont donné que deux minutes. Ils leur ont dit où aller. » 

Dean Kirby

Article publié sur le site iNews-The Independent, le 13 avril 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/ukraine-russie-enquete-les-survivants-de-marioupol-sont-interroges-dans-des-camps-de-filtration-avant-detre-emmenes-en-russie.html

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Par-delà la ligne du front. À propos d’une déclaration commune des gauches russe et ukrainienne

Le 7 avril [1], deux organisations de gauche anticapitaliste, le Mouvement Socialiste Russe [2] et le Mouvement Social d’Ukraine [3], publiaient sur le site de LeftEast une déclaration commune. Geste internationaliste fort en temps de guerre, ce texte réaffirme la solidarité des gauches russe et ukrainienne par-delà la ligne du front. Le message est clair : « Pour qu’un changement politique puisse se produire à l’intérieur de la Russie, l’armée russe doit être vaincue en Ukraine. » La lutte contre l’impérialisme russe représente un objectif commun. Par conséquent, il n’existe pas de contradiction entre l’appel à la désertion dans les rangs de l’armée russe et les demandes d’armement de la résistance ukrainienne. La possibilité de l’émancipation politique et sociale de la Russie dépend aujourd’hui de l’issue de la guerre de libération nationale en Ukraine.

Mais ce texte est également une illustration très nette des clivages que la guerre en Ukraine a produit au sein de la gauche internationale, notamment entre la gauche est-européenne et la gauche occidentale. Ces clivages procèdent d’une analyse différenciée du/des impérialisme(s), analyse qui à son tour détermine des positions divergentes sur des questions concrètes telles que la livraison des armes, les sanctions économiques ou les négociations de paix.

Il faut commencer par souligner que le terme de « gauche occidentale », qui n’a pas manqué de susciter des critiques à cause d’une généralisation jugée abusive, s’est spontanément et quasi unanimement imposé à nos camarades ukrainien.ne.s, russes, biélorusses et polonais.e.s. À quoi fait-il référence au juste ? D’une part, il vise à pointer l’émergence, à ce moment précis et relativement à la question ukrainienne, d’un certain consensus – de Mélenchon, Belarra, Corbyn et Sanders jusqu’aux diverses organisations, médias et personnalités d’extrême gauche – autour du statut de l’impérialisme russe face à l’impérialisme occidental. D’autre part, sa fonction est de souligner à quel point ce consensus est éloigné des analyses et des demandes hégémoniques au sein de la société ukrainienne en général, et au sein de la classe ouvrière, de ses organisations et de ses syndicats en particulier.

Bien que la majorité de la gauche ait condamné l’invasion russe en Ukraine, l’unité du camp de gauche fait encore défaut. Nous aimerions nous adresser à ceux qui, à gauche, s’en tiennent encore à la position que la « peste tombe sur vos deux maisons » et qui considèrent cette guerre comme une guerre inter-impérialiste. Il est grand temps que la gauche se réveille et procède à une « analyse concrète de la situation concrète » au lieu de reproduire les schémas usés de la guerre froide. Ignorer l’impérialisme russe est une terrible erreur pour la gauche. C’est Poutine, et non l’OTAN, qui fait la guerre à l’Ukraine.

Cette guerre a en effet révélé à quel point l’analyse de l’impérialisme se place encore trop souvent dans un cadre théorique et politique propre à l’époque de la guerre froide et à l’époque qui a immédiatement suivi la chute de l’URSS, marquée par l’hégémonie américaine incontestable. D’après une analyse largement dominante, l’OTAN, associé à l’impérialisme américain, reste en dernière instance responsable et/ou bénéficiaire de toutes les guerres. Malgré les nuances, concédant qu’il s’agit d’une guerre d’agression illégitime contre le peuple ukrainien, la distribution inégale de la responsabilité reste lisible à travers l’ordre dans lequel les arguments sont présentés.

De plus en plus « encerclée » par l’OTAN, la Russie serait une puissance impérialiste subalterne et essentiellement réactive, voire une puissance régionale essentiellement dominée. Elle ne saurait même pas être qualifié d’État impérialiste au sens marxiste du terme : avec une économie extractiviste globalement faible, elle se situe loin derrière les États-Unis et les autres pays du G7 en termes de potentiel technoscientifique, industriel, commercial, financier et même militaire.

Parcourant la situation d’un point de vue presque exclusivement géopolitique, ce type d’analyse masque la méconnaissance des processus socio-politique de l’espace post-soviétique et présente une vision réductrice des réalités complexes. Premièrement, il minimise la longue histoire de l’impérialisme russe et l’appel à l’imaginaire impérial comme instrument idéologique central de l’union nationale en Russie :

L’impérialisme russe […] implique un nationalisme russe basé sur un révisionnisme historique. Depuis 2012, Poutine et son establishment sont passés d’un concept civique de la nation (comme rossiysky, « lié à la Russie ») à un concept exclusif et ethnique de la russité (comme russkiy,« ethniquement/culturellement russe »). Ses agressions en 2014 et en 2022 ont été légitimées au nom du retour de terres « originellement » russes. En outre, ce concept de « russité » (ethnique) fait revivre le concept impérial de la nation russe du XIXe siècle, qui réduit l’identité ukrainienne et biélorusse à des identités régionales. 

Selon ce point de vue, les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens constituent un seul et même peuple. L’utilisation de ce concept dans la rhétorique officielle implique la négation du statut d’État ukrainien indépendant. C’est pourquoi nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que Poutine souhaite uniquement la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée et le Donbass. Poutine peut souhaiter soit annexer, soit soumettre l’ensemble de l’Ukraine, menaces qui apparaissent dans son article « Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » et dans son discours du 21 février 2022.

L’échec d’un projet néocolonial, qui aurait permis à la Russie de poursuivre sa domination politique et économique sur les anciennes républiques soviétiques sans application directe de la force – comme c’était le cas dans ses relations avec la Biélorussie jusqu’en 2020 – a déjà nourri de nombreuses guerres en Tchétchénie, en Géorgie et en Ukraine. En outre, selon les auteur.rice.s de la déclaration, les prétentions de l’impérialisme russe sont loin d’être régionales : elles ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Union européenne, mais sont alimentés

par le désir de changer le soi-disant « ordre mondial ». Ainsi, l’exigence de Poutine concernant le retrait de l’OTAN de l’Europe de l’Est pourrait indiquer que la Russie ne s’arrêtera pas à l’Ukraine et que la Pologne, la Lettonie, la Lituanie ou l’Estonie pourraient être les prochaines cibles de l’agression de Poutine. Il est très naïf de demander la démilitarisation de l’Europe de l’Est, car à la lumière des circonstances actuelles, cela ne ferait qu’apaiser Poutine et rendrait les pays d’Europe de l’Est vulnérables à l’agression de Poutine. Le discours sur l’expansion de l’OTAN occulte le désir de Poutine de diviser les sphères d’influence en Europe entre les États-Unis et la Russie. Être dans la sphère d’influence russe signifie la subordination politique d’un pays à la Russie et sa soumission à l’expansion du capital russe. […] Poutine et son establishment sont très cyniques. Ils utilisent le bombardement de la Yougoslavie par l’OTAN, l’intervention américaine en Afghanistan et l’invasion de l’Irak comme bouclier pour le bombardement de l’Ukraine. Dans ce contexte, la gauche doit faire preuve de cohérence et s’opposer à toute agression impérialiste dans le monde, quelle qu’elle soit. Aujourd’hui, l’agresseur impérialiste est la Russie, pas l’OTAN, et si la Russie n’est pas arrêtée en Ukraine, elle continuera certainement son agression.

Si les auteur.rice.s de la déclaration insistent sur les motivations géopolitiques de la guerre de Poutine, il est également nécessaire d’en souligner les raisons économiques et politiques internes. Il est évident que le danger principal des « révolutions de couleur » en Ukraine et en Géorgie, des soulèvements populaires en Biélorussie, au Kazakhstan n’est pas uniquement la perte des zones d’influence au profit des puissances occidentales. Le danger est aussi que le feu de la contestation populaire se répande jusqu’au cœur de l’empire. Malgré les aspirations des gouvernements ukrainiens successifs, ni en 2014, ni en 2022 il n’était question que l’Ukraine rejoigne l’OTAN ou l’Union européenne dans un avenir proche.

Pour Moscou, il était en revanche urgent de discréditer et de punir un pays où un mouvement populaire est parvenu à renverser un gouvernement capitaliste oligarchique, brutal et corrompu. Par la même occasion, le régime poutinien a réussi à rassembler la société tout entière autour d’un projet nationaliste de la reconstruction du « monde russe ». Depuis la crise de 2008, il ne pouvait plus maintenir sa popularité sur la base des promesses de la stabilité et de la prospérité, comme cela avait été le cas dans un contexte économique plus favorable des années 2000 marquées par la hausse des prix du carburant. Les années 2011-2012 ont vu des manifestations anti-Poutine relativement massives.

La fin de cette vague de luttes, étouffée de manière très ferme, marque le début d’une nouvelle époque, et les évènements de 2014-2022 doivent être inscrits dans la logique de ce tournant nécessaire à la survie du régime. En ce sens, les auteurs du communiqué ont raison de rappeler que

le régime de Poutine […] n’offre aucune alternative au capitalisme occidental. Il s’agit d’un capitalisme autoritaire et oligarchique. Le niveau d’inégalité en Russie a augmenté de manière significative au cours des 20 années de son leadership. Poutine est non seulement un ennemi de la classe ouvrière, mais aussi un ennemi de toutes les formes de démocratie. La participation populaire à la politique et aux associations bénévoles est traitée avec suspicion en Russie. Poutine est essentiellement un anticommuniste et un ennemi de tout ce pour quoi la gauche s’est battue au XXe siècle et se bat encore au XXIe siècle. Dans sa vision du monde, les forts ont le droit de battre les faibles, les riches ont le droit d’exploiter les pauvres et les hommes forts au pouvoir ont le droit de prendre des décisions au nom de leur population privée de pouvoir. 

Loin d’infirmer la thèse de la guerre en Ukraine comme une guerre impérialiste, et de relativiser la responsabilité du régime poutinien, la faiblesse de l’économie russe et son incapacité à construire une hégémonie politique sur l’espace post-soviétique expliquent au contraire la spécificité de son impérialisme : combinaison d’un régime politique autoritaire dans une Russie parfaitement pacifiée autour d’une l’idée nationaliste grande-russe et d’un régime de coercition militaire brutale réservée aux périphéries rebelles, y compris aux périphéries internes non-blanches, telles que les républiques caucasiennes, qui vivent sous l’état d’exception permanent.

La sous-estimation de l’impérialisme russe représente à son tour une des raisons de l’opposition de la gauche occidentale à la livraison des armes en Ukraine : traditionnellement, elle milite pour la sortie de l’OTAN, contre l’industrie des armes et les investissements publics spectaculaires dans la sphère militaire qui devraient plutôt revenir à l’éducation, à la santé, etc. Il s’agit donc de critiquer son propre impérialisme, ce qui va de pair avec le refus de tout soutien que cette puissance impérialiste puisse apporter à la résistance ukrainienne. Plus qu’une position abstraitement pacifiste, qui est assez étrangère à la gauche marxiste, c’est cette position de principe qui explique pourquoi, contre l’évidence selon laquelle le soutien concret à la résistance ukrainienne impliquerait nécessairement le soutien à la livraison des armes, la gauche occidentale se cantonne au soutien essentiellement moral de celle-ci et à l’approche purement humanitaire des conséquences de la guerre sur les populations civiles.

Le Mouvement Social d’Ukraine et le Mouvement Socialiste Russe partagent la critique des pays membres de l’OTAN :

Nous comprenons les répercussions de la militarisation sur le mouvement de la gauche progressiste dans le monde et la résistance de la gauche à l’expansion de l’OTAN ou à l’intervention occidentale.

Mais ils rappellent que, malgré l’embargo de 2014, de nombreux pays membres de l’OTAN ont continué à vendre les armes à la Russie

Ainsi, la discussion sur la question de savoir si les armes envoyées dans la région finissent dans de bonnes ou de mauvaises mains semble un peu tardive. Elles sont déjà dans de mauvaises mains et les pays de l’UE ne feraient que réparer leurs erreurs antérieures en fournissant des armes à l’Ukraine. 

Pour répondre à l’argument selon lequel il faudrait craindre le renforcement militaire de l’extrême droite, les auteur.rice.s soulignent une nouvelle fois le caractère populaire de de la résistance ukrainienne et la fonction essentiellement défensive des armes demandés par le gouvernement :

Contrairement à 2014, l’extrême droite ne joue pas un rôle prépondérant dans la guerre d’aujourd’hui, qui est devenue une guerre populaire – et nos camarades de la gauche anti-autoritaire d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie luttent ensemble contre l’impérialisme. Comme cela est devenu clair ces derniers jours, la Russie tente de compenser son échec sur le terrain par des attaques aériennes. La défense aérienne ne donnera pas de puissance supplémentaire à Azov, mais elle aidera l’Ukraine à garder le contrôle de son territoire et à réduire le nombre de morts civils, même si les négociations échouent.

La déclaration comporte une liste de revendications spécifiques, sans s’arrêter sur les revendications qui font largement consensus dans la gauche internationale (soutien aux réfugié.e.s, annulation de la dette extérieure de l’Ukraine, sanctions contre les oligarques russes, etc.). Ces revendications sont les suivantes :

le retrait immédiat de toutes les forces armées russes d’Ukraine

de nouvelles sanctions ciblées et personnelles contre Poutine et ses multimillionnaires. (Il est important de comprendre que Poutine et son establishment ne se soucient que de leurs propres biens privés ; ils sont inconscients de l’état de l’économie russe dans son ensemble. La gauche peut également utiliser cette demande pour dénoncer l’hypocrisie de ceux qui ont sponsorisé le régime et l’armée de Poutine et qui continuent aujourd’hui encore à vendre des armes à la Russie)

le boycott du pétrole et du gaz russes

un soutien militaire accru à l’Ukraine, en particulier la fourniture de systèmes de défense aérienne

l’introduction de soldats de la paix de l’ONU provenant de pays non-membres de l’OTAN pour protéger les civils, y compris la protection des corridors verts et des centrales nucléaires (le veto de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU peut être surmonté à l’Assemblée générale).

Outre l’appel au renforcement du soutien militaire à l’Ukraine, la demande de boycotter le pétrole et le gaz russes figure parmi les revendications centrales, sans soutenir pour autant les sanctions économiques généralisées frappant tous les secteurs de l’économie. L’argument principal contre ce type de sanctions est de type pragmatique, mettant en avant leur inefficacité, plutôt que l’argument qui consiste à opposer, de manière orientaliste, les souffrances du peuple innocent au intérêts du dictateur. L’arrêt d’exportation des énergies fossiles, en revanche, priveraient l’État russe de sa principale source de revenu et donc de sa capacité à financer la guerre, bien qu’un tel embargo aurait des conséquences sur les classes populaires russes et européennes.

On n’est sûrement pas encore allé jusqu’au bout de l’analyse écologiste de cette guerre où la simple possession de l’arme nucléaire et de la position dominante sur le marché européen des énergies fossiles crée des conditions suffisantes pour l’impunité des agressions impérialistes de grande ampleur.  La déclaration se clôt sur l’appel à ce que la gauche joue un rôle dans la refonte du système de sécurité internationale :

L’invasion russe de l’Ukraine crée un précédent terrible pour la résolution de conflits qui impliquent le risque d’une guerre nucléaire. C’est pourquoi la gauche doit proposer sa propre vision des relations internationales et de l’architecture de la sécurité internationale, qui peut inclure un désarmement nucléaire multilatéral (qui sera contraignant pour toutes les puissances nucléaires) et l’institutionnalisation de réponses économiques internationales à toute agression impérialiste dans le monde. La défaite militaire de la Russie devrait être le premier pas vers la démocratisation de l’ordre mondial et la formation d’un système de sécurité international, et la gauche internationale doit apporter sa contribution à cette cause.

Enfin, elle appelle la gauche internationale à

soutenir les mouvements de gauche ukrainiens qui résistent, en leur donnant de la visibilité, en répercutant leurs voix, et en les soutenant financièrement. Nous reconnaissons que ce sont les millions de travailleurs essentiels et de volontaires de l’aide humanitaire ukrainiens qui rendent possible la poursuite de la résistance.

Il nous reste à espérer que nos camarades sachent répondre à cet appel. La déclaration du 7 avril est un document important pour quiconque cherche à produire une analyse marxiste et décoloniale de la situation actuelle, et qui cherche à construire un dialogue avec les camarades en Russie et en Ukraine, sans craindre à remettre en cause les schémas de pensée et les réflexes politiques d’un autre temps.

Notes

[1] Je remercie Denys Gorbach pour sa relecture.

[2] Le Mouvement socialiste russe est une organisation politique dont la vision du socialisme démocratique est basée sur la propriété collective de la propriété, la liberté politique et l’autodétermination. Il est convaincu que seul un mouvement de masse – composé de socialistes, de syndicats, de féministes, d’antifascistes et de militants écologistes – armé de la solidarité de classe et de l’égalitarisme peut mettre fin à la domination du capital en Russie.

[3] Sotsialnyi Rukh (Mouvement social d’Ukraine) est une organisation ukrainienne démocratique-socialiste de gauche qui lutte contre le capitalisme et la xénophobie. Le Mouvement social réunit des activistes sociaux et des syndicats dans la lutte pour construire un monde meilleur sans la dictature du capital, le patriarcat et la discrimination.

Daria Saburova

https://www.contretemps.eu/ukraine-russie-organisations-gauche-declaration-commune/?

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Liens avec d’autres textes

Chloé Leprince : Derrière les massacres en Ukraine, les fantômes de Staline et la Tchétchénie

Les crimes de guerre en Ukraine réveillent les cauchemars de la Tchétchénie, et ses massacres de masse qui ramenaient déjà à la surface les décennies de Terreur soviétique, et des millions de morts occultés. Fondateur de l’ONG Memorial, Sakharov tenait déjà ensemble la paix et les droits de l’homme.

https://www.franceculture.fr/histoire/derriere-les-massacres-en-ukraine-les-fantomes-de-staline-et-la-tchetchenie

A Boutcha, exécutions, viols et meurtres aveugles : l’enquête du « New York Times » sur les crimes de guerre

https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2022/04/12/a-boutcha-executions-viols-et-meurtres-aveugles-l-enquete-du-new-york-times-sur-les-crimes-de-guerre_6121862_4832693.html

À Boutcha, une mère et sa fille témoignent de deux semaines de viols et de terreur

Après la libération de Boutcha, en Ukraine, une mère et sa fille ont accepté de témoigner auprès de la RTS des viols continus qu’elles ont endurés durant l’occupation russe. Deux témoignages rares, dont l’extrême dureté peut être difficile à entendre et à lire.

Témoignages recueillis à Boutcha par Maurine Mercier

Texte web: Pierrik Jordan

https://www.rts.ch/info/monde/13017149-a-boutcha-une-mere-et-sa-fille-temoignent-de-deux-semaines-de-viols-et-de-terreur.html?

Oleg Sukhov : Who is Viktor Medvedchuk and why his arrest is a big deal

Qui est Viktor Medvedchuk et pourquoi son arrestation est importante

https://kyivindependent.com/national/explainer-who-is-viktor-medvedchuk-why-his-arrest-big-deal/

Entretien avec Hanna Perekhoda dans « L’Événement syndical »

« Elle avait vu passer les chars ». L’Ukrainienne Hannah Perekhoda, en Suisse depuis presque dix ans, s’engage pour son peuple sous les bombes.

https://comite-ukraine.ch/entretien-avec-hanna-perekhoda-dans-levenement-syndical/

Maxime Combes : Ces entreprises françaises en Russie qui cherchent à maintenir leurs profits malgré les massacres

Le président ukrainien a exhorté les entreprises françaises à quitter la Russie. Rares sont celles qui sont véritablement parties. Comme Auchan ou Total, quelques-unes refusent absolument d’envisager suspendre leurs activités.

https://basta.media/entreprises-francaises-en-Russie-Total-Auchan-Leroy-Merlin-Decathlon-Societe-general-oligarques-sanctions-gaz-russee

Les féministes russes protestent contre la guerre et sa propagande avec des autocollants, des affiches, des performances et des graffitis

Russia’s feminists are protesting the war and its propaganda with stickers, posters, performance and graffit

https://theconversation.com/russias-feminists-are-protesting-the-war-and-its-propaganda-with-stickers-posters-performance-and-graffiti-179989

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Tous les textes précédemment publiés
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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