« NON » À L’EXTRÊME DROITE, POUR LA JUSTICE ET L’ÉGALITÉ !

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Appel unitaire à rassemblements le samedi 16 avril partout en France et à Paris à 14h place de la Nation

L’extrême droite est à nouveau présente au second tour de l’élection présidentielle, forte d’un niveau de voix jamais atteint. Nous refusons de la voir accéder au pouvoir.

Les causes en sont diverses et anciennes, elles ont été analysées et sont connues. Les responsabilités sont à chercher du côté des politiques ultralibérales menées depuis des années qui ont exacerbé les injustices et les inégalités sociales, enfoncé des territoires et des populations dans la précarité et le désarroi. Nos organisations les ont combattues, comme elles ont dénoncé les attaques portées contre les libertés. Elles les dénonceront encore demain, sans désemparer face à l’adversité.

L’urgence, aujourd’hui, c’est d’affirmer collectivement la force des idées et des valeurs qui nous rassemblent. Elles sont constitutives de la démocratie et totalement incompatibles avec la haine, la xénophobie, la démagogie nationaliste et la mise en opposition de tous contre tous que portent les mouvements d’extrême droite.

En rejetant Marine Le Pen, il s’agit d’empêcher l’avènement d’un projet de société destructeur de l’État de droit, de la république démocratique sociale et solidaire que nous défendons chaque jour. Il s’agit de dénoncer son programme trompeur qui frapperait durement les plus faibles, les plus démunis, les femmes, les personnes LGBTI ou étrangères.

Ensemble, nous voulons réaffirmer que la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » doit, plus que jamais, rester à l’ordre du jour, pour toutes et tous, sans exclusive ni distinction. Dans la diversité de nos approches et formes d’actions, nous voulons construire un destin commun de justice sociale et environnementale autour de l’égalité des droits, par le débat démocratique, un dialogue social et civil renforcé, un État de droit qui garantisse pleinement nos libertés, une République laïque et solidaire, protectrice de l’arbitraire, riche de services publics confortés, reconnus, bénéficiant des moyens de leur pleine efficacité.

Cette ambition commune serait gravement mise en cause avec l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.

C’est pourquoi, ensemble, nous invitons chacune et chacun à participer à de larges rassemblements populaires dans toutes les communes de France et à Paris, le samedi 16 avril 2022 autour d’un même appel :

« Contre l’extrême droite et ses idées, pas de Marine Le Pen à l’Elysée ».

Premiers signataires :

Ligue des droits de l’Homme (LDH), Confédération générale du travail (CGT), Confédération paysanne, Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération syndicale étudiante (FSE), Mouvement national lycéen (MNL), Syndicat des avocats de France (Saf), Syndicat de la magistrature (SM), Union nationale des étudiants de France (Unef), Union syndicale Solidaires, Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa), ActionAid France, Amis de la Terre France, APF France handicap, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Association des familles des prisonniers et disparus Sahraouis (AFAPREDESA), Association des femmes de l’Europe méridionale (Afem), Association de promotion des cultures et du voyage, Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), Attac France, Campagne antiracisme et solidarité, Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), Centre de recherche et d’information et de développement (Crid), La Cimade, Coalition libertés associatives, Collectif Chabatz d’entrar de la Haute-Vienne, Collectif Front populaire écologique, Collectif Ganges solidarités (CGS), Collectif ivryen de vigilance contre le racisme (CIVCR), Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Collectif les Outils du soin, Collectif pour l’avenir des foyers (Copaf), Collectif Unis pour le climat, Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep), Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Droit au logement (Dal), Extinction Rebellion, Education World 86, Fasti, Fédération Citoyens & Justice, Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), Fédération nationale des Francas, Fédération des mutuelles de France, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), France Amérique Latine (Fal), Front social (FS), Greenpeace France, Groupe accueil et solidarité (Gas), HES LGBTI+, Inter-LGBT, Jeunesse au plein air (JPA), Ligue de l’enseignement, Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie (LFID), Marche mondiale des femmes France, Marche des solidarités, Mémorial 98, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Mouvement de la Paix, Observatoire national de l’extrême-droite, Oxfam France, Osez le féminisme, Planning familial, Réseau d’actions contre l’antisémitisme et tous les racismes (RAAR), Réseau Euromed France (Ref), Réseau Ruptures, Solidarité Laïque, SOS Racisme, Tous Migrants, Union fédérale d’intervention des structures culturelles (Ufisc), Union juive française pour la paix (UJFP), Uniopss, 350.org.

Paris, le 14 avril 2022

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CP CNDF 14 Avril 2022 Couleurs-3

Aujourd’hui et demain, contre le fascisme et contre le racisme !

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Garraud

Le Pen et Macron

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Pas une voix pour l’extrême droite !

Ingénieurs sans frontières encourage ses membres à se mobiliser contre la possibilité d’une arrivée au pouvoir du Rassemblement National.

Faisons le point après la première émotion suite au résultat du 10 avril dernier. Nous rejoignons nos partenaires associatifs (avec lesquels nous sommes cosignataires d’une tribune à paraître *) lorsqu’ils font le constat que le deuxième tour des élections présidentielles ne propose pas de candidat-e s’attaquant frontalement aux enjeux sociaux et écologiques, dans un contexte de recul et de dégradations des conquêtes sociales et d’accélération du dérèglement climatique et de destruction de la biodiversité. En tant qu’organisation de solidarité internationale engagée pour la transition écologique et un monde plus juste, nous regrettons la disparition de toute offre politique souhaitant lutter contre le changement climatique et les inégalités, qu’elles soient économiques, racistes, sexistes, etc.

La politique menée par Emmanuel Macron ces 5 dernières années a représenté un recul net pour nos droits sociaux, nos libertés associatives et la lutte contre le dérèglement climatique. Nous en sommes conscient·es. Nous avons régulièrement interpellé le gouvernement et appelé à se mobiliser contre sa politique ces 5 dernières années. Mais nos désaccords profonds avec la politique du président sortant ne peuvent pas cacher notre opposition encore plus forte et franche au programme et à la vision du monde de Marine Le Pen.

Il nous semble important de rappeller, encore et toujours, que Marine Le Pen et son parti, malgré ses tentatives de normalisation et sa banalisation dans les médias, incarnent en ligne directe un projet réactionnaire, et ce depuis la fondation du Front National par des anciens collaborateurs du régime nazi et engagés volontaires dans les rangs de la SS. Si le projet d’Emmanuel Macron a pour conséquence une aggravation des inégalités, le projet de Marine LePen assume, lui, pleinement la hiérarchisation entre êtres humains. C’est un projet politique qui refuse leur humanité et leur dignité à des millions d’habitant·es du territoire français, réfugié·es, sans papiers, descendant·es d’immigré·es, mais aussi trans et homosexuel·les. C’est un projet foncièrement antidémocratique, dans des proportions bien plus fortes que la dérive autoritaire du quinquennat précédent d’Emmanuel Macron. Le programme de Marine Le Pen est, par définition, fasciste, et remet en cause nos libertés, notre démocratie, et l’existence même de nos associations.

Pas une seule voix ne doit aller au Rassemblement National. De plus, même si la position du « ni-ni » est confortable et permet sur le papier de ne pas cautionner le terrible quinquennat qui s’achève, cette posture nous semble de moins en moins tenable aujourd’hui, vu la place de Marine Le Pen dans les sondages, encore plus haute qu’en 2017. Cette prise de position est inédite pour l’association, qui n’a à notre connaissance pas encore pris position explicitement sur un scrutin. Nous estimons que le risque fasciste est aujourd’hui trop grand pour que nous puissions garder le silence sur ce sujet et appellons nos membres à faire le nécessaire pour que Le Rassemblement National n’accède jamais au pouvoir.

Mais nous ne laisserons pas Emmanuel Macron gouverner sans opposition.  Au-delà du vote, l’association Ingénieurs Sans Frontières va continuer à se mobiliser pour défendre une élaboration de la technique plus démocratique au service d’un monde plus juste au sein d’un réseau de partenaires. Nous soutenons dès à présent l’appel des solidarités du 16 avril pour la dignité. Nous soutenons l’appel à amplifier les resistances locales du 26 avril. Nous encourageons nos membres à rester mobilisé·es pour les élections législatives de Juin. Quel que soit le résultat du scrutin présidentiel, nous serons présent·es dans nos villes et nos campagnes pour semer les graines de la démocratie collective !

https://www.isf-france.org/articles/pas-une-voix-pour-lextreme-droite

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

4 réflexions sur « « NON » À L’EXTRÊME DROITE, POUR LA JUSTICE ET L’ÉGALITÉ ! »

  1. DIMANCHE LA NUIT QUI TOMBE ?
    [ Lettre à mes amis de gauche qui ne savent pas trop quoi faire le 24 avril ]

    Il y a deux bulletins seulement, chers amis. Dimanche sera nécessairement une mauvaise journée pour les gens comme nous. Il ne reste que deux bulletins, et il y aura un.e seul.e gagnant.e. Ah ! nous ne voulions pas, mais c’est comme cela : le nœud coulant s’est resserré.
    Que faire ? Les hypothèses en présence
    Essayer de raisonner, ne pas rester bloqué dans sa colère, son indignation, son chagrin. Le film ne pouvant être rembobiné, trois attitudes demeurent possibles :

    1°) S’abstenir ou voter nul ? Je comprends bien les motifs qui peuvent y pousser, en partageant certains considérants. Mais ils n’emportent pas ma conviction. Laisser les autres décider à notre place entre les deux bulletins ? Comment pourrais-je, face au tournant politique en face de nous depuis le 10 avril – lequel a installé la victoire de Marine Le Pen comme une possibilité sérieuse – de détourner mon regard et de dire « qu’ils se débrouillent » ? J’aime bien les autres, en général. Pas au point de leur faire aveuglément confiance, de dissoudre mon vouloir personnel, minuscule, mais enfin c’est le mien, le seul que j’ai, dans l’océan des quarante-huit millions inscrits sur les listes électorales, toutes personnes gagnant à être connues mais avec qui je n’ai pas eu le plaisir de converser. Je reste modeste, mais ne me déteste pas assez pour désirer m’abolir dans cette foule inconnue, imprévisible, mystérieuse. Sans forfanteterie, j’ai tout de même envie de dire « je ». Comment alors ne pas se mêler à la bataille du second tour ?
    2°) Voter Le Pen (vote « tactique » Le Pen pour chasser Macron). Parce que défaire Macron, au vu de son bilan, serait la priorité, l’urgence qui écrase toutes les autres, contribuer activement à une éventuelle victoire de l’extrême-droite. J’exclus évidemment ce passage à l’acte. Des raisons personnelles, d’abord : comment renier, en un éclair, le 24 avril 2022, un engagement politique radicalement opposé à l’extrême-droite qui a commencé quand j’avais 18 ans, cela, le jour même où elle peut conquérir le pouvoir pour de vrai ? Par respect de moi-même je ne vais pas contribuer – la seule fois où dans les choix collectifs ma voix pèse exactement la même chose qu’une autre y compris celle de tel ou tel milliardaire – à la survenance d’une catastrophe.
    Pourtant, je sais que celle-ci aura été en partie causée par Emmanuel Macron – sous le quinquennat duquel l’extrême-droite a connu une spectaculaire progression. De même, je n’oublie pas les responsabilités d’une gauche qui s’est méticuleusement déprolétarisée depuis 50 ans, faisant tout ce qu’il fallait pour cela, et n’a pas été à la hauteur des enjeux imposés par l’avènement du nouveau capitalisme financier, celui des artifices spéculatifs et de l’illimitation.
    Ceci dit, je ne vais pas pratiquer le vote honteux et secret, le petit geste sale qui œuvrerait dans l’intimité de l’isoloir à de grandes conséquences néfastes. Je ne vais pas non plus, par un geste de colère irréfléchie, punir ceux qui ont « mal voté » le 10 avril.
    3°) Ainsi, je mettrai un bulletin au nom de Emmanuel Macron, non parce que je lui « pardonne » quoi que ce soit, non parce que je trouve qu’il est plus ou moins « bien » (je trouve qu’il a fait beaucoup de mal à beaucoup de monde et beaucoup de bien à très peu de gens qui n’en avaient pas besoin), mais parce que je suis sûr de ceci : avec Marine Le Pen, ce serait pire.

    Une stupéfaction qui sera mondiale, une tristesse infinie chez nos amis d’Amérique Latine et d’Afrique, un choc traumatique en Europe… Mais aussi : plein de ravages individuels, des fors intérieurs altérés. Une déchirure profonde dans la civilité. Un recul majeur de la convivialité. Des regards en chiens de faïence à la place des regards bienveillants. Des « qui va là ! » et des « d’où viens- tu ? » à répétition. L’entrée dans une séquence de brutalisation, dont on ne sait pas si on pourra en sortir, ni comment, ni dans quel état. Avec, dans les mêmes bâtiments officiels, une République, non plus imparfaite, mais en lambeaux. Elle aura ses fonctionnaires rebelles, ses juges récalcitrants, j’en connais, mais elle dénichera aussi des Préfets obéissants et toutes sortes de gens qui déploieront de grands talents pour s’adapter, consentir, faciliter.

    La gauche et l’écologie, premières cibles et victimes désignées
    Le mal, c’est mal, mais pire que le mal, cela fait encore plus mal.
    Vous êtes de gauche, comme moi ? Alors veuillez considérer ceci : non, on ne se battra pas mieux si c’est Madame Le Pen qui est à L’Elysée : on luttera
    moins bien, moins efficacement et moins librement, avec une gauche assommée, traumatisée, durablement marginalisée, impuissante et des millions de gens minorisés, démobilisés, accablés. Avec de surcroît le venin de la division coulant à gros flots au sein de la gauche, chacun maudissant ou soupçonnant l’autre d’être responsable du désastre accompli.
    Des explorations sporadiques de colère, sans doute, des mouvements sociaux peut-être, mais vite réprimés par toutes sortes de moyens expérimentés entre 2017 et 2022 et qui ne demandent qu’à être perfectionnés. Car la victoire de l’extrême-droite, ne croyez pas les naïfs où les stratèges de café du commerce qui vous chuchotent le contraire, c’est la gauche – toutes sensibilités confondues – qui la sentira passer dans ses chairs. Pour les mouvements sociaux ? Idem.
    « Là, je subis l’assaut du sabre ondulant.
    Difficile de parer les coups.
    Et avec quelle souplesse, il entre dans les chairs. »[1]
    A la gauche sera destiné en priorité le message de la nouvelle grande VOIX : « Fermez-là ! Le peuple a parlé le 24 avril 2022 ! » Je l’entends déjà, cette voix qui sera plus impérieuse encore quand elle aura le haut-parleur de l’Elysée, les pouvoirs que cela confère, en plus. Sans parler d’une transition écologique déjà fort mal en point, mais là réduite presque à néant, alors que le changement climatique nous mord la nuque.

    Donner les leviers de l’Etat à l’extrême-droite ? Imprudence majeure
    La constitution de la V° République donne des pouvoirs considérables au Président de la République. C’est le moment de relire ce texte. Elle sera chef des armées, c’est une certitude. Elle nommera un Garde des sceaux qui pourra assister aux réunions du Conseil de la Magistrature, c’est prévu comme cela. Et, comme l’a fait Emmanuel Macron, elle pourra se mêler directement de la nomination des procureurs, co-directeurs (avec les présidents), des plus grandes juridictions du pays.
    Elle désignera aussi un ministre de l’intérieur qui achèvera de décomplexer les féroces n’attendant que cela dans la police (Monsieur Darmanin et son Préfet Lallemand ayant bien entamé l’ouvrage). Les policiers brutaux sont certainement minoritaires dans l’institution, mais suffisamment nombreux, quand même, pour faire de gros dégâts. C’est un fait.
    Elle signera les traités, et nommera un ministre des affaires étrangères qui s’attachera à faire vivre un axe Le Pen-Orban-Poutine. Elle continuera de faire les yeux doux à Bolsonaro, et de déplorer que Lula ne finisse pas ses jours en prison.
    Elle pourra également se servir de l’article 16. C’est ainsi.

    Est-il envisageable de prendre de tels risques ? Poussée aux fesses par l’ultra- droite revigorée et l’activisme des Zemmouristes réclamant leur dû après désistement, elle tombera vite les masques de sa « dédiabolisation », pourra user de ses pouvoirs, croyez-le bien. L’un des masques prestement retirés, ce sera celui de la défense des modestes. Elle se positionne contre la retraite à 65 ans, et même parfois elle parle de retraite à 60 ans. Mais ceux qui ont étudié son nouveau programme sur ce dossier ont levé le lièvre : en fait, tout bien considéré, le système qu’elle propose aboutira à ce qu’une large majorité des cotisants ne pourront espérer une retraite complète… avant 67 ans. Un exemple parmi d’autres.
    J’attire aussi votre attention sur le fait qu’un autre danger, passé trop inaperçu, existe avec elle : qu’on en ait pour 10 ans et pas seulement 5 (quinquennat non renouvelable). Dix années, une sacrée tranche de vie. Combien de vieux, morts durant cet espace-temps redoutable ? Combien ne verront pas la fin de l’histoire ? Personnellement, je n’ai pas le temps, voyez-vous.
    Je ne jouerai pas à la roulette la dernière partie de ma vie.

    Le pire à venir n’est ni certain, ni impossible : il est donc à empêcher
    Emmanuel Macron n’est pas ma tasse de thé. Je vois bien quels sont ses soutiens, quelles forces et catégories sociales se regroupent derrière lui et comment il s’y prend pour les satisfaire. C’est la fuite en avant dans le capitalisme, la marchandisation qui grignote tout, l’écologie de façade, les cadeaux à ceux qui en ont déjà plein les bras ; etc. En plus, sur bien des sujets, pour ses actes et ses paroles, je ne l’ai pas trouvé « modéré » : parfaitement implacable, plutôt. Entre le Capital et le Travail, il n’est pas du tout au « centre », il est extrêmement pro capitaliste.

    Mais voilà : Marine Le Pen, c’est autre chose, c’est d’une autre nature :
    c’est la société impossible, l’extension du domaine des impossibles. Je choisis, donc.
    Oui, je ravale mon chagrin d’avoir été, depuis ce 10 avril, sommé de choisir entre des inconvénients, à devoir subir cette réduction drastique du champ des possibles. Je ravale, mais ne supprime, n’oublie rien. J’agis du mieux que je peux, encore libre, dans des circonstances non librement déterminées par moi.
    Ce faisant, je pousse pour le maintien de quelques possibles auxquels je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Qui sont pleins de larmes, c’est vrai.
    Je choisis, donc.
    Oui, je ravale mon chagrin d’avoir été, depuis ce 10 avril, sommé de choisir entre des inconvénients, à devoir subir cette réduction drastique du champ des possibles. Je ravale, mais ne supprime, n’oublie rien. J’agis du mieux que je peux, encore libre, dans des circonstances non librement déterminées par moi.
    Ce faisant, je pousse pour le maintien de quelques possibles auxquels je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Qui sont pleins de larmes, c’est vrai. Mais je veux quand même les garder ouverts et, à travers cette buée, pouvoir encore discerner ce qui est autour de moi – derrière comme expérience éprouvée, devant comme futur possible – et trancher entre deux inconvénients, dont l’un est nettement pire que l’autre. Il existe des différences entre les deux, des nuances si l’on veut mais qui m’importent. J’aurais ce peut être dérisoire « courage de la nuance »..[2] Je vais établir des distinctions entre des hypothèses qui ne me plaisent pas. Entre le pire et le reste. Certes, la transformation du monde appelée de mes vœux ne sera pas soumise au vote le 24 avril. Mais je reste impliqué dans ce scrutin. Pour reprendre l’exhortation de Camus en 1957 [3], j’agirai, ce jour-là, non pour changer le monde, mais pour que du moins il ne se défasse pas encore plus… C’est déjà pas mal, me semble-t-il.

    Ouvrez les yeux. Le Rassemblement national peut gagner ce scrutin. C’est une possibilité, étant donné les colères de toutes sortes levées par le quinquennat et les fluctuations d’un électorat si volatile qu’il donne manifestement le tournis aux instituts de sondage. Il peut aussi le perdre de justesse : vous imaginez, amis de gauche, la soirée du 24 avril, avec ce résultat inscrit sur nos écrans : 51%pour Macron, 49% pour Le Pen ? Dans les deux cas : assommoir pour la gauche. Affichage de la force, avec en incrustation celle de nos faiblesses. Je la devine, la sommation à nous destinée juste après un score formidable de Madame Le Pen dimanche prochain : « Dispersez-vous ! » Et je redoute qu’elle fasse son effet dans nos rangs. Franchement, j’émets un sérieux doute sur nos capacités de nous relever d’un tel désastre, en tout cas d’ici les législatives. Je ne vais pas jouer aux dés le 24 avril pour une hypothétique cohabitation que le 19 juin ferait surgir.

    L’indifférence n’est pas de mise. Même pour la gauche et l’écologie éliminées du deuxième tour, il y a encore un enjeu à la bataille du 24 avril 2022.
    Dans ces circonstances, est-il honteux de préférer un moindre mal à un mal considérable ? Ce n’est certes pas très glorieux. Néanmoins, si on l’avait fait dans un certain nombre de situations du passé, ne se serait-on pas épargné quelques catastrophes retentissantes ?
    Baruch Spinoza me revient ici à l’esprit : « Sous la conduite de la Raison, nous désirerons un plus grand bien futur, de préférence à un moindre bien présent, et un moindre mal présent de préférence à un plus grand mal futur. » [4]

    La vie est pleine d’affects, je le sais bien. Ils nous constituent. Mais la raison aussi nous constitue en tant qu’êtres humains. Si elle se laisse déborder par les émotions, alors la vie de la cité peut s’emplir de furies que personne ne peut plus contrôler. C’est pourquoi je suis plein de regrets mais sans aucune hésitation : je mettrai dans l’urne le seul bulletin qui, le 24 avril, diminue vraiment les chances de vaincre de l’extrême-droite.
    Je ne vais pas voter «pour» monsieur Macron, encore moins pour son programme. Je récuse cette interprétation comme je conteste par avance toute récupération pro-macronienne de mon choix. Car ce n’est pas le sens de mon geste, il n’est permis à personne de le dénaturer : je vais juste saisir son bulletin et voter de toutes mes faibles forces, mais complètement, contre la société impossible qui, habilement dissimulée, s’avance derrière Madame Le Pen.

    Je ne fais la leçon à personne : je dis et j’explique ce que je fais. Ensuite, amis, c’est vous qui voyez.
    Didier Peyrat, le 19 avril 2022.

    [1] Henri Michaux, La vie dans les plis, Gallimard, 1949.
    [2] Jean Birnbaum, Le courage de la nuance, mars 2021.
    [3] Albert Camus, Discours de Stockholm, 10 décembre 1957.
    [4] Spinoza (1632-1677), L’Ethique.

    1. Saïd Bouamama : Quelques leçons du premier tour des présidentielles

      Deux leçons doivent selon nous être tirées pour le court terme du second tour. La première consiste à ne pas jurer sur l’avenir par des discours moralisant et culpabilisant que ce soit à l’égard de ceux qui voteront Macron ou de ceux qui s’abstiendront. Nous aurons à nous retrouver à l’issue de cette campagne et rapidement pour des combats communs. La seconde consiste à prendre en compte le principe de réalité imposant, selon nous, un vote Macron pour combattre Macron et Le Pen. D’autres leçons sont également à tirer sur le plus long terme. Nous y reviendrons dans nos prochaines chroniques. Pour l’instant terminons en empruntant au Collectif Afrique de Lille l’image d’un Macron comme tumeur cancéreuse et d’une Le Pen comme cancer généralisé. Faisons en sorte d’avoir cinq ans pour combattre et faire disparaître la tumeur. Voter Macron pour combattre Macron telle est la conclusion paradoxale qui est la nôtre.

      https://blogs.mediapart.fr/bouamama-said/blog/190422/quelques-lecons-du-premier-tour-des-presidentielles

  2. « Non » à l’extrême droite, pour la justice et l’égalité !

    En tant que journal engagé aux côtés de la société mobilisée, nous avons pleinement conscience du péril que représente l’accession à l’Élysée de la représentante du Rassemblement national. Nous documentons depuis notre création la banalisation médiatique de ce parti et de sa dirigeante, et leur influence désastreuse sur les pouvoirs politiques, de droite comme de gauche, et sur la société en général.
    Le quinquennat passé a déjà été insupportable pour une partie de la population, et contrairement à ce qu’essaie de faire croire l’entreprise de dédiabolisation de l’extrême droite, son arrivée au pouvoir serait un danger mortel pour les plus démunis, précarisés, les femmes, les juifs et les musulmans, les personnes LGBTI ou étrangères, les ouvriers et les paysans. Nous alertons enfin sur les menaces que ce parti fait peser sur la liberté de la presse.
    Mediapart – sa rédaction, mais aussi les salarié·es de tous les pôles de l’entreprise – a ainsi décidé de se joindre à l’appel unitaire contre l’extrême droite, que nous publions ci-dessous. Nous serons présent·es samedi dans le cortège parisien

    https://blogs.mediapart.fr/les-salarie-es-de-mediapart/blog/150422/non-l-extreme-droite-pour-la-justice-et-l-egalite

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