Pandémie, guerre et marchés financiers

Depuis plus de 30 ans, les marchés financiers ont étendu leur domination au détriment des États et du bien être des populations. Les décisions prises dans les années 1980 par les gouvernements de déréglementation, notamment dans le domaine financier, montrent toute leur nocivité.

Pendant que les Bourses des pays développés oscillent au gré des annonces de la guerre de Poutine en Ukraine, descente le 24 février, puis remontées en réponse aux possibles pourparlers de paix fin mars, les prix du pétrole et plus généralement de l’énergie comme les matières premières sont orientés à la hausse déterminant une montée des prix jamais vue depuis 1985, de l’ordre de 4,5% en France. Pourquoi cette envolée ? Est-ce de l’inflation ?

Les raisons de la hausse

Actuellement, aucune pénurie ni de pétrole, ni de gaz n’est visible. Ni de matières premières, qu’elles soient alimentaires ou métaux. L’explication se trouve dans la financiarisation de toutes ces matières premières, dans leur cotation sur des marchés financiers à terme. Les opérateurs prévoient que, dans l’avenir, il manquera de gaz – à cause des sanctions contre la Russie -, de pétrole – pour la même cause mais aussi parce que les pays de l’OPEP n’augmenteraient pas leur production – et de matières premières. Ces prévisions se traduisent par l’augmentation des cours sur les marchés à terme, pour le futur. Contre toute logique, s’appliquent immédiatement, décalage qui explique les surprofits. Pour essayer de limiter la tendance à la hausse, les États-Unis se disent prêts à relâcher un volume « historique », en ce qui concerne leurs stocks de pétrole (Les Échos du 1er avril 2022). Annonce qu’il faut prendre comme une indication pour les opérateurs de ce marché d’arrêter de jouer la hausse.

La domination des marchés financiers, leurs critères, se dévoilent. Les politiques économiques des États se trouvent affaiblies. La guerre comme la pandémie, comme la crise financière de 2007-2008 indiquent la nécessité de réglementer ces marchés. La politique agricole commune de l’Union Européenne n’est plus qu’un système de subventions. Elle n’a plus la capacité de sortir de la logique financière pour mettre en place un début d’indépendance alimentaire. Les États ne peuvent pas non plus agir sur le marché pétrolier.

La nouvelle architecture géopolitique qui sortira de la guerre sera déterminante dans la réalisation ou non de ces pronostics. Pour l’heure, le résultat le plus visible et le plus alarmant est la baisse du pouvoir d’achat et la hausse des inégalités. L’augmentation des cours des matières premières peut conduire, dans beaucoup de pays, à la disette et à la famine.

Inflation ?

Tous les prix n’augmentent pas, dans les pays capitalistes développés. L’inflation détermine une hausse généralisée et une dépréciation de la monnaie. La différenciation hausse des prix/inflation est important pour la définition des politiques monétaires. La FED, la banque de réserve américaine a décidé d’arrêter le « quantitative easing », la création monétaire pour acheter la dette de l’État et d’augmenter ses taux de l’intérêt, instrument principal pour diminuer la masse monétaire en circulation. La BCE suit, au prix de débats internes, ce même chemin. En France, le taux d’intérêt à 10 ans de la dette publique est passé de 0% mi-décembre 2001 à 1% en mars. Or, les raisons de la hausse ne sont pas à rechercher dans la création monétaire. Si cette politique s’amplifie, elle pourrait se traduire par une augmentation du service de la dette pour les États et des difficultés de refinancement pour les entreprises. Les conséquences se verraient à deux niveaux, une chute du marché des actions et des faillites.

La guerre, la pandémie, qui n’est pas terminée, accélèrent et approfondissent les tendances passées. 2021 a fait illusion. La reprise était largement due à l’intervention de l’État et à l’arrêt quasiment de la production en 2020. Les sanctions mais surtout la baisse du pouvoir d’achat comme les politiques économiques et monétaires laissent envisager une profonde récession.

Si les États veulent mettre en œuvre une réindustrialisation en luttant contre les mutations climatiques et la crise écologique, ils devront commencer par s’affranchir de la domination des marchés financiers qui voudraient coter tout le vivant.

Nicolas Béniès

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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