Psychiatrie et émancipation

  • Jean-Pierre Martin : Quelle psychiatrie publique émancipatrice ?
  • Mathieu Bellahsen : Pour une abolition de la contention physique en psychiatrie
  • ANNEXE 1 : Communiqué de presse de l’Atelier Démocratie tenu lors des ASSISES CITOYENNES DU SOIN PSYCHIQUE
  • ANNEXE 2 : Communiqué de l’atelier « Urgence de repenser l’Enfance en souffrance » adressé aux parlementaires

Quelle psychiatrie publique émancipatrice ?

En 2019, les revendications centrales des mouvements de grèves dans les services d’urgence et dans les hôpitaux psychiatriques ont été la défense du métier de soignant et des moyens d’un réel service public. Si elles ont obtenu des acquis momentanés partiels, ils sont restés sans suite globale et les luttes actuelles à Orléans et Tours appellent toujours à une convergence.

La concertation de Ségur qui suit la première vague de la pandémie du Covid19 indique clairement que ces revendications n’ont pas été réellement prises en compte avec des augmentations de salaire à géométrie variable de 183 euros. Dans ce contexte, l’exemplaire « héroïsation » de la mobilisation de soins intensifs par les soignants (avec la mort de nombre d’entre eux contaminés) a donc été instrumentalisé par le gouvernement pendant la pandémie (perte de 20 000 lits à ce jour), pour continuer les restructurations financières destructrices de l’hôpital public.

Parler d’émancipation de la psychiatrie et de la santé publique commence donc avec cet enjeu politique central d’une lutte contre la transformation de l’hôpital public d’intérêt général en une organisation de production de soins référée à sa fonctionnalité de rentabilité immédiate. C’est toute l’éthique soignante de service public qui est mise en crise pour l’ensemble des métiers du soin et du social réduits à une employabilité professionnelle technicienne immédiate dans les services publics de santé, de psychiatrie et du médico-social. Ce mépris de la fonction, du rôle et du statut des soignant.es alimente la souffrance au travail des personnels qui ne peuvent plus faire leur métier et entraine nombre de démissions. Là où 3  soignants sont nécessaires il en reste souvent 1 seul. Cette perte de moyens en psychiatrie dégrade non seulement la qualité relationnelle du soin psychique mais aussi entraine la maltraitance des patient.es et de leurs droits humains. L’essor du recours à une contention généralisée est l’absence de présence humaine.

Avec les fermetures et les mutualisations de services hospitaliers, ce sont les structures du secteur psychiatrique qui sont détruites en tant que soins de proximité et de postes de travail soignants. Ce « new management » économique public-privé remplace l’accès aux soins et sa continuité par la promotion de plateformes d’expertise et de tri selon la supposée « gravité » des symptômes. Son outil informatique le rend également peu accessibles pour le public des patients de la psychiatrie et de leur famille.

Les conséquences de cette politique du coût en psychiatrie dépossèdent non seulement les soignants de l’organisation des soins et de la décision thérapeutique, mais aussi substituent à une pratique clinique relationnelle et d’accompagnement social un retour hégémonique à une clinique neurologique évaluable de « science du cerveau et des comportements ». Cette dépossession est particulièrement grave en psychiatrie, car contrairement aux marqueurs de la médecine somatique le symptôme ici n’est pas en soi un diagnostic de maladie de la subjectivité psychique à traiter. L’organisation des soins par des recommandations d’experts de la HAS impose à la décision soignante les « bonnes pratiques » d’un outil de production de soins évaluable. La deshumanisation est celle d’une réification du soin, sa transformation en chose. Son outil privilégié de saisies algorithmiques des actes de soins subvertit toute temporalité relationnelle et promeut une clinique sans sujet humain. Ce constat est d’autant plus dramatique que cette réduction de la psychiatrie à une santé mentale positive est supposée traiter de situations de souffrances psychiques issues de la précarisation généralisées de la société néolibérale. Sa conséquence transforme la proximité d’accueil et de continuité des soins d’une pratique de secteur psychiatrique public généraliste, dans lesquels l’hôpital n’est qu’un temps du soin. Il en résulte la fin d’un réseau de soin généraliste concret avec le patient et de son accompagnement en commun avec les autres intervenants médicosociaux et politiques locaux qui cesse d’être un service public citoyen pour être un service au public à géométrie variable selon ses moyens. Aux accompagnements en commun se substitue une articulation organisationnelle d’addition d’actes techniques immédiats qui reposent sur la prescription de médicaments purement symptomatiques et l’hospitalisation. Sa gestion économiste programmée de toutes les souffrances psychiques individuelles participe de contraintes sécuritaires pour tout trouble de l’ordre public et privé et rejoint une généralisation sécuritaire de contrôle social dans la société.

Cette politique de santé mentale dite « positive » a montré ses effets négatifs dans la pandémie. En effet, un confinement sans protection programmée de gestions des stocks (les masques, les tests) a laissé dans son premier temps nombre de patients en rupture de soins, mais aussi sans approche de ses effets psychiques dans la population. L’hospitalisation psychiatrique comme les EHPADs sont restés non seulement sans protections mais aussi en répression contre des lanceurs d’alerte qui dénoncent la confusion isolement psychiatrique-confinement Covid, comme à Moisselles et Cachan. La découverte de vaccins ne s’y est appliquée que secondairement et en l’absence d’une réelle élaboration face à sa nécessité souvent difficile à saisir pour nombre de patients. Dans cette gestion erratique de la pandémie du SRAS-Cov-2, issue de l’absence de protections liée à leurs destructions comptables antérieures et à l’abandon d’une réelle politique de santé publique et de recherche publique, il n’est donc pas étonnant que le ministre de la santé O. Véran instrumentalise et réduise l’alerte à une vague de santé mentale épidémiologique, avec ses statistiques informatisées et ses plateformes. Il indique à quel point l’absence de soins psychiques issus de la précarisation générale de politiques d’austérité se prolonge dans la pandémie.

La négation par sa réduction statistique du soin psychique d’un trauma collectif et individuel, rend compte de la souffrance psychique de perte du lien social par le repli sur soi, mais aussi du mépris des quartiers populaires qui sont ceux des « premiers de cordée ». En réalité, la déscolarisation des enfants, le télétravail, la mise en crise de l’univers familial, le téléenseignement au lycée et à l’université ne sont pas abordés, tant dans le manque de moyens de protection au départ que dans ses vécus de déprimes et de dépressions avec nombre de suicides. De même, les migrants sur les camps et les lieux d’hébergement très transitoires selon le statut de réfugié sont laissés à l’abandon et contaminés du covid.

A l’opposé le traitement de la souffrance psychique repose sur les besoins humains relationnel et citoyens de l’exil chez soi face à la mort possible à sa porte. Il nécessite également un réel travail de conviction collective à se faire vacciner quand les vaccins sont découverts comme protection. Son absence par une imposition présidentielle sans pratique démocratique, puis dans l’accès parcours du combattant pour être vacciné, ont mis à mal la santé psychique de la population. Cet autoritarisme n’a servi qu’à la soumission aux intérêts privés de l’industrie pharmaceutique et à ses plateformes de distribution, en repoussant la revendication de levée des brevets et la réquisition des entreprises pour produire les vaccins.

Emanciper la psychiatrie commence donc avec la résistance à cette politique de transformation capitaliste de tout intérêt général commun. Elle est une émancipation politique de la société, dont la perspective pose la question de quel secteur public de psychiatrie voulons-nous et de quelles pratiques cliniques ?

Aux Assises de la psychiatrie gouvernementales qui suivent un rapport au Sénat qui pose la question « est-ce que l’hôpital psychiatrique est encore un lieu de soin ? » la réponse est de fermer la porte en septembre 2021 dans sa continuité de bonne organisation efficace de restructuration des coûts économiques. Le Printemps de la psychiatrie vient de montrer avec ses Contre-assises citoyennes en mars 2022 la réussite d’une première alternative de rassemblement de professionnels, en particulier par le refus d’une pédopsychiatrie reformatée en traitement du seul neurocomportemental. Il demeure cependant des alternatives de société à penser quand la mise à mal des services publics réactualise le retour généralisé à la contention comme pratique de non-soin. L’article 84 de la loi PLFSS pour 2022 en a montré son arrière-plan juridique d’encadrement des pratiques de contention et de sa dimension sécuritaire. L’assassinat de Sarah Halimi a mis en cause la non jugeabilité de son assassin, un populisme pénal qui refuse au fou l’« irresponsabillité pénale ». La suite doit donc s’ouvrir à un débat de société qui s’oppose à la montée d’un national populisme d’exclusion de catégories entières de la population, en particulier des immigrants. La participation aux manifestations globales sur la santé s’ouvre à un retour des acquis d’expérience d’un réel secteur public de psychiatrie dans la rencontre avec un réseau de centres de santé publics de la médecine. Son thème central à mettre en œuvre est la « valeur humaine » du soin promue par François Tosquelles.

Les propositions concrètes à élaborer à partir des revendications de recrutement de 100 000 soignants qualifiés, d’une revalorisation de 400 euros des métiers du soin, d’un nombre de lits liés aux besoins d’un réel service public, sont communes à la psychiatrie et l’ensemble de la médecine, en particulier des urgences. En psychiatrie, elles reposent sur :

Instituer le soin par l’institutionnel de la relation soignants-patients pour rendre l’hôpital soignant, en rupture avec le soin par isolement-enfermement. Ce projet a été et reste celui de la psychothérapie institutionnelle et de ses pratiques alternatives avec les clubs thérapeutiques dans l’hôpital.

La politique de secteur de service public psychiatrique, promue « désaliéniste » par Lucien Bonnafé pour sortir de l’isolement-enfermement de la Loi du 30 juin 1838, reste fondamentalement l’actualité d’une implantation préalable du soin sur des territoires citoyens démocratique. Le secteur de la pédopsychiatrie traite de soin-éducation, de développement de l’enfant et droits de l’enfant qui s’élabore en lien avec la parentalité, l’école et l’action culturelle. En psychiatrie adulte, ce sont les acquis à actualiser de l’Accueil et l’accès inconditionnel aux soins des CMP, hôpitaux de jours, centres d’accueil et de crise 24h sur 24, avec ses pratiques psychothérapiques du sujet en souffrance psychique. Ils supposent l’aller vers à domicile ou dans l’espace public, en liens avec les urgences hospitalières et la médecine de ville. Son urgence objective est le sentiment d’urgence humaine et l’hospitalisation n’est qu’un temps du soin.

L’affirmation de l’humanité de la folie s’oppose à la supposée « dangerosité » du malade psychique – dont la contrainte-contention physique n’est qu’un contrôle social et non un soin (en 2018 plus de 1000 personnes en plus mises en placement sous contrainte). La Loi sécuritaire du 5 juillet 2011 de Sarkozy qui a généralisé la contrainte à tout trouble psychique est à abroger et nécessite de mettre fin aux services fermés. Les droits humains des patients doivent être reconnus par leur inscription dans la Code civil.

La clinique relationnelle, carrefour de sciences objectives et humaines traite de sujets en souffrance dont l’objet du soin est sa subjectivité personnelle, son imaginaire, à partir de son expression corporelle et émotionnelle. La place du patient est à défendre dans ses droits ou à conquérir dans toute relation soignante, avec ses « besoins pratiques » dans le soin et dans le consentement à quels soins dans quel lieu et avec quel soignant. Cela suppose le refus de la diffusion de données informatiques qui met à mal le secret médical comme protection de l’intimité des patients et des patientes.

L’extension du thérapeutique patient-soignant s’accompagne de ses clubs de patients en ville et dans son logement à habiter dans une socialisation d’autonomie. Les GEMs en sont une alternative, ainsi que les intervenants d’accès à l’éducation et au travail.

Le métier et l’éthique soignante suppose une formation à tous les Savoirs psychiatriques qui traitent des connaissances spécifiques phénoménologiques et psychanalytiques du sujet humain, avec ses connaissances sociologiques et anthropologiques du normal et du pathologique. L’accueil inconditionnel par l’écoute s’étend à celui des migrants avec leurs interprètes. Cet apprentissage doit former à ne pas « pathologiser » toute souffrance psychique commune, en particulier celle du trauma, pour ne pas transformer une normalité en maladie et généralise le médicament comme normalité.

L’élaboration démocratique de tout dispositif de soin suppose la remise en débat de la proposition du Rapport Demay de 1982 d’établissements de santé mentale locaux, avec les élus, les associations de patients et des familles, les intervenants scolaires et de la petite enfance, ainsi que de l’action culturelle. L’émancipation de la psychiatrie est un réel service public d’intérêt général avec les moyens financiers adéquats et la réappropriation de sa valeur humaine pour l’ensemble de la société.

Jean-Pierre Martin, avril 2022, intervention à Vierzon
https://blogs.mediapart.fr/jeanpierremartin22/blog/270422/quelle-psychiatrie-publique-emancipatrice

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Pour une abolition de la contention physique en psychiatrie

Imaginons deux situations.
Contention
Dans la première, une personne est attachée par les jambes, les bras, le buste à un lit avec des sangles. Elle est dans une chambre fermée à clé, sans personne autour d’elle. Elle a été mise là, sans son accord. Elle se débat, elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Parfois, une ou plusieurs blouses blanches apparaissent. Quand personne ne vient, on lui parle par l’intermédiaire d’un interphone placé en haut d’un des murs de la chambre d’isolement. Dans le pire des cas, en fonction des établissements, une caméra de surveillance « veille » sur elle. Certes, on dira que cela permet de faire avec le manque de personnel mais ça n’arrange pas son syndrome de persécution.

Quand arrivent les blouses blanches, on s’attarde sur son corps, ses constantes vitales, les risques propres à la contention physique, une phlébite, une embolie pulmonaire, un escarre. Cette personne est là, allongée, bloquée. Peu de paroles. Elle ne peut pas arrêter la machine infernale à attacher et enfermer. Sauf si elle se tient « sage » et que le médecin le décide. Dans de rares cas, le juge des libertés et de la détention (JLD) peut ordonner la levée de cette mesure de contention, mesure gravement attentatoire aux libertés et à la dignité de la personne qui y est soumise.

Ce qui se dit alors, c’est le fameux « on ne peut pas faire autrement ». Mais c’est qui ce « on » ? « On »professionnels du soin ? Quand elle existe encore, « on » équipe de soin ? « On », l’établissement ? « On »,nous les citoyens contentionnés humainement, matériellement, psychiquement, politiquement par un système pervers ? « On », les sadiques qui jouissent d’atteindre à la dignité de l’autre et qui se parent des arguments précédents ? 

« On », dans une certaine mesure, c’est nous toutes et tous. « On » détourne le regard car nous participons toutes et tous à un système ayant accepté la pénurie et la faisant porter aux premiers concernés, usager.e.s- patient.e.s – psychiatrisé.es, derniers maillons de « l’enchaînement » psychiatrique…

Et si la personne attachée au lit est un enfant ?
Vous savez ces enfants abandonnés et trahis par tant d’institutions… Ces institutions qui n’ont plus pour vocation première de les aider à se développer et à grandir quelques soient leurs difficultés ? « On » préfère que ces institutions se développent et grandissent à la place des enfants accueillis. « On » les mutualise et les fusionne. Du coup, cet enfant, il vient d’arriver dans un service de psychiatrie adulte, il n’y a pas ou plus de place en pédo-psychiatrie. « On » a raté toutes les étapes préalables qui auraient pu concourir à déjouer cette situation infernale. Alors « on » commencera par dire de cet enfant qu’il est « un mineur ». « Mineur » et « majeur », c’est plus administratif, plus distancié. Moins de scrupules. Et puis ça se voit à la date de naissance. « On » trouve que c’est moins pénible que de dire « enfant » et « adulte »… Et puis si c’est mineur, il suffit du consentement des personnes ayant l’autorité parentale pour l’enfermer et l’attacher sans que personne ne puisse rien trouver à y redire.

Pour un enfant attaché de tout son long, pas de juge des libertés, pas de contrôle. Rien. De toute façon, « on » les appelle mineurs. C’est pas pour rien, « ça » vit sous terre, dans l’ombre, ça ne se voit pas. Ca s’exploite. Le mineur, il peut aussi crier, se débattre, hurler. On continuera de le laisser là, en plan, pendant des heures seul avec ses angoisses, ses peurs, ses délires, ses stéréotypies autistiques, ses idées suicidaires. A un moment, quand les médicaments auront fait effet, « on » le détachera progressivement. Il s’en suivra un parcours de sortie de contention puis d’isolement. « On » s’y fait.

Nous ne nous y faisons pas. Nous ne pouvons pas nous y faire. Maltraiter l’enfance, quoi qu’on en dise, c’est se traiter mal collectivement et intimement. L’enfant en nous, il est actif toute notre vie. Il concourt à créer les adultes que nous devenons. Le maltraiter revient à devenir un adulte maltraitant, une société maltraitante. Ne pas reconnaître les difficultés de l’enfant, ses désirs, ses traumas, ses besoins, les dénier et les trahir, c’est ouvrir la porte aux abus.

Lors des cinq dernières minutes des Assises citoyennes, une soignante présente a pu exprimer sa honte de voir des enfants attachés dès leur plus jeune âge dans des services de « soins ». « On » aura beau jeu ensuite d’accuser ces patients devenus adultes d’être des bêtes furieuses, des monstres comme dans l’histoire de Mr D… Au-delà de la psychopathologie propre de ces enfants entravés, sanglés, « on » aura concouru collectivement à fabriquer cette monstruosité là où les gestes, l’attention, les paroles et les liens humains auraient pu tenter de faire avec les tensions extrêmes de ces enfants pris dans des détresses sans fond.

Certains des « on » feront le procès des pénuries, des manques de moyens, de la catastrophe en cours depuis des lustres. A juste titre. Mais « on » se révoltera-t-il réellement ? « On » transformera-t-il sa plainte en lutte ? « On » acceptera-t-il de se lever contre l’inacceptable, contre l’indigne, contre l’intolérable ? Peut-être « on » le fera en son for intérieur. Espérons-le. Il n’empêche, qu’en attendant, elle, la personne, est toujours là attachée en chair et en os à son lit dans sa chambre fermée. Et elle c’est toi, c’est moi, c’est nous. Nous naviguons plus vite dans les eaux troubles de la psyché et de ses folies que ce que l’on veut bien croire. Idem pour la vieillesse, pour les situations d’urgence. Nous pouvons toutes et tous nous faire attacher un jour, aux urgences, en EHPAD, en psychiatrie. Est-ce que c’est ça que nous voulons ? Comment cela se fait-il que « on » s’habitue à cela. Et qu’est-ce qu’ils en pensent les représentants, les futurs députés, les candidats patentés au cirque présidentiel ? Le Printemps de la Psychiatrie appelle tout un chacun à demander aux candidats députés de son coin ce qu’il pense de la contention et d’un futur débat parlementaire en vu de son abolition.

« Contention, piège à cons », « pas de contention, de l’imagination » entendions-nous lors de manifestations.
Pas plus que les guignols ayant participé aux Assises macronistes de la santé mentale en septembre 2021, le gouvernement allié aux députés playmobiles de la start-up nation n’ont voulu débattre des possibles alternatives à la contention. Rien. Parler de la forme que revêtira le contrôle des adultes attachés aura suffit. Rien sur les gamins attachés. « On » s’en fout, ils ne votent pas. Pourquoi ça ne leur vient pas à l’idée aux « représentants » de se poser la question de comment « on » se passe de ces anti-soins? Pourquoi ?

Contention physique, contention financière. Il est tout de même intéressant de noter que le matériel pour attacher coûte 107 euros sur certains sites spécialisés… Calcul implicite de « l’utilité » économique de ce genre de méthode pour ration(nalis)er les soins psychiques ?

Deuxième situation.
Contenance
D’un côté, vous avez cet enfant ou cet adulte attaché, enfermé, seul, sans son consentement. De l’autre, vous avez un enfant ou un adulte pris de panique. Angoisse massive. Pour affronter cette détresse immense, vous lui proposer de l’envelopper dans un drap. Si c’est une urgence comme dans le cas précédent, n’importe quel drap fera l’affaire. Vous lui demandez s’il serait d’accord pour qu’on puisse l’envelopper dans ce drap sec, rester auprès de lui à plusieurs, lui parler, le masser, pour qu’il se détende. Il accepte, c’est à dire qu’il donne son consentement. Plus tard ou avant cette situation, en cas détresse suraiguë chronique grave, les professionnels demandent à l’enfant et sa famille, à l’adulte, un accord pour pratiquer des enveloppements réguliers. Dans les deux cas, il nous faut mobiliser trois à quatre soignants pendant 30 à 45 minutes. Nous expliquons ce que nous allons faire, pourquoi et comment. Tout le collectif est formé à la pratique de l’enveloppement et l’a essayé sur lui-même (c’est mon cas). L’enveloppement peut-être humide, il peut-être sec. Dans tous les cas, c’est un soin psychothérapique corporel consenti. Il peut s’arrêter quand la personne le souhaite car ce qui est visé c’est son bien-être. Et à partir de là, des histoires vont émerger et se mettre en circulation pour aider les soignants, l’enfant, sa famille, l’adulte à penser ce qu’il se passe. Les enveloppements – le packing – en plus d’apaiser l’angoisse feront émerger tout un tas de choses, des histoires passées, des souvenirs joyeux et tristes, des sensations particulières. 

Pour l’avoir pratiqué dans un service d’hospitalisation de psychiatrie adulte, j’ai pu constater l’efficacité du packing pour apaiser les patients, remettre au travail psychique l’équipe de soin et créer d’autres liens entre la personne en soin et le collectif. J’ai pratiqué les enveloppements secs dans des situations d’angoisses massives, toujours avec le consentement de la personne, même en crise délirante et quasi inaccessible. J’ai pu faire l’expérience du contact retrouvé et d’une absence de recours à des contraintes physiques par la suite. Nous avons également pratiqué des packs hebdomadaires avec des patients pendant plusieurs mois dans une visée psychothérapique corporelle sur un temps suffisamment important. C’étaient des moments privilégiés d’autant que l’ensemble du service devait avoir en tête le pack de la personne pour s’arranger avec les plannings des uns et des autres afin de permettre la continuité des soins pendant que le collectif pack oeuvrait au bien-être de la personne, avec elle.
Derrière l’amalgame contenance / contention, la question du consentement.

Résumons.
D’un côté vous avez la pratique des enveloppements qui est toujours en accord avec le patient (et sa famille quand il s’agit d’un enfant). Le packing est un soin psychothérapique qui dure entre 30 et 45 minutes et qui mobilise 3 à 4 soignants autour et avec le patient. Le but est de viser à son bien-être en échangeant des paroles et des gestes. Les soignants massent le patient, peuvent chanter avec lui, tous peuvent se laisser aller au silence ou à la parole tout en étant là ensemble, attentifs à l’ambiance. En plus d’être accepté par la personne, l’enveloppement peut être arrêté à tout moment si elle le souhaite. Cet acte est prescrit médicalement. Après l’enveloppement, un temps est pris avec le patient pour qu’il puisse exprimer ses ressentis et retourner dans le groupe.

De l’autre côté, vous avez la pratique de la contention physique. La contention physique qui est une technique d’immobilisation prolongée sur un lit par des sangles aux quatre membres et à l’abdomen dans une chambre d’isolement. La personne attachée ne consent pas à la contention. Elle ne peut pas l’arrêter d’elle-même. Les soignants sont là en nombre au moment de l’immobilisation et du sanglage. La personne ne peut pas aller uriner ou déféquer d’elle-même. Elle est dépendante pour tout. Après un vide juridique d’un mois (janvier 2022) abolissant de fait le droit de pratiquer l’isolement et la contention sur le territoire français, la contention est désormais encadrée par le contrôle systématique du Juge des Libertés et de la Détention (JLD). Sauf s’il s’agit d’un « mineur », c’est à dire d’un enfant.

Donc d’un côté vous avez un soin corporel psychothérapique centré sur la contenance et de l’autre une technique d’immobilisation centrée sur la contention. Au niveau de la formation, tous les soignants formés au pack l’ont testé sur eux. Pour la contention, ce n’est pas le cas. Il serait pourtant intéressant que les soignants adoptent pour quelques instants le point de vue d’une personne attachée et alitée dans une chambre fermée.

Devinette
Laquelle de ces deux techniques est considérée comme une torture ? Laquelle est interdite chez les enfants ? Laquelle fait l’objet de contrôle et de sanctions des tutelles (ars et ministère de la santé) ?

Encore un indice… A l’instar du ministre Olivier V. dans un discours aux députés, les tenants de la contention physique vous disent que c’est un « soin » et que ça permet de contenir la personne. Pour les plus futés, ils mâtineront même ça d’arguments psychopathologiques voire psychanalytiques en vous expliquant que cela permet de redonner de la « contenance corporelle », une enveloppe psychique à la personne etc. Discours fallacieux dont les auteurs appuieront explicitement leurs arguments sur la supposée étymologie commune entre contenance et contention. Comme l’a montré le psychiatre Emmanuel Pelon dans son travail de thèse, la contention vient du latin contentio « tension ». La contenance vient du latin continere « maintenir uni». Ce n’est ni la même étymologie ni la même pratique. La contention physique est contrainte, la contenance par enveloppement est consentie. Différence majeure et radicale.

Fort de tout cela, répondons maintenant à la devinette pour faire le diagnostic de ce que nous acceptons collectivement… C’est bien la pratique des enveloppements qui est taxée de torture. Et c’est bien la contention physique qui est autorisée, banalisée, sans discussions ni débats dignes de ce nom. 

Devons-nous laisser faire « on » ?
Si, actuellement, les abus sont encouragés et couronnés, des perspectives se dessinent pour lutter pied à pied contre eux. Dans quelques semaines le décret d’application concernant la contention et l’isolement doit paraître. D’ici là, le CRPA fera une conférence débat sur « réforme de l’isolement contention en psychiatrie, où en sommes-nous ? », le samedi 2 avril à 14h. Par ailleurs, suite aux Assises citoyennes du soin psychique, une réunion est prévue le dimanche 10 avril à Montreuil. Deux communiqués ont été rédigés et envoyés à la presse cette semaine. Le premier a été élaboré par l’atelier sur l’enfance en forme d’adresse aux parlementaires – et l’autre par l’atelier traitant de la démocratie dans les soins. Nous les joignons en annexe.

Mathieu Bellahsen, 18 mars 2022.
https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/180322/pour-une-abolition-de-la-contention-physique-en-psychiatrie 

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ANNEXE 1 : Communiqué de presse de l’Atelier Démocratie tenu lors des ASSISES CITOYENNES DU SOIN PSYCHIQUE

Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usager.e.s de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyen.ne.s concerné.e.s, professionnel.le.s du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.

Notre constat
Loin des déclarations d’intention du gouvernement et des décideurs sur « l’usager au centre du dispositif », à des rares exceptions près, nous vivons au quotidien la disqualification de la parole des usagers, l’atteinte à nos droits fondamentaux et à la dignité. Nous voulons mettre un coup d’arrêt au rabaissement systématisé de la parole des usagers-psychiatrisés-patients. Nous sommes des sujets de droits avant d’être des sujets de soins et en aucun cas nous ne sommes des objets de soins.

Nous existons en tant que sujets et à ce titre, la prise de parole des usager(e)s – patient(e)s psychiatrisé(e)s ne peut être considérée d’emblée comme « instrumentalisée » et « instrumentalisable ». Ces préjugés nous dénient le droit à porter notre parole. Ils sont infantilisants et indignes. D’ailleurs, nous remarquons que l’infantilisation touche aussi les professionnels. Nous devons faut lutter en permanence contre ce processus délétère.
Dans ce contexte, la démocratie sanitaire telle qu’elle est pratiquée est une mascarade et une imposture. Elle doit être repensée pour accorder une place réelle aux usagers réels. Quelques soient nos difficultés, nous devons être considérés comme des citoyens à part entière.

Nos propositions
1- L’urgence est de lutter pour l’effectivité des Droits des usagers. Que ces Droits effectifs deviennent l’organisateur des soins psychiques, quelques soient nos âges (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées), nos statuts et nos problématiques psychiques.
2- Nous voulons rappeler fermement aux établissements de santé et d’accompagnement, du sanitaire, du médico-social et du social que la liberté est la norme. La liberté doit être l’usage le plus courant dans les pratiques. Quand elle est nécessaire, la privation de liberté doit être l’exception. Pour nous, toute privation de liberté indue et non proportionnée doit être signalée et dénoncée par le biais d’un collectif protégeant celles et ceux qui y sont confrontées et ce de façon solidaire.
3- Nous voulons rappeler aux professionnels soignants et administratifs qu’
il n’est plus possible de céder sur le droit des patients pour des questions professionnelles, de droit du travail ou de défenses syndicales et corporatistes. Dans les cas où le droit des usagers s’oppose aux logiques (voire au confort) des tutelles, des directions et des professionnels, cela doit faire l’objet de débats et d’échanges sincères, authentiques et solidaires. L’auto-détermination des premiers concernés doit être supportée et soutenue par les professionnels et les politiques.
4- Par ailleurs, 
la formation des professionnels constitue un enjeu démocratique essentiel. Si chacun doit pouvoir avoir accès à une formation de son choix et non imposée, nous devons soutenir que les premiers concernés (usagers – patients – psychiatrisés) ont toute leur place pour former les professionnels afin de les rendre attentifs à ce qu’ils vivent au quotidien.
5- Nous ne pouvons plus supporter que les personnes qui tentent de faire valoir leurs droits (usagers ou professionnels) soient assignés à un statut pathologique de paranoïaque ou de quérulents. D’autant que même les paranoïaques ont des droits à défendre et à faire appliquer !
6- Dans cette perspective, il est nécessaire d’organiser un réseau d’auto-défense pour les droits et libertés en psychiatrie associé à un réseau contre la répression des usagers et des professionnels lanceurs d’alerte et défenseurs des droits
7- Il n’est plus tolérable que se développent les pratiques de contention et d’isolement. L’encadrement systématique par le Juge des Libertés et de la Détention de ces pratiques ne doit pas faire oublier l’enjeu premier : celui de la réduction voire de l’arrêt total de ces pratiques, notamment celle de la contention physique. Il est inacceptable qu’aucun débat national n’ait eu lieu sur ces pratiques. Nous appelons à l’organisation de journées « Parlons contention » à partir des témoignages et de la parole des premiers concernés en vue d’un débat public digne de ce nom qui n’aurait pas peur d’aborder l’abolition des pratiques de contention physique et des moyens psychiques, matériels et humains qui s’y substitueraient.
8- Nous voulons également créer un bréviaire regroupant les mots et les pratiques infantilisantes dans les soins et recensant les mots intolérables de la langue psychiatrique. A contrario, nous souhaitons faire des fiches d’événements, de pratiques et de mots désirables (par exemple insister sur l’importance de la démocratie concrète dans les soins comme avec les clubs thérapeutiques, les associations de personnes concernées…).
9- Nous voulons des instances de délibération conjointe au sein des services ou de toute structure entre usagers et résidents des lieux, familles et professionnels.
10- Nous remarquons que là où existent des clubs thérapeutiques, il existe des contre-pouvoirs effectifs et concrets dans la vie quotidienne. Ainsi, nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers ne soient pas systématiquement rabroués au motif qu’elles ne sont pas « représentatives » dans les instances de la démocratie sanitaire. 
Nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers, créés à partir des lieux de soin et d’accompagnement, soient invités de droit, voire qu’ils soient représentants de fait dans les Commissions Des Usagers (CDU), les Commissions de la Vie Sociale  CVS).

Ainsi, à l’occasion des Assises du soin psychique et de notre atelier sur la démocratie, il nous semble urgent d’insister sur les formes de soin et d’accompagnement qui font la place à la responsabilisation citoyenne des usagers, qui aident à les rendre actifs en tant que personnes et dans leur milieu de vie, qui lutte contre l’infantilisation et les postulats validistes de la société actuelle.

Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
L’atelier Démocratie
Contacts presse : Humapsy par mail à humapsy@mailoo.org, autres contacts suivront.

Pour retrouver la vidéo de la restitution de l’atelier en plénière lien

***

ANNEXE 2: Communiqué de l’atelier « Urgence de repenser l’Enfance en souffrance » adressé aux parlementaires

Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usagers de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyens concernés, professionnels du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.

A la suite de la tenue d’un groupe de travail, au sein de ces Assises, sur la condition des enfants, adolescents et jeunes adultes, nous demandons la tenue de débats parlementaires sur les sujets suivants :
l’inclusion des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap
– les pratiques de contention et de surmédication des enfants et adolescents.

En ce qui concerne l’inclusion, nous avons été informés des propos d’Eric Zemmour affirmant que de nombreux enfants en situation de handicap n’ont pas leur place en classe ordinaire et devraient être accueillis uniquement dans des lieux spécialisés. Nous avons constaté que ceux-ci ont été suivis d’une réaction quasi-unanime des différents partis politiques, glorifiant la politique des secrétariats d’Etat au handicap des trois derniers gouvernements successifs. Or, celle-ci prône la fermeture des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement au nom d’une « désinstutionnalisation » pour se focaliser sur l’« inclusion » de ces enfants en école ordinaire.

Ces deux discours reposent sur la fiction selon laquelle :
– la politique actuelle de l’Education Nationale permettrait un accueil harmonieux des enfants en situation de handicap en école ordinaire
– la politique actuelle de la Santé permettrait qu’existent de nombreux lieux spécialisés de soin et d’accompagnement.

Cela est faux. 
Nos expériences sont les suivantes : la réalité de très nombreux enfants et de leurs familles, c’est tout simplement l’attente désespérée d’une place dans un lieu spécialisé et l’accueil nulle part. Exemple parmi tant d’autres abordé lors des Assises, une enfant attend depuis plus de 919 jours une place en IME et sa mère écrit chaque jour au Président de la République.

La réalité des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement, c’est l’ensevelissement sous un nombre de demandes tel que le temps d’attente avant d’être reçu, pour un enfant ou un adolescent, atteint parfois plusieurs années, et le détournement du travail des professionnels vers des tâches de gestion purement technique de dossiers.

Et loin d’une « désinstitutionnalisation », lorsqu’un enfant ou un adolescent est en crise, faute de possibilités de soin et d’accompagnement de proximité, réguliers et relationnels, ce que nous voyons apparaître, c’est le retour de pratiques asilaires honteuses, intolérables et illégales dans certains lieux ou certains services d’urgences : contentions et surprescriptions de psychotropes n’épargnent désormais plus les enfants.

Nous connaissons la cause de cela : le « Nouveau management public » qui régit le soin, l’enseignement, la protection de l’enfance, la justice, vise la rentabilité, parle de « flux » et déteste les « stocks ». Or un hôpital de jour, un IME, un CMPP ou un CMP qui suit des enfants au long cours, un lieu d’accueil de la protection de l’enfance, c’est un « stock » qui semble pour certaines femmes et hommes politiques bien gênants et coûteux. Le modèle prôné est de définancer ces lieux à l’aide de la réforme du financement de la psychiatrie qui s’applique depuis le 1er Janvier 2022 pour, à terme, justifier leur fermeture ou leur transformation en « plateformes » de consultation ponctuelles, productrices de « bilans » divers et variés. Il s’agit de convertir l’argent économisé en allocations destinées aux familles, « libres » alors de payer des cabinets privés de prestations à domicile, d’aide à la personne, de formation, de nouveaux bilans. Mais alors, dans ce modèle de société, quid de la sociabilisation, des rencontres, des amitiés, des projets de vie, que les enfants et adolescents peuvent créer dans les collectifs de soin et d’accompagnement quand ceux-ci ont des pratiques vivantes et anti-validistes, et à l’école quand la scolarisation est bien accompagnée en partenariat avec ces collectifs de soin ? Quid des familles qui ne souhaitent pas être le soignant de leur enfant ? Quid de la notion de service public égalitaire et sans condition de revenu ?

Nous, ce que nous observons souvent, c’est l’envers du décor : ni stock (puisque les lieux ferment ou se transforment en dispositifs de bilans) ni flux d’enfants : ils sont tout simplement abandonnés avec leurs familles. Par contre un flux, il en existe bel et bien un : le flux de dossiers MDPH et le flux de bilans, qui circulent de mains en mains et de dispositifs « innovants » en dispositifs « innovants ». Les enfants et les adolescents sont toujours, eux, accueillis nulle part.

Par ailleurs, nombreux sont ceux d’entre nous qui ont vécu, à l’école ordinaire, une inclusion sous forme d’injonction à se comporter comme un élève ordinaire, sous peine d’être exclu, ou une inclusion de façade avec une Unité d’Enseignement à part et des récréations séparées. Nombreux sont les élèves sans accompagnants (AVS, AESH) malgré les demandes de collectifs de parents et des équipes pédagogiques. Et nombreux sont les professeurs qui avouent leur grande difficulté à accueillir ces élèves dans les classes ordinaires en l’état actuel de fonctionnement de l’Education Nationale : en termes de moyens humains, de formation, de travail d’équipe et du nombre d’élèves par classe. Effet direct, de plus en plus nombreux sont les enseignants qui déclarent auprès de leur CHSCT des situations à risque pour la santé des enfants sans que rien ne soit mis en place pour résoudre ces situations.

Nous constatons également la focalisation validiste de la MDPH sur les capacités des personnes en situation de handicap à travailler, notamment en ESAT, alors même qu’une enquête récente montre enfin la réalité de ces lieux qui bien souvent exploitent les travailleurs handicapés : sous-payés et interdits de se syndiquer ; certains directeurs sont même fiers de vanter une main d’œuvre supposée docile peu chère et qui rapporte des primes à l’entreprise.

Nous savons que certains usagers, certaines familles et certains professionnels sont satisfaits de l’ensemble de ce système ; leurs intérêts de classe, leurs intérêts personnels sont convergents avec ceux d’une société inégalitaire, utilitariste et privatisée. 

Ce n’est pas notre cas. Nous nous opposons radicalement aux propos d’Eric Zemmour car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont eugénistes. Nous nous opposons radicalement à la fausse inclusion du gouvernement actuel car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont validistes et s’inscrivent dans la rationalité néolibérale. A propos de validisme nous constatons d’ailleurs que la secrétaire d’Etat actuel au handicap s’oppose à la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé. 

Prenons les choses au sérieux :
On nous parle de la réussite de l’inclusion scolaire en Italie. Alors nous voulons pour l’école française des conditions proches de celles de l’Italie : classes à petits effectifs, co-enseignement par un enseignant spécialisé et un enseignant ordinaire, professeurs pouvant exercer une réelle pédagogie différenciée, accompagnants formés et titularisés.
On nous dépeint des « institutions » de soin et d’accompagnement (comme si les écoles n’étaient pas également des institutions), comme des lieux fermés, de relégation, ségrégatifs, infantilisants. Nous sommes fatigués de ces calomnies. Nous affirmons qu’un certain nombre de lieux pratiquent au contraire un accueil chaleureux, ouvert et vivant, que les enfants et adolescents qui y sont reçus sont pris au sérieux, sont des interlocuteurs valables, qui peuvent influer sur le fonctionnement même de ces lieux. Aussi, lorsque des pratiques intolérables apparaissent quelque part : isolement, contention, médication inadaptée ou excessive, d’enfants et d’adolescents, nous exigeons qu’elles soient dénoncées radicalement, que leurs auteurs soient poursuivis. Quant aux pratiques validistes, c’est toute la société qui est concernée. Les lieux de soin et d’accompagnement, comme tous les autres, doivent combattre toute forme de domination des personnes valides sur les personnes porteuses de maladie et/ou de handicap.

Or, ce que nous constatons, c’est plutôt que les professionnels osant lancer l’alerte sur l’abandon des patients et des familles, sur la perte de sens du travail, et sur les pratiques maltraitantes d’enfermement, de contention et de surmédication, subissent souvent en retour harcèlement et représailles, au point que la plupart préfèrent se taire. Nous demandons la protection de ces personnes.

En ce qui concerne la contention, nous demandons l’abolition de cette pratique dont nous affirmons qu’elle n’est jamais thérapeutique mais toujours traumatisante.

Nous demandons un meilleur encadrement de la prescription de psychotropes aux enfants et adolescents, notamment des dérivés amphétaminiques et des neuroleptiques qui sont actuellement sur-prescrits par certains praticiens et certains services alors même que le bénéfice thérapeutique n’est pas prouvé.

Nous vous demandons de vous positionner, Madame, Monsieur, sur ces points et la tenue d’un débat parlementaire.

Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
Le groupe de travail enfants, adolescents et jeunes adultes.

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Psychiatrie et émancipation »

  1. Cet été, il n’y a pas que les services d’urgences qui risquent de fermer…
    Nous, psychiatres d’exercice public, engagés dans notre pratique professionnelle, ne pouvons plus travailler dans de telles conditions. Nous ne pouvons plus assumer notre mission de soin au service du public le nécessitant.
    Nous faisons face à :
    – Une carence d’effectifs médicaux de 30%, se creusant de mois en mois du fait des départs de psychiatres en cascade, entrainant des cadences de travail insoutenables.
    – Une carence d’effectifs infirmiers majeure, ne permettant plus de travailler correctement, un accueil et des soins dignes respectant la temporalité des patients.
    – Une surcharge de travail administratif qui nous rend indisponibles auprès des patients et des équipes.
    – Un management autoritaire, parfois par la peur, de directions restant souvent sourdes aux problématiques de soins.
    Pour ces raisons et bien d’autres, nous nous déclarerons en grève le mardi 28 juin 2022, en heures, demi-journée ou journée entière, et souhaitons être comptabilisés par les ARS.
    Nous nous rassemblerons à 14h devant le ministère de la santé à Paris et demandons à y être reçus. En région, les rassemblements pourront être devant l’ARS ou dans chaque hôpital concerné.
    Norbert SKURNIK
    Président de l’Intersyndicale de la Défense de la Psychiatrie Publique (IDEPP)
    Michel TRIANTAFYLLOU
    Président du Syndicat des Psychiatres d’Exercice Public (SPEP)
    Marie-José CORTÈS
    Présidente du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH)
    Delphine GLACHANT
    Présidente de l’Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

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