Tribune collective : France, terre d’impunité du viol ?

La France est devenue désormais à nos yeux le pays de la culture du viol et de l’impunité des violeurs. Cette lettre ouverte est dédiée à toutes les victimes de viol en France qui, comme Emily Spanton ce 22 avril 2022, ont vu leur(s) violeur(s) acquitté(s), malgré les preuves, malgré leur plainte, malgré leur courage – et la justice les condamner à l’injustice à vie.

Chère victime de viol, votre pays demande aux victimes de porter plainte. Emily Spanton a porté plainte pour viol le 22 avril 2014. Elle a porté plainte le jour des faits, pour viol en réunion contre des policiers. Un dossier médical a été établi par les Unités Médico Judiciaires. Dans ce dossier des éléments matériels sont venus corroborer les témoignages circonstanciés et précis sur l’essentiel des faits, des SMS récupérés par l’expertise, des constats médicaux sur l’état post-traumatique de la victime etc. Un non-lieu a été prononcé par un juge d’instruction en 2016 annulé par la Chambre de l’instruction, formation collégiale, sur appel du Procureur de la République, puis enfin, trois ans plus tard, un procès qui a mené à une condamnation. Pourtant, les accusés ont obtenu un acquittement en appel le 22 avril 2022, jour pour jour huit ans après les faits. Huit ans de la vie d’Emily Spanton ont été détruits par le traumatisme à la suite des faits qu’elle dénonce et cette souffrance a été amplifiée par l’injustice de la Justice française. Emily survit depuis huit ans, elle ne vit plus. Une incertitude : elle en a pour combien d’années encore ? Emily devra-t-elle donc à présent se pourvoir en cassation, si elle en a encore la force et les moyens ? Devra-t-elle toquer à la porte de la CEDH à Strasbourg ? Ne vaudrait-il pas mieux pour elle abandonner ? Les hommes qu’elle accuse ont été acquittés mais Emily est condamnée par la conscience collective, par une conscience latine nourrie de préjugés : « les accusés ont été acquittés donc elle a menti ». Le verdict a été motivé par des « imprécisions, inexactitudes, voire plusieurs mensonges » d’Emily. Le procès a été celui de la victime. L’acquittement des policiers a été accueilli par les applaudissements des proches et des collègues tandis que la victime a quitté la cour d’appel en pleurs. Emily Spanton n’a pas été protégée. Depuis huit ans on jette son nom en pâture, on fouille dans sa vie privée, on lui inflige des expertises avec des dits spécialistes qui trouveront que la jeune femme est trop souriante, qu’elle est « borderline »… Ce n’est qu’en France qu’on soumet les victimes systématiquement aux expertises psychiatriques. Le psy assermenté aurait-il confondu des symptômes de stress post-traumatique avec des signes de personnalité « non conforme » ? Suivant quels critères ? Est-ce qu’on ne commencerait pas plutôt par une expertise psychiatrique du psy ? Cette science inexacte et subjective vaut donc plus que les preuves objectives et indéniables   Une lésion intime constatée ne vaut pas plus en France que quelques feuillets A4 d’un psy ? Quand on porte plainte pour viol même le policier ayant recueilli la plainte nous traitera de « pute » devant ses collègues, comme cela s’est passé au commissariat du Ve arrondissement. Et encore si la police accepte de prendre notre plainte.

Quand on dépose plainte le parquet classera sans suite et quand on obtient un juge d’instruction après une constitution de partie civile le juge d’instruction prononcera un non-lieu. Quand on obtient un procès on finit par être la « menteuse », la « nymphomane », la coupable. 2% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation, le viol est impuni en France.

Lui est présumé innocent, vous êtes présumée coupable. Votre pays vous dit de porter plainte, mais la triste réalité judiciaire vous dit le contraire… Porter plainte ? Faites peut-être plutôt un tweet… mais bon, évitez quand même de mettre son nom. Merci.

Tribune publiée dans Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté – N° 404 – 2 mai 2022
Voir les signataires :
https://www.leparisien.fr/sentinelles/france-terre-dimpunite-du-viol-des-feministes-denoncent-lacquittement-des-policiers-apres-laffaire-du-36-26-04-2022-JM6KU5AW6FE5FBPBOC2NPFAINA.php

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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