Préface de Guillaume Fondu au livre de Isaak I. Roubine : Essai sur la théorie marxienne de l’argent

Avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse

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L’ouvrage présenté ici est la traduction des Essais sur la théorie marxienne de l’argent. Rédigé par I. I. Roubine entre 1923 et 1928, dans le prolongement de ses Essais sur la théorie marxienne de la valeur, et demeuré à l’état de manuscrit, il n’a fait l’objet d’une première publication en langue originale (russe) qu’en 2011. À l’image d’une grande partie du patrimoine intellectuel marxiste soviétique des années 1920, il a été occulté dès les années 1930 par le pouvoir stalinien. Les quelques pages qui suivent ont vocation à présenter le contexte de la rédaction de ces Essais et les enjeux dont ils pouvaient être porteurs. On laissera ici de côté la question de l’explicitation précise de leur contenu. Le texte nous paraît suffisamment clair par lui-même. Enfin, nous avons jugé inutile et inapproprié de commenter, dans une préface, la potentielle actualité des Essais et leur inscription dans les débats marxistes et marxologiques contemporains. On espère simplement que cette publication sera l’occasion de poursuivre ces débats.

À l’image d’une génération sacrifiée
I. I. Roubine est né le 12 juin 1886 à Dvinsk (désormais Daugavpils, en Lettonie) dans une famille de la petite bourgeoisie juive [1]. Comme nombre de ses contemporains, il se rapproche des milieux politiques dès ses années de lycée et adhère au Bund, le parti socialiste juif (laïc) en 1905. Il est arrêté une première fois en 1905. En 1906, il entre à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg où il commence à s’intéresser à l’économie et suit les cours de I. I. Kaufman, l’un des spécialistes russes de la monnaie et de la finance, et de M. I. Tougan-Baranovski, déjà célèbre à l’époque pour son ouvrage sur les crises industrielles. Il déménage à Moscou en 1912 et commence à publier quelques travaux juridiques tout en travaillant dans les administrations locales, le zemstvo et la municipalité de Moscou. Durant la Première Guerre mondiale, il se rapproche de l’aile gauche, internationaliste et pacifiste, du courant menchevique. Il accueille très favorablement la révolution de Février et se met à travailler pour les Izvestia, le quotidien du soviet de Petrograd, pour lequel il rédige des articles principalement consacrés au droit social et au droit du travail.

Il sera beaucoup plus mesuré face à la révolution d’Octobre et poursuit son activité au sein du Bund, malgré la volonté des bolcheviks de fondre l’organisation dans le Parti bolchevique. Il refuse ainsi la fusion et devient, à cette époque, secrétaire du comité central du Bund. Il n’en travaille pas moins dans les institutions bolcheviques, qui lui offrent notamment l’occasion de devenir professeur, ce qui était impensable sous le tsarisme du fait de ses origines juives. De 1919 à 1921, il enseigne ainsi les sciences sociales, c’est-à-dire principalement le marxisme, dans les différentes institutions d’enseignement para-universitaires mises en place par le pouvoir bolchevique. Surtout, Riazanov l’appelle à la même époque à l’Institut Marx Engels, nouvellement créé, pour participer au projet éditorial de la « Bibliothèque du socialisme scientifique » : traduire et éditer Marx, Engels et les classiques de la pensée marxiste. En février 1921, il devient professeur à la première Université de Moscou et à l’Institut des professeurs rouges mais se voit arrêté à la fin du mois et incarcéré à la Boutyrka, célèbre prison moscovite, en raison de ses activités politiques. Il est relâché, fautes de charges. Il est arrêté une nouvelle fois en novembre mais une campagne de soutien, à laquelle participe notamment Lounatcharski, le fait libérer. Par son enseignement et ses premières publications, Roubine commence en effet à acquérir une certaine célébrité en tant que spécialiste de la pensée de Marx.

C’est la parution, en 1923, des Essais sur la théorie de la valeur de Marx [2], qui le consacre véritablement comme figure intellectuelle majeure du débat marxiste. Dans cet ouvrage, il replace le fétichisme de la marchandise au centre de la théorie marxienne, contre toute lecture naturalisante de la valeur-travail, qui en ferait une donnée technique indépendante des formes sociales et, par conséquent, valable universellement. La carrière de Roubine, malgré le succès de cet ouvrage – qui lui vaut notamment l’admiration, entre autres, de Boukharine –, sera marquée par des interruptions périodiques dues aux emprisonnements à répétition : l’année même de la parution des Essais, en 1923, il est arrêté et envoyé en détention à Souzdal (à 200 km à l’est de Moscou) mais peut poursuivre ses travaux grâce au soutien de Riazanov, qui lui envoie les revues et les ouvrages nécessaires. À la fin de l’année 1924, il est déporté à Qarasuvbazar (désormais Belogorsk, en Crimée) et requiert avant son départ la permission de passer un peu de temps à l’Institut afin d’achever un manuscrit :

J’ai avec moi deux travaux, dont l’un, de caractère scientifique (une Anthologie des textes historiques de l’économie politique, environ 450 pages), doit être remis au Gosizdat [les éditions d’État] d’ici quelques jours et dont l’achèvement requiert encore à peine six ou sept jours de travail. En cas de départ immédiat, je serais dans l’impossibilité de remettre mon manuscrit, le seul que je possède. C’est le fruit de six mois de travail et il se trouvera retardé, dans le meilleur des cas, d’au moins deux ou trois mois (Archive centrale du FSB de la Fédération de Russie, n° P-40156. L. 128. Cité dans L. Vassina, « I. I. Roubine et son manuscrit… », art. cit., p. 483).

La requête est acceptée mais il se voit interdire, en revanche, de s’entretenir avec Riazanov. Il poursuit son travail en déportation, jusqu’à sa libération en 1926, rendue notamment possible par une campagne de soutien de la part de certains intellectuels et cadres du pouvoir bolchevique. Entre 1926 et 1930, il travaille de nouveau à l’Institut. Le contexte politique se tend, et les débats même les plus théoriques se trouvent peu à peu soumis à des logiques politiques. C’est le cas notamment de la querelle entre les « mécanicistes », qui défendent une conception techniciste de la valeur-travail, et les partisans de Roubine, bientôt taxés d’idéalisme. Dans ce contexte paraît en 1930 un ouvrage à charge contre l’auteur des Essais (ouvrage composé pour partie d’articles parus un peu plus tôt), Roubinisterie ou marxisme ? [3], qui précède immédiatement la condamnation proprement politique de Roubine. Ce dernier est arrêté à la fin de l’année 1930 et se trouve contraint de signer une fausse dénonciation de Riazanov qui le hantera tout le reste de sa vie. Il est l’un des accusés du procès des mencheviks de mars 1931 et se voit condamné à cinq ans d’emprisonnement, dans l’Oural puis au Kazakhstan (à Tourgaï puis Aktioubinsk, désormais Aktioubé). Il poursuit là encore ses travaux, mais sa tuberculose s’aggrave. Le 19 novembre 1937, il est condamné à mort pour trotskisme et exécuté une semaine plus tard. Il faudra attendre la perestroïka pour qu’il soit réhabilité par le pouvoir soviétique.

Défendre la spécificité du marxisme
Roubine est principalement connu pour son ouvrage consacré à la théorie marxienne de la valeur. Mais cet ouvrage s’inscrit plus généralement dans une tentative de cerner la spécificité du marxisme, aussi bien par rapport aux classiques de l’économie politique que par rapport aux auteurs contemporains. L’œuvre de Roubine est donc principalement consacrée à l’étude des différents courants économiques, toujours menée dans une perspective implicitement comparative. On peut en juger notamment à la lecture de ses principaux ouvrages, qui reprennent le plus souvent certains des nombreux articles qu’il a par ailleurs rédigés au cours de son activité : outre les deux Essais, on trouve en effet un ouvrage sur les physiocrates [4], une Histoire de la pensée économique [5] et une étude centrée sur ses contemporains, Les économistes occidentaux actuels [6], principalement consacrée non pas à l’économie marginaliste mais à toutes les tentatives (principalement allemandes) de mêler sociologie et économie dans une perspective unifiée. En outre, Roubine est également un traducteur reconnu de Marx : il fait paraître une traduction de la Contribution à la critique de l’économie politique ainsi que des « Notes sur Wagner », deux textes qu’il utilisera pour problématiser la théorie de la valeur et la débarrasser du technicisme que pourrait suggérer une lecture rapide du seul Capital. Enfin, Roubine est également l’un des introducteurs en URSS des grands débats théoriques – principalement germaniques – menés au sein de la social-démocratie allemande. En 1922, il coédite par exemple avec C. Dvolaïtski un recueil, Les problèmes fondamentaux de l’économie politique [7], où se trouvent traduits en russe des articles de Bauer, Hilferding, etc. consacrés à la défense de la spécificité de l’approche marxienne. On y trouve également la première traduction russe, à notre connaissance, de l’Introduction de 1857.

De par sa formation et ses perspectives, Roubine est donc avant tout l’héritier – et le passeur – du marxisme classique tel qu’il s’est élaboré dans l’espace germanique durant les années qui suivirent la mort de Marx, puis d’Engels. On en trouve des formulations diverses chez les principaux auteurs de la social-démocratie européenne, et ce, malgré les divergences politiques susceptibles de les opposer. On peut le résumer aux principes suivants : le capitalisme marchand théorisé dans Le Capital se caractérise principalement par son fonctionnement mécanique, qui l’apparente à un système de lois contraignantes. C’est là ce qui explique le projet scientifique qui accompagne la naissance et le développement du capitalisme, l’économie politique, qui entend découvrir ces lois et en faire la théorie. Mais, inconsciente de la dimension historique – et donc transitoire – de ce système, l’économie politique fait de ses lois les lois naturelles et, partant, universelles de toute société humaine développée, les formes précapitalistes étant ravalées au rang d’accidents historiques. Par opposition à cette dimension mécanique anonyme du capitalisme, le projet socialiste se définit par une perspective de reprise en main consciente de l’organisation sociale, et donc par la mise au centre de l’économie de décisions collectives (selon des modalités, il est vrai, indéterminées). Cela suffit en tout cas à pointer la dimension de symptôme inhérente à l’économie politique en tant que théorie : sa perspective objectivante sur le monde social est en effet le reflet d’un monde social objectivé, aliéné, c’est-à-dire d’une situation pathologique. Par conséquent, les auteurs du marxisme classique insistent sur la précarité de l’économie politique et font de la critique marxienne de l’économie politique la théorie de cette précarité.

À l’exception de Hilferding, il est vrai que la plupart des auteurs dont il est ici question (Luxemburg, Bauer, Eckstein, etc.) en restent à l’énoncé de ces principes généraux et n’affrontent qu’indirectement le paradoxe que constitue, dans cette perspective, la théorie marxienne elle-même et notamment son principe le plus central, la valeur-travail. C’est le grand mérite de Roubine que d’avoir voulu offrir une explicitation détaillée, et cohérente avec l’idée de critique de l’économie politique, de la théorie marxienne de la valeur. Contre toute lecture objectivante de cette dernière, qui ramènerait le propos de Marx au niveau de celui de l’économie politique classique, Roubine insiste sur la dimension sociale spécifique du travail abstrait mis par Marx au centre de la théorie de la valeur. Ce dernier, loin d’être une donnée physique ou physiologique, est en réalité le produit d’un mécanisme social de mise en concurrence anonyme des différents producteurs et de confrontation des offres et des demandes globales, elles-mêmes subordonnées à la reproduction des rapports économiques, matériels et sociaux. Sans entrer ici dans les détails, on fera simplement remarquer que cette question de la spécificité historique des concepts marxiens prend une dimension nouvelle dans le monde soviétique après la révolution d’Octobre : en effet, si les concepts de Marx ont une validité restreinte à l’analyse exclusive du seul capitalisme, ils perdent toute utilité pour effectuer l’analyse du socialisme et même du régime de transition ouvert par la révolution. On retrouve là le principal argument (avec la dénonciation de son idéalisme) des détracteurs de Roubine : à le suivre jusqu’au bout, on prive le pouvoir soviétique de toute possibilité d’appui théorique sur les écrits de Marx. Or, cela pose des problèmes tout à fait cruciaux dans le cadre de l’analyse monétaire.

Une politique monétaire marxiste est-elle possible ?

L’époque dans laquelle écrit Roubine est en effet marquée par un certain nombre de réformes monétaires entreprises par le pouvoir soviétique, qui s’accompagnent de nombreux débats dont on ne trouve pas trace dans l’ouvrage de Roubine [8]. Dès 1914, le gouvernement russe avait eu massivement recours à l’émission monétaire pour financer la guerre, et cette politique se poursuit après 1917, pour des raisons politiques révolutionnaires dont on trouve la théorisation sous la plume de Preobrajenski :

Gloire à notre planche à billet ! Il ne lui reste à vrai dire plus beaucoup de temps à vivre mais elle a déjà réalisé les trois quarts de son travail. Dans les archives de la grande révolution prolétarienne, à côté des canons, des fusils et des mitrailleuses d’époque ayant servi à dézinguer les ennemis du prolétariat, on fera une place d’honneur à cette planche à billet, mitrailleuse du Narkomfin [commissariat aux Finances], qui a pilonné les arrières du système bourgeois, son système monétaire, retournant ainsi les lois de la circulation monétaire du régime bourgeois pour en faire un moyen d’extermination de ce régime et une source de financement de la révolution (E. Preobrajenski, Le papier-monnaie à l’époque de la dictature du prolétariat, Moscou, Éditions du commissariat aux finances, 1920, p. 44 [9]).

L’argent est ici appréhendé avant tout comme un instrument politique, puisqu’il est à la fois la forme universelle de la richesse et un outil à la disposition du pouvoir d’État. En baissant mécaniquement la valeur des avoirs, le recours à l’émission permet ainsi de mettre en place une politique d’expropriation progressive mais généralisée de la bourgeoisie [10]. Cependant, les conséquences désorganisatrices de l’hyperinflation – et l’impossibilité de naturaliser complètement l’économie à brève échéance – vont conduire les bolcheviks à envisager une série de réformes monétaires susceptibles de redonner confiance en la monnaie et de dynamiser les échanges marchands réintroduits par la NEP. L’argent devient donc une catégorie centrale de la transition économique au socialisme, et le risque dont il est porteur de réintroduire, par la bande, le capitalisme, devient une question d’autant plus concrète qu’il s’agit là d’une menace réelle. La question, par conséquent, de l’emploi potentiel des catégories économiques du capitalisme marchand et ses limites ne cesse donc de hanter les dirigeants et théoriciens bolcheviques. Ce n’est pas tout à fait le cas, semble-t-il, pour Roubine.

Les Essais sur la théorie marxienne de l’argent reposent en effet sur une lecture de Marx similaire aux Essais sur la théorie de la valeur de Marx : dans ses textes, Marx décrit un capitalisme logiquement pur et le phénomène monétaire qu’il décrit est donc inséparable du déploiement intégral de la logique marchande. Roubine poursuit donc sa lecture purement systématique des analyses marxiennes et fait ainsi de l’argent, comme il l’avait fait pour la valeur, une catégorie intrinsèquement marchande (le rapport logique exact qui la lie au capitalisme demeure en suspens). C’est pourquoi il s’agit là d’une analyse « sociologique », comme l’explique Roubine : l’argent, en tant que forme sociale, met en jeu des rôles sociaux, celui d’acheteur et de vendeur, et donc des rapports humains spécifiques à la société marchande. S’il existe certes chez Marx des excursus historiques, ces derniers ne doivent pas masquer le caractère profondément systématique du propos de Marx. Cette radicalité du propos de Roubine explique en partie son discrédit progressif aux yeux des théoriciens et cadres bolcheviques : en effet, ce systématisme théorique appartient, pour la plupart d’entre eux, aux illusions de la période de la guerre civile, c’est-à-dire à une époque où il était encore possible – du fait de l’enthousiasme révolutionnaire – de croire à une opposition frontale entre deux systèmes et au remplacement intégral de l’un – le capitalisme marchand – par l’autre – le communisme en nature (c’est-à-dire sans monnaie). Or, les apories organisationnelles du communisme de guerre ont rendu manifeste, pour la plupart des dirigeants et théoriciens bolcheviques, le caractère illusoire de cette opposition frontale et, partant, l’inutilité (voir la nocivité) politique de toute lecture logiciste des analyses de Marx. C’est sans doute ce contexte, auquel s’ajoutent bien entendu les pressions politiques croissantes, qui explique que le texte de Roubine soit demeuré à l’état de manuscrit. Désormais, alors même que cette histoire est dernière nous, l’œuvre de Roubine – les deux Essais – continue à poser la question du sens politique des analyses économiques de Marx : la radicalité théorique, très présente dans le débat actuel, ne se paie-t-elle pas d’une impuissance politique dans l’utilisation des catégories marxiennes pour penser ce que pourrait être une transition hors du capitalisme ? Et ce autrement qu’en décrétant simplement que le socialisme à venir sera tout simplement l’opposé radical du capitalisme actuel et reposera sur des catégories tout autres ?

Note éditoriale
Nous traduisons ici le texte tel que paru dans la revue russe Istoki : И. И. Рубин, «Очерки по теории денег Маркса », Истоки, Москва, Издательский дом Высшей школы экономики, 2011, p. 501-617. À l’exception des notes introduites par « NdT » (note du traducteur) ou NdÉ (note de l’éditeur), les notes de bas de page sont de Roubine. Pour des raisons de lisibilité, nous avons intégré dans le corps du texte les nombreuses références aux textes de Marx. Nous avons repris entre crochets les indications de l’éditeur russe du texte. Roubine, en effet, n’a pas pu mettre au propre son manuscrit et a noté en marge un certain nombre de remarques, principalement destinées à structurer le texte en lui adjoignant des intertitres. Cette édition ne se voulant pas une édition scientifique, nous adaptons les références auxquelles renvoie Roubine en donnant systématiquement leur équivalent en français. On a simplement fait une exception pour les – nombreuses – références à Marx, pour lesquelles nous donnons également la référence à l’édition scientifique de référence, la MEGA². Lorsque Roubine cite des textes dont il existe une traduction française, nous donnons cette dernière, en la modifiant légèrement lorsque des raisons de cohérence lexicale nous ont semblé s’imposer. On donne enfin en annexe du présent ouvrage la traduction d’une recension par Roubine de deux ouvrages consacrés à la théorie marxienne de l’argent. Ce texte, contemporain de la rédaction des présents Essais, nous a paru en offrir un complément intéressant.

Guillaume Fondu

[1] Nous empruntons la quasi-totalité des renseignements biographiques présentés ici à l’article de L. Vassina qui accompagne la publication en russe des Essais : L. Vassina, « I. I. Roubine et son manuscrit Essais sur la théorie marxienne de l’argent » [ici comme ailleurs, nous traduisons directement du russe], Istoki, Moscou, VSE, 2011, p. 475-500. L. Vassina, collaboratrice de la MEGA² à Moscou, a constitué le dossier d’archives consacré à Roubine au RGASPI, qui sert de base à cet article. Après consultation directe du dossier, nous avons pu juger de la pertinence des éléments repris dans cet article, que nous avons donc pris comme base du propos présenté ici.

[2] I. I. Roubine, Essais sur la théorie marxienne de la valeur, Moscou/Petrograd, Éditions d’État, 1923. Cette première édition (125 pages) est suivie de quatre autres, parues respectivement en 1924, 1928, 1929 et 1930, qui vont considérablement l’augmenter. La dernière édition, sur laquelle se base l’édition anglaise retraduite en français, fait plus de 360 pages et s’accompagne de nombreuses « réponses aux critiques », demeurées, elles, inédites en français. NdÉ : voir I. I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx, Paris, Syllepse, 2009.

[3] C. A. Bessonov et A. F. Kon (dir.), Roubinisterie ou marxisme : contre l’idéalisme et la métaphysique en économie politique, Moscou/Leningrad, Éditions d’État, 1930.

[4] I. I. Roubine, Les physiocrates : essai d’histoire de la pensée économique, Moscou/Leningrad, Kniga [le livre], 1926 (l’ouvrage sera suivi, en 1929, d’une biographie de Quesnay). Il est à noter que l’ouvrage bénéficie de la recommandation du soviet de l’éducation en tant que manuel. Comme dans les autres ouvrages de Roubine, les considérations d’histoire de la pensée économique à proprement parler sont toujours encadrées par une étude sur le contexte social des théories et sur leurs débouchés politiques. De ce point de vue, Roubine doit aussi être considéré comme un excellent historien marxiste de la pensée économique.

[5] I. I. Roubine, Histoire de la pensée économique, Moscou/Leningrad, Éditions d’État, 1926. Là encore, de nombreuses rééditions témoignent du succès de Roubine en tant qu’enseignant (l’ouvrage est lui aussi principalement destiné à servir de manuel et reprend en réalité en les approfondissant un certain nombre d’idées marxiennes disséminées dans les Théories sur la plus-value). Il est à noter qu’il existe une traduction anglaise de cet ouvrage : I. I. Rubin, History of Economic Thought, Londres, Pluto Press, 1979.

[6] I. I. Roubine, Les économistes occidentaux actuels, Moscou/Leningrad, Éditions d’État, 1927.

[7] C. Dvolaïtski et I. Roubine (éd.), Les problèmes fondamentaux de l’économie politique, Moscou/Petrograd, Éditions d’État, 1922.

[8] Il existe une exception, la mention par Roubine d’un article de Preobrajenski. Voir p.81 du présent ouvrage. Mais cette mention se fait à l’occasion d’une discussion exclusivement théorique et elle est tout à fait muette sur l’origine politique de l’article de Preobrajenski, les débats qui président à la réforme monétaire de 1924.

[9] On signale la réédition de ce texte dans une édition récente des Œuvres de Preobrajenski (éd. M.  Gorinov), d’autant plus remarquable que les entreprises éditoriales de ce genre demeurent rares en Russie : Evgueni Preobrajenski, Archives, documents et matériaux, Moscou, Éditions Glavarkhiva, 2006. Pour aller plus loin en français, voir notamment, Evgueni Preobrajenski, La nouvelle économique, Paris, Syllepse, 2021.

[10] En réalité, l’hyperinflation qu’accompagne l’émission monétaire s’accompagne de transferts de richesse réelle complexes et socialement différenciés. Un autre économiste soviétique s’intéresse au phénomène à l’époque, en prenant pour modèle l’histoire des assignats émis pendant la Révolution française : voir S. Fal’kner, Le papier-monnaie dans la Révolution française, 1789-1796, trad. A. Berelowitch, Paris, Garnier, [1919] 2021.

Isaak I. Roubine : Essai sur la théorie marxienne de l’argent

Editions Syllepse, Paris 2022, 204 pages, 12 euros

https://www.syllepse.net/essai-sur-la-theorie-marxienne-de-l-argent-_r_60_i_888.html

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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