[36] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [36] 

  • Identité nationale ukrainienne et perspectives de cohabitation pacifique entre les peuples. Un entretien de David Broder avec Marko Bojcun
  • Russie : Cynisme idéologique. Entretien de Francisco Claramunt avec Ilya Boudraitskis
  • Michel Goya : Point de situation des opérations en Ukraine 15 mai 2022
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  • Biélorussie : les militants syndicaux Fedynich et Beresnev ont été transférés au centre de détention provisoire de la rue Volodarskogo
  • Syndicalistes ukrainiens morts au combat
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  • Liens avec autres textes

Identité nationale ukrainienne et perspectives de cohabitation pacifique entre les peuples

Nous ne pourrons pas parvenir à une paix durable en réformant les blocs. Le droit à l’autodétermination nationale doit être au cœur de la paix mondiale. Considérer que la crise peut être résolue par une nouvelle relation entre la Russie et l’Occident n’est pas la bonne façon d’aborder le problème.

Un entretien de David Broder avec Marko Bojcun

David Broder : Selon vous, il y avait deux processus parallèles à la fin de la guerre civile de 1921 : une centralisation généralisée de l’État soviétique, avec moins de contrôle local, mais simultanément un processus d’ukrainisation qui reconnaît sa différence…
Marko Bojcun : 
Il y a eu une reconnaissance de l’autonomie politique, y compris l’autonomie culturelle. Vous ne pouvez pas faire participer la population au processus de gouvernement sans reconnaître sa langue comme langue d’usage quotidien sur le lieu de travail, dans l’éducation, dans le gouvernement. C’est un processus d’auto-émancipation pour les peuples non russes, pour que les Ukrainiens soient reconnus pour ce qu’ils sont et utilisent la langue qu’ils veulent. Ils ne voulaient pas vivre et travailler dans la langue de l’ancien empire qui les a dominés.

Pendant la guerre civile, le mouvement social-démocrate ukrainien s’est scindé, tout comme le Bund et le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Deux partis communistes ukrainiens se sont formés, prônant une république socialiste ukrainienne indépendante. Finalement, ils ont fusionné avec le Parti communiste (bolcheviks) d’Ukraine, qui avait lui-même déclaré son autonomie par rapport au POSDR en 1918. Le parti communiste d’Ukraine était composé en grande majorité de russophones, mais un nombre croissant d’ukrainophones l’ont rejoint, soit individuellement, soit en y intégrant par fusion leurs propres partis communistes, qu’ils avaient formés pendant la guerre civile. Ainsi, en 1921, une composante importante du parti bolchevique d’Ukraine était composée de locuteurs ukrainiens et une partie importante de l’intelligentsia ukrainienne réclamait un gouvernement ukrainien indépendant qui s’unirait aux autres républiques soviétiques librement, de sa propre volonté.

Cette pression s’est traduite par le soutien de Lénine à l’idée de créer une confédération, une Union de républiques, ce qui signifie que les Ukrainiens auraient le droit de se gouverner eux-mêmes, de s’unir à d’autres républiques soviétiques et de partir s’ils le souhaitaient. Ainsi, l’URSS formée à la fin de 1922 était constitutionnellement une confédération des républiques de l’Union. Mais en réalité, sa structure politique était fortement centralisée et les bolcheviks russes au pouvoir ne permettaient pas le développement d’un État indépendant. Cependant, ils ont dû faire d’importantes concessions. Dans les années 1920, l’identité nationale ukrainienne s’est développée au sein de la classe ouvrière et, en 1928, la moitié des syndicats ukrainiens fonctionnaient en ukrainien, alors qu’avant la révolution, ils étaient en grande majorité russophones.

David Broder : Qu’est-ce qui explique que la classe ouvrière s’identifie de plus en plus comme ukrainienne durant cette première période qui suit celle ouverte en 1917 ?
Marko Bojcun :
 C’est un résultat paradoxal du développement de l’Union soviétique : l’industrialisation, l’alphabétisation universelle et l’urbanisation ont renforcé l’identité nationale ukrainienne. Ainsi, les communistes ukrainiens des années 1920 voulaient et exigeaient qu’il y ait, tout d’abord, une reconnaissance de leur République socialiste soviétique en tant qu’unité économique unique, alors que les bolcheviks russes voulaient à l’origine voir la République ukrainienne divisée en deux – une zone agricole et une zone industrielle – et décider des priorités de ces deux régions depuis Moscou. Les communistes ukrainiens ont dit non, nous voulons qu’il y ait un seul plan pour notre république qui comprenne le développement industriel et agricole, et nous voulons le décider nous-mêmes. Cela a eu de graves répercussions sur l’éducation, la planification économique et toutes sortes de questions de développement.

Une lutte perpétuelle était en cours. Joseph Staline a mis fin au processus pacifique d’ukrainisation. Son pouvoir permettait l’expression de l’identité nationale en tant qu’identité ethnique : vous pouvez utiliser votre langue, vous pouvez chanter des chansons folkloriques, vous pouvez danser, mais vous ne pouvez pas vous gouverner vous-mêmes. Si vous voulez participer au gouvernement, vous devez aller à Moscou. De nombreux Ukrainiens talentueux sont allés à Moscou et à Leningrad et ont occupé des postes importants au sein du gouvernement soviétique : des gens comme Nikita Khrouchtchev et Leonid Brejnev et d’autres avant eux. Nous voyons aujourd’hui les descendants de ces personnes parler à la télévision depuis Moscou en tant que représentants de la Fédération de Russie.

David Broder : Vous avez également montré que ce processus a continué pendant toute l’ère soviétique : des parties de plus en plus importantes de la classe ouvrière se sont identifiées comme ukrainiennes dans les années 1970.
Mais s’agissait-il nécessairement d’une conscience politique ou même oppositionnelle ?
Marko Bojcun :
 C’est certainement une question compliquée et complexe. Ce que je peux dire, tout d’abord, c’est que l’identité ukrainienne en tant que choix d’autodétermination, qui s’est renforcée dans les années 1920, dans des conditions qui permettaient aux Ukrainiens d’entrer dans la vie politique, a été brutalement mise à mal dans les années 1930 et poussée dans la clandestinité avec les purges staliniennes et la terreur. La grande majorité de tous les dirigeants politiques et culturels ukrainiens ont été éliminés : 140 des 142 membres du comité central du Parti communiste ukrainien en 1933 ont fini dans les camps et les prisons ou carrément exécutés. L’intelligentsia a été anéantie pendant la famine de 1932-1933, qui a brisé les reins de la paysannerie en tant que force politique autonome.
À la fin de la guerre civile, l’Ukraine était divisée entre quatre États différents : la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et l’Union soviétique. Adolph Hitler et Staline se sont partagé la Pologne en 1939, et deux ans plus tard, l’Allemagne nazie a envahi l’Union soviétique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne nazie a enrôlé quelque 250 000 Ukrainiens dans ses formations militaires et sa police auxiliaire, tandis que 4,5 millions d’Ukrainiens ont servi dans l’Armée rouge soviétique, soit 40% de ses effectifs totaux. Ils ont participé aux grandes batailles qui ont permis d’expulser puis de vaincre l’Allemagne pendant la guerre. En conséquence, la République socialiste soviétique d’Ukraine a subi les plus lourdes pertes en termes de vies humaines et de dégâts matériels de toutes les républiques soviétiques. En 1945, pratiquement tous les territoires de l’Ukraine ont été réunis pour la première fois sous un seul État. En 1954, les dirigeants de l’Union soviétique ont transféré la république autonome de Crimée de la république soviétique russe à la république soviétique ukrainienne, en grande partie pour des raisons économiques.
Dans la période après Staline, il y a eu une alternance de périodes de libéralisation de la vie politique et de retour de la répression. Pourtant, une conscience politique pour l’autodétermination était toujours présente, jusque dans les années 1980. Il existe de bons exemples de cette conscience au sein du mouvement dissident : l’Union ukrainienne des travailleurs et des paysans, créée à la fin des années 1970, et le Groupe Helsinki ukrainien. Mais il s’agissait de très petites expressions d’une conscience politique qui était réprimée sous la pression de la censure et de l’intimidation.
J’ai travaillé en Ukraine pendant vingt ans, voyageant dans tout le pays, à Odessa, Kharkiv, Dnipropetrovsk, Lviv. Partout, je parlais ukrainien, et presque partout les gens me répondaient en russe mais passaient à l’ukrainien. Je n’ai jamais connu, sauf une fois sur un marché de Kiev, d’expression de chauvinisme ou de racisme à mon encontre pour avoir parlé ukrainien. Aujourd’hui, les russophones et les ukrainophones se frayent un chemin dans la communication avec fluidité et dans le respect mutuel. En même temps, j’ai vu à quel point l’ukrainien était accepté et de plus en plus utilisé comme langue de la vie quotidienne, surtout après le Maïdan en 2014.

David Broder : Il semble évident que la guerre de 2014, et surtout celle-ci, ont raffermi l’identité nationale ukrainienne, même au sein de la population russophone. Mais qu’en est-il de régions comme le Donbass ?
Marko Bojcun :
 Tout d’abord, je dois dire que les russophones sont partout en Ukraine, et ce ne sont pas seulement des Russes. Ils sont Russes et Ukrainiens, Juifs et Tatars de Crimée, Arméniens et Grecs. La langue russe n’est donc pas en soi un marqueur significatif d’identité nationale ou d’allégeance politique, sauf pour les nationalistes d’extrême droite. Ce qui est important, c’est de savoir si vous vous identifiez à vos concitoyens qui vivent ici, dans ce pays, en tant qu’une seule nation.

Nombreux sont ceux qui, dans la gauche internationale, ne saisissent pas cela lorsqu’ils disent qu’il y a cette population russe mécontente parce qu’elle est victime de discrimination. C’est tout simplement faux. C’est une affirmation faite par les propagateurs de l’idéologie du russkiy mir (la civilisation du monde russe) à laquelle toute l’Ukraine, disent-ils, appartient de droit, y compris le Donbass.
Ceux qui invoquent une discrimination à l’encontre de la langue russe se sont récemment concentrés sur la loi de janvier 2021 qui exige que les services publics et commerciaux soient fournis en ukrainien, alors que, jusqu’à présent, le russe avait continué à prédominer, notamment dans les médias de masse et sociaux. Il s’agit, en fait, d’une loi de discrimination positive destinée à renforcer l’ukrainien, désormais langue officielle. Une telle mesure est jugée nécessaire après trois siècles de discrimination et d’interdiction de l’ukrainien et face à la concurrence des corporations médiatiques diffusant depuis la Russie voisine.
La loi est largement soutenue car elle correspond à ce que la plupart des gens veulent et choisissent de faire eux-mêmes. Mais elle a été introduite sans accorder beaucoup d’attention aux mesures nécessaires pour faciliter la transition du russe pour les russophones unilingues. Les plus grands détracteurs qui subsistent sont les médias et les maisons d’édition qui doivent désormais produire des services parallèles en ukrainien, s’ils continuent à les fournir en russe.
Voyons donc comment les choses se passent réellement dans le Donbass. C’était la partie la plus développée de l’Ukraine sur le plan industriel ; la région s’étend également au-delà de la frontière russe. Elle avait un niveau de vie très élevé, était économiquement étroitement liée à l’économie de la Fédération de Russie, était historiquement reliée à Moscou et à Leningrad par le rail et d’autres moyens de transport. À partir des années 1970 cette région a connu un déclin économique, et encore plus après l’effondrement de l’Union soviétique, lorsque les nouveaux capitalistes ont pillé et privatisé les actifs nationalisés. La classe ouvrière a connu ce qu’ont connu les travailleurs des « zones de rouille » aux États-Unis et en Grande-Bretagne : se marginaliser, se retrouver au chômage, être obligé d’émigrer à la recherche d’un travail. Leur environnement a été empoisonné et pollué par la production industrielle. Ils en souffrent de toutes sortes de façons, notamment au niveau de leur santé et de leurs chances dans la vie.
Il y a donc ce ressentiment dont se sont emparé les nationalistes russes : l’extrême droite du Donbass et de la Russie. Ils affirment que les habitants du Donbass ont été privés de leurs droits politiques et qu’ils doivent donc avoir leur propre gouvernement, ou plutôt qu’ils doivent rejoindre la Fédération de Russie. C’est ainsi que ce processus a commencé, et si vous regardez attentivement, les républiques séparatistes ont été lancées en 2014 par des nationalistes russes d’extrême droite. Ce qui, à son tour, a généré une forte réaction nationaliste ukrainienne, y compris son extrême droite. Ces deux nationalismes se nourrissent l’un l’autre, façonnant des parties importantes de l’ensemble du processus politique et de la situation militaire.
La majorité de l’électorat du Donbass a soutenu l’indépendance de l’Ukraine lors du référendum de décembre 1991. Mais l’indépendance ne s’est pas accompagnée d’une rupture radicale avec le passé, ni d’un retrait de la vieille classe dirigeante soviétique des fonctions publiques ou de son contrôle sur l’économie. Plus que partout ailleurs en Ukraine, ceux qui ont gouverné le Donbass ont entretenu une relation autoritaire et paternaliste avec la population ouvrière et ont encouragé leur identité régionale distincte plutôt qu’une identité civique et nationale. Mais ils s’identifient aux autres habitants de l’Ukraine en tant que citoyens d’un même pays. C’était la situation avant 2014, mais elle a évidemment été polarisée et enflammée par les conflits qui ont éclaté.
Lorsque Viktor Ianoukovitch a été élu en 2010, il a amené avec lui au gouvernement de Kiev une faction d’oligarques du Donbass. Ils se sont rangés derrière lui parce qu’il contrôlait l’accès aux licences pour le commerce extérieur, par exemple le pétrole, le gaz et les produits chimiques traités en Ukraine. Ses ministres venaient essentiellement de la région de Donbass. Lorsqu’il a été chassé par le Maïdan en 2014, il a fui en Russie, mais son parti s’est établi comme une force croupion dans le Donbass. Ils ont tenté d’organiser une riposte à partir de là et de maintenir un pied en Ukraine. La Fédération de Russie, sous la direction de Poutine, est intervenue et les a soutenus militairement. La Russie s’est d’abord emparée de la Crimée en février 2014, puis les personnes à l’origine de cette saisie se sont déplacées dans le Donbass et ont créé, avec les partis nationalistes russes locaux et les restes du parti de Ianoukovitch, les républiques populaires de Donetsk et de Louhansk [1].

David Broder : Certains pointent du doigt les négociations de paix qui ont suivi 2014, et notamment l’accord de Minsk II, comme base des pourparlers actuels. Quel type d’accord de paix l’Ukraine pourrait-elle accepter qui ne reviendrait pas à avaler une humiliation, même en dépit des succès actuels contre l’invasion ?
Marko Bojcun : 
Si l’accord de Minsk II a jamais eu une quelconque utilité comme base de résolution du conflit, Poutine l’a détruit. Poutine n’a même pas voulu rencontrer Zelensky, mais a continué à insister sur le fait que le processus était conditionné par l’acceptation par l’Ukraine des dirigeants des républiques séparatistes comme parties aux négociations. Le gouvernement ukrainien a refusé de le faire. Et c’est devenu l’un des éléments déclencheurs de l’invasion russe, qui a détruit tout processus de ce type. Poutine a enfoncé une hache dans la table des négociations en envahissant l’Ukraine, en exigeant sa reddition et en bombardant les civils dans leurs maisons, dans les hôpitaux et à travers les soi-disant couloirs d’évacuation.
Le gouvernement ukrainien affirme désormais qu’il ne s’engagera pas dans des négociations globales si la Russie ne se retire pas complètement, y compris de Crimée et du Donbass. Il affirme qu’il ne peut pas négocier sous l’intimidation des bombes larguées sur la population civile. Mais il a envoyé ses représentants aux pourparlers où il pense pouvoir contribuer à protéger la vie des civils.
Selon moi, Poutine s’attendait à mener une guerre éclair, à entrer en Ukraine et à l’occuper rapidement tout en infligeant un minimum de dégâts, afin que la population ukrainienne accepte plus facilement une domination russe, un gouvernement installé par Moscou. C’était la stratégie initiale de Poutine, qui a été contrecarrée par la résistance acharnée des Ukrainiens. De nombreux éléments montrent que les soldats russes manquent de motivation pour avancer au rythme souhaité ou pour affronter leurs adversaires de près une fois sur place. Il est donc difficile que l’invasion se déroule comme prévu.
Les puissances occidentales n’ont pas accepté d’imposer une zone d’exclusion aérienne, car cela risquerait de déclencher une guerre entre l’OTAN et la Russie. Cependant, le soutien occidental est assez important, et il est ressenti par l’État russe et ses alliés du monde des affaires. Il est de plus en plus connu de la population russe, qui ne manifeste pas non plus un soutien enthousiaste à l’invasion. Ce sont donc maintenant les Russes qui ont demandé des négociations, mais ils ne le demandent pas vraiment, ils exigent la reddition de l’Ukraine.
Nous sommes maintenant en pleine guerre. Les Russes en sont venus à terroriser la population civile et à la chasser de chez elle sous les tirs. Je pense que nous sommes dans une longue bataille ici – de plus en plus une situation de type syrien, j’en ai peur.

David Broder : Alors comment éviter cela ?
Marko Bojcun :
 À l’heure actuelle, la Russie cherche à vaincre les Ukrainiens ou, à tout le moins, à partitionner le pays. L’Ukraine est confrontée à des difficultés presque insurmontables, mais elle s’est retranchée et exige le retrait complet de la Russie de toute l’Ukraine d’avant 2014. Partition ou réunification et aucun compromis, si ce n’est de la part de ceux qui, à l’Ouest, appellent à la paix en échange de l’acceptation par l’Ukraine des conditions de la Russie. Ces partisans de la paix sont, je pense, sincères, mais confortablement installés chez eux, dans des démocraties encore pacifiques, ils n’ont guère l’autorité morale qui permettrait de proposer une telle solution. Je pense que nous ne pourrons progresser vers un cessez-le-feu et un accord de paix que s’il existe un mouvement anti-guerre de masse en Russie, et même en Occident, et si le pouvoir de Poutine est sérieusement ébranlé. Ni l’un ni l’autre ne sont imminents. Mais s’il y a un mouvement populaire plus fort qui exige que le gouvernement russe retire ses forces de l’Ukraine, cela commencerait à changer la situation.
Il doit y avoir une réponse politique de masse en Occident, ainsi qu’une nouvelle conception et une nouvelle stratégie pour la paix en Europe. Je ferais l’analogie avec la période de la fin des années 1970 et du début des années 1980, lorsque les Américains ont installé des missiles de croisière en Grande-Bretagne et que l’Union soviétique a répondu en installant des missiles SS-19 et SS-21 en Tchécoslovaquie. La réponse a été un mouvement de masse organisé et dirigé par la Campagne pour le désarmement nucléaire. E. P. Thompson [2] et d’autres membres du petit camp européen du désarmement nucléaire ont apporté à cette campagne de nouvelles idées importantes sur la guerre et les voies possibles vers la paix à notre époque de destruction massive. C’était un développement significatif en soi, et je crois qu’il a eu un grand impact sur le comportement des grandes puissances par la suite. Cela a informé et a fait des propositions importantes, qui ont ont joué un rôle dans le processus de désarmement, la limitation des missiles d’une certaine portée en Europe, et dans les discussions que Mikhaïl Gorbatchev a entamées avec les dirigeants européens et américains qui ont mis fin, du moins pour quelques années, à la guerre froide.

Nous avons donc besoin d’une nouvelle stratégie européenne de désarmement nucléaire et de paix, proposée par la société elle-même. Les gouvernements sont trop lents, et ils répondent à la guerre par la guerre. Ils comptent les pertes pour leurs propres grandes entreprises qui résultent de l’interconnexion entre le capital russe et le capital occidental par le biais des investissements, du commerce, de la dette, des oléoducs, etc. Il doit y avoir un message clair de la part d’un mouvement populaire, tant en Russie qu’en Occident, qui forcerait ces gouvernements à entamer de véritables négociations. Nous n’en avons pas assez pour l’instant, mais il y a eu un moment de reconnaissance de la gravité de la situation et de l’importance stratégique de l’Ukraine pour la paix européenne.

David Broder : Nous pouvons diffuser le message du mouvement pacifiste russe, et il est clair que la résistance militaire ukrainienne peut susciter une certaine dissidence parmi les troupes russes. Mais comment construire un mouvement pour la paix qui ne se contente pas de pousser à un nouvel accord entre Washington et Moscou sur la tête du peuple ukrainien et d’autres États plus petits ou plus faibles ? L’invasion de Poutine a apparemment renforcé le soutien à l’OTAN, non seulement en Europe de l’Est mais aussi en Finlande, par exemple.
Marko Bojcun :
 Nous ne pourrons pas parvenir à une paix durable en réformant les blocs. Le droit à l’autodétermination nationale doit être au cœur de la paix mondiale. Considérer que la crise peut être résolue par une nouvelle relation entre la Russie et l’Occident n’est pas la bonne façon d’aborder le problème. Il y a beaucoup de pays entre l’Occident et la Russie. La Russie possède vingt et une bases et installations militaires en dehors de ses propres frontières, dont dix-huit dans des États ex-soviétiques indépendants. Ce sont des instruments du Kremlin en tant que gendarme de toute la région.
L’Ukraine se trouve prise entre deux puissances militaires régionales qui protègent leurs projets d’intégration régionale respectifs. Il y a l’Union économique eurasienne de la Russie et son Organisation du traité de sécurité collective, une alliance militaire qui est entrée en action tout récemment au Kazakhstan. Il y a aussi les accords bilatéraux que la Russie a conclus avec toute une série d’autres pays, dont la Chine. L’alliance de l’OTAN, dirigée par les États-Unis, garantit la sécurité militaire de l’Union européenne et s’engage dans des guerres à l’est et au sud de la Fédération de Russie. Ces deux projets d’intégration régionale sont en expansion depuis longtemps ; on en est maintenant à la confrontation. C’est ici, en Ukraine, que se trouve le cœur de cet affrontement, car pour les multinationales russes et l’État russe la voie vers le statut transnational et vers le pouvoir passe par l’Ukraine en termes d’investissement, de commerce, de dette, de transport, de communications, etc. La Russie cherche à établir un lien fort et coopératif avec le capital allemand. Cela effraie les États-Unis, qui sont une puissance en déclin, certainement en Europe, une puissance qui a perdu l’initiative. Il y a donc ces deux roues de grands projets d’intégration régionale qui broient l’Ukraine entre elles.
Je ne veux pas être un conseiller en politique étrangère pour les gouvernements. Je veux plutôt montrer qu’il existe une autre façon d’aborder la situation que par le biais des gouvernements. Nous devons commencer par les grands principes. Cela signifie d’abord que chaque pays a le droit de se défendre, mais qu’il doit retirer toutes ses forces militaires qui se trouvent à l’extérieur de son propre pays s’il les a placées là. Deuxièmement, cela signifie que nous devons désarmer, réduire et éliminer les armes offensives. Ces missiles massifs volent vers le centre des villes en ce moment même. Nous devons parler de la création d’un environnement coopératif et de la mise en relation des personnes, c’est-à-dire des mouvements civiques, sociaux et de défense des droits de l’homme, des collectifs productifs et des organisations syndicales par-delà les frontières, afin d’instaurer une confiance et un soutien mutuels plutôt que de s’en remettre entièrement aux gouvernements. Si nous commençons à construire une telle conception, nous pourrons peut-être montrer qu’il existe une autre façon d’aborder le problème plutôt que de s’intéresser à l’équilibre des pouvoirs entre les États. Cela ne nous empêche pas de faire pression sur les États et d’exiger des changements de politique publique.
Pour l’instant, cependant, les Ukrainiens ne peuvent pas prendre part aux discussions sur une paix future durable. Cela doit venir plus tard, à la fin de la guerre. Ils exigent la fin immédiate de l’agression dont ils sont victimes, demandant désespérément l’aide de ceux qui disent être à leurs côtés. Ils sont de plus en plus frustrés par l’incapacité des États occidentaux à leur venir en aide, mais ils ne se font aucune illusion sur l’OTAN ni sur les intérêts que ce traité servira en fin de compte. Ils sont tout à fait conscients et reconnaissants de l’aide pratique que leur apportent les organisations civiques, syndicales, de défense des droits humains et les organisations caritatives. Cette aide contribue à sauver des vies. Notre tâche est de rester avec eux, de créer et d’entretenir des liens avec eux, et d’exiger que le régime de Poutine mette fin aux massacres. Les liens que nous tissons avec eux jetteront les bases de discussions approfondies et de décisions ultérieures sur la paix à long terme.

Marko Bojcun est un socialiste ukrainien, auteur de The Workers’ Movement and the National Question in Ukraine 1897-1918 (Brill, Historical Materialism Book Series vol. 229, Leiden 2021). Il s’est entretenu avec David Broder, rédacteur européen de Jacobin, de la montée historique de l’identité nationale ukrainienne, de son développement paradoxal au cours de la période soviétique, et des perspectives de cohabitation pacifique entre les peuples d’Europe de l’Est aujourd’hui (https://www.jacobinmag.com/2022/03/ukrainian-working-class-formation-ussr-nato-war-national-identity).
Nous avons traduit ici la partie de l’entretien concernant ces questions depuis 1921 (Traduit de l’anglais par JM).

Notes
[1] Simon Pirani, « The Russian Statelets in the Donbass Are No “Peoples’s Republics” », Jacobin du 2 mars 2022 : (https://jacobinmag.com/2022/03/donbas-donetsk-luhansk-ukraine-russia-putin). En français on lira avec intérêt l’entretien de Hanna Perekhoda avec l’écrivain Serhiy Jadan « Dire la vérité sur la guerre du Donbass », paru dans solidaritéS n° 270 le 11 juin 2015 (disponible sur le site d’Europe solidaire sans frontières : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35240).
[2] Jeffery R. Weber, « E.P. Thompson’s Romantic Marxism », Jacobin du 24 juillet 2015 : https://www.jacobinmag.com/2015/07/making-english-working-class-luddites-romanticism

Inprecor no 695-696 mars-avril 2022
http://www.inprecor.fr/~198784d7f812f10eb3825ba6~/article-Identité-nationale-ukrainienne-et-perspectives-de-cohabitation-pacifique-entre-les-peuples?id=2552
https://www.pressegauche.org/Identite-nationale-ukrainienne-et-perspectives-de-cohabitation-pacifique-entre

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Russie : Cynisme idéologique

Entretien de Francisco Claramunt avec Ilya Boudraitskis

Avec Poutine, on peut voir comment le cynisme se transforme finalement en une idéologie agressive, une approche d’anti-humanisme radical.

Francisco Claramunt : On entend parler d’une sorte de « nostalgie soviétique » de Vladimir Poutine comme une tentative facile d’expliquer l’invasion de l’Ukraine, en particulier de la part de la droite anticommuniste montante. Dans le même temps, certains préfèrent désigner l’impérialisme tsariste comme le véritable antécédent historique de cette agression militaire. Que pensez-vous de ces commentaires ?
Ilya Boudraitskis : La base idéologique de l’invasion de l’Ukraine par la Russie est clairement exprimée par Poutine lui-même dans son discours précédant l’attaque. Il y affirme que les frontières actuelles de l’Ukraine ont été créées par les bolcheviks, qui, selon lui, ont commis une énorme erreur historique à laquelle il veut en quelque sorte remédier. Il s’agit d’une conception, d’un discours clairement anticommuniste et antibolchévique, et c’est cette idéologie qui est à la base conceptuelle de l’invasion. Il n’y a pas vraiment de doute à ce sujet ; Poutine lui-même l’affirme. La rhétorique officielle russe dans cette guerre est clairement une rhétorique nationaliste et chauvine, sans la moindre réminiscence soviétique. Il y a sans aucun doute une évocation officielle de la rhétorique de l’empire russe, de ses arguments, notamment dans l’affirmation que les Ukrainiens ne sont pas une nation, mais simplement des Russes qui renieraient leur véritable essence. C’était un discours commun du conservatisme et de l’impérialisme russes du XIXe siècle.

Francisco Claramunt : D’autre part, les commentateurs étrangers et les figures de l’opposition russe ont toujours insisté sur le fait que Poutine n’est pas vraiment un nationaliste au-delà de sa rhétorique des dix dernières années, mais simplement un leader pragmatique, un opportuniste qui a émergé sous l’aile de Boris Eltsine et de ses conseillers ultra-libéraux des années 1990. Quelqu’un de plus intéressé par le pouvoir et la préservation du statu quo que par les rêves de gloire tsariste.
Ilya Boudraitskis : 
On peut certainement parler d’un changement conservateur dans la politique de Poutine après 2012, suite à la vague de protestations à travers la Russie contre sa réélection. Dès lors, il est passé à une défense vigoureuse des soi-disant « valeurs traditionnelles », de la « grande nation russe » et d’autres clichés de ce genre. Mais, d’un autre côté, je ne vois pas de contradiction entre la logique libérale du marché et cette logique d’impérialisme et d’agression. On peut dire que l’attitude principale de Poutine et de l’élite russe actuelle est et a été depuis le début celle du cynisme. Les libéraux tombent toujours dans l’erreur d’opposer le cynisme au fanatisme, cette idée que le cynisme s’oppose à la défense des grandes idées, comme celles du nationalisme, par exemple. Pour eux, vous êtes soit un cynique, soit un adepte des grandes idées. Mais avec Poutine, on peut voir comment le cynisme se transforme finalement en une idéologie agressive, une approche d’anti-humanisme radical. Le néolibéralisme, la logique néolibérale fondée sur la domination totale de l’intérêt privé, sur la négation de toute forme d’universalisme, conduit lui-même à une politique d’anti-humanisme militariste ou autoritaire. Ce que vous voyez maintenant dans le poutinisme est la transformation finale de cette logique cynique du néolibéralisme de marché en autoritarisme violent. Je ne vois pas de rupture ici : je vois une continuité logique. Vous avez des exemples de la même chose en Amérique latine : il y a Bolsonaro et ses conseillers, néolibéraux pro-marché et en même temps imprégnés de cette rhétorique politique ultra-conservatrice. Sans parler de ce qui s’est passé au Chili. En ce sens, Poutine n’est en aucun cas une anomalie dans le contexte du capitalisme mondial contemporain, pas plus que Trump ne l’a été.

Francisco Claramunt : Quels sont les fondements qui ont néanmoins permis à Poutine de rester le leader incontesté de la Russie depuis plus de 20 ans ?
Ilya Boudraitskis :
 Il suffit de se rappeler les origines du néolibéralisme et la célèbre phrase de Margaret Thatcher : « La “société” n’existe pas, il n’y a que des individus ». Le poutinisme a poursuivi, à sa manière, la destruction systématique de l’émergence du social en Russie – des institutions sous contrôle démocratique, du syndicalisme, des partis d’opposition, des réseaux de solidarité, des mouvements sociaux autonomes. Cette atomisation du social réalisée par le néolibéralisme conduit, à plus ou moins long terme, au fascisme, à des formes fascistes de gouvernement et de gestion de la vie publique. Parmi ceux qui, à gauche, ont commenté avec justesse l’émergence du fascisme et du totalitarisme au XXe siècle, nombreux sont ceux qui ont indiqué que l’atomisation et la destruction de l’espace social étaient une condition nécessaire et en même temps un objectif du fascisme. Briser le social, le fragmenter et l’atomiser en individus faciles à dominer et à encadrer dans une hiérarchie commandée depuis le sommet, intégrée “harmonieusement” dans les rouages de la production capitaliste. C’était l’objectif fondamental du fascisme historique. Ce que nous avons aujourd’hui dans les nouvelles formes de gestion de la vie, qui sont le résultat logique de la transformation néolibérale vécue au niveau mondial au cours des dernières décennies, n’est pas très éloigné. Pour comprendre le poutinisme, il est important de se rappeler ce qui s’est passé en Russie dans les années 1990, avec des réformes pro-marché extrêmement radicales et la paupérisation dramatique de la population russe qui en a résulté ; il est important de se rappeler le terrible héritage des deux guerres de Tchétchénie – n’oublions pas que Poutine a d’abord consolidé son pouvoir grâce à la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2009), en utilisant une rhétorique xénophobe et autoritaire pour asseoir sa popularité. Ce qui se passe aujourd’hui est lié à ce qui se passait alors ; il s’agit d’un tissu social complètement brisé dans lequel les individus sont des proies faciles pour l’autoritarisme.

Francisco Claramunt : Cependant, les sondages continuent de montrer un fort soutien populaire pour le gouvernement russe…
Ilya Boudraitskis :
 Dans un pays où, depuis des décennies, on fait comprendre aux gens qu’il n’y a pas de véritable alternative au pouvoir, un pays où dans le système politique il n’y a aucune possibilité d’élire une autre personne ou un autre parti, les chiffres de popularité, le niveau de soutien, doivent plutôt être considérés comme des indicateurs du niveau de conformisme qui prévaut. Le conformisme ou même la résignation à l’idée que les individus ne peuvent vraiment rien changer, ni dans leur propre vie ni dans celle de leur pays. Dans un scénario d’absence de toute institution dans laquelle il existe une véritable lutte de pouvoir entre des alternatives crédibles, ces cotes de popularité reflètent simplement une société brisée. Sans contestation politique, sans réelle conviction qu’une alternative est possible, ce soutien majoritaire à Poutine pourrait, théoriquement, durer éternellement. Par exemple, des soldats russes meurent actuellement en Ukraine alors qu’ils ont vécu toute leur vie sous le régime de Poutine. Ils ont passé toute leur vie sous ce régime, qui a tout fait pour empêcher tout changement de pouvoir.

Francisco Claramunt : Au-delà des caractéristiques du front extérieur et des longues discussions sur les causes géopolitiques de la guerre, quels sont les éléments auxquels répond cette incursion militaire sur le front intérieur ?
Ilya Boudraitskis :
 Si vous regardez les sondages aujourd’hui, vous voyez que la majorité de la population en Russie soutient la guerre. Mais il est important de préciser qu’ils le font dans une situation où toute expression publique de désaccord avec ce conflit est totalement criminalisée. Si vous vous opposez publiquement à la guerre, vous pouvez être arrêté. Sur le front intérieur, la guerre est venue en réponse à une crise croissante du régime politique et du modèle social du poutinisme. La guerre a été essentielle pour unifier l’appareil d’État et fournir l’excuse ultime pour écraser toute contestation restante du gouvernement. Dans le même temps, cependant, je pense que le lancement de cette invasion a été, au fond, une énorme erreur de calcul de la part de Poutine, fondée sur des attentes qui se sont révélées fausses, notamment en ce qui concerne la situation réelle en Ukraine en termes de niveau de résistance de la société ukrainienne. Poutine se trouve maintenant dans une situation très difficile, où il doit présenter toute issue de cette guerre comme une victoire. Mais les faits sur le terrain montrent que la possibilité d’une victoire russe s’éloigne de plus en plus, du moins au niveau de la réalité plutôt que de la propagande.

Francisco Claramunt : Quelles sont les chances de rupture avec l’hégémonie poutiniste en Russie ? Quel rôle la gauche peut-elle jouer dans la démocratisation du pays ?
Ilya Boudraitskis : 
Les fondements de la construction de ce régime politique visent, bien sûr, l’exclusion de toute possibilité d’émergence de figures alternatives. Mais la crise que l’absence de victoire et l’impact économique de la guerre pourraient faire subir au poutinisme pourrait entraîner différentes ruptures, tant dans la bureaucratie d’État qu’au niveau des gouvernements régionaux et fédéraux en Russie, et même ouvrir certaines portes à de nombreux opposants, aujourd’hui en prison ou en exil, pour qu’ils jouent un rôle plus actif.

Quoi qu’il en soit, dans tout scénario de changement en Russie, la gauche, une perspective de gauche, jouera sans aucun doute un rôle prépondérant. L’un des principaux problèmes de la Russie d’aujourd’hui est l’énorme inégalité sociale. Même Alexei Navalny, un politicien clairement de droite, a intégré cette question dans ses récentes campagnes, en évoquant les énormes différences entre la majorité appauvrie et la petite élite des méga-riches dans ce pays. En ce sens, un programme de gauche, centré sur la justice sociale, peut jouer un rôle crucial. C’est une chose que l’on peut facilement constater non seulement dans les chiffres froids de l’économie et de la société russes, mais aussi dans les conversations avec les citoyens ordinaires.
Le problème, si tant est qu’il y en ait un, est de savoir comment la gauche va se reconstruire sur le plan organisationnel après cette guerre. La vague de répression contre ceux qui s’opposent à la guerre touche de manière particulièrement brutale la gauche et les mouvements sociaux progressistes et radicaux, du féminisme aux membres du parti communiste qui se dissocient de la ligne officielle de sa direction et s’opposent à la guerre. Actuellement, la gauche russe est profondément divisée entre les groupes et les personnalités qui s’opposent résolument à l’invasion et ceux qui tentent de trouver des excuses pour la relativiser, la tolérer. Cette division profondément traumatisante nécessitera une sérieuse reconstitution de la gauche russe actuelle.

Cet entretien a été d’abord publié le 8 avril 2022 par Brecha : https://brecha.com.uy/cinismo-ideologizado-con-el-historiador-ruso-ilya-budraitskis/
(Traduit de l’espagnol par JM).

Inprecor no 695-696 mars-avril 2022
http://www.inprecor.fr/~198784d7f6515d44b3825bb5~/article-Cynisme-idéologique?id=2549
https://www.pressegauche.org/RUSSIE-Cynisme-ideologique

Ilya Budraitskis, professeur de théorie politique à l’École des sciences sociales et économiques de Moscou, enseigne également à l’Institut d’art contemporain de Moscou. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire de la Russie et sur la tradition de la gauche critique et dissidente en Russie, tant pendant les années soviétiques que dans la période actuelle, dont le récent ouvrage Dissidents between Dissidents : Ideology, Politics and the Left in Post-Soviet Russia (Verso Books, 2022).
Francisco Claramunt est journaliste de l’hebdomadaire uruguayen Brecha.

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Point de situation des opérations en Ukraine 15 mai 2022

15 mai-2

Un mois après le début de la phase « décisive » de l’offensive pour la conquête complète du Donbass, les forces russes ont conquis une poche de 15 km à l’Ouest et de 20 km au Sud d’Izyum face à quatre brigades ukrainiennes. Elles semblent marquer un arrêt dans cette zone, renonçant à s’emparer de Barvinkove, point clé à 40 km à l’Ouest de Sloviansk. Combinée à la stérilité des attaques venant du Sud et notamment de la ville de Donetsk, la possibilité d’une grande « tenaille » encerclant l’oblast de Donetsk n’est plus crédible actuellement.

Les forces russes concentrent désormais leur effort simultanément mais séparément sur les villes de Sloviansk et de Severodonetsk. Dans le premier cas, la 2e division d’infanterie motorisée de la garde placée dans la poche d’Izyum à l’Ouest de Sloviansk presse par le feu la 81e brigade d’assaut aérien mais sans attaquer. L’effort principal est porté au Nord-Est de Sloviansk sur l’axe d’Oleksandrivna à la tête de pont d’Ozerne, le long du parc naturel Sviati Hory et de la rivière Donets. Au nord de l’arc protégeant Sloviansk, la 57e brigade motorisée ukrainienne a reculé d’une dizaine de kilomètres en une semaine et il sera bientôt difficile de tenir la ville de Lyman. Dans le second cas, les forces russes multiplient les attaques en périphérie de Severodonetsk et de Lysychansk. Le franchissement de la rivière Donets dans la zone du village de Bilohorivka s’est achevé le 13 mai par un désastre russe avec l’équivalent d’un groupement tactique de la 35ebrigade motorisée entièrement détruit par l’artillerie ukrainienne. On note au passage dans cet épisode le peu de progrès tactique réalisé par certaines forces russes incapables de sécuriser et d’organiser une zone de franchissement. Les Russes ont plus un peu plus de succès au Nord de Popasna, en direction, encore lointaine de Lysychansk.

En résumé, l’offensive russe se concentre de plus en plus strictement sur la conquête de Sloviansk et du couple Severdonetsk-Lysychansk, se contentant de procéder à des attaques limitées et beaucoup de frappes le long du reste de l’arc du Donbass et à se placer en posture défensive dans les régions de Kharkiv et Kherson. Les Russes progressent très lentement, au prix de pertes sensibles et quand on perd beaucoup d’hommes et d’équipements pour conquérir peu de terrain, la bataille de manœuvre tend à devenir une bataille d’usure. 

Alors que les forces d’appui et de logistique russes sont moins touchées que lors de la bataille de Kiev (meilleure protection et moins de harcèlement sur les axes arrière), on peut estimer que les Russes perdent l’équivalent d’un bataillon blindé-mécanisé (la composante « choc » des groupements tactiques, soit environ 40 chars et véhicules blindés d’infanterie) tous les trois jours dans cette zone de combat. Cela fait donc l’équivalent d’un cinquième des groupements tactiques engagés dans la zone déjà neutralisés (10 sur 48 en comptant la zone de Popasna) et un potentiel de quelques semaines de combat à ce rythme et à ce taux de pertes, toutes autres choses égales par ailleurs.

Pour l’instant, si les Ukrainiens reculent, ils échangent surtout du terrain contre du temps gagné et des pertes russes, que l’on peut estimer au double des leurs, en considérant le rapport des pertes documentées en véhicules de combat (de l’ordre de 1 pour 4 en faveur des Ukrainiens sur le site Oryx, mais sans doute sous-évalué en faveur des Ukrainiens). Que peuvent donc espérer les forces russes dans le mois à venir dans ce secteur ? 

La dislocation des forces ukrainiennes au nord de Sloviansk est peu probable, au mieux pour les Russes ils assisteront à leur repli sur la ville. Les Russes peuvent donc être aux abords Nord de Sloviansk à la fin du mois ou au début du mois de juin, avec des forces épuisées. Leurs perspectives sont plus favorables pour Severodonetsk où ils sont déjà aux abords de la ville. Ils peuvent espérer au mieux avoir encerclé la ville à la fin du mois. Il faudra ensuite combattre à l’intérieur de bastions-urbains qui, à l’inverse de Marioupol attaquée dès le début de la guerre, se préparent maintenant depuis plus de deux mois,

Mais les choses ne sont pas égales par ailleurs. En premier lieu, les deux adversaires peuvent renforcer ou relever leurs forces dans le secteur. Les forces russes disposeraient d’une vingtaine de groupements tactiques en réserve à Belgorod, pour la plupart issus du repli de la région de Kiev. Peut-être ont-ils pu être reconstitués et seraient donc susceptibles d’être engagés, dans la zone ou ailleurs car les besoins ne manquent pas. Les forces ukrainiennes disposent encore de quelques brigades comme la 45e brigade d’assaut aérien à Poltava. En cas d’urgence, elles peuvent également transférer trois ou quatre brigades des secteurs de Kharkiv ou Kherson. Les Ukrainiens ont reçu et reçoivent aussi beaucoup d’équipements occidentaux, plus de 240 chars et 400 véhicules blindés d’infanterie au début du mois de mai, soit déjà plus que ce qu’ils ont perdu au combat depuis le début de la guerre, et peut-être surtout 200 pièces d’artillerie, obusiers de 152 ou 155 mm ou lance-roquettes multiples. Au moins aussi important dans l’immédiat, ils reçoivent du carburant et des munitions. Il y a là de quoi alimenter les unités de secteur mais surtout, à plus long terme, de former de nouvelles unités.  

Mais preuve de leur confiance dans la capacité de résistance du secteur SKS (Sloviansk-Kramatorsk-Severodonetsk), les Ukrainiens consacrent leurs forces de réserve pour attaquer ailleurs. Ils ont beaucoup progressé cette semaine au Nord de Kharkiv où les forces ne tiennent plus pour l’instant qu’une petite poche de 10 km de large au-delà de la frontière de Kozacha Lopan jusqu’à Vesele. Les forces russes, couvertes par des bataillons de la République de Donetsk laissés sur place, peuvent considérer être en sécurité au-delà d’une frontière que les Ukrainiens peuvent difficilement franchir, au moins ouvertement, sous peine de susciter probablement une déclaration de guerre officielle de la Russie. Cette progression à l’Est d’abord puis au Nord de Kharkiv par quatre brigades ukrainiennes (dont une de territoriaux) a pour premier effet d’écarter de la grande ville la menace de l’artillerie russe. Elle permet au contraire de menacer le grand axe logistique de Belgorod à Izyum via Voltchansk, par une attaque terrestre (Voltchansk est en Ukraine, à 15 km des troupes ukrainiennes les plus proches), par infiltrations, même si l’axe semble protégé par les brigades de spetsnaz et peut-être surtout par l’artillerie précise à longue portée (M-777 américain ou Caesar français). 

La menace a obligé le commandement russe à retirer une partie des forces de la poche d’Izyum (et étonnamment non de Belgorod semble-t-il) pour venir protéger Voltchansk. Plusieurs groupements d’artillerie russes ont été déplacés sur la frontière pour effectuer des « diversions par le feu » notamment du côté de Soumy. 

Les forces ukrainiennes ne progressent pas en revanche du côté de Kherson où elles disposent de cinq brigades de manœuvre appuyées par deux brigades territoriales/Garde nationale face à sept brigades/régiments russes affaiblis. Le rapport de forces est plus équilibré que dans la région de Kharkiv, mais c’est là que le potentiel stratégique en cas de succès tactique (menace sur la Crimée, reprise de toute la zone Sud mal défendue) est le plus grand. 

Si le front du Donbass continue de résister, c’est peut-être de ce côté qu’il faudra que les Ukrainiens portent leur effort. De la même façon, si le front du Nord-Donbass est bloqué, c’est peut-être dans la zone Zaporijjia-Donetsk que les Russes ont le plus de potentiel face à des forces ukrainiennes peu denses. Cela expliquerait peut-être le renforcement des positions russes dans la région à partir de forces du Donetsk ou de Marioupol, où les combats continuent.

Michel Goya, 15 mai 2022
https://lavoiedelepee.blogspot.com

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Bélarus : ACTION URGENTE pour libérer les syndicalistes emprisonné-e-s

Belarus-Geneva-protest-photo

La récente arrestation d’Aliaksandr Yarashuk, Président du Congrès des syndicats démocratiques du Bélarus (BKDP) et ancien membre du Comité exécutif de l’UITA, ainsi que d’une vingtaine d’autres dirigeant-e-s syndicaux-ales, est un pas de plus vers la dictature totale au Bélarus, un régime étroitement aligné sur Poutine.

Avec les autres fédérations syndicales internationales, l’UITA co-parraine une nouvelle campagne LabourStart, et nous demandons à tous les membres de soutenir et de promouvoir la campage ICI !

  • Depuis août 2020, la répression des syndicalistes et des militant-e-s de la société civile au Bélarus s’est poursuivie. Plus de 1200 personnes ont été emprisonnées pour leur désaccord public avec des élections truquées ou leur participation à des rassemblements et des grèves pacifiques.

  • Lizaveta Merliak, Secrétaire internationale du syndicat BITU, affilié à l’UITA, a de nouveau été arrêtée et interrogée.

  • Le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, s’est dit profondément préoccupé par les informations faisant état de l’arrestation de dirigeant-e-s syndicaux-ales au Bélarus et a demandé qu’il soit mis fin à l’intimidation des personnes exerçant pacifiquement leur droit à la liberté d’association dans le pays.

Sue Longley, Secrétaire générale de l’UITA, a déclaré : « L’UITA dénonce cette nouvelle tentative de réprimer les syndicats indépendants. Nous nous joignons à la communauté internationale pour exiger la fin immédiate de la violence et la restauration des droits et libertés démocratiques au Bélarus. »

Publié ICI sur le site de l’UITA

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Biélorussie : les militants syndicaux Fedynich et Beresnev ont été transférés au centre de détention provisoire de la rue Volodarskogo

Plus de 20 jours se sont écoulés depuis la détention, le 19 avril, de dirigeants et de militants de syndicats indépendants biélorusses. À ce jour, les autorités chargées de l’enquête n’ont fourni aucune information sur le cas des militants syndicaux détenus.
Selon les informations dont disposaient les militants des droits humains au 10 mai, l’un des détenus placés dans le centre de détention provisoire du KGB, l’ancien responsable du syndicat biélorusse des travailleurs de l’industrie de la radio et de l’électronique (REP), Gennady Fedynich, a été transféré au centre de détention provisoire de la rue Volodarskogo. Il avait été arrêté le 19 avril lors d’une « saisie » massive de représentants de syndicats indépendants.
Le dirigeant du syndicat indépendant REP d’Orsha Vasily Beresnev a également été transféré au centre de détention provisoire de la rue Volodarskogo.
Selon les informations préliminaires, ils sont accusés de participation à une formation extrémiste (article 361 du Code pénal de la République de Biélorussie).
Les problèmes de santé de Gennady Fedynich se sont aggravés au centre de détention provisoire en raison du stress, son taux de sucre dans le sang n’a pas pu être réduit par l’insuline.
On sait également que les détenus du centre de détention provisoire du KGB ne recevaient pas les lettres et les colis qui leur étaient envoyés. Beresnev n’a même pas reçu ses lunettes. Certains des militants de syndicats indépendants détenus sont accusés d’avoir participé à des actions portant gravement atteinte à l’ordre public.
Le responsable d’une organisation syndicale indépendante de Polotsk, Nikolay Sharakh, a été libéré du centre de détention provisoire du KGB sur la base d’un engagement écrit de « se comporter correctement » et de rester en Biélorussie. Il est suspecté en vertu l’art. 342 du Code pénal de la République de Biélorussie (participation à des actions violant gravement l’ordre public).
Le vice-président du Syndicat libre des métallurgistes, Aleksandr Evdokimchik, âgé de 66 ans, est également accusé en vertu de l’art. 342 du Code pénal.
Le président du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques Aliaksandr Yarashuk et le vice- président du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques Siarhei Antusevich ont été transférés du centre de détention provisoire du KGB au centre de détention provisoire de la rue Volodarskogo.
Cependant, jusqu’à présent, on ne sait pratiquement rien ni du statut de la plupart des détenus, ni du contenu des accusations portées contre eux.

Publié par BDKP
11 mai 2022
Traduction Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/Bielorussie-les-militants

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Syndicalistes ukrainiens morts au combat

Serhiy Mykhailovych Kovalchuk
Serhiy Mykhailovych Kovalchuk, membre du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine, a été tué dans la lutte contre l’agresseur russe. Le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine, l’Association régionale du NPGU de Chervonohrad et l’OBNL du NPG de la mine de Lisova sont profondément attristés par le décès d’un soldat qui a travaillé pendant de nombreuses années dans une compagnie de charbon. Nous exprimons nos sincères condoléances pour la perte irréparable des parents et amis du défunt.
Serhiy Mykhailovych Kovalchuk est né le 11 août 1976. De 2005 à 2019, il a travaillé à la mine Lisova de l’entreprise d’État de Lvivugol. Il vivait à Chervonohrad, dans la région de Lviv. Serhiy laisse dans le deuil sa femme et ses deux enfants.

Yuri Ogorodnik
Dans la lutte contre l’agresseur russe, défendant l’Ukraine, près de Kharkiv, un électricien de la mine souterraine Stepova de Lvivugol State Enterprise, membre du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine Yuriy Mykhailovych Ogorodnyk est décédé le 7 mai.

Le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine, l’Association régionale des NPGU de Chervonohrad et le NPGU de la mine de Stepova sont profondément attristés par le décès d’un jeune soldat mineur. Nous exprimons nos sincères condoléances pour la perte irréparable des parents, proches, collègues et amis du défunt.

Yuriy Ogorodnyk est né le 6 février 1999. À partir de 2018, il a travaillé dans la section des convoyeurs de la mine Stepova de l’entreprise d’État de Lvivugol. Habitant de Chervonohrad, région de Lviv. En avril 2019, il a été appelé au service militaire. À partir d’octobre 2020, il a servi sous contrat dans les forces armées.

10 mai 2022
Publié par KVPU
Traduction Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/Syndicalistes-ukrainiens-morts-au

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La dirigeante du syndicat indépendant biélorusse Naftan, Olga Britikova, libérée

La dirigeante du syndicat indépendant Naftan, Olga Britikova, a été libérée après 75 jours de détention a rapporté le Syndicat indépendant biélorusse. Olga a été jugée cinq fois de suite en vertu de l’article 24.23 du Code des infractions administratives (« piquet de grève non autorisé »). Olga Britikova a passé 75 jours dans le centre de détention temporaire de la ville d’Ushachi.

Déclaration de la BDKP

Le syndicat indépendant bélarus n’abandonne pas

La détention et l’arrestation des dirigeants du mouvement syndical indépendant démontrent la faiblesse du régime. Lors de la réunion de janvier du Congrès des syndicats démocratiques biélorusses, les délégués ont voté en faveur d’une déclaration sur les négociations entre les syndicats indépendants et les autorités pour résoudre la crise politique et économique en Biélorussie. Les détentions et les arrestations peuvent être considérées comme une réponse à cette déclaration. Le refus de négocier et la répression témoignent de l’absence d’intention des autorités de mener un dialogue avec le peuple sur un pied d’égalité. Ils ne peuvent nous parler que dans les centres de détention provisoire.

Cependant, tout le monde connaît déjà l’essence de l’article 342 qui est incriminé [« punissant l’organisation ou la participation à des actes visant à troubler l’ordre public »]. Ce n’est pas non plus un secret que les syndicats n’ont rien à voir avec l’organisation de tels troubles. La détention des dirigeants du BKDP et des militants syndicaux vise à intimider ses membres. Un indice qui montre que si vous adhérez à un syndicat indépendant, vous pouvez finir dans le centre de détention provisoire du KGB.

Un autre objectif est préventif – la détérioration de la situation économique du pays provoquera inévitablement des protestations économiques de la part des travailleurs appauvris. Cependant, une protestation peut être efficace que si elle est organisée par le syndicat. Le résultat de la protestation est la négociation et la signature d’un accord de compromis. C’est une manière civilisée de résoudre les conflits, qui a toujours été suivie par les syndicats indépendants. Les autorités semblent opter pour une autre voie – la répression violente des protestations spontanées, la poursuite de la répression – non seulement politique, mais aussi économique. L’appareil répressif a été formé pour cela.

Il est difficile d’imaginer ce que les dirigeants et les militants syndicaux qui restent en liberté peuvent opposer dans une telle situation. Nous sommes reconnaissants à tous ceux qui ont exprimé leur soutien aux syndicats indépendants en ces temps difficiles. Il n’existe pas de contre-mesures efficaces en droit international. De nombreuses associations syndicales internationales, centrales syndicales nationales et syndicats individuels ont déjà exprimé leur protestation contre les actions des autorités biélorusses. Cependant, les choses n’ont pas avancé d’un pouce.

Il existe également des méthodes d’influence moins efficaces, qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas utilisées – et dont les syndicats indépendants discutent depuis longtemps avec diverses associations. Il s’agit de l’adhésion aux associations syndicales internationales des structures de la FPB (Fédération des syndicats de Biélorussie), qui sont en fait des appendices des autorités et des employeurs. Leur activité n’est pas basée sur la démocratie et le volontariat, qui est la principale exigence de la charte de toute association syndicale. Il s’agit notamment du syndicat Belkhim, des travailleurs du transport, des médecins, du secteur de l’éducation et, éventuellement, d’autres. Ils sont reconnus comme des syndicats, tandis que les dirigeants des syndicats démocratiques sont placés dans le centre de détention provisoire du KGB.

Les syndicats démocratiques de Biélorussie sont soumis à des pressions et à une volonté de les faire disparaitre de la part des autorités depuis le tout début de leur existence, il n’y a pas eu de période facile ou de libéralisation pour eux. Auparavant, les autorités avaient l’habitude d’écouter l’avis de l’OIT et de faire quelques concessions. Mais, et c’est depuis longtemps, elles disent « nous avons d’autres chats à fouetter que la loi ». Toutes les recommandations de l’OIT sont ignorées. Les syndicats ont une réelle opportunité de montrer leur solidarité – une solidarité en action, lorsque les mots et les déclarations ne fonctionnent pas. L’action syndicale est toujours plus efficace.

Notre principal objectif est la libération de nos collègues. Même s’ils n’y sont pas physiquement torturés, le fait d’être placé dans le centre de détention provisoire du KGB est une torture psychologique – le suspect ou l’accusé est traité comme un condamné. C’est pourquoi toutes les forces – surtout internationales – doivent viser leur libération, puisqu’il n’y a pratiquement plus de forces de gauche à l’intérieur du pays.

Le syndicat conserve son statut d’entité juridique opérationnelle et continue à travailler, en fonction des possibilités qui lui sont offertes. Tous les efforts sont faits pour rouvrir le bureau [du syndicat] sous scellé. Les membres du syndicat peuvent demander de l’aide à tout moment. »

14.05.2022
Publié par BKDP
Traduction Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/La-dirigeante-du-syndicat

Rilasciata Olga Britikova, la leader del sindacato indipendente bielorusso Naftan
https://refrattario.blogspot.com/2022/05/rilasciata-olga-britikova-la-leader-del.html

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Guerre en Ukraine : la prostitution, une menace pour les réfugiées ?

Depuis l’attaque russe contre l’Ukraine en février, d’importants déplacements de population font craindre une augmentation de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants par les trafiquants d’êtres humains. 

Quelques jours après l’attaque russe le 24 février, les premiers messages apparaissent : des proxénètes de bordels allemands seraient postés à la frontière, prêts à « recruter » des Ukrainiennes, alerte Inna Sevchenko, fondatrice des FEMEN.

Selon Le Monde fin avril, on a relevé dès les premiers jours – les plus désorganisés –, des propositions « d’hébergements contre actes sexuels », et autres pièges pour personnes vulnérables :  «Aux premiers jours de la guerre en Ukraine, profitant du chaos régnant au poste-frontière de Sighetu Marmatiei (nord-ouest de la Roumanie), un conducteur, déjà condamné par le passé pour trafic d’êtres humains, fut arrêté par la police roumaine alors qu’il tentait d’embarquer avec lui deux jeunes femmes déboussolées. Plus récemment, dans un foyer d’accueil du nord de la Roumanie, un autre homme promettait à trois jeunes filles de les amener vers l’Italie et un avenir meilleur, avant que ses intentions criminelles soient démasquées par le personnel sur place… »

PM-Ukraine

Cynisme des proxénètes et pro-travail du sexe face à la situation en Ukraine

Le cynisme des proxénètes qui profitent de chaque crise pour s’enrichir en exploitant la détresse en premier lieu des femmes et des enfants n’est malheureusement pas une surprise. L’Ukraine est depuis 20 ans une plateforme de la traite d’êtres humains, prospérant sur les crises répétées (cela dit, le conflit, note Le Monde, a aussi pour conséquence de les désorganiser).

L’attitude des associations de la Fédération européenne du Parapluie rouge a, par ailleurs, beaucoup choqué, appelant les « travailleuses du sexe » à les contacter pour obtenir de l’aide si elles souhaitaient « commencer le travail du sexe en arrivant dans un pays ». Même en France, le STRASS a publié un message allant dans ce sens, alors que toute aide à « l’exercice de la prostitution » relève du proxénétisme (alors évidemment que l’aide aux personnes en situation de prostitution est bienvenue).

À l’opposé, la réaction forte d’associations abolitionnistes, notamment en Allemagne, est à noter. Le nouveau groupe de survivantes Ge.stac a conçu et distribué un tract d’alerte. En France, Femen et l’Amazone ont multiplié des collages et happenings pour alerter sur la situation des femmes ukrainiennes (voir photo).

Réaction institutionnelle inédite

La réaction réelle des institutions européennes et nationales, plus rare et surprenante, est également bienvenue. 

Le 12 avril, le Haut Commissariat aux réfugié·es (HCR) a lancé un message d’alerte sur la nécessité de prévenir les réfugiées (à 90% des femmes et enfants) des risques d’exploitation, d’être vigilant·es sur les  «hôtes » qui reçoivent chez eux des Ukrainiennes, et contre «les risques que représentent les prédateurs et les réseaux criminels qui peuvent tenter d’exploiter leur vulnérabilité ou les attirer avec des promesses de transport gratuit, de logement, d’emploi ou d’autres formes d’assistance ».

Les associations du Collectif contre la traite (dont fait partie le Mouvement du Nid) se sont réunies pour prévenir les situations d’exploitation et alerter sur les risques. Un tract a été conçu pour alerter, et une stratégie de vigilance mise en place.

Les associations de terrain n’ont, en revanche, pour l’instant, eu aucune « remontée » de situations de prostitution touchant des réfugiées ukrainiennes.

Sandrine Goldschmidt

https://mouvementdunid.org/prostitution-societe/actus/ukraine-prostitution-refugiees/

En complément possible :
Ukraine : le corps des femmes comme champ de bataille
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/12/ukraine-le-corps-des-femmes-comme-champ-de-bataille/
Megan Clement : La guerre en Ukraine a mis en lumière les lois inhumaines de la Pologne en matière d’avortement, et ces féministes ont besoin de notre aide
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/03/la-guerre-en-ukraine-a-mis-en-lumiere-les-lois-inhumaines-de-la-pologne-en-matiere-davortement-et-ces-feministes-ont-besoin-de-notre-aide/ 
Carol Mann : De Kaboul à Kyiv : femmes déchues de leur citoyenneté
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Le jargon du Kremlin

Svetlana Stevenson, chercheuse sur les gangs de rue, explique comment les autorités russes ont commencé à parler la langue des gangs d’arrière-cour.

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les responsables russes semblent avoir définitivement abandonné les règles générales du langage diplomatique : le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, explique le comportement de son pays avec des principes de gars des rue, le représentant russe à l’ONU, Vassili Nebenzia, exige que son adversaire regarde son adversaire dans les yeux, et Vladimir Solovyov parle en argot avec le gouverneur de la région de Sverdlovsk. Svetlana Stevenson, professeur à l’école des sciences sociales de l’université métropolitaine de Londres, qui a écrit le livre « Vivre par les principes » sur la culture des gangs de rue en Russie, discute des règles de comportement politique que l’utilisation du langage de la rue trahit.

L’un des paradoxes du comportement public du gouvernement russe est l’écart entre les déclarations sur la grandeur de la Russie, son histoire, sa culture et sa morale, et le langage ordurier utilisé abondamment et délibérément par ses représentants. En même temps, l’argot criminel du Kremlin est utilisé par des personnes qui n’ont pas grandi dans une ruelle, mais qui ont été élevées dans un environnement intellectuel, voire élitiste.

De manière caractéristique, le passage de l’« élite » au langage de la rue et de la prison n’a pas commencé dans les années 1990, lorsque l’influence de la culture criminelle sur la société a atteint son apogée. À l’époque, la « culture des rues » a envahi le cinéma et la littérature, tandis que la chanson « blatnoy » était entendue sur tous les postes de radio. Mais Eltsine (tout comme ses prédécesseurs) et son entourage ne s’adressaient pas à leurs compatriotes ou aux dirigeants étrangers dans un langage grossier. L’argot du Kremlin est devenu la langue officielle sous Poutine, tandis que le pouvoir russe se consolidait, se renforçait et s’étendait. La violence populaire qui a fleuri dans les années 1990 a été remplacée par la violence d’État, qui utilise le langage des querelles d’arrière-cour et des accusations de type gangster.

C’est Poutine lui-même qui a lancé cette tendance, se souvenant de son enfance dans la cour intérieure avec une fierté délibérée. S’adressant aux journalistes qui ont écrit sa première biographie « En première personne », Poutine a déclaré : « J’étais un hooligan, pas un pionnier. <…> J’étais en fait un voyou. Le langage de la rue, le langage des menaces et des insultes (« videz les toilettes », « quiconque nous fait du mal ne tiendra pas trois jours), l’idée du pouvoir comme base des relations (« nous avons fait preuve de faiblesse et vous frappez les faibles », « si un combat est inévitable, vous devez d’abord les battre ») font partie du style de comportement que l’entourage du président commence à imiter.

Depuis de nombreuses années, l’argot criminel est activement utilisé par les dirigeants russes et les propagandistes du Kremlin. On se souvient peut-être que Viktor Zolotov a menacé Alexei Navalny de « représailles » lorsque l’homme politique a accusé le chef de la Rosgvardia de corruption. La récente attaque grossière de Vladimir Solovyov à l’encontre d’Evgeny Kuyvashev, chef de la région de Sverdlovsk (« Essayez-vous de vous venger de moi, gouverneur ? ») répondait à une demande de « surveiller votre langage », que le journaliste a clairement assimilée au langage criminel « surveillez votre bazar » (la bouche). La réponse à Solovyov, délivrée par le musicien Alexandre Novikov dans un argot encore plus sophistiqué, n’a fait que confirmer que le gouverneur, le propagandiste de l’État et l’interprète de la chanson parlaient désormais tous le même langage criminel.

Lorsqu’un ministre des affaires étrangères dit aux dirigeants étrangers « Le mec a dit, le mec a fait », qu’un présentateur de télévision arrive en studio avec un seau de merde et menace de le déverser sur son adversaire, et qu’un représentant d’un pays à l’ONU exige impoliment que son interlocuteur ne détourne pas le regard lorsqu’il lui parle, on a l’impression d’assister à un spectacle d’indécence.

Il y a une certaine carnivalité, de la bravade et de la joie dans l’utilisation de la langue de la prison et de l’arrière-boutique et dans le style général de comportement badass, la joie d’être libéré des chaînes de la bienséance. Cependant, comme l’a écrit le philologue Mikhaïl Bakhtine, la culture carnavalesque est traditionnellement une culture populaire, folklorique. Ici, cependant, il s’agit clairement du comportement carnavalesque de membres de l’establishment, qui transgressent publiquement et avec plaisir les normes sociales. Et alors que la culture du rire populaire est basée sur l’émeute de la vie, qui se libère des chaînes du contrôle et de l’oppression par ceux qui sont au pouvoir, le carnaval du pouvoir est une célébration de la mort, de la violence et de la répression. Le populaire Eros, qui reproduit la vie, s’oppose à l’autoritaire Thanatos.

Le comportement basé sur la violence brutale et exagérée a beaucoup en commun avec le comportement des « vrais » adolescents qui font partie des gangs de rue. Puisque le jeune est le souverain sur son propre territoire, il a toujours raison par convention. Quoi qu’il ait fait, même s’il s’agit d’un accident, d’une erreur, d’un acte de stupidité ou de ce que l’on appelle le non-droit (lorsque la violence ne peut en aucun cas être justifiée), il doit insister sur le fait qu’il a raison. Il ne doit s’excuser sous aucun prétexte.

Cette règle est clairement suivie par les dirigeants russes également (rappelez-vous le Boeing malaisien et les diverses histoires de « nous ne sommes pas là »). Admettre sa culpabilité, c’est perdre la face et donc toutes les accusations sont rejetées d’emblée. Même lorsque la situation aurait pu être atténuée dans son propre intérêt, comme après le discours monstrueux de Lavrov sur le Juif Hitler et les Juifs antisémites, le ministère des affaires étrangères a continué pendant un certain temps à développer la même thèse, accusant Israël de soutenir les néo-nazis en Ukraine. Les excuses de Poutine au premier ministre israélien sont une grande exception, justifiées par les intérêts vitaux d’un régime qui a besoin d’un allié, et elles ont été faites en secret (le fait que le président russe se soit excusé lors d’une conversation téléphonique avec Naftali Bennett n’a pas été rendu public par le Kremlin, mais par une source israélienne).

La parole du jeune a une force instantanée et immédiate. Il ne doit pas proférer de menaces vides. Lorsque Poutine menace le monde avec des armes nucléaires, c’est tout à fait par définition qu’il déclare que « nous ne nous vanterons pas, nous les utiliserons et c’est tout ». Pour les personnes qui ne sont pas familières avec la logique du « mec de quartier », une telle détermination inconditionnelle dans des questions de vie et de mort de millions de personnes semble éthiquement impossible. Mais selon les concepts, c’est très simple : un jeune ne doit pas se vanter de son arme, sinon il risque de perdre la face. S’il l’a démontré ou même mentionné, il doit être prêt à l’utiliser. Cependant, si les garçons tombent inopinément sur un groupe plus fort dans la rue ou lors d’une fusillade, ils se comportent de manière complètement différente. Un coup de bluff est lancé : ils prétendent que des renforts sont en route, ils ouvrent leurs poches pour révéler les armes qu’ils pensent avoir. Ce bluff devient une source de grande fierté et, avec les récits de guerres et de combats de rue, il fait partie du folklore du gang. Personne ne déclare délibérément la guerre à une faction forte, mais attaque celle qui semble plus faible. Les « mecs de quartier » essaient d’éviter d’affronter un adversaire plus fort.

Une descente dans la rue commence souvent par la demande « Regarde-moi dans les yeux ! » (ou l’inverse, « Pourquoi me regardes-tu ? »). De cette façon, le garçon prend immédiatement l’initiative et démontre qu’il définit les règles de l’interaction. De même, seuls les jeunes garçons ont un nom, seuls ils sont les égaux les uns des autres. Une personne qui n’appartient à aucun groupe ou clan de ceux qui ont le pouvoir, n’a pas de nom, elle est, comme on dit, personne et son nom n’est rien. Poutine n’a donc pas appelé Navalny par son nom, parce qu’en le faisant, il l’aurait reconnu comme un égal.

Dans cet environnement, un leader doit constamment démontrer son pouvoir. Comme l’a déclaré un membre de l’un des groupes basés à Kazan lors d’une interview dans le cadre de nos recherches, « le leader doit être un homme dur et sûr de lui, qui aime le pouvoir et est prêt à se battre pour l’obtenir par tous les moyens. Une démonstration de faiblesse, un affaiblissement du groupe suite à des guerres avec des adversaires peut conduire à la perte du pouvoir du leader, voire de sa vie. »

Une partie intégrante de l’existence des chefs et des figures d’autorité qui ont évolué des gangs de rue pour devenir des chefs de réseaux criminels a été le besoin de manifester leur pouvoir de toutes les manières possibles ; par la brutalité, l’imprévisibilité et la force brute, pour inspirer la peur non seulement à leurs ennemis mais aussi à leurs compagnons d’armes. Lors de la fameuse réunion du Conseil de sécurité à la veille de la guerre, Poutine a joué le patron cruel, qui ne tolère aucune hésitation de la part de son entourage et est prêt à aller jusqu’au bout. Aujourd’hui, même les « autorités » les plus modérées font ostensiblement des déclarations musclées pour rester au pouvoir : l’ancien président Dmitri Medvedev, autrefois considéré comme un libéral, en est un bon exemple. Il conseille désormais à ses opposants ukrainiens de « regarder attentivement autour d’eux » et spécule sur la possibilité de « plonger les Occidentaux dans la boue ».

Il est très difficile de quitter un groupe sans subir de pertes. Lorsqu’une personne quitte le groupe, elle est collectivement « mise à la porte », battue et même mise à l’amende, ce qui lui enlève tout l’argent qu’elle est censée devoir au groupe. Parfois, le rebondissement est suivi de blessures graves, voire de la mort des anciens membres du gang. Le rituel des huées est une démonstration que l’unité du groupe est plus importante que les amitiés ou les mérites antérieurs. Le parallèle est évident avec les punitions infligées aux personnes proches de la classe dirigeante qui décident de « s’écarter », de partir ou d’exprimer leur désaccord avec leurs politiques.

Bien sûr, l’État russe est plus compliqué que la communauté criminelle. Cependant, le style et la logique du comportement du gouvernement témoignent de son profond primitivisme. En détruisant constamment la loi, les institutions sociales, en exprimant un mépris ostentatoire pour les normes morales universelles et en détruisant le tissu social, l’élite au pouvoir de Poutine est elle-même devenue une quasi-bande.

La société russe s’est également primitivisée. Après tout, le langage et les pratiques de la violence ne peuvent pas remplacer les significations éthiques ou créer un programme positif. Il y a un vide derrière le carnaval violent. Le fascisme commence facilement à combler ce vide, qui, d’une part, proclame le mal et la destruction et, d’autre part, remplit la primitivisation et le vide avec « une spiritualisation et un moralisme amplifiés », comme l’a écrit Merab Mamardashvili.

Ayant créé un culte de la force nue, les autorités l’ont entouré du culte des ancêtres, de l’histoire sacrée et de l’exclusivité ethnique, pour finalement aboutir à la guerre. Les formes primitives, bandits et mafias, dégénèrent sous nos yeux en formes d’extrême droite, fascistes.

Il est désormais difficile d’imaginer comment et quand s’arrêtera la primitivisation et commencera la construction de liens sociaux et de relations institutionnelles qui ne se réduisent pas à des concepts et ne se construisent pas sur une domination et une subordination nues. Mais une chose est claire : tant qu’il y aura la guerre, nous devrons nous pencher sur l’abîme de sauvagerie qui s’est ouvert derrière des années de violence de carnaval du pouvoir.

Svetlana Stevenson

https://holod.media/2022/05/12/kremlin-jive/

Traduction du russe vers le français Eugenia Markon

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62461

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Liens avec d’autres textes

Poutine sans opposition. Entretien avec Clémentine Fauconnier
https://laviedesidees.fr/Poutine-Entretien-Clementine-Fauconnier.html

Génocide en Ukraine : Quelles sont les racines du débat ?
En Ukraine, le génocide fait à nouveau l’actualité. Comme dans presque toutes les crises humanitaires récentes, où des violences à grande échelle ont été commises contre des civils, la question se pose : s’agit-il d’un génocide ? Pour l’auteur, tenter de trancher définitivement le débat est une erreur. Le génocide est un concept contesté et plurivalent. La solution n’est donc pas d’abandonner le terme, mais de s’attendre à des usages divergents et d’être aussi clair que possible sur la façon dont nous l’employons.
Scott Straus pour JUSTICEINFO.NET
https://www.justiceinfo.net/fr/92097-genocide-en-ukraine-racines-debat.html?

Plus de 6 millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début du conflit, selon le HCR
https://www.reuters.com/article/ukraine-crise-onu-refugies-idFRKCN2MY1MB

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https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/festival-de-cannes/cannes-2022-mariupolis-2-dernier-film-de-mantas-kvedaravicius-tue-dans-la-guerre-en-ukraine-sera-projete-au-festival_5135974.html

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https://www.reuters.com/article/ukraine-crise-idFRKCN2MX1RX

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