[37] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [37] 

  • Katia Gritseva, artiste révolutionnaire ukrainienne
  • Déclaration de la KVPU : Ukraine : nouvelle loi du travail inacceptable
  • Pjotr Sauer : Ils étaient furieux : les soldats russes qui refusent de combattre en Ukraine
  • Zakhar Popovych : La victoire et la haine de l’ennemi
  • Je reviens d’Ukraine. Compte-rendu par Jean Vogel
  • Solidarité Ukraine Paris XI
  • Patrick Silberstein : Lignes de front
  • Andriy Rumata : Le fascisme et l’impérialisme du Kremlin
  • Marko Bojcun : Rapport Guerre et Résistance n°6
  • Liens avec autres textes

Katia Gritseva, artiste révolutionnaire ukrainienne

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Ukraine : nouvelle loi du travail inacceptable

Déclaration de la KVPU

Malgré les avertissements répétés de la Confédération des syndicats indépendants d’Ukraine (KVPU) et d’autres organisations syndicales et institutions internationales, la majorité parlementaire a néanmoins approuvé la première lecture du projet de loi #5371 « Sur les amendements à certains actes législatifs visant à améliorer les relations de travail dans les petites et moyennes entreprises et à réduire la charge administrative sur les activités commerciales ».

Comme indiqué dans la note explicative, l’objectif du projet de loi est d’améliorer la réglementation des relations de travail dans le domaine des petites et moyennes entreprises et de réduire la charge administrative pesant sur les activités des entreprises. Mais en fait, commentant l’adoption de ce projet de loi, Mykhailo Volynets, responsable de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine (KVPU), a déclaré qu’il « libère les mains des employeurs et, par essence, sape les droits des travailleurs ».
Le projet de loi propose un certain nombre d’amendements au Code du travail de l’Ukraine, ainsi qu’aux lois « sur les associations professionnelles », « sur les vacances » et « sur les congés ».

Un large éventail de relations de travail est sorti du cadre de la réglementation du Code du travail. En particulier, un régime de réglementation du travail purement contractuel est introduit :
 pour les petites et moyennes entreprises comptant jusqu’à 250 employés ;
 entre un employeur et un salarié dont le salaire est supérieur à 8 SMIC par mois.
Les parties engagées dans un contrat de travail peuvent régler leurs relations en partie à leur « propre discrétion sur une base mutuellement convenue » sur :
 les systèmes de rémunération ;
 les normes du travail ;
 le montant des salaires, compte tenu de l’effectif minimum légal ;
 les primes, les gains et autres rémunérations, les compensations et les primes de sécurité ;
 les heures de travail et les périodes de repos qui doivent correspondre à la durée de la journée de travail et aux heures de travail ;
 la durée du repos hebdomadaire ; 
 les autres droits et garanties.
Cela entraînera une détérioration du contrat de travail pour le salarié par rapport à la législation actuelle.

L’employeur a le droit illimité de rompre unilatéralement le contrat de travail à son initiative (article 498 (2) dans le nouveau Code du travail dans les limites des motifs prévus aux articles 40 et 41 du Code du travail et l’article 41 de la CBE.
Toutefois, le projet de loi n’exige pas que l’employeur fournisse les raisons du licenciement. Par conséquent, un employé ne pourra pas faire appel à un tribunal si ses droits sont violés, car en vertu du projet de loi 5371, l’employeur n’est pas tenu de justifier son licenciement. L’employeur est uniquement tenu de verser l’indemnité fixée dans le contrat de travail.
Le service juridique de la KVPU estime que la proposition visant à accorder à l’employeur le droit illimité de licencier les employés à leur demande n’est pas conforme à la législation européenne.
 Article 4 de la Convention 158 de l’OIT sur la cessation de l’emploi à l’initiative de l’employeur ;
 Article 24 de la Charte sociale européenne.
Le projet de loi 5371 comprend également d’autres dispositions discriminatoires à l’égard des employés.
Il permet aux employeurs de fixer des salaires différents pour le même travail, y compris les indemnités, les paiements des heures supplémentaires, les primes, etc. L’employeur pourra également imposer aux salariés des heures supplémentaires, du travail les jours fériés, les jours chômés et les week-ends.

En vertu de l’article 497 (1) de la nouvelle loi travail, il est autorisé de payer les salaires aux employés une fois par mois. Il est vrai que cela n’est pas conforme à l’article 4 de la section II II de la recommandation n° 85 de l’OIT sur la protection des salaires qui stipule que les conditions maximales de paiement des salaires aux employés devraient garantir que les salaires sont payés au moins deux fois par mois.
Le projet du nouvel article 5. Article 2 (5) dit que : « Les relations entre l’employé et l’employeur découlant du contrat de travail, dans la mesure où elles ne sont pas réglementées par le présent code, sont régies par les dispositions générales du code civil de l’Ukraine concernant les relations contractuelles. » Ceci est contraire aux principes de base du droit du travail, selon lesquels les relations de travail ne sont pas des relations de droit civil, car l’employeur et l’employé ne sont pas des parties égales à ces relations (l’employeur détermine le lieu et le moment et fixe les règles d’exécution du travail).

« Un tel projet de loi est totalement inacceptable pour quelque raison que ce soit, et tout à fait abusif pendant l’état de guerre, alors que les employés sont déjà intrinsèquement limités dans leurs droits. Le gouvernement ukrainien s’en accommode volontiers pour le moment, conscient de sa responsabilité de préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’État », a ajouté Mykhailo Volynets. Les amendements proposés à la législation du travail contredisent fortement la Constitution ukrainienne, les conventions de l’Organisation internationale du travail ratifiées par l’Ukraine, la Charte sociale européenne et les directives de l’UE que l’Ukraine aspire à rejoindre. Le projet de loi a également été évalué négativement par les organisations chargées de l’application de la loi en Ukraine et à l’étranger, ainsi que par la Confédération internationale des syndicats et l’Organisation internationale du travail. L’Ukraine a besoin d’un Code du travail européen civilisé qui sera une force de frappe pour le retour des travailleurs à l’étranger et des personnes déplacées afin de reconstruire notre pays. Par conséquent, la principale priorité des autorités devrait être la création d’emplois satisfaisants socialement et la garantie de la justice sociale. Mais pour l’instant, il est dommage que certains représentants des autorités aient intérêt à ce que les Ukrainiens en âge de travailler aillent travailler à l’étranger ou restent ici avec des droits diminués pour de bas salaires ».

En outre, l’avis du Comité européen d’intégration sur ce document est le suivant : « Le projet de loi dans la rédaction proposée affaiblit le niveau de protection du travail et réduit la portée des droits du travail et des garanties sociales des salariés par rapport à la législation nationale actuelle. Cela est incompatible avec les obligations de l’Ukraine au titre du traité d’association et n’est pas conforme au droit de l’Union européenne. Par conséquent, il sera utile de rappeler aux auteurs du projet de loi N°5371 et à ceux qui ont voté pour son adoption en première lecture que cette initiative législative et des initiatives législatives similaires lèsent les droits des travailleurs. Les députés ne raccourcissent pas, mais allongent le chemin de l’Ukraine vers l’UE. »

Publié par KVPU
18 mai 2022 Traduction Patrick Le Tréhondat

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Ils étaient furieux : les soldats russes qui refusent de combattre en Ukraine.

Les troupes disent non aux officiers, sachant que la punition est légère alors que la Russie n’est pas techniquement en guerre.
Lorsque les soldats d’une brigade d’élite de l’armée russe ont été informés, début avril, qu’ils devaient se préparer à un second déploiement en Ukraine, la peur a éclaté dans les rangs.
L’unité, stationnée dans l’extrême est de la Russie en temps de paix, a pénétré pour la première fois en Ukraine depuis le Belarus lorsque la guerre a commencé fin février et a été le théâtre de combats acharnés avec les forces ukrainiennes.

« Il est vite devenu évident que tout le monde n’était pas d’accord. Beaucoup d’entre nous ne voulaient tout simplement pas y retourner », a déclaré Dmitri, un membre de l’unité qui a demandé à ne pas être identifié sous son vrai nom. « Je veux retourner auprès de ma famille – et pas dans un cercueil ».
Avec huit autres personnes, Dmitri a dit à ses commandants qu’il refusait de rejoindre l’invasion. « Ils étaient furieux. Mais ils ont fini par se calmer parce qu’ils ne pouvaient pas faire grand-chose », dit-il
Il a rapidement été transféré à Belgorod, une ville russe proche de la frontière avec l’Ukraine, où il est stationné depuis. « J’ai servi pendant cinq ans dans l’armée. Mon contrat se termine en juin. Je vais faire le temps qu’il me reste et ensuite je m’en vais », a-t-il déclaré. « Je n’ai rien à me reprocher. Nous ne sommes pas officiellement en état de guerre, donc ils ne pouvaient pas me forcer à partir. »

Le refus de Dmitri de combattre met en lumière certaines des difficultés militaires auxquelles l’armée russe a été confrontée en raison de la décision politique du Kremlin de ne pas déclarer officiellement la guerre à l’Ukraine – préférant décrire l’invasion, qui atteindra bientôt son quatrième mois, comme une « opération militaire spéciale ».
Selon les règles militaires russes, les troupes qui refusent de combattre en Ukraine peuvent être renvoyées mais ne peuvent pas être poursuivies, a déclaré Mikhail Benyash, un avocat qui a conseillé les soldats qui ont choisi cette option.
Mikhail Benyash a déclaré que des « centaines et des centaines » de soldats avaient pris contact avec son équipe pour obtenir des conseils sur la manière d’éviter d’être envoyés au combat. Parmi eux, 12 gardes nationaux de la ville de Krasnodar, dans le sud de la Russie, ont été licenciés après avoir refusé d’aller en Ukraine.

« Les commandants essaient de menacer leurs soldats d’une peine de prison s’ils sont dissidents, mais nous disons aux soldats qu’ils peuvent simplement dire non », a déclaré Benyash, ajoutant qu’il n’avait pas connaissance d’affaires pénales contre des soldats ayant refusé de combattre. « Il n’y a aucune raison légale d’engager une procédure pénale si un soldat refuse de se battre alors qu’il se trouve sur le territoire russe ».
De nombreux soldats ont donc choisi d’être licenciés ou transférés plutôt que de passer dans « le broyeur à viande », a-t-il ajouté.
Un récit similaire à celui de Dmitri a été donné au service russe de la BBC par Sergey Bokov, un soldat de 23 ans qui, fin avril, a décidé de quitter l’armée après avoir combattu en Ukraine. « Nos commandants n’ont même pas discuté avec nous parce que nous n’étions pas les premiers à partir », a déclaré Bokov.
Faisant référence aux lois militaires russes, Benyash a déclaré qu’il serait plus difficile pour les soldats de refuser de combattre si la Russie devait déclarer une guerre à grande échelle. « En temps de guerre, les règles sont totalement différentes. Un refus entraînerait alors des sanctions beaucoup plus sévères. Ils risqueraient de passer du temps en prison ».
Si le nombre exact de soldats refusant de se battre reste flou, ces histoires illustrent ce qui, selon les experts militaires et les gouvernements occidentaux, est l’un des plus grands obstacles de la Russie en Ukraine : une grave pénurie de soldats d’infanterie.

Selon les responsables occidentaux, Moscou a initialement engagé environ 80% de ses principales forces de combat terrestres – 150 000 hommes – dans la guerre en février. Mais des dommages importants ont été causés à cette armée, qui a été confrontée à des problèmes logistiques, à un mauvais moral et à une résistance ukrainienne sous-estimée.
« Poutine doit prendre une décision concernant la mobilisation dans les semaines à venir », a déclaré Rob Lee, un analyste militaire. « La Russie manque d’unités terrestres suffisantes avec des soldats sous contrat pour une rotation durable. Les troupes s’épuisent – elles ne pourront pas maintenir cette situation pendant une longue période. »
Selon Lee, le Kremlin pourrait autoriser le déploiement d’unités de conscrits en Ukraine, malgré les promesses antérieures de Poutine selon lesquelles la Russie n’utiliserait pas de conscrits dans la guerre. « Les conscrits pourraient combler certaines lacunes, mais ils seront mal formés. Bon nombre des unités censées former les conscrits se battent elles-mêmes », a déclaré M. Lee.
Mais sans bataillons de conscrits, la Russie pourrait bientôt « avoir du mal à tenir le territoire qu’elle contrôle actuellement en Ukraine, d’autant plus que l’Ukraine reçoit de meilleurs équipements de l’OTAN », a-t-il ajouté.
Les autorités russes ont discrètement intensifié leurs efforts pour recruter de nouveaux soldats lorsqu’il est devenu évident qu’une victoire rapide en Ukraine était irréalisable.

Une enquête du service russe de la BBC a montré que le ministère de la défense russe a rempli les sites Internet d’offres d’emploi, offrant à des personnes sans expérience du combat la possibilité de rejoindre l’armée avec des contrats lucratifs à court terme. Certaines grandes entreprises publiques ont reçu des lettres les incitant à engager leur personnel dans l’armée.
La Russie s’est également tournée vers les mercenaires pour soutenir ses efforts de guerre, en déployant des combattants de l’obscur groupe Wagner, lié au Kremlin.
Mais les analystes estiment que les recrutements volontaires et les groupes de mercenaires n’entraîneront probablement pas une augmentation substantielle du nombre de nouveaux soldats, par rapport aux chiffres qu’apporterait une mobilisation partielle ou totale.
Malgré les spéculations antérieures, M. Poutine n’a pas formellement déclaré la guerre à l’Ukraine lors de son discours du jour de la Victoire, le 9 mai.
Andrei Kolesnikov, chercheur principal au Carnegie Endowment, a déclaré que les autorités pouvaient craindre qu’une mobilisation générale ne contrarie de larges pans de la population qui soutiennent l’« opération spéciale ».
Les Russes « peuvent être favorables au conflit, mais ils ne veulent pas vraiment se battre », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une mobilisation générale entraînerait « des pertes colossales de soldats non entraînés ».
Et si le statut actuel du conflit donne aux soldats russes une voie légale pour refuser de participer, certains soldats se sont plaints qu’il a également conduit à ce qu’ils ne soient pas correctement pris en charge.
Un sergent junior a déclaré avoir été blessé lors de l’une des récentes attaques ukrainiennes sur le territoire frontalier russe où il était stationné. Ses supérieurs ont fait valoir qu’il ne devrait pas recevoir l’indemnisation monétaire pouvant aller jusqu’à 2 500 £ à laquelle les Russes blessés ont droit en vertu de la loi, car sa blessure a eu lieu sur le sol russe – ce qui signifie qu’elle ne relève pas des règles de l’« opération militaire spéciale » de la Russie.

« C’est injuste, je participe à cette guerre comme les autres en Ukraine, au péril de ma vie », a déclaré le soldat. « Si je n’obtiens pas rapidement l’indemnisation à laquelle j’ai droit, je vais rendre l’affaire publique et en faire un problème majeur. »

Pjotr Sauer

https://www.theguardian.com/world/2022/may/12/they-were-furious-the-russian-soldiers-refusing-to-fight-in-ukraine?
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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La victoire et la haine de l’ennemi

Pour survivre, l’Ukraine n’a d’autre choix que de remporter une victoire militaire. Une victoire sur la Russie, qui est gravement atteinte par le fascisme. Les travailleurs et travailleuses russes peuvent encore empêcher le pire scénario pour leur pays en défiant le poutinisme. La question de savoir si cela sera possible dépend également de l’état d’esprit en Ukraine, à savoir l’arrêt de la déshumanisation de l’ennemi.

Il y a plus de 70 ans, la victoire des Alliés dans la Seconde Guerre mondiale a entraîné une puissante vague de haine pour tout ce qui est allemand. Depuis la fin de la guerre, les Allemand es n’ont cessé d’accepter la responsabilité de leurs actes. Iels ont versé des réparations aux nations alliées et des indemnités à vie aux survivant·es des camps de concentration. Néanmoins, il a fallu des décennies pour que la haine s’apaise dans les pays qui avaient souffert de leur occupation.

Aujourd’hui, les atrocités commises par la Russie en Ukraine, au nom de la « dénazification » et de la « protection des russophones », ont incité de nombreux et nombreuses Ukrainien es à rejeter tout ce qui est russe : iels tentent d’oublier la langue russe et d’effacer de leur mémoire toute la littérature classique russe, avec sa saveur impériale et sa protection des peuples conquis.

Ce n’est qu’à la fin de la guerre que l’on saura comment et sous quelle forme la culture ukrainienne conservera sa composante russophone. Mais plus la guerre se poursuivra, plus la culture russophone souffrira en Ukraine, en Russie et dans le monde.

La genèse de la haine
La haine croissante pour tout ce qui est russe en Ukraine a commencé par la haine pour Vladimir Poutine, qui a soutenu l’ex-président Viktor Ianoukovitch et ses acolytes, annexé la Crimée et déclenché une guerre dans le Donbas. Mais jusqu’à récemment, la plupart des Ukrainien es ne rendaient pas tous les Russes responsables des crimes du régime de Poutine.

Cela a changé avec l’agression ouverte de la Russie contre l’Ukraine. Il est devenu de plus en plus clair que la plupart des soldats russes ont rejoint l’armée plus ou moins volontairement, sous contrat. Bien sûr, la plupart des soldats russes professionnels viennent des régions les plus déprimées du pays et rejoignent les forces armées principalement en raison du manque d’éducation décente et d’autres opportunités de travail. Il ne fait aucun doute que la catastrophe sociale de ces régions est le résultat de nombreuses années de domination du grand capital de Moscou et de Saint-Pétersbourg, qui les a méthodiquement extorquées et négligées pendant de nombreuses années.

Mais quelles que soient les causes sociales qui poussent les Russes à s’engager dans l’armée, ils doivent assumer la responsabilité personnelle de leurs actes. Les soldats russes commettent des crimes de guerre. Comment expliquer autrement les corps des civils trouvés à Bucha – avec les mains attachées dans le dos et une balle dans la nuque ? Ils ne sont certainement pas morts par accident. Il s’agissait d’un meurtre délibéré de civils déjà détenus qui ne pouvaient plus résister et ne représentaient aucune menace.

Mais ce qui est encore plus consternant, c’est le fait que tant de Russes semblent soutenir cette guerre, croyant les déclarations cyniques de l’état-major russe selon lesquelles l’armée n’a rien à voir avec ces meurtres. Au lieu de prétendre qu’elles sont prêtes à participer à une enquête, les autorités russes se contentent de nier les faits évidents.

Malgré les dizaines de milliers de civils tués en Ukraine, les sondages d’opinion suggèrent que le soutien à la guerre est en fait en augmentation en Russie. Même nombre de ceux qui, au départ, pensaient qu’il s’agissait d’une erreur ou s’y opposaient pour des raisons humanitaires, semblent désormais considérer que, compte tenu des actions des États-Unis en Afghanistan et en Irak, la Russie a le « droit de faire ce qu’elle veut dans son propre jardin ». Bien que les chiffres soutenant Poutine puissent être exagérés, les sanctions internationales et la « suppression » de la culture russe ont définitivement blessé la fierté des gens.

Des sentiments naturels
Dans cette situation de guerre, la haine des Ukrainien es envers les Russes semble tout à fait naturelle, justifiée et inévitable. Mais ce qui me préoccupe davantage, c’est de savoir pourquoi si peu de Russes semblent haïr le régime impérial russe et son histoire impériale répugnante, ainsi que la classe dirigeante russe actuelle et ses sbires, qui brandissent des drapeaux russes et arborent des symboles « Z » sur leurs voitures. Après tout, ces gens dansent sur les os des enfants russophones à Mariupol.

Cela dit, peut-être la polarisation de la société russe s’accentue-t-elle tranquillement. Peut-être que, tandis que l’élite russe et ses sbires consolident leur pouvoir, la résistance à la brutalité de Poutine s’accroît.

Alors que la police russe arrête toute personne qui affiche le moindre soupçon d’une position publique anti-guerre, le nombre de protestations socio-économiques augmente en Russie. Même sous une nouvelle vague de répression et l’instauration d’une dictature militaire, il y a des grèves dans l’industrie automobile du pays, des grèves des coursiers de livraison et d’autres actes de désobéissance civile. Et les initiatives qui s’opposent systématiquement et radicalement à la guerre continuent de fonctionner.

Peut-être faut-il considérer le « peuple russe » comme la communauté qui s’associe à l’État impérialiste et soutient le régime criminel. Mais la « classe ouvrière russe », en revanche – consciente de sa propre condition, de ses intérêts et de ses objectifs – mérite notre respect, notre soutien et notre solidarité. Elle mérite notre soutien dans la mesure où elle peut devenir une classe agissant pour elle-même – les travailleurs et les travailleuses russes trouvant la force et la dignité de se retourner contre le pouvoir des oligarques et de la police secrète. Après tout, ce n’est qu’à ce moment-là que les travailleurs et les travailleuses ukrainien es pourront passer de la destruction des forces russes à l’éviction des oligarques ukrainiens du pouvoir et à l’instauration d’une justice sociale et d’une démocratie réelles.

Un chemin différent ?
Pour le meilleur ou pour le pire, Ukrainien es et Russes ont des racines culturelles proches. Une différence essentielle aujourd’hui, cependant, est que les Ukrainien es ont choisi de lutter contre l’impérialisme au lieu d’y appartenir complaisamment.

Mais la Russie peut également choisir cette voie. La plupart des Russes appartiennent à la classe ouvrière, et les jeunes subissent également l’oppression des autorités impériales russes, mais certainement pas dans la même mesure que les Ukrainiens.

Bien sûr, ces personnes sont largement contraintes par la propagande d’État, mais le niveau de soutien à la guerre au sein de la classe ouvrière est beaucoup plus faible que dans la « classe moyenne » petite-bourgeoise de Russie. La possibilité de construire un ordre mondial sans impérialisme réside, en partie, dans la mobilisation de la classe ouvrière russe contre l’impérialisme russe.

Un pas sur cette voie doit impliquer l’abandon de la déshumanisation des Russes. Les autorités ukrainiennes, y compris le bureau du président, soulignent la nécessité de traiter les prisonniers avec humanité et d’enquêter sur les rapports de violation de leurs droits. Pourtant, on trouve un nombre incroyable de messages sur les réseaux sociaux qui, de diverses manières, suggèrent l’infériorité des Russes, que ce soit en termes « génétiques » ou « culturels ». Le principal porte-voix de la propagande d’État ukrainienne, United News, qui est suivi par la moitié des journalistes du pays, qualifie constamment les Russes d’« orcs » ». Si nous ne voulons pas suivre la voie de la Russie, nous devons rejeter ce type de langage.

Peu importe à quel point nous haïssons nos ennemis et quels que soient les crimes qu’ils commettent, ils restent humains et seront tenus responsables de tous leurs actes. Nous voulons que les criminels soient punis, mais nous ne voulons pas déshumaniser une nation entière.

Zakhar Popovych du Mouvement Social

Cet article a été traduit et adapté de Social Movement, par Open Democracy  http://www.opendemocracy.net
https://ukrainesolidaritycampaign.org/2022/05/17/victory-and-hatred-of-the-enemy/
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Victoria y odio al enemigo
https://vientosur.info/victoria-y-odio-al-enemigo/

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Je reviens d’Ukraine. Compte-rendu par Jean Vogel

J’ai eu le privilège de me rendre en Ukraine du 2 au 8 mai, avec la délégation du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine dont je fais partie. Nous étions 26, venus de dix pays européens : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grande-Bretagne, Pologne et Suisse. La délégation comptait quatre parlementaires de gauche venus du Danemark (Soren Sondergaard, Enhedslisten), de Finlande (Veronika Honkasalo, Vasemmistoliitto), de Pologne (Paulina Matysiak, Razem) et de Suisse (Stéphanie Prezioso, Ensemble à Gauche). Il y avait aussi des Argentins (un délégué de la LIT-QI et un parlementaire du Front de gauche, Juan Carlos Giordano).

Notre séjour avait été remarquablement organisée par Sotsialnyi Rukh (SR, Mouvement social) une jeune organisation de gauche ukrainienne, se réclamant d’un socialisme démocratique, et profondément engagée dans la résistance à l’agression de l’impérialisme russe et aussi pour la défense des droits sociaux et des libertés démocratiques et l’autonomie des mouvements sociaux en Ukraine même.

Vitalii Dudin de SR a souligné que cette guerre est la plus violente en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. L’Ukraine a besoin de la solidarité internationale, maintenant contre l’agression, mais aussi pour demain, pour le développement de la démocratie, des droits humains, la garantie des droits sociaux. Il ne s’agit pas seulement d’une lutte patriotique mais de choix politiques et sociaux fondamentaux.

De nombreuses rencontres ont permis de faire le point sur la situation en Ukraine et la résistance populaire. Notre délégation a rencontré des représentants des syndicats de la santé, des transports ferroviaires, des mineurs, de la fonction publique, des travailleurs des centrales nucléaires, etc. Nous avons également rencontré de nombreuses militantes d’organisations de femmes ou féministes, de solidarité avec les réfugiés et les migrants, des militants du mouvement environnemental, de l’organisation autonome de défense des droits Rrom et d’un collectif Queer.

1.- Syndicalistes. La conférence a débuté par l’audition de syndicalistes ukrainiens. Oleksandr Skyba, cheminot au dépôt de Darnitsya à Kiev et militant du Syndicat libre des cheminots et des constructeurs de transport, a décrit les conditions incroyablement dangereuses dans lesquelles lui et ses collègues ont travaillé lorsque les forces russes ont tenté d’assiéger la capitale. Les chemins de fer sont essentiels à l’approvisionnement de l’effort de guerre ukrainien et ont donc été pris comme une cible très importante par les Russes, qui ont bombardé les trains et les voies et tiré sur les cheminots. De nombreux cheminots sont morts. A travers un leitmotiv qui est revenu à plusieurs reprises lors de la conférence, Oleksandr Skyba a décrit comment le travail du syndicat était devenu centré sur la survie de ses membres – transport des fournitures humanitaires, sauvetage des travailleurs en danger, fourniture de nourriture et soutien aux nombreux cheminots qui combattent maintenant dans les unités de défense territoriale et les forces armées. Plus largement, le syndicat doit contribuer à répondre aux flux de personnes déplacées et réfugiées, le plus souvent des femmes et des enfants, qui se retrouvent sans abri, sans nourriture, alors que les pouvoirs publics sont souvent défaillants.

Oleksandr nous a raconté par la suite que lui et le syndicat avaient rendu visite à des membres désormais enrôlés dans les forces armées pour s’assurer qu’ils avaient reçu une formation de base en premiers secours et en techniques militaires, notamment pour identifier les mines. De nombreux Ukrainiens plus âgés ont une expérience de l’armée, mais la guerre a jeté pour la première fois de nombreux jeunes travailleurs moins expérimentés dans la vie militaire, et leurs anciens réseaux syndicaux s’avèrent être des sources de soutien cruciales.

Yurii Petrovich Samoilov, président du Syndicat des mineurs indépendants qui nous a rejoints via Zoom depuis la ville industrielle de Kryvi Rih, région de Dniepro, non loin de la ligne de front, s’en est fait l’écho.(https://www.youtube.com/watch?v=d8smenfbros&ab_channel=LIT-QI) Il a décrit les efforts déployés par son syndicat pour transmettre des informations et des fournitures à ses membres engagés dans les combats. Deux militants du syndicat des mineurs sont récemment tombés au front.
(
https://www.facebook.com/109250521778204/photos/a.110864081616848/117815574255032).

D’autres thèmes sont ressortis des discours des syndicalistes. Beaucoup ont souligné combien il était clair pour les travailleurs que leurs organisations indépendantes avaient peu de chances de survie sous l’occupation russe. Le camarade de Kryvi Rih a fait allusion à l’écrasement total du syndicalisme et de toutes les autres formes d’organisation d’une société civile indépendante dans les « républiques populaires » fantoches russes de Donestk et de Luhansk. Soumis en outre à l’effondrement complet de l’économie et à l’isolement international, les travailleurs de ces régions sont réduits à une impuissance totale, sous la menace d’une forte répression et de la perte de leurs conquêtes sociales antérieures.

Le président du Syndicat indépendant des mineurs nous a parlé aussi de la dépendance de nombreuses économies européennes (y compris l’Ukraine) à l’égard des combustibles fossiles russes et de la manière dont cette dépendance est désormais exploitée à des fins impérialistes. Il explique que l’intervention russe à long terme a rendu l’Ukraine de plus en plus dépendante en matière d’énergie. Mais aussi que l’oligarchie ukrainienne autochtone a pris le contrôle de la politique énergétique et l’a soustrait au contrôle démocratique et à l’utilisation rationnelle. C’est pourquoi la propriété publique des ressources énergétiques est nécessaire et revendiquée par son syndicat.

Serhii Kubanskyy et Oksana Slobodiana, syndicalistes dans le secteur de la santé, ont également rapporté que les travailleurs de la santé dans les zones occupées ont été contraints de quitter leurs syndicats et ont reçu l’ordre d’adhérer à des syndicats russes. Cette mesure de coercition était liée à la demande des occupants de faire signer aux travailleurs de nouveaux contrats de travail, plus mauvais. Certains de ces travailleurs ont réussi à contacter leur ancien syndicat. Ils ont demandé ce qu’ils devaient faire : risquer leur vie en refusant, ou finir par passer pour des collaborateurs lorsque les forces ukrainiennes reviendraient ? Les camarades des syndicats de la santé ont appelé le mouvement syndical international à condamner les syndicats russes pour leur complicité dans cette affaire.

Avant la guerre, les travailleurs de la santé souffraient déjà de bas salaires et de mauvaises conditions. Ces travailleurs – dont quatre cinquième sont des femmes – luttent avec des salaires inférieurs à la moyenne ukrainienne, et les politiques d’austérité ont épuisé la capacité des services de santé à faire face au Covid-19. Volodymyr Zelenskiy a publié un décret présidentiel visant à augmenter les salaires des travailleurs de la santé, mais les coupes dans le budget du secteur n’ont pas permis d’effectuer cette revalorisation. L’éclatement de la guerre et l’interdiction subséquente pour les travailleurs de la santé de quitter le pays les ont entraînés dans un tourbillon de pauvreté, de danger et de lutte pour répondre aux besoins criants en traitements médicaux à l’intérieur d’un système qui craque sous la pression. Il y a des besoins urgents d’une assistance en matériel médical et en médicaments. Auto-organisation des soignantes, avec un groupe facebook qui compte 8000 personnes.

La conférence a également entendu le témoignage de plusieurs syndicats du secteur de l’énergie. Vasyl Semkanich, du syndicat indépendant des mineurs de la ville de Chervonohrad, nous a expliqué comment des décennies d’intervention politique russe avaient rendu l’économie ukrainienne dangereusement dépendante des importations de combustibles fossiles en provenance de Russie. Mais il n’a pas voulu absoudre la classe dirigeante autochtone de l’Ukraine. Il a également rejeté la faute sur les oligarques ukrainiens, qui soustraient de plus en plus le secteur énergétique du pays à l’intérêt et au contrôle public et l’utilisent pour se remplir les poches. Il a parlé des demandes de son syndicat pour que l’industrie devienne une propriété publique démocratique.

Pavlo Oleshchuk, du syndicat des travailleurs de l’atome (Atomprofpilska), a fait un discours alarmant sur l’industrie nucléaire pendant la guerre. L’armée russe a tiré à plusieurs reprises des explosifs autour des centrales nucléaires et, au début de la guerre, le complexe de la centrale de Zhaporizhzhia, la plus grande d’Europe, a effectivement pris feu. La centrale est maintenant sous occupation russe et les élus de la ville voisine ont « disparu ». Pavlo a déclaré qu’il avait travaillé à la centrale de Zhaporizhzhia pendant 17 ans et qu’il connaissait les mesures de sécurité méticuleuses et minutieuses qui avaient été élaborées, souvent sur l’insistance du syndicat, pour assurer la sécurité de la centrale et de ses travailleurs. Il frémit à l’idée de savoir combien de ces mesures sont encore en place. Il faut du temps au personnel pour s’habituer à une nouvelle usine. Il s’inquiète de ce qui se passe lorsque vous faites venir des spécialistes du nucléaire d’un système complètement différent (en Russie) et que vous les faites travailler sur des centrales nucléaires qu’ils ne connaissent pas. D’après ce qu’il a compris, les Russes ont importé leurs propres gestionnaires pour superviser la centrale, mais le personnel ukrainien d’origine la fait toujours fonctionner et résiste à certains de leurs ordres. Des diapositives nous ont également montré les dommages que les Russes ont infligés au site de Tchernobyl, brièvement occupé. Non seulement les installations des travailleurs ont été complètement saccagées, mais d’importantes infrastructures de sécurité comme les laboratoires, les dossiers de santé et de sécurité et les bases de données informatiques ont été détruites. Pavlo a déclaré qu’il n’arrivait pas à croire que les occupants se comportaient de manière aussi insouciante, comme s’ils « ne comprenaient pas où ils se trouvaient ni à quel point c’était dangereux. »

Pavlo dit que la vie est divisée en un « avant » et un « après » en ce qui concerne la guerre. Le syndicat a des objectifs stratégiques à long terme pour ses membres, mais il s’avère difficile de les mettre en œuvre dans des conditions de guerre et le syndicat a quelque peu pivoté. Il affirme que le travail des syndicats au cours de la dernière décennie a permis aux travailleurs d’acquérir de nombreuses compétences – organisationnelles, technologiques, communicationnelles – nécessaires au travail humanitaire et à la résistance à l’invasion.

L’orateur réfléchit à l’ironie du fait que des gouvernements occidentaux qui ont infligé l’impérialisme en Irak, en Afghanistan, etc., apportent maintenant un soutien matériel à une lutte de libération nationale. Mais il note que ce n’est pas l’OTAN qui a des troupes sur le sol ukrainien, mais bien la Russie. Si nous croyons à la dignité et à la liberté des travailleurs, cela signifie qu’il faut soutenir le droit des travailleurs à élire leur propre gouvernement et à ne pas se le voir imposer par une puissance étrangère. La victoire de ce droit démocratique en Ukraine pourrait affaiblir non seulement l’impérialisme russe mais aussi celui de l’Ouest.

2.- Femmes et féministes. Nous avons longuement entendu des militantes féministes et des campagnes pour les droits des femmes. Yana Wolf est membre du groupe féministe ukrainien Bilkis. Elles étaient à Kharkiv avant l’invasion, et sont maintenant relocalisées à l’ouest. Certains membres servent dans les forces armées. La guerre a eu un effet profond sur la vie des femmes. La violence sexuelle a été utilisée comme une arme de guerre par les forces d’invasion russes, créant d’énormes souffrances et traumatismes. L’accès des femmes à l’avortement est loin d’être garanti. Bien que l’avortement soit légal en Ukraine, celles qui tentent de l’obtenir peuvent être confrontées à la stigmatisation sociale et aux préjugés religieux, même après un viol par des soldats. Malheureusement, de nombreuses Ukrainiennes traumatisées qui réussissent à s’échapper en Pologne découvrent qu’elles se trouvent désormais dans un pays où l’avortement est effectivement interdit. En Pologne, même la « pilule du lendemain » est introuvable. Intervention active de militantes Pro-Life qui disposent de moyens financiers importants et qui disent aux femmes violées « vous avez déjà subi le traumatisme d’un viol, vous ne supporterez le 2e traumatisme d’un avortement ».

La militarisation de la société a également enhardi certains hommes à abuser des femmes. Lorsque les hommes s’engagent dans l’armée, ils ne reçoivent pas seulement un uniforme. Ils obtiennent aussi un sentiment de pouvoir. Et cela inclut un sentiment de pouvoir sur les femmes. Les femmes et les enfants doivent souvent faire face aux conséquences du retour d’hommes traumatisés du front. Lorsqu’ils rentrent chez eux, leur traumatisme peut se transformer en agression et en haine. Les femmes, les enfants et les mères en souffrent. La violence engendre la violence.

Les femmes ont un double combat à mener. Elles doivent se battre contre les occupants, et elles doivent aussi se défendre contre leurs propres camarades en uniforme qui n’ont pas appris que les femmes doivent être respectées ».

Iryna Yuzyk de People’s Action (org de gauche) parle de la situation désastreuse des femmes dans le Kherson occupé, dont les revenus ont été coupés, dont les partenaires ont disparu ou qui ont sombré dans l’alcoolisme.

Les campagnes tentent d’obtenir une aide financière pour ces femmes, qui ont encore des dettes et des factures pressantes. Mais son organisation est divisée et perturbée – certains combattent dans les forces armées, d’autres sont encore à la maison. Elle compte sur les volontaires.

Le mouvement des femmes ukrainiennes a beaucoup progressé au cours des dernières décennies, mais l’infrastructure qu’il a construite a été mise en péril par la guerre. Marta Chumalo, du groupe Perspectives de femmes, a décrit comment certains refuges pour femmes ont dû fermer face à l’invasion. Les conditions de vie de nombreuses femmes réfugiées, y compris celles qui ont fui à Lviv, constituent un terrain propice à la violence domestique et à l’oppression. Elle rappelle quelques exemples de femmes soumises à d’horribles violences. Ceci dans un contexte où il est difficile de faire la cuisine, de se laver, de subvenir aux besoins de ses enfants. La pression psychologique est énorme.. L’organisation de Marta a aidé des femmes, dont certaines qui vivaient à 17 dans un sous- sol, avec peu de moyens pour se nourrir et subvenir à leurs besoins ou à ceux de leurs enfants, et peu de recours pour échapper à des partenaires violents.

Yulyana Ustinova, de KSENA, parle de la traite des êtres humains pendant la guerre. Il y a plus de 10 millions de personnes déplacées, la moitié à l’étranger, l’autre à l’intérieur du pays. Pendant la guerre, beaucoup d’Ukrainiens ont perdu leur emploi, mais ils avaient des dettes à payer. Il y avait un grand nombre de personnes qui avaient besoin d’un revenu, et une forte demande à l’étranger pour une main-d’œuvre non officielle bon marché. Des conséquences évidentes…

La guerre a bien sûr aggravé la situation. Beaucoup sont exploité-e-s sexuellement. D’autres sont employé-e-s dans un travail « non officiel ». Les « agences » qui aident ces travailleurs à se réinstaller leur soutirent souvent de l’argent, puis les déplacent. Les conditions de travail sont souvent terribles. Sans papiers, peu de moyens de contester le patron.

Mais si les femmes sont confrontées à de graves difficultés, elles se sont également battues, à la fois contre l’invasion et contre l’oppression des hommes de leur « propre » camp. De nombreuses femmes se sont portées volontaires pour combattre les Russes, et le pourcentage de femmes dans les forces armées a atteint 16%. De nombreuses femmes ont demandé à être autorisées à se battre contre l’ennemi, résistant aux tentatives de l’armée de les affecter à des rôles éloignés du combat. Pendant ce temps, l’exode des réfugiés vers les villes plus sûres de l’ouest de l’Ukraine a permis à des militants auparavant disparates de tisser de nouveaux liens, Lviv devenant un centre improvisé pour l’activisme féministe et LGBT. À Kiev, un collectif féministe luttant pour les droits des LGBT vote chaque mois pour déterminer à quelle unité militaire il souhaite faire un don.

3.- Rroms. Les minorités ethniques, elles aussi, ont été entraînées dans une lutte commune contre les occupants. Le militant des droits de l’homme Yulian Kondur nous a parlé du nombre élevé de Rroms qui se portent volontaires dans les forces armées. La participation de tant de soldats rroms à la guerre est une grande source de fierté pour la communauté, a-t-il dit. Et pourtant, les Rroms sont l’un des groupes les plus marginalisés et opprimés de la société ukrainienne, un désavantage systémique qui n’a nullement disparu pendant la guerre. Le combat collectif de la guerre, a dit M. Kondur, a offert de nouvelles possibilités grâce à la lutte contre les préjugés, mais les difficultés sont rudes. La discrimination à l’encontre des Roms peut même rendre difficile la migration interne. Les Roms qui fuient l’Ukraine de l’Est vers l’Ouest peuvent rencontrer toutes sortes de difficultés supplémentaires et se retrouver perdants lorsqu’il s’agit d’obtenir des prestations sociales à leur arrivée. (voir : https://www.youtube.com/watch?v=lijwWgNzxZQ&ab_channel=TimesRadio). Les Rroms ont également été victimes de la justice d’autodéfense dans le chaos du conflit, et l’orateur a attiré notre attention sur un incident particulièrement horrible à Lviv, où des jeunes filles rroms de l’est de l’Ukraine ont été attachées, peintes et humiliées pour le crime présumé d’un petit vol. Bizarrement, la propagande russe a essayé de dépeindre cela comme une persécution des russophones.

L’effet unificateur de la guerre permet aux groupes de défense des droits de l’homme et à la gauche de faire pression sur le gouvernement pour qu’il respecte ses engagements envers les minorités ethniques d’Ukraine. Les attitudes changent car les différents groupes ethniques se retrouvent dans une lutte commune. Les Roms sur le front sont une source de fierté.

Daria Gosek-Popiolek de Razem a parlé de la situation des réfugiés et des migrants en Pologne.

Le gouvernement polonais a adopté une loi accordant la résidence aux réfugiés ukrainiens et leur donnant accès aux services médicaux et publics. Cependant, cette loi ne s’étend pas aux citoyens non-ukrainiens qui ont également fui l’Ukraine. La gauche a fait pression pour élargir cette disposition (avec un succès mitigé).

Une méchante petite ironie : les réfugiées ukrainiennes en Pologne se retrouvent soudainement dans un environnement où les lois sur l’avortement sont beaucoup plus strictes. Les femmes ukrainiennes vulnérables ont également du mal à recevoir un soutien ou une protection de la part de la police polonaise. Les propriétaires n’ont pas tardé à exploiter l’explosion de la demande de logements (ainsi que la vulnérabilité des réfugiés). Les Polonais comme les migrants sont touchés par la crise du logement – la gauche réclame plus de logements, en particulier plus de logements sociaux.

Le gouvernement polonais a connu une légère augmentation de son soutien pendant la crise ukrainienne – mais le Razem de gauche aussi. Ils y sont parvenus en partie en demandant un soutien adéquat pour les réfugiés. Pendant ce temps, l’extrême-droite (en dehors du gouvernement !) a subi une baisse de popularité.

4.- LGBT. Ksenia, de l’Atelier féministe, parle de la position des personnes LGBT dans la guerre. Elle explique que les activistes homosexuels dans les zones occupées sont confrontés à la persécution, à l’enlèvement et à la collaboration forcée. Mais des personnes très héroïques dans la zone occupée

continuent à être actives. L’homophobie et le patriarcat font désormais partie intégrante de l’idéologie impérialiste de la Russie, qui se présente comme le dernier bastion des valeurs chrétiennes contre l’« homosexualisme » occidental, ce qui rend le militantisme LGBT très difficile. Les lois homophobes russes sont reproduites dans de nombreux autres pays de la sphère russe. Les médias russes sont obsédés par l’idée de dépeindre les personnalités politiques ukrainiennes (Zelenskiy, les Klitschkos, etc.) comme étant secrètement homosexuelles. L’Ukraine compte heureusement au moins quelques personnalités homosexuelles visibles.

L’énorme mouvement de personnes fuyant la guerre a rassemblé des militants qui vivaient auparavant dans des endroits différents. Lviv est devenue une sorte de capitale impromptue pour les militants féministes et LGBT – de nouveaux réseaux se forment « en arrivant à la gare ».

Ksenia ne veut pas blanchir le bilan de l’Ukraine en matière de droits LGBT. Mais son collectif ne doute pas que sa survie dépend de la défaite des envahisseurs. Ils reversent 50% de leurs revenus aux forces armées. Ils votent collectivement pour choisir les unités auxquelles ils font des dons.

5.- Environnement. Oleh Savytskyi, de l’organisation écologique Ecodia, évoque l’aspect environnemental de la crise en Ukraine. Ils étaient actifs dans les rues lors de la Journée nationale de la Terre, soulignant que la dépendance de l’Europe à l’égard des combustibles fossiles finance l’agression russe. C’est une situation très rentable pour la Russie. Les groupes écologiques ukrainiens ont tissé des liens avec des militants allemands, essayant de cibler les multinationales européennes qui achètent en gros le pétrole et le gaz russes. Oleh qu’il est urgent de mettre fin à l’extraction des combustibles fossiles – ce pourrait être un moment décisif pour changer de cap.

Le Pacte climatique de Glasgow parle du charbon, mais évite la question tout aussi urgente du pétrole et du gaz. Les mêmes intérêts corporatifs qui évitent de traiter cette question évitent également de traiter la dépendance à l’égard de la Russie. Il souligne aussi que l’Ukraine est loin d’être le seul pays où l’opposition à l’extraction des combustibles fossiles et à la dégradation de l’environnement est liée à la lutte contre l’impérialisme. Ce sont les pays du Sud qui ont fait pression pour une action climatique. Il s’agit d’un enjeu anti-colonial.

Il nous rappelle que nous devons éviter que l’Occident ne se contente de transférer son approvisionnement en combustibles fossiles de la Russie vers l’Arabie Saoudite ou le Qatar, ou de les extraire par fracturation aux États-Unis à un coût environnemental énorme.

Yana, de la branche ukrainienne de Fridays For Future, parle du coût environnemental de la guerre elle-même. La plupart des panneaux fournissant de l’énergie solaire à l’Ukraine sont placés le long de la côte sud – malheureusement, c’est aussi là que se déroulent les combats. De nombreux panneaux ont été endommagés.

Lors d’une discussion que nous avons eue avec plusieurs groupes environnementaux ukrainiens, j’ai appris comment les oligarques profitent de la situation de guerre. Par exemple, l’Ukraine consacre la moitié de ses terres à l’agriculture et une grande partie à l’exportation de céréales, de semences. Les Russes ont exploité une partie des terres, aussi le gouvernement promeut-il des décrets selon lesquels les zones naturelles protégées peuvent être envahies. L’invasion des zones naturelles est également utilisée pour la construction.

L’une des campagnes qu’ils mènent depuis un certain temps est la défense de la forêt primaire des Carpates dans la région de Svydovets. Il s’agit d’une région presque unique en Europe centrale et orientale, qui s’étend de la République tchèque à la Pologne, en passant par la Hongrie et l’Ukraine, sans oublier la Roumanie et la Serbie. Dans la partie ukrainienne, ils coupent la forêt primaire pour en faire une station de ski. La guerre offre ainsi de nouvelles « opportunités commerciales » aux dépens de la nature et des pauvres qui ne peuvent pas acheter de terres à l’État, car la plupart des forêts appartiennent à l’État.

Une lettre de 4  organisations environnementales ukrainiennes demande l’adhésion à l’UE. Leur objectif est qu’en rejoignant l’UE, ils pourront bénéficier de lois environnementales plus protectrices. Dans le débat, une question se pose : mais si l’UE sait qu’une grande partie du bois ukrainien provient d’une zone protégée, pourquoi n’empêche-t-elle pas les entreprises européennes d’en importer ? En fin de compte, ils reconnaissent qu’il y a aussi beaucoup d’hypocrisie dans l’UE, mais ils pensent qu’ils seront mieux à l’intérieur qu’à l’extérieur.

6.- Anarchistes et libertaires. Le mouvement anarchiste dirigeait un collectif à Lviv, mais ses dirigeants sont partis se battre pendant la guerre. Ils ont permis à l’organisation d’Iryna d’utiliser leur bâtiment comme entrepôt pour l’aide humanitaire. Les contacts anarchistes de Dnipro ont fait de même pour aider à stocker et à transporter l’aide.

Serhii Movchan fait partie d’Operation Solidarity, un réseau d’aide anti-autoritaire avec des liens internationaux. À la veille de la guerre, ses camarades ont décidé que la moitié d’entre eux rejoindrait la défense territoriale pour se battre, et que l’autre moitié resterait pour organiser la solidarité et l’aide humanitaire. Dans la répartition des ressources, leur priorité va au volet militaire.

Une grosse partie de leur activité est liée à l’information, avec l’intention de faire une contre- propagande à la propagande russe parce que beaucoup de gauchistes en Europe continue de croire à la communication de Poutine. Les liens sont excellents avec Mouvement social qu’ils considèrent comme l’organisation de gauche la plus active en Ukraine et avec qui ils partagent leur espace de stockage à Lviv.

Leur nombre a augmenté lorsque la guerre a commencé. De nombreux gauchistes, anarchistes et militants sociaux ont ressenti le besoin de faire tout ce qu’ils pouvaient pour aider la résistance. Leur plus grand succès : la livraison de gilets pare-balles, de médicaments et d’aide de l’étranger, y compris à Bucha et Irpin, récemment libérés et même de la nourriture vegan pour des combattants au front qui continuent à manger vegan !

7.- Gauche démocrate socialiste ukrainienne Les interventions des militants de Sotsialniy Rukh (Mouvement social) permettaient de se faire une idée de la situation de la gauche socialiste en Ukraine D’une part, la guerre a présenté d’énormes défis. Lorsque le gouvernement a instauré la loi martiale, le droit de grève ou d’organisation de manifestations a été supprimé. L’administration Zelenskiy a également réduit les impôts sur les sociétés et dilué les droits des travailleurs dans ce qu’elle a décrit comme une tentative de stabilisation de l’économie.

Sotsialniy Rukh (Mouvement social) expose ses principaux objectifs :

  1. Rétablir les libertés syndicales restreintes pendant la guerre sous la loi martiale.

  2. Améliorer les droits des travailleurs.

  3. Mettre la législation sociale ukrainienne au niveau de celle du reste de l’Europe.

Il a organisé une initiative « Défense du Travail » pour rassembler des expériences et fournir de l’aide aux travailleurs licenciés ou à qui le salaire n’a pas été versé.

Il affirme que la guerre ne doit pas servir de couverture pour saper les droits des travailleurs et ancrer le néolibéralisme. Il s’oppose aux réductions d’impôts de Zelensky en faveur des entreprises (censées stabiliser l’économie soumise au stress de la guerre) comme un transfert de richesse vers les riches. Il appelle à une protection renforcée des droits des travailleurs car les travailleurs ont davantage besoin de protections et de garanties pendant une guerre, et non moins. Le travail est plus dangereux pendant une guerre !

Depuis quelques années, les gouvernements ukrainiens appliquent des mesures de « décommunisation » visant à empêcher les partis politiques d’invoquer positivement le passé soviétique. Il y a quelques semaines au cours de la guerre, Zelensky a également interdit une série de partis pro-russes, dont certains sont nominalement de gauche. Nous avons demandé au Mouvement social son avis sur cette législation. Le problème, selon eux, n’est pas tant que les partis interdits luttaient sérieusement pour le socialisme ou les droits des travailleurs (dans l’ensemble, il s’agissait de corps pourris de conservateurs sympathisants de Poutine et nostalgiques de l’URSS, élargissant leur attrait par le chauvinisme chrétien orthodoxe et quelques gestes d’opposition à la réduction des allocations). Le Parti communiste d’Ukraine, interdit depuis plus longtemps (décembre 2015, contrairement à la Jeunesse communiste), n’a, selon eux, plus aucune influence dans la population. Néanmoins, le Mouvement social s’oppose à la législation qui les a interdits. Cela s’explique en partie par un intérêt général pour la démocratie et la liberté d’association, mais aussi parce que les interdictions sans nuances de l’iconographie et de la terminologie de gauche peuvent également être utilisées pour réprimer les véritables socialistes et les défenseurs des droits des travailleurs.

Denys Pilash, militant du mouvement social, nous a dit qu’en général, il peut être difficile de parler de socialisme ou d’anticapitalisme dans un pays qui a terriblement souffert sous un régime qui prétendait être une « République soviétique socialiste ». Et pourtant, la plupart des Ukrainiens sont parfaitement conscients des grandes inégalités sociales, de l’accaparement des richesses par les riches, du vol de la société par les oligarques. Le dégoût des riches est si commun que la rhétorique anti-oligarques est employée même par les partis des oligarques eux-mêmes !

Ce sentiment n’a pas non plus disparu en temps de guerre. Le Mouvement social a pu progresser en soulignant l’injustice avec laquelle certains aspects de la guerre sont gérés et en indiquant aux travailleurs comment invoquer leurs droits. Il souligne comment l’égoïsme des patrons et leur mépris pour les conditions de vie des travailleurs affaibliront les chances de l’Ukraine dans la guerre. Selon Pilash, alors que la popularité de Zelensky est très élevée en raison de son rôle de commandant en chef, de nombreux Ukrainiens ordinaires considèrent que les politiques plus mesquines et plus injustes de son gouvernement n’ont aucun rapport. De cette façon, l’opinion populaire peut être à la fois très pro-Zelensky et simultanément critique envers le gouvernement.

Dans des conditions extrêmement difficiles, le Mouvement social et d’autres authentiques forces de gauche s’efforcent d’esquisser une alternative égalitaire et démocratique que le public ukrainien puisse saisir, claire et distincte à la fois du présent corrompu et du passé soviétique dictatorial.

Au niveau international, le Mouvement social met en avant l’importance de l’annulation de la dette extérieure de l’Ukraine.

*****

Ce qui , à mes yeux, est le plus évidemment ressorti de tous ces exposés, c’est que tous ces mouvements dans leur diversité, inscrivent pleinement leur action et leurs revendications dans la résistance à l’agression russe, résistance qu’ils conçoivent non comme une cause strictement nationale (la préservation de l’indépendance et de la souveraineté de l’Ukraine), mais comme un combat de la société elle-même pour la sauvegarde de son mode de vie, de ses valeurs sociétales, etc. Un simple exemple parmi beaucoup d’autres : Poutine a déclaré qu’une des raisons pour lesquelles l’Ukraine devait être traitée comme une « Anti-Russie », c’était qu’elle pratiquait la « liberté de genre », et l’on sait qu’une personne queer dans les zones occupées par l’armée russe risque en permanence, pour cela, d’être kidnappée ou de « disparaître ».

Par rapport aux visions justifiant l’agression russe, répandues en particulier dans la gauche occidentale, deux points doivent être soulignés :

– la guerre en Ukraine n’est pas une guerre civile à caractère ethnique : le plus grand nombre de victimes des bombardements et des exactions russes sont précisément des Ukrainiens russophones et la résistance dans les zones occupées à l’Est et au Sud est majoritairement le fait de populations russophones ;

– dans les zones contrôlées par les Russes (les « Républiques populaires » du Donetsk et de Louhansk depuis 2014, et a fortiori les territoires occupés actuellement, les droits démocratiques et sociaux des travailleurs sont totalement bafoués, le pouvoir politique et économique est aux mains d’une poignée d’oligarques pro-russes.

L’autre volet de nos rencontres a été de faire ressortir que la guerre n’a pas éliminé, lois s’en faut, les objets de conflictualité dans la vie politique et sociale ukrainienne. Par-delà le sentiment d’union nationale qui s’est imposé, il reste que, par exemple, les mesures de politique sociale et économique du gouvernement Zelenski font porter le poids de l’effort de guerre sur les classes populaires : la loi martiale entraîne l’interdiction des grèves, la suspension de nombreuses garanties sociales, des accords collectifs du travail et parallèlement de très importants avantages fiscaux ont été accordés aux entreprises.

Nos rencontres ont cherché à définir des priorités pour une solidarité « d’en bas », indépendante des Etats ou des blocs militaires.

Les militant.e.s de la gauche ukrainienne ont souligné l’importance de cette solidarité tant matérielle que politique. Par exemple, les militantes féministes demandent un soutien aux centres d’accueil pour les femmes victimes de violence et sous la menace constance de tomber dans les griffes de trafiquants sexuels, alors que ces besoins ne sont absolument pas rencontrés par les aides émanant des Etats et gérées par le gouvernement ukrainien.

Des rapports détaillés sur ces demandes seront diffusés ultérieurement.

Trois derniers points sont à souligner en conclusion :

  1. La gauche ukrainienne inscrit entièrement son action dans la résistance, notamment armée, à l’agression russe. Toutes les problèmes et toutes les tâches sont redéfinis en fonction de la guerre (« tout pour la guerre, tout par la guerre »), ce qui ne signifie pas évacuer ou oublier les « fronts intérieurs » mais considérer que c’est à travers la participation à l’effort de guerre qu’ils faut les aborder et les mener à bien, y compris de façon critique ou opposée à l’action du gouvernement. Le principal défaut du Statement adopté sans discuté après la conférence de Lviv est de ne pas traduire cette conception qui était exprimée dans une grande majorité des interventions des militant-e-s ukrainien-e-s. qui nous ont parlé. Je voudrais citer Denis Pilash, du Mouvement social : « Je dois commencer par le fait que la résistance ici est vraiment populaire et marque un signe d’union au sein de la société. Tous les habitants de l’Ukraine ressentent désormais cette menace existentielle pour leur vie, ce qui rapproche les gens dans un soutien mutuel. Même les personnes les plus discriminées, comme la communauté rom, se sont portées volontaires dans les unités de défense territoriale. À ce niveau, la société est unie. Pourtant, en termes de composition des classes sociales, les intérêts sont différents. À la veille de la guerre, la majorité des oligarques ukrainiens ont fui le pays, emportant avec eux autant d’argent qu’ils le pouvaient. Les élites ont quitté le pays en abandonnant sa défense aux gens du peuple. Ils ne font pas partie de la résistance. Nous pensons que, dans le meilleur des cas, le mouvement de solidarité construit à partir de la base peut survivre à la guerre et être efficace pour réévaluer la distribution du pouvoir de classe ». Dans cet esprit le projet de Statement présenté par le Mouvement social comprenait l’idée qu’il fallait « accroître l’influence des travailleurs sur le gouvernement ukrainien  , mais cet objectif a été supprimé par la déléguée du NPA français.

  2. Attitude vis-à-vis des Russes (des soldats russes, du peuple russe). Plusieurs intervenants ont souligné fortement un changement dans la psychologie collective après Boutcha et la révélation de toutes les autres atrocités. Avant il s’agissait de la guerre de Poutine, il y avait des manifestations lorsque les troupes russes arrivaient, même des vieilles Babouchka. Aujourd’hui c’est différent : la haine des Russes de tout ce qui est russe grandit (boycott linguistique et culturel). Reflet des atrocités (des choses « inimaginables » ont-ils dit) mais aussi des attitudes de la population russe, y compris parmi ceux qui n’étaient pas pour la guerre (« des soldats russes ne peuvent pas faire ça »).

Je voudrais citer les paroles de Marta Havryshko, une féministe ukrainienne : « La plupart des viols auxquels nous assistons dans cette guerre jusqu’à aujourd’hui sont des « viols publics ». Qu’est-ce que je veux dire par là ? Que les membres de la famille ou d’autres personnes qui s’abritent dans un endroit – par exemple dans des maisons, des sous-sols ou des écoles – sont obligés d’assister à l’humiliation des victimes. Pour les auteurs de ces actes, il semble très important de montrer aux autres ce qu’ils peuvent faire. L’un des objectifs de ces viols « publics » semble donc être d’intimider la population ukrainienne, de répandre la peur et la terreur, non seulement chez ceux qui subissent réellement ces horreurs, mais aussi chez ceux qui en sont témoins et en entendent parler. Ils envoient un message à l’ensemble de la communauté : « Nous sommes puissants, nous pouvons et nous allons vous punir pour votre résistance à notre égard, pour ne pas nous célébrer comme des « libérateurs ». » De plus, ces viols communiquent aux hommes ukrainiens qu’ils ne peuvent pas protéger les femmes et les enfants, qu’ils ne peuvent pas protéger leurs épouses, leurs filles, leurs sœurs, leurs mères. »

Qui plus est, ces types de viols en disent long sur leurs auteurs eux-mêmes : Ils expriment leur sentiment de mépris pour l’Ukraine, pour le peuple ukrainien. En fait, ils semblent être un moyen pour les soldats russes de justifier leurs actions. J’ai entendu parler de cas où des soldats russes sont entrés dans des maisons privées, ont attaché les femmes qui s’y trouvaient aux meubles et les ont forcées à regarder leurs enfants se faire violer. Dans un cas, la sœur aînée d’une fille s’est approchée des soldats russes et leur a demandé : « S’il vous plaît, prenez- moi à sa place. Je suis plus âgée. » Mais les soldats ont répondu : « Non. Vous devriez regarder ce que nous faisons à votre sœur. Parce que nous ferons la même chose à toutes les putes nazies. » Cette histoire révèle l’impact de la propagande russe. Cette propagande affirme qu’il y a un génocide perpétré par les néo-nazis ukrainiens contre les russophones en Ukraine, et que les Russes sont venus pour protéger et sauver tous les russophones. Cette identification ridicule des Ukrainiens aux nazis a un impact sur le comportement des soldats russes et leur cruauté envers les civils ukrainiens. Ils utilisent ce langage propagandiste lorsqu’ils justifient leurs actions. Pour eux, les femmes ukrainiennes sont des femmes fascistes, elles sont les épouses, les filles, les sœurs d’hommes fascistes. À travers les viols, ils affirment et renforcent cette idée. Grâce aux viols, les femmes ukrainiennes deviennent l’ « Autre » ennemi.
Et le commandement de l’armée russe approuve leur comportement. Les soldats pillent, ils prennent beaucoup de choses, des bijoux et des téléviseurs à écran plat, et aussi des vêtements, même des chiffons sans valeur. C’est un signe que leur moral est très bas. Et dans le même esprit, ils violent aussi les femmes. Et leurs commandants les autorisent à piller et à violer. La violence sexuelle est une récompense pour les soldats, pour leur remonter le moral.
En bref, je crois que dans cette guerre, la violence sexuelle est une arme. Pourquoi ? Parce que tout d’abord, nous avons beaucoup de témoignages de viols dans tous les territoires occupés par la Russie. Il ne s’agit pas seulement d’actions individuelles. Deuxièmement, la plupart de ces cas de viols sont des viols publics. Les soldats veulent répandre la terreur, ils veulent répandre la peur. Troisièmement, il est évident que ces soldats ne croient pas qu’ils seront punis. Le commandement de l’armée tolère leurs actions. Même si la Russie nie tout officiellement. »

3. Attitude vis-à-vis de la gauche occidentale. Sentiment d’un aveuglement ou pire. Attitude de supériorité qui ne tient aucun compte des Ukrainiens (si ce n’est comme « victimes ») et ne cherche même pas à les écouter, à discuter avec eux. Cela peut revêtir plusieurs expression, prendre plusieurs formes : (1) Russie force anti-impérialiste contre l’ennemi principal, les Etats-Unis, (2) pacifisme absolu (devant la menace d’un holocauste nucléaire il faut sacrifier l’Ukraine), (3) position gauchiste en apparence (il s’agirait d’un conflit entre impérialismes rivaux avec lesquels les travailleurs n’ont rien à voir d’où l’affirmation que l’Ukraine est un simple pion des USA).

Les réponses des militants ukrainiens sont très simples : « ce n’est pas l’OTAN qui est chez nous, c’est l’armée russe ». « Si la Russie arrête de se battre, il n’y a plus de guerre, si l’Ukraine arrête de se battre, il n’y a plus d’Ukraine », « Si les Russes occupent toute l’Ukraine, il y aura des négociations, si les Russes sont repoussés à la frontière, il y aura aussi des négociations – mais ce ne seront pas les mêmes ».

Jean Vogel, le 16 mai 2022 Membre du Comité belge du Réseau européen de solidarité Ukraine

http://www.institut-liebman.be/wp-content/uploads/2022/05/rapport-ukraine-003.pdf

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Solidarité Ukraine Paris XI

22-04-21-5 solidarite- Ukraine 11 A

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Télécharger au format PdF : 22-04-21-5 solidarite- Ukraine 11

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Lignes de front

Cafouillage et hiérarchie
En préparation de la bataille de Severodonetsk, les forces russes ont intensifié les bombardements. L’état-major ukrainien signale que les forces russes ont tenté d’avancer au sud-ouest et au nord de Popasna, mais n’ont pas pu s’emparer de l’accès aux routes vers Bahmut et Lysychansk. De même, l’armée russe a tenté dans succès de progresser vers Slovyansk et Zaporizhia. Selon l’ISW, on peut lire sur les fils militaires russes de Telegram des critiques du fonctionnement du système de reconnaissance et de frappe russe, qui du fait de son extrême lourdeur empêche l’artillerie russe de frapper les positions ukrainiennes à temps « en raison des retards dans l’obtention de l’autorisation de tirer des échelons de commandement supérieurs » (https://t.me/vysokygovorit/7866).
18 mai
Source : ISW

Répression en Russie
Dans la région de l’Amour, Vladyslav Nikitenko, un habitant de Blagoveshchensk a été inculpé pour avoir « discrédité » l’armée à plusieurs reprises. Il s’agit de la première affaire pénale de ce type, mettant en œuvre le l’article 280.3 du Code pénal.
Selon la police, l’individu a déjà été condamné en mars à une amende pour les mêmes faits. Ayant récidivé « à dix reprises » il risque jusqu’à trois ans de prison. Le 24 février, Vladislav Nikitenko avait déposé des requêtes auprès des instances judiciaires de l’armée en accusant Vladimir Poutine et les membres du Conseil de sécurité de déclencher la guerre en Ukraine. 
19 mai
Source : https://zona.media/

Protestations contre l’enrôlement forcé
Des responsables ukrainiens ont fait état de manifestations dans les « républiques autoproclamées » vassales de la Russie de Donetsk et de Louhansk pour protester contre l’enrôlement forcé de jeunes hommes les 16 et 17 mai. Le renseignement militaire ukrainien (GUR) indique que les parents de ces soldats mobilisés de force exigent le retour immédiat des membres de leur famille. Celui-ci rappelle qu’une manifestation contre l’enrôlement forcé avait eu lieu à Donetsk le 1er mai.
18 mai
Source : ISW

Néocolonialisme ?
En vue de l’après-guerre, le Kremlin semble penser pouvoir compenser la perte de revenus occasionnés par la destruction des infrastructures dans les régions ukrainiennes en mobilisant les ressources industrielles comme la centrale nucléaire de Zaporizhia (d’ores et déjà aux mains de la Russie). Lors de sa visite à Melitopol, le 18 mai, le vice-premier ministre russe a annoncé qu’il « allouerait une aide maximale à l’intégration de l’oblast de Zaporizhia dans la « famille russe amicale » ». Ainsi, la centrale nucléaire de Zaporihia fournirait exclusivement de l’électricité à la Russie qui pourra la vendre… à l’Ukraine. Les autorités d’occupation russes sont en train de concrétiser des politiques en préparant des référendums dans les villes conquises qu’elles pensent pouvoir conserver.
18 mai
Source : ISW 

Refus d’obéissance

Selon le renseignement militaire ukrainien, plusieurs unités de la 70e brigade motorisée ont ouvertement refusé de participer aux opérations militaires et demandé à être renvoyées sur leur lieu de cantonnement habituel. Afin d’identifier les initiateurs du refus d’obéissance, le FSB de la 58e armée a détaché ses agents et ses informateur dans la 70e brigades. Les soldats les plus contestataires auraient été affectées dans les zones les plus dangereuses du front.
Source 
: The Kyiv Independent

Clin d’œil
« Depuis deux mois maintenant, la ville de Gulyaypohl se défend. Les occupants ont même désigné Gulyaypohl comme une “ville maligne”, du fait sans doute qu’un “caractère spécial, a vraisemblablement été transmis aux habitants par Nestor Makhno”. »
19 mai 2022 
Source : https://t.me/zoda_gov_ua/7929

De l’eau dans le gaz
Les frictions entre les administrations d’occupation russes et les collaborateurs pro-russes se multiplient dans les zones occupées d’Ukraine. L’administration militaire de l’oblast de Zaporizhia signale qu’un « collaborateur » bien connu à Zaporizhia a accusé le gouverneur installé par les Russes de lui avoir volé « sa compensation de 10 000 roubles ». « Bien que l’ISW ne puisse pas vérifier ces affirmations de manière indépendante, un tel mécontentement parmi les éléments d’occupation suggère un manque général de planification de la part des autorités russes dans les zones occupées, maintenant aggravé par des pertes russes de plus en plus évidentes ».
16 mai

Patrick Silberstein 

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Le fascisme et l’impérialisme du Kremlin

L’essence de tout impérialisme d’une civilisation humaine est d’étendre son influence. Dans tous les sens du terme. Mais l’impérialisme a toujours pris des formes différentes selon la formation sociale. Si l’impérialisme du féodalisme a poursuivi l’expansion de ses territoires en faisant appel aux « guerres de religion », l’impérialisme du capitalisme cherche des justifications entièrement différentes pour ses ambitions impériales. L’expansion du capital est le but de la formation sociale capitaliste, mais même ce processus doit être habillé d’une certaine forme idéelle. Quelle est donc cette idée ? Les « guerres de religion » ne sont pas entièrement convaincantes dans une société bourgeoise. À la place de l’idéologie féodale, elle s’approprie des slogans tels que la défense de la patrie, le patriotisme des masses et, sans surprise, la protection des » »valeurs démocratiques ».

La Première Guerre mondiale a très bien montré comment le capital de divers pays industriels a tenté de dépasser ses limites nationales. L’Empire allemand (1871-1918) en est un exemple frappant. Le carnage mondial auquel se livraient les principaux pays du monde était caractérisé par un grand chauvinisme. Le point culminant des idées chauvines fut l’Allemagne nazie, qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale. C’est le fascisme qui est devenu le masque idéologique ultime porté par le capital dans son expansion impérialiste vers d’autres nations.

« Le fascisme est l’hypnotisme démagogique des masses », disait un révolutionnaire qui (pour ses croyances) a été expulsé par le pouvoir mondial de la réaction vers le Mexique. Et c’est ainsi. Le fascisme n’est rien d’autre qu’une vague massive de réaction embrassant toutes les croyances et toutes les classes de la société, à l’avant-garde de laquelle se trouve la classe dirigeante. Elle dépense une grande partie de son pouvoir et de ses moyens d’agitation, de propagande, d’incitations matérielles pour « zombifier » les masses. Le but ultime de cette « zombification » est une campagne nationaliste contre d’autres nations, l’expansion de son capital, car il semble impossible autrement de résoudre les contradictions capitalistes mondiales. Pour être succinct et précis : le fascisme considère que sa mission est de créer des esclaves dont l’esprit est bourré de merde chauvine. La pensée critique des victimes du fascisme est strictement interdite.

La Fédération de Russie de 2022 n’a pas fait exception à cette règle… Dans la nuit du 24 février 2022, le Kremlin a commencé son raid aérien sur l’Ukraine. Les agresseurs russes, menés par Poutine, semblent bien décidés à répéter les exploits d’Hitler. La justification de leur « acte de guerre » a été qualifiée par le Kremlin de « dénazification de l’Ukraine » et expliquée par le fait que l’Ukraine est une « terre russe ». Il n’est pas nécessaire de contrer ces absurdités, car l’histoire elle-même s’en moque, joyeusement et en même temps tragiquement. Mais ce qui semble encore plus ironique, c’est le désir de détruire les fascistes ukrainiens, qui bien sûr n’ont pas été trouvés. Et ils n’ont pas pu être trouvés… Le fascisme, principalement (!) est un vilain privilège des ambitions impérialistes. Mais les Russes, sans le savoir, ont trouvé le fascisme en eux-mêmes.

De nombreuses villes ukrainiennes savent par elles-mêmes ce qu’est une sirène aérienne qui hurle la nuit de manière perçante, annonçant l’arrivée prochaine d’une roquette meurtrière en provenance du côté russe. Un certain nombre de villes n’existent plus, comme c’est le cas pour les personnes. Et la terrible chronique de la ville de Buchi ne fait que révéler toute l’essence de l’abomination fasciste qu’incarne le soldat russe. Nombreux sont ceux qui, avec une surprise dégoûtée, notent comment les soldats fascistes du Kremlin soumettent les gens à l’humiliation et aux violences sexuelles. Dans le même temps, les citoyens russes à l’intérieur ont embrassé l’occultisme, tandis que le pouvoir bureaucratique de Moscou « serre les vis » du régime totalitaire. Mais il n’y a pas de mystère ici, car le fascisme n’aurait pas eu le soutien populaire des 9/10 s’il n’avait pas développé et encouragé les penchants égoïstes et chauvins de l’étroitesse d’esprit. Le bétail est un bon serviteur du maître de l’idéologie fasciste, de la conscience endormie.

Les raisons du fascisme de la Russie sont claires. Outre la « grande russité » chauvine primordiale, la Fédération de Russie dispose de quantités considérables de capital national, le pays l’étend à sa portée. En même temps, le capital du Kremlin n’occupe pas une position assez forte dans la division internationale du travail et des forces productives, il ne peut être économiquement compétitif ni avec les pays de l’Ouest (USA, UE) ni avec ceux de l’Est (Chine). Pour surmonter cette contradiction et pour « montrer » sa puissance, la bureaucratie russe commence son expansion militaire vers les régions qu’elle considère comme sa propriété impérialiste stratégique. Tous les voisins de la Russie le savent. Mais pour formaliser cet intérêt économique dans un dossier rempli de slogans politiques, il faut du fascisme. Et le Kremlin l’a obtenu.

La Fédération de Russie et son dirigeant – Poutine, se sont retrouvés dans le rôle d’agresseurs fascistes, ce qui peut paraître farfelu au XXIe siècle. L’impérialisme mondial ne tolérera pas le scandale de Poutine, l’Ukraine ne tolérera pas les tentatives d’atteinte à son indépendance nationale et s’y opposera autant qu’elle le pourra, et le fascisme, à son tour, ne tolérera pas un citoyen russe affamé, humilié et berné. Le régime est en train de creuser sa propre tombe. Ses ambitions sont trop grandes, de même les attentes qu’il a de lui-même, mais la capacité réelle de répondre à ces ambitions le désespère.

Cette guerre russe contre l’Ukraine est la démonstration d’un impérialisme capitaliste classique, où le capital et les forces productives cherchent à atteindre un nouveau niveau, à dépasser les cadres nationaux parce que ceux-ci les contraignent. Les guerres inter-impérialistes ne résoudront pas le problème de la formation capitaliste mais ne feront que l’intensifier. Il faut une autre force pour résoudre ces problèmes – internationale, solidaire et indépendante de la dictature du capital, qui aime parfois porter les vêtements fous et laids du fascisme !
Gloire à l’Ukraine ! Rosmordor, suivez le navire russe !

Andriy Rumata
Andriy Rumata est un partisan de la Ligue socialiste ukrainienne (Українська Соціалістична Ліга). Merci à Halya Kowalsky et Gregory Schwartz pour la traduction en anglais

https://ukrainesolidaritycampaign.org/2022/05/09/fascism-and-the-imperialism-of-the-kremlin/
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Rapport Guerre et Résistance n°6

Comment l’armée russe se comporte-t-elle sur le champ de bataille ?
L’État russe, sous la direction de Poutine, s’efforce résolument depuis vingt ans de reconstruire ses forces armées, de les équiper avec les armes les plus récentes, de former les rangs et de professionnaliser leurs commandants. Ses forces ont acquis une expérience précieuse en combattant en Tchétchénie, en Syrie, en République centrafricaine et en Ukraine orientale. Elles ont bénéficié d’un financement important grâce aux recettes provenant du commerce du pétrole et du gaz. L’objectif global était de transformer l’armée de conscrits en une force plus professionnelle, capable d’opérer en petites unités capables de travailler de manière autonome sur le terrain, de coordonner elles-mêmes les forces aériennes, maritimes et terrestres, de faire appel à l’artillerie et à la couverture aérienne et de décider de la tactique à adopter sur le champ de bataille. Elles ne devraient plus avoir à recevoir d’instructions et à obtenir la permission à chaque étape de leur commandement suprême.

Il existe désormais trois grandes catégories de troupes : les unités offensives d’élite, généralement dirigées par des parachutistes, suivies par des officiers de carrière, des soldats sous contrat et des mercenaires ayant une expérience préalable de la guerre, et enfin l’armée traditionnelle de conscription, la proverbiale chair à canon et les exécutants de tâches subalternes. Ces trois couches sont réunies au sein de groupes tactiques de bataillons (BTG) comptant chacun environ 1 000 combattants. Le principal critère de leur efficacité au combat n’est plus leur nombre ou leur puissance de feu, mais leur capacité à combiner et à appliquer tous les instruments de combat avec rapidité et agilité.

Les piètres performances des groupes tactiques de bataillons
Selon Khrysto Grozev, chercheur à Bellingcat, la Russie a perdu 90% des parachutistes qu’elle a envoyés en Ukraine au cours des deux premiers mois de l’invasion. Elle a également perdu 4 000 mercenaires de son deuxième échelon de troupes offensives. Une partie importante de ces soldats sous contrat a refusé de renouveler leur contrat et de continuer à se battre lorsque l’armée russe se regroupait pour la deuxième offensive. Grozev doute que le commandement russe puisse constituer plus de 60 à 70 groupes tactiques de bataillons.
Le New York Times du 19 avril citait un rapport du Pentagone selon lequel la Russie avait porté leur nombre en Ukraine à 76. Au plus fort du développement des groupes tactiques de bataillons, la Russie en comptait près de 150. Toutefois, les Russes semblent s’être remis de leurs lourdes pertes : le 16 mai, le Pentagone a estimé, sur la base d’images satellite, qu’il y avait 106 BTG opérationnels en Ukraine, soit environ les trois quarts de leur nombre total. Il n’avait pas d’informations à offrir sur le nombre de soldats qui s’y trouvaient, leur équipement ou leur état de préparation au combat, mais il était raisonnablement confiant dans le fait que les Russes se sont montrés capables de reprendre leurs forces et de les maintenir malgré les pertes continues sur le terrain. Le troisième échelon de nouveaux conscrits russes doit être formé et déployé avec une grande hâte. Grozev a estimé que le réapprovisionnement de l’armée par une nouvelle conscription n’améliorerait pas, mais diminuerait son efficacité globale au combat. L’issue de nouveaux engagements montrera s’il a raison.

Les groupes tactiques des bataillons se sont entraînés en 2021-22 pour deux entreprises stratégiques : encercler et vaincre l’armée ukrainienne sur le front faisant face au Donbas à l’est et débarquer ses meilleures forces de la mer afin d’aider les forces terrestres à sécuriser la côte du Donbas à la Crimée. Le succès dépend fortement de la disponibilité de soldats et d’officiers professionnellement formés et aguerris au combat, précisément les composantes de l’armée russe qui ont subi de lourdes défaites et des pertes élevées et dont les survivants ont ensuite refusé de continuer à se battre. Le naufrage du Moskva, son porte-avions phare, en avril, a encore mis à mal ses plans.

Les forces russes qui se trouvent actuellement dans l’oblast de Belgorod, y compris la 38e brigade mécanisée de la 6e armée séparée qui a été vaincue et chassée de Kharkiv, sont en train d’être réorganisées en nouveaux groupes tactiques de bataillons. Ils sont redéployés vers le sud du Donbas en vue de la dernière offensive russe sur Severodonetsk, Volodar et Bakhmut.

Le ministère ukrainien de la Défense a identifié trois problèmes majeurs que les Russes tentent de résoudre dans le cadre de cette réorganisation : le manque de chefs formés au niveau des unités, un moral globalement bas et l’inconsistance du soutien aérien de combat apporté à ses forces terrestres. Aucun de ces problèmes ne peut être abordé et réglé rapidement.

Le 11 mai, les Russes subissent une défaite qui ébranle encore plus leur confiance : leurs commandants ordonnent à 550 soldats de la 74e brigade motorisée de traverser la rivière Siverskiy Donetsk à Bilohorivka sur des pontons temporaires. Cela faisait partie de leur tentative d’encercler les forces ukrainiennes sur le front du Donbas. L’opération a été tactiquement inepte et précipitée, si bien que les Ukrainiens ont tué et blessé au moins 385 d’entre eux et détruit 80 unités d’équipement mobile. Pour l’armée, ainsi que pour les observateurs civils qui rapportent cet événement sur les médias sociaux, il s’agit d’une catastrophe, la pire de la guerre pour la Russie jusqu’à présent. Un autre de ses groupes de bataillons tactiques a été détruit, peut-être deux.

Les blogueurs servant dans l’armée russe, dont Yuri Podoliaka, qui compte 2,1 millions d’abonnés sur Telegram, expriment leur colère et leur consternation face à l’ineptie du commandement russe.

D’autres preuves du déclin de l’armée proviennent de sources indépendantes sur les médias sociaux. Depuis le début du mois d’avril, des rapports font état de militaires de carrière, de soldats sous contrat et de gardes nationaux qui désertent leur poste en Ukraine ou qui refusent d’avance de partir pour le front. D’autres démissionnent collectivement et rendent leurs armes alors qu’ils sont déjà sur le front. On commence à comprendre pourquoi le gouvernement russe hésite à annoncer une nouvelle campagne de conscription dont il aura besoin à mesure qu’il subira de nouvelles pertes de ce type. Il ne poursuit même pas les soldats lorsque de tels actes relèvent de la définition d’une violation du code pénal russe, car il ne veut pas rendre publics de tels faits et en encourager d’autres.

Les médias sociaux font également état d’incendies criminels de centres de recrutement de l’armée et de bureaux détenant des données sur les cohortes admissibles à la conscription au sein de leur population. Certaines usines produisant pour le front ont été la cible de bombes incendiaires.

Les experts des médias russes parlent plus ouvertement des faiblesses sous-jacentes des forces armées et des raisons pour lesquelles la partie ukrainienne a résisté aux tentatives de soumission et de conquête. Les experts soulignent le manque de préparation à l’invasion, l’insuffisance des réserves pour mener une guerre plus longue, l’incapacité des producteurs d’armes à réapprovisionner l’armée en temps utile, l’armée se rabattant sur les armes de l’ère soviétique en l’absence ou l’inopérabilité des nouvelles armes. Les Russes ne peuvent pas effectuer des frappes de précision ou atteindre des cibles mobiles à partir de leurs avions, alors ils larguent de grosses bombes et tirent des missiles sur les villes.

Aucune des parties à cette guerre ne divulgue d’informations sur ses propres pertes au combat, à l’exception des Ukrainiens qui indiquent combien de civils sont tués et blessés. Ces chiffres sont incomplets pour des raisons évidentes, et les rapports des Ukrainiens ou des Russes sur les pertes militaires du côté de l’adversaire ne peuvent être ni vérifiés ni fiables. Mais la dynamique de l’invasion et de la résistance à celle-ci peut être discernée : les vagues d’offensives, la capture et la perte de territoires, le regroupement des forces. Même les résultats d’engagements spécifiques peuvent être analysés grâce aux renseignements militaires fournis par les gouvernements occidentaux et aux recherches effectuées par des enquêteurs indépendants sur des données de source ouverte.

Dans l’ensemble, les armées ukrainienne et russe semblent plus proches l’une de l’autre à ce stade de la guerre qu’on ne l’avait imaginé au début de l’invasion. Avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et d’autres États occidentaux qui approvisionnent les Ukrainiens, et les Russes toujours incapables, semble-t-il, d’obtenir de la Chine qu’elle les réapprovisionne en composants électroniques dont la pénurie est critique, la guerre pourrait durer longtemps. Personne ne devrait sous-estimer la ténacité du régime de Poutine et sa volonté de prendre des mesures plus extrêmes, surtout s’il est confronté à la défaite.

*****

Je ne publierai plus de rapports tant qu’il n’y aura pas de changement fondamental dans la guerre et les relations entre l’Ukraine et la Russie. En effet, les grands médias internationaux offrent désormais une couverture tellement approfondie que ce blog n’est plus qu’un service de coupures de presse. Toutefois, je proposerai de temps à autre mon analyse des développements internationaux plus larges entourant la guerre.

Marko Bojcun

https://ukrainesolidaritycampaign.org/2022/05/19/war-and-resistance-report-no-6-how-is-the-russian-army-performing-on-the-battlefield/
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Liens avec d’autres textes

L’appel de 80 intellectuels : « Ne nous trompons pas de combat ! Il faut soutenir les Ukrainiens sans calcul ni réserve »
Plus de quatre-vingts écrivains et universitaires de pays dont la population est plutôt favorable à Vladimir Poutine, parmi lesquels l’Indienne Arundhati Roy, la Libanaise Hanan El-Cheikh, la Tunisienne Sophie Bessis et le Nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, demandent dans une tribune au « Monde » à « tous ceux et celles qui réclament pour eux la liberté » de « se tenir aux côtés des Ukrainiens ».
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/18/l-appel-de-80-intellectuels-ne-nous-trompons-pas-de-combat-il-faut-soutenir-les-ukrainiens-sans-calcul-ni-reserve_6122656_3232.html
http://www.aechca.fr/international-appeal-lets-not-get-into-the-wrong-fight-we-must-support-the-ukrainians-without-thinking-twice-or-holding-back/
http://www.aechca.fr/давайте-не-вступати-в-неправильний-б-2/
http://www.aechca.fr/давайте-не-будем-вступать-в-неправил/

« Ces images de villes détruites, ça résonne avec notre histoire » : Saint-Nazaire s’ouvre aux exilés ukrainiens

Dans la ville de Loire-Atlantique, les hébergements manquent pour accueillir durablement les personnes réfugiées venues d’Ukraine. À deux mois du début de la saison estivale, la mairie alerte et demande à l’État de prendre ses responsabilités

https://basta.media/Ukraine-accueil-des-refugies-ukrainiens-chantiers-navals-Marioupol-solidarite

Ukraine : Exécutions, torture pendant l’occupation russe

Ukraine: Executions, Torture During Russian Occupation

Apparent War Crimes in Kyiv, Chernihiv Regions

https://www.hrw.org/news/2022/05/18/ukraine-executions-torture-during-russian-occupation

Moskva : comment les autorités russes tentent d’acheter à tout prix le silence d’une famille de disparu

Un mort et 27 disparus. C’est le bilan officiel du naufrage du croiseur « Moskva », le navire amiral de la flotte russe en mer Noire, le 14 avril dernier. Pour la première fois en France, Olesya, qui a perdu son fils, témoigne. Les autorités lui ont proposé de l’argent pour qu’elle se taise.

https://www.franceinter.fr/monde/moskva-comment-les-autorites-russes-tentent-d-acheter-a-tout-prix-le-silence-d-une-famille-de-disparu

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Tous les textes précédemment publiés 
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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