[38] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [38] 

  • Ukraine : les pompiers d’Energodar se révoltent contre les troupes russes
  • Les travailleurs des plateformes en Ukraine réclament des salaires décents
  • Mouvement social (Ukraine) : Ce qui se passe en Ukraine et pourquoi la solidarité de gauche est importante
  • Sotsyalnyi Rukh (Mouvement social) : Pour un contrôle démocratique des représentants des travailleurs sur les actifs russes
  • Anna Myroniuk : Reconversion des restaurants « branchés» de Kyiv : ils cuisinent désormais pour l’armée, les hôpitaux et les personnes âgées
  • Pourquoi la dette est-elle injuste ?
  • « Le capitalisme suisse arme Poutine ». Entretien avec Josef Lang, par Guy Zurkinden, Services Publics, 20 mai 2022
  • Affiche manifestation 2 juin Venise 
  • Luciano Capone : Les falsifications historiques au temps de la guerre en Ukraine. Les cas Canfora et D’Orsi
  • Lettre ouverte à Noam Chomsky (et autres intellectuels partageant les mêmes idées) sur la guerre Russie-Ukraine
  • Une visite aux socialistes, anarchistes, syndicalistes et féministes à Lviv
  • Patrick Silberstein : Lignes de front : « Ensemble, nous transformerons la vie de nos ennemis en enfer ! »
  • Michel Goya : Point de situation des opérations en Ukraine 21 mai 2022 – La bataille du Donbass
  • Liens avec autres textes

Ukraine : les pompiers d’Energodar se révoltent contre les troupes russes

À Energodar, ville située non loin de Zaporijia et occupée par les troupes russes, les pompiers ont protesté contre l’enlèvement de leur commandant de détachement Vitaly Troyan, qui refusait de travailler sous le drapeau russe. « Les militaires russes ont utilisé la force contre les sauveteurs qui sont sortis en soutien de leur chef enlevé Vitaliy Troyan !!! Il y a des coups qui ont été donnés et des dommages sur le matériel d’incendie ! » a déclaré le maire Dmytro Orlov.
Plus tard, il a été rapporté que les occupants avaient dispersé les manifestants en leur tirant dessus et en les battant. Des camions de pompiers ont été endommagés, des vitres ont été brisées.
En plus de l’enlèvement de Troyan, le chef par intérim S. Pylynsky a également été capturé. Les occupants préparent dans cette ville, un référendum sur l’adhésion d’Energodar à la Fédération de Russie
21 mai 2022
http://www.laboursolidarity.org/Ukraine-les-pompiers-d-Energodar

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Les travailleurs des plateformes en Ukraine réclament des salaires décents

Les livreurs de plate-forme en Ukraine, dont beaucoup ont été déplacés de chez eux, réclament des salaires décents alors qu’ils continuent à travailler durant la guerre.
Le 12 mai, des chauffeurs-livreurs de Lviv se sont rendus au siège de Bolt Food pour faire part de leurs demandes et ouvrir un dialogue avec l’entreprise. Les participants à la mobilisation se sont présentés en dissimulant leur identité [cagoulés ou portant leurs casques de motos], car ils affirment que l’entreprise a déjà puni des travailleurs par le passé en les excluant de l’application par de « licenciements robotisés » et des « suspensions robotisées ».
De nombreux livreurs de Lviv ont fui les villes touchées par la guerre en Ukraine. Dans plusieurs cas, ils sont sans abri ou sont les seuls soutiens de famille restants. Dans une vidéo produite par l’association ukrainienne Labor Initiatives, des travailleurs décrivent leur situation.
« 
Je suis de Mykolaiv », dit un travailleur. « Maman et papa ont perdu leur emploi là-bas. Je n’ai pas d’endroit pour vivre ici et je n’ai même pas assez d’argent pour manger. Bolt Food a dit qu’il proposerait des conditions favorables. Tant pour eux-mêmes que pour les coursiers. Mais ils n’ont tout simplement averti personne, supprimé le salaire minimum, baissé tous les ratios [de courses]. » « Comment sont censés vivre les déplacés, ceux qui n’ont pas de logement, pas de travail [et] n’ont rien à manger ? »
Un autre travailleur décrit la détérioration des rémunérations. « 
Ils ont supprimé le paiement minimum pour la livraison. Et les ratios ont été réduits de près de la moitié. Ici, un collègue a calculé que cela provoquait, approximativement, une réduction des salaires de 52%. »
Selon les travailleurs, l’entreprise n’a pas expliqué les raisons de ces changements. Pendant ce temps, les travailleurs qui utilisent des voitures et des motocyclettes et qui doivent faire le plein d’essence pour pouvoir travailler sont confrontés à la hausse du prix des carburants. « 
Le carburant fait partie de mes dépenses », a déclaré un travailleur. « Maintenant, je ne sais pas si je peux même le payer ».
Les demandes de ces travailleurs montrent clairement que les entreprises de plateformes violent les droits des travailleurs dans des environnements extrêmes en utilisant la technologie que les entreprises ont mise en place pour maximiser leurs profits.
Les sociétés de livraison ne sont « pas réglementées correctement », a déclaré un livreur. « 
Chaque société agit comme elle l’entend. Certaines plateformes emploient des personnes en tant qu’« entrepreneurs privés », d’autres disent simplement ’Vous êtes branché sur la plateforme’ et vous devriez en être reconnaissant. De ce fait, de nombreux problèmes se posent. ».
« 
Et si après tout cela, a-t-il poursuivi, des syndicats… se forment, ce sera formidable. Les gens devraient avoir un instrument pour résoudre leurs problèmes. Aussi étrange que cela puisse paraître, cela pourrait même sauver leur vie. »

18 mai 2022
Terrance Heath
Publié par
www.solidaritycenter.org/
Traduction Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/Les-travailleurs-des-plateformes

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Mouvement social (Ukraine) : Ce qui se passe en Ukraine et pourquoi la solidarité de gauche est importante

Links International Journal of Socialist Renewal – Nataliia Lomonosova et Oleksandr Kyselov, la délégation du Mouvement social d’Ukraine (Sotsialnyi Rukh) à la conférence annuelle de l’Alliance rouge-verte danoise (Enhedslisten), ont présenté ces salutations à ses délégués le 15 mai.

L’Alliance rouge-verte est connue en danois sous le nom de Enhedslisten-De Rød-Grønne (Billet d’unité-les rouges-verts) parce qu’elle a débuté en 1989 comme une alliance électorale des socialistes de gauche, du Parti communiste du Danemark et du Parti socialiste ouvrier.

À l’heure où nous parlons, la guerre se poursuit : même dans les régions les plus reculées de l’Ukraine, des missiles sont tirés, des personnes sont tuées, des infrastructures et des logements sont détruits, privant les vivant·es de l’accès aux besoins les plus élémentaires. La guerre a fait de millions d’Ukrainien·nes des déplacé es internes dans leur propre pays ou des réfugié·es à l’étranger.

On peut voir des dizaines de personnes continuer à vivre dans le métro de Kiev car leurs maisons ont été démolies par les bombes russes. On peut voir des établissements de soins dans l’ouest de l’Ukraine surpeuplés de personnes vulnérables, de personnes âgées, de personnes handicapées qui ont fait l’expérience d’une évacuation épuisante et dangereuse, un chemin long et effrayant après que leurs établissements de soins ou leurs pensionnats aient été bombardés volontairement.

Au lieu d’une hypothétique considération de quel impérialisme est une plus grande menace, nous sommes ici confronté es aux conséquences d’un assaut brutal lancé par un impérialisme spécifique, le russe.

De nombreux gauchistes du monde entier ne cessent de parler de paix. Mais la paix n’est pas un concept abstrait : chaque action, chaque décision, chaque mot a des implications dans la vie réelle. Sans pouvoir, sans soutien, sans armes, cela signifie se rendre aux exigences russes et accepter un protectorat étranger de facto et l’occupation de nos territoires. Et nous avons vu ce que le monde russe apporte avec lui : meurtres aveugles, pillages, arrestations arbitraires et disparitions forcées, violences sexuelles et déportations.

Il n’est pas étonnant que la résistance populaire ait réuni un large éventail de personnes prêtes à tout sacrifier pour défendre leur foyer contre l’envahisseur : des professionnels urbains, des hooligans du football et nos collègues syndicalistes. Iels ne peuvent pas arrêter les chars et les missiles russes avec de simples mots, et iels n’ont pas le privilège de raisonner sur la solution idéale. Dans ce cas, refuser de soutenir ses collègues travailleurs, c’est les poignarder dans le dos.

Hier, quelqu’un a comparé la situation au fait de donner un couteau à l’un des garçons qui se battent dans la cour de récréation. Eh bien, pour commencer, le garçon qui a commencé la bagarre, une brute coriace, a déjà des couteaux dans les deux mains. Allez-vous donc vous contenter de regarder un autre garçon se faire massacrer, ou vous soucier d’intervenir ?

Ceci étant dit, nous apprécions profondément et nous sommes extrêmement reconnaissants envers Enhedslisten pour sa volonté de s’engager dans la nouvelle réalité et de ne pas craindre d’assumer la responsabilité de décisions difficiles.

En ce qui concerne notre gouvernement, nous vous demandons instamment de séparer cette question de l’aspiration du peuple à l’autodétermination et au droit à l’autodéfense. S’il vous plaît, ne présumez pas, ne généralisez pas et ce n’est pas seulement vrai en ce qui concerne notre pays. La plupart des Ukrainien nes ont toujours été très critiques à l’égard de nos gouvernants, et ce positionnement critique est plus intense pour Sotsialny Rukh en tant qu’organisation socialiste.

L’establishment ukrainien pourrait être très cynique et manipulateur et utiliser la rhétorique patriotique pour faire avancer les programmes néolibéraux les plus fous. La guerre continue et de nombreux problèmes s’exacerbent, les gouvernements locaux et les militant·es sont débordé·es par les évacuations ou la fourniture d’abris et de besoins de base aux réfugié·es.

Dans le même temps, le gouvernement national a déjà pris quelques mesures dans la mauvaise direction. Il s’agit notamment de limiter le pouvoir des syndicats, de réduire le contrôle sur les employeurs et de tenter de déréglementer les relations de travail. On entend dire qu’en ces temps difficiles, l’économie de l’État repose sur les entrepreneurs qui paient des impôts et des salaires. D’une certaine manière, le rôle des travailleurs et des travailleuses est le grand absent de ce tableau. Nous considérons qu’il est de notre devoir de le rappeler au gouvernement. Il ne faut pas non plus oublier les milliers de travailleurs et travailleuses du public – dans le domaine des soins de santé, du secteur social, de l’éducation, des transports publics – qui mettent leur vie en danger pour remplir leurs fonctions, tous ceux qui, en même temps, le font avec le salaire minimum.

Nous sommes parfaitement conscients de ses lacunes, mais c’est le seul gouvernement qui existe. En tant qu’activistes de gauche, nous devons faire avec, en concentrant nos efforts sur l’atténuation et la construction de réseaux capables de garder ce gouvernement sous contrôle, tout en essayant de survivre à la guerre.

Ce qu’est Sotsialnyi Rukh, ce qu’il a fait et fait encore
C’est ce que nous avons fait au cours des derniers mois. Nous,
Sotsialnyi Rukh, sommes une plateforme qui unit la gauche progressiste en Ukraine. Créé en 2016, Socialny Rukh vise à terme la création d’un parti politique pour représenter la classe ouvrière et défendre des voies alternatives de développement social. Aujourd’hui, nous avons nos branches dans les principales villes du pays – Kiev, Odessa, Lviv, Dnipro, Kharkiv, Kryvyi Rih – et des sympathisant·es dans les autres.

Nous avons toujours mis l’accent sur les droits des travailleurs et des travailleuses : nous soutenions les mouvements syndicaux indépendants et luttions ensemble contre les tentatives persistantes de déréglementation, et pour de meilleures conditions de travail. Quels que soient les besoins, nous étions là : aide juridique, soutien médiatique, organisation d’actions de rue et solidarité. Au fil des ans, nous avons réussi à établir des liens solides avec les mineurs, les cheminots, les ouvriers du bâtiment et les grutiers, les infirmières et les conducteurs de trolleybus.

Sotsialnyi Rukh a toujours promu un programme féministe socialiste. Nous soutenons le mouvement de protestation des infirmières et du personnel soignant et demandons la reconnaissance du travail reproductif rémunéré et non rémunéré. Nous luttons contre la discrimination sur le lieu de travail et contre l’inégalité économique. En outre, nous nous efforçons d’introduire des perspectives de gauche dans les questions de société au sens large et abordons les thèmes du changement climatique, de l’antifascisme, des droits LGBT+ et du loyer équitable pour les habitants des villes.

Nous ne nous sommes pas non plus tenus à l’écart lorsque la guerre a commencé. Au milieu du choc et de la confusion, nos militant·es s’enrôlaient dans les unités de défense territoriale, collectaient et distribuaient l’aide humanitaire, rejoignaient et coordonnaient les réseaux de bénévoles pour soutenir les personnes déplacées et les militants en danger, ceux qui cherchaient un abri et allaient en première ligne.

Au niveau organisationnel, nous sommes devenus la voix de la gauche en essayant d’atteindre nos partis et mouvements frères à l’étranger pour construire des réseaux de solidarité transnationaux : en passant des appels, en prononçant des discours, en faisant des pétitions et en persuadant. Compte tenu des préjugés et des perceptions erronées largement répandus, les discussions étaient parfois épuisantes sur le plan émotionnel, mais avec le soutien inestimable du Razem polonais, nous avons pu créer une plate-forme commune pour la solidarité de la gauche européenne, appelant à un soutien sans équivoque de la lutte du peuple ukrainien contre l’impérialisme et à l’annulation de la dette extérieure injuste. Nous sommes fiers de compter Enhedslisten parmi les signataires. De plus, nous avons été heureux d’accueillir vos représentant·es en tant qu’invités à Lviv, ainsi que des parlementaires et des syndicalistes de différents pays, venus obtenir des informations de première main de la part des acteurs civils sur le terrain. Parallèlement, nous nous efforçons de mettre en relation différentes initiatives de travailleurs et de travailleuses dans le pays et à l’étranger : à ce jour, trois convois humanitaires d’aide aux travailleurs et travailleuses ont déjà été envoyés en Ukraine.

Étant probablement la seule voix de gauche dans le pays, et attirant beaucoup d’attention, nous nous sentons encore plus responsables d’être « un champion » de la classe ouvrière et de construire un sujet politique solide à la base, pour l’après-guerre. Aujourd’hui, Enhedslisten collecte des contributions pour Sotsialnyi Rukh et nous apprécions chaque centime.

L’avenir et les remarques finales
Nous partageons vos préoccupations concernant les problèmes en matière de soins sociaux et de santé, d’infrastructures et d’éducation. Et nous espérons qu’un jour viendra où la guerre sera terminée, et que nous pourrons nous concentrer exclusivement sur la lutte pour des salaires équitables pour les infirmières et les travailleurs sociaux, pour le droit à la ville et à un loyer équitable, comme nous le faisions avant le 24 février. Mais nous pensons également que poser une question selon laquelle vous devez choisir entre les dépenses pour les soins de santé et le secteur social dans votre pays ou pour l’aide militaire à l’Ukraine pourrait être à courte vue dans une perspective à long terme. Si l’Ukraine perd la guerre et est complètement occupée par la Russie, la militarisation croissante et l’augmentation des dépenses militaires sont inévitables partout en Europe. Il n’est pas difficile d’imaginer à quel prix cela se fera.

« Un État-providence fort n’est pas un luxe » – cela a été dit hier. Les Ukrainien·nes ont aussi le droit de l’avoir et de se battre pour lui. Et il est impossible d’imaginer un passage à un socialisme démocratique sous l’occupation russe. La position unie de la gauche internationale, qu’il s’agisse de soutenir l’aide militaire ou l’annulation de la dette extérieure ukrainienne, nous aidera non seulement à nous défendre mais aussi à construire une société plus solidaire et égalitaire après la guerre.

Avec un peu de chance, la guerre va se terminer, ce qui vient ensuite est la reconstruction du pays après la guerre. Très probablement, le soutien nécessaire à cette fin viendra de l’Occident. Il est de la plus haute importance de vérifier les conditions dans lesquelles cette aide sera apportée. Cette aide ne doit pas s’accompagner d’une dépendance asservissante aux prêts et aux nouvelles politiques d’austérité.

Nous ne voyons la reconstruction de l’Ukraine que comme un projet à orientation sociale visant à aider la population du pays, plutôt qu’à enrichir les élites économiques locales et étrangères. Le projet consisterait à reconstruire les installations sociales et les logements et à se concentrer sur l’amélioration de la vie des travailleurs ordinaires, et non à rendre le pays plus attrayant pour les entreprises étrangères. Nous vous demandons d’adopter une position ferme en soutenant ce type de reconstruction d’après-guerre.

Enfin, il va sans dire qu’aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’Ukraine qui est attaquée, les peuples du Kurdistan et de Palestine mènent depuis longtemps leurs batailles pour la liberté ! Il serait hypocrite d’ignorer leurs souffrances, c’est pourquoi nous tenons à exprimer notre soutien total à leurs luttes.

Vive la solidarité internationale !

Links International Journal of Socialist Renewal
http://links.org.au/social-movement-whats-going-on-in-ukraine-and-why-left-solidarity-is-important
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62543
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Pour un contrôle démocratique des représentants des travailleurs sur les actifs russes

Pratiquement tous les jours, l’envahisseur russe frappe des maisons, des entreprises et des d’infrastructures. Relancer la production et stimuler la consommation ne fonctionneront pas si vous comptez sur la force naturelle du marché. Les autorités ont pour tâche d’obtenir des fonds supplémentaires, en particulier les avoirs russes confisqués.

Cependant, il est important de les gérer efficacement. Le gouvernement a décidé que les biens pris de force à la propriété de la Russie et de ses résidents seront transférés à l’entreprise publique Nacínvestfond, qui est gérée par Timofiy Milovanov. D’ailleurs, celui-ci est en charge de cette entreprise depuis avril 2021, cependant, il n’a rien fait, et maintenant il a reçu de nouveaux pouvoirs. Rappel : M. Milovanov était ministre dans le gouvernement de Vladimir Goncharuk et a initié la subordination des relations de travail aux objectifs de politique économique. Sans succès, il a déclaré la guerre aux syndicats et aux manifestations de « communisme » dans les lois sociales. Ses tentatives d’améliorer l’industrie ont entraîné un profond ralentissement économique. Sa poursuite inlassable de privatisation s’est transformée en une curiosité: lorsqu’il a mis en vente la United Mining Chemical Company, il ne pouvait pas même pas dire sa rentabilité.

Les citations suivantes illustrent le mieux ses valeurs : « Je ne lis pas de livres et ne conseille pas les autres » ; « Je n’ai jamais été particulièrement intéressé par l’Ukraine » ; « Les Ukrainiens doivent enfin cracher sur l’État et commencer à tout faire eux-mêmes. »
Est-il possible de faire confiance à cette personne pour des questions aussi importantes ?

Milovanov n’est définitivement pas celui qui est attaché à l’intérêt public. Il est probable que les activités à la Fonds national d’investissement seront compromises par de nouveaux scandales et son penchant pour les intérêts des groupes d’affaires. Il convient de noter que l’entreprise publique peut transférer certains de ses actifs aux entreprises privées. Alors que l’intervention de l’État dans une économie qui a perdu au moins 5 millions d’emplois est plus que jamais nécessaire! Les réformes néolibérales ne font qu’approfondir les problèmes: par exemple les réductions d’impôts ont entraîné des déficits budgétaires et du chômage. Devrions-nous continuer à sacrifier les intérêts de la société au profit temporaire des capitalistes ?

Une alternative digne pourrait être le contrôle démocratique des représentants des travailleurs sur les actifs russes détenus par l’État, et à l’avenir également sur les biens des oligarques parasites ukrainiens. L’avenir économique du pays ne peut dépendre de personnes comme Timofiy Milovanov !

Sotsyalnyi Rukh (Mouvement social), mai 2022
Traduction Léonie Davidovitch. Le titre de l’article est de la traductrice.
Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 7) :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/24/les-cahiers-de-lantidote-soutien-a-lukraine-resistante-volume-7/
Télécharger gratuitement le livre de 104 pages : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine7
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine7-.pdf

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Reconversion des restaurants « branchés» de Kyiv : ils cuisinent désormais pour l’armée, les hôpitaux et les personnes âgées

Avant la guerre, ce restaurant du centre de Kiev était toujours bondé, quelle que soit l’heure de la journée. C’était un endroit populaire fréquenté par la jeunesse et les touristes.
En temps normal, on y servait du bœuf bourguignon et du mulet de Kiev, mais la guerre a modifié la carte. Désormais, le restaurant cuit du pain pour les hôpitaux et prépare de la soupe au poulet pour les défenseurs de la ville.
Il fait partie des dizaines de restaurant de la ville qui ont fermé mais qui ont ouvert leurs cuisines aux volontaires qui apportent ainsi leur contribution.
Si le lieu est à peine reconnaissable – la déco a disparu et les fenêtres sont recouvertes de tissu noir –, le restaurant attire toujours, comme avant la guerre, la jeunesse. Les bénévoles s’y pressent pour cuisiner pour ceux qui en ont besoin. Aider le pays aux côtés de personnes partageant les mêmes idées les aide à faire face à la tragédie de la guerre.
Alors que les volontaires emballent les repas à livrer, un rappel de la vie normale du restaurant se fait entendre : les haut-parleurs diffusent de la musique techno…

Une louche au lieu d’une mitraillette
Pavlo Khrobust, 25 ans, avait travaillé comme cuisinier dans un restaurant. La guerre l’a ramené à la cuisine qu’il connaissait bien. Désormais, il est là comme volontaire : « J’ai d’abord voulu rejoindre les forces de défense territoriale, mais j’ai réalisé que j’y serai inutile. J’ai commencé à réfléchir à quoi je pouvais être utile et je me suis dit que c’était la cuisine. Au lieu d’une mitraillette, j’ai attrapé une louche et un couteau ! »
La qualité de la nourriture militaire est très loin de celle des restaurant, dit-il encore, il a voulu changer cela et fournir aux soldats des repas sains et savoureux. […] « La bonne nourriture maintient l’esprit élevé. Les soldats font tout pour que nous puissions dormir la nuit et nous faisons tout pour qu’ils soient bien nourris. »
Oleksiy Bilyk, 21 ans, est serveur. Il apporte la touche finale : du pain fraîchement cuit. « Quelqu’un nous a dit qu’il pouvait apporter de la farine si nous pouvions en faire quelque chose. J’ai pensé à un énorme four à pizza que nous avons dans notre deuxième restaurant et j’ai réalisé que nous pouvions l’utiliser pour cuire du pain ». Il a appris la boulange Internet. Comme il n’avait pas de moule, il a utilisé des assiettes et des casseroles à la place – le pain était de différentes formes.
« Nous avons livré le pain aux hôpitaux et aux personnes âgées. » […]
Aujourd’hui, Bilyk cuit environ 80 pains par jour, ce qu’il n’aurait pas pu imaginer il y a quelques semaines, lui qui n’avait jamais fait de pain avant la guerre. […]
Olga Romanchuk, 23 ans, a également dû apprendre de nouvelles choses. Employée dans une entreprise internationale de construction d’éoliennes, elle aide désormais en cuisine. « Je voulais participer, mais je ne pouvais pas porter les armes. Alors, j’ai pensé que je pouvais couper des pommes de terre, tout le monde peut faire ça », a-t-elle déclaré.
Selon Pavlo Khrobust, « apprendre à cuisiner aux volontaires était le plus grand des défis. Nous avons dû leur apprendre, donc c’était beaucoup de travail au début. Mais quelques jours plus tard, ils formaient une équipe. »
Le restaurant fait partie d’une douzaine de restaurants du centre de Kiev qui ont uni leurs efforts pour aider les civils ukrainiens et l’armée. Ensemble, ils produisent environ 20 000 repas par jour. Et ce n’est là qu’un groupe de restaurants dans un quartier.
« Pendant cette période difficile, nous avons réussi à nous unir. C’est tellement ukrainien, notre point fort est de nous unir », rapporte Vlada Herasimchuk, 25 ans, serveur et désormais coordinateur du mouvement des volontaires de la zone. […]

Anna Myroniuk, 18 mars 2022
The Kyiv Independant
Traduction Patrick Silberstein
https://autogestion.asso.fr/reconversion-des-restaurants-branches-de-kyiv-ils-cuisinent-desormais-pour-larmee-les-hopitaux-et-les-personnes-agees/

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Pourquoi la dette est-elle injuste ?

L’indépendance de l’Ukraine est menacée par une invasion russe à grande échelle sur le territoire de notre pays. Le 24 février, la Russie a déclenché une guerre totale avec l’Ukraine.

L’État ne peut plus se permettre de rembourser sa dette, car l’économie ukrainienne est déstabilisée par la campagne militaire, l’augmentation des dépenses militaires et la nécessité de faire face aux conséquences de la guerre.

Actuellement, les Ukrainiens se trouvent à l’épicentre de la guerre, incapables de travailler et de gagner leur vie, nous perdons nos maisons, notre économie et nos biens. De plus, la campagne d’occupation militaire de la Fédération de Russie détruit des sites, des entreprises des infrastructures stratégiques et essentielles, des moyens de transport, le potentiel économique de notre pays, et toutes les ressources possibles sont mobilisées pour soutenir la campagne de défense militaire.

Actuellement, la dette extérieure de l’Ukraine s’élève à 125 milliards de dollars.
Les dépenses liées au service de la dette pour 2022 devraient s’élever à environ 6,2 milliards de dollars. Cela représente environ 12% de l’ensemble des dépenses dans le budget de l’État
La part du FMI dans le montant de la dette extérieure de l’Ukraine est de 2,7 milliards de dollars. Cela équivaut en moyenne au paiement de 16,5 mil- lions de pensions.
Au nom de tous les Ukrainiens, nous demandons : l’annulation de la dette – qui étouffe aujourd’hui notre État – et l’octroi d’une aide financière multiforme.

Nous exigeons que l’Ukraine soit libérée du joug de la dette !
L’Ukraine reste l’un des pays les plus pauvres d’Europe qui, aujourd’hui, est également contraint de se défendre contre l’agression et l’offensive militaire de l’armée russe – la deuxième plus grande armée du monde. Les dépenses budgétaires pour l’achat d’armes et faire face besoins médicaux des blessés ont augmenté de manière exponentielle. Au lendemain de la guerre, l’Ukraine aura également besoin d’argent pour reconstruire ses maisons et ses infrastructures.

Dans ces conditions, le paiement du service de la dette n’est possible que si l’Ukraine refuse à ses citoyens la satisfaction de leurs besoins les plus urgents.

Les emprunts effectués de façon désordonnés et leur conditionnalité antisociale de la dette sont le résultat d’une oligarchisation totale : peu désireux de lutter contre les riches, les dirigeants de l’État s’endettaient toujours plus. Les emprunts ont été émis alors que les dépenses sociales étaient réduites, et leur remboursement a contraint d’économiser sur les besoins vitaux et d’appliquer l’austérité aux secteurs économiques fondamentaux.

En raison du manque de fonds, les hôpitaux ukrainiens sont mal équipés, les emplois du personnel médical de tous grades sont supprimés et ceux qui restent sont sous-payés, tout comme les enseignants et les autres travailleurs du secteur public. Par exemple, dans certaines industries minières, beaucoup ne sont pas payés du tout, les salaires sont en souffrance.

Les plus grandes organisations syndicales du pays, qui représentent quelque 5 000 000 de travailleurs, se sont également jointes à l’appel à l’annulation de la dette.

Qui bénéficierait de l’annulation de la charge de la dette ?
Une telle mesure aiderait le peuple ukrainien qui, en raison de l’invasion militaire, a besoin de fonds pour protéger ses civils, fournir des logements aux personnes déplacées et des médicaments aux blessés.

Une telle décision serait bénéfique pour nos voisins de l’UE, car elle revigorerait l’activité économique en Ukraine et réduirait ainsi le risque induit par la guerre en cours en Europe, tout en permettant de reconstruire l’économie ukrainienne et les infrastructures anéanties par les bombes. Le bien-être de l’Ukraine est d’une importance capitale pour la stabilité de l’Europe et du monde entier.

Quelles seraient les conséquences de l’annulation de la charge de la dette ?
Elle faciliterait la reconstruction des entreprises stratégiques et des infrastructures détruites à la suite de l’attaque militaire.
Elle mettrait un terme à l’austérité dans le domaine social et permettrait, avec le temps, de rétablir la fonctionnalité et la qualité [des services sociaux], et aux travailleurs de gagner décemment leur vie.
Elle établirait la justice dans les relations avec l’UE et l’Ukraine, constituerait un nouvel acte de soutien significatif.

Trois étapes pour annuler la dette extérieure de l’Ukraine
*
Moratoire temporaire du service de la dette jusqu’à la fin de la guerre.
* Annulation des dettes détenues par les grandes organisations internationales et supranationales : FMI, BCE, BM.
*Transfert de la dette détenue par les investisseurs privés à la BCE.

Nous exprimons notre gratitude au parti polonais Razem qui a déjà suggéré que les obligations de la dette ukrainienne soient reprises par la Banque centrale européenne et d’autres créanciers.

Publication initiale sur le site annuler la dette ukrainienne
Traduction Léonie Davidovitch
Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 7) :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/24/les-cahiers-de-lantidote-soutien-a-lukraine-resistante-volume-7/
Télécharger gratuitement le livre de 104 pages : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine7
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine7-.pdf

En complément possible :
Pourquoi annuler la dette de l’Ukraine ? Éric Toussaint interviewé par Sushovan Dhar
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/04/23/32-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-32/
Des personnes du monde entier demandent au Fmi d’annuler la dette injuste de l’Ukraine
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/04/02/24-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-24/

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« Le capitalisme suisse arme Poutine ».
Entretien avec Josef Lang, par Guy Zurkinden, 
Services Publics, 20 mai 2022

Pour Josef Lang, militant du Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) et ancien conseiller national, la place financière alimente la guerre de Vladimir Poutine. Couper ce robinet serait le meilleur soutien à la résistance ukrainienne. 

Selon le GSSA, la Suisse finance la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine. Comment ?
Josef Lang – 
Au cours des dernières années, le gaz et le pétrole ont rapporté 200 milliards de dollars par an à l’Etat russe. Or entre 60% et 80% de ce commerce passe par la Suisse – avant tout via Genève, Zoug et Lugano. En 2016, Credit Suisse et UBS ont prêté 300 milliards de dollars à des entreprises pétrolières et gazières russes.
La Suisse est aussi un site stratégique pour les capitaux russes. On y trouve des entreprises directement liées au régime de Poutine. La plupart sont établies dans le canton de Zoug. Le géant du gaz et du pétrole Glencore qui a sauvé en 2016 la banque d’Etat Rosneft, menacée de faillite, est aussi présent à Zoug. 
La Suisse abrite aussi des dizaines d’entreprises détenues par des oligarques russes. Et dans les coffres de ses banques, on trouve entre 150 et 200 milliards de francs leur appartenant. 
Plaque tournante pour les capitaux russes, la place économique suisse finance la machine de guerre du Kremlin.

Comment expliquer cette présence massive de capitaux russes ?
Zoug est un exemple intéressant de ce phénomène. Dans les années 2000, le Kremlin a fait de ce canton de Suisse centrale, à la fiscalité très basse, le lieu d’implantation privilégié pour de grandes entreprises qu’elle contrôle directement. Des sociétés comme Gazprom, Nord Stream 2, les banques Sber Trading ou VTB sont venues s’y installer. 
Ce processus est le fruit d’une décision stratégique de Poutine. Elle s’est concrétisée avec l’aide d’anciens responsables de la Stasi, la police politique de l’ex-Allemagne de l’est avec laquelle le président russe a tissé des contacts lorsqu’il travaillait pour le KGB en Allemagne. 
Les capitaux russes liés au gaz et au pétrole ont été accueillis à bras ouverts par les partis de droite du canton. Gerhard Pfister, alors président du PDC zougois, figurait parmi leurs plus fervents défenseurs.
Seule la gauche alternative s’est opposée à ces sociétés. Depuis des années, nous menons des actions pour dénoncer leur implantation à Zoug. Et nous continuons. Il y a une quinzaine de jours, nous avons demandé au Grand Conseil que les recettes fiscales provenant des entreprises et des personnes liées à l’Etat russe soient utilisées pour la reconstruction de l’Ukraine. L’UDC, le PLR et le Centre ont voté contre.

La Suisse a repris les sanctions de l’Union européenne contre la Russie. N’est-ce pas suffisant ?
La Suisse applique ces sanctions à reculons. Jusqu’ici, elle a gelé moins de 10 milliards stockés par les oligarques russes dans notre pays – alors qu’ils pèsent entre 150 et 200 milliards. Les lacunes de la loi sur le blanchiment compliquent l’exercice: cette loi ne s’applique pas suffisamment aux avocat-e-s helvétiques qui ont caché ces capitaux à l’aide de prête-noms.
L’autre problème, c’est que le commerce des matières premières russes, notamment le gaz et le pétrole, n’est pas touché par ces sanctions. 
Conséquence: chaque jour, 50 millions d’euros quittent chaque jour la Suisse pour alimenter les caisses du Kremlin. 
Le principal débat politique qui devrait se poser aujourd’hui en Suisse est donc le suivant: comment mettre fin à ce flot d’argent qui alimente la guerre ? Nous avons dans les mains un outil extrêmement efficace pour aider à mettre fin à cette agression militaire. Il est temps de l’utiliser !

Quels seraient les mesures à prendre ?
Dans l’immédiat, il faut créer une taskforce chargée d’identifier et de bloquer les avoirs des oligarques russes en Suisse. Et, en parallèle, imposer un embargo sur le commerce de gaz, pétrole et uranium depuis notre pays.
Dans un deuxième temps, nous devrons aller plus loin. La complicité de la Suisse capitaliste avec la guerre de Poutine jette une lumière crue sur notre modèle économique. Celui-ci attire, à coup de rabais fiscaux, des oligarques et des sociétés transnationales sans scrupules. Il est temps de changer de cap. Cela implique plusieurs mesures, notamment : la fin des privilèges fiscaux pour les grandes entreprises et les riches ; l’interdiction des sociétés boîtes à lettres ; la mise sur pied d’un registre public des véritables propriétaires des entreprises ; le renforcement de la loi sur le blanchiment et son extension aux avocat-e-s ; la création d’une autorité de surveillance du marché des matières premières ; celle d’une loi sur le commerce extérieur qui permette de sanctionner les régimes qui violent les droits de l’homme. 
La Suisse doit aussi s’engager avec l’ONU contre l’insécurité alimentaire dans les pays du Sud, qui est renforcée par le conflit ukrainien.

À Berne, les débats vont dans un autre sens. La droite veut augmenter les dépenses militaires et discute d’un rapprochement avec l’OTAN…
Les mêmes cercles qui ont aidé Poutine à s’armer profitent aujourd’hui de la guerre contre l’Ukraine pour renforcer les dépenses militaires. C’est un comble !

Cette politique est d’autant plus scandaleuse qu’il n’y a aucune raison militaire sérieuse qui plaide pour le réarmement de la Suisse. Comme l’a souligné Mauro Mantovani, enseignant à l’Académie militaire de l’école polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), « le risque de voir les Russes un jour défiler sur le lac de Constance ou sur le Rhin est aujourd’hui moins grand que jamais ». Car si la guerre en Ukraine souligne la barbarie de l’armée russe, elle met aussi en exergue sa faiblesse.
Loin de viser la « sécurité » de la Suisse, les débats en cours au parlement fédéral – sur le réarmement, l’OTAN, l’envoi d’armes, etc. – ont pour fonction d’escamoter la complicité de la Suisse avec le régime de Poutine. 

Quelles seraient les conséquences d’un réarmement en Suisse ?
L’argent qui ira dans les armes manquera pour financer la protection du climat – alors que les trois années à venir seront décisives pour freiner le réchauffement. 

Le renforcement du budget militaire empêchera aussi tout renforcement des assurances sociales (l’AVS !) ou des services publics.
Les mêmes milieux qui détruisent le climat et s’attaquent aux droits des salarié-e-s depuis des années exigent aujourd’hui des milliards pour les armes. Nous devons combattre leur projet de société réactionnaire. Cela implique de renforcer les synergies entre le mouvement contre la guerre, le mouvement pour le climat, les syndicats et les milieux qui qui se battent pour mettre des garde-fous aux activités des multinationales qui ont leur siège en Suisse.

Contexte

Le chauvinisme grand-russe, fauteur de guerre

Comment expliquer l’agression militaire russe contre l’Ukraine ?
Jo Lang
 – Soyons clairs : Vladimir Poutine est l’unique responsable de cette guerre.
Dans son discours tenu le 21 février, trois jours avant le début de l’invasion de l’Ukraine, le président russe a violemment critiqué Lénine. Il a reproché au leader bolchevik d’avoir été partisan, après la révolution russe de 1917, d’une république d’Ukraine indépendante. Ce reproche éclaire la politique menée aujourd’hui par Poutine.
Lénine était en effet un ennemi déclaré du chauvinisme grand-russe, cet hyper-nationalisme qui décrète la supériorité de la Russie sur les autres nations et veut les soumettre. 
Le chauvinisme grand-russe a des racines profondes. En 1876, sous le règne du tsar Alexandre II, il s’était traduit par l’interdiction de la langue ukrainienne écrite. 
Après les années 1920, marquées par une politique de promotion de la langue ukrainienne, Staline a repris l’objectif tsariste d’éradiquer la culture ukrainienne. L’expression la plus dramatique de cette politique a été la grande famine qui a frappé l’Ukraine en 1932-1933, connue sous le nom de holomodor. Celle-ci a été la conséquence de la collectivisation forcée – aggravée en Ukraine par des mesures répressives. Près de 5 millions Ukrainiens en sont morts. 
Dans la droite ligne des tsars et de Staline, Poutine est le partisan du grand-chauvinisme russe le plus dur. Cela explique son refus de reconnaître l’Ukraine comme une nation.

Qu’en est-il du rôle de l’OTAN ?
La vraie responsabilité de l’OTAN, c’est d’avoir facilité l’accession de Poutine au pouvoir. En revanche, la décision du président russe d’envahir l’Ukraine ne peut être mise sur le compte de l’alliance transatlantique.
L’idéologue en chef de la guerre froide aux Etats-Unis, Georges Kennan, avait prévu en 1997 que l’expansion de l’OTAN vers l’est renforcerait les forces nationalistes et autoritaires au détriment des forces démocrates. C’est ce qui s’est concrétisé deux ans plus tard, avec la présidence du gouvernement, puis de l’Etat par Poutine.
Poutine a aussi renforcé son emprise en s’appuyant sur la guerre menée contre la Tchétchénie. Pour justifier celle-ci, il l’a inscrite dans le cadre de la « guerre contre la terreur » menée par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Les guerres contre l’Irak et l’Afghanistan ont ainsi légitimé et renforcé la logique guerrière propre de Poutine. En 2002, le président russe a d’ailleurs reçu un prix de la paix dans le canton de Zoug en présence de l’ambassadeur des Etats-Unis !
De manière similaire, les bombardements aériens russes qui ont causé 20 000 morts parmi la population syrienne ont été tolérés par l’Occident, car ses victimes étaient considérées comme des « terroristes islamiques ». Tout cela a laissé penser à Poutine qu’il avait le champ libre.

https://comite-ukraine.ch/le-capitalisme-suisse-arme-poutine/

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Affiche manifestation 2 juin Venise 

vensie

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Les falsifications historiques au temps de la guerre en Ukraine. Les cas Canfora et D’Orsi

La guerre en Ukraine a produit un phénomène particulier : la diffusion de falsifications historiques par de vrais historiens. Il s’agit pour la plupart de professeurs issus de la tradition communiste qui, par antiaméricanisme ou par vieille fascination pour le Kremlin, confondent leur profession avec le militantisme et se retrouvent à colporter des reconstitutions mystificatrices ou complètement inventées sur l’Ukraine, à l’instar des propagandistes russes de pacotille qui se promènent dans les émissions de télévision. Les cas les plus importants sont ceux de Luciano Canfora et d’Angelo d’Orsi.

Canfora, historien et philologue reconnu qui n’a jamais omis de reconnaître la grandeur de Staline, est allé jusqu’à dire dans une interview à Il Fatto quotidiano que « lorsque Di Maio s’est rendu à Moscou avant la guerre, à son retour, il a constaté la volonté de paix du gouvernement russe ». Une déclaration surréaliste. Le ministre italien des affaires étrangères a rencontré le 17 février son homologue russe, Sergueï Lavrov, qui a fait part à M. Di Maio de « toute la volonté russe de trouver une solution diplomatique ». Moins d’une semaine plus tard, la Russie a envahi et bombardé l’Ukraine. C’est la « volonté de paix » de Poutine dont parle Canfora. Dans une interview accordée à Riformista, Canfora est allé jusqu’à dire que « le fils de Biden est en affaires avec Zelensky ». Autre mensonge colossal, de surcroît diffamatoire, de dérivation trumpienne : Hunter Biden siégeait au conseil d’administration d’une société énergétique ukrainienne, Burisma, avant que Zelensky ne devienne président.

Angelo d’Orsi, historien de moindre envergure que Canfora mais pas en matière de militantisme (il y a quelques mois il était candidat à la mairie de Turin sur un cartel de listes communistes), dans un article du Fatto quotidiano début mars parlait de « 15 mille morts dans le Donbass causés par les Ukrainiens parmi la population russophone et russophile ». Un concentré de falsification : les morts dans le Donbas sont effectivement plus de 14 000, mais pas tous causés par des « Ukrainiens » et pas tous chez les « Russophiles ». Selon les données de l’ONU, les morts, d’avril 2014 à fin 2021, sont classés comme suit : environ 4 400 parmi les forces armées ukrainiennes, environ 6 500 parmi les milices et environ 3 400 parmi les civils. Attribuer toute la responsabilité à un camp et toutes les victimes à l’autre est une mystification indécente.

Plus récemment, M. D’Orsi, qui est devenu une personnalité de la télévision à force de fanfaronnades et a été relancé à juste titre par des chaînes de propagande poutiniennes telles que Russia Today, a déclaré lors d’une apparition dans l’émission « Dimartedì » de Giovanni Floris, décrivant le gouvernement ukrainien comme une cabale de nazis, que « le régime ukrainien a déclaré Stepan Bandera héros national et l’Église orthodoxe ukrainienne en a fait un saint ! Vous le saviez ? Bandera a d’abord été élevé au rang de héros par le gouvernement, puis de saint par l’Église orthodoxe ukrainienne. Je ne vois pas le bien et le mal, je vois le mal des deux côtés ». Encore une fois, il s’agit de deux falsifications flagrantes. Stepan Bandera est un personnage controversé du nationalisme ukrainien : d’abord collaborateur des nazis, puis emprisonné par eux dans le camp de concentration de Sachsenhausen avant d’être libéré à titre anti-soviétique, finalement tué en  959 par le KGB. Il est un symbole du nationalisme ukrainien, dont les gangs se sont rendus coupables de crimes et de pogroms, utilisés par la propagande de Poutine pour prouver qu’il y a un régime « nazi » à Kiev depuis 2014. En tout état de cause, Bandera n’est pas un « héros national de l’Ukraine ». Il avait reçu ce titre en janvier 2010, quatre ans avant l’Euromaïdan, par le président de l’époque, Viktor Iouchtchenko. Mais quelques mois plus tard, en avril 2010, cet honneur avait été annulé par un tribunal de Donetsk. Par la suite, en décembre 2018, des parlementaires ont soumis au président de l’Ukraine une demande visant à attribuer à Bandera le titre de « héros national », mais celle-ci a été retirée en août 2019. Bandera n’est donc pas un « héros national », et encore moins un « saint » de l’Église orthodoxe ukrainienne. C’est une invention ridicule. Notamment parce que Bandera n’était même pas orthodoxe : son père Andryi, qui a été torturé et abattu par les Soviétiques, était un vicaire de l’Église Uniate et donc un catholique.

Le problème n’est pas qu’entre la Russie et l’Ukraine, Canfora et D’Orsi ne voient pas « le bien et le mal », mais qu’ils ne font pas de distinction entre le vrai et le faux. Et c’est particulièrement grave pour quelqu’un qui, aussi militant soit-il, reste un historien.

Luciano Capone
https://www.ilfoglio.it/societa/2022/05/14/news/i-falsi-storici-al-tempo-della-guerra-in-ucraina-i-casi-canfora-e-d-orsi-4001723/
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62562

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Lettre ouverte à Noam Chomsky (et autres intellectuels partageant les mêmes idées) sur la guerre Russie-Ukraine

Cher Professeur Chomsky,
Nous sommes un groupe d’économistes universitaires ukrainiens qui avons été affligés par une série de vos récentes interviews et commentaires sur la guerre russe en Ukraine. Nous pensons que votre opinion publique sur cette question est contre-productive pour mettre fin à l’invasion russe injustifiée de l’Ukraine et à tous les mort es et les souffrances qu’elle a entraîné es dans notre pays.

Après avoir pris connaissance de l’ensemble de vos entretiens sur ce sujet, nous avons remarqué plusieurs erreurs récurrentes dans votre argumentation. Dans ce qui suit, nous souhaitons vous signaler ces schémas, ainsi que notre brève réponse :

Motif n°1 : Nier l’intégrité souveraine de l’Ukraine
Dans l’interview que vous avez accordée à Jeremy Scahill à The Intercept le 14 avril 2022, vous avez déclaré : « Le fait est que la Crimée n’est plus sur la table. Nous pouvons ne pas le partager. Les Criméen nes, eux, le partagent apparemment. »
Nous souhaitons porter à votre attention plusieurs faits historiques :
Premièrement, l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a violé le mémorandum de Budapest (dans lequel celle-ci a promis de respecter et de protéger les frontières ukrainiennes, y compris la Crimée), le traité d’amitié, de partenariat et de coopération (qu’elle a signé avec l’Ukraine en 1997 avec les mêmes promesses) et, selon l’ordonnance de la Cour internationale de justice de l’ONU, elle a violé le droit international.

Deuxièmement, les « Criméens » ne sont pas une ethnie ou un groupe unifié de personnes – mais les Tatars de Crimée le sont. Il s’agit du peuple autochtone de Crimée, qui a été déporté par Staline en 1944 (et n’a pu revenir chez lui qu’après l’effondrement de l’URSS), et a été contraint de fuir à nouveau en 2014 lorsque la Russie a occupé la Crimée. Parmi celleux qui sont resté es, des dizaines ont été persécuté·es, emprisonnés·e sur de fausses accusations et porté·es disparu·es, probablement mort·es.

Troisièmement, si par « liker » vous faites référence au résultat du « référendum » de Crimée du 16 mars 2014, sachez que ce « référendum » a été organisé sous la menace des armes et déclaré invalide par l’Assemblée générale des Nations unies. Dans le même temps, la majorité des électeurs de Crimée ont soutenu l’indépendance de l’Ukraine en 1991.

Motif n°2 : Traiter l’Ukraine comme un pion américain sur un échiquier géopolitique
Que ce soit volontairement ou involontairement, vos interviews insinuent que les Ukrainien·nes se battent contre les Russes parce que les États-Unis les y ont incité·es, que la révolution de la Place Maïdan s’est produit parce que les États-Unis ont essayé de détacher l’Ukraine de la sphère d’influence russe, etc. Une telle attitude nie l’existence de l’Ukraine et constitue une gifle pour des millions d’Ukrainien·nes qui risquent leur vie pour le désir de vivre dans un pays libre. En d’autres termes, avez-vous envisagé la possibilité que les Ukrainien·nes souhaitent se détacher de la sphère d’influence russe en raison d’une histoire de génocide, d’oppression culturelle et de déni constant du droit à l’autodétermination ?

Motif n°3. Suggérer que la Russie est menacée par l’OTAN
Dans vos interviews, vous évoquez la prétendue promesse faite par [le Secrétaire d’État américain] James Baker et le Président George H.W. Bush à Gorbatchev selon laquelle, s’il acceptait de permettre à une Allemagne unifiée de rejoindre l’OTAN, les États-Unis veilleraient à ce que l’OTAN ne se déplace « pas d’un pouce vers l’est ». Tout d’abord, veuillez noter que l’historicité de cette promesse est fortement contestée par les spécialistes, bien que la Russie ait activement contribué à la promouvoir. Votre hypothèse est que l’expansion de l’OTAN vers l’est n’a laissé à Poutine aucun autre choix que d’attaquer. Mais la réalité est différente. Les États d’Europe de l’Est ont adhéré, et l’Ukraine et la Géorgie ont aspiré à rejoindre l’OTAN, afin de se défendre contre l’impérialisme russe. Ils avaient raison dans leurs aspirations, étant donné que la Russie a effectivement attaqué la Géorgie en 2008 et l’Ukraine en 2014. De plus, les demandes actuelles de la Finlande et de la Suède d’adhérer à l’OTAN ont été faites en réponse directe à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
En outre, nous ne sommes pas d’accord avec l’idée que des nations souveraines ne devraient pas conclure d’alliances fondées sur la volonté de leur peuple en raison de promesses verbales contestées faites par James Baker et George H.W. Bush à Gorbatchev.

Motif n°4. Affirmer que les États-Unis ne sont pas meilleurs que la Russie.
Vous qualifiez certes l’invasion russe de l’Ukraine de « crime de guerre », mais il nous semble que vous ne pouvez pas le faire sans citer dans le même souffle toutes les atrocités commises par le passé par les États-Unis à l’étranger (par exemple, en Irak ou en Afghanistan) et, en fin de compte, sans passer la plupart de votre temps à discuter de ces dernières. En tant qu’économistes, nous ne sommes pas en mesure de corriger vos métaphores historiques et il va sans dire que nous condamnons les meurtres injustifiés de civils commis par toute puissance dans le passé. Cependant, ne pas poursuivre Poutine pour crime de guerre devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye simplement parce qu’un dirigeant passé n’a pas reçu un traitement similaire serait la mauvaise conclusion à tirer de toute analogie historique. En revanche, nous soutenons que poursuivre Poutine pour les crimes de guerre délibérément commis en Ukraine créerait un précédent international pour les dirigeants mondiaux qui tenteraient de faire de même à l’avenir.

Motif n°5. Blanchir les objectifs de Poutine pour envahir l’Ukraine
Dans vos interviews, vous vous donnez beaucoup de mal pour rationaliser les objectifs de Poutine de « démilitarisation » et de « neutralisation » de l’Ukraine. Veuillez noter que, dans son discours télévisé du 24 février 2022, qui marque le début de la guerre, l’objectif déclaré textuellement par Poutine pour cette « opération militaire » est de « dénazifier » l’Ukraine. Ce concept s’appuie sur son long article pseudo-historique de juillet 2021, niant l’existence de l’Ukraine et affirmant que les Ukrainiens ne constituaient pas une nation. Comme l’explique le « manuel de dénazification » publié par l’agence de presse officielle russe RIA Novosti, un « nazi » est simplement un être humain qui s’identifie comme ukrainien, la création d’un État ukrainien il y a trente ans a été la « nazification de l’Ukraine », et toute tentative de construire un tel État doit être considéré comme un acte « nazi ». Selon ce manuel du génocide, la dénazification implique une défaite militaire, une purge et une « rééducation » de la population. La « démilitarisation » et la « neutralisation » impliquent le même objectif – sans armes, l’Ukraine ne sera pas en mesure de se défendre, et la Russie atteindra son objectif à long terme de détruire l’Ukraine.

Motif n° 6. Supposer que Poutine soit intéressé par une solution diplomatique
Nous avons tous beaucoup espéré un cessez-le-feu et un règlement négocié, qui auraient pu sauver de nombreuses vies humaines. Pourtant, nous trouvons absurde la façon dont vous attribuez sans cesse la responsabilité de l’échec de ce règlement à l’Ukraine (pour ne pas avoir offert à Poutine une « porte de sortie ») ou aux États-Unis (pour avoir soi-disant insisté sur la solution militaire plutôt que diplomatique) au lieu de souligner la responsabilité de l’agresseur réel, qui a bombardé intentionnellement et à plusieurs reprises des civils, des maternités, des hôpitaux et des couloirs humanitaires pendant ces mêmes « négociations ». Compte tenu de la rhétorique d’escalade (citée ci-dessus) des médias russes d’État, l’objectif de la Russie est l’effacement et l’assujettissement de l’Ukraine, et non une « solution diplomatique ».

Motif n° 7. Préconiser que céder aux exigences russes est le moyen d’éviter la guerre nucléaire.
Depuis l’invasion russe, l’Ukraine vit dans une menace nucléaire constante, non seulement parce qu’elle est une cible privilégiée des missiles nucléaires russes, mais aussi en raison de l’occupation russe des centrales nucléaires ukrainiennes.
Mais quelles sont les alternatives à la lutte pour la liberté ? La reddition inconditionnelle puis l’élimination des Ukrainien·nes de la surface de la Terre (voir ci-dessus) ? Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le président Zelensky, avec le soutien écrasant du peuple ukrainien, supplie les dirigeants occidentaux de fournir des armes lourdes malgré la menace potentielle d’une escalade nucléaire ? La réponse à cette question n’est pas « à cause de l’Oncle Sam », mais plutôt en raison du fait que les crimes de guerre commis par les Russes à Bucha et dans de nombreux autres villes et villages ukrainiens ont montré que vivre sous l’occupation russe est un « enfer sur terre » tangible qui se produit en ce moment même et qui exige une action immédiate.

On peut soutenir que toute concession à la Russie ne réduira pas la probabilité d’une guerre nucléaire mais conduira à une escalade. Si l’Ukraine tombe, la Russie peut attaquer d’autres pays (Moldavie, Géorgie, Kazakhstan, Finlande ou Suède) et pourra également utiliser son chantage nucléaire pour pousser le reste de l’Europe à la soumission. Et la Russie n’est pas la seule puissance nucléaire au monde. D’autres pays, comme la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, nous observent. Imaginez ce qui se passera s’ils apprennent que les puissances nucléaires peuvent obtenir tout ce qu’elles veulent grâce au chantage nucléaire.

Professeur Chomsky, nous espérons que vous examinerez les faits et que vous réévaluerez vos conclusions. Si vous accordez vraiment de l’importance à la vie des Ukrainien·nes, comme vous le prétendez, nous vous demandons de vous abstenir d’alimenter davantage la machine de guerre russe en diffusant des opinions très proches de la propagande russe.
Si vous souhaitez vous engager plus avant sur l’un des points susmentionnés, nous sommes toujours ouverts à la discussion.
Bien à vous,
Bohdan Kukharskyy, City University of New York
Anastassia Fedyk, Université de Californie, Berkeley
Yuriy Gorodnichenko, Université de Californie, Berkeley
Ilona Sologoub, ONG VoxUkraine
https://blogs.berkeley.edu/2022/05/19/open-letter-to-noam-chomsky-and-other-like-minded-intellectuals-on-the-russia-ukraine-war/
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Une visite aux socialistes, anarchistes, syndicalistes et féministes à Lviv

Les gauchistes en Ukraine veulent des échanges internationaux – que veulent-ils d’autre ?
Par une douce soirée de printemps début mai, les sirènes retentissent sur Lviv. Nous sommes devant un bar du centre-ville, où nous venons de prendre une bière avec des trotskystes suisses, des syndicalistes britanniques et des militants de la petite scène de gauche en Ukraine. Il commence à faire nuit, mais les rues et les places sont encore pleines de monde. La plupart ignorent l’alerte aérienne. « Il est très important que ce voyage de délégation internationaliste ait lieu. C’est vraiment important pour nous », déclare Vitaly Dudin, l’un de nos hôtes et chef de l’organisation de gauche
Sotsialnyi Rukh, Mouvement social, dont la centaine de membres sont répartis dans une poignée de villes. « Nous nous considérons comme des internationalistes et l’échange avec des gauchistes d’autres pays nous manque vraiment. »

Lviv, non loin de la frontière avec la Pologne et traditionnellement un bastion du nationalisme ukrainien, est actuellement l’un des endroits les plus sûrs d’Ukraine, même si des missiles russes ont touché trois sous-stations à proximité la nuit précédente. Environ 200 000 personnes déplacées à l’intérieur de toutes les régions du pays ont cherché protection dans la ville ces derniers mois. Mais il y a aussi des centaines, voire des milliers, de journalistes du monde entier qui séjournent ici. Le jour de notre arrivée, l’actrice américaine Angelina Jolie est en ville, le jour de notre départ Bono doit venir ; Des employés d’ONG et des politiciens se serrent la main. Mais bien que Lviv et maintenant aussi Kiev puissent difficilement se protéger des visiteurs étrangers*, depuis le début de l’invasion russe le 24 février, il n’y en a pas eu.

Ce serait évident, car c’est une idée de base de l’internationalisme de gauche de traiter ce qui se passe dans le monde dans une discussion commune, au-delà des frontières, et de développer des positions à ce sujet. Il devrait également être naturel de se tenir aux côtés de la classe ouvrière et des opprimés qui luttent dans un pays où être de gauche n’est pas facile et où l’on est envahi par un État impérialiste. Les gauchistes ukrainiens, ainsi que les gauchistes d’autres pays d’Europe centrale et orientale, ont déjà écrit un certain nombre de lettres, de fils et de textes adressés à la gauche occidentale et ont exprimé leur besoin d’échange, de contact, de réseautage et de solidarité de diverses manières. Presque personne n’a répondu jusqu’à présent.
Aujourd’hui, une vingtaine de syndicalistes et socialistes de neuf pays européens et d’Argentine ont accepté l’invitation du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine, une association spontanée principalement issue du spectre trotskyste – le groupe de touristes est dirigé par Hanna Perekhoda, une jeune femme originaire de Donetsk vivant à Lausanne. Quelques parlementaires sont également présents. Søren Søndergaard, qui siège au parlement danois pour l’Enhedlisten rouge-vert, la députée finlandaise Veronika Honkasalo de l’alliance de gauche impliquée dans le gouvernement, Paulina Matysiak du parti de gauche polonais Razem et Stefanie Prezioso, députée d’Ensemble à Gauche au parlement suisse. De même Mireille Fanon-Mendès-France, Présidente de la Fondation Frantz Fanon Internationale, du nom de son père. On pourrait dire qu’il est assez tard pour un voyage comme celui-ci, plus de deux mois après l’invasion. Vous pourriez dire : il y en a pas mal, étant donné que l’Europe occidentale est proche et grande et que les gauchistes y ont généralement de nombreuses opportunités de voyager. Vous pourriez dire : il y a beaucoup plus de gauchistes en vue que ceux qui sont venus ici. Mais Vitaly Dudin déclare : « Pour nous, c’est un pas de géant. »

Les fournitures de secours finissent-elles dans les rayons des supermarchés ?
Dudin est avocat en droit du travail et gagne sa vie au service communication d’une autorité publique. Il conseille également les travailleurs sur la manière de faire valoir leurs droits et les syndicats sur la manière de contrer les pratiques antisyndicales. Pour ces jours au début de mai, il est venu à Lviv de Kiev. D’autres se sont également rendus dans la ville près de la frontière pour assister à la conférence de deux jours organisée par Sotsialnyi Rukh et le Réseau européen de solidarité. Les militants et syndicalistes viennent non seulement de Kiev, mais aussi d’Ouzhgorod en Transcarpatie, à l’extrême ouest de l’Ukraine, où des roquettes russes ont également frappé la veille, ou d’endroits encore plus lointains comme Kharkiv, Marioupol, Dnipro ou du Crimée. Beaucoup d’entre eux vivent maintenant en tant que personnes déplacées à Lviv.

La guerre a bouleversé la vie de toutes les personnes présentes et détermine leur travail politique. Cela devient clair lorsque les syndicalistes rapportent le premier jour : des conducteurs de train comme Aleksandr Skiba de Kiev transportent désormais des réfugiés ou de l’aide humanitaire à travers le pays. Cependant, les fournitures d’aide qui arrivent en grande quantité en Ukraine ne se retrouvent pas toujours chez les populations, mais souvent dans les rayons des grands supermarchés. « Nous n’avons pas encore été en mesure de prouver que l’aide est arrivée illégalement, nous avons contacté les autorités locales mais n’avons reçu aucune réponse », explique Skiba.

Ce n’est pas le seul problème auquel Skiba et son syndicat, le Syndicat libre des cheminots (VPZU), sont aux prises. De nombreux collègues ont perdu leur maison à cause des bombes et des bombardements. Obtenir des aides est difficile : « L’État pousse tout sur les collectivités locales, mais elles n’ont probablement pas l’argent pour cela. Alors le gouvernement dira qu’ils ont tout fait et les autorités locales diront qu’elles n’ont pas d’argent parce que le gouvernement ne leur en a pas donné. » Skiba veut se battre contre les autorités pour obtenir du soutien pour ses collègues. Myroslava Kaftan de l’Union des mineurs indépendants d’Ukraine de Chervonograd près de Lviv fait également état de la prise en charge des tâches de l’État en matière de prise en charge des réfugiés,

Un État qui, malgré toutes les promesses du président Volodymyr Zelensky, élu à une large majorité en 2019, n’a pas été en mesure d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre ces dernières années. Vitaliy Dudin rapporte que les employés ne reçoivent souvent pas leur salaire, qui est de toute façon souvent très bas ; Les employeurs doivent au total quatre milliards de hryvnia (environ 140 millions d’euros) à « leurs » salariés, la moitié de ces dettes salariales concernent le secteur public et les entreprises publiques. Les conditions auparavant misérables auraient bien sûr été considérablement aggravées par la nouvelle guerre, explique Dudin.

Droit du travail de guerre et interdiction des partis
En outre, la loi martiale et la loi n° 2136 récemment promulguée sont désormais en vigueur. De nombreux droits des travailleurs, du moins sur le papier, ont été suspendus, par exemple le droit à un salaire régulier. Les grèves ont été rares ces dernières années, mais sont désormais totalement interdites. Les contrôles des lieux de travail par l’inspection nationale du travail n’ont plus lieu.

Avant la guerre, Sotsialnyi Rukh s’opposait à la politique de déréglementation du gouvernement Zelensky, aujourd’hui le groupe critique les restrictions imposées par la loi martiale et l’absence d’État-providence, ce qui rend encore plus difficile la vie de ceux qui ont déjà peu. Il est nécessaire de lutter contre les puissants oligarques et de s’attaquer à des réformes sociales radicales, telles que la nationalisation des entreprises les plus rentables et stratégiquement importantes et la taxation des riches. Les militants soulignent également qu’une coupe de cheveux est nécessaire de toute urgence, et ils exigent que leur gouvernement cesse de rembourser la dette extérieure.

Denis Pilash, également de Sotsialnyi Rukh, explique qu’il y a une opposition au gouvernement sur les questions sociales et démocratiques. Le groupe s’oppose non seulement aux restrictions imposées aux travailleurs sous la loi martiale, mais critique également les interdictions imposées à un certain nombre de partis. Plus récemment, à la mi-mars, onze organisations ont été interdites de leurs activités pour la durée de l’état de guerre pour la durée de l’état de guerre, y compris des groupes plus restreints, mais aussi l’Union des forces de gauche et la Plateforme d’opposition pour la vie, qui compte 44 sièges au parlement. Pour la plupart, ces partis ne sont dans la tradition de la gauche et du mouvement ouvrier que de nom, explique Pilash. En fait, ce sont des organisations pro-Kremlin, nationalistes et réactionnaires qui ont utilisé le symbolisme socialiste et communiste. Cependant, l’interdiction et la répression étatiques ne sont pas la bonne voie – également parce que de telles mesures et la criminalisation des symboles socialistes menaçaient toujours d’être dirigées contre la gauche. Les militants rejettent toute discrimination fondée sur la langue, l’origine ou la nationalité, ainsi que la loi de décommunisation votée en 2015, qui interdit les « symboles totalitaires », y compris les symboles soviétiques, sur la base de l’assimilation du communisme et du national-socialisme.

Malgré toutes les critiques du gouvernement : En se défendant contre l’invasion russe, ils sont soutenus. L’alternative serait une occupation russe du pays – une catastrophe du point de vue de tous nos interlocuteurs. Pour la gauche rassemblée à Lviv, il n’y a tout simplement pas d’alternative à la défense militaire de l’Ukraine. L’activiste Ksenia du collectif Queer Lab affirme que dans certaines villes occupées par les troupes russes, des activistes homosexuels bien connus sont arrêtés ou « disparaissent ». Même si la situation des personnes queer en Ukraine n’est pas du tout rose, la peur de tomber sous l’occupation russe est grande dans la communauté, puisque l’homophobie fait également partie de la raison d’être de l’État en Russie et que la « propagande homosexuelle » est interdite. La Russie se présente comme le « dernier bastion des valeurs chrétiennes » en Europe, dit Ksenia, qui a un tatouage « Satan Loves You » sur sa tempe. Les membres de leur groupe reversent la moitié de leurs revenus à la Défense du Territoire. Ils décident collectivement à quelles unités vont les dons.

Où sont les pacifistes ?
Quelque chose comme cela provoque un malaise, voire un rejet, chez de nombreuses personnes à gauche dans ce pays. Ce que, à leur tour, les gauchistes ukrainiens ne comprennent pas. Les appels de l’Europe, comme déserter massivement les unités armées, déposer les armes immédiatement, chasser les envahisseurs uniquement par des méthodes pacifistes, ou mener des négociations immédiates et inconditionnelles, les font secouer la tête – du moins.

N’y a-t-il pas de pacifistes en Ukraine ? Au cours des derniers mois, les déclarations de Yurii Sheliazhenko ont fait surface à plusieurs reprises. Le chercheur vit à Kiev et est le président et, selon les personnes présentes à Lviv, le seul membre du Mouvement pacifiste ukrainien. Dans des vidéos en ligne, il s’est prononcé contre la guerre, mais aussi contre la défense armée du pays. Ils ont gagné du terrain parmi les gauchistes et les militants pour la paix en Europe occidentale : en tant qu’exemple d’une voix différente de la gauche ukrainienne.

« Sheliazhenko, un gauchiste ? », les sourcils de Denis Pilash se sont levés lorsque nous lui avons posé la question le soir du deuxième jour. « Je peux dire deux choses à ce sujet : premièrement, Yurii Sheliazhenko est un solitaire qui n’a aucun lien avec la gauche. Ce n’est pas quelqu’un que vous rencontrez lors d’événements de gauche. Et deuxièmement, il ne se décrit même pas comme étant de gauche. « Personnellement, il ne pense à personne de la gauche démocratique et socialiste qui se prononce contre la défense armée contre la guerre d’agression russe », dit Pilash. Tous les anarchistes qu’il connaît sont également favorables à la résistance militaire à l’agression russe.

Serhii Movchan du groupe Opération Solidarité est l’un d’entre eux. Des anarchistes et des anti-autoritaires se sont organisés dans l’initiative, ils collectent des dons pour les militants de gauche en Ukraine, pour le soutien des réfugiés et des personnes dans le besoin, pour du matériel de protection militaire. Une centaine d’anarchistes et autres gauchistes qui ont rejoint les forces territoriales ukrainiennes bénéficient de leur soutien. « Il n’y a pas de discussion, il y a un consensus sur l’invasion russe et la nécessité d’y résister », confirme Movchan. Bien sûr, tout le monde n’est pas disposé ou capable de se battre avec des armes – mais il y a un accord au sein de la scène sur le fait que la résistance des soldats est la forme de défense la plus importante. « Si l’Ukraine était vaincue militairement, toutes les autres formes d’activisme n’auraient plus de sens non plus, et la vie politique comme avant ne serait plus possible », déclare Movchan. Il souligne que certains anarchistes ukrainiens étaient opposés à l’armée, mais maintenant il faut adapter sa pratique à la réalité. Yuri Chernata, également organisé avec l’Opération Solidarité, ajoute : « Nous n’avons actuellement pas le luxe d’être pacifistes à 100 %.

« Certains gauchistes étrangers pensaient que nous devrions tourner nos armes contre nos dirigeants et déclencher la révolution », déclare Serhii Movchan avec un sourire las. « Ouais, et si vous commenciez ? Et si les armes sont également dirigées vers le Kremlin en Russie, nous pouvons reparler, nous suivrons certainement le mouvement. »

Les paroles amères de Movchan témoignent d’un dilemme répandu : la position de nombreux gauchistes à l’étranger peut être décrite comme « pas de guerre mais une guerre de classe » – mais qu’est-ce que cela signifie compte tenu de l’équilibre des pouvoirs généralement médiocre ? La devise théoriquement correcte « L’ennemi principal est dans votre propre pays » semble servir d’excuse à certaines personnes pour ne pas avoir à entrer dans des échanges – voire des différends – avec des camarades en Ukraine, dont les demandes de défense militaire et de livraisons d’armes ne sont pas entièrement confortable.

Auxiliaires de gauche de l’OTAN ?
Se positionner, faire preuve de solidarité avec la gauche ukrainienne, ne signifie pas ignorer les nombreux problèmes et contradictions : le danger d’une nouvelle escalade de la guerre est réel, et la crainte d’être utilisé pour les objectifs de guerre des États de l’OTAN est également justifiée. Il n’y a aucune raison de passer sous silence la situation en Ukraine, comme le font les dirigeants de Paris ou de Berlin, en utilisant des expressions comme « liberté » et « démocratie » pour faire du pays l’État de première ligne de leur nationalisme européen. Le fort soutien des gauchistes ukrainiens à la défense armée signifie son intégration temporaire dans les structures d’un État dirigé par un gouvernement néolibéral, dont l’armée comprend également des unités d’extrême droite comme le régiment Azov. Cette extrême droite pourrait être renforcée par la guerre, politiquement et militairement. Cela est contré par la menace d’être occupé et gouverné par une puissance impérialiste répressive. Du point de vue de nos interlocuteurs, c’est clairement le plus grand danger du moment.

Les militants de gauche en Ukraine ne se font aucune illusion sur leur propre gouvernement ou sur l’agenda de l’OTAN. « Bien sûr, l’OTAN a ses intérêts en Ukraine », dit Movchan. Néanmoins : la guerre a été déclenchée par la Russie, elle n’a pas été choisie. « Si vous êtes vraiment de gauche, alors écoutez les gens du coin et essayez de comprendre que les Ukrainiens ont leur propre subjectivité », dit Movchan.

Ce n’est pas la première fois que la vision de gauche à travers des lunettes exclusivement géopolitiques a abouti à l’ignorance et a nié la subjectivité des populations locales, les rabaissant à des pièces d’échecs. Même lorsqu’un soulèvement ouvrier a secoué le Kazakhstan au début de l’année, certains ont immédiatement soupçonné une tentative « extérieure » de restreindre les sphères d’influence russes et étaient donc sceptiques à l’égard des insurgés. De ce point de vue, l’Ukraine n’est que le champ de bataille où deux blocs impérialistes se battent, et les gens qui y vivent sont condamnés à la passivité.

L’indifférence de nombreux étrangers face aux séquelles de la guerre blesse les militants en Ukraine, surtout compte tenu des violations flagrantes des droits humains qui ont déjà été commises. « Au début, vous ne pouviez pas croire que c’était réel – cela ressemblait à quelque chose d’un jeu informatique post-apocalyptique », se souvient Serhii Movchan. L’anarchiste a visité les lieux Bucha, Irpin et Borodyanka, où l’armée russe a commis des atrocités contre la population civile. Lors de conversations avec les habitants, l’ampleur de l’horreur est devenue claire, dit-il. « C’est absurde pour qui que ce soit de dire que les massacres ont été orchestrés par la CIA ou quelque chose du genre. On ne peut pas manipuler tous ces gens dans les villes, alors il faudrait qu’ils soient tous acteurs. » En théorie, il pourrait expliquer comment les gens accèdent à ces postes. « Mais quand quelqu’un dit quelque chose comme ça dans une discussion, je me mets en colère », dit Movchan.

Danger de solidarité nationale
Mais la guerre n’entraîne-t-elle pas le danger d’une gauche déjà faible s’unissant nationalement au gouvernement ? Et que dire des attaques et agressions que des miliciens armés commettent contre des réfugiés roms ou non blancs, par exemple ?

« Oui, il y en a », déclare Julian Kondur, un militant des droits des Roms de Kiev. Début mars, des images de jeunes Roms attachés à des lampadaires après avoir été accusés de vol à l’étalage sont devenues virales. » Bien sûr, il y a de la discrimination contre nous en Ukraine. Par exemple, il nous est beaucoup plus difficile de voyager vers l’ouest du pays », explique Kondur. Dans le même temps, il souligne que des milliers de Roms ont combattu en défense territoriale aux côtés de l’Ukraine contre les envahisseurs russes. « C’est l’une des raisons pour lesquelles j’espère que notre position dans ce pays sera meilleure après la guerre. »

Pendant ce temps, l’extrême droite, qui s’est plutôt mal comportée lors des dernières élections en Ukraine mais reste un facteur bien organisé et puissant, espère également que la guerre améliorera sa position. Le danger est réel : que se passera-t-il si les unités fascistes acquièrent de l’expérience au combat et gagnent le respect de la population ? Les gauchistes réunis à Lviv connaissent les néo-nazis ukrainiens. Auparavant, Sotsialnyi Rukh n’était pas en mesure d’annoncer publiquement des événements par crainte d’attaques. Certaines années, les petites manifestations du groupe du 1er mai ont dû être déplacées de Kiev à Kryvyi Rih en raison de menaces de la droite. Pendant des années, ceux qui sont rassemblés ici ont été attaqués et luttent également contre le danger de la droite.

Bon nombre de gauchistes qui ont rejoint les unités de défense territoriale ou fondé leurs propres associations se réfèrent également à l’expérience du soulèvement du Maïdan de 2014, alors qu’ils n’avaient rien pour contrer la supériorité de l’extrême droite. À l’époque, les gauchistes avaient été chassés de leurs places par la droite ou contraints de retirer leurs banderoles et leurs tracts s’ils voulaient rester avec les manifestations. Il y a eu le massacre de la Maison des syndicats à Odessa le 2 mai 2014, lorsque, après des combats de rue entre supporters de football nationalistes et opposants pro-russes au Maïdan, la maison dans laquelle les opposants au Maïdan s’étaient réfugiés a été incendiée ; 48 personnes sont mortes ce jour-là. Durant cette période, l’extrême droite s’est forgé une réputation qu’on pouvait compter sur eux pour se défendre contre les attaques de la police. Ne pas rester là sans défense et sans pouvoir est l’un des nombreux motifs de la gauche pour s’armer également cette fois.

Quand des étrangers vous parlent d’Azov sur Internet, ne s’intéressent qu’à l’extrême droite en Ukraine ou encore vous décrivent comme des nationalistes tournés à gauche, c’est déprimant, estime Denis Pilash. Le socialiste souligne que lui et ses camarades de Sotsialnyi Rukh se considèrent comme des opposants à toutes les puissances impérialistes. Il est convaincu que la lutte contre l’impérialisme russe, qu’ils sont actuellement contraints de mener, peut renforcer les forces anti-impérialistes dans le monde – tandis qu’une victoire russe affaiblira davantage la gauche internationale. La plupart des gauchistes à qui nous parlons pensent également que les nazis ne bénéficieront pas massivement de la guerre. Par rapport à 2014, ils ont joué un rôle mineur en tant que facteur militaire aujourd’hui.

Durcissement et pragmatisme
Vendredi 6 mai, dernier jour de la conférence. Dans le bloc « Dimension de genre de la guerre », des militantes féministes et des employées d’ONG de défense des droits des femmes rapportent les violences sexuelles que les femmes doivent endurer au cours de la guerre. Yana Wolf du groupe féministe Bilkis de Kharkiv, qui, comme tous les autres membres de son groupe, a dû fuir à Lviv avant la guerre, parle des graves violences sexuelles contre les femmes dans les territoires occupés. Des viols systématiques par des soldats russes ont été signalés dans de nombreux endroits, les femmes sont devenues des butins de guerre et les cas connus ne sont que la pointe de l’iceberg, car de telles horreurs sont difficiles à évoquer. L’armée d’invasion vise à soumettre et à briser émotionnellement le peuple du pays, et cet objectif est réalisé sur le corps des femmes, dit le loup. Plus de violence contre les femmes n’est pas seulement menacée par l’agresseur, la guerre a également intensifié la violence patriarcale et renforcé les rôles de genre traditionnels dans la société ukrainienne.

Marta Chumalo, dont l’ONG Women’s Perspectives offre de l’aide et des conseils aux femmes dans le besoin et soutient les femmes sur le marché du travail, le confirme. Chumalo fait état d’une augmentation significative de la violence domestique, non seulement favorisée par le stress psychologique des bombardements et l’exiguïté de l’espace dans les abris, mais aussi parce que beaucoup d’hommes étaient à la maison attendant d’être appelés pour devenir des guerriers qui iraient au front – et dont les femmes devraient être au service. Il en résulte plus d’agressions verbales et des comportements plus violents envers les femmes. « La guerre légitime la violence, elle produit des hommes qui ont commis des violences. Nous voyons que ce discours augmente la violence contre les femmes », déclare Chumalo. Signaler les agressions est également devenu plus difficile. Lorsque les femmes signalent de tels incidents à la police, elles entendent souvent qu’il y a des choses plus importantes à faire en ce moment ; les femmes déclarantes devraient s’il vous plaît revenir après la guerre. Votre organisation essaie de soutenir les femmes dans le besoin, de leur offrir un refuge, mais le besoin est énorme.

Les avortements deviennent également plus difficiles, même après un viol, explique Yana Wolf. En Ukraine, il existe en fait une loi libérale sur l’avortement qui remonte à l’époque soviétique. Elles sont légales jusqu’à la douzième semaine de grossesse, et possibles jusqu’à la 22e semaine sous certaines conditions. Mais les femmes subissent souvent des pressions de la part de leur famille ou des médecins pour qu’elles ne se fassent pas avorter. La guerre fournit le cadre dans lequel prospère un discours anti-avortement. Les appels aux femmes pour produire une progéniture pour la nation se multiplient.

Le groupe de Wolf soutient également la défense militaire contre l’armée russe. La guerre d’agression russe a apporté la mort, la destruction, la douleur, la peur et la dévastation psychologique en Ukraine, elle renforce les relations capitalistes patriarcales, racistes et capacitistes et elle doit être arrêtée. Wolf rapporte qu’un militant du groupe a également rejoint les Forces de défense territoriales.

Garder la main tendue en temps de guerre reste un défi. Yana Wolf, avec un écusson aux couleurs nationales ukrainiennes sur sa veste, a répondu non lorsqu’on lui a demandé pendant la conférence si son groupe avait des contacts avec des féministes russes. Pour le moment, elle n’en a aucune envie. Le dirigeant du syndicat des chemins de fer, Aleksandr Skiba, a un point de vue différent. « Dès que nous commencerons à déclarer les peuples russe et ukrainien ennemis, cela liera davantage les Russes pour la guerre », estime le conducteur du train. Il y avait aussi des gens parmi les soldats de l’occupation russe qui se comportaient décemment. De plus, beaucoup sont déçus d’être brûlés comme chair à canon, selon des connaissances qui ont parlé à des soldats russes.

L’optimisme pragmatique de Skiba est rafraîchissant, compte tenu également du durcissement que l’on peut également observer sous l’impact des horreurs de la guerre. C’est précisément pourquoi il serait si important d’entamer un échange avec les camarades en Ukraine. En même temps, une politique anti-guerre de gauche exige que la recherche d’opportunités d’action par le bas ne se résolve pas dans une logique militaire. Même si la vision de Skiba semble lointaine pour le moment – si les gauchistes de ce pays ne se contentent pas de commentaires autoritaires sur la guerre de loin, s’ils ne veulent pas sacrifier la recherche d’une politique internationaliste de gauche à la pensée géopolitique, alors c’est il est grand temps de mettre fin à leur passivité surmontée et socialisée. Au moins dans la gauche ukrainienne, le désir de cela est énorme.
Jan Ole Arps
Sebastian Bähr
Nelli Tügel
https://www.akweb.de/ausgaben/682/was-wollen-linke-in-der-ukraine-solidaritaets-delegation-in-lwiw
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62568

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Lignes de front

« Ensemble, nous transformerons la vie de nos ennemis en enfer ! »

« Nous combattons un ennemi puissant, plus nombreux, et qui peut s’emparer de notre ville pendant un certain temps. Mais il ne pourra jamais tenir ces villes, car dans chaque maison, nous l’attendrons. Nous libérerons chaque parcelle de notre terre, étape par étape. »
C’est un site pour le moins inhabituel qui a été créé par le ministère de la défense ukrainien. Il annonce d’emblée la couleur: « Nous sommes la résistance ukrainienne ». Sa fonction : « soutenir et coordonner » les actions contre l’occupant russe dans les territoires occupés en publiant un document PDF de 19 pages. Lequel n’est rien d’autre qu’un manuel du parfait saboteur ; « saboteur » devant être pris au sens le plus large du terme, comme on le lira au fil de ces quelques extraits.

La publication encourage l’attaque tous azimuts par les citoyens des forces d’occupation: « par surprise », « là et où l’ennemi ne s’y attend pas », « là où il se sent en sécurité », de nuit, comme de jour, sur les routes, dans les entreprises et les bureaux.
« Nous vous apprendrons, indiquent les rédacteurs, à collecter et à transmettre des informations sur l’ennemi ». Vous n’avez pas d’armes, disent-ils aux résis- tant·es « en herbe », eh bien agissez avec les moyens
du bord. Une première recommandation : « La brochure est à télécharger, à lire et détruire immédiate- ment, afin de ne pas laisser de trace. […] Nous vous apprendrons à ne pas laisser de traces sur internet et à éviter la répression. »
Le document détaille un large éventail de moyens de résistance « active » et « passive » ; classés par branche professionnelle et adaptés aux aptitudes de chacun·e. Nous y lisons une sorte de mélange discret de « coulage », de grève du zèle et de sabotages : « Compliquer toutes les tâches, les rendre inexécutables ou les ralentir »…

Le site s’adresse donc directement aux citoyen·nes qui résident en territoire occupé : « Si votre ville ou village est de l’autre côté de la ligne de front […] que peuvent faire les ouvriers, les militaires, les policiers, les enseignants, les journalistes, les médecins ou les fonctionnaires ? Que peuvent faire les femmes au foyer, les postiers ou les cheminots ? » La réponse est simple: agir par tous les moyens nécessaires pour mettre fin à l’occupation, selon les possibilités de chacun·e, dans des situations concrètes. Évidemment en prenant toutes les précautions de sécurité possible pour ne pas mettre, autant que faire se peut, les résistant·es en danger. Le schéma organisationnel est le suivant : à côté de l’armée « classique » – elle n’a d’ailleurs rien de classique, mais c’est une autre histoire – il existe « une direction clandestine » qui est en charge des actions partisanes.
Mot d’ordre : « Partout, dans les territoires temporairement occupés », les citoyens doivent s’opposer à l’occupation et « organiser des actions simples et surtout sûres [qui], multipliées par des milliers de personnes, seront une arme efficace contre les envahisseurs. » Objectif : les occupants étaient déjà moralement atteints par les échecs militaires, la résistance interne aux territoires occupés doit devenir «un sol très humide sous leurs pieds ! »

Quelques recommandations
Selon les rédacteurs du document, les actions entreprises dépendent des capacités des personnes engagées et mais aussi des questions de nécessaires à leur protection : « Il n’est pas nécessaire de montrer explicitement vos intentions, car cela augmente les risques. » Le choix de l’objectif et le moment de l’action, ainsi que les préparatifs « ne doivent pas être excessivement compliqués » et il faut agir « de la manière la plus involontaire possible ». Il faut également « toujours avoir un alibi simple et direct et y penser à l’avance ».

« Méthodes passives de sensibilisation de la communauté »
Il est possible de développer des actions, même minimes, entraînant des perturbations (retards, erreurs…) de la vie quotidienne des forces d’occupation. En agissant ainsi, on cherche à provoquer un « effet domino ». Deux types de perturbations à créer sont identifiées : « matérielles », elles comportent la réduction de la production ou encore la détérioration de la qualité des produits, etc. ; « Morales », elles sont conçues pour créer chez l’occupant un sentiment d’insécurité, d’isolement et d’hostilité.

« Méthodes pour affaiblir le moral des forces d’occupation »
Parmi les nombreux « conseils » formulés : « Donnez des réponses incompréhensibles lorsqu’on vous demande quelque chose sur votre lieu de travail. » « Soyez aussi bavard et grincheux lors des rapports avec des envahisseurs ou des collaborateurs. » « Remettre publiquement en question les règles de circulation, de transport, etc. » « Soyez froid avec les occupants et les collaborateurs. » « Ignorer leurs questions ou plutôt, donnez-leur des réponses inadéquates (par exemple, lorsqu’ils demandent un renseignement trajet ou l’heure). »
Il est également recommandé de s’éloigner ostensiblement et en silence des soldats russes que l’on pourrait rencontrer dans les rues ou dans les magasins pour qu’ils se sentent « intrus » et « isolés ». Il ne faut évidemment ni acheter, ni lire, ni regarder, ni consulter les journaux « liés de près ou de loin à la puissance occupante », leurs émissions de télévision, de radio ou leurs sites internet.
Et, bien entendu, il est conseillé à ceux qui parlent russe de faire semblant de ne pas bien le comprendre. Partout où c’est possible, il faut ralentir et entretenir la confusion : « Exprimez-vous aussi souvent que possible et aussi longtemps que possible. » « Compléter la prise de décision de l’ennemi avec des expériences et des anecdotes personnelles. » Pour ceux qui travaillent dans les bureaux liés aux autorités d’occupation, il est « utile » de commettre le maximum de petites erreurs indécelables : « confondre les noms », « se tromper d’adresse » ; « Si vous faites des photocopies, faites en plusieurs copies et mélangez-les… » ; « Dans les ordinateurs, déplacer les fichiers dans d’autres dossiers, supprimer les applications »…
Les employé·es, invité·es à faire de nombreuses pauses et à s’attarder aux toilettes, peuvent facilement égarer leurs stylos ou leurs calculettes. Le « harcèlement » des chefs de service avec des questions « pertinentes » sur le travail, sur « la mauvaise qualité des outils de travail » est également préconisé.
De leurs côtés, exemple parmi d’autres, les personnels de santé ayant à s’occuper de personnels des forces d’occupation sont invités à « utiliser plus de médicaments que nécessaires et à récupérer ce qui est possible » pour les remettre à la résistance.

Faux papiers
Pour faire face aux besoins de faux papiers, les fonctionnaires de l’état-civil sont invités à recueillir « secrètement les passeports, les certificats et les codes d’identification des personnes décédées » et de les remettre aux membres du mouvement de résistance.

Sabotage
De très nombreux exemples de sabotages possibles et des moyens de les réaliser sont détaillés avec précision, selon les cibles ou les professions. De manière générale, il est conseillé d’« utiliser des objets ou des produits dont la possession est considérée comme anodine ». Une liste est dressée, petit inventaire à la Prévert à destination du citoyen désarmé: couteau suisse, multi-outils, poêle à frire, pierres, tissu, sel, sable, tournevis, marteaux, papier de verre, meuleuses, colle, trombones, éponges, pelotes de laine, riz, pois chiches (« 100g pour 30 litres d’essence»), sciure, miel, pièces de monnaie, etc.
Au choix, avec quelques-uns de ces éléments, on peut bloquer des serrures, gripper des machines, boucher des canalisations, déclencher des courts-circuits, encrasser les gicleurs des carburateurs des véhicules, crever des pneus, déclencher des incendies…
Pour le choix des actions à mener, il est recommandé de choisir celles qui peuvent être exécutées par presque tout le monde. Par exemple, « dans la rue, après la tombée de la nuit », il est possible de s’attaquer à un camion en versant du sel ou divers mélanges dans le réservoir. Surtout, « ne restez pas sur place pour contempler le résultat de votre action et ne vous en vantez auprès de votre entourage »…
Les entrepôts, les bureaux, les hôtels et les usines sont désignés comme « des cibles idéales pour un sabotage de petit calibre ». Il est ainsi « facile » d’endommager le chauffage ou la ventilation des bâtiments où les occupants leur collaborateurs travaillent ou vivent.
Le feu peut également être déclenché « dans certaines zones ». Pour cela, il est recommandé d’utiliser « une combinaison de bougie, de papier et d’huile de palme. » Suit une description précise de la procédure, variable selon ce que l’on veut incendier. Les instructions rappellent d’ailleurs que même si le feu reste modeste, la tentative de l’éteindre avec un extincteur se révèle très efficace, car elle permet de détruire des archives ou du matériel de gestion. Plus détonnant, il est possible d’utiliser le gaz pour faire sauter un bâtiment, « la nuit quand le bâtiment est inoccupé ». Le site donne également la recette de la fabrication de fumigènes qui « peuvent être utiles pour détourner l’attention des patrouilles ».

Recommandations spéciales pour les cheminots
« Si vous êtes un travailleur du rail ou même un passager régulier, votre tâche consiste à rendre le voyage aussi désagréable et compliqué que possible pour les forces d’occupation. » Comment ? En multipliant les erreurs de billetterie et d’affichage pour que les occupants se trompent de train ou ratent leur train, ou encore en organisant mal les voitures les unes par rapport aux autres. Dans les trains, il faut faire du bruit et empêcher les soldats et les officiers de dormir en multipliant les annonces et en augmentant le volume des haut-parleurs. Il faut aussi commettre des erreurs dans l’acheminement des bagages. Suivent de nombreuses recommandations, très techniques, à l’usage des conducteurs de train pour ralentir efficacement et discrètement les convois.

Sur les routes
Si on peut établir des barrages en coupant des arbres, il faut choisir « soigneusement » les tronçons de route afin d’occasionner le plus de gêne possible. Bien entendu, il est possible – « et facile » – de démonter ou de changer les panneaux de signalisation, notamment aux intersections : « L’occupant pourra alors parcourir des dizaines de kilomètres avant de se rendre compte de son erreur. »
Enfin, « lorsqu’un ennemi vous demande son chemin, il faut lui répondre le plus poliment possible, en lui donnant de mauvaises indications ». Et « si vous pouvez créer un « embouteillage » sur une route à forte circulation, faites-le. » Attention : si vous pensez installer sur la route des dispositifs crevant les pneus des voitures, « ne le faites pas devant chez vous ».

Au cinéma
Les opérateurs ont la possibilité de perturber la projection des films de propagande en rencontrant- des difficultés à faire la mise au point ou en accélérant défilement du film. Quant aux spectateurs, ils peuvent interrompre la projection en applaudissant, en parlant à voix haute, en téléphonant. Une technique originale : « Mettre des bourdons dans un sac en papier, apporter le sac au cinéma, le déposer dans la salle, l’ouvrir. Dès le début de la projection, les bourdons vont aller se déposer sur la lentille du projecteur… »

Pour terminer sur une note cinématographique au moment où Volodymir Zelensky a ouvert le Festival de Cannes, tout cela rappelle furieusement les récits familiaux des séances de cinéma sous l’Occupation, quand les « actualités » étaient diffusées lumières allumées, La bataille du rail de René Clément ou encore le personnage incarné par Michel Simon dans Le Train de John Frankenheimer. Toujours Le silence de la mer. FTP 2.0 !

Patrick Silberstein 
Patrick Silberstein est membre des brigades éditoriales de solidarité.
Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 7) :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/24/les-cahiers-de-lantidote-soutien-a-lukraine-resistante-volume-7/

Télécharger gratuitement le livre de 104 pages : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine7
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine7-.pdf

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Point de situation des opérations en Ukraine 21 mai 2022 – La bataille du Donbass

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Rappelons que le seul objectif opérationnel affiché par les Russes à la fin du mois de mars est de terminer la conquête complète du Donbass, que l’on associe à la prise des zones des deux provinces de Louhansk et Donetsk encore sous-contrôle ukrainien.

Les données du problème
Dans les faits, cela revient à s’emparer du port de Marioupol et 250 km plus au Nord des deux couples de villes Sloviansk-Kramatorsk (SK) et Severodonetsk-Lysystchansk (SL) distants l’un de l’autre de 80 km. 
La bataille de Marioupol fera l’objet d’une analyse à part. Retenons à ce stade qu’elle a fixé environ 12 groupements tactiques (GT) divers, armée russe, garde nationale tchétchène, 1er corps d’armée DNR (République populaire de Donetsk) et une ou deux brigades d’artillerie, pendant sept semaines. Les forces russes, sans doute très usées, ont pu commencer à en être retirées dans les dix derniers jours d’avril et réinjectées ailleurs après deux ou trois semaines de reconstitution. On se concentrera sur la bataille du quadrilatère des quatre villes de 100 000 habitants (SK et SL) à conquérir et qui constituent l’« effet majeur » de l’ « opération Donbass ». Une fois assurée la conquête de ces quatre villes, avec peut-être celle plus aisée de Propovsk – un carrefour de routes au Centre-Ouest de l’oblast de Donetsk, 65 000 habitants – il sera possible de dire que la mission russe est accomplie, au moins dans cette phase de la guerre. 
Cette zone opérationnelle est abordée par au moins 50 groupements tactiques (GT) russes, appuyés par sans doute sept brigades d’artillerie et une centaine de sorties aériennes/jour, soit la moitié du corps expéditionnaire russe en Ukraine, face à 12 brigades de manœuvre, brigades territoriales ou de garde nationale (au moins) et plusieurs bataillons de milices. On peut estimer le rapport de forces général à une légère supériorité numérique russe en hommes, de trois contre deux en leur faveur pour les véhicules de combat et de deux contre un pour l’artillerie et bien plus encore les appuis aériens. 

Combien ça coûte ?
La plupart des unités de combat de part et d’autre sont usées par plusieurs semaines de combat, et leur niveau tactique est amoindri. Même si les Russes ont procédé à quelques adaptations, ce niveau reste cependant en moyenne supérieur pour les unités ukrainiennes sur les points de contact. Bénéficiant d’une posture générale défensive et d’une supériorité du renseignement, les unités ukrainiennes ouvrent le plus souvent le feu efficacement en premier et donc l’emportent aussi dans la majorité des cas. 
Cela se traduit dans les pertes. Si on considère les pertes matérielles documentées par le site Oryx pour l’ensemble du théâtre d’opération les Russes auraient perdu dans le mois passé 400 chars et véhicules blindés d’infanterie. On rappellera qu’il ne s’agit que des pertes documentées et donc à la fois inférieures à la réalité (on ajoutera un supplément de 30%) avec peut-être un biais en faveur des Ukrainiens, ceux-ci fournissant a priori plus de documents que les Russes. On peut donc considérer comme vraisemblable la perte de la dotation d’environ 10 GT russes en un mois sur l’ensemble du théâtre, dont 6 ou 7 dans le Donbass, soit entre 12 et 15% du potentiel. Il est intéressant de noter que ces pertes sont inférieures à celles du mois précédent – 700 pertes de véhicules de combat documentées – ce qui s’explique par les dégâts considérables de la bataille de Kiev pour les Russes (dont on rappellera qu’elle est présentée comme une diversion dans le narratif prorusse). 
Dans le même temps, le rapport de pertes entre Russes et Ukrainiens n’a guère changé d’une bataille à l’autre. Les Ukrainiens ont perdu en effet 100 véhicules de combat pendant le dernier mois, soit 1 pour 4 russes, contre 150 dans le mois précédent et 1 pour 4,7, ce qui témoigne, malgré l’usure, du maintien de la différence de niveau tactique. Les Ukrainiens ont en revanche trois fois moins frappé l’arrière russe – artillerie et logistique – que dans le mois précédent, ce qui s’explique par une meilleure protection russe de cet arrière par rapport à la bataille de Kiev où les longs et fins axes de pénétration russes pouvaient être attaqués par les forces ukrainiennes.  
Derrière ces pertes matérielles, il y a évidemment des hommes qui souffrent. Les pertes humaines sont très difficiles à estimer. Après avoir constaté la corrélation entre les pertes constatées en véhicules et les pertes humaines estimées par des sources non officielles, on prendra comme base de calcul que la perte documentée d’un véhicule de combat russe est corrélée (et non la cause de) à celle de 24 pertes définitives (morts, blessés graves, prisonniers) pour 40 du côté ukrainien. La différence entre les deux camps s’explique par la plus grande densité matérielle russe, avec un rapport véhicules blindés/hommes très élevé, et une différence de la source des pertes humaines. Il est en effet très probable que la majorité des pertes ukrainiennes viennent des tirs d’artillerie et des feux aériens et non des combats directs, ce qui est moins le cas du côté russe. 
Avec ces paramètres empiriques, on peut estimer que les Russes ont à ce stade perdu définitivement entre 9 et 10 000 hommes dans l’offensive du Donbass contre 4 à 5 000 Ukrainiens, hors la bataille de Marioupol qui équilibre un peu ce rapport. Ces pertes se concentrent très majoritairement de part et d’autre dans les unités de mêlée et plus particulièrement celles des Russes, qui multiplient les attaques de 2 à 3 GT sur 5 km de front et dont trois sur quatre environ sont repoussées avec pertes. Mais c’est le 1 sur 4 qui réussit qui permet aux Russes de progresser, à la manière des forces alliées martelant – avec nettement plus de succès – le front allemand de juillet à novembre 1918. 
Alors que le terrain conquis peut difficilement être repris par les Ukrainiens et que le 1 sur 4 tend à devenir 1 sur 3, les Russes conservent ainsi l’espoir de finir par l’emporter. 

Le martelage du front
La zone d’action peut être partagée d’Ouest en Est en quatre zones de combats courant largement le long de la rivière Donets et la zone forestière qui l’entoure : Izium, Lyman, Nord-Ouest Severodonetsk, Est-Severodonetsk et Popasna. 
Avec au moins une vingtaine de GT, la poche d’Izium était sans doute considérée comme la zone d’action principale avec la volonté russe de pousser dans toutes les directions. La première attaque a d’abord eu lieu vers l’Ouest sans doute pour protéger la grande ligne de communication vers Belgorod et inversement couper l’axe P78 entre Kharkiv et Barvinkove puis Sloviansk. L’attaque dans cette direction a progressé pendant plusieurs kilomètres avant de s’arrêter face à la bonne résistance ukrainienne. Elle s’est poursuivie vers le Sud en direction de Barvinkove, face à la 3e brigade blindée avec sans doute l’intention d’envelopper par l’Ouest la zone d’opération. L’attaque a, semble-t-il, atteint son point culminant à la fin avril, sans parvenir jusqu’à Bervinkove. Les attaques se sont alors plutôt portées vers l’Est contre la 81e brigade d’assaut aérien dans le cadre d’attaques convergentes en direction de Sloviansk, avec peu de succès à ce jour mais peut-être plus dans les jours à venir. 
Les progrès russes les plus importants ont eu lieu dans la zone dans un rayon de 20 km autour de Lyman, une ville de 20 000 habitants, à 20 km au nord-est de Sloviansk. Lyman est un point clé au nord du parc naturel de Sviati Hory et de la rivière Donets commandant l’axe Nord entre Sloviansk et Severodonetsk. La conquête de toute cette zone face à la 57e brigade motorisée et les 95e et 79e brigades d’assaut aérien prend tout le mois d’avril. Les Russes obtiennent un succès significatif le 30 avril en perçant en direction d’Ozerne sur la rivière Donets puis en prenant Yampi à quelques kilomètres au Sud-Est de Lyman. Depuis le début du mois de mai, les efforts russes portent sur la prise des villages au Nord-Ouest de Lyman, qui se trouve de plus en plus menacée d’encerclement. Une fois prise Lyman, principal verrou au Nord de Sloviansk, les forces russes pourront parvenir au début de juin jusqu’aux défenses Nord de Sloviansk, plutôt solides sur la rivière Donets à l’Est, la forêt au Nord et la chaîne de localités depuis Barvinkove à l’Ouest.
La zone Nord-Ouest de Severodonetsk est celle où les combats ont été les plus difficiles. Ceux-ci ont commencé dès le début du mois de mars et surtout de la part de l’armée de la République populaire de Louhansk, LNR (14 000 hommes au total) qui profite de la faiblesse de l’armée ukrainienne dans la région pour, avec l’aide de la 8e armée russe de s’emparer du reste de la province de Louhansk. La ligne bouge peu jusqu’au mois d’avril où l’effort coalisé russe dont Tchétchènes-LNR se porte sur la conquête de la ville de Rubizhne (56 000 habitants, 37 km
2) qui est conquise définitivement le 13 mai, après plus d’un mois de combat. C’est en essayant d’étendre l’attaque plus à l’Ouest que deux brigades de la 41e armée ont franchi la rivière Donets afin d’aborder Lysychansk, à l’immédiat Ouest de Severodonetsk. et que l’une d’entre elle a perdu un GT complet le le 9 mai près de Bilohorivka.
Peu de chose à dire sur la zone Est de Severodonetsk où les forces de la 127e division d’infanterie motorisée russe et 3 brigades LNR progressent peu. On y décèle une forte concentration d’artillerie russe, avec par exemple l’arrivée récente de batteries de 2S4 Tyulpan de 240 mm.
La progression russe la plus spectaculaire à lieu à Popasna (22 000 habitants), 50 km au Sud de Sverodonetsk, prise le 7 mai après six semaines de combat. Popasna est clairement le nouvel axe d’effort après l’échec à Izium. Une dizaine de GT y sont rassemblés dont des unités russes d’infanterie navale et d’assaut aérien, signe de priorité, mais aussi la 150e division d’infanterie motorisée, présente à Marioupol. La prise de la ville, un point haut, permet d’observer et donc de frapper avec l’artillerie tous les mouvements ukrainiens, notamment entre le nœud routier de Bakhmut (77 000 habitants) et Lysytchansk-Severodonetsk. Les forces russes et LNR réussissent ensuite à poursuivre dans toutes les directions au rythme, inédit depuis la bataille de Kiev de plusieurs kilomètres par jour. La progression vers le Nord, menace déjà d’encerclement les forces ukrainiennes dans les petites villes de Zolote et Hirske le long de la ligne de front, avant d’atteindre Lysytchansk-Severodonetsk (LS) et à l’Ouest l’axe principal de ravitaillement de LS dans la région de Soledar, voire Bakhmut.

Perspectives
Un mois après l’annonce officielle de la phase principale de la bataille du Donbass, et en réalité depuis déjà deux mois d’attaques, les Russes sont encore loin de la victoire opérationnelle. Après avoir envisagé un enveloppement total, ils ont réduit leur ambition à l’encerclement de Lysytchansk-Severodonetsk et la prise de Lyman avant l’abordage de Sloviansk qu’ils espèrent également encercler et prendre. 
Cela suppose d’abord de pouvoir continuer à porter un effort soutenu pendant plusieurs semaines au prix de pertes importantes. Il faudra pouvoir également ravitailler les forces au fur et à mesure de la progression à l’intérieur de la zone entre LS et SK, une mission toujours difficile lorsqu’on s’éloigne des voies ferrées et que l’on s’expose des axes logistiques au harcèlement ukrainien. La problématique est sensiblement la même pour les sept brigades ukrainiennes dans le chaudron, très usées et difficilement ravitaillées. 
On peut difficilement imaginer que les Ukrainiens resteront sans réaction devant l’encerclement de Lysytchansk-Severodonetsk et sans doute viendront ils disputer le terrain, peut-être en essayant de reprendre Popasna. Reste à savoir si ce renforcement s’effectuera au prix de l’affaiblissement d’autres secteurs et surtout quel sera son effet. 
En admettant réalisé l’encerclement de Lysytchansk-Severodonetsk, il faudra ensuite s’emparer de ces deux localités qui se préparent à un siège depuis deux mois et disposent de forces supérieures à celles qui défendaient Marioupol. On voit mal comment, au prix de beaucoup d’efforts et à moins d’un effondrement ukrainien, les Russes pourraient s’emparer des deux villes avant la fin du mois de juillet. Pourront ils soutenir un combat parallèle pour encercler Sloviansk-Kramatorsk, qui ne pourra sans doute pas survenir avant fin juin à ce rythme, puis un investissement des deux villes encore plus difficiles qu’à Lysytchansk-Severodonetsk, car encore mieux défendues et surtout à proximité des forces ukrainiennes ? 
Tout cela paraît difficile, mais pas insurmontable si les autres fronts – Kharkiv, Zaprojjia, Kherson – tiennent devant les attaques ukrainiennes. Que l’un craque, et surtout du côté de Kherson et c’est toute l’économie des forces dans le théâtre d’opérations qui sera mise en cause. L’opération Donbass sera compromise. Si les autres fronts tiennent et si l’armée russe est capable d’alimenter le théâtre avec une rotation d’unités reconstituées à Belgorod ou Rostov avec un matériel suffisant et des volontaires relativement bien formés, et en innovant (par exemple en modifiant la structure des groupements tactiques), la conquête du Donbass peut-être une réalité à la fin août. À ce moment-là, les pertes des deux côtés seront très lourdes et plus équilibrées qu’actuellement avec les prisonniers des villes capturées. Il est probable que la Russie envisagera alors de passer à une posture défensive générale avec peut-être une proposition de paix négociée, au moins le temps de voir s’il est possible de relancer une offensive vers Odessa. 
Le problème pour les Russes est que les Ukrainiens ne se laisseront pas faire et qu’avec leur mobilisation humaine et l’aide matérielle américaine, ils peuvent aussi alimenter le front pendant quelques mois dans un désordre similaire à celui des Russes, même avec une rupture de charge au delà du Dniepr. Ils peuvent surtout envisager de former de nouvelles unités, bataillons dans un premier temps et nouvelles brigades dans quelques mois, et disposer ainsi d’une forte capacité offensive qu’ils ne manqueront pas d’utiliser avant que l’Occident ait épuisé ses capacités d’aide avec des équipements modernes. 

Michel Goya
https://lavoiedelepee.blogspot.com/2022/05/point-de-situation-des-operations-en_21.html

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Auteur : entreleslignesentrelesmots

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