Du coté du jazz (juin 2022)


Après le vent et la tempête, la pandémie, la guerre et le reste, que reste-t-il ?
Matthieu Marthouret,
organiste dans la lignée de Jimmy Smith bien sur mais aussi de Larry Young au style plus dépouillé, regardant du côté de Monk veut intégrer et dépasser toutes les expériences du monde actuel en train de basculer et les questions plus personnelles. « Involutions », titre de son album, synthétise toutes les interrogations sans vraiment répondre tout en laissant entendre que nos sociétés sont secouées par des processus venant plutôt du passé que porteurs d’avenir. « Springbok », le nom du groupe, fait penser à un bol de printemps dans lequel la musique est en train de se faire à la fois loin et à l’intérieur du bouquet de problèmes rencontrés dans nos vies.

En compagnie de Julien Alour, trompettiste qui fait la preuve de sa capacité à mêler toutes les sonorités mémorielles, de Robby Marshall, saxophone ténor et clarinette basse – que je découvre et qui doit beaucoup à Sonny Rollins – et de Thomas Delor, batteur mélodique et capable de mesurer les coups pour faire surgir un ailleurs rythmique. Le tout procure de curieuses sensations entre groove, le swing n’est jamais bien loin, et recherches d’expression d’un monde qui s’engloutit, de vies qui se transforment pour des renouveaux possibles.

Springbok, Matthieu Marthoure : Involutions, We See Music Records


Un bol d’air frais
Ils sont deux, trois de temps en temps comme tout couple qui se respecte. Un guitariste, Sam Kirmayer, une vocaliste, Laura Anglade – qui chante en français, il faut le souligner – et un accordéoniste – un disque sans accordéon est-ce possible ? -, Benjamin Rosenblum. La proposition, bien résumée dans le titre : « Venez donc chez moi », des chansons françaises qu’on appelait swing à une époque lointaine, arrangée pour les faire sonner contemporaines. Elles se prêtent agréablement à cette tâche avec un plaisir non dissimulé.

La grande réussite est « La chanson de Maxence » des « Demoiselles de Rochefort » qui laisse une fois encore percevoir tout ce que l’amour fou à de… fou. La mémoire que véhicule ces chansons permet de rêver tout en écoutant ces jeunes gens – québécois-  se les approprier. Un vent d’air frais salutaire dans notre monde trouble.

Laura Anglade et Sam Kirmayer : Venez donc chez moi, Justin Time


Retour en 2008
Inqualifiable
. Ces trois là sont ouvert à tous les vents, à toutes les cultures pour forger une musique de notre temps provenant du moment de l’improvisation. Une contrebasse – Eric Brochard -, un saxophone alto – Jean-Luc Guionnet – et une batterie – Edward Perraud – pour repousser toutes les limites, plus exactement pour les franchir de nouveaux. Une musique qui se voit en même temps qu’elle s’entend – de ce point de vue l’enregistrement l’ampute d’une partie de sa pertinence – pour se poser de nouvelles questions sur l’esthétique du 21e siècle en même temps que prendre plaisir à cette écoute une fois passé le premier moment de panique devant ces sons qui se veulent déroutants. Il faut encourager ces labels qui ne se laissent pas manger par la marchandise et veulent proposer des musiques certes difficiles mais qui doivent gagner leur droit à exister. Il y va aussi de notre avenir. Nous ne pourrions pas vivre sans l’art qui, pour exister, se doit d’être anti.
Mars 2008
Brochard/Guionnet/Perraud, « [on] », In Situ.

Nicolas Béniès

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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