[43] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [43] 

  • Biélorussie : témoignage du syndicaliste Maksim Poznyakov libéré de prison
  • Patrick Le Tréhondat : Loukachenko met l’édition en cage
  • Le bureau du procureur général veut liquider le mouvement syndical indépendant (Bélarus)
  • Perrine Poupin : Roman Ratushny, activiste urbain kiévien, mort au front, à l’Est de l’Ukraine : « un coup au cœur de toute une génération »
  • Ukraine : l’aide de nos frères et sœurs français·es
  • Jean-Marc Adolphe : Katya « oiseau d’acier ». Qu’est devenue la voix chantante d’Azovstal ?
  • 1er juillet • Face à la guerre contre l’Ukraine : quelles solidarités féministes ?
  • Le dire et l’écrire : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine ! (Version 07 – 13 juin 2022)
  • Sylvain Silberstein : Bella ciao, Dropkick Murphys et O’hamsters
  • Yorgos Mitralias : Qu’est-ce qui fait que les poutinistes et les poutinisants perpétuent les traditions les plus abjectes de la gauche internationale 

  • Liens avec autres textes


Biélorussie : témoignage du syndicaliste Maksim Poznyakov libéré de prison

Les conditions dans le centre de détention n’étaient « pas très bonnes », c’est ce que le leader du syndicat indépendant biélorusse Maksim Poznyakov a raconté au sujet de son arrestation. Il a été élu président par intérim du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BDKP) après la détention d’Aliaksandr Yarashuk. Un certain nombre de dirigeants et de militants syndicaux ont été arrêtés à ce moment.
Poznyakov a alors publié une déclaration au nom des syndicats, demandant la libération de ses collègues. En conséquence, il s’est retrouvé en prison. Il a été condamné à 15 jours de prison pour avoir affiché le drapeau de l’Ukraine et la phrase « Pour l’indépendance ». Puis il y a eu le deuxième procès et 15 autres jours d’emprisonnement.
« J’ai passé 15 jours à Novopolotsk et 15 jours à Vitebsk. Quant à Vitebsk, c’était le centre de détention provisoire où un régime spécial carcéral était appliqué : pas de temps à l’air libre, rien », a déclaré Poznyakov dans une interview au journal Narodnaya Volya.
À Novopolotsk, les promenades en plein air étaient autorisées, mais les détenus étaient menottés pendant ces promenades. Au début, Maksim recevait des colis, mais avec le temps, les produits alimentaires en ont disparu. Seuls les vêtements et les articles d’hygiène étaient autorisés. Pas d’informations, ni de lettres. Pendant ce mois, dit Poznyakov, il a perdu 10 kilos.
Selon lui, il ne va pas quitter le pays.
« Bien sûr, je veux préserver l’organisation. Nous avons déjà perdu les organisations de branche, nous essayons de faire appel des décisions, mais, franchement, je n’ai presque aucune foi dans le succès. Ce sera bien si nous parvenons à préserver le syndicat indépendant biélorusse », déclare le leader syndical.
Une autre tâche dans l’immédiat est d’obtenir la libération des collègues détenus. Dans cette affaire, Poznyakov compte sur l’aide des structures internationales, dont l’Organisation internationale du travail. Toutefois, même si les autorités liquident le syndicat indépendant, il est peu probable que le mouvement soit détruit, estime Poznyakov. Il cite l’exemple du Kazakhstan où les syndicats indépendants sont interdits.
Avec l’interdiction des syndicats [au Kazakhstan], « le nombre de manifestations de travailleurs n’y a pas diminué ; au contraire, le mécontentement n’ a fait que croître d’année en année. De nouveaux leaders apparaissent, car les gens ne sont pas satisfaits de la situation injuste en matière de conditions de travail et de salaires,explique Poznyakov, la destruction des syndicats indépendants affectera les travailleurs si la situation sociale et économique se dégrade chaque jour, s’il devient impossible de subvenir aux besoins de leurs familles. Dans ce cas, les manifestations de masse sont inévitables » conclut Maksim Poznyakov.

Publié par le site du BDKP
22 juin 2022
Traduction Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/Bielorussie-temoignage-du

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Loukachenko met l’édition en cage

Le symbole est fort : 1984, de l’auteur antistalinien George Orwell, est désormais interdit au Bélarus depuis le 19 mai dernier. Ce titre a été publié pour la première fois ce pays en 1992. Depuis, une trentaine d’auteurs sont également interdits à la vente, les bibliothèques publiques sont épurées de leurs titres. En avril et mai 2022, quatre maisons d’édition indépendantes ont vu leurs activités suspendues : Goliaths, Medisont, Limarius et Knigazbor. Le cas le plus emblématique est celui de l’éditeur Andrey Yanushkevich. Lorsque celui-ci a édité le roman Dogs of Europe d’Alhierd Bacharevič [1], l’ensemble de l’im- pression a été confisquée et le 17 mai 2022, le tribunal du district de Minsk a déclaré ce livre comme extrémiste et les comptes bancaires de l’éditeur ont été bloqués. Sans se décourager, l’éditeur a tenté le 16 mai 2022 d’ouvrir une librairie appelée Knihauka à Minsk.

Le jour de l’inauguration, des nervis de Loukachenko se sont rendus à la librairie pour l’invectiver l’accusant de vendre de la « mauvaise » littérature qui « glorifie le nazisme », tout en filmant leur action. L’après-midi même, la librairie a été perquisitionnée par le KGB, le nom des services sécurité bélarus. Au cours de la perquisition, 200 livres ont été confisqués, dont Fahrenheit 451, de Ray Bradbury. L’éditeur Andrey Yanushkevich et la critique littéraire et blogueuse Nasta Karnackaja, par ailleurs employée de la librairie, ont été arrêtés. Cette dernière a été libérée début juin après vingt-trois jours de détention, soit treize jours pour hooliganisme et dix jours pour désobéissance à la police.

L’éditeur Andrey Yanushkevich, quant à lui, a été libéré après vingt-huit jours de prison. Il venait de purger sa troisième détention administrative sous divers motifs. Yanushkevich est le principal éditeur privé de littérature biélorusse ces dernières années, publiant à la fois de la littérature moderne et des classiques, et est particulièrement connu pour ses traductions de littérature étrangère populaire en Bélarus, comme la série Harry Potter. Peut-être un motif supplémentaire pour le KGB de penser que l’éditeur est au service du MI-6 anglais.

[1] Dogs of Europe, dystopie sur l’adhésion et la résistance à la dictature. Cette pièce de théâtre sera présentée au Théâtre national de l’Odéon en décembre prochain. Son auteur est réfugié politique en Grande- Bretagne depuis 2011.

Patrick Le Tréhondat
Publié dans
Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 9) : Brigades éditoriales de solidarité 9
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—9.pdf

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Le bureau du procureur général veut liquider le mouvement syndical indépendant

Le procureur général du Bélarus a adressé une requête à la Cour suprême concernant la cessation des activités du Syndicat libre du Bélarus (SPB), du Syndicat libre des métallurgistes (SPM), du Syndicat indépendant des mineurs (NPG), du Syndicat biélorusse des travailleurs de l’industrie radio-électronique (REP). Tous ces syndicats font partie du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BDKP), dont le procureur général Shved demande également la fermeture.

L’agence affirme que les activités des syndicats indépendants sont de nature politique et que ses diri- geants se sont livrés à des « activités destructrices ». Sur tous les faits, des affaires pénales sont en cours.

Rappelons qu’auparavant presque tous les dirigeants de ces syndicats avaient été arrêtés. Y compris les employés de bureau, les militants. Environ deux douzaines de représentants du mouvement syndical indépendant du Bélarus sont derrière les barreaux. Des dizaines et des dizaines de militants syndicaux ont subi des perquisitions et des interrogatoires ces derniers mois et sont soumis à un accord de non-divulgation.

Si tous les syndicats ci-dessus sont liquidés (leurs principales organisations n’étaient pas seule- ment à Minsk, mais aussi à Brest, Grodno, Mozyr, Novopolotsk, Novolukoml, Soligorsk – dans tout le Bélarus et dans les plus grandes entreprises du pays, y compris Belaruskali, Naftan, « Grodno Azot », etc.), et qui se sont engagés pendant des décennies dans la défense des droits des travailleurs, ainsi que dans la dénonciation des violations des droits des membres de leurs organisations, cela signifie que personne dans le pays ne pourra remplir cette mission. Seule la FTUB restera – une fédération pro-gouvernementale, aux congrès de laquelle Alexandre Loukachenko prend traditionnellement la parole, et dont la direction des activités est extrêmement claire pour tout le monde.

Puplié par Gaztaby, 10 juin 2022
Traduction Patrick Le Tréhondat
www.laboursolidarity.org/Le-bureau-du-procureur-general
Publié dans
Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 9) : Brigades éditoriales de solidarité 9
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—9.pdf

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Roman Ratushny, activiste urbain kiévien, mort au front, à l’Est de l’Ukraine : « un coup au cœur de toute une génération »

Depuis la révolution de Maïdan de 2013-2014, la cause urbaine et l’activisme urbain n’ont cessé d’augmenter en Ukraine. Un de ses militants, Roman Ratushny, est mort à la guerre le 9 juin, près d’Izioum, dans la région de Kharkiv. Le 18 juin, à midi, des centaines de personnes sont venues lui rendre hommage sur la place centrale du Maïdan, à Kyiv. Dès le premier jour de l’invasion russe à grande échelle, le 24 février, Roman avait rejoint la défense territoriale de la capitale, et plus tard la 93e brigade mécanisée, dans une unité d’éclaireurs. Il a participé à la libération de Trostyanets, dans la région de Soumy et il a combattu près d’Izioum. Le 5 juillet, Roman aurait dû fêter ses 25 ans.

Rarement l’émotion sur les réseaux sociaux ukrainiens n’a été aussi unanime. Sa mort a été vécue comme une tragédie pour de nombreux Ukrainiens, même ceux qui ne le connaissaient pas personnellement. Pendant plusieurs jours, le fil d’actualité a été rempli de témoignages. Roman Ratushny est devenu par sa mort le symbole d’une génération politique née pendant la révolution de Maïdan en 2013-2014, et qui s’est engagée ensuite dans des luttes de la société civile, puis contre l’envahisseur russe en février 2022. Roman était la « quintessence de l’Ukraine dont on rêve », lit-on sur Internet. Sa mort est « un coup au cœur de toute une génération… Perdre un tel Roman Ratushny, c’est perdre des années et des décennies de travail acharné et de contributions insensées pour élever un homme de sa trempe », dit la critique d’art et historienne Anna Kaluger. Certains qui travaillaient avec lui rêvaient le voir un jour devenir président du pays, comme Liudmyla Yankina, militante des droits de l’homme et responsable du projet de protection des défenseurs des droits de l’homme et des militants sociaux du Centre des droits de l’homme ZMINA.

Après Maïdan, Roman Ratushny a été actif dans de nombreuses initiatives citoyennes contre des destructions de quartiers à Kyiv en vue de projets immobiliers. En 2019, à l’âge de 21 ans, il fonda l’association « Protégeons Protasiv Yar » contre le projet d’aménagement d’un complexe de sports de glisse, illégal, dans son quartier, dans la banlieue de Kiev. Ce projet envisageait la construction de plusieurs tours d’habitation de quarante étages dans un parc urbain. En juillet 2018, le groupe Daytona, un promoteur immobilier lié au président du conseil public relevant du conseil municipal de la ville de Dnipro, Gennadiy Korban, avait obtenu illégalement l’autorisation de construire dans le parc de Protasiv Yar. Le lancement du chantier et la mise en place de clôtures avaient immédiatement provoqué la colère des riverains. Une réunion publique avait alors été organisée, au cours de laquelle Roman avait été élu représentant du groupe, puis de l’association locale créée pour défendre le parc. En mai 2019, l’Inspection nationale de l’architecture et de la construction interdit au groupe Daytona de poursuivre la construction dans la zone verte. Le promoteur fit appel auprès du tribunal administratif du district de Kyiv. Il obtint gain de cause en septembre 2019. La lutte devant les tribunaux se poursuivit, grâce à l’acharnement de militants comme Roman : les deux décisions du tribunal administratif de district furent finalement été annulées. Le 28 juillet 2020, l’administration d’État de la ville de Kyiv vota pour deux des trois propositions avancées par l’association « Protégeons Protasiv Yar ». La première consistait à restituer le statut de zone verte aux parcelles de Protasiv Yar. La seconde obligeait le conseil municipal de Kyiv à permettre la création d’un parc paysager régional dans cette zone.

Roman Ratushny se rendait régulièrement dans les tribunaux et il était soutenu par des avocats connus des milieux des droits de l’homme en Ukraine, comme Liudmyla Yankina de ZMINA (citée plus haut). Il subissait des pressions de la part des promoteurs immobiliers, des forces de l’ordre et des autorités : Roman se trouvait sur le banc des accusés à cause d’accusations forgées de toutes pièces. Il fréquentait également les tribunaux comme partie plaignante en tant que défenseur des intérêts de Protasiv Yar. Roman recevait aussi des menaces, publiques et privées, de la part du promoteur Gennadiy Korban. Les représentants du promoteur tentèrent de « négocier » avec le militant. Ce fut le cas par exemple de l’avocat Andrei Smirnov, qui occupe désormais le poste de chef adjoint du bureau du président, s’occupant de manière informelle du pouvoir judiciaire. À l’époque, Smirnov avait laissé entendre que des représailles physiques pourraient être exercées contre les militants de Protasiv Yar s’ils n’étaient pas disposés à trouver un compromis. En raison de la situation tendue, les défenseurs de Protasiv Yar lancèrent plusieurs appels à l’aide au président Volodymyr Zelensky. Le chef de l’État avait promis de régler le problème. Cependant, Smirnov a ensuite rejoint le cercle intime du président.

En juin 2022, le tribunal commercial d’État de la Cour suprême d’Ukraine a temporairement interdit la construction à Protasiv Yar. La lutte de Protasiv Yar est ainsi emblématique de la société civile ukrainienne qui tente de s’opposer à des pratiques de corruption et des processus d’artificialisation des sols dans des grands projets d’aménagement. Elle s’est inspirée et a inspiré d’autres mobilisations du même type, l’Ukraine ayant connu une forte montée de l’activisme urbain suite à la révolution, comme dans d’autres pays par exemple en Égypte.

Roman Ratushny a également participé d’autres luttes contre la corruption, de niveau national, un thème qui était l’une des revendications de la révolution de Maïdan et un des grands chantiers de la période postrévolutionnaire, la guerre constituant, selon de nombreux activistes, un obstacle à la démocratisation et aux réformes portées par la société civile. Roman a participé aux manifestations de rue en soutien à Kateryna Handziuk, une militante anticorruption de Kherson qui a été tuée en 2018. En 2020, Ratushny s’est présenté aux élections du conseil municipal local, mais sans succès. Il avait alors 23 ans. Le 20 mars 2021, il a participé à une manifestation de soutien à Serhiy Sternenko, militant, avocat et YouTuber, devant le bureau présidentiel à Kyiv. Avec le slogan « Vous n’entendez pas ? Eh bien vous allez voir ! », les manifestants avaient demandé la libération de prisonniers politiques, le renvoi des sympathisants de l’ancien régime de Ianoukovitch et des agents russes des fonctions publiques, la fin de la crise constitutionnelle en cours et une réforme judiciaire. Roman fut poursuivi pour avoir participé au rassemblement et inculpé pour « trouble à l’ordre public en raison d’un manque de respect évident pour la société, en relation avec un groupe de personnes avec préméditation et utilisation d’armes ou d’autres objets pouvant infliger des lésions corporelles » (partie 4 de l’article 296 du Code pénal). Le 29 mars, le tribunal Pecherskyy de Kyiv ordonna que Roman soit placé en résidence surveillée 24 heures sur 24. Roman affirma qu’il avait bien participé à la manifestation, mais qu’il n’avait pas commis aucun acte répréhensible. Pour lui, son inculpation et assignation à résidence étaient un moyen de l’éloigner de la lutte pour Protasiv Yar, et notamment de l’empêcher d’assister aux audiences prévues au tribunal.

Le 21 avril 2021, l’activiste fut libéré de son assignation à résidence. La même année, il obtint une autre victoire, pour un événement antérieur, Maïdan. Roman figurait parmi les plaignants d’une plainte déposée contre le gouvernement Ianoukovitch devant la Cour européenne des droits de l’homme, qui reconnut la validité de sa plainte, estimant que son droit de manifester pacifiquement avait été violé en novembre 2013 (lorsqu’il fut battu brutalement par les forces de l’ordre).

Roman Ratushny était le fils de l’écrivaine et journaliste, Svetlana Povalyaeva, et du journaliste et militant de « Sauvez le vieux Kyiv » et organisateur de la Marche pour la liberté du cannabis, Taras Ratushny. Ses amis et connaissances qualifient Roman Ratushny d’extrêmement courageux, intelligent et doté de principes, et prêt à aller jusqu’au bout sans trahir ses positions. La directrice de la Fondation DEJURE (qui se bat pour établir un système judiciaire véritablement indépendant en Ukraine) et présidente de l’initiative « Qui a tué Katya Gandziuk ? », Marina Khromykh, compare la mort de Roman Ratushnyi à la perte de l’activiste Kateryna Handziuk, qui était devenue un symbole de la lutte pour les droits de la société civile. Elle appelle les habitants de Kyiv à empêcher une action du secteur corrompu de la construction à Protasiv Yar, qui pourrait se produire après la mort de Roman. Yevhen Leshan, président de l’organisation publique « Défense ukrainienne » et rédacteur en chef de l’agence de presse « Centre pour le journalisme d’investigation », exprime des craintes du même ordre : « Il semblait à tous que Roman Ratushny était aussi éternel que l’était la lutte de la société ukrainienne contre les maraudeurs effrontés – fonctionnaires et hommes d’affaires qui dévorent l’Ukraine vivante pour de l’argent et pour entrainer sa perte. La crapule qui a essayé de construire Protasiv Yar est probablement en train de dire merci aux balles russes ».

Les Ukrainiens ont connu la mort et la destruction à grande échelle au cours des quatre derniers mois. L’invasion russe a poussé de nombreux Ukrainiens issus de tous les milieux sociaux à se porter volontaires pour les forces armées. Les meilleures de ces recrues sont envoyées au front. De nombreux commentateurs disent que la mort du jeune homme rappelle aux Ukrainiens que la guerre leur prend leurs meilleurs éléments, les plus dynamiques et les plus engagés pour leur pays, y compris ceux qui ont un point de vue critique et progressiste sur la reconstruction de l’État depuis la révolution de Maïdan en 2013-2014.

Perrine Poupin (CNRS/AAU-CRESSON)
https://appuii.wordpress.com/2022/06/24/roman-ratushny-activiste-urbain-kievien-mort-au-front-a-lest-de-lukraine-un-coup-au-coeur-de-toute-une-generation/

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Ukraine : l’aide de nos frères et sœurs français·es

Les représentant·es des syndicats français CGT, CFDT, FO, CFTU, UNSA, FSU, Solidaires, qui ont uni leurs forces pour apporter leur aide à l’Ukraine, ont remis un minibus à la Confédération des syndicats libres d’Ukraine (KVPU).
Ils et elles ont été accueilli·es sur le sol ukrainien par Petro Tuley, responsable adjoint de la KVPU, Margarita Konstantin, responsable de l’organisation locale Dobropilska du syndicat indépendant des travailleurs des mines d’Ukraine de la région de Donetsk, et Kostyantin Usikov, un représentant des jeunes de la KVPU.
Le véhicule de transport, qui a été offert par les syndicats français, sera utile à la KVPU pour l’acheminement rapide de fournitures humanitaires dans les zones touchées par les combats et les tirs de roquettes des belligérants, le transport de personnes depuis les points chauds et d’autres tâches nécessaires et utiles.
En outre, nous attendons de nos frères et sœurs de France l’arrivée d’un envoi de nourriture, de produits d’hygiène, de linge et de vêtements vers notre pays ainsi nous allons également fournir de la nourriture et des produits d’hygiène, des vêtements, des appareils ménagers et du matériel de couchage aux soldat·es ukrainien·nes qui combattent l’ennemi et aux habitant·es des localités situées à proximité des combats et de la zone d’occupation.
Des centaines de syndicats et de syndicalistes de toute la France ont apporté des contributions financières pour aider les Ukrainien·nes dans cette période difficile, pour les soutenir et montrer leur solidarité.
Publié par le site de la KVPU
28 juin 2022

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Avec l’aimable autorisation du site leshumanités

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Katya « oiseau d’acier ». Qu’est devenue la voix chantante d’Azovstal ?

Engagée dans un bataillon sanitaire, Katya, 21 ans, a ému le monde entier en chantant dans l’enfer assiégé d’Azovstal. Capturée le 17 mai dernier, avec les derniers soldats encore présents dans le complexe métallurgique de Marioupol, elle n’a donné depuis aucune nouvelle, tout comme les combattants d’Azovstal. Et les Russes font la sourde oreille aux demandes de visite de la Croix-Rouge. La mère de Katya, elle, se tient prête à enfourner un gâteau au chocolat et des beignets aux cerises, pour son retour.

Il y a eu Fifi Brindacier. Née après 1945 de l’imagination de la romancière suédoise Astrid Lindgren, cette petite fille de 9 ans, héroïne de romans pour enfants (ensuite adaptés pour la télévision), a contribué à lutter contre les représentations stéréotypées et sexistes des enfants dans les livres pour la jeunesse. A l’époque, ce n’était pas en rien -même si l’adaptation parue en France fut considérablement expurgée du côté « rebelle » de Fifi. De toute façon, c’était de la fiction.

En Ukraine, aujourd’hui, Katya oiseau d’acier, c’est pour de vrai.

Une bouille, un regard, un sourire, qui ont fait irruption début mai dans une vidéo tournée à Marioupol, parmi les ultimes combattants qui s’étaient retranchés au sein de l’usine Azovstal à Marioupol. Dans l’obscurité du bunker, elle chantait des airs patriotiques ukrainiens. Une voix-luciole qui dévisageait le désastre. A l’époque, on savait déjà que tôt ou tard, les combattants d’Azovstal, privés de vivres et de munitions, seraient vaincus.

Sur les réseaux sociaux, dans des médias du monde entier, la vidéo est rapidement devenue virale. Sans que son nom ne soit dévoilé, de premières informations ont permis de savoir qui était Katya. Des proches, qui ignoraient qu’elle était à Marioupol, ni davantage qu’elle s’était engagée comme volontaire, l’ont reconnue. A commencer par Bohdan Mayuk, le directeur du Studio-Théâtre de Ternopil (une ville de 220 000 habitants, où la totalité de la population juive a été exterminée entre 1942 et 1943), dont elle a été l’élève : « Ses poèmes ont été publiés par la presse locale et dans des recueils de poésie. C’est une actrice brillante et une personnalité exceptionnellement créative. En plus, c’est une merveilleuse chanteuse. »

Katya a 21 ans. Jusqu’à preuve du contraire, elle ne participait pas aux combats. On sait aujourd’hui qu’elle avait commencé une formation médicale, et c’est à ce titre qu’elle s’est engagée comme auxiliaire médicale, en 2021, plusieurs mois avant le début de l’offensive russe, comme secouriste dans un bataillon sanitaire (« Hospitalleri ») fondé en 2014 par Jana Zinkevich, une urgentiste ukraine, dont le slogan est « Pour le bien de la vie ». Elle a visité des orphelinats, a travaillé pour l’hôpital militaire de Kiev… Début mars, Katya a été affectée à l’hôpital-maternité de Marioupol. Lorsque cet hôpital a été bombardé, elle a rejoint avec d’autres secouristes et ambulanciers, l’usine Azovstal.

Le 17 mai dernier, elle a quitté le complexe sidérurgique avec les derniers combattants. Sur une vidéo de l’armée russe, on la voit brièvement, avec deux autres jeunes femmes, remettre ses effets. Ce sont les dernières nouvelles de Katya. « Le sort des combattants ukrainiens de l’aciérie d’Azovstal est plus incertain que jamais, après qu’ils ont quitté volontairement le dernier bastion de la résistance ukrainienne dans la ville de Marioupol », écrivait Emmanuel Grynszpan le 2 juin dans Le Monde. Un « tribunal » de la république auto-proclamée de Donetsk a condamné à mort trois soldats étrangers engagés dans l’armée ukrainienne, qualifiés de « mercenaires ». D’autres devraient être jugés pour « crimes de guerre », en totale violation du droit international. Selon Kateryna Prokopenko, épouse du commandant du régiment Azov, cofondatrice de l’association Femmes d’acier, les soldats qui sont rendus à Azovstal sont détenus dans la colonie pénitentiaire d’Olenivka, qui se situe dans la région de Donetsk à tout juste 15 km du front. C’est sans doute là que se trouve Katya. Les autorises russes refusent toujours que la Croix-Rouge puisse rendre visite à ces prisonniers, alors que des rumeurs insistantes font état de tortures physiques et morales.

La mère de Katya, Svetlana, n’a aucune nouvelle de sa fille. C’est ce qu’elle a confié à Halyna Tereshchuk, journaliste pour Radio Free Europe. Elle dit regarder chaque jour les photos de sa fille et écouter ce qu’elle chantait à Azvostal.

« Katya [qu’elle appelle Katrusia] ne savait pas encore parler qu’elle chantait déjà très bien », raconte-t-elle. « Quand elle était petite, on allait se coucher et je lui chantais des chansons ukrainiennes. A 9 ans, elle est entrée à l’école de musique de Ternopil. Ensuite, elle est allée au Collège des arts, dont elle est sortie avec les honneurs. A 18 ans, elle a décidé d’aller à Kiev. Elle était très motivée, elle a préparé ses examens d’admission sans aucune aide. Bien sûr, j’étais un peu triste qu’elle parte, mais je lui ai toujours dit qu’elle devrait faire sa vie par elle-même. Ensuite, elle m’a dit qu’elle avait commencé des études des médecine. Elle m’a alors dit qu’elle travaillait dans une école de moto, que c’était pour pouvoir secourir des blessés… Et puis, au cours de l’été 2021, Katrusya s’est portée volontaire comme médecin dans la région de Donetsk. Elle avait sa propre équipe et elle fournissait une assistance médicale au personnel militaire. Elle n’a pas signé de contrat avec l’armée, elle intervenait comme volontaire. »
«
Je savais qu’elle était à Marioupol au début du mois de mars, contrairement à ce qu’ont les dit les médias », poursuit la mère de Katya. « Nous n’avions pas de secrets. Mais elle ne m’a rien dit qui aurait pu m’inquiéter ou me faire pleurer. Il y a eu cette photo, postée sur les réseaux sociaux, qui prétendait que Katrusia avait été torturée. C’était une fausse information. Quand ma fille l’a appris, elle m’a envoyé un message vocal. Le contact était très faible et elle n’avait pas beaucoup de temps. Mais elle m’a rassurée. »

Au cours d’une autre conversation, alors que Katya était à Azovstal depuis deux mois, où elle aidait les blessés et les malades, sa mère lui a demandé ce qu’elle avait mangé ce jour-là et si elle avait de la nourriture. Quand elle a répondu, Svitlana n’a pas versé une larme. « Katya a commencé à parler du pain, qu’elle n’avait mangé qu’un morceau de pain « Borodinsky » pendant cette période. « Comme c’est bien, maman, que tu nous aies appris à aimer le pain »… Ma grand-mère m’a appris un jour que si un morceau de pain tombait, je devais le ramasser, le respirer, l’embrasser et le mettre sur la table. C’est comme ça que j’ai appris à mes enfants qu’il faut donner un pourboire pour le pain. Probablement, à partir de si petites attentions, de chansons ukrainiennes, tout naît et commence. Et Katrusia aime tellement l’Ukraine. Le matin du jour où elle a dû quitter Azovstal, elle m’a appelée le matin, elle m’a dit qu’elle ne serait pas en contact pendant un long moment, m’a demandé d’être patiente, de l’attendre, de croire, de l’aimer. Depuis, je n’ai aucune information. »

Katya a demandé à sa mère de lui préparer des beignets aux cerises et un gâteau au chocolat et au sirop. Le sirop est toujours dans le réfrigérateur, et un bocal de cerises attend dans le garde-manger. « Pouvoir cuisiner à tout moment de la journée. Il y aura donc un gâteau au chocolat avec des beignets aux cerises pour ma fille lorsqu’elle rentrera », dit la mère de Katya Oiseau d’acier

Mais au fait, pourquoi « oiseau d’acier » ? Acier fait bien sûr référence à l’usine métallurgique d’Azovstal. Oiseau (ou petit oiseau, « Ptaska ») vient d’un tableau qu’avait peint Katya pour un concours, à 14 ans. Un trident ukrainien, une boule de neige, et… un oiseau, qui avait stupéfié tout le monde. Depuis, ce surnom de « Ptaska » lui est resté. Ce même oiseau, peut-être, un oiseau de liberté qui chantait à travers la voix de Katya dans un les sous-sols d’Azovstal.

Les Russes n’entendent rien au chant des oiseaux. D’ailleurs, dans une ville qu’ils occupent dans le Donbass, ils se vantent d’avoir fait fuir les oiseaux qui, paraît-il, importunaient les habitants. Contre Katya, ils auront du mal à trouver de quel « crime de guerre » elle se serait rendue coupable. Mais avec de tels malfrats sans foi ni loi, on peut toujours craindre le pire. Sans parler des conditions de détention de Katya, dont on ne sait rien.
Les cerises et le sirop attendent. Nous aussi.

Jean-Marc Adolphe
https://www.leshumanites.org/post/katya-oiseau-d-acier-qu-est-devenue-la-voix-chantante-d-azovstal?

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Territoires occupés : la guerre des partisans s’organise

Il est rare de voir un site gouvernemental vous apprendre comment déclencher un incendie ou une explosion au gaz. L’Ukraine fait exception avec le site du Centre de la résistance nationale [1]. Ce centre se veut un outil pratique pour la guerre de partisans qui s’est ouverte dans les territoires occupés par les troupes russes (environ 25% du territoire national ukrainien). Le Centre de la résistance nationale annonce clairement les objectifs :
Chacun de nous peut résister à l’ennemi et contribuer à la victoire. Ensemble, nous allons transformer la vie des ennemis en enfer. Afin de devenir le vengeur invisible, ce sera la plus grande peur des occupants, vous devez connaître les tactiques, les premiers secours, la sécurité sur Internet, l’autodéfense, les armes à feu et la résistance non violente. Nous avons préparé un cours pédagogique « Résistance citoyenne sur les territoires occupés ». Vous pouvez le télécharger au format PdF. Mais faites attention ! Supprimez-le immédiatement après l’avoir lu ou cachez-le quelque part sur votre appareil.

Plus loin le Centre précise :
Nous sommes la résistance ukrainienne. Ce site Web est créé par les forces d’opérations spéciales des forces armées ukrainiennes, afin de soutenir et de coordonner tous ceux qui désirent lutter pour la libération de notre terre des occupants russes et la liberté. Avec les forces armées ukrainiennes, nous détruirons et tuerons tous les occupants, même dans l’obscurité. Nous le ferons dans des lieux et à des moments où l’ennemi ne s’y attendra pas. Nous vous apprendrons comment effectuer une reconnaissance et comment collecter des informations et transmettre les données sur l’ennemi. Nous montrerons comment mener une résistance citoyenne, lorsque vous vous retrouvez dans une situation où vous n’avez pas d’arme… Oui, nous combattons un ennemi puissant, qui nous dépasse en nombre et peut prendre le contrôle de notre ville pendant un certain temps. Mais il ne pourra jamais tenir ces villes, car dans chaque maison nous l’attendrons. Nous libérerons chaque morceau de notre terre, étape par étape. Ensemble, nous transformons la vie de nos ennemis en enfer !

La brochure évoquée plus haut, 19 pages sous forme de fichier PdF téléchargeable, donne des conseils pratiques très détaillés sur les « méthodes passives de sensibilisation de la communauté » et les « méthodes actives de sensibilisation de la communauté. Sabotage ». Au titre des méthodes passives, il est indiqué que celles-ci « ont un effet matériel et moral. Action matérielle: réduction de la production, détérioration de la qualité des produits, etc. Action morale : perception par les occupants de l’insécurité, de l’isolement et de l’hostilité ».

Les modes d’action sont déclinés par métiers. « Si vous êtes un employé de bureau sous l’administration de la puissance occupante », « Si vous êtes médecin, pharmacien ou infirmière » etc. Au chapitre du sabotage, il est indiqué : « Le simple sabotage est plus qu’une simple malveillance. Le sabotage doit toujours consister en des actions qui auront pour conséquence de nuire aux ressources et aux moyens de subsistance de la force occupante. »

« Les entrepôts, les casernes, les bureaux, les hôtels et les usines sont des cibles parfaites pour un simple sabotage. Elles sont extrêmement sensibles aux dommages, notamment par le feu. Et si elles sont endommagées, cela pose un problème relativement important pour l’occupant ».

Des conseils pratiques suivent. Par exemple, « il est facile de déclencher des incendies dans les pièces en sous-sol où il n’y a pas de témoins et où sont sou- vent entreposés des matériaux faciles à brûler (par exemple, de vieux meubles, des produits inflammables, etc.) ». Les possibilités de sabotage sont détaillées d’un point de technique selon les objectifs par exemple : transformateurs, turbines, transport ferroviaire, véhicules à moteur, etc.

Une liste non exhaustive des actions recensées
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30 avril : Berdiansk, l’armée partisane de Berdiansk a déclaré : « Occupants russes et leurs collaborateurs, vous pensez avoir établi le contrôle de Berdiansk ? Vous n’avez aucune idée du piège à souris dans lequel vous êtes intervenu. Nous, l’armée partisane de Berdiansk, augmentons déjà nos forces et sommes prêts à sortir de l’ombre. »
* 25 avril : Kremenna, province de Lougansk, le conseil municipal et le poste de police ont été frappés par des explosions, faisant de nombreuses victimes.
* 26 avril : province de Kherson, 80 soldats auraient été tués.
* 28 avril: Akimovka, province de Zaporizhzhya, un pont ferroviaire a été détruit.
* 25 mai: des tracts sont apparus à Berdiansk, Tokmak, Melitopol, Velykiy Burluk : « Soldat russe, si vous ne voulez pas être un nazi du 21e siècle, alors quittez notre terre ! Sinon, le sort des soldats de Hitler et un tribunal de Nuremberg vous attendent ! »
* 17 mai : Melitopol, deux officiers sont tués.
* 18 mai : près de Melitopol, des voies ferrées sont détruites et un train militaire déraille.
* 18 mai : Melitopol, attaque à la grenade contre un poste de commandement militaire, suivie d’une fusillade.
* 22 mai : près de Melitopol, des stations radar ont été détruites.
* 22 mai : Energodar, province de Zaporizhzhya, tentative d’assassinat infructueuse contre le maire collaborationniste Andrii Shevchyk.
* 23 mai : à Melitopol, des voies ferrées sont endommagées et le transport d’une cargaison d’armes et de munitions est perturbé.
* 23 mai : une explosion a éclaté dimanche matin à Energodar, occupée par la Russie. Parmi les victimes se trouve Andriy Shevchyk, un protégé de l’administration d’occupation. L’explosion s’est produite sous le porche d’un immeuble de la rue Kurchatov, où vit la mère du chef autoproclamé d’Energodar, Shevchik. Les habitants signalent également des coups de fusils automatiques après l’explosion. En plus du maire, ses gardes du corps ont également été blessés. Tous les collaborateurs ont été hospitalisés avec des blessures plus ou moins graves.
* 17 juin: dans Alushta occupée, des patriotes inconnus ont distribué des tracts disant : « Nous prendrons la Crimée et chaque parcelle de notre terre. » Le tract invitait également à ne pas oublier que la « Crimée est l’Ukraine » (photos à l’appui).

* À Berdyansk, les occupants ne peuvent pas ouvrir les écoles et les jardins d’enfants faute de personnel, car les éducateurs ont refusé de coopérer avec eux. Malgré les pressions constantes, les intimidations et les menaces de l’ennemi, la grande majorité des enseignants d’aujourd’hui ont refusé de travailler pour les Russes. Ainsi, sur les 16 écoles maternelles opérant dans la ville, six chefs ont accepté de coopérer avec les occupants. Sur près de 800 employés des jardins d’enfants, 200 ont accepté de coopérer… Il convient également de noter que sur 85 employés du Département du travail et de la protection sociale du comité exécutif de Berdiansk, seuls cinq ont accepté de coopérer avec les Russes. Tous les autres ont refusé non seulement de coopérer. Comme nous l’avons écrit précédemment, c’est à cause du refus massif des Ukrainiens de coopérer que les Russes sont contraints d’amener sur place des travailleurs de Russie.

Le quotidien britannique The Guardian, revenant sur l’explosion à la voiture piégée, le lundi 30 mai à Melitopol (sous occupation russe), faisant deux blessés, constatait début juin que « les partisans ukrainiens dans les zones occupées du pays multiplient les attaques et les efforts de sabotage contre les forces russes et leurs collaborateurs locaux, les actions clandestines organisées semblant se répandre ».

[1] Voir Patrick Silberstein, « Ensemble, nous transformerons la vie de nos ennemis en enfer ! », Soutien à l’Ukraine résistante, n°7 p.82.
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine7-.pdf

Patrick Le Tréhondat, 20 juin 2022
S
ite du centre de la résistance nationale (en ukrainien et anglais) https://sprotyv.mod.gov.ua/en/english/
Publié dans
Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 9) : Brigades éditoriales de solidarité 9
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—9.pdf

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Bella ciao, Dropkick Murphys et O’hamsters

Bella ciao
Cette chanson de travail reprise par la résistance antifasciste en Italie pendant la deuxième guerre mondiale a été réécrite sous le titre fureur ukrainienne par Khrystina Solaviy – qui réside à Lviv – une jeune chanteuse de « variétés » très connue en Ukraine. Elle a décidé, depuis l’invasion de son pays par la Russie, de faire de ses chansons une arme de guerre. Elle a partagé son adaptation de Bella Ciao sur les réseaux sociaux avec ce commentaire : « Ma version d’une chanson populaire italienne. Je la dédie à nos héros et héroïnes, les forces armées, et à toutes celles et tous ceux qui se battent pour leur patrie. »
Depuis, sa version est reprise régulièrement par les résistant·es ukrainien·nes.
Ici, une version chantée par deux soldates… et leurs armes.
www.youtube.com/watch?v=TK_XpvltKW0&t=28s

Dropkick Murphys
Dropkick Murphys est un groupe de punk celtique, hardcore et folk rock, des États-Unis et venant des environs de South Boston. Il devient célèbre en 2005 avec le tube I’m Shipping up to Boston que le réalisateur Martin Scorsese utilise dans son film Les infiltrés.
Dropkick Murphys se revendique souvent comme la voix des ouvriers. Durant un concert, alors que de nombreux spectateurs montaient sur scène pour rejoindre le groupe sur un morceau, l’un d’entre eux fit un salut nazi sur scène. La réaction d’un des membres du groupe fut instantanée : il le frappa au visage à l’aide de sa basse, avant de dire au micro « Nazis are not fucking welcome at a Dropkick Murphys show. » (« Les nazis ne sont pas les putains de bienvenue à un concert de Dropkick Murphys »).
Par solidarité, Dropkick Murphy invita le groupe punk celtique ukrainien O’Hamsters pour créer une version ukrainienne de We Shall Overcome. Ce clip est ponctué d’informations sur des ONG et des associations caritatives pour venir en aide à l’Ukraine et aussi de plusieurs illustrations qui témoignent de la vitalité de la création graphique en Ukraine.
Le 17 juin dernier, Dropkick Murphy participait au Hellfest.
https://youtu.be/ZBBEKCR3q9U

Sylvain Silberstein
Sylvain Silberstein est membre des Brigades éditoriales de solidarité.
Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 9) : Brigades éditoriales de solidarité 9
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—9.pdf

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1er juillet • Face à la guerre contre l’Ukraine : quelles solidarités féministes ?

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Le dire et l’écrire : Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine !
(Version 07 – 13 juin 2022)

A télécharger : Ukraine_special07
https://irp.cdn-website.com/892a6557/files/uploaded/Ukraine_special07.pdf

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Qu’est-ce qui fait que les poutinistes et les poutinisants perpétuent les traditions les plus abjectes de la gauche internationale ?

Une première conclusion de la lecture des textes de Trotsky « Il faut apprendre à penser » et « Sur la guerre sino-japonaise » [1] est qu’ils expliquent de façon bien convaincante et détaillée, la position que les gens de gauche devraient adopter… dans la guerre en cours de Poutine contre l’Ukraine ! Il suffirait par exemple de remplacer dans le texte de Trotsky, au titre très éloquent « Il faut apprendre à penser », les mots Algérie par Ukraine, France par Russie, et Italie par États-Unis, pour fournir aux gens de gauche d’aujourd’hui un guide pratique extrêmement utile sur la question de la guerre que Poutine est en train de mener contre le peuple ukrainien. Et voici tout de suite un passage clé du texte auquel nous nous référons :

« Admettons que dans une colonie française, l’Algérie, surgisse demain un soulèvement sous le drapeau de l’indépendance nationale et que le gouvernement italien, poussé par ses intérêts impérialistes, se dispose à envoyer des armes aux rebelles. Quelle devrait être en ce cas l’attitude des ouvriers italiens ? Je prends intentionnellement l’exemple d’un soulèvement contre un impérialisme démocratique et d’une intervention en faveur des rebelles de la part d’un impérialisme fasciste. Les ouvriers italiens doivent-ils s’opposer à l’envoi de bateaux chargés d’armes pour les algériens ? Que quelque ultra-gauche ose répondre affirmativement à cette question ! Tout révolutionnaire, en commun avec les ouvriers italiens et les rebelles algériens, rejetterait avec indignation une telle réponse. Si même se déroulait alors dans l’Italie fasciste une grève générale des marins, en ce cas, les grévistes devraient faire une exception en faveur des navires qui vont apporter une aide aux esclaves coloniaux en rébellion ; sinon ils seraient de pitoyables trade-unionistes, et non des révolutionnaires prolétariens.
Parallèlement à cela, les marins français même s’ils n’avaient aucune grève à l’ordre du jour, auraient l’obligation de faire tous leurs efforts pour empêcher l’envoi d’armes contre les rebelles. Seule une telle politique des ouvriers italiens et français serait une politique d’internationalisme prolétarien. »

Sachant à qui il avait affaire, ce n’est pas un hasard si Trotsky anticipe d’éventuelles contestations en citant – « intentionnellement » comme il le dit – l’exemple le plus extrême possible, celui « d’un soulèvement contre un impérialisme démocratique et d’une intervention en faveur des rebelles de la part d’un impérialisme fasciste » ! En effet, qui oserait dire que l’OTAN, l’UE ou les États-Unis qui envoient des armes en Ukraine sont pires que l’Italie fasciste du Duce ? Ou que l’impérialisme de la Russie de Poutine est meilleur que «  l’impérialisme démocratique » de la France de l’entre-deux-guerres ?

Bien sûr, personne n’est assez naïf pour croire que nos poutinistes actuels ne chercheront pas frénétiquement quelque chose qui différencie l’exemple algérien de Trotsky de la présente tragédie ukrainienne. Comme, par exemple, que contrairement à l’Algérie, qui était une colonie française, l’Ukraine n’a jamais été une colonie de la Russie. La meilleure réponse à cet « objection » n’est pas fournie par les siècles d’asservissement de la nation ukrainienne à la Russie, mais par ce qu’affirment presque quotidiennement les actuels dirigeants russes Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, qui se sont relayés ces vingt dernières années à la direction du pays. Tous deux déclarent presque chaque jour, soit que … l’Ukraine et la nation ukrainienne n’existent pas (!), soit qu’elles font partie intégrante de la mère patrie russe, à laquelle elles doivent retourner même… rasées au sol et en ruines ! Et tout cela dans le même langage et avec les mêmes « arguments » utilisés par l’ensemble du personnel politique français lorsqu’il « jurait » pendant un siècle et demi que l’Algérie était et devait rester partie intégrante de la France métropolitaine au même titre que l’Alsace, la Provence ou toute autre région ou province de l’État français. Quant aux soulèvements populaires contre le colonialisme étranger – français ou russe -, aux 4-5 grands soulèvements algériens des 19ème et 20ème siècles qui ont été réprimés dans des bains de sang par l’impérialisme français, la nation ukrainienne a à offrir au moins autant de soulèvements populaires qui ont également été noyés dans des fleuves de sang par l’ impérialisme grand-russe à travers les siècles….

Une deuxième conclusion que l’on pourrait tirer de la lecture de ces textes est que les poutinistes et les poutinisants d’aujourd’hui ne constituent pas un phénomène sans précédent puisqu’ils ont de brillants ancêtres spirituels que Trotsky n’avait aucun problème à appeler…. des « idiots » ! Mais les similitudes s’arrêtent là. Aujourd’hui, nous n’avons pas affaire à des « idiots » mais de bonne foi, comme l’étaient probablement les « ultras gauche » critiqués par Trotsky. En fait, les poutinistes et poutinisants d’aujourd’hui ne peuvent malheureusement pas être qualifiés d’ultras gauche ou d’idiots, car ils sont généralement pleinement conscients des choix qu’ils font. Mais alors pourquoi les font-ils ?

• Plus concrètement, certains d’entre eux, et notamment les poutinistes méta-staliniens, se distinguent par leur primitivisme théorique et pratique qui leur fait prendre des vessies pour des lanternes. Cela a, entre autres, eu pour conséquence de leur faire prendre – plutôt souvent, au cours des 70-80 dernières années – l’« anti-impérialisme » d’une certaine extrême droite comme un signe de progressisme, au point de faire de cette extrême droite leur interlocuteur sinon un allié potentiel et digne de leur soutien ! C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, avec la rhétorique anti-occidentale de Poutine, comme hier avec celle de Karadzic-Mladic, qui, combinée à leur croyance – si naïve et dangereuse – selon laquelle « l’ennemi de mon ennemi est mon ami », fait qu’ils ne réalisent pas (?) et passent sous silence le fait que cette rhétorique anti-occidentale du Kremlin n’a rien de progressiste, étant par contre extrêmement réactionnaire et obscurantiste.

Cependant, l’attraction ou plutôt la fascination qu’exerce Poutine sur cette partie de la gauche ne peut s’expliquer pleinement si l’on ne tient pas compte de certaines de leurs… affinités électives. Ainsi, le fait que ces gens de gauche méta-staliniens ne sont pas choqués et restent apparemment impassibles devant l’étalage quotidien de l’extrême conservatisme de Poutine et de son régime (ainsi que de leurs homologues dans le monde entier) est dû au fait qu’ils sont eux-mêmes très conservateurs, voire réactionnaires. Et pour appeler un chat un chat, il est bien connu qu’ils se sont toujours – et souvent ostensiblement – abstenus de tous les grands mouvements sociaux de notre époque, tels que les mouvements féministes et LGBTQ+, pro-immigrants et pro-réfugiés, celui de l’écologie et celui contre la catastrophe climatique, alors qu’ils ne se sont jamais distingués par leur soutien fervent aux mouvements pour les droits de l’homme et des minorités de toutes sortes, n’hésitant souvent à les qualifier même d’imposture et d’invention de l’impérialisme, ce qu’ils disent d’ailleurs aussi du changement climatique !

Alors pourquoi devraient-ils se rebeller contre les agissements extrêmement conservateurs, obscurantistes et terriblement répressifs de Poutine à l’égard de tous ces mouvements en Russie, alors qu’ils sont eux-mêmes inspirés par le même conservatisme qu’ils ont hérité du stalinisme contre-révolutionnaire ? Pourquoi se révolteraient-ils alors qu’ils en sont venus à considérer le triptyque « patrie-religion-famille » comme une sorte de quintessence de… leur marxisme totalement perverti et dévoyé ?

Mais la tragédie de cette gauche ne s’arrête pas là, elle a une suite et une conclusion qui commence déjà à se dérouler sous nos yeux. Compte tenu de la convergence de vues entre cette gauche et l’extrême droite sur nombre des questions les plus cruciales de notre époque et de l’humanité, les conditions sont désormais réunies pour l’absorption progressive d’au moins une partie de cette gauche par une extrême droite beaucoup plus puissante et en constante ascension. Et cela d’autant plus que ce processus cauchemardesque est renforcé de manière planifiée et coordonnée par leur idole commune Vladimir Poutine, qui joue l’intermédiaire et le médiateur, en jetant des ponts entre eux tout en tirant littéralement les ficelles au niveau international. Et que personne ne nous dise que tout cela n’est qu’un improbable scénario de science fiction politique, car nous assistons déjà depuis plusieurs années au début de sa réalisation. Et pas seulement en Grèce…

• Contrairement aux poutinistes méta-staliniens, qui ne brillent pas par leurs capacités analytiques, les poutinisants de gauche sont préparés pour comprendre dans une large mesure les tenants et les aboutissants de la guerre de Poutine contre l’Ukraine. Alors pourquoi… ils poutinisent ? Pourquoi en arrivent-ils souvent à s’auto-contredire et à s’auto-ridiculiser en essayant de justifier l’injustifiable par des « théories » improvisées et au rabais ?

La réponse à ces questions légitimes est qu’ils n’osent pas aller à contre-courant. Qu’ils sont irrémédiablement terrifiés par l’idée qu’ils pourraient être coupés de la « masse » des gens de gauche, qu’ils pourraient s’isoler. En d’autres termes, ils font preuve d’ opportunisme. Même si cela est fait – du moins pour certains – avec les meilleures intentions du monde et avec la perspective de revenir à des positions plus acceptables une fois qu’ils auront influencé positivement la « masse » dont ils n’auraient pas été coupés.

Malheureusement, la réalité les contredit : ce ne sont pas eux qui influencent la masse des poutinistes, c’est plutôt le contraire. Au fur et à mesure que leurs compromissions se succèdent, c’est en un temps record que ces poutinisants se transforment en … poutinistes, perdant ce qui leur restait de capacités théoriques et, surtout, de sensibilité humaine !

Mais leur errements et leur déchéance ne sont – hélas – pas sans précédent. Malheureusement, l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste/communiste est pleine de cas similaires de militants qui, pour diverses raisons, ont refusé d’aller à contre-courant même si cela les rendait complices des crimes les plus monstrueux de l’histoire moderne ! Et à cet égard, nos poutinisants de gauche d’aujourd’hui sont les dignes continuateurs d’une tradition pitoyable qui a coûté et continue de coûter très cher au mouvement ouvrier et socialiste international…

• Enfin, il y a ces gens de gauche qui, tout en n’étant ni des poutinistes ni des poutinisants, sont aussi responsables de la situation actuelle puisqu’ils ont choisi… de regarder ailleurs. Bien qu’ils soient parfaitement conscients de ce qui se passe et qu’ils expriment – mais seulement en privé et jamais en public – des opinions correctes, ils s’abstiennent de parler et d’écrire sur la « question ukrainienne », préférant s’occuper des questions plus anodines, attendant – apparemment – de voir de quel côté le vent finira par souffler avant de décider de prendre position. Cependant, à mesure que les mois passent, que la guerre de Poutine contre l’Ukraine s’éternise et que la balance tarde désespérément à pencher dans un sens ou dans l’autre, ils commencent à s’habituer au cynisme et à l’insensibilité dont ils doivent faire preuve à l’égard de la souffrance du peuple ukrainien. Et un jour, ils découvrent que, sans l’avoir voulu, ce cynisme et cette insensibilité deviennent peu à peu une seconde nature pour eux, les éloignant irrémédiablement et en un temps record de ce qu’ils étaient et de ce qu’ils voulaient devenir…

*-*

Sachant qu’un des arguments forts des différents poutinisants de gauche est qu’ils refusent de choisir entre deux « régimes bourgeois », à savoir le russe et l’ukrainien, nous terminons ce texte comme nous l’avons commencé, c’est-à-dire en recourant aux écrits de Trotsky. Cette fois, il s’agit d’un troisième de ses textes [2] dans lequel il invite ses interlocuteurs « ultra-gauche » à prendre position non pas sur un exemple hypothétique mais sur un exemple réel : la guerre coloniale de conquête de l’Italie fasciste contre l’Éthiopie de l’empereur Hailé Sélassié (Negus). Trotsky écrit donc ce qui suit :

« Maxton et autres pensent que la guerre italo éthiopienne était « un conflit entre deux dictateurs rivaux ». Il semble à ces politiciens que ce fait dispense le prolétariat de son devoir de choisir entre ces deux dictatures. Ainsi définissent-ils le caractère de la guerre par la forme politique de l’État, en abordant eux-mêmes cette forme politique de façon superficielle et purement descriptive, sans prendre en considération les bases sociales de ces deux « dictatures ». Un dictateur peut également jouer dans l’histoire un rôle très progressif, par exemple Olivier Cromwell, Robespierre, etc. En revanche, au cœur même de la démocratie anglaise, Lloyd George a exercé pendant la guerre une dictature au plus haut point réactionnaire. Si un dictateur se plaçait à la tête du prochain soulèvement du peuple indien pour briser le joug britannique – Maxton lui refuserait-il son appui ? Oui ou non ? Si non, pourquoi refuse-t-il de soutenir le « dictateur » éthiopien qui tente d’écarter le joug italien ?
Si Mussolini l’emporte, cela signifiera le renforcement du fascisme, la consolidation de l’impérialisme et le découragement des peuples coloniaux en Afrique et ailleurs. La victoire du Négus, en revanche, constituerait un coup terrible pour l’impérialisme dans son ensemble et donnerait un élan puissant aux forces rebelles des peuples opprimés. Il faut vraiment être complètement aveugle pour ne pas le voir. »

Paraphrasant les mots de Trotsky dans le passage ci-dessus, nous poserions à nos poutinisants de gauche la question suivante : « pourquoi refusez-vous de soutenir le Premier ministre bourgeois ukrainien Zelensky qui tente de briser le joug russe », alors que le mouvement ouvrier et communiste international auquel vous vous référez a toujours soutenu – et il a bien fait – de toutes ses forces des dirigeants bourgeois comme Kemal Atatürk, Gamal Abdel Nasser et tant d’autres dans leurs guerres contre les impérialismes occidentaux ? Le bourgeois Zelensky est-il pire qu’un Atatürk ou un Nasser qui ont systématiquement exterminé leurs compatriotes communistes ? Ou bien son régime est-il pire et plus illibéral que ceux de tant d’anti-impérialistes du tiers-monde qui étaient – à juste titre – soutenus par la gauche radicale internationale ? Pourquoi deux poids et deux mesures ?

Trotsky a écrit à l’époque que « la victoire du Négus constituerait un coup terrible pour l’impérialisme dans son ensemble et donnerait un élan puissant aux forces rebelles des peuples opprimés ». Dans un article précédent [2], nous avons écrit essentiellement la même chose, en soulignant que « une victoire finale, même aux points, des Ukrainiens aura sans doute des conséquences cataclysmiques non seulement en Russie. Elle sera un formidable encouragement et une source d’inspiration pour les mouvements et les luttes d’émancipation sociale et de libération nationale bien en dehors de l’Europe ! » Et Trotsky concluait alors par la phrase suivante, qui est peut-être encore plus vraie aujourd’hui : « l faut être vraiment complètement aveugle pour ne pas voir cela. »

Notes
[1] https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/09/lt_23091937.htm
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/05/lt19380520.htm
[2] https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/04/lt19360422.htm
[3] http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61837

Yorgos Mitralias

De l’auteur lire aussi :
Mensonge, fraude et sacrilège.
Pourquoi Poutine fait-il de tous les morts soviétiques de la Deuxième Guerre mondiale… des « Russes » ?
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/16/mensonge-fraude-et-sacrilege/
La gauche poutinisante, ses monstruosités et la question nationale ukrainienne
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/05/34-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-34/
Mais, de quelle « guerre défensive contre l’OTAN » parlent-ils ?
Quand Poutine réfute les « théories » de ses fans de gauche occidentaux !
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/04/15/29-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-29/
Contre les ravages du campisme et pour la victoire du peuple ukrainien
Le mouvement de masse contre la guerre !
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/03/31/23-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-23/

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Liens avec d’autres textes

En Russie, les millions cachés de Vladimir Poutine sortent de l’ombre
https://www.ouest-france.fr/europe/russie/vladimir-poutine/les-millions-caches-de-poutine-sortent-de-l-ombre-a668f522-f16c-11ec-87d0-35a1f71d923f
Syllepse : des munitions pour l’Ukraine
https://www.leshumanites.org/post/syllepse-des-munitions-pour-l-ukraine
Maria Yeryoma : Alors que le régime biélorusse se range du côté de Poutine, les gens essaient d’aider l’Ukraine à gagner
https://kyivindependent.com/eastern-europe/as-belarus-regime-sides-with-putin-people-try-to-help-ukraine-win
Ukraine : « Le but de Poutine n’est pas l’éradication, mais la soumission »
https://www.justiceinfo.net/fr/93523-ukraine-but-poutine-pas-eradication-mais-soumission.html?mc_cid=8c7f051af1&mc_eid=ff15e04da5
Crimes contre les prisonniers de guerre en Ukraine : les deux côtés seront-ils jugés ?
https://www.justiceinfo.net/fr/102599-crimes-contre-les-prisonniers-de-guerre-en-ukraine-les-deux-cotes-seront-ils-juges.html?
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https://www.justiceinfo.net/fr/93633-ukraine-pourquoi-proces-spectacle-prisonniers-de-guerre-britanniques-viole-conventions-de-geneve.html?
Qui sont les Pussy Riot, ce collectif féministe russe anti-Poutine ?
https://www.celles-qui-osent.com/pussy-riot-qui-sont-elles/

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Tous les textes précédemment publiés 
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :
https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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