La parole à L’atelier féministe [Feministytchna maïsternia]

NOTRE HISTOIRE

L’Atelier féministe a été créé en 2014. Il a été fondé par des militantes ayant à la fois une connaissance théorique du féminisme et une expérience pratique obtenue en participant à d’autres initiatives. Leur objectif était de créer un espace où il serait possible de faire des activités manuelles (broderie, tricot, cuisine) et de discuter du féminisme avec d’autres femmes. Aujourd’hui, nous sommes une organisation enregistrée qui travaille dans différentes directions clés afin de contribuer à de profonds changements sociaux. Comment en sommes-nous arrivées là ?

2014
Juin : « Atelier des femmes » au festival de Lviv « Atelier urbain ».
Octobre : nous obtenons un financement pour une année d’activités éducatives du Fonds pour les jeunes féministes FRIDA (depuis, nous l’avons obtenu chaque année jusqu’en 2021).

2015
Janvier : atelier « Qu’est-ce que le féminisme ? ».
8 mars : première campagne de rue à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Février-décembre : projet éducatif «Éducation en matière de genre» qui comprenait dix conférences et expositions d’activistes ukrainiennes à Lviv.

2016
Avril : nous avons obtenu l’enregistrement de l’ONG Atelier féministe et le droit d’utiliser des termes féminins dans les statuts.
Printemps: nous avons créé un site web femwork.org au contenu féministe destiné aux jeunes.
Été : notre travail avec les adolescentes a commencé.
Hiver : nous sommes entrées dans le Top 3 des ONG de Lviv qui ont le plus de succès dans la mise en réseau.

2017
Février : première école d’activisme féministe (elle a également été organisée en 2018).
Mars : notre première exposition « Femmes au travail ».
Été : nous avons commencé à collaborer avec des musiciens et à organiser des fêtes.
Été : nous avons commencé à réaliser des vidéos sur le féminisme.
Automne : nos premières formations sur les discriminations.

2018
Septembre:  nous avons formé un programme d’activités dans le cadre du Bookforum (cela a également été fait en 2019).
Janvier-décembre : pour la première fois, nous avons organisé la « Résidence de la solidarité », un projet qui a réuni des féministes ukrainiennes et leur propose un espace pour collaborer et élaborer des savoirs et des produits.

2019
Printemps : projet antimilitariste (не) на часі (Pas le bon moment).
Mars : pour la première fois, nous avons mis en place un programme municipal d’événements féministes organisés pour le 8 Mars « Femmes en action » (promu en 2020 et 2021 comme le programme « Printemps féministe »).
Été : série de conférences sur les femmes dans l’histoire de l’art « Art (Son) histoire ».
Automne : nous avons été présélectionnées pour le prix international « Avec et pour les filles ».

2020
Printemps : nous avons réformé notre structure organisationnelle avec des postes fonctionnels fixes : école d’écriture féministe en ligne pour les activistes d’Ukraine et de la CEI.
Printemps:  cours de militantisme en ligne pour les féministes de Lviv « FemMedia ».
Été : conférences vidéo sur les femmes dans l’histoire de la photographie « (Son) histoire de la photographie ».

2021
Printemps-automne : école de théorie féministe pour les activistes ukrainiens.
Été 2021 – automne 2022 : programme de soutien aux jeunes initiatives féministes ukrainiennes.

NOS ACTIVITÉS

Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’Atelier féministe a élargi la gamme de ses activités. La guerre à grande échelle n’a pas seulement aggravé les problèmes qui existaient déjà dans la société, elle a également ajouté de nouveaux défis et contraint les militantes à ouvrir nouveaux domaines de travail. Baby-sitting, aide au logement, soins aux personnes âgées, soutien psychologique à la communauté – même cette liste d’activités de l’organisation n’est pas exhaustive. Les militantes de l’Atelier féministe parlent de leurs nouveaux domaines de travail et de leurs stratégies de gestion du stress.

KATYA AIDE À L’HÉBERGEMENT
La journée de travail de Katya, militante de l’Atelier féministe, est généralement chaotique :
lorsqu’elle allume son ordinateur portable ou prend son téléphone, elle ne sait jamais à quoi s’attendre, quels seront sa destination et ses objectifs pour la journée. Elle n’est pas bavarde lorsqu’il s’agit de se présenter: elle dit qu’elle est étudiante en sociologie à l’université de Lviv. Elle travaille à l’Atelier féministe depuis six mois, elle est responsable, elle aime travailler avec les jeunes et être informée de ce qui se passe. Lorsqu’on lui demande de parler du travail dans l’organisation, elle a beaucoup d’anecdotes et d’histoires à partager.

Aujourd’hui, la principale responsabilité de Katya au sein de l’Atelier féministe est de fournir aux gens un logement et de répondre à leurs besoins fondamentaux. Elle s’occupe des demandes de logement individuel et met actuellement en place un refuge pour les militant·es d’autres régions d’Ukraine. Il n’est pas étonnant que ce soit Katya qui doive s’occuper de ce travail, dit-elle. Avant même la guerre, elle avait un petit commerce avec son petit ami : ensemble, tous les deux proposaient un appartement à louer à la journée. C’est ainsi qu’elle a acquis des compétences utiles pour son travail actuel : coordonner les processus, communiquer avec les locataires, gérer la bureaucratie.

Depuis le début de la guerre, elle héberge des personnes dans l’appartement de ses ami·es (qui étaient prêt·es à aider mais n’étaient pas prêt·es à gérer les problèmes d’organisation). Elle trouve des locataires en utilisant le bot Save UA.

Avant la guerre, lorsque les gens venaient à Lviv pour des vacances, tous s’attendaient généralement à ce que l’appartement, bien que loué pour un jour ou deux, ressemble à leur propre maison. C’est pourquoi j’ai essayé de fournir tout le nécessaire, d’apporter de jolies petites choses, se souvient Katya, je suis en train d’appliquer ces mêmes principes dans le refuge dont je suis responsable. Il est désormais très important de se trouver dans un espace qui soit, au moins dans une certaine mesure, confortable et douillet.

C’est ainsi que des couvertures, de la vaisselle et des jeux pour enfants ont trouvé leur chemin vers le refuge temporaire pour personnes déplacées. Les locataires de l’appartement font également leur part, raconte l’activiste. Une petite fille de Zaporijia a reçu plusieurs paquets de lait concentré, mais n’en a pris qu’un seul pour elle, elle a laissé les autres pour les personnes qui vivront ici après elle. Les adultes qui ont emménagé plus tard ont acheté un sac d’aspirateur. D’autres locataires avaient apporté un aiguiseur de couteaux.

« Ce sont des choses que les gens n’emporteront pas avec eux, mais qui sont nécessaires pour rendre l’appartement plus confortable. Il a fallu un mois et demi pour transformer un appartement à peine habitable en une maison bien équipée où les gens peuvent se sentir bien », ajoute Katya.

Pour élargir la portée de leur aide, l’Atelier féministe féministe et Katya ont ouvert FemApartment pour les activistes d’autres régions qui ont perdu leur logement à cause de l’invasion russe. L’abri est un appartement de trois pièces équipé de tout ce qui est nécessaire à une vie confortable. L’Atelier féministe offre un logement aux femmes désireuses d’aider les autres et de s’engager dans l’activisme. Outre le logement, l’organisation va les aider à mettre en œuvre leurs idées et leur donner la possibilité d’utiliser le bureau. Les militantes peuvent vivre gratuitement dans le refuge jusqu’à six mois, et dans des circonstances particulières, cette période peut être prolongée.

« FemApartment est un endroit où les femmes peuvent se détendre, se ressourcer psychologiquement et physiquement avant de reprendre le travail actif », ajoute Katya.

Ce n’est pas sans raison que les loisirs sont explicitement mentionnés dans les règles. L’étude de la recherche d’un logement a montré que, outre les conditions matérielles, le confort émotionnel est également important. Prenez, par exemple, le couple solitaire de Zaporizhia à qui Katya a récemment fourni un logement.

Elle a 60 ans, lui 65 ans, tous deux subissaient des attaques [des Russes], se souvient la militante. Nous les avons rencontré·es et avons trouvé un logement pour quelques jours. La femme nous a raconté comment le couple a fait ses valises. Comment quarante ans peuvent-ils tenir dans une seule valise, a-t-elle demandé, et elle a montré plusieurs photos de femmes, quelques photos de leur mariage, et ses bijoux. Tous deux sont resté·es plusieurs jours, je les ai raccompagné·es à la voiture, et nous nous sommes promis·es de nous revoir après la guerre. C’était la première fois que j’entendais de telles histoires et que je réalisais à quel point il est difficile de fuir sa maison, de faire sa valise et de partir sans savoir si l’on pourra revenir.

En plus de ces initiatives, l’Atelier féministe travaille actuellement à la création d’un nouveau centre d’accueil pour les réfugiées et leurs enfants.

IVANKA ET LE BABY-SITTING

Ivanka a rejoint l’Atelier féministe il y a moins d’un mois. C’est sa deuxième guerre. Originaire de l’oblast de Louhansk, elle avait d’abord fui à Kharkiv, échappant à la guerre du Donbass. Maintenant, elle a déménagé à Lviv, car en 2022, Kharkiv a été attaquée.

Végétarienne convaincue ayant fait du stop à travers le monde, l’anarchiste, la féministe et la militante des droits des animaux ne pouvait pas rester sans rien faire à Lviv. Ivanka a d’abord souffert de la culpabilité du survivant, et pour y faire face, elle a commencé à faire du bénévolat dès son évacuation vers une zone sûre: elle a trié l’aide humanitaire, fabriqué des filets de protection et servi de la nourriture aux gens à la gare. Lorsqu’elle s’est ressaisie, elle a compris quelle était sa force. « J’offrais des services gratuits de garde d’enfants aux femmes déplacées à l’intérieur du pays. Les premiers jours, lorsque j’étais volontaire pour la Croix-Rouge en tant que psychologue pour enfants, j’ai vu que de nombreuses mères étaient émotionnel- lement épuisées. Elles avaient besoin de quelqu’un·e pour lire des contes de fées aux enfants, pour les apaiser, pour changer leurs couches », explique Ivanka.

Pourquoi le baby-sitting ? Déjà à Kharkiv, Ivanka était connue comme une « nounou progressiste qui roule à vélo rose ». La militante a une formation d’enseignante, mais elle dit avoir acquis une certaine expérience du travail avec les enfants lorsqu’elle était elle-même encore enfant : elle était la petite-fille aînée qui aidait à distraire les enfants.

« Même en temps de paix, les mères ont constaté que leur vie tournait littéralement autour de leurs enfants: elles devaient toujours être proches d’eux, elles étaient obligées d’ignorer leurs propres besoins. Et puis, c’est devenu encore plus difficile. J’ai vu comment plusieurs familles cherchaient un logement avec un bébé dans les bras », se souvient Ivanka. Et ce n’est pas leur seul problème :

Les femmes font la queue pour recevoir de l’aide humanitaire, effectuer les procédures d’enregistrement… C’est beaucoup plus facile à faire, quand quelqu’un peut s’occuper de l’enfant pendant quelques heures.

Le plus jeune bébé qu’Ivanka a gardé avait 7 mois, et le plus âgé avait 11 ans. L’activiste dit qu’elle garde surtout des enfants de moins de 10 ans, car ce sont les plus jeunes qui ont un besoin urgent de garde. Ivanka a récemment appris qu’en raison de la guerre, plus de 20 000 enseignants avaient fui le pays. C’est pourquoi elle ne se contente pas de garder les enfants, mais les aide aussi à maîtriser la lecture, l’écriture et les mathématiques.

« Je me rends compte que les personnes évacuées souffrent de stress post-traumatique. Les enfants peuvent avoir peur des bruits forts, avoir peur de quelque chose qui faisait auparavant partie de leur routine », explique Ivanka :

Je comprends aussi que la méfiance des parents est un problème. À Kharkiv, j’avais une clientèle et je n’avais même pas besoin de rédiger un CV. Et ici, je dois repartir à zéro. Mais le fait que je fasse partie de l’Atelier féministe doit rassurer les parents. Cette plateforme est un gage de sécurité.

Ivanka emmène les enfants en promenade lorsque le temps le permet. Ils ou elles peuvent aussi rester à l’intérieur, soit à la maison, soit dans la salle spéciale de l’Atelier féministe. L’organisation a transformé une salle de bureau en une pièce adaptée au travail avec les enfants : il y a maintenant un projecteur pour les dessins animés, des livres de coloriage, des crayons, des aquarelles, tout ce qui est nécessaire au développement créatif des enfants. La capacité maximale de la salle est de dix enfants.

« Certaines personnes ont du mal à accepter de l’aide, je fais moi-même partie de ces personnes. Mais c’est tellement cool quand quelqu’un vous aide ! Tout le monde mérite de se reposer, et les mères ne font pas exception. Si la nounou garde un enfant pendant quelques heures, cela ne doit pas faire sous-estimer les efforts de la mère et cela ne fait pas d’elle une mauvaise personne », ajoute Ivanka.

ANASTASIA-LYUBOV ET L’AIDE AUX MAMIES

Anastasia-Lyubov avoue que la sérénité fait partie de ses priorités. Et même si c’est difficile à trouver en temps de guerre en Ukraine, elle essaie de ne pas l’oublier. Le militantisme se renforce et s’épuise en même temps, dit-elle, « par rapport à l’année précédente, je me sens surénergisée, mais au cours de chaque journée, j’aspire à ne pas perdre toute mon énergie, car je sais qu’il me faudra beaucoup de temps pour me ressourcer. J’organise de courtes pauses : me parler à moi-même, regarder par la fenêtre, boire du thé en ne pensant pas au travail ».

Anastasis-Lyubov ajoute que l’énergie que donne le militantisme dépend des tâches particulières et de votre attitude. C’est pourquoi, lorsqu’à la fin du mois de février, on a discuté des axes de travail qui pourraient être pertinents pour l’Atelier féministe, Anastasia-Lyubov a pensé aux grands-mères. Elle dit que la chaleur des mamies, dont elle a elle-même manqué dans son enfance, lui plaît beaucoup, et c’est pourquoi c’est un plaisir de travailler avec elles.

« C’était mon initiative. Les mamies font partie des populations vulnérables. La situation est difficile pour elles, même en temps de paix, et elle l’est encore plus aujourd’hui. J’ai donc pensé que ce serait formidable de leur fournir de la nourriture, de les aider à faire le ménage et de leur parler », ajoute-t-elle.

C’est à la fin du mois de mars que l’Atelier féministe a élaboré un plan d’investissement de volontaires détaillant la communication avec les femmes âgées. Anastasia-Lyubov et d’autres activistes ont alors livré les premiers paquets d’aide humanitaire. Ils ont contacté les mamies la veille: il était important de s’assurer quelle mamie avait besoin d’aide et vivait seule, et il fallait également les prévenir de la visite.

Les mamies réagissent de différentes manières, rappelle l’activiste, certaines nous remercient et acceptent volontiers ce qu’on leur donne. D’autres commencent à se plaindre que l’État n’a pas fourni l’aide plus tôt, même si nous expliquons que nous ne sommes pas une institution d’État. Le troisième groupe dit qu’il n’a besoin de rien, mentionne les combattant, les réfugiés, les personnes qui en ont plus besoin, mais finit par accepter nos paquets.

Les militantes fournissent de la nourriture aux mamies, mais elles peuvent aussi les aider dans les tâches ménagères: elles peuvent préparer le dîner ou dépoussiérer les meubles. Lorsqu’elles partent, elles donnent toujours aux femmes âgées leurs coordonnées : les mamies peuvent les appeler si le besoin s’en fait sentir. « Notre programme de soutien aux mamies ne se limite pas à une aide matérielle. Nous fournissons également un soutien émotionnel », souligne Anastasia-Lyubov. Les activistes aspirent également à créer de bonnes relations de voisinage, pour aider les femmes âgées à se sentir en sécurité et au bon endroit. « Ce serait formidable si les grands-mères pouvaient trouver un terrain d’entente entre elles et avec les bénévoles. Ce n’est pas facile à réaliser, mais nous y travaillons. Ce serait formidable si les mamies pouvaient se lier d’amitié et se rendre visite », ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, l’équipe de l’Atelier féministe continue de rassembler une base de contacts de mamies ayant besoin d’aide en contactant les responsables des coopératives d’habitation. Les activistes ont aussi récemment imprimé des affiches et les ont accrochées dans toute la ville.

« Parfois, les femmes qui ont besoin de notre aide n’utilisent pas de téléphone, c’est pourquoi nous demandons aux personnes qui peuvent connaître ces mamies de les rediriger vers nous », précise Anastasia-Lyubov.

Les personnes désireuses de rejoindre l’initiative en tant que bénévoles peuvent contacter l’équipe. Aujourd’hui, non seulement les bénévoles se joignent aux activistes lors des visites aux mamies, mais elles contribuent également à la collecte de fonds. Les bénévoles sont des participantes importantes du travail avec les femmes âgées, c’est pourquoi l’Atelier féministe discute avec elles de leurs expériences passées et de leurs projets futurs.

KSENYA ET L’AIDE PSYCHOLOGIQUE

La blogueuse Ksenya a rejoint l’Atelier féministe en 2020. Elle explique qu’elle l’a fait car il est important pour elle de « promouvoir les valeurs d’horizontalité, d’inclusivité, de diversité et d’égalité»  par tous les canaux possibles. La militante est désormais responsable de trois domaines de travail : elle crée du contenu pour les médias sociaux, organise des événements et communique avec les militants d’autres villes qui ont besoin du refuge. Elle coordonne également la fourniture d’une aide psychologique.

« Toutes mes responsabilités concernent les émotions et la psychologie, explique Ksenya. Je crois que je suis très douée pour identifier les besoins des gens et leur poser les bonnes questions. C’est d’autant plus important que nous devons tous garder le moral afin de nous rapprocher de la victoire. Et c’est vraiment difficile d’être constamment anxieux, de craindre pour sa vie, pour la vie de ses proches, pour l’avenir de son pays. »

L’un des moyens de faire face au stress est la réunion hebdomadaire d’un groupe de sensibilisation organisé par l’Atelier féministe. Les militantes l’appellent « Worshiping Lilith ». Ksenya explique que ce format est né aux États-Unis dans les années 1960.

Les femmes se réunissent dans un espace sûr en compagnie de dix personnes au maximum et discutent de sujets personnels qui sont en fait toujours politiques. Cela les aide à comprendre que leur expérience n’est pas, en fait, unique explique la militante. Elles discutent des discriminations et des violences dont elles souffrent. Non seulement vous avez la possibilité de comprendre que vous n’êtes pas à blâmer, que cela fait partie du système, mais vous êtes également inspirée pour transformer votre honte en colère ou en énergie que vous pourrez utiliser plus tard pour lutter contre la cause profonde du problème.

Ksenya se souvient d’une fille qui est venue à Lviv d’une autre ville pour visiter « Worshiping Lilith ». Elle s’est sentie tellement à l’aise, elle a tellement aimé ça qu’elle a voulu revenir, peu importe ce que lui coûtait de venir à Lviv. Les femmes viennent à « Lilith » pour se détendre, dit Ksenya, pour avoir un espace où elles peuvent être elles-mêmes et discuter de sujets qui ne peuvent pas être abordés avec des amis ou des parents. L’Atelier féministe leur offre un espace sûr. Seuls les membres de la communauté ou leurs amies qui peuvent se porter garantes d’elles peuvent venir à la réunion. Il est important que toutes les participantes partagent les mêmes valeurs et respectent la confidentialité.

« Personne ne s’est vu refuser l’entrée, mais celles qui veulent se joindre à nous doivent comprendre que nous sommes le groupe de femmes et de personnes non binaires qui se sentent à l’aise dans l’espace où vivent les femmes », ajoute Ksenya.

Outre les projets à long terme visant à améliorer la santé mentale, elle est également responsable d’événements ponctuels. Elle organise des projections de films ukrainiens, des ateliers, etc. Parmi les événements récents, il y a eu des ateliers sur le fast checking et les premiers secours dans les situations extrêmes. Ces événements aident les gens à se détendre, à réfléchir à des sujets importants, à changer d’orientation et à acquérir des connaissances utiles. Ils aident également Ksenya à prévenir l’épuisement professionnel.

« Lorsque je vois les résultats immédiats de mon activisme, cela me donne beaucoup d’énergie. Cependant, le militantisme fonctionne souvent avec des processus à long terme. Je vérifie constamment mon état mental pour ne pas me perdre : quand je comprends que j’ai besoin de repos, je fais une pause, j’essaie d’aborder les choses sous un angle différent, et alors ça va mieux », partage Ksenya.

Comme les militantes ont souvent besoin d’une aide psychologique professionnelle, l’Atelier féministe offre dix consultations à celles qui vivent dans le refuge. Ksenya est également chargée de leur trouver des thérapeutes.

L’activiste prévoit de poursuivre le combat sur le front psychologique. Elle affirme que pendant les crises, la situation des populations vulnérables s’aggrave, car tous leurs problèmes s’intensifient.

NASTIA ET LES ACTIVITÉS MÉDIATIQUES

L’Atelier féministe aspire à couvrir tous les problèmes qui se posaient avant la guerre et ceux qui sont apparus pendant l’invasion, en les examinant à travers le prisme féministe, explique la militante Nastia. Elle est responsable du travail médiatique depuis plusieurs années, et elle précise plus il y a d’informations, plus il est facile de se perdre.

« Il est important pour nous que pendant la guerre, les femmes ne soient pas exclues de la couverture médiatique, que leurs besoins et leur contribution à la future victoire soient évalués correctement, explique Nastia. Bien sûr, pour l’instant, les médias sont remplis d’histoires d’atrocités, de destruction et en général du niveau du moral des Ukrainien·nes. L’attention n’est pas focalisée. Nous voulons rendre chaque histoire visible. »

Pour contribuer à cet objectif, les activistes informent sur l’engagement des membres de la communauté de l’Atelier féministe qui accueillent les réfugié·es chez elles, cuisinent, aident à la frontière, fabriquent des filets de camouflage, s’engagent dans le volontariat médiatique.

Elles sont aidées par la communauté en ligne sur laquelle Nastia et d’autres collègues travaillent depuis un an. Les militantes ont compris que leur contenu devait être informatif et interactif. De cette façon, il fournit des informations et contribue en même temps à la création d’une communauté. Leur stratégie a porté ses fruits : en un an, le nombre d’abonnées a augmenté sur toutes leurs plateformes. Lorsque la guerre a éclaté, l’Atelier féministe disposait déjà d’une base d’abonnées actives : la communauté a rapidement répondu aux appels à participer aux nouveaux domaines de travail et de bénévolat.

« Par exemple, nous avons trouvé dans les réseaux sociaux 20 volontaires pour notre programme d’aide aux femmes âgées. Un post et un formulaire Google ont suffi, explique Nastia. Et lorsque nous annonçons un nouvel axe de travail, l’information est activement partagée. »

Pour l’instant, le contenu amusant et informatif s’est transformé en contenu plus pratique. Au lieu de publications sur les différents types de sexualité, les abonnées de l’Atelier féministe voient des posts sur des contacts avec des volontaires qui les aideront à se rendre dans les zones sûres depuis les zones dangereuses, ou des vidéos sur la menstruation et la santé reproductive pendant la guerre.

« Nos réseaux sociaux et notre site web nous permettent de discuter des problèmes qui sont particulièrement pertinents pendant la guerre: la violence, les femmes s’engageant dans les activités du pays etc. C’est important parce que ces sujets ne sont pas suffisamment couverts par les médias », explique la militante.

Dans l’Atelier féministe, il est toutefois entendu que le contenu utile et « sérieux » n’est pas tout ce dont les gens ont besoin aujourd’hui. Parfois, on a envie de se distraire et de s’amuser.

« C’est pourquoi nous créons également des contenus plus légers, explique Nastia, nos abonnées y sont habituées, car nous avons déjà publié de nombreux contenus amusants. C’est pourquoi maintenant, on peut aussi trouver des choses de ce genre sur nos pages. Nous continuons à créer une communauté en ligne avec une atmosphère amicale de soutien et d’aide. »

SASHA ET LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Le journal britannique The Guardian, le 4 avril, et la chaîne américaine CNN, le 13 avril, ont choisi de traiter un sujet féministe et se sont concentrés sur les problèmes des femmes en couvrant la guerre en Ukraine. Sasha, militante de l’Atelier féministe, leur a parlé du statut des femmes, de leur rôle dans la société ukrainienne et, plus particulièrement, pendant la guerre. Elle explique qu’il est lui difficile de se rappeler quand elle est devenue responsable de la communication avec les médias internationaux, mais les compétences qu’elle a acquises l’aident à faire ce travail avec succès.

« Je suis là où je dois être », dit-elle. Après quelques entretiens en anglais, «mes amies et connaissances étrangères m’ont écrit et m’ont dit que mes paroles leur avaient été utiles, qu’elles avaient appris quelque chose de nouveau, quelque chose à laquelle elles n’avaient jamais eu l’occasion de réfléchir, car je parlais du point de vue particulier de l’Atelier féministe ». L’explication de Sasha sur son rôle est brève : la perspective féministe est absente des médias, c’est pourquoi lorsque la voix féministe se fait entendre, elle se distingue et reste dans les mémoires.

Il est important pour l’Atelier féministe de porter des voix de diverses activistes dans les médias, et une partie de la responsabilité de Sasha est de fournir une aide à d’autres personnes désireuses de communiquer avec les médias. Avant de se rendre à l’interview, les filles peuvent lui parler et obtenir des conseils.

Avant la guerre, Sasha était responsable de projets éducatifs et de la communication avec les organisations internationales. Elle en est convaincue: tous ces domaines de travail rendent L’Atelier féministe unique. Des activités particulières peuvent être copiées, mais on ne peut pas copier les approches du travail, les façons d’interagir les uns avec les autres.

« Ce que je fais n’est peut-être pas aussi fondamental que de travailler sur le logement ou la sécurité. Mais parmi tous les services offerts par d’autres organisations, nos activités apportent une touche d’originalité, estime-t-elle. Nous sommes une communauté unique avec des talents uniques dans des circonstances uniques. Même si nous sommes épuisées par la guerre, nous n’abandonnons pas. »

« L’Atelier féministe est actif depuis 2014. Son objectif principal est la création de l’espace qui permettrait à la communauté féministe de Lviv et d’Ukraine de se sentir en sécurité et de se développer davantage. Cependant, l’organisation répond égale- ment aux questions urgentes et aux nouveaux défis qui concernent la société. »

HORIZONTAL, OUVERT ET INCLUSIF : COMMENT NOUS APPLIQUONS NOS PRINCIPES À NOS ACTIVITÉS

Notre travail repose sur quatre grands principes. Il s’agit de l’horizontalité, de l’inclusivité, de l’engagement de nouveaux membres (femmes, personnes transgenres et intersexes), de l’approche participative, de la planification et du développement de projets. Comment mettons-nous en œuvre ces principes ?

Nos principes sont les principales pierres angulaires de notre travail, que nous utilisons lorsque nous cherchons de nouvelles façons d’agir dans un ordre social patriarcal, hiérarchique, discriminatoire et complexe. Chaque jour, nous remettons en question les normes et traditions établies, ainsi que nos propres habitudes, opinions et peurs. Alors que nous nous efforçons de construire un monde meilleur, chacune d’entre nous porte encore le signe de règles et de pratiques sociales dépassées. Cela signifie qu’aucune d’entre nous n’est l’incarnation vivante des idéaux pour lesquels nous nous battons. C’est pourquoi nous passons beaucoup de temps à autoréfléchir, à analyser nos privilèges, à évaluer nos actions et à nous améliorer. Ce processus est un aspect important de notre travail, car nous sommes responsables devant la communauté féministe, et l’amélioration de soi et les changements pour le mieux-vivre sont ce qui inspire notre travail.

Notre devise informelle « Unissons-nous et créons ! » est une clé qui aide à comprendre comment nous appliquons nos principes. Nous n’essayons pas de faire de chaque cas un exemple parfait d’horizontalité ou d’inclusivité. Notre objectif principal est l’action collective, et nous cherchons à mettre en œuvre nos principes tout en agissant collectivement.

HORIZONTALITÉ

Tout d’abord, nous sommes une organisation de base, basée sur la communauté. Cela signifie qu’il n’y a pas de distinction claire entre « travailleuses » et « public cible ». Nous sommes nous-mêmes le public cible, et les besoins des travailleuses sont tout aussi importants que ceux des bénévoles ou des participantes aux événements. Notre expérience nous aide à comprendre les besoins et les situations des groupes cibles. Les nouvelles jeunes féministes avec une nouvelle expérience et de nouvelles optiques qui viennent travailler avec nous tous les trimestres nous aident à combler le fossé entre le « public » et les « travailleuses ».

De plus, comme nous comprenons à quel point les positions et les points de vue peuvent différer, nous menons également des recherches sur l’audience et impliquons un public plus large dans le processus de prise de décision lorsque nous avons les ressources pour le faire. Dans nos recherches, nous utilisons également une optique féministe, en préférant les entretiens et les questions ouvertes aux méthodes quantitatives et aux questions fermées.

Nous prenons des décisions de manière collégiale et en utilisant des méthodes consensuelles. Toute personne intéressée par le travail collectif participe au processus de prise de décision. La manière dont nous répartissons le travail confère à chaque membre une sphère de responsabilité à l’intérieur de laquelle chacune organise son travail et estime ses progrès. Il n’y a pas de cheffe qui nous dit ce que nous devons faire.

Lorsque quelqu’une a besoin d’aide, elle demande conseil à ses collègues. Malgré les efforts que nous faisons, des hiérarchies apparaissent toujours dans notre travail. C’est pourquoi, dans les processus de travail, nous essayons d’éviter cela et de partager les responsabilités, même avec des personnes qui ne le demandent pas ou ne l’attendent pas. Lorsque nous travaillons avec un public adolescent, nous mettons l’accent sur les besoins et l’engagement des participantes. Afin de protéger les adolescentes d’un abus de pouvoir potentiel de notre part, nous avons élaboré des politiques sur le travail avec elles et nous les appliquons actuellement.

Nous faisons également comprendre aux structures de pouvoir et aux donateurs que les féministes doivent jouer un rôle plus important dans les processus de décision, ainsi que dans l’allocation des ressources.

Lorsque l’occasion se présente, nous signalons également les cas qui n’impliquent pas suffisamment les féministes et proposons des modèles alternatifs de mise en œuvre des projets.

INCLUSIVITÉ

L’inclusion est un objectif mondial, et nous contribuons à le concrétiser, dans la mesure où nos ressources nous le permettent. Nous comprenons que nous ne pouvons pas rénover le bâtiment que nous louons pour nos bureaux, ni rendre les transports publics accessibles pour que tout le monde puisse venir à nos événements. Cependant, nous pouvons toujours analyser les demandes de notre public. Nous notons les demandes et les problèmes d’inclusion qu’il exprime et cherchons collégialement les moyens de les résoudre.

Nous suivons des cours, étudions d’autres expériences et partageons les connaissances nouvellement acquises avec nos collègues. Cette formation nous a permis de commencer à travailler sur la politique d’inclusion. Le principe de base de cette politique est qu’il n’existe pas de liste exhaustive des besoins des personnes qui sont aujourd’hui exclues. Il n’existe pas non plus de liste universelle de conseils. Une véritable inclusion doit découler de l’analyse de la situation d’un groupe particulier.

C’est la raison pour laquelle, lors de l’évaluation de notre travail et de la planification des projets futurs, nous essayons de prendre en compte toutes les circonstances de travail de chaque travailleuse. Rien ne doit être omis ou ignoré. Au contraire, nous voulons obtenir une évaluation et une description sincères des circonstances. Nous ne nous appuyons pas sur le modèle de travail universel qui imagine le travail comme celui de l’homme blanc hétéro cisgenre valide.

ENGAGEMENT DE NOUVEAUX MEMBRES (FEMMES, PERSONNES TRANSGENRES ET INTERSEXES)

Nous faisons beaucoup d’efforts pour encourager les nouvelles féministes à rejoindre notre organisation. Faire participer les gens à nos projets, leur confier des responsabilités professionnelles rémunérées est un instrument d’autonomisation et de juste répartition des ressources. L’expérience des jeunes féministes nous aide à améliorer notre programme et nos approches et à mettre en œuvre le principe « rien sur nous sans nous ». Afin de mettre en œuvre ce principe, nous nous efforçons de travailler avec la communauté militante, ce qui se reflète dans notre théorie du changement. Les nouvelles arrivantes apprennent à nous connaître grâce à notre programme public (événements et contenu). Nous invitons les personnes désireuses de nous rejoindre dans la communauté militante et leur offrons des possibi- lités de réseautage au sein du collectif. De temps en temps, nous organisons des écoles ou des événements qui fournissent aux féministes des outils.

Nous offrons également un soutien individualisé, en aidant les féministes à faire leurs premiers pas dans le bénévolat ou à mettre en œuvre leurs propres initiatives, à générer des idées et à les mettre en œuvre. Certaines de ces féministes nous rejoignent ensuite en tant que collaboratrices de l’Atelier féministe.

APPROCHE PARTICIPATIVE DE LA PLANIFICATION ET DU DÉVELOPPEMENT DE PROJETS

Lorsque de nouveaux membres nous rejoignent comme décrit dans le paragraphe ci-dessus, elles participent à la planification et à la détermination des priorités sur un pied d’égalité. Notre plan stratégique définit certaines frontières, nous obligeant à suivre des formats choisis et à mettre en œuvre des projets préalablement conçus, mais notre plan est flexible et nous permet de mettre en œuvre de nouvelles idées.

Chaque militante est en charge de son propre domaine de responsabilité, dans lequel elle peut mettre en œuvre des idées. Par exemple, si une créatrice de contenu démissionne, la nouvelle militante utilise le travail de sa prédécesseuse pour générer des idées et créer son propre contenu (qui est féministe au sens large). Cela motive les militantes et contribue à leur développement.

De nouvelles personnes lancent de nouveaux projets et proposent de nouvelles orientations pour les activités. Par exemple, le projet sur les normes de beauté et la positivité corporelle « Бути в тілі » (« Être dans un corps ») a été créé par Katya et Anka, deux diplômées de l’école d’activisme féministe. Yosh les a aidées à transformer le concept en projet et à maîtriser certains aspects de la rédaction de rapports et de la coordination du projet.

L’Atelier féministe a commencé à travailler avec les adolescentes en 2016, lorsque nous avons été rejointes par Martha et Sophia, qui s’intéressaient au public adolescent. Elles ont lancé notre premier camp urbain d’été pour les lycéennes. Et notre site web a été créé par Yulia. Elle a lancé ce site pour publier des contributions et devenir de l’un des premiers blogs féministes en ukrainien ciblant le public des jeunes.

Ainsi, nos activités reflètent de manière dynamique les besoins et les positions des différents membres de la communauté féministe.

UNE ORGANISATION NON GOUVERNEMENTALE DE JEUNESSE

Comme vous l’avez peut-être remarqué, l’Atelier féministe a récemment créé un important contenu informatif en ligne – Instagram, Facebook, YouTube. Au cours de l’année écoulée, nous avons déployé beaucoup d’efforts pour travailler notre image en ligne. Cependant, derrière la façade brillante, il y a des pièges et des obstacles que nous devons surmonter. Nous aimerions partager certaines de nos réalisations et défis auxquels nous sommes confrontés en tant qu’organisation dirigée par des jeunes.

Commençons par les améliorations de l’année dernière.
* Nous avons élaboré une stratégie de communication. Il s’agit d’un document qui présente nos activités sur Internet. Chaque mot que vous lisez ou entendez sur nos canaux a sa raison d’être et contribue aux objectifs et à la mission de l’Atelier féministe.
* La création d’un espace pour le développement de la communauté féministe à Lviv et en Ukraine.
* Nous avons créé un
Brand book et un guide de conception. Désormais, notre contenu reprend les couleurs de notre marque et les flux de médias sociaux et les annonces sont réalisés dans le même style.
* Nous avons commencé à publier régulière- ment des contenus éducatifs sur notre Instagram. Désormais, nous diffusons des idées féministes, nous offrons la possibilité d’améliorer ses connaissances et nous formons la communauté sur un mode en ligne également. C’est notre réponse à la pandémie, car auparavant, nous avons consacré la plupart de nos efforts à travailler avec la communauté hors ligne.
* Nous avons commencé une coopération avec la production What If. Avec leur production, nous avons créé un cours magistral « Істор(її) мистецтва » (Son histoire d’art) et plusieurs vidéos sur les bases du féminisme, les femmes dans la science et l’approche féministe dans différentes sphères. De nouvelles vidéos sur notre chaîne YouTube sont à venir.

Nous allons maintenant décrire les obstacles que nous avons dû surmonter dans notre travail. Pour rendre ce texte plus utile, nous avons combiné notre expérience avec la recherche « Youth Impact. Une boîte à outils sur le financement des organisations dirigées par des jeunes ». Dans notre post, nous parlons de ce qui est commun à nous et à d’autres organisations de jeunesse du monde entier. Nous citons ci-dessous la recherche et l’étayons de notre propre expérience.

Besoins de financement. De nombreuses organisations, en particulier les plus petites et les plus informelles, ont du mal à remplir les conditions pour obtenir des fonds de donateurs. Les exigences les plus courantes incluent : enregistrement légal de l’organisation (souvent au moins depuis trois ans); des structures d’animation claires ; un compte bancaire ; un budget supérieur ou inférieur à un certain montant ; avoir déjà reçu un financement de donateurs; des contrôles financiers appropriés ; audits financiers.

Notre organisation est officiellement enregistrée, possède un compte bancaire et nous avons déjà reçu des fonds de donateurs. Mais ce n’est pas comme si nous l’avions eu pour rien. En tant qu’organisation de jeunesse, notre personnel est composé de personnes n’ayant aucune expérience préalable des procédures bureaucratiques ou ayant une expérience qui a été contestée par des fonctionnaires. Par exemple, il nous a fallu plusieurs mois et les efforts de plusieurs personnes pour s’enregistrer comme organisation non gouvernementale. Étant pionnières dans ce domaine en Ukraine, nous ne pouvions pas nous tourner vers nos prédécesseurs pour chercher un exemple du sta- tut d’organisation féministe. Plus tard, nous avons dû affronter plusieurs fois les autorités judiciaires afin de défendre notre droit d’utiliser des féminins dans nos statuts.

Nous ne remplissons pas toujours les autres critères. Nous consacrons beaucoup de temps à la création de la structure de gouvernance et des contrôles financiers « appropriés », même si ce travail n’a pas l’air impressionnant. Élaborer une politique financière ne semble pas être une réalisation importante, n’est-ce pas ? Cela ne garantit pas non plus d’obtenir l’argent nécessaire pour une activité qui servirait les intérêts de la communauté.

Type de financement. Le type de financement offert par les donateurs est également un obstacle pour les organisations dirigées par des jeunes. Il est difficile pour elles de recevoir des fonds, et les subventions qu’elles reçoivent limitent souvent le montant pouvant être dépensé en frais de personnel et/ou d’administration (parfois seulement 10 à 20%), ou encore les fonds ne peuvent être utilisés que pour un Investing in Youth Impact. Plus de la moitié des organisations de jeunesse à qui nous avons parlé estimaient qu’il y avait un manque fondamental de financement accessible pour les initiatives dirigées par des jeunes. Il est donc difficile pour le bénéficiaire de renforcer ses capacités au fil du temps et de développer ses activités.

Nous avons la chance de recevoir la majeure partie de notre financement de grands donateurs qui sont ouverts au changement. Cela nous a permis de développer l’organisation avec les personnes qui nous ont rejoints et de travailler sur des stratégies et des procédures. Cependant, les donateurs n’offrent pas de financement sur une base indéfinie. Maintenant, d’après notre expérience, presque tous les donateurs qui financent les domaines dans lesquels nous sommes engagés exigent des niveaux de structure de gouvernance et de reporting qui ne sont même pas proches du financement qu’ils sont prêts à offrir pour couvrir les travaux structurels et les rapports de travail.

Rédaction de propositions et compréhension du vocabulaire technique. De nombreuses organisations de jeunesse ont indiqué que la rédaction de leur proposition est le plus grand défi auquel elles sont confrontées lors de la collecte de fonds. Cela est souvent dû au langage technique utilisé dans les demandes de propositions (RFP) et qui est requis lors de la candidature. Ce qui est aggravé par le fait que de nombreuses organisations de jeunesse ne postulent pas dans leur langue maternelle. De plus, beaucoup ont du mal à comprendre le niveau d’informations qu’elles doivent fournir pour faire passer leur message sans abandonner leurs idées.

Le pays dans lequel nous vivons accorde peu de fonds au développement de la société civile. Développer un travail de jeunesse, de jeunes femmes et, en particulier, de féministes n’est pas sa priorité. C’est pourquoi la majorité des opportunités financières qui nous conviennent sont à gérer en anglais. Cela ajoute au temps passé à rédiger des demandes de subventions, réduit le niveau d’engagement dans la mise en œuvre des projets et réduit nos chances d’obtenir un financement. Le travail d’une organisation de jeunesse est vraiment compliqué et imprévisible, si l’on choisit de compter uniquement sur le financement des subventions. Pourtant, nous continuons à surmonter les obstacles et à chercher des façons de travailler. En fait, l’un des moyens de poursuivre notre travail est d’obtenir le soutien d’une communauté fidèle. Nous vous rappelons que nous recevons régulièrement de petits dons sur Patreon1. Vous pouvez également faire un don en transférant de l’argent sur notre compte bancaire.

[1] www.patreon.com/feministworkshop

Juin 2022
TROIS INITIATIVES DE L’ATELIER FÉMINISTE

Conférence « Semaine de la mode », créée par des femmes ukrainiennes
Où : centre MoloDvizh (31, rue Tchaïkovski, Lviv).
Que savez-vous de la mode ukrainienne et des créateur·trices qui en sont à l’origine?  Venez à la conférence et Sophie partagera les réalisations et l’influence des artistes nationaux sur les tendances mondiales. Dans la conférence, nous parlerons de la naissance de la mode professionnelle ukrainienne ; de la transformation des ethno-motifs en couture ; de comment les événements politiques ukrainiens ont influencé les tendances de la mode dans le monde; d’une nouvelle approche du segment de la mode.
Conférencière : Sophie Potocka, féministe radicale et créatrice de contenus, qui partage sa vie militante et son art sur son blog.

Discussion « Le sexisme dans la littérature »
Où : centre MoloDvizh (31, rue Tchaïkovski, Lviv).
Si vous avez été au moins une fois exaspérée par un livre où les femmes étaient dépeintes de la manière la plus stéréotypée possible, bienvenue au club. Le féminisme deviendra-t-il enfin une tendance dans la littérature ukrainienne ? Venez découvrir Iryna Grabovska, qui est une écrivaine et blogueuse ukrainienne. Autrice de la série « steampunk Leoburg », qui se compose de
The Last Abode of Rebellion, qui figurait dans la longue liste des Books of the Year BBC 2020 et de The Last War of Empires.
Svitlana Panchuk est blogueuse, poétesse et féministe. Elle est critique littéraire sur sa chaîne de télégrammes. Dans la discussion, elle nous dira que faire avec la littérature classique misogyne : lire, étudier ou oublier ? Regardons comment les images des femmes évoluent dans la littérature ukrainienne moderne.

Ouverture d’un refuge à Lviv pour les enfants et les femmes touché·es par la guerre
Le refuge a commencé à fonctionner le 1er juin. Notre refuge est une maison de trois étages dans le centre-ville, où il y a tout ce dont vous avez besoin pour un séjour confortable. Au rez-de-chaussée, il y a une cuisine et une salle de discussions/travail/thérapie. Au premier étage, chambres et douches ; il y a des chambres pour deux, quatre et six lits (superposés). Au deuxième se trouve une salle de repos et de jeux pour les enfants.
L’hébergement est gratuit et de longue durée (de deux semaines à six mois). On peut s’y installer avec des animaux domestiques.
Les administratrices sont présentes au refuge, qui se ferons un plaisir d’aider les résidentes à résoudre les problèmes domestiques et autres.
Lors de l’installation, il est nécessaire de fournir une attestation de personne déplacée, de lire le règlement intérieur du refuge et de remplir un formulaire d’inscription.
Refuge uniquement pour femmes et enfants. Les hommes peuvent venir rendre visite aux heures prévues.

Le site (anglais et ukrainien) de l’atelier féministe
https://femwork.org/about-us/
Traductions Patrick Le Tréhondat

Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 9) : Brigades éditoriales de solidarité 9
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—9.pdf

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

2 réflexions sur « La parole à L’atelier féministe [Feministytchna maïsternia] »

    1. certaines formules de langage courant ne sont pas vraiment appropriées
      d’autres permettent des évolutions de langue
      si je suis attentif aux formules utilisables, les auteurs et autrices publiées sur le blog sont libres d’inventer ou de perpétuer une langue (qui ne peut être figée)
      merci d’avoir signaler cette formule

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