[48] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [48] 

  • Jean-Marc Adolphe : Olenivka : les assassins enquêtent sur le crime
  • Jean-Marc Adolphe : Dans l’« enfer absolu » d’Olenivka
  • « Il nous faut reconstruire en Ukraine un syndicat étudiant de gauche ».
  • Entretien avec Katya et Maximn étudiants ukrainiens
  • Sotsialniy Rukh (Mouvement social) : dépliant traduit en Ukrainien, en allemand, en chinois
  • Ukraine : Les mineurs n’ont pas laissé entrer le nouveau directeur dans la mine n°9
  • Déporter des enfants ukrainiens et les « russifier », c’est amputer l’avenir de l’Ukraine
  • Le 162e épisode (sous-titré en français) de Masyanya intitulé Sankt-Mariabourg
  • Guerre en Ukraine : « La ligne de front ressemble à la surface de la Lune »
  • PORTFOLIO. Oleksy Kustovsky (KUSTO)
  • Mobilisations au Japon
  • Solidarité internationale galloise
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Olenivka : les assassins enquêtent sur le crime

Les Nations Unies et La Croix Rouge internationale ne sont toujours pas autorisées à se rendre sur le site d’Olenivka, après le carnage qui y a eu lieu le 29 juillet. Pendant que le Kremlin tergiverse et multiplie les provocations pour faire diversion, une « commission d’enquête » russe a commencé sa propre inspection. Histoire de maquiller, autant que possible, la scène de crime ?

En se retirant précipitamment de Boutcha, l’armée russe, apparemment secondée par des effectifs de la milice Wagner, n’a pas eu le temps d’entièrement dissimuler le crime de guerre qui y a été commis. Lorsque sont apparues les premières images de cadavres de civils jonchant une artère de Boutcha, le Kremlin a sitôt crié à la désinformation, accusant l’Ukraine et les services britanniques de « mise en scène ». C’est la version à laquelle l’opinion russe a été priée de croire : les « ukranonazis » sont capables de tout, y compris de massacrer leur propre population. Hors des frontières russes hermétiquement closes à tout média de « l’Occident collectif », la façade de cette grossière propagande s’est effondrée au fur et à mesure qu’émergeaient les preuves du forfait. Images satellites, exhumation de fosses communes où furent retrouvé des cadavres de civils pour certains torturés, mains attachées dans le dos, enquête du New York Times(traduite et publiée par les humanités), etc. Il a fallu pour cela que soit libéré Boutcha, et que des enquêteurs ukrainiens et internationaux (parmi lesquels des experts français) puissent analyser la scène de crime et patiemment rassembler les preuves qui finiront, un jour, devant un tribunal international.

Libérer Olenivka, ce sera une autre paire de manches. Le centre de détention d’Olenivka, où ont été regroupés certains des prisonniers d’Azovstal (il est impossible de connaître avec précision les endroits où sont détenus les combattants mais aussi volontaires et personnel para-médical qui se sont rendus à Marioupol), a été le théâtre d’un véritable carnage, dans la nuit du 28 au 29 juillet. Une cinquantaine de morts, au moins 75 blessés : les humanités ont été, en France, l’un des tout premiers médias à diffuser l’information, le 29 juillet au matin (ICI), et à d’emblée mettre en doute la version avancée par Danil Bezsonov, porte-parole des séparatistes soutenus par la Russie dans la région de Donetsk (aussitôt reprise par l’armée russe), d’un bombardement ukrainien réalisé à l’aide d’un lance-roquettes HIMARS (récemment livré par les États-Unis, dont l’usage a d’ores et déjà mis à mal la défense russe dans la région de Donetsk).

Au fur et à mesure qu’étaient diffusées des images photo et vidéo, communiquées par les séparatistes prorusses eux-mêmes, ultérieurement complétées par des images satellite, cette version a été sérieusement mise en cause par de nombreux experts : l’état du bâtiment ne correspond en rien à ce qu’il aurait dû être s’il avait été soufflé par l’explosion d’un missile. Alors, quoi ? Plusieurs hypothèses sont avancées, parmi lesquelles celle d’une déflagration suivie d’incendie, provoquée par des explosifs préalablement placés à l’intérieur. Il est aussi question d’une arme thermobarique, contient un réservoir de liquide combustible volatil associé à des charges explosives. La Russie a déjà utilisé de telles armes en Ukraine, et auparavant en Syrie. Cette arme crée une boule de feu dévoreuse d’oxygène suivie d’une onde de choc. Sur certaines images d’Olenivka après le carnage, des corps semblent avoir été littéralement brûlés vifs…

Les services ukrainiens ont très vite incriminé les mercenaires de la milice Wagner, sur ordre direct de son chef, Evgueni Prigojine, sans l’accord des responsables du ministère russe de la Défense ; et diffusé une conversation interceptée où un soldat russe semble rendre compte à un supérieur de ce qui s’est passé. « Et merde ! », répond le gradé (non identifié). Par ailleurs, l’ONG Bellingcat a diffusé des images satellite qui semblent montrer que des tombes ont creusées sur le site d’Olenivka deux à trois jours avant le carnage. Il s’agirait alors d’un crime prémédité.

Seule une enquête indépendante, internationale, pourrait établir la matérialité des faits. Mais on est loin du compte. La Russie souffle en effet le chaud et le froid. Selon un procédé déjà éprouvé, le Kremlin répond aux accusations par les dénégations les plus outrancières (ainsi, la Russie n’a jamais visé de cibles civiles en Ukraine, le théâtre et la maternité de Marioupol ont été frappés par les «  ukranonazis », etc., etc.) avant de passer au registre des provocations. Ainsi, au lendemain du carnage d’Olenivka, Andrey Keylin, l’ambassadeur russe au Royaume Uni, se fendait d’un tweet rageur dans lequel il souhaitait aux combattants d’Azov « une mort humiliante » : « [ils] méritent d’être exécutés, mais pas par un peloton d’exécution, par pendaison. » (Rappelons au passage que la peine de mort n’est officiellement pas appliquée en Russie…). Plus récemment, ce mardi 2 août, la Cour suprême russe a décidé de classer le régiment ukrainien Azov, célèbre pour avoir défendu Marioupol, comme « organisation terroriste ». Peu importe que cette décision n’ait aucune valeur au regard du droit international, la Russie de Poutine est passé experte dans un jeu de propagande et de surenchère qui vise à faire diversion (et ici, en l’occurrence, à répondre aux voix de plus en plus nombreuses qui demandent à que la Fédération de Russie soit qualifiée d’État terroriste).

Vladimir Poutine se contrefiche de plus en plus ostensiblement de tout ce qui relève du droit international et des instances qui l’incarnent. Avec le cynisme du menteur qu’il a toujours été, il peut signer tel ou tel engagement, avant de les trahir sans vergogne, confiant dans la totale impunité doit il s’estime nimbé. Dans le cas d’Olenivka, rappelons que la reddition des derniers combattants d’Azovstal (ainsi que des volontaires et du personnel paramédical) avaient fait l’objet de négociations avec l’ONU et le CICR (Comité International de la Croix-Rouge), lesquels se portaient garants du traitement qui devait être réservé à ces prisonniers de guerre. Or, les Russes et leurs alliés séparatistes de la « république de Donetsk » n’ont jamais respecté cet accord. La Croix-Rouge, ainsi, n’a jamais été autorisée à visiter la « colonie pénitentiaire » d’Olenivka, alors même que se répandaient des rumeurs de plus en plus insistantes de traitements humiliants et d’actes de torture, jusqu’à cette récente terrible vidéo de l’émasculation suivie du meurtre d’un prisonnier.

Le 30 juillet au soir, France 24 et d’autres médias ont fait part d’un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères selon lequel la Russie avait « invité des experts des Nations unies et de la Croix-Rouge à enquêter sur les circonstances du décès de dizaines de prisonniers de guerre ukrainiens dans la prison d’Olenivka ». Une fois de plus, c’était pipeau. Quelques heures plus tard, le Comité International de la Croix-Rouge précisait n’avoir pas reçu d’autorisation officielle pour accéder à Olenivka : « Nous n’avons pas reçu de confirmation officielle nous donnant accès pour visiter le site ou les prisonniers de guerre victimes de l’attaque, et à ce jour notre offre d’assistance matérielle n’a pas été acceptée », a souligné le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans un communiqué diffusé le 31 juillet vers 17 heures. « Toutefois, le CICR n’a ni le rôle ni le mandat de mener des enquêtes publiques sur des crimes de guerre présumés », a ajouté l’organisation d’aide humanitaire.

Quant aux Nations unies : silence radio ! L’ONU, a déclaré le 30 juillet Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général des Nations Unies, est prête à enquêter sur le meurtre de prisonniers de guerre à Olenivka, à la condition, a-t-il toutefois ajouté, d’avoir le consentement de toutes les parties. Et puis, plus rien. Plus étrange encore, le chargé des droits humains ukrainien, Dmytro Loubinetsk, déclare n’avoir aucun retour des Nations Unies à ses demandes de contact. Pour ne pas froisser Moscou et ne point risquer une remise en cause de l’accord sur l’exportation des céréales, qui a timidement débuté ce week-end, le secrétariat général des Nations Unies aurait-il décidé de mettre quelque peu en sourdine la tragédie d’Olenivka ?

Une enquête internationale, laisse entendre le Kremlin, ne sera possible que lorsque la Russie aura terminé ses propres investigations. En effet, selon les informations des humanités, une enquête criminelle a été confiée à la commission d’enquête de la Fédération de Russie. Il y a lieu de s’inquiéter : cette « commission d’enquête », la plus haute instance russe en matière d’affaires criminelles, est dirigée par Alexander Bastrykin, un ultra-proche de Poutine depuis 1975, serviteur zélé de la répression contre les opposants au régime, qui s’est notamment illustré en menaçant personnellement de mort, en 2012, le rédacteur en chef de Novaya Gazeta Sergei Sokolov, tout en se moquant de la journaliste assassinée Anna Politkovskaya. Ce même Alexander Bastrykin a déclaré, le 25 juillet, avoir inculpé 92 membres des forces armées ukrainiennes (parmi eux, sans doute, beaucoup de prisonniers d’Azovstal) de crimes contre l’humanité et proposé la création d’un tribunal international soutenu par des pays comme la Bolivie, l’Iran et la Syrie. L’une des spécialités d’Alexander Bastrykin, c’est de fabriquer de toutes pièces des « preuves » qui seront retenues comme éléments à charge pour justifier les condamnations à venir. A Olenivka, apparemment, ça a déjà commencé. Des médias russes ont rapporté que des enquêteurs auraient retrouvé sur place des débris de missile HIMARS. Ce n’est pas très compliqué : il suffit de les avoir transportés de n’importe quel site sur lesquels ces missiles ont frappé les positions russes.

En toute logique, le bâtiment où ont péri les soldats ukrainiens devrait être rasé. Combien de temps faudra-t-il aux hommes d’Alexander Bastrykin pour maquiller la scène de crime et la rendre conforme à la version russe ? Curieusement, ces derniers jours, les médias d’État russes, tout autant que les comptes Telegram ou autres des séparatistes de la région de Donetsk, ne parlent plus du tout d’Olenivka. Reste un écueil, pour le jour où Croix Rouge et Nations Unies seront enfin autorisées à inspecter le site. A Olenivka, il y a eu des blessés, donc des survivants, donc des témoins de ce qui s’est passé. Faudra-t-il aussi les faire disparaître ?

Jean-Marc Adolphe

Complément d’information
La sombre histoire d’Olenivka a commencé en 2014 lorsque le camp, situé dans des champs de blé et des collines vallonnées juste à l’ouest du village de Molodizhne, est devenu un camp de filtration pour les Tartares de Crimée après l’occupation russe de la péninsule de Crimée. Un rapport annuel de 2015 du Département d’État des États-Unis sur les droits de l’homme en Ukraine a fait état d’emprisonnements extrajudiciaires, d’actes de torture et d’exécutions.

Après le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en février, le camp de détention 52, comme il est officiellement nommé, a joué un nouveau rôle en tant que camp de filtration pour les citoyens ukrainiens se trouvant en territoire conquis. Pendant le siège de Marioupol, les personnes qui tentaient de quitter la ville passaient par un processus de filtration dans les villes de Manush et Bezimenne (où de nombreuses communes ont été détectées par des images satellite). Beaucoup de ceux qui ne passaient pas cette « filtration » étaient conduits à Olenivka.

Les femmes qui en ont été libérées affirment avoir été détenues dans des conditions dignes d’un camp de concentration. Elles étaient détenues dans des zones si exiguës qu’elles devaient dormir assises ou, pire, par roulement. Il y avait peu de chauffage, pas de couvertures et pas de lits. Les maladies étaient endémiques, la nourriture était rare et l’eau potable était refusée, parfois pendant plus d’une journée. Les produits d’hygiène étaient à peine fournis, et les produits d’hygiène féminine étaient introuvables.

Le monde a eu un premier aperçu de l’intérieur d’Olenivka en avril, lorsque les médias d’État russes et les comptes de médias sociaux pro-russes ont diffusé une vidéo et des photos de prétendus prisonniers de guerre ukrainiens de Marioupol. La géolocalisation de la vidéo a permis d’établir que celle-ci avait été enregistrée à Olenivka. Sur cette vidéo, quelques hommes en uniforme militaire ont été placés au premier plan, tandis que les autres portaient des vêtements civils.

La colonie pénitentiaire d’Olenivka est facilement repérable sur une carte. La prison couvre plus de 114 000 mètres carrés, avec des bâtiments pour l’administration. Dans la partie nord-ouest du site, l’entrepôt partiellement converti en logement pour les prisonniers du bataillon Azov était encore inutilisé voici peu.

Le 15 mai, près de trois mois après le début du siège de Marioupol, le ministère russe de la Défense a annoncé qu’un accord avait été conclu pour permettre la reddition en toute sécurité des forces ukrainiennes restées à l’intérieur de l’usine métallurgique Azovstal. Le 16 mai, les 264 premières personnes ont quitté Azovstal : parmi eux se trouvaient 53 soldats gravement blessés : des journalistes des médias d’État russes et des médias occidentaux ont suivi le convoi de bus hospitaliers jusqu’à Bezimenne. Les 211 autres soldats ont été conduits à Olenivka, sans que les médias ne soient autorisés à suivre ce convoi.

https://www.leshumanites-media.com/post/olenivka-les-assassins-enquêtent-sur-le-crime

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Dans l’« enfer absolu » d’Olenivka

Premier témoignage circonstancié de l’intérieur de la prison d’Olenivka, où a eu lieu le carnage du 29 juillet. Conditions de détention inhumaines, humiliations et tortures : un camp de concentration plus que de détention. On comprend que Moscou en refuse toujours l’accès aux Nations Unies et à la Croix-Rouge internationale !

Sauf erreur, c’est le premier témoignage substantiel de l’intérieur d’Olenivka, le plus complet et le plus actuel sur ce lieu de détention à 20 kilomètres de Donetsk, la « capitale » de la « république » autoproclamée par les séparatistes prorusses, théâtre d’un véritable carnage à l’aube 29 juillet (lire ICI et ICI).

Anna Vorosheva, entrepreneure de 45 ans, a été arrêtée mi-mars à un check-point russe alors qu’elle tentait d’acheminer de l’aide alimentaire aux habitants de Marioupol. Accusée de « terrorisme », elle a été conduite à Olenivka où elle a été détenue jusqu’au 4 juillet (sans doute a-t-elle été libérée pour « faire de la place »). Aujourd’hui réfugiée en France, elle a confié au journal britannique The Guardian un récit glaçant de ce qui se passe à l’intérieur d’Olenivka, qu’elle décrit comme « un enfer absolu ».

« On nous traitait fréquemment de nazis et de terroristes », raconte-t-elle. « L’une des femmes de ma cellule était une infirmière d’Azovstal. Elle était enceinte. J’ai demandé si je pouvais lui donner ma ration de nourriture. On m’a dit : ‘Non, c’est une tueuse’. La seule question qu’ils m’ont posée était : ‘Connaissez-vous des soldats d’Azov ?’ »

Les femmes n’étaient pas torturées, précise-telle, mais les conditions de détention étaient sinistres, sans eau courante ni électricité. Pour toute nourriture, 50 g de pain pour le dîner et parfois du porridge. Les toilettes débordaient et les femmes ne recevaient aucun produit sanitaire. Les cellules étaient tellement surpeuplées qu’elles étaient obligées de dormir à tour de rôle. « C’était difficile. Les gens pleuraient, s’inquiétaient pour leurs enfants et leurs familles », ajoute-t-elle.

Le personnel du camp, témoigne Anna Vorosheva, est complètement endoctriné par la propagande russe : «Ils considèrent tous les Ukrainiens comme des nazis. Certains étaient des villageois locaux, qui nous rendaient responsables de ce que leur vie est misérable. C’est comme un alcoolique qui dit qu’il boit de la vodka à cause de sa femme. »

Des prisonniers arrivaient et repartaient chaque jour, indique-t-elle : environ 2 500 personnes y étaient détenues, ce chiffre atteignant parfois 3 500 à 4 000, selon ses estimations. Les choses ont changé dans la matinée du 17 mai, lorsque près de 2 000 combattants d’Azov ont été amenés par bus : « les drapeaux russes ont été hissés et ont remplacé ceux de la « République populaire de Donetsk ». Les gardiens se sont d’abord méfiés des nouveaux prisonniers. Ensuite, ils parlaient ouvertement de la manière dont ils allaient les brutaliser et les humilier. » Les prisonniers de sexe masculin étaient régulièrement extraits de leur cellule, battus, puis enfermés à nouveau. « Nous entendions leurs cris », dit-elle. « Ils mettaient de la musique forte pour couvrir les cris. Les tortures étaient monnaie courante. Les enquêteurs en plaisantaient et demandaient aux détenus : ‘Qu’est-il arrivé à votre visage ?’. Le soldat répondait : ‘Je suis tombé’, et ils riaient. »

Son récit est corroboré par d’autres témoignages recueillis par The Wall Street Journal. Dmitry Bodrov, un bénévole de 32 ans, confie ainsi que les gardiens emmenaient toute personne qu’ils soupçonnaient de« mauvaise conduite » dans une section disciplinaire spéciale du camp pour y être battue et torturée : « Ils en sortaient en boitant et en gémissant. Certains prisonniers été forcés de ramper jusqu’à leurs cellules ». Un autre prisonnier, Stanislav Hlushkov, déclare qu’un détenu régulièrement battu avait été retrouvé mort à l’isolement : « Les aides-soignants lui ont mis un drap sur la tête, l’ont chargé dans une fourgonnette mortuaire et ont dit aux autres détenus qu’il s’était « suicidé » ».

Sur le carnage du 29 juillet, Anna Vorosheva ne doute pas que la Russie ait pu assassiner « de façon cynique et délibérée » des prisonniers de guerre ukrainiens : « La Russie ne voulait pas qu’ils restent en vie. Je suis sûre que certaines des personnes ‘tuées’ dans l’explosion étaient déjà mortes. C’était une façon commode de dissimuler le fait qu’ils ont été torturés à mort ».

Rappelons que malgré une annonce (mensongère, on commence à s’habituer) faite le 30 juillet, Moscou refuse toujours aux Nations Unies et à la Croix-Rouge Internationale l’accès au centre de détention d’Olenivka. « Nous avons été informés de l’attaque présumée le vendredi 29 juillet », indique le CICR dans un communiqué en date du 4 août. « Nous avons immédiatement demandé de pouvoir accéder à la prison d’Olenivka et à tous les lieux où les blessés sont pris en charge et où les corps des victimes ont été transportés, ainsi qu’aux établissements où d’autres prisonniers de guerre ont pu être transférés. Nous avons aussi proposé de faciliter l’évacuation des blessés et de faire don de fournitures médicales, d’équipements de protection et de matériel médico-légal. »

« Nous avons pu nous rendre dans cette prison une fois, en mai 2022, pour y livrer des réservoirs d’eau », ajoute le CICR. « Mais nous n’avions alors pas eu accès aux prisonniers de guerre sur une base individuelle – comme l’exigent nos modalités de travail dans les lieux de détention –, et ce n’est toujours pas le cas. En vertu de la troisième Convention de Genève, le CICR doit pourtant être autorisé à accéder à tous les prisonniers de guerre, où qu’ils soient détenus, lors de conflits armés internationaux. À ce jour, nous n’avons pas été autorisés à accéder aux prisonniers de guerre touchés par l’attaque et ne disposons pas des garanties de sécurité requises par une telle visite. Notre offre de don de fournitures reste en outre sans réponse. »

Dans son témoignage recueilli par The Guardian, Anna Vorosheva confirme que la Croix-Rouge a effectivement été autorisée à entrer dans le camp en mai. Selon elle, les Russes ont emmené les visiteurs dans une pièce spécialement rénovée et ne leur ont pas permis de parler indépendamment aux prisonniers.« C’était une mise en scène », déclare-t-elle. « On nous a demandé de donner la taille de nos vêtements et on nous a dit que la Croix-Rouge distribuerait quelque chose. Rien ne nous est parvenu ».

La Troisième Convention de Genève, signée en 1949, visait notamment à ce que l’horreur des camps de concentration ne puisse se reproduire. Hélas, comme l’écrivait Aldous Huxley, « le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. »

Jean-Marc Adolphe

https://www.leshumanites-media.com/post/dans-l-enfer-absolu-d-olenivka

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« Il nous faut reconstruire en Ukraine un syndicat étudiant de gauche »
Entretien avec Katya et Maximn étudiants ukrainiens

Katya et Maxim, vous êtes étudiants à Lviv. Katya à l’Académie des Arts et Maxim en informatique. Dans l’appel à la solidarité avec les étudiants ukrainiens que vous avez lancé, vous évoquez le problème du logement des étudiants. À cause de la guerre, les étudiants n’occupent plus leur logement et ils doivent le payer. Pouvez-vous nous donner des exemples ?

En Ukraine, les étudiants peuvent vivre dans des dortoirs d’État à proximité de leur université. Les frais de logement sont relativement faibles (150 à 300 euros pour six mois), mais même en temps de paix, leur coût était insupportable pour les étudiants qui ne recevaient pas plus de 50 euros de bourse par mois. La plupart des résidents des dortoirs venaient généralement de l’est de l’Ukraine où leurs familles vivaient dans les territoires occupés. Pour certains de mes amis, étudier à l’université était le seul moyen de quitter la république populaire de Donetsk ou la république populaire de Lougansk, car l’État pouvait leur fournir un logement et des moyens de subsistance minimaux. Les étudiants ont été confrontés à des problèmes de logement avec le début de l’invasion à grande échelle dans différentes régions d’Ukraine. Comme moi, des étudiants de Kharkiv ont été contraints de fuir leur logement étudiant. Ceux de Marioupol et de nombreuses autres villes bombardées ne pourront plus jamais rentrer chez eux, et leurs parents ne peuvent évidemment pas les aider car ils ont également tout perdu.

Les armées russe et ukrainienne utilisent souvent des dortoirs et des écoles comme bases militaires. Parfois, comme à l’université nationale de Kyiv, les étudiants doivent vivre dans le même bâtiment que les militaires ukrainiens. C’est une mesure nécessaire, mais qui met en danger la vie des étudiants. À Kherson, les troupes de Poutine n’ont pas agi avec autant de condescendance : l’armée a occupé les logements universitaires et expulsé les étudiants, sans leur permettre de prendre leurs affaires. De tels cas se sont produits partout dans les territoires occupés, sans compter le fait que les bombes russes frappent fréquemment les bâtiments scolaires et les dortoirs.

Même si de nombreux étudiants sont aujourd’hui au bord de la pauvreté, physiquement et mentalement affectés par la guerre, l’État nous oblige toujours à payer pour l’éducation, qui ne se déroule pas toujours comme il faudrait, et qui est d’un niveau inférieur par rapport à celui d’avant-guerre. Et le plus injuste est qu’il faut payer pour les chambres dans lesquelles nous ne pouvons pas vivre. Cependant, les dortoirs des régions ukrainiennes relativement calmes continuent de fonctionner comme auparavant. Ils accueillent même les réfugiés et les étudiants qui se retrouvent sans logement. Mais il est dangereux de vivre dans les points chauds, et même lorsque le danger s’amoindrit ; aussi l’administration ne veut pas être responsable de la vie des étudiants et parfois elle les expulse. Ainsi, de nombreux étudiants sont contraints de rester dans des villes où le danger est permanent, et les conditions actuelles les obligent à louer un logement en plus de tout le reste.

Il est difficile d’exiger le respect de ses droits dans un pays en guerre, qui connaît également une crise économique profonde. Payer ou non par eux-mêmes un logement universitaire devient un choix moral et matériel difficile pour les étudiants. En cas de non-paiement, on s’attend à l’expulsion, à l’interdiction de passer des examens, à la perte de ses effets personnels, on est soumis à une pression psychologique constante et, finalement, on risque l’exclusion. De plus, l’endettement accumulé affecte la capacité du ministère de l’Éducation à payer les salaires et les bourses. Certaines universités réduisent leurs effectifs pour cause de « non-rentabilité ». La distribution des fonds étant totalement opaque, chacun peut se sentir coupable de voir son université mourir par manque de fonds. Cependant, le véritable responsable de cette situation n’est pas l’étudiant mais l’administration corrompue. Ce problème est très complexe et peut difficilement être résolu par une grève générale, etc. Nous sommes dans une situation terrible et unique, dont la solution peut venir d’une véritable révolution dans le mouvement étudiant.

Quels autres problèmes de la vie quotidienne les étudiants rencontrent-ils ?
Disons tout de suite que le danger physique direct menace en permanence la vie des étudiants et de leurs familles qui sont sur le territoire de l’Ukraine. La possibilité de se concentrer sur les études est donc difficile. L’épuisement psychologique ou l’endettement obligent à abandonner ses études, ce qui risque d’entraîner une pénurie de spécialistes qui pourraient être utiles à l’activité économique et aider à développer l’Ukraine maintenant et après la guerre.

Beaucoup sont partis à l’étranger. Les étudiantes [Il est interdit à tous les hommes âgés de 18 à 60 ans de quitter le pays] dans une telle situation ont deux options : poursuivre leurs études et vivre aux frais d’universités qui les ont acceptée, ou essayer de survivre par leurs propres moyens. La deuxième voie conduit souvent à un travail précaire sans protection juridique et complique le processus d’intégration et d’adaptation à son nouvel environnement. Certaines étudiantes se sont plaintes d’attitudes chauvines ou méprisantes de la part des communautés universitaires ou d’enseignants dans les pays où elles se sont réfugiées. De tels problèmes les obligent parfois à retourner en Ukraine. Je connais de nombreux exemples où des étudiantes de mon académie ont choisi de vivre, malgré le danger, en Ukraine plutôt que de subir des brimades dans un pays étranger. C’est pourquoi il vaut la peine de défendre le droit à des conditions d’accueil confortables et non violentes pour les réfugiées dans les universités européennes et de distribuer du matériel qui aidera les étudiantes à s’adapter à leur nouvel environnement.

Il faut également tenir compte de la baisse de motivation des enseignants due au même épuisement psychologique, à la fréquence du non-paiement des salaires et de l’attitude dédaigneuse de l’État en matière de protection du travail. Il existe de nombreux exemples où les enseignants ont héroïquement poursuivi leur travail alors qu’ils étaient au milieu de violentes hostilités. Ce sont eux qui ont organisé l’évacuation des étudiants, participé à l’aide humanitaire et donné leurs dernières forces pour le bien de la science. Cependant, il existe des exemples négatifs lorsque les étudiants ont perdu le contact avec leur université, qui aurait pu être leur seul refuge. Ou lorsque les enseignants [dans les territoires occupés] sont devenus des collaborateurs et ont imposé aux étudiants les opinions dictées par les autorités russes d’occupation.

Dans l’appel, vous mentionnez que des étudiants se sont engagés dans la défense du territoire. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Les jeunes constituent une part considérable des forces armées ukrainiennes, notamment de la défense territoriale. Bien que l’État exempte les étudiants universitaires de la conscription, de nombreux étudiants participent volontairement à la résistance armée. Certains de nos amis se sont engagés dans la défense territoriale dès le début de la guerre. Les administrations militaires en ont rejeté certains, car le nombre de volontaires inexpérimentés était trop important.

Les étudiants travaillent dans l’armée exactement dans les mêmes conditions que les autres militaires. Habituellement, pour poursuivre leurs études après la fin de leur service ou après une rotation [de service aux armées], beaucoup prennent une année sabbatique. Toutefois, il est devenu fréquent que, notamment en raison de la bureaucratie de nombreuses universités, les étudiants au front reçoivent des lettres des établissements d’enseignement leur indiquant qu’ils ne pourront plus poursuivre leurs études. Les étudiants combattants ont besoin de beaucoup d’aide, plus vous êtes près de la ligne de front, plus il est difficile d’obtenir les choses élémentaires pour votre vie quotidienne. De plus, les régiments de défense territoriale combattent désormais sur les lignes de front au même titre que les forces armées ukrainiennes. Bien sûr, ce n’est pas facile d’être jeune dans une guerre.

Je crois que Katya, tu es membre du conseil des étudiants de ton université et représentante de ton dortoir. Peux-tu nous expliquer ce qu’est ce conseil, si les représentants des étudiants sont élus, ce qu’ils font et quel est ton rôle en tant que déléguée du dortoir ?
Tous les établissements d’enseignement supérieur ukrainiens disposent d’organes dits d’autogestion des étudiants. Leurs membres ont différentes activités et peuvent interagir différemment avec les étudiants et l’administration, mais ils accomplissent principalement des tâches purement bureaucratiques et informent de la vie étudiante dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il existe un certain nombre de décisions que l’administration de l’université ne peut pas prendre sans l’accord des représentants du conseil étudiant. Par conséquent, si vous faites preuve de suffisamment d’assurance, vous pouvez obtenir des changements constructifs, même si une administration corrompue entravera très probablement de manière considérable vos efforts. Pour entrer dans les organes d’autogestion étudiante, vous devez être élu par les étudiants lors d’élections organisées selon une certaine périodicité ou alors vous pouvez vous montrer à la hauteur et plaire à l’administration.

Pour parler franchement, je suis entrée au conseil par accident. J’ai été invitée à la réunion du syndicat des artistes (un « syndicat jaune », bien sûr). J’y suis allée, et il s’est avéré que j’étais inscrite dans la liste des membres du conseil des étudiants de notre académie parce que mes professeurs m’avaient recommandé comme une personne responsable. C’était inattendu et non désiré pour moi, mais maintenant je considère que c’est une expérience excellente et essentielle dans ma vie, qui m’aidera dans ma pratique révolutionnaire. Dès le premier jour de travail au sein du conseil des étudiants, j’ai essayé de pointer aussi clairement que possible aux étudiants les conditions horribles dans lesquelles ils vivaient et j’ai essayé de protéger leurs droits. Les problèmes les plus aigus dans notre académie à cette époque étaient les problèmes matériels et économiques. J’ai donc commencé à travailler spécifiquement sur les dortoirs et les problèmes financiers pour les résoudre. Il est difficile de se concentrer sur la créativité [artistique] lorsque votre toit fuit, que le sol est pourri et que les cafards mangent votre dernier repas. Le travail du responsable du dortoir est très similaire à celui d’un délégué syndical. Tous les étudiants qui vivaient à l’académie avaient les mêmes problèmes et étaient déterminés à agir de manière radicale. Avant la guerre, nous devions faire un rassemblement contre l’augmentation des prix des logements étudiants. Nous n’y sommes pas parvenus, car la guerre a commencé.

Cependant, grâce à ma participation à la gestion du dortoir, l’administration a remplacé le personnel corrompu du dortoir et commencé des rénovations (pour la première fois depuis ces 30 dernières années !), ce qui a grandement simplifié notre vie dans les premiers jours de l’invasion. Elle a nommé un gestionnaire efficace, installé une chaudière et de nouvelles conduites d’eau, repeint les murs. Sans ces changements simples, je suis sûr que notre vie serait devenue un enfer pour nous. J’ai construit une communication avec les étudiants sur des principes horizontaux de gauche, ce qui a permis de les mobiliser rapidement et d’éviter une anxiété inutile due à la désorganisation. Précédemment, pendant deux semaines dans Kharkiv bombardée, nous avons aussi vécu une sorte de Commune étudiante conviviale et avons survécu grâce à l’entraide et à la solidarité (nous n’avions aucun soutien de l’administration ou du gouvernement). [Depuis Katya s’est réfugiée à l’académie des arts de Lviv où elle continue ses activités militantes].

Et toi Maxim, quelle est la situation dans votre université ?
La situation de mon université est un peu différente de celle décrite par Katya. J’étudie à l’Université catholique ukrainienne. Il s’agit d’un établissement d’enseignement supérieur privé nouveau qui ne dépend pas de l’État. Tous les fonds consacrés à l’entretien des foyers, au personnel et au paiement des bourses d’études – accordées sur la base de subventions – proviennent de personnes fortunées, d’entreprises privées et de mécènes internationaux. De ce fait, les services qu’ils fournissent, comme les dortoirs, sont d’une très grande qualité pour l’Ukraine. En même temps, cela implique, même si ce n’est pas flagrant, une orientation idéologique profondément conservatrice de l’administration. En outre, le paiement de l’éducation est hors de portée de la grande majorité des jeunes en Ukraine. Le coût total de l’éducation s’élève à 3 000 dollars par an, pour un salaire national moyen de 400 dollars par mois, ce qui entraîne une diminution d’année en année du niveau des entrants à mesure que la situation économique se dégrade. Un autre aspect important est la nature néolibérale de l’université est qu’une grande partie du financement provient d’entreprises intéressées à embaucher des spécialistes. En raison de l’objectif principal de l’université, faire du profit, le niveau de connaissance offert devient de plus en plus superficiel afin que le diplômé puisse immédiatement soit employé dans une entreprise et effectue des tâches bien ciblées. Il est nécessaire de comprendre une fois pour toutes que les universités privées à but lucratif ne peuvent pas remplir efficacement le rôle d’instituts académiques. Par conséquent, la réforme et la restauration des universités publiques, et non leur « optimisation » libérale, qui signifie toujours des licenciements massifs, devrait être la tâche principale d’un pays qui veut avoir un haut niveau d’éducation.

Pendant mes études, j’ai souvent participé à des initiatives de bénévolat étudiant. En même temps, j’ai appris à organiser le travail administratif et à planifier des projets. Cette expérience s’est pleinement développée lorsque je me suis présenté et que j’ai été élu au parlement étudiant. Pour les étudiants de mon université, la question de l’écologie et de la liberté individuelle se posait avec acuité. Nous avons donc essayé de mettre en œuvre diverses initiatives pour promouvoir ces idées et réduire l’influence de la propagande conservatrice du clergé universitaire sur les étudiants pratiquant d’autres religions ou sur les athées.

Avec le début de la guerre, les étudiants de l’université, en coopération avec l’administration, ont organisé un système de sécurité horizontal. Les étudiants volontaires ont tour à tour patrouillé le périmètre du campus, tissé des filets de camouflage pour le front, et géré la collecte et la logistique de l’aide humanitaire. Comme moi, ceux qui suivent le programme d’informatique ont participé au piratage des sites de la machine de propagande russe et ont commencé à concevoir et à imprimer en 3D des garrots pour l’armée.

Enfin, quelques mots sur le mouvement étudiant ukrainien. Y a-t-il des organisations syndicales étudiantes ou des organisations de jeunesse actives ? Quelles sont les activités de Sotsialniy Rukh dans la jeunesse ?

Certaines organisations en Ukraine se présentent précisément comme des mouvements étudiants, mais malheureusement, elles sont toutes anti-gauche. L’organisation libertarienne Étudiants ukrainiens pour la liberté, qui semble être la plus grande organisation étudiante actuellement, a développé un réseau actif. Pour elle, la liberté est synonyme de marché libre et de privatisation des universités, ce que nous désapprouvons fondamentalement. Le syndicat indépendant Action directe avait autrefois réuni les étudiants de gauche de Kiev et d’autres grandes villes d’Ukraine. Aujourd’hui, la plupart des militants de gauche ukrainiens actifs sont issus de ce syndicat, mais depuis 2018, l’activité d’Action directe est gelée. Il n’existe pas d’alternatives en termes d’organisation pour les étudiants, à l’exception des organisations ouvertement de droite, bourgeoises et de scouts. Il nous faut reconstruire en Ukraine un syndicat étudiant de gauche. La jeunesse de gauche rejoint généralement les activités d’organisations plus larges, comme cela se passe avec le Mouvement social, mais elle ne dispose pas d’un réseau indépendant spécifique à la jeunesse. Dans notre organisation, le Mouvement social, il y a pas mal de jeunes qui travaillent sur un pied d’égalité avec tous les autres et qui se sont très militants dans l’activité révolutionnaire.

Le plus jeune membre du conseil du Mouvement social a 19 ans et est très actif. Et il y a même des membres plus jeunes qui le sont tout autant. Nos militants sont déterminés à renouveler les réseaux de solidarité entre les étudiants d’Ukraine, et l’aide des étudiants internationaux peut y contribuer. Pendant la guerre, les droits des jeunes qui ne peuvent même pas subvenir à leurs besoins de base sont grossièrement violés. C’est maintenant que les militants de gauche peuvent montrer à quel point le soutien social aux étudiants est important pour eux et ainsi encourager les jeunes à réfléchir à la nécessité de changements radicaux dans le système social.

1er août 2022
Propos recueillis par Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/Il-nous-faut-reconstruire-en

We Must Rebuild a Left-wing Student Union in Ukraine”: Interview with Ukrainian Student Activists
https://newpol.org/we-must-rebuild-a-left-wing-student-union-in-ukraine-interview-with-ukrainian-student-activists/

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Ukraine : Les mineurs n’ont pas laissé entrer le nouveau directeur dans la mine n°9

Le mardi 2 août, les mineurs de la SE Shakhta n°9 Novovolynska, par décision unanime du collectif des travailleurs tenue la veille, n’ont pas autorisé le nouveau directeur par intérim Viktor Herashchenko à entrer dans la mine.

Ayant appris que le 29 juillet, le ministre de l’Énergie de l’Ukraine, Herman Galushchenko, avait signé une ordonnance portant nomination de Victor Herashchenko, connu pour son travail à la mine Buzhanska de l’entreprise d’État Volynvugilya, en tant que directeur par intérim de la mine n°9 Novovolynska, le personnel de la mine a demandé une réunion le lundi 1er août. Mais le directeur nouvellement nommé a refusé cette entrevue.

Les mineurs de la mine n°9 Novovolynska sont catégoriquement contre la nomination de ce directeur à la tête de leur mine, car ils sont bien conscients de son « passé douteux » en tant qu’ingénieur en chef de Buzhanska, où il est impliqué dans une procédure pénale pour détournement de biens de l’État d’une valeur de 12 millions d’UAH.

La veille, lors de la réunion des travailleurs, présidée par le responsable du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine Vasyl Gura, les mineurs ont décidé à l’unanimité de faire appel au ministre ukrainien de l’Énergie Herman Galushchenko lui demandant d’annuler immédiatement l’ordonnance n°30 du Code du travail du 29 juillet 2022 et d’empêcher V.M. Herashchenko de travailler à la mine.

Le lendemain, le 2 août, les travailleurs ont mis en œuvre leur décision, et lorsque Viktor Herashchenko et le directeur du Département du charbon et du complexe industriel du ministère de l’Énergie Andriy Sinyuk sont arrivés à la mine, ils ne les ont pas été autorisés à entrer dans la mine, lui disant : « Si tu veux travailler sans mineurs, travaille. »

Les mineurs ont demandé à Andrii Sinyuk pourquoi ils avaient licencié l’ancien directeur de la mine, car il n’y avait jamais eu de plaintes concernant son travail, il était à l’écoute des travailleurs et il était respecté ici, mais ils n’ont pas reçu de réponse. Les mineurs ont informé de leur décision de ne pas travailler et ont affirmé refuser travailler avec Viktor Herashchenko.

« Le peuple est le gouvernement. Nous n’avons pas besoin de nous voir imposer de nouveaux dirigeants. Retournez d’où vous venez, nous ne travaillerons pas avec vous. Et dites au ministre de l’Énergie d’annuler la décision sur la nomination de Herashchenko », tel a été le verdict de l’équipe syndicale de l’entreprise d’État Shakhta n°9 Novovolynska ».

Après de violentes querelles et discussions, Viktor Herashchenko, et les fonctionnaires venus le soutenir, ont quitté la mine, car les mineurs ont averti qu’ils maintiendraient leurs positions jusqu’à ce que le ministère change sa décision. […]

Publié par le site de la KVPU, 3 août 2022
Traduction Patrick Le Tréhondat
http://www.laboursolidarity.org/Ukraine-Les-mineurs-n-ont-pas

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Sotsialniy Rukh (Mouvement social)

Le dépliant est maintenant disponible en trois langues supplémentaires :

En allemand : Socialny Rukh allemand
En ukrainien : брошюра(укр)
En chinois : Socialny Rukh chinese
Dépliant en grec et en italien :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/06/24/42-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-42/
Pour les autres langues (français, espagnol, portugais) :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/06/16/41-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-41/

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Déporter des enfants ukrainiens et les « russifier »,
c’est amputer l’avenir de l’Ukraine

Dans sa nostalgie d’une Europe centrale vassalisée où toute contestation était écrasée par un envoi de chars à Budapest ou Prague, le Kremlin ravage l’Ukraine depuis cinq mois sous le couvert de « dénazification » et de négation de la nation ukrainienne, usant d’une stratégie de terreur qui rase les villes, massacre et viole les civils, déplace les populations. Entre le 24 février et le 18 juin, selon le ministère russe de la défense, plus de 1,9 million d’Ukrainiens, dont plus de 307 000 enfants [200 000 selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, début juin], auraient ainsi été transférés de force vers la Fédération de Russie, sans garantie ni contrôles extérieurs sur leurs conditions de vie et leur avenir. Ce transfert par des couloirs d’évacuation à sens unique, vers des « camps de filtration », puis des lieux aussi retirés que Mourmansk, le Kamtchatka ou la frontière nord-coréenne, fait ressurgir le spectre des déportations perpétrées par la Russie tsariste et l’Union soviétique. Nos inquiétudes les plus vives portent sur le sort des enfants déportés, notamment des plus vulnérables : les mineurs isolés ou placés en institution, orphelins ou non. Plus de 2 000 d’entre eux étaient enregistrés avant l’invasion dans des établissements d’accueil ukrainiens. A ce chiffre s’ajoute un nombre inconnu d’enfants récemment rendus orphelins par l’invasion russe et d’autres qui ont été séparés de leurs parents lors de leur passage en « camps de filtration », où ces derniers sont retenus, soupçonnés d’appartenir à l’armée ou à la résistance ukrainienne. Comme le craignent les enquêteurs nommés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ces mineurs risquent tous d’être adoptés par des familles russes : le 20 juillet, 108 d’entre eux, originaires de la région de Donetsk, l’ont déjà été selon le défenseur des droits ukrainiens, Dmytro Lubinets.

En effet, la Russie n’a pas ratifié la Convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, seul cadre légal transnational permettant les procédures d’adoption internationale. Les décrets, signés par Vladimir Poutine le 25 mai et le 11 juillet simplifiant l’obtention de la nationalité russe pour les Ukrainiens – y compris pour les enfants – facilitent même leur adoption. Ce texte est assorti d’une loi, votée le 7 juin, qui autorise la Fédération de Russie à ne plus appliquer les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. De fait, la Fédération de Russie ne se sent nullement contrainte au respect d’un droit international humanitaire dont elle récuse le cadre. Aussi, les demandes adressées au Kremlin par les autorités ukrainiennes réclamant le retour des jeunes déportés, dépendent-elles totalement du bon vouloir de l’envahisseur, qui ne les satisfait qu’au compte-gouttes : vingt-trois seulement étaient revenus en Ukraine en juin, et quarante-quatre début juillet, selon la vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk.

Plan d’éradication de la nation ukrainienne Qu’en est-il de tous les autres 
Certains « sont en cours de rééducation », a déclaré, le 31 mai, Maria Lvova Belova, la commissaire aux droits de l’enfant auprès de la présidence de la Fédération de Russie, récemment sanctionnée par le Royaume-Uni pour son rôle dans le transfert et l’adoption forcée de petits Ukrainiens. La « rééducation » des enfants fait, en effet, partie du plan d’éradication de la nation ukrainienne publié en avril par l’idéologue Timofeï Sergueïtsev, un proche de Vladimir Poutine, plan accompagné de propos niant l’identité ukrainienne tenus quotidiennement dans les médias russes. Si le droit international humanitaire place au premier rang, dans le cas d’un conflit armé, le respect de l’intégrité des enfants, c’est que ces derniers sont toujours les otages du monde des adultes dans des enjeux qui les dépassent et, en particulier, la cible privilégiée des pratiques « d’épuration-assimilation ».

Le trafic de mineurs, au moyen de procédures d’adoption illégales, a été systématiquement organisé dans l’Espagne franquiste ou sous la dictature argentine. Durant la seconde guerre mondiale, entre 50 000 et 200 000 d’entre eux, enlevés en Pologne ou dans d’autres pays occupés, ont été « adoptés » par des familles « aryennes », à l’instigation du régime nazi. Le kidnapping de masse d’enfants, dans un conflit armé, et leur instrumentalisation comme objets dont on dispose, au gré des « lois » autocratiques, conduisent à la destruction radicale de leur passé, de leurs fondations psychiques. Une destruction, que l’on peut qualifier de meurtre d’âme, qui marquera à jamais leur destin. Comment imposer le respect des droits fondateurs de l’humanité à un envahisseur qui ne respecte que la force ? Les démocraties ont, en effet, du mal à comprendre à quel point est valorisée et légitime, dans la culture du Kremlin et du KGB – si ce n’est dans la culture russe en général –, la cruauté extrême contre les civils de tous âges et sexes. Lorsque cela touche à l’enfance, dont la vulnérabilité rend obligé et sacré le devoir de protection de l’adulte, les instances internationales ne parviennent pas à imaginer le sort possible et probable des enfants déportés d’Ukraine. La morale politique du pouvoir russe actuel est, en effet, marquée par l’union de deux traditions de prédation et de violence : celle qui a cours dans le crime organisé et celle qui régit les relations au sein du KGB, devenu FSB. Elles ont en commun une même conviction : considérer que les pires moyens sont légitimes pour arriver à ses fins de prédation et de pouvoir. L’arbitraire, les manipulations, les crimes et les mensonges pour les couvrir sont des performances normales voire talentueuses de l’action politique.

D’où, aussi, la valorisation de la cruauté, considérée comme preuve de l’infaillibilité politique de celui qui en use et pourra dès lors gravir les échelons du pouvoir et accéder aux postes de direction. D’où un mépris absolu des vies humaines et du principe même de leurs droits. D’où un interdit frappant la sensibilité humaniste, perçue comme ridicule et signe de faiblesse. Ainsi, toute l’histoire du totalitarisme soviétique, dont le système poutiniste est à bien des égards l’héritier, est marquée par une lourde tradition de déportations et de massacres des populations civiles de tout âge et sexe, et qui n’ont jamais épargné les enfants. Cela devrait alerter les témoins extérieurs : le pouvoir actuel du Kremlin ne préservera pas les enfants ukrainiens. Filières d’adoptions forcées ? Endoctrinement dans les institutions qui les recueillent ? Trafics criminels de toutes sortes ? Dans cette guerre d’agression insensée, le programme de russification imposé dans les régions d’Ukraine envahies depuis 2014 dessine clairement les contours de la politique que la Russie a commencé à mettre en œuvre : tandis que des Ukrainiens sont assassinés ou déportés, des populations venues de Russie sont, elles, implantées en Ukraine, parfois de force. C’est là une véritable « révolution démographique », reposant sur le remplacement des populations autochtones.

Extinction d’un groupe humain
Il faut être clair : rien ne protège les enfants de cet usage politique assumé et légitimé des crimes contre l’humanité comme choix tactique délibéré. Les débats sur la dimension génocidaire de l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine ont commencé dès la révélation des assassinats en masse et des crimes de guerre commis par l’armée russe. Mais, avec la déportation des enfants, la Russie franchit un pas supplémentaire. Si, comme le précise l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, le « transfert forcé d’enfants du groupe [victime] à un autre groupe » fait partie des actes génocidaires, c’est qu’un génocide vise à l’extinction du genos, la lignée qui assure la perpétuation, donc l’avenir, d’un groupe humain. L’« opération spéciale » de Vladimir Poutine est de fait une tentative d’annihilation de l’Ukraine : la négation du passé de ce pays – ses traditions culturelles –, et de son présent – sa légitimité étatique – se poursuit dans le projet d’effacement de sa culture et de sa langue par la russification forcée des enfants déportés. Il en va de même dans les territoires occupés par l’armée russe, où l’éradication de l’identité ukrainienne atteint d’abord les jeunes générations : les enfants nés après le 24 avril y sont automatiquement déclarés de nationalité russe ; la seule langue d’enseignement est le russe ; les programmes scolaires purgés de toutes les références à l’Ukraine, sont désormais ceux de la Fédération de Russie. Dans le sud occupé de l’Ukraine, les enfants dont les parents n’acquièrent pas de passeports russes, ou n’envoient pas leurs filles et fils dans les écoles russifiées, seront retirés à la garde de leur famille. Assigner un « futur russe », comme le proclame la propagande du Kremlin, aux enfants, c’est, pour Vladimir Poutine, amputer l’avenir de l’Ukraine et bouleverser celui de l’Europe.

Une obligation de protection
Il est de notre responsabilité de mettre au plus vite un terme à cette entreprise destructrice, qui fait fi des lois internationales contraignant chaque pays à considérer l’intérêt de l’enfant comme d’une importance « primordiale », c’est-à-dire fondatrice de sa vie et son avenir. La Convention de 1948 est explicite dans son article premier : «  Les parties contractantes confirment que le génocide, qu’il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu’elles s’engagent à prévenir et à punir. » Enoncé après la seconde guerre mondiale, ce principe, au-delà de sa valeur juridique, a valeur de prévention et d’impératif moral. Quelle forme doit prendre cet impératif alors que l’éradication de l’identité ukrainienne suit son cours ? S’il est urgent d’amplifier considérablement sanctions, soutien militaire, matériel et logistique, les gouvernements européens et toutes les démocraties ont une obligation de protection. Ils doivent intervenir unanimement et publiquement en exigeant de la Russie la libération des enfants et de tous les déportés et interpeller les organisations internationales concernées, dont l’Unicef et la Croix-Rouge, afin qu’elles agissent au plus vite.

Bernard Golse, pédopsychiatre ; Jonathan Littell, écrivain et cinéaste ; Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre ; Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue ; Sylvie Rollet, collectif Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ; Nicolas Tenzer, politiste.

Tribune paru initialement dans Le Monde (2 aout 2022
https://www.leshumanites-media.com/post/tribune-une-obligation-de-protection

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Le 162e épisode (sous-titré en français) de Masyanya intitulé Sankt-Mariabourg

Créée par Oleg Kuvaev en 2001, Masyanya est une série de dessins animés russe diffusée sur un site internet. Il a remporté d’immenses succès auprès des adolescents. La série dépeint les aventures de l’espiègle Masyanya, une petite fille, et ses relations avec sa famille. Elle aborde aborde avec humour la critique de la vie quotidienne en Russie. La série est populaire en Russie et son compte YouTube compte plus d’un million d’abonnés en 2022. La série évite toute allusion à la politique. Elle a fait exception à cette règle en présentant une fiction où la Russie est attaquée et bombardée per la Chine qui, au cours des jours précédents, s’était montré rassurante et avait prétendu éloigner ses troupes de la frontière. Dans le dessin animé, le président chinois explique les motivations pour lancer cette offensive. Il dit vouloir dénazifier la Russie et reprendre des terres.
La censure d’Etat des médias (Roskomnadzor) a immédiatement interdit cet épisode. 
Vu par des millions de personnes en Russie, cet épisode a certainement contribué à démystifier l’agression de Poutine dans la jeunesse de Russie.

https://youtu.be/s-GLAIY4DXA

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Alisa Zemlyanskaya : Comment les partisans russes ont mis le feu aux bureaux militaires et fait dérailler des trains

En Russie, après le début d’une guerre totale avec l’Ukraine, le nombre d’accidents ferroviaires a fortement augmenté et des bureaux d’enrôlement militaire ont été incendiés dans tout le pays. Des groupes clandestins opposés à l’invasion de l’Ukraine ont revendiqué la responsabilité du déraillement de wagons. Ils ont également mis en ligne des vidéos les montrant en train de lancer des cocktails Molotov sur des centres de recrutement militaire. The Insider s’est entretenu avec certains de ces groupes de guérilla pour découvrir comment la résistance clandestine est organisée et pourquoi la décentralisation la rend particulièrement efficace.

Depuis la fin du mois de février, au moins 23 attaques ont été perpétrées contre des bureaux d’enregistrement et d’enrôlement militaires en Russie (les médias et les chaînes Telegram ont fait état de ces attaques), dont 20 incendies criminels. L’année dernière, il n’y avait pas eu d’incidents similaires. Ce sont des cocktails Molotov qui ont été principale- ment utilisés. Des instructions sur la façon de fabriquer ces cocktails ont été diffusées sur les médias sociaux.

Ces incendies ne s’inscrivaient pas dans le cadre d’une campagne coordonnée ; divers groupes, des anarchistes aux militants pro-ukrainiens en passant par les groupes d’extrême droite, en sont à l’origine. Parfois, il s’agissait simplement de solitaires qui ne s’associaient à aucun mouvement. Par exemple, Ilya Farber, un artiste de 48 ans et ancien enseignant dans un village, a été arrêté en Oudmourtie fin mai pour avoir mis le feu à deux bâtiments du bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire. « Je voulais savoir de quoi j’étais capable. Suis-je vraiment capable de faire cela ? », a-t-il déclaré en décrivant ses actions lorsqu’on lui demande.

Il était assez difficile pour les autorités de garder le silence sur ces incendies, car les guérilleros eux-mêmes publiaient activement des vidéos à leurs actions sur les médias sociaux.

Mais s’il est impossible de dissimuler l’incendie des bureaux d’enregistrement et d’enrôlement militaires, l’autre aspect de la guérilla – la guerre des rails – on peut toujours faire passer pour des problèmes techniques. C’est exactement ce que les autorités russes ont essayé de faire. Mais les statistiques officielles le montrent: le nombre d’accidents ferroviaires a fortement augmenté depuis le début de la guerre.

Guerre ferroviaire
Après le début de la guerre en Ukraine, des nouvelles sur le sabotage de chemins de fer ont commencé à apparaître presque chaque jour. Le 1er mai, dans la région de Koursk, un pont destiné à la circulation des trains de marchandises a été détruit en raison d’un acte de sabotage.

Selon The Insider, sur la base des seuls rapports des médias, 63 trains de marchandises ont déraillé en Russie entre mars et juin 2022. C’est presque une fois et demie plus qu’au cours de la même période l’année dernière. La géographie des déraillements de wagons s’est déplacée vers l’Ouest, et certains de ces trains sont près des sites d’unités militaires.

Selon les chemins de fer russes et les autorités d’inspection, la plupart des accidents sont liés au mauvais état des voies ferrées.

« Selon les données du Goszheldornadzor pour les quatre mois de cette année, 55,3% des accidents de train ont été causés par des défauts dans l’état actuel des voies », indique partner.ru, la publication officielle des chemins de fer russes.

Cependant, les autorités ne peuvent ignorer le fait qu’une partie de ce qui se passe sur les chemins de fer est du sabotage. Le 24 février, premier jour de la guerre, le ministère des transports a ordonné d’augmenter le niveau de sécurité des chemins de fer dans les régions du sud. En avril, la Direction principale des renseignements de l’Ukraine a publié un télé- gramme dans lequel les chefs de certaines sections ferroviaires de la région de Rostov et du kraï de Krasnodar étaient priés de coopérer avec le FSB et la police pour assurer la sécurité des voies ferrées.

Cependant, toutes ces mesures n’ont eu jusqu’à présent que peu d’effet: des accidents continuent de se produire, notamment dans les régions frontalières.

Par exemple, le 12 avril, les habitants du village de Titovka, dans la région de Belgorod, à la frontière avec l’Ukraine, ont été réveillés par une explosion. Dans l’heure qui a suivi, le gouverneur Gladkov a tenté d’expliquer la situation :
Dans le district urbain de Shebekino, les voies ferrées ont été endommagées. Il n’y a pas de victimes ni de blessés. Seule la voie ferrée est détruite. Une équipe spéciale travaille sur le site. Je ferai un rap- port sur les causes plus tard.

Mais le gouverneur de Belgorod n’a toujours pas donné d’explication. Les photographies de la scène montrent des voies ferrées pliées, des rails rouillés et une partie du pont effondrée.

Le 21 avril, un nouvel accident a eu lieu: un train de marchandises a déraillé dans la région de Belgorod, près de la gare de Kreida.

Le 27 avril, le FSB a annoncé la capture de deux Russes qui auraient préparé un nouvel acte de sabotage dans la région de Belgorod. Selon le FSB, les détenus étaient des « partisans du nazisme ukrainien » et « transmettaient des informations sur les militaires russes » au site Internet ukrainien Mirotvorets(« Pacificateur» ). Toutefois, ni nom ni l’identité des saboteurs n’ont été communiqués. Les visages des détenus sont flous dans la vidéo publiée par RIA Novosti, ils récitent des phrases apprises par cœur, et l’un d’entre eux porte délibérément un T-shirt avec le drapeau britannique.

Selon les rapports officiels, ils ont été inculpés de préparation d’un acte de sabotage (partie 1, art. 30, et partie 1, art. 281 du Code pénal russe). Cependant, The Insider n’a pas pu trouver de données sur les arrestations de personnes accusées de ce type dans les tribunaux de la région de Belgorod.

Roman Starovoit, gouverneur de la région de Koursk, a parlé d’un travail de sape d’un autre pont ferroviaire le 1er mai. Il a qualifié l’incident d’« acte de sabotage », et le comité d’enquête a ouvert une enquête criminelle sur cet acte de terrorisme. Fin mai, le chat public « Attention, Moscou » a publié un message indiquant que le FSB recherchait des membres d’une « organisation militante d’anarcho-communistes»  qui préparaient un acte de sabotage sur des voies ferrées à Sergiev Posad, dans la région de Moscou. Selon les enquêteurs, « ils ont dévissé huit écrous, fendu un joint de rail et partiellement délogé les rails menant à l’unité militaire 14258 [un centre secret de formation et de tactique de la 12e Direction principale du ministère de la défense, qui est responsable de la sécurité nucléaire du pays] ».

Le FSB n’a pas réussi à trouver les « militants » anarchistes. Mais The Insider, en revanche, l’a fait. Des représentants de l’Organisation militante des anarcho-communistes (BOAK) ont indiqué qu’ils avaient retenu des trains à destination d’une autre unité militaire, le #55443 près de Kirzhach (région de Vladimir), où se trouve l’arsenal de la Direction principale des missiles et de l’artillerie du ministère russe de la défense. « Malheureusement, le sabotage a été découvert dans la soirée du 25 juin. Toutefois, ont déclaré des représentants de la cellule à The Insider, même sous cette forme, l’acte de sabotage a nui à l’ennemi en retardant la circulation des trains transportant du matériel militaire et en causant des dommages économiques dus à la nécessité de reconstruire les voies ferrées. »

Selon les anarchistes eux-mêmes, leurs activités ont été largement inspirées par les actions des partisans biélorusses, qui ont résisté efficacement à l’invasion russe à travers le Bélarus au début de la guerre.

Alisa Zemlyanskaya
Publié par :
THE INSIDER 6 juillet 2022
Traduction : Patrick Le Tréhondat

Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 10) : Brigades éditoriales de solidarité 10
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—10-1-.pdf

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Guerre en Ukraine : « La ligne de front ressemble à la surface de la Lune »

Air pollué, sols contaminés, forêts coupées… La destruction de l’environnement se poursuit en Ukraine en raison de l’invasion russe. Un premier bilan difficile à quantifier pour l’activiste Yehor Hrynyk : le mouvement écologiste est en berne.
Yehor Hrynyk est biologiste et membre du groupe ukrainien de conservation de la nature, une association composée d’activistes et de scientifiques qui militent en faveur de l’environnement et pour la défense des forêts anciennes en Ukraine.

Reporterre — Où en est le mouvement écologiste en Ukraine ? Arrive-t-il à survivre malgré la guerre ?
Yehor Hrynyk —
 Avant le conflit, nous étions déjà peu nombreux et nous affrontions un pouvoir peu sensible à ces questions. Les autorités ukrainiennes sont « probusiness » et la corruption endémique qui frappe le pays n’a jamais aidé à améliorer les choses. La situation s’est évidemment aggravée avec la guerre. Une partie des militants écologistes, en majorité des femmes, ont fui le pays en partant à l’étranger et certains des hommes sont allés au front. Plusieurs militants se sont engagés dans l’armée et ne peuvent plus exercer leurs anciennes activités pour protéger l’environnement. Et avec le conflit, il est très difficile de critiquer le pouvoir. Une chape de plomb a recouvert le pays.

Nos efforts sont concentrés vers la guerre, dans l’objectif de contrer l’invasion russe. Face à l’urgence, les organisations écologistes se sont reconverties dans l’aide humanitaire, l’accueil des réfugiés ou le soutien à la défense militaire et civile. Les savoir-faire et les capacités de mobilisation de nos organisations ont été mis à profit. Nous devons mettre fin à la guerre et remporter la victoire.

Comment vivez-vous cette période ?
Les débuts de la guerre ont été très difficiles, même si l’on se préparait mentalement à la possibilité d’un conflit. L’organisation de nos collectifs et associations a été bouleversée. Avec ma famille, nous nous sommes réfugiés chez des camarades dans l’ouest de l’Ukraine, engagés comme nous dans la défense des forêts. Ils nous ont abrités pendant plusieurs semaines. Nous avons vécu à distance, dans un état de sidération, les premiers affrontements et bombardements russes. J’ai ensuite suivi une formation militaire pendant deux mois à Lviv, avant de reprendre mon activisme en faveur de l’écologie. Je crois être plus utile ainsi, en continuant à pratiquer ce que je sais faire. Je viens de retourner à Kiev et avec mes collègues, nous tentons d’interpeller la communauté internationale pour qu’ils renforcent les sanctions à l’encontre de la Russie. Nous recensons aussi les nombreuses atteintes à l’environnement — les incendies de forêt, les pollutions de rivières, les contaminations des sols — provoquées par la guerre. La destruction de l’environnement est une bombe à retardement dont nous devons tous prendre conscience.

Justement, six mois après le début du conflit, quel est le premier bilan que l’on peut faire sur le plan environnemental ?
Dans plusieurs régions, la situation est catastrophique. On manque de données pour recouper certaines informations, mais selon les chiffres délivrés par les autorités ukrainiennes, 3 millions d’hectares de forêts auraient été endommagés, plus de quarante dépôts pétroliers auraient été détruits au prix d’une intense pollution de l’air et de l’eau. Au total, d’après le ministère de l’Environnement, un tiers des aires protégées d’Ukraine serait menacé par la guerre. La moitié du territoire ukrainien — 300 000 km2 — aurait été polluée par les tirs et les bombardements russes.

C’est du jamais vu. Cela va avoir des conséquences sur le très long terme, tant sur la santé des populations que sur les écosystèmes. De nombreux territoires sont minés et les animaux sauvages en sont souvent les premières victimes. On parle notamment des dauphins, mais aussi des colonies d’oiseaux sur le littoral de la mer Noire et de la mer d’Azov comme le pélican blanc, le cormoran huppé ou la sterne caspienne. Dans les réserves naturelles, les détonations provoquent des feux. De nombreux incendies ont été répertoriés dans le pays. Leur superficie au printemps 2022 a été multipliée par quarante-cinq par rapport à l’an dernier.

Les Russes mènent une véritable politique de la terre brûlée. La ligne de front ressemble à la surface de la Lune. Tout est dévasté ! Dans les territoires occupés, les pompiers ont vu aussi leur matériel et véhicules détruits. À Tchernobyl, par exemple, lorsque l’armée ukrainienne a libéré le territoire il ne restait plus que sept camions-citernes contre plus d’une centaine avant l’invasion russe.

Comment répertoriez-vous ces dommages ?
Nous avons des remontées du terrain via la population ou les réseaux sociaux. Le ministère de l’Environnement fait également un recensement presque tous les jours, mais cela reste lacunaire. Il est encore difficile d’évaluer l’ampleur de certaines pollutions notamment chimiques ou atmosphériques. Les contaminations sont souvent invisibles à l’œil nu. Lorsque des sites industriels sont bombardés ou quand des bâtiments amiantés sont détruits, les substances toxiques se répandent dans l’environnement. Sans mesures scientifiques ou analyses fines, il est complexe de savoir leur degré de toxicité. Cela prendra des décennies à traiter.

D’autant que de nombreuses zones sont pour l’instant inaccessibles. Du côté russe, excepté les images satellites, nous avons très peu d’informations, la propagande ne laisse rien passer.

Vous dites aussi que la guerre a servi de prétexte au gouvernement ukrainien pour engager des réformes antiécologiques…
Notre gouvernement ne s’est jamais soucié de l’écologie. Il a toujours privilégié l’économie et les intérêts corporatifs et considéré l’environnement comme un frein au développement. La législation ukrainienne actuelle est très généreuse, voire laxiste envers les entreprises polluantes, les promoteurs et les spéculateurs fonciers. Avec la guerre, la situation s’est empirée. Les lobbies ont profité du chaos créé par le conflit pour affaiblir les réglementations environnementales ukrainiennes au détriment des communautés, du climat et des écosystèmes. La guerre a servi d’excuse à l’indifférence environnementale. L’écologie est vue comme une simple variable d’ajustement.

En mars dernier, le parlement ukrainien a ainsi adopté une série de lois néfastes. Il a par exemple voté la loi n°7144 qui rend désormais possible la coupe de bois dans les forêts protégées de début avril à mi-juin, alors que c’est une période critique pour la reproduction animale. L’industrie forestière s’opposait depuis longtemps à cette interdiction. Elle a récemment fait pression pour son annulation sous le prétexte de « soutenir les capacités défensives du pays ». Depuis, les autorités ont élaboré d’autres amendements pour simplifier encore davantage l’exploitation forestière.

Une autre loi a limité la visibilité et la portée des études d’impact environnemental, une autre a facilité la transformation de zones naturelles en zones agricoles et une autre encore a amoindri le statut de protection des anciennes forêts. Un « régime de couloirs » s’est mis en place. Tout se décide à huis clos dans les ministères. Les lois sont votées à la va-vite, sans débat et sans aucune concertation avec la société civile. Les associations écologistes ont appris l’existence du projet de loi n°7144 seulement neuf minutes avant son vote.

Ces lois ont-elles déjà eu des conséquences, notamment pour les forêts ukrainiennes ?
Oui, très concrètement en Ukraine, pendant les premiers mois de la guerre, les coupes de bois ont augmenté de 40% dans les entreprises forestières d’État. Cela a aussi légitimé le trafic illégal. Alors que l’économie est en berne, le gouvernement veut encore augmenter les prélèvements pour que les forêts participent à l’effort de guerre. Nous avons observé de nombreuses coupes abusives au bord des rivières ou dans des secteurs auparavant protégés, dans des forêts quasi primaires ou dans des réserves naturelles. C’est désolant. Rien que dans la région occidentale de l’Ukraine, les permis de coupe ont augmenté de 10 à 25% ces deux derniers mois. Le massif des Carpates, une des plus vieilles et plus grandes forêts d’Europe, est menacé.

C’est une métamorphose en profondeur. Pour faire face à la crise alimentaire, les autorités convertissent de plus en plus d’espaces naturels en champs. 300 000 à 500 000 hectares pourraient être concernés dans tout le pays.

Comment faire pour que la reconstruction de l’Ukraine soit écologique ?
L’Union européenne a un rôle politique majeur pour influencer dans le bon sens la reconstruction de notre pays. Elle doit être attentive à ce que les fonds investis en Ukraine soient associés à des contreparties écologiques, afin qu’ils ne financent pas des projets destructeurs et écocides. Avec vingt-cinq autres organisations environnementales, nous venons d’écrire une lettre à la Commission européenne pour lui demander de veiller à ce que l’initiative « Rebuilt Ukraine » — qui comprend plusieurs milliards d’euros de subventions et de prêts — soit assortie de conditions environnementales solides. Nous exigeons aussi que la société civile ukrainienne soit pleinement associée à cette plateforme et qu’elle puisse contrôler et surveiller la distribution de cette manne financière.

La guerre a provoqué une immense solidarité au sein de la société ukrainienne. Elle a réveillé en nous un profond sentiment de puissance. La population s’est auto organisée et s’est enfin sentie capable de changer les choses depuis la base. J’espère que nous reconstruirons notre pays ensemble de manière plus juste et écologique.

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PORTFOLIO. Oleksy Kustovsky (KUSTO)

Né en 1971, Oleksy Kustovsky (KUSTO) est un célèbre caricaturiste ukrainien. « Mes caricatures anti-guerre ne contiennent pas de légendes ni de textes explicatifs », dit-il. « Elles parlent toutes de l’inutilité du racisme, du fascisme de Poutine, de l’idiotie des représentants de l’Homo putinus et de leur évolution sans issue. »
Sur Instagram : https://www.instagram.com/kusto_cartoon

Et sur Cartoon Movement : https://cartoonmovement.com/cartoonist/520

https://www.leshumanites-media.com/post/dans-l-enfer-absolu-d-olenivka

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Mobilisations au Japon

Les radicaux du Japon protestent activement contre l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Ce sont les héritiers de la Ligue étudiante de Dzengakuren (Fédération japonaise des associations d’autonomie étudiante), qui a été à l’origine des mouvements locaux et mondiaux de « nouvelle gauche » dans les années 1960 (même alors leurs protestations ont ins-piré d’autres mouvements antiguerre à travers le monde).

Ils s’opposent aussi fermement à l’impérialisme russe qu’ils s’opposaient à la renaissance du militarisme japonais et de la présence militaire américaine Oui, ils ont immédiatement condamné l’attaque de la Russie le 24 février, et depuis lors leitmotiv de la bonne moitié des articles de leur hebdomadaire, c’est la solidarité avec le peuple ukrainien, contre la guerre de Poutine, la condamnation des occupants russes et la critique des staliniens de la gauche qui refuse de soutenir les victimes de l’agression impérialiste.

25 février : les étudiants de Zengakuren sont sortis pour une action sthíjnu à l’ambassade de Russie à Tokyo (banderole centrale : « Arrêtez l’invasion russe de l’Ukraine ! ») ;
5 mars : les étudiants militants solidaires se sont joints à la manifestation organisée par les Ukrainiens vivant au Japon;
5 mars : les militants de la section japonaise la 4e Internationale, la Ligue communiste révolutionnaire du Japon, près de la gare de Shinjuku à Tokyo, la jonction ferroviaire la plus fréquentée au monde, expliquent aux passants pourquoi il vaut la peine de soutenir l’Ukrainien assistance ;
17 mars : travailleurs et étudiants militants antiguerre sont devant l’ambassade russe ;
19 juin : une autre journée d’action étudiant-travailleur : des militants de gauche ont organisé des manifestations à Okinawa, Osaka et d’autres villes japonaises
– dont une manifestation au centre-ville de Tokyo (symboliquement, la police a la lettre « Z » sur ses casques). Parmi les banderoles ; « Briser l’agression russe en Ukraine ».

8 juillet 2022, Page Facebook de Sotsialniy Rukh (Mouvement social)

Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 10) : Brigades éditoriales de solidarité 10
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—10-1-.pdf

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Solidarité internationale galloise

L’Ukraine a reçu la visite d’un représentant de la campagne de solidarité avec l’Ukraine et d’une figure de la gauche et du mouvement ouvrier gallois, Mick Antoniw. Mick était accompagné de son camarade Wayne Thomas du syndicat des mineurs (NUM). Ils ont apporté une cargaison précieuse (une voiture et bien d’autres choses) au profit de la résistance ukrainienne. À Lviv, ils ont également rencontré Sergey Junak du syndicat des mineurs des houillères et Andrei Denysenko, commandant de l’un des bataillons de défense territoriale.

« Sotsialniy Rukh exprime sa gratitude à nos camarades gallois qui soutiennent le mouvement ouvrier en Ukraine depuis de nombreuses années et qui, depuis l’agression armée de la Fédération de Russie, ont apporté une contribution tout simplement inesti- mable à la protection de notre peuple. »

De son côté, le même jour, le syndicat britannique GMB déclarait : « Les responsables de GMB et d’autres syndicats ont livré des véhicules et du matériel médical à l’Ukraine. Le véhicule lourd 4×4 pick-up destiné à leurs homologues ukrainiens sera utilisé par un bataillon la défense territoriale, basé dans l’est de l’Ukraine. Il s’agit de la première de plusieurs livraisons prévues par les syndicats britanniques. […] En plus du véhicule, l’équipe syndicale a apporté du matériel médical, notamment des garrots, et des produits sanguins utilisés pour traiter les blessés, ainsi que des torches et des pneus de rechange indispensables pour le véhicule. » Barbara Plant, la présidente de GMB, a déclaré : « GMB a de fortes valeurs internationalistes et nous sommes heureux d’avoir pu sou- tenir le convoi de travailleurs vers l’Ukraine. GMB est fier de soutenir les travailleurs ukrainiens dans leur lutte pour la liberté contre l’agression brutale de Poutine. C’est pourquoi, il est essentiel que les syndicats britanniques fournissent une aide morale et matérielle à ceux qui sont en première ligne. »
29 juillet 2022

Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 10) : Brigades éditoriales de solidarité 10
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—10-1-.pdf

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Liens avec d’autres textes

Jean-Marc Adolphe : De bric et de broc. Ukraine : le pseudo « rapport » d’Amnesty International
https://www.leshumanites-media.com/post/de-bric-et-de-broc-ukraine-le-pseudo-rapport-d-amnesty-international
Régine Kerzmann : Pointée du doigt par Kiev, la responsable d’amnesty en Ukraine démissionne
https://lpost.be/2022/08/06/pointee-du-doigt-par-kiev-la-responsable-damnesty-en-ukraine-demissionne/
Message de démission d’Oksana Pokalchouk, directrice d’Amnesty International Ukraine
https://www.facebook.com/100063746679266/posts/pfbid02pZy2cAyJpdNj37b9WUQm48WAprbeYRiaywYo3NGiKGqX6J8BKZwCxmRPg9Ru7SKal/?sfnsn=scwspmo
Taras Bilous sur le « rapport » d’Amnesty
« 
Je pense que si nous séparons calmement les faits arides du récent rapport d’Amnesty du mode de présentation et de communication, il est alors possible de tirer de bonnes conclusions sur l’armée ukrainienne. Chaque armée en guerre peut être critiquée pour quelque chose. Mais voici le premier rapport d’une organisation de défense des droits de l’homme, qui critique les actions de l’armée ukrainienne, et qu’y voyons-nous ? « Forces ukrainiennes situées dans les zones civiles. » Ceci est publié alors que l’État tente d’évacuer toute la population de la région de Donetsk. Le rapport mentionne Lysychansk, mais l’évacuation a commencé en mars. Amnesty ne mentionne aucun crime de guerre commis par des Ukrainiens, mais mentionne à plusieurs reprises des crimes de guerre russes. Eh bien, après toutes les atrocités commises par l’armée russe, cela aurait pu être bien pire. L’armée ukrainienne aurait pu agir beaucoup plus brutalement [The Ukrainian military could start to act much more brutally]. Et très probablement plus tard, nous apprendrons des choses pires. Mais je pense qu’on peut dire que ce rapport confirme indirectement que le pire n’est pas systématique. Et cela correspond à ce que je vois et à ce qu’écrivent les journalistes ukrainiens et les militants des droits de l’homme. Il semble que l’armée ukrainienne ait désormais beaucoup moins de « péchés » qu’en 2014-15. Mais rien de tout cela ne nie l’arrogance d’Amnesty et son manque de compréhension du contexte dans la préparation et la communication de ce rapport et dans la réponse à la réaction à celui-ci. Et il est dommage qu’en raison de la bureaucratie et de l’arrogance de la direction d’Amnesty, Oksana Pokalchuk, l’ancienne chef de la branche ukrainienne d’Amnesty, qui a fait preuve pendant de nombreuses années d’un grand courage, de cohérence et de professionnalisme dans la protection des droits de l’homme en Ukraine, ait été contraint de démissionner. »
Traduction PLT
Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine
Volumes 1 à 10. Pour réagir à l’agression de la Russie poutinienne contre l’Ukraine, le CETRI (Louvain-la-Neuve) et le Réseau syndical international de solidarité et de luttes, les éditions Syllepse (Paris), Page2 (Lausanne) et M Éditeur (Montréal), les revues New Politics (New York), Les Utopiques (Paris) et ContreTemps (Paris), les sites À l’encontre (Lausanne), Europe solidaire sans frontières et le blog Entre les lignes entre les mots (Paris) se sont associés pour coéditer Liberté et démocratie pour les peuples d’Ukraine.
Ci-dessous les volumes 1 (publié le 3 mars), 2 (publié le 10 mars), 3 (publié le 22 mars), 4 (publié le 10 avril), 5 (publié le 22 avril), 6 (publié le 9 mai), 7 (publié le 23 mai), 8 (publié le 7 juin), 9 (publié le 30 juin) et 10 (publié le 4 août) de ce livre collectif.
https://www.cetri.be/Liberte-et-democratie-pour-les
La journaliste russe Marina Ovsiannikova, opposée à la guerre en Ukraine, a été arrêtée et placée en détention provisoire à Moscou
Elle a été interpellée mercredi pour avoir manifesté devant le Kremlin, le 15 juillet, et qualifié notamment Vladimir Poutine d’ « assassin ». Elle encourt dix ans de prison pour « diffusion de fausses informations » sur l’armée, dans le cadre d’une procédure pénale.
https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/vladimir-poutine/guerre-en-ukraine-la-journaliste-russe-marina-ovsyannikova-annonce-faire-l-objet-d-une-enquete-penale-pour-faux-visant-a-discrediter-l-armee_5302099.html
Guerre en Ukraine : après les explosions à la prison d’Olenivka, les proches des prisonniers ukrainiens sont toujours sans nouvelles
Une cinquantaine de soldat de l’armée ukrainienne sont morts dans les explosions survenues le 29 juillet à la prison d’Olenivka où ils étaient détenus. Leurs proches ont manifesté dans le centre de Kiev pour exiger des nouvelles et un traitement digne des prisonniers de guerre par la Russie.
https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/reportage-guerre-en-ukraine-apres-les-explosions-a-la-prison-d-olenivka-les-proches-des-prisonniers-ukrainiens-sont-toujours-sans-nouvelles_5294524.html

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Tous les textes précédemment publiés 
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :
https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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