Salut tantine Déwé… Une grande femme kanak nous a quittés. Hommage à Déwé Gorodé

Déwé Gorodé est décédé dimanche 14 août à l’hôpital de Poindimié à 73 ans des suites d’une longue maladie… Elle qui, comme tant d’autres, a milité sans relâche pour l’indépendance kanak, sera partie sans l’avoir vue rejoindre Marcel, Marc et tous les autres membres de sa famille déjà partis au pays des ancêtres.. Une de plus à la longue listes des militant·e·s parti·e·s sans avoir eu le bonheur de voir l’indépendance pour leur pays en raison des trahisons des gouvernements français successifs.

Par cette image à Saint-Malo, le 25 mai 2012 à l’occasion du Salon des grands voyageurs où elle avait été invitée, je veux me souvenir de Déwé en terre bretonne, autre pays où les langues locales ne furent pas toujours reconnues par l’État français et nous avions parlé de la visite de Jean-Marie Tjibaou dans les écoles Diwan où je l’avais accompagné à l’époque, dans la deuxième moitié des années 1980 (https://www.diwan.bzh).

Ce fut pour moi l’occasion de nous promener entre Saint-Malo et le Cap Fréhel où je suis, pour lui faire découvrir un peu la Bretagne des Côtes d’Armor, et de partager un repas avec ma mère et mon fils (Déwé allant cueillir quelques fleurs bretonnes sur les deux autres photos). Ces images pour lui rendre un dernier hommage.

Toutes mes pensées vont à son fils Téâ Pûrûê qui a pris soin de sa mère avec amour et dévouement pendant de longues années.

Déwé était pour moi une tantine, une grand-mère pour mon fils…

C’est une grande perte pour le pays kanak, elle qui a milité depuis toujours pour l’indépendance, le droit des femmes et pour une citoyenneté partagée. Elle était aussi une poétesse et une écrivaine du Pacifique, une défenseure aussi des langues kanak, dont le paicî et l’ajië, ses langues natales. Elle fut à l’origine de la création de l’Académie des langues kanak et de la diffusion de l’enseignement des langues dans les établissements scolaires calédoniens par deux lois de pays (voir ci-dessous).

Au message annonçant son décès aux amis communs, Anne Tristan m’envoie ce message :
« Pour toutes les femmes du monde abusées, violentées, pour tous les peuples premiers en lutte pour leur liberté et la reconnaissance de leur culture, Déwé Gorodé est une source d’inspiration et d’espérance. Les traces qu’elle laisse resteront longtemps lumineuses pour ceux qui veulent les regarder. Je suis malgré tout triste de son départ. » (email du 15 août 2022)

Une rencontre importante
J’ai rencontré Déwé à la suite des événements de 1984 lorsque je suis arrivée pour la première fois à Cii, à Ponérihouen, où elle résidait avec son mari Marcel Pourouin et ses deux enfants, Albert et Marc, en juillet 1985. Elle y avait fondée une École populaire kanak suivant les consignes de boycott de l’école coloniale du congrès FLNKS de Nakéty de février¿ 1985. Avec Mehdi Lallaoui et Luc Tutugoro, nous étions en transit entre deux conventions FLNKS pour préparer les élections régionales du statut Fabius, celle de Houaïlou pour la région Centre et celle de Wagap pour la région Nord, vers juillet 1985. Nous avions dormi au village de Ponérihouen, puis au matin nous sommes allées rendre visite à Déwé.

Déwé disait souvent qu’elle n’aimait pas les « …logues », terme par lequel elle désignait bon nombre de chercheur·e·s le plus souvent métropolitains qui pensaient en savoir plus sur les Kanak que les Kanak eux-mêmes. Mes premières rencontres étant en tant que militantes anticolonialistes et membre de l’AISDPK ont sans doute grandement influé sur nos relations. J’aimais à croire qu’elle ne me mettait pas dans le même panier que tous ces « logues » car nous nous rencontrions en France (salon du livre de Paris à plusieurs reprises, salon du livre insulaire de Ouessant en 2002 où nous étions toutes deux invitées, salon des Grands voyageurs de Saint-Malo, ou lors de ses passages à Paris pour aller accompagner un groupe de femmes kanak visiter les femmes du Mali…) ou nous partagions de longs moments au pays, notamment à la maison à Cii où j’ai passé de nombreux mois de mission, en famille. Elle passait aussi du temps à parfaire mon écriture des patronymes et toponymes paicî lors de mes enquêtes généalogiques (années 1990).

Militante de l’indépendance kanak et de la défense des femmes
Militante kanak de la première heure, elle avait fondé en 1974 avec Gaby Moentéapo et Élie Poigoune le « Groupe 1878 » qui préfigura en partie le Palika (parti de libération kanak) dont il fut membre actif durant de nombreuses années. Elle avait aussi créé avec Nidoïsh Naisseline, en 1969, les Foulards rouges, mouvement né sous l’impulsion d’étudiants kanak rentrés de métropole après Mai 68 (en particulier de Nidoïsh Naisseline avec des Kanak surtout originaires des îles Loyauté que sont les groupes Atsai d’Ouvéa, Ciciquadry de Lifou, Wayagi de Maré). Création également du Groupe 1878 par des jeunes de la Grande-Terre, dont Élie Poigoune, Gabriel Moentéapo, Edmond Koataida, Gaston Bélouma, Raoul Boacou, Baptiste Chanéné, Déwé Gorodé et Sylvain Néa ; Déwé Gorodé était aussi membre des Foulards rouges et en fut d’ailleurs la première présidente (voir https://doi.org/10.4000/jso.9574). Déwé était la cadette de Nidoïsh de trois ans et ils avaient été emprisonnés en même temps (voir la photo p. 123 les montrant tous deux au pied du tribunal lors de leur procès du 5 novembre 1976, voir https://doi.org/10.4000/jso.7855). C’est Maître Jean-Jacques De Félice qui avait assuré leur défense.

En juillet 1975, elle participe à la création du Parti de libération kanak (palika) qui rassemble des indépendantistes radicaux. Ils appellent à l’émancipation, si besoin par la lutte, et reprennent des thèses marxistes se prononçant pour la mise en place après l’indépendance d’un système d’économie collectiviste. Parmi ses membres fondateurs figurent Nidoïsh Naisseline des Foulards rouges, Élie Poigoune, Gabriel Moentéapo, Edmond Koataida, Déwé Gorodé et Sylvain Néa (du Groupe 1878) (voir https://doi.org/10.4000/jso.9574).

En novembre 1979, avec Yann Céléné Uregei, Roch Déo Pidjot et André Gopéa, Déwé Gorodé se rend à l’ONU pour le Front indépendantiste tout nouvellement créé. Elle fit de nombreuses deux autres voyages pour défendre la cause kanak à travers le monde.

Militante aux Foulards rouges, puis au sein du Groupe 1878, l’auteur kanak Déwé Gorodé était aussi, pour ces mêmes raisons, farouchement opposée au festival Mélanésia 2000 de 1975 car les militants du PALIKA (Groupe 78, Foulards rouges) y voyaient une folklorisation de la culture kanak et un contrôle de l’État sur l’identité kanak :

« […] les premiers contacts que nous avons eu avec Jean-Marie Tjibaou, c’était pour la préparation du Festival Mélanésia 2000, avec lequel le Groupe 78 n’était pas du tout d’accord. Je me souviens d’une réunion qu’on a eue avec J.-M. Tjibaou pour lui exposer notre point de vue. On n’a pas du tout participé au Festival. On a même dénoncé le Festival. On ne comprenait pas pourquoi on allait faire danser les Kanak là-bas alors qu’on aurait mieux fait de leur parler des revendications de la terre, parce qu’une fois qu’ils auraient dansé là-bas, pour les touristes, le lendemain ils retourneraient dans leur tribu avec les problèmes d’alcool, de chômage. Pour nous, ce n’était pas le moment de les voir danser. » (Gorodé, 1998 : 77)

Ses responsabilités au gouvernement
Sa première élection date du 9 mai 1999, à l’assemblée de la province Nord. C’est l’une des premières femmes élue dans cette assemblée. Du 3 avril 2002 au 13 novembre 2002, elle fut vice-présidente du deuxième gouvernement en tant que FLNKS-UNI-PALIKA avec Pierre Frogier (RPCR) président. Puis du 28 novembre 2002 au 9 mai 2004, elle fut dans les mêmes fonctions du troisième gouvernement toujours sous la présidence de Pierre Frogier. Elle fut ensuite membre des quatrième et cinquième gouvernement, toujours vice-présidente, respectivement le 10 juin 2004 et du 24 juin 2004 au 23 juillet 2007, sous la présidence de Marie-Nöelle Thémereau (Avenir ensemble). Puis, une nouvelle fois vice-présidente du septième gouvernement (21 août 2007-10 mai 2009) de Harold Martin président (Avenir ensemble).

Au sein des gouvernements successifs de Nouvelle-Calédonie, elle fut en charge de divers secteurs, qui vont de la Culture, la Jeunesse et Sports… à la condition féminine, la solidarité et de la citoyenneté. Elle fut aussi en charges des Affaires coutumières et des relations avec le Sénat coutumier. Elle a été l’une des chevilles ouvrières de la mise en place des signes identitaires et de l’enseignement des langues vernaculaires prévus par l’accord de Nouméa, grâce à des lois de pays. Cela aboutit notamment à la création de l’académie des langues kanak (17 janvier 2007) et à la mise en place du comité de pilotage pour les signes identitaires (dessins des billet de banque, hymne national, devise, drapeau et nom du pays) et instauration du 24 septembre, jour de deuil kanak car anniversaire de la prise de possession de 1953, en jour de la citoyenneté partagée. Malheureusement, aucun consensus n’a pu se dégager sur le drapeau et le nom du pays.

Ne disait-elle pas déjà en décembre 2004, en tant que vice-présidente du gouvernement de Nouvelle-Calédonie chargée de la Culture, Condition féminine et Citoyenneté au Centre culturel Tjibaou à Nouméa en introduction au colloque CORAIL 2004 Lieux communs et représentations dans le Pacifique insulaire (Nouméa, 1er-3 décembre 2004) :

« être Âji ÂboroDö Kâmo ou être véritablement humain, c’est aussi être prêt à partager avec les autres, “victimes de l’histoire” [1] d’hier et citoyens de notre pays de demain. […] sur notre chemin vers la citoyenneté […], “l’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun”. » (Nouméa, Centre culturel Tjibaou, 1er décembre 2004, cité in Leblic, 2007 : 271)

Elle s’est rendue le 2 février 2006 à Paris au Ve Comité des signataires de l’accord de Nouméa, sous la présidence de François Baroin, ministre de l’Outremer. Les signataires présents sont : Pierre Frogier, Bernard Deladrière, Harold Martin, Paul Néaoutyine, Victor Tutugoro, Charles Pidjot et Rock Wamytan. Les présidents de province (Philippe Gomès pour le Sud et Hneko Hnepeune pour les Îles), du congrès et du gouvernement (Déwé Gorodé, vice-présidente) avaient été invités. Cette fois-ci encore, quatre délégations sont présentes : deux côté indépendantiste, conduites respectivement par Paul Néaoutyine et Charles Pidjot et, deux côté non-indépendantiste, menées par Pierre Frogier et Harold Martin. Parmi les questions traitées, il est celle du corps électoral spécial pour l’élection du congrès et des trois assemblées provinciales qui dure depuis 1999. À l’ordre du jour également, les transferts de compétences, la modification de la loi organique du 19 mars 1999, l’emploi local et l’immigration, les contrats de développement 2006-2010 et les projets miniers industriels. Sur cette dernière question, tous ont noté l’aboutissement du préalable minier qui constituait un enjeu politique majeur.

Écrivaine et poétesse kanak
Dans cette société à tradition orale, Déwé a choisi de s’exprimer par ses écrits, que ce soit des poèmes ou des romans, peut-être parce qu’il était aussi plus difficile à une femme de prendre la parole à cette époque… Mais cela ne m’empêcha nullement de militer dès son plus jeune âge.

Elle avait fait des études de lettres en France à l’université de Montpellier où elle obtint une licence de lettres modernes en 1973, puis fut enseignante de français dans le privé, au lycée catholique Thabor du Mont-Dore en 1974-76, puis à Do Neva, lycée protestant à Houaïlou qu’elle quitta en 1985 pour fonder l’EPK de l’Embouchure. Elle y retourna en 1988 jusqu’en 1996 où elle enseigna alors au lycée public de Poindimié (1996-1997). Elle y enseigna aussi les langues et cultures kanak, notamment paicî. Alors élue à l’assemblée de la province Nord et donc au congrès du territoire à Nouméa, elle donne des cours d’histoire de la littérature du Pacifique et de littérature mélanésienne contemporaine à l’Université de la Nouvelle-Calédonie (1999 à 2001).

Le 9 novembre 2009, elle a reçu l’insigne de Chevalier des Arts et des lettres.

Mi-octobre 2013, elle est venue pour l’inauguration de l’exposition Kanak, l’art est une parole au musée du Quai Branly. Nous devions la rencontrer pour parler d’Ataï pour un film en cours. Ce fut l’occasion d’une rencontre filmée avec elle, Mehdi Lallaoui et moi-même. Elle nous fit faire une visite commentée de l’exposition, en s’arrêtant ici et là devant tel ou tel item pour nous le commenter. Résultat, devant la richesse de tout ce que nous avait raconté Déwé, nous en avons fait un film Ancêtres kanak à Paris diffusé par la Société des océanistes.

Bon voyage chère Déwé au pays des ancêtres. Nous ne t’oublierons jamais et tu auras marqué de façon forte et indélébile la lutte indépendantiste, les luttes des femmes et les luttes citoyennes. Ton parcours exemplaire force le respect de toutes et tous.

Isabelle Leblic, Fréhel, 15 août 2022

[1] Depuis la table ronde de Nainvilles-les-Roches (juillet 1983), qui rassembla, dans un but de réconciliation des communautés du territoire, des représentants notamment du RPCR, de la FNSC et du FI, le FI puis le FLNKS parlent des “victimes de l’histoire” pour désigner les personnes nées sur le territoire dont l’un des parents au moins y est né.

Références citées
Lallaoui Mehdi, avec Isabelle Leblic, 2013. Ancêtres Kan ak à Paris. Musée du quai Branly, 2013. DVD Cinéma des Océanistes 1, Société des océanistes (http://www.oceanistes.org/oceanie/boutique/ancetres-kanak-a-paris/).
Leblic Isabelle, 2018. Chronologie de Kanaky Nouvelle-Calédonie (1774-2018). Version revue et augmentée en 2018, Journal de la Société des Océanistes 147 pp. 529-564 (https://doi.org/10.4000/jso.9574).
Leblic Isabelle, 2017. Miscellanées : Itinéraire d’un « grand chef » kanak indépendantiste, Journal de la Société des Océanistes 144-145, pp. 345-352 (https://doi.org/10.4000/jso.7855)
Stefanson Blandine, 1998. Entretien avec Déwé Gorodé, Notre Librairie. Revue des littératures du Sud : Littérature de Nouvelle-Calédonie 134, pp. 75- 86.

https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/150822/salut-tantine-dewe-une-grande-femme-kanak-nous-quittes-hommage-dewe-gorode

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Discours d’ouverture Journée de la Citoyenneté 24 septembre 2011 – Pwixée – Balade – POUEBO

Ensemble assumons notre histoire commune !

Messieurs les grands Chefs et les notables de la grande chefferie Téâ Vuuma, Monsieur le représentant de l’Etat, Messieurs les Députés, Messieurs les Présidents du gouvernement, du Congrès, du Sénat Coutumier, des 3 Provinces et des Conseils d’aires, Messieurs les Maires,

Messieurs les coutumiers, Mesdames, Messieurs,

« Nous débarquâmes sur une plage de sable devant un grand nombre de gens, qui s’étaient rassemblés sans autre intention que de nous voir, car la plupart d’entre eux n’avaient pas même un bâton en main, aussi fûmes-nous reçus avec une grande courtoisie, et avec cette surprise naturelle de la part de gens qui voient des hommes et des choses nouvelles pour eux que nous pouvions l’être ».

« Le terrain près de ce village était soigneusement cultivé : on y voyait des plantations de cannes à sucre, de bananiers, d’ignames et autres tubercules ; il était irrigué par des petits canaux dirigés avec art en partant de la rivière, dont la source était dans les collines ».

« D’une pirogue de pêche qu’ils rencontrèrent alors qu’elle revenait des récifs, ils obtinrent autant de poissons qu’ils purent en manger ; et ils furent reçus par Ti Bi, le chef de l’île de Balabio et son peuple qui vint en grand nombre pour les voir et les reçus avec une grande courtoisie. Afin de ne pas être trop pressés par la foule, nos gens tracèrent une ligne sur le sol, et firent comprendre qu’on ne devait pas la dépasser. Cette restriction fut observée ; et un indigène, peu après, la tourna à son avantage. Il avait quelques noix de coco, que l’un des nôtres voulait lui acheter et qu’il ne voulait pas vendre ; alors il se retira, mais fut suivi par celui qui les désirait. Voyant cela, il s’assit sur le sable, traça un cercle autour de lui, comme il l’avait vu faire par nos gens, et fit signe à l’autre de ne pas la franchir ; ce qui fut effectivement respecté. Comme cette histoire est bien attestée, je n’ai pas trouvé indigne qu’elle trouvât place dans ce journal. »

« Ils ressemblent, quant au tempérament, aux indigènes des Iles des Amis ; mais ils les surpassent en affabilité et en honnêteté. »

« Les femmes de ce pays, ainsi que celles de Tanna, sont, pour autant que j’ai pu en juger, beaucoup plus chastes que celles des îles orientales. Je n’ai jamais entendu dire que l’un de nos gens ait obtenu la moindre faveur de l’une d’elles».
Extraits du Journal du Capitaine COOK – septembre 1774.

Ce sera d’Entrecasteaux, à la recherche de La Pérouse, arrivé sur ces mêmes lieux, en mai 1793 dans d’autres conditions, qui utilisera le terme de « Sauvage » avec un grand S et tout le champ lexical à caractère péjoratif que nous connaissons bien. Et ainsi, près d’un siècle plus tard, pour les besoins du bagne, comme l’indique la première phrase du Préambule de l’Accord de Nouméa, « Lorsque la France prend possession de la Grande-Terre, que James Cook avait dénommée « Nouvelle-Calédonie », le 24 septembre 1853, elle s’approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique, elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l’année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux. »

C’est pourquoi le même préambule, en son troisième alinéa du point 4 stipule qu’« Il est aujourd’hui nécessaire de poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun ».

Je cite tout ceci pour nous rappeler que si aujourd’hui, nous devons ensemble, assumer notre histoire commune nous devons aussi continuer à construire la citoyenneté de notre pays, au-delà de toute contingence quelle qu’elle soit ! « Soyons unis, devenons frères » comme chante notre hymne dans cette « Terre de parole, terre de partage » de notre devise !

Car être citoyen, c’est assumer ses droits et ses devoirs envers ses concitoyens et envers son pays dans une relation humaine d’égal à égal, en vue d’une société juste, fraternelle et solidaire. Je termine en vous remerciant toutes et tous d’être là aujourd’hui pour assumer ensemble notre histoire commune.

Un grand merci enfin à la grande chefferie Téâ Vuuma, au conseil d’aire Hoot Mâ Whaap, à la commune de Puévo, à Duban Kabé, à l’Etat, à la Province Nord et au comité de la Citoyenneté qui nous accompagne pour cette Journée depuis longtemps, à tous les organisateurs des espaces de rencontre, de partage et de débats de Pwârâiriwâ, de Nessaju – Burai, de La Foa, de Dumbéa, de Iaai – Uvéa, du Centre Culturel Tjibaou, du Musée de Nouméa et de la Place du Mwâka où se clôturera notre semaine consacrée à la citoyenneté, samedi prochain, le 1er octobre 2011.

Déwé GORODEY, Membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie en charge de l’animation et du contrôle des secteurs Citoyenneté, Culture et Condition Féminine 09/2011

Télécharger le texte au format Pdf : discours-dewe-gorodey-douverture-fete-citoyennete-2011

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Salut tantine Déwé… Une grande femme kanak nous a quittés. Hommage à Déwé Gorodé »

  1. Non Dewe n’est pas morte. Elle est passée de l’autre côté du miroir. Son esprit vif alerte nous épie ironique sardonique. Avec sa gouaille sa verve anguille insaisissable entre extérieur et intérieur, visible et invisible. Son génie nous regarde gai joyeux supérieur condescendant ; les aveugles-borgnes et nombreux flics des ordres des colonies, chaussés de leurs lunettes scolaires, n’entrevoient rien pas même son œuvre. Monumentale. Oui une œuvre monumentale. Puissante persistante persévérante. Le grand Tjibaou a pratiqué inventé recomposé la politique. Seul Aimé Césaire l’avait vu. François Mitterrand entrevu. La reformulation permanente. Notre Déwé elle a innové en littérature et a recomposé à elle seule toute la littérature kanak contemporaine. Elle a réconcilié ce qui compose la force du discours : poésie et histoire. Une interprétation poétique de l’histoire. Une militante oui certes. Mais une militante de ce que le philosophe français Michel Foucault appelait une politique de la vérité. Oui Déwé a donné du sens du contenu de la saveur au concept mou fade de citoyenneté. Elle a permis aux autres composantes de prendre une place active dans l’espace politique en cours de constitution. Oui Déwé est unique. Femme une vraie de vraie féministe. De sa verve contre les temps qui courent tenant tête aux hommes les plus hauts les plus craints les plus respectables les mieux institués. Du haut de leur arrogance certitude se parant des titres. Comment mais comment ne pas voir tout ce qu’elle a fait aux services des autres ! Un jour les historiens montreront la densité et élégance de sa pratique politique. Exigeante elle l’était au point d’énerver les certitudes des uns et les normalités des autres. Oui de l’invisible proche visible oui Déwé on te sait toujours là où les autres croient que tu n’es pas. Oui grande sœur amie camarade grande dame du Pays oui nous ne sommes pas tristes. On te sait là. Un jour tu m’as demandé en silence presque de préfacer les œuvres complètes de ton père Waïa. Oui je tiendrai promesse par-delà les faux-semblants les appétits de gloire. Pour l’émancipation pour la grandeur universelle de ta culture et de ton histoire kanak. Que tu sus partager avec générosité et fermeté. Oui je le ferai. Au nom de l’universel contenu dans le singulier.
    Au revoir Amie. Impossible de t’oublier. Je sais que de l’éternité je te sens présente et je te devine encore plus proche, de la proximité du mouvement réel vrai, des dui des mwâken des ancêtres, tout juste à côté de nous. Toujours là en-deçà et au-delà. Il est un temps pour tout. Je parlerai de tes magnifiques de tes splendides de tes insolites écrits. Au moment voulu. Là l’instant est à celui des bribes. Dont voici une première.

    Hamid Mokaddem le 19 août 2022
    https://www.courtechel-transit.org/2022/08/hamid-mokaddem-parle-de-dewe-gorodey.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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