Le mépris et la stigmatisation au service de la désinformation

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Édito

« Dès le lendemain de l’élection présidentielle, les chiens de garde se sont acharnés contre l’union de la gauche aux législatives. Jusqu’au 12 juin, date du premier tour, tous les coups furent permis : mépriser et délégitimer, stigmatiser, traquer. Sur leur lancée, les éditocrates ont poursuivi leur campagne jusque dans l’entre-deux-tours (lire, à ce sujet, notre article dans Le Monde diplomatique de juillet).

Les défenseurs de l’ordre médiatique peuvent sabrer le champagne : les forces politiques qui portaient des propositions de transformation démocratique des médias resteront minoritaires à l’Assemblée nationale. Pour autant, l’heure n’est (toujours) pas à la démobilisation. Emmanuel Macron, dont le premier quinquennat a été marqué par de multiples attaques contre la liberté d’informer (voir notamment le Médiacritiques n°33), poursuit sur sa lancée. Dernière vilénie en date : la suppression de la redevance audiovisuelle, qui fragiliserait davantage un audiovisuel public déjà à bout de souffle.

Parallèlement, la concentration des médias continue de s’aggraver : alors que quelques milliardaires se partagent déjà la plupart des médias dominants, TF1 et M6 s’apprêtent à fusionner. Pendant ce temps, et ce n’est pas sans lien, tous se pâment devant le jubilé d’Élisabeth II – c’est que « c’est une émotion incroyable pour le monde entier de voir la reine », peut-on entendre sur BFM-TV. Et après nous, le déluge.

Le panorama ne serait pas complet sans un retour sur ce qui a occupé les antennes depuis février : la guerre en Ukraine. Parmi les traits saillants d’une couverture massive : une solidarité médiatique envers les Ukrainiens exilés qui dénote franchement avec le traitement réservé habituellement aux réfugiés, un sensationnalisme et quelques imprécisions, ou encore une psychologisation et une dépolitisation des enjeux internationaux.

L’heure n’est toujours pas à la démobilisation, disions-nous. Que l’on pense au journaliste de BFM-TV Frédéric Leclerc-Imhoff tué en Ukraine, à la reporter palestinienne Shireen Abu Akleh assassinée par l’armée israélienne, ou à Julian Assange, dont l’extradition a été approuvée par la ministre britannique de l’Intérieur, le constat est alarmant : le droit d’informer est bafoué aux quatre coins du monde.

La critique des médias, elle, se démocratise et se répand… hors les médias dominants, ces derniers ne goûtant guère que l’on s’occupe de leurs affaires. Exemple exemplaire : en février sur C8, un Cyril Hanouna en quête de légitimité journalistique tirait à vue sur une chercheuse du CNRS (Claire Sécail) ayant l’outrecuidance d’analyser l’émission « Touche pas à mon poste ».

Concentration des médias, cabotinage en boucle, journalisme de préfecture, précarisation des conditions de travail des journalistes… Ces phénomènes, et bien d’autres, l’association Acrimed les critique depuis 1996. Pour continuer à déconstruire les cadrages médiatiques et à élaborer des propositions de transformation des médias, nous avons lancé, comme chaque printemps, un appel à dons. Pour une critique des médias indépendante et radicale, aidez-nous à continuer le combat pour faire de la question des médias une question politique ! »

Anatomie d’une campagne médiatique contre la gauche, en trois mouvement :
1 Mépriser, délégitimer. L’Union populaire n’adviendra pas
2 Stigmatiser. Haro sur les « islamo-gauchistes » et les « wokes » !
3 Traquer. Sus aux « déviants » de la social-démocratie !

Certaines orientations et propositions sont directement considérées par les éditocrates comme illégitimes, nuisibles, dangereuses, irréalisables. Il convient en premier lieu de souligner que jamais ces « journalistes » n’expliquent d’où iels parlent, quels sont leurs choix sociaux et politiques, par qui et pourquoi iels sont payés. Ces personnes s’engagent de fait politiquement tout en disant qu’iels ne le font pas.

Outre l’utilisation de mots dans le déni de leurs définitions historiques – totalitarisme, fascisme, factieux, séditieux, faillite – ou l’invention de termes – islamo-gauchiste, woke, indigénisme, racialisme, etc. – plus polémiques que porteurs de sens (cela vaut aussi pour l’« extreme-centre » banalisé par certain·es), les éditocrates et des journalistes transforment l’antiracisme en racisme, le féminisme en sexisme, les revendications sociales en archaïsme, les néo-fascistes en démocrates et la gauche revendicative en potentielle dictature.

Les éditocrates se moquent, animalisent leurs adversaires, parlent de la France comme une entité éternelle sans rien dire des intérêts divergents des groupes sociaux, réduisent le pluralisme et la démocratie à la parole de celleux qu’iels considèrent comme légitimes, et comme le souligne la revue « perçoivent et construisent bel et bien la gauche dite « radicale » comme l’ennemi à diaboliser ».

Je n’oublie pas la promotion médiatique des thèmes de l’extrême-droite, l’obsession de l’islam, la xénophobie et le racisme décomplexés, une conception de la démocratie réservée aux seules élites loin des aspirations populaires…

Les exemples donnés, les citations mises en avant, l’analyse de la construction des récits sont très explicites. La garde médiatique n’a que peu de chose à voir avec le journalisme d’investigation et les débats d’idées. Des « journalistes » se déguisent en bonimenteurs en campagne. Elles et ils distribuent les bons et les mauvais points, se transforment en « juges », étalent leur mépris et leurs haines.
Mais après tout ne sont-iels pas (bien) payé·es par les maitres des médias pour faire cela !

Un anniversaire, la transformation anesthésiante d’une banalité en événement planétaire, la fascination peu démocratique pour le pouvoir monarchique, le silence sur les coûts de cette opération et sur qui va payer. Certain·es continuent à rêver de fastes et de jeux…

L’invasion russe de l’Ukraine vue par certains organes de presse donne lieu à bien des hypocrisies. Le « sensationnel » prime les analyses, une guerre masque d’autres guerres présentes et passées (Sur ce sujet, voir le beau texte de Nicolas Haeringer : Généraliser la solidarité avec les ukrainien.ne.s,
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/08/05/generaliser-la-solidarite-avec-les-ukrainien-ne-s/), des enjeux proclamés « géopolitiques » (y compris dans Médiacritiques) invisibilisent les populations agressées et leurs résistances. La superficialité des propos masquent les mort·es, les déporté·es, les femmes violées, l’occupation agressive de l’armée russe, les choix idéologiques de Vladimir Poutine, la longue histoire de l’expansionnisme grand-russien…

Je m’étonne des petites phrases à propos de Victor Ianoukovitch ou des fausses information soi-disant propagées par les Ukrainien·nes relevant plus des positions des néocampistes, pour ne pas parler de la propagande de Vladimir Poutine que d’une véritable information. La revue aurait été plus inspirée en reproduisant l’appel et ou les textes du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (https://ukraine-solidarity.eu) ou de souligner le travail d’édition des Brigades éditoriales de solidarité (10 volumes à télécharger gratuitement sur le site des Editions Syllepse (https://www.syllepse.net). Je rappelle à cette occasion, le regroupement de textes publiés sur le blog sur ce sujet (https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/).

Combattre une certaine « médiatisation », implique de faire connaître les textes et les actions des résistant·es en Ukraine, en Bélarus et dans la Fédération de Russie, de se positionner clairement du coté des populations résistantes à l’agression impérialiste et colonialiste des armées russes, ce que ne font ni la presse grand-public ni les grands partis de la gauche électorale…

De plus s’il convient de combattre la « psychologisation et la dépolitisation », ne pas parler d’impérialisme russe, de colonialisme, de crime d’agression, de crimes de guerre sans oublier les fondements grands-russiens et les socles de type ouvertement fascistes des idéologues auxquels se réfère Vladimir Poutine est pour le moins… dépolitisant.

J’ai par ailleurs été intéressé par l’article sur le travail de Claire Sérail et la tentative de disqualification par l’éditocrate Cyril Hanouna. Le travail d’analyse contre la désinformation…

Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Nécessaire.
Sur les précédents numéros : mediacritiques/

Médiacritique(s) N°43 – Juil. – Sept. 2022
Dossier : législatives : Les chiens de garde sont lâchés
Le magazine trimestriel de l’association Acrimed
50 pages, 4 euros
Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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