Ukraine, guerre, féminisme

« Féministes et la guerre » est une série de conversations informelles entre féministes recueillies par l’Atelier féministe. Les témoignages et les réflexions de femmes qui ont participé à des mouvements sociaux avant et pendant l’invasion russe sont aussi importants que les rapports sur les grandes décisions politiques.
Yosh, responsable de l’Atelier féministe, vivait à Lviv jusqu’au 24 février. Yosh a été contrainte de fuir l’Ukraine déchirée par la guerre pour se réfugier à Berlin. Maryna Usmanova est à la tête de l’ONG Different, féministe et ouverte aux LGBT, elle vivait à Kherson. Sa maison est maintenant temporairement occupée par l’armée russe. En raison du risque d’être capturée et d’atteinte à son intégrité physique, elle a également été contrainte de déménager à Berlin. Anna Sharigina est directrice de programme de l’ONG féministe Sphere et cofondatrice de l’ONG LGBTQ+ Kyivpride. Anna vit à Kharkiv, une ville située à la frontière entre l’Ukraine et la Russie.

Le militantisme avant l’invasion russe

Yosh : Je voulais vous dire à quoi ressemblait ma journée type avant la guerre. Il semble que j’avais réussi à trouver le rythme de vie qui me permettait de travailler et d’éviter l’épuisement. Je faisais beaucoup de promenades. Je vivais près du parc dans les conditions confortables de Lviv. Je vis à Lviv depuis presque dix ans. Avant cela, j’avais vécu à Kharkiv.

Et j’ai beaucoup aimé vivre à Lviv : je trouvais mon environnement confortable, la ville, certains rituels quotidiens… Jusqu’à récemment, j’ai travaillé, peut-être quatre heures par jour. J’ai également consacré beaucoup d’efforts à la recherche d’un nouvel emploi, à la création de nouvelles perspectives et à la préparation du transfert de la responsabilité de l’Atelier féministe à la nouvelle équipe. Voilà, pour résumer, à quoi ressemblait ma vie d’avant-guerre. Et la vôtre ?

Maryna : Eh bien, j’avais beaucoup de travail avant la guerre. Au contraire, j’étais surmenée car nous étions responsables d’un tas de projets. Chez nous, il y avait beaucoup d’activités. On s’est trouvé un tout nouveau bureau au centre-ville. J’ai remarqué que notre collectif avait beaucoup grandi. Je veux dire que de nouvelles personnes nous avaient rejointes, et nous nous avons progressé en tant que professionnelles, entre collègues, militantes. Nous avions beaucoup de travail. Je vois maintenant que nous étions heureuses à l’époque, car nous faisions beaucoup de choses. Nous avions de grands projets, nous ne pouvions pas suivre tout ce que nous voulions. Notre seul problème était le surmenage.

J’ai travaillé très dur, et j’ai peut-être eu de la chance, j’ai fait une dépression nerveuse à cause du travail. J’ai commencé à prendre des antidépresseurs et des médicaments contre l’anxiété. Au début de la guerre, j’en prenais aussi. J’ai eu beaucoup de chance – sans eux, cela aurait été probablement beaucoup plus difficile. J’étais donc déjà dans une sorte d’état catatonique. Je prenais déjà des médicaments… C’est pourquoi le début de la guerre ne m’a pas tant affectée… Ce n’était pas aussi stressant que cela aurait pu l’être.

Ma vie était remplie de travail. Je ne peux pas dire que tout s’est terminé de façon radicale. À l’époque, je ne savais pas quand j’allais tout reprendre. Le fait est que, maintenant, je n’ai pas la moindre idée de ce que je devrais faire. Je suppose que mon état pré- cédent, bien que difficile, était plus confortable pour moi.

Anna : Je peux dire que j’ai une expérience similaire à la tienne, Yosh. J’ai subi une sorte de burn-out – c’est ainsi que je l’exprime. J’étais épuisée et insatisfaite de l’argent que je recevais du militantisme. Je pensais que par rapport à 2021, en 2022 je travaillerais plus et recevrais moins d’argent. Ce n’est pas que j’avais l’intention d’abandonner le militantisme. Cependant, j’envisageais aussi d’autres opportunités… Je me suis sentie mieux après être allée aux Pays-Bas. Nous y étions avec ma collègue. Nous étions là pour le projet d’Amnesty International. Et c’était vraiment intéressant. J’aime voir comment nos collègues européennes travaillent – elles nous sou- tiennent vraiment et sont ouvertes d’esprit.

Cependant, à l’approche de la guerre, je suis revenue à mon état de « limace ». Je n’avais envie de rien faire. Il semblait que malgré la quantité de travail accompli, cela ne devenait pas plus facile, ni meilleur… Et toute cette pression à laquelle nous étions confrontées… Mais nous avons continué à élaborer des plans, nous avions de grands projets pour mars. Bien sûr, nous avions prévu la Kharkiv Pride. Mais je n’avais plus d’énergie. Vous savez, je suis d’accord, contrairement à cette période, j’ai plus d’énergie maintenant, mais plus de travail aussi. C’est comme ça.

À propos du sentiment de danger

Yosh : D’un côté, j’ai peur d’écrire aux gens de Kharkiv. J’ai des dizaines de contacts là-bas, des connaissances, des personnes dont je suis proche. J’ai peur de leur envoyer des SMS, car j’ai peur d’apprendre que quelque chose leur est arrivé, à elles ou à leurs proches.

Anna : Eh bien, contrairement à Kherson, Kharkiv n’a en aucun cas été occupée. Oui, nous sommes bombardé·es, mais il semble qu’après la deuxième bombe, ce genre d’explosion qui fait trembler toute la maison, vous avez l’illusion d’être… sous un dôme. Ma partenaire et moi avons des stratégies différentes : J’ai une casquette imaginaire d’invisibilité, et elle a une couverture en plastique pour micro-ondes qu’elle met sur la nourriture. C’est vraiment dur pour moi. Je suis sûre que vous pouvez être prête à faire le travail. Vous pouvez exister dans ces conditions, vous pouvez travailler et vivre. Mais cela ne rend pas ces conditions plus faciles. Nous sommes toujours sous pression.

En attendant, je pense que nous, en tant que personnes, notre organisation, nous sommes habituées à travailler sous pression. Et cela nous aide à supporter la pression maintenant. C’est mon impression personnelle. J’avais un syndrome de stress post-traumatique, et j’ai travaillé avec un psychologue avant la guerre, et lentement j’ai commencé à me rétablir. Et cette retraumatisation qui se produit maintenant est également difficile, mais j’étais passée par cette étape avant, bien que sous une forme plus légère. Je continue à travailler même quand je suis traumatisée.

Yosh : C’était lié à l’activisme ? Ton traumatisme…
Anna : Oui, exactement. Je vais vous donner un exemple. Il y a eu de violentes agressions physiques pendant que je travaillais à la Kyiv Pride. Puis vint la Kharkiv Pride, avec également des agressions physiques. Quelque temps après la Pride, et avant la Pride aussi, j’étais habituée à prendre certaines mesures de sécurité. À savoir où s’enfuir, regarder autour de soi à la recherche d’endroits sûrs, toujours avoir un spray au poivre, etc. Ou être prête… à être violemment battue. Et donc, j’étais toujours… ou pendant six mois qui incluaient la Pride et nos activités de mars… j’étais toujours prête à ce qu’à tout moment ils puissent se montrer et m’attaquer.

J’avais peur pour moi, ma partenaire et mon fils. Et maintenant, je ressens la même chose. Quand je quitte la maison, c’est ce que je me dis: « Si j’entends une explosion, je dois me coucher. » Lorsque je conduis, je regarde toujours où je peux garer la voiture ou rouler plus vite. Cela m’affecte: il est difficile de se lever le matin, de se forcer à sortir de la maison, etc. Mais au moins, je sais que cet état ne me tuera pas. Je peux mourir d’une bombe ou d’un bombardement, mais pas de cet état d’abattement.

Yosh : Jusqu’à la fin, je ne pouvais pas croire que la guerre allait arriver, et quand on me le demandait, je niais sa possibilité même. Beaucoup de gens autour de nous se préparaient à la guerre, et élaboraient des plans. Je n’ai fait aucun plan et, dès le premier jour de la guerre, j’ai fui l’Ukraine dès la deuxième nuit de la guerre. Ce seul jour a suffi pour comprendre que je ne pourrais pas travailler dans ces conditions. Mon niveau d’anxiété était intolérable. En même temps, j’ai senti que je n’avais pas d’autre choix que de travailler à l’organisation de l’Atelier féministe et d’aider mon équipe à couvrir financièrement nos activités… La situation était la suivante: presque tous mes collègues cherchaient un nouvel emploi, car notre budget était épuisé. Et le premier jour de la guerre, nous sommes toutes venues au bureau, nous avons tenu une réunion pour nous soutenir moralement, et pour comprendre qui fait quoi, qui planifie quoi. Et tout le monde voulait se porter volontaire, faire quelque chose. J’ai compris que ma mission consistait à collecter des fonds et à assurer la coordination stratégique des activités. Et c’était le moment de demander un soutien international. S’il y a déjà suffisamment de personnes prêtes à travailler sur le terrain, je dois leur fournir les ressources nécessaires pour un travail à long terme. Mais je ne pouvais pas le faire à cause de l’anxiété et de la pression élevées. Au milieu des sirènes de raids aériens qui, à Lviv, peuvent être entendues plusieurs fois par jour il faut se concentrer sur la façon de paraître convaincante pour les partenaires internationaux, les donateurs.

Et il s’avère que j’avais raison. Ma décision de quitter l’Ukraine a été spontanée. Mais je vois maintenant que dans la communication internationale, on hésite souvent à engager des femmes ukrainiennes, car elles ont l’air trop émotives, traumatisées, peu convaincantes, même pour la communauté féministe.

C’est pourquoi vous devez avoir ça l’esprit : ces nouvelles conditions de travail et la situation globale, comment vous êtes perçue, et essayer de vous calmer. Bien qu’une autre chose m’ait touchée de près : je n’ai pas eu d’attaques. Enfin presque.

Mais j’ai une autre expérience d’avant-guerre : six mois plus tôt, j’ai commencé à vivre dans mon propre appartement. Et c’est intéressant, ce niveau de confort plus élevé était ambigu pour moi. Je sentais la menace d’agresseurs potentiels, et de ceux qui pouvaient me cibler en tant que militante féministe, qui pouvaient trouver mon adresse. Mais la changer était plus difficile avec un appartement loué. Et c’était l’une des raisons pour lesquelles je n’avais pas assez de ressources pour assurer ma sécurité. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai pensé à changer d’activité.

Kherson et l’occupation

Maryna :Pour ce qui est de l’appartement, j’ai aussi quelque chose à ajouter : notre organisation est enregistrée à la même adresse que ma maison à Kherson. Donc vous pouvez le googeliser… Vous avez compris, non ? Les activistes essaient d’éviter d’être vus aux adresses où ils sont enregistrés. Tous ces types armés arrivent – et les gens disparaissent.

Je ne croyais pas du tout qu’une guerre se préparait, mais quand même, nous avions un accord, nous en discutions en famille, nous élaborions nos plans « juste au cas où ». Donc, nous le savions tous et toutes: si nous entendons la première explosion, nous quittons la ville. Et nous étions sûr·es que cela n’arriverait pas. J’ai dit alors : d’abord ils passeront par Chonhar, puis par autre chose, et ainsi nous arriverons à tout faire à temps. En fait, le 24 février, nous avons entendu les premières explosions à Kherson. Le fait que nous en ayons déjà parlé nous a aidés, car nous sommes parti·es immédiatement avec un collègue et deux autres familles.

Pour répondre à la question de savoir à quoi ressemble ma journée maintenant… Je parle avec ma mère, qui est restée avec mon père à Kherson sous occupation. Je parle avec mes collègues. Deux de mes collègues qui sont restés dans la ville, pour ainsi dire, à cause des chats. Ils sont toujours là, et nous cherchons toujours des possibilités de les faire sortir. Aujourd’hui, nous avons parlé pour la énième fois. Il est vraiment difficile d’évacuer les gens. C’est littéralement comme ça: quelqu’un a laissé sa voiture, puis il dit où sont les clés. Récemment, une femme a dit où elle avait laissé sa voiture et ses clés. Elle nous a demandé de trouver quelqu’un qui puisse conduire et faire sortir les gens. Les gens partent à leurs risques et périls car ils ont beaucoup de problèmes: il y a ceux qui sont sortis après avoir été captifs…

Les checkpoints d’occupation russes… Ils ne laissent pas sortir les gens. Les Ukrainiens laissent entrer tout le monde, sans problème. Et ils ne laissent pas les gens sortir, et parfois ils le font, mais il n’y a aucune garantie. Et parfois les Russes tirent, vous comprenez ? Quelque part, par exemple, la route est plus ou moins dégagée, et la rumeur dit qu’on peut sortir par là. Et donc vous y allez. Dix voitures peuvent passer, et puis quelqu’un se fait tirer dessus, quelqu’un se fait arrêter. C’est comme ça que ça se passe. Mais je cherche aussi des ressources, je cherche comment utiliser ces ressources d’une manière plus ou moins claire pour les donateurs, et utile pour les Khersoniens. Parce que nous, moi personnellement, nous nous concentrons sur Kherson maintenant.

Yosh : Qu’en est-il de la communication ? Y a-t-il des problèmes ? Êtes-vous en contact avec vos proches ?

Maryna : Oui, nous sommes en contact via Viber, Telegram, des appels vidéo… Mais les routes sont bloquées… On ne peut pas sortir. Les gens essaient de chercher d’autres options – sortir par les transports maritimes, mais ils commencent à tirer sur les bateaux. Je connais des gens qui ont essayé de quitter la ville. Avant cela, ils étaient arrêtés pendant un jour ou deux, interrogés, torturés…

L’activisme des féministes est-il aujourd’hui féministe en Ukraine ?

Yosh : Il me semble qu’il y a un changement majeur dans la société, et maintenant, je suppose qu’il est juste de dire que tout le monde est engagé dans cette sorte d’activisme : nous communiquons avec nos proches, beaucoup de gens essaient de les évacuer, de les convaincre… J’ai passé un certain temps à essayer de convaincre mes parents de fuir cette région dangereuse. Mais j’ai arrêté de le faire, ils ne veulent pas partir. Et il semble qu’ils soient en sécurité là-bas maintenant. À votre avis, est-ce du militantisme féministe pour vous ? Où est le féminisme dans tout cela ? Y a-t-il quelque chose que nous pouvons étiqueter comme une approche féministe ou non ? Ou, quand il s’agit de survie, ce genre de choses perd de leur sens.

Maryna : Eh bien, je ne sais pas, mais tout ici est une approche féministe pour moi.

Anna : Eh bien, je ne sais pas si c’est féministe ou non… Mais je suis sûre à 100% que ce n’était pas du tout mon rêve de le faire. Et je ne suis pas intéressée. Je sais que ce n’est pas le moment de choisir ce qui est intéressant et ce qui ne l’est pas.

Je veux dire, maintenant, on ne mange pas toujours quand on en a envie… Il faut manger, quand le moment est venu, on le fait. Avant, par exemple, je pouvais gagner du temps en ne cuisinant pas et en commandant des plats à emporter. Mais maintenant, je ne peux plus commander de plats à emporter. Alors maintenant, je dois passer du temps à cuisiner et tout le reste. Mais je ne pense pas que cela puisse être considéré comme de l’activisme féministe. C’est plutôt une activité attribuée aux femmes… Et je n’aime pas ça.

La visibilité des femmes et des hommes pendant une guerre de grande ampleur

Anna : Le système militaire tourne toujours autour des hommes. Je parle souvent avec des femmes, et elles disent qu’elles ont aussi l’impression qu’il y a trop d’hommes. Des hommes se battant à la guerre, des hommes parlant de la guerre, des hommes faisant des commentaires sur les actions militaires. Des hommes s’approvisionnant en armes et autres. On voit donc des hommes partout, mais les femmes sont à peine visibles. Et les femmes sont automatiquement remises à la place où elles se trouvaient auparavant – effectuant un travail reproductif invisible, qui n’est pas intéressant et n’a jamais été considéré comme un exploit ou un acte d’héroïsme. Cela m’agace au plus haut point. Mais pour le moment je n’en parle pas, je pense vraiment que je dois l’endurer. Maintenant, dans une situation comme celle-ci, pour le bien de la patrie… nous devons… rester silencieuses, je dirais. Je suis prête à faire ce travail et à rester silencieuse pendant un certain temps. Je ne sais pas combien je peux l’endurer. J’ai écrit un post Facebook sur le type d’une organisation de droite radicale basée à Kharkiv qui était assez agressif. Il est mort au front. Pour moi, c’était un post sur les sentiments et sur le choc, le choc émotionnel. Et sur le fait d’être humain… Et tout le monde a commencé à montrer ce post aux autres, comme, regardez, même les lesbiennes ont reconnu la contribution de l’homme. Un homme est venu me voir et m’a demandé de parler de ce type pour une représentation théâtrale sur les expériences de guerre par les femmes. Et j’ai répondu que ce n’est pas l’expérience des femmes, c’est l’expérience de ce type, sa vie et sa mort. Et on déforme encore comme si on devait parler des hommes. Et alors je ne me tais plus.

Maryna : Pour moi, c’est très différent, tout tourne autour des femmes maintenant. Parce qu’une fois encore, notre contexte est un peu différent. À Kherson, dans la région de Kherson, des femmes brandissent des affiches dans les rues, des femmes viennent manifester dans la rue. Et vous voyez, je suis en contact avec des femmes qui livrent des médicaments à Kherson, qui viennent à des réunions et ne sortent pas ensuite car leur visage serait reconnu, etc. Des femmes qui accomplissent vraiment des actes héroïques. C’est probablement parce que je suis plus concentrée sur là où je vis, n’est-ce pas ? Dans mon endroit préféré, dans ma ville natale.

Et il n’y a pas de combats là-bas, ça se passe dans la région. Et les principaux problèmes ici sont plutôt d’ordre humanitaire. Tout l’héroïsme est l’héroïsme des femmes. Par exemple, je connais des femmes qui sont les administratrices des chaînes Telegram qui disent aux Khersoniens tout ce qu’ils ont besoin de savoir. Parce que la tour de télévision a été détruite par un bombardement. Ce sont aussi des femmes, dont les noms doivent être tenus secrets, sinon ils viendront les chercher. Bien que je comprenne aussi que ces femmes agissent publiquement, les gens de Kherson les connaissent… Mais se souviendra-t-on d’elles par la suite ? C’est une grande question. J’aimerais qu’on se souvienne d’elles.

Anna : Même maintenant, vous savez, quand je regarde les réunions à Kherson, elles montrent surtout des hommes. Je ne dis pas que les femmes ne font rien. Au contraire, je pense que leur contribution est grande et vraiment importante. Mais elle est aussi invisible. Et ce, non pas parce qu’elles veulent elles-mêmes que cela reste ainsi, mais à cause de la manière dont cela est dépeint. Une fois encore, l’histoire est écrite par des hommes et à partir des centres d’hommes.

Qui souffre le plus de la guerre ?

Yosh : Il est beaucoup, beaucoup plus difficile pour moi de parler de l’expérience des femmes et de la signification de l’activisme féministe. Je veux dire que maintenant je parle de besoins humanitaires, de besoins urgents. C’est ce que tout le monde veut entendre. Et je ne peux même pas penser à mettre l’accent sur certains aspects qui étaient importants avant la guerre. Je suis tout à fait d’accord avec toi, Anya, quand tu dis que nous devons nous accrocher. Oui, j’ai l’impression que dès que la guerre sera terminée, nous devrons en rediscuter car le sexisme a empiré, etc. Mais en réalité, ce n’est pas comme ça que les choses se passent. Nous ne pouvons pas savoir quand le moment viendra réelle- ment. Mais subjectivement, je suis un peu énervée quand certaines organisations, structures mondiales, demandent comment les femmes souffrent plus de la guerre ? Vous connaissez cette approche ? Elle sonne faux, et c’est avec surprise que j’ai décidé d’expliquer qu’aujourd’hui les hommes et les femmes souffrent de la même manière. Ou parfois, je réalise que je suis en train d’expliquer que, sous certains aspects, les hommes souffrent davantage. Ou quand j’en viens à l’explication de la souffrance des femmes… C’est peut-être pour cela que lorsque je suis partie, je ne sais pas comment décrire ce sentiment, qu’en tant que femme je peux quitter le pays, mais que tous les hommes que je connais n’ont pas le droit de le faire. Et c’est une violence exercée par l’État sur les corps humains qui doivent se battre. Pour moi, c’est un énorme problème. Même si je comprends la nécessité de protéger le pays, cette division entre les sexes est un problème pour moi. Et j’ai beaucoup d’empathie pour les hommes. Avant la guerre, je n’avais pas autant d’empathie pour les hommes. Avant, il était plus facile pour moi de me battre pour les droits des femmes que maintenant.

Anna : Ça ne me parle pas du tout. Mon centre d’intérêt, par exemple, n’a pas changé du tout. Que ce soit avant la guerre ou maintenant, je ne suis pas pour ou contre les hommes. Je milite pour les femmes, et l’accent sur les femmes est toujours là. Rappelez-vous les femmes qui étaient à Boutcha, Irpin et d’autres endroits qui ne sont pas assez connus. Des femmes qui ont été violées pendant des semaines pour que l’occupant ne touche pas à leurs enfants. Les hommes ne souffrent pas plus que les femmes, ils souffrent plus eux-mêmes qu’avant la guerre. Nous avons l’habitude de dire que les hommes se battent à la guerre, et la guerre est plus importante, car on peut y perdre la vie. Mais les femmes qui passent tout leur temps à s’occuper de leurs enfants, par exemple, ce n’est pas non plus une vie. Et oui, probablement, elles ne seront pas battues physiquement, ou elles ne mourront pas physiquement. Mais elles rencontrent aussi des traumatismes, des retraumatisations, etc. Je suppose que c’est une mauvaise façon d’estimer qui se sent le plus mal. Qui peut parler pour qui ?

Yosh : Maryna, et qu’en est-il de toi ? Il m’est difficile d’imaginer ta situation, ton organisation, ta famille. Comment imagines-tu ton avenir ? Dans les premiers jours de la guerre ou même avant, des lettres nous ont été envoyées, à d’autres organisations, concernant le déménagement de l’organisation. Mais la formulation était amusante : « Nous vous conseillons de partir. »

Maryna : Oui, on les a eues aussi.
Yosh : Ce plan était-il réel ? Vous l’avez envisagé ? Ou c’est complètement irréaliste…

Maryna : Pour l’instant, nous avons demandé à une volontaire de venir dans notre bureau, de cacher notre matériel dans un endroit plus éloigné. Et de fermer le bureau. C’est tout ce que nous pouvions faire.

Yosh : Je pensais qu’après avoir déménagé en Allemagne, je visiterais différents événements de solidarité, mais je n’ai même pas pu venir au 8 Mars. Notre amie commune m’a dit plus tard que ce n’était pas facile. Il y a aussi cette contradiction. D’un côté, j’ai l’impression d’être arrivée dans un endroit où la solidarité est forte, où les ressources sont nombreuses, où chaque week-end, un rassemblement de soutien à l’Ukraine est organisé. Et en même temps, ce n’est pas quelque chose que notre organisation fait. Ce qui est féministe dans nos activités, c’est d’expliquer comment nous sommes passés d’une organisation qui défend un programme antimilitariste depuis des années à la publication sur les médias sociaux d’appels à armer l’Ukraine. Écoutez, est-ce qu’il y a une séparation dans la communauté des activistes, sur qui peut faire quoi, sur qui peut être représenté, quelles sont les opinions que l’on peut exprimer. Il semble que nous avons discuté précédemment de l’existence d’une certaine vague dans la société ukrainienne, d’une certaine haine à l’égard de celles qui ont quitté le pays. Mais spécifiquement dans la communauté des activistes et spécifiquement dans les régions dangereuses, y a-t-il des voix qui prétendent que si vous avez quitté le pays, vous n’avez pas le droit de nous représenter, par exemple ?

Maryna : Eh bien, disons que dans ma communauté, cela n’existe pas. Je veux dire dans la communauté LGBT… Je n’y ai pas été confrontée. Parmi les activistes, différentes activistes qui défendent différentes causes – là, certainement… À Kherson, j’étais dans un champ d’activistes assez large. Là-bas, oui, cela peut être n’importe quoi, j’ai rencontré la haine envers celles qui sont parties, et maintenant il y a une montée de la haine envers celles qui sont restées. D’abord, toutes celles qui sont parties sont considérées comme des traîtres, et maintenant il y a autre chose – toutes celles qui sont restées sont considérées comme des collaboratrices. L’un alimente l’autre très facilement. Des gens sont venus me dire que je devais me taire parce que j’étais partie. Mais maintenant ils ne le font plus. Je veux dire, Kherson est occupé depuis deux mois. Et maintenant, tous ceux et celles qui ne sont pas parti·es ne sont pas si fier·es de ce fait… comme ils et elles l’étaient dans les premiers jours.

Anna : Personnellement, je continue à m’occuper des problèmes des femmes et des femmes LGBT, puisque je me suis concentrée sur ces questions et que je suis une experte dans ce domaine. Notre organisation dis- pose d’une communauté de personnes engagées que nous pouvons aider et que nous connaissent bien.

Et si chaque ONG prend en charge un certain groupe avec lequel elle a déjà travaillé, je pense que davantage de personnes en bénéficieront. Si nous aidons tout le monde, et, en fin de compte, nous n’aidons personne en particulier. Tout le monde n’a pas accès aux smartphones, aux ordinateurs portables, aux connexions mobiles, à l’internet mobile. Et si je peux aider les gens de ma communauté locale. Je les connais et je les aide – ça ne me semble pas mal. Des dizaines de volontaires aident l’armée, et nous aidons aussi de différentes manières, que ce soit par de l’argent ou autre chose. Les ONG ne sont tout simplement pas construites de cette manière, elles fonctionnent un peu différemment, et c’est peut-être le mieux.

Yosh : En raison de cette pression et de ce stress, cer- taines personnes écrivent que leurs opinions se sont radicalisées, qu’elles sont devenues moins tolérantes, et elles l’expriment dans les commentaires, sur les pages de l’Atelier féministe.

Et nous sommes aussi profondément inquiètes à ce sujet, nous sommes aussi plus vulnérables… Et il y a ce contraste frappant, que tout ce qui se passe localement à Lviv dans notre communauté, c’est plutôt amical et agréable. Si un conflit survient, nous pouvons le régler. Et tout va bien, la solidarité prévaut toujours. Mais ce qui se passe dans l’espace en ligne est très différent. De temps en temps, d’autres activistes, des féministes viennent exprimer une sorte de critique à cause de la guerre. Je m’attendais à plus de solidarité, plus de soutien, plus d’empathie, plus de compréhension que… Nous n’arrivons pas, par exemple, être aussi sensibles, à trouver les mots. Pour moi, trouver les mots est une grande partie de l’activisme féministe. On cherche aussi les images visuelles, on pense qui on décrit et comment. Pendant la guerre, c’est devenu plus difficile, nous avons mis l’accent sur la réaction rapide, l’aide et la parole. Et non sur les mots qui sont utilisés – et tous les jours nous avons des commentaires négatifs qui nous blessent.

Maryna : Oui, ça existe. Je ne sais pas, maintenant c’est difficile à dire, peut-être que je continue à chercher les mots… Peut-être qu’il y a eu une période où je ne pouvais pas m’exprimer quand il s’agissait de certaines questions urgentes. C’est difficile à dire. Eh bien, il y a un phénomène psychologique tout à fait naturel – la pensée en noir et blanc s’intensifie. La guerre nous fait diviser les gens en amis et en ennemis de manière plus radicale. Et cette distinction se déplace dans toutes les sphères, celles qui en ont besoin et celles qui n’en ont pas besoin.

Yosh : Anya, pour finir, pouvez-vous dire quelques mots, qu’est-ce qui va changer selon vous lorsque le temps de s’engager dans l’activisme sera enfin revenu ? Y a-t-il des problèmes et des questions sur lesquels vous aimeriez déjà travailler ?

Anna : Tu sais quoi, pour la énième fois, je me suis surprise à penser que si la guerre va durer dix ans ou plus, parfois j’ai tellement peur de cela… Cela signifie que je vivrai dix ans en temps de guerre, et j’aurai 55 ans. Et ensuite, il y aura au moins dix ans de ruine, et je n’aurai plus de vie. C’est la prédiction pessimiste que j’ai… Et puis je comprends que je ne peux pas retarder la vie. Je ne peux pas retarder l’activisme, et je ne peux pas retarder le féminisme. Et je pense, avons-nous vraiment besoin de donner des semaines et des mois de nos vies aux occupants russes et aux Russes ? Ou pouvons-nous être vraiment actives dès maintenant ? C’est pourquoi je dirai que j’essaie d’agir de telle sorte que plus tard je n’aurai pas besoin de me justifier – que je n’ai pas dit ceci ou cela, et que maintenant je dois recommencer à zéro. J’aspire à garder une certaine base, une certaine fondation qui a déjà été construite grâce à notre effort commun.

Et que se passera-t-il à l’avenir ? Disons que, dans un avenir proche, nous fournirons une aide financière et psychologique. Ensuite, je suppose que nous parlerons de santé sexuelle et de culture du consentement. Puis viendra la réhabilitation, peut-être pour les combattants, peut-être que nous travaillerons avec les femmes dans les foyers où les soldats traumatisés reviennent… Je ne sais pas encore.

Yosh : Merci beaucoup de vous avoir joint à nous.
Maryna : Merci.
Yosh : C’était une conversation vraiment agréable, ça ne ressemblait pas à celle du disque rayé.
Anna : Je vous envoie des câlins, Yosh, Maryna. J’ai été très heureuse de vous voir.
Yosh : Merci pour vos pensées et réflexions. Au revoir.

Février 2022 Traduction Patrick Le Tréhondat
La vidéo sous-titrée en anglais   https://www.youtube.com/watch?v=USHwcWU8NS0

******

Femapartement à Lviv : les premiers mois de travail pour un logement pour les femmes et les enfants

Depuis le début de l’invasion de la Russie en Ukraine, l’Atelier féministe a ouvert deux refuges pour les femmes et les enfants qui ont été touchés par la guerre et/ou qui ont besoin d’un logement. La fourniture de services sociaux et de soutien social aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays est une activité radicalement nouvelle du travail de notre organisation. Mais nous l’avons pris en charge parce qu’un grand nombre de personnes dans le pays ont besoin de satisfaire leurs droits fondamentaux, comme le logement, la nourriture, les moyens de survie. Depuis 2014, notre organisation travaille avec des femmes, des personnes trans et non binaires, parmi lesquelles il existe des groupes vulnérables : les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, les minorités sexuelles, les personnes ayant différentes conditions de santé physique et mentale, et autres. Pendant ce temps, nous avons testé diverses méthodes d’aide non violente et l’implication de diverses ressources pour résoudre des situations difficiles. Dans notre travail pour les refuges, nous uti- lisons ces approches et continuons à les améliorer.

Nous avons ouvert le premier refuge à la mi-avril, cet endroit s’appelle FemApartement. Cinq militantes de différentes parties de l’Ukraine (Kharkiv, Kyiv, Lviv) vivent à FemApartement. Ce sont des jeunes femmes qui ont de l’expérience dans le bénévolat, l’activité publique, certaines sont même membres d’organisation. Le but de notre ONG dans ce projet est de soutenir celles qui aident les autres.

Au troisième mois de la guerre, l’Ukraine était déjà confrontée au problème de l’épuisement des femmes volontaires et militantes. Dans une plus large mesure, cela est dû à l’impossibilité de combiner un tel volontariat fort, mais chaotique, avec le travail, et en partie avec l’absence totale de travail rémunéré. Nous fournissons aux militantes vivant dans le refuge un logement gratuit, une aide psychologique, un minimum de produits alimentaires, ménagers et d’hygiène. Nos résidentes sont engagées dans diverses activités militantes et de bénévolat : deux filles travaillent dans l’équipe du groupe de Kharkiv Bilkis. Pendant la guerre, elles ont fourni une aide humanitaire ponctuelle à plus de 700 personnes. Nous avons également une représentante de l’industrie de la création, une musicienne, qui crée du rap féministe et aide à l’organisation d’une page Instagram pour les femmes de militaires, qui collecte de l’argent pour des munitions pour nos militaires. Une mère et sa fille de Kyiv ont vécu à FemApartement pendant un mois et demi. Pendant son temps libre, l’archéologue et enseignante a fait du bénévolat au Center for United Solutions, et sa fille a tissé des filets. De plus, une militante de la région de Lviv a récemment emménagé chez nous. Elle a demandé un abri car elle est étudiante et n’a pas la possibilité de louer un logement aux prix actuels. En même temps, elle s’efforce d’être plus proche des personnes qui ont besoin d’aide. Et l’aide est vraiment nécessaire, car plus de 242 000 personnes déplacées sont officiellement enregistrées rien qu’à Lviv. Notre équipe a donc décidé de la sou- tenir en lui proposant un hébergement temporaire. Cela lui a permis de participer au travail d’un autre refuge qui est le nôtre et d’y devenir administratrice. Aussi, depuis le début de la guerre, elle fait beaucoup de bénévolat: elle travaille comme traductrice pour des médecins américain es qui viennent en aide aux déplacé·es à Lviv, et distribue de l’aide humanitaire à la frontière avec la Pologne.

Le 1er juin, l’équipe de l’Atelier féministe a ouvert un grand refuge pour les déplacées dans la partie centrale de la ville. Le but de cet abri est d’offrir des conditions confortables de séjour temporaire et de réadaptation aux femmes et aux enfants touché·es par la guerre. Ce refuge est une immense et belle maison dans laquelle vivent 18 personnes, dont neuf enfants d’âge différent, le plus jeune a 2 mois et le plus âgé a 13 ans. 90 % sont des familles de la région de Donetsk, une femme vient du Sud et une autre femme de Kharkiv. Le refuge a trois administratrices et une coordinatrice qui travaillent douze heures par jour pour aider à résoudre les problèmes domestiques, soutenir les résidentes, faire respecter les règles de fonctionnement, passer du temps avec les enfants, et commander et distribuer quotidienne- ment de la nourriture, de l’eau, des produits d’hygiène, etc. Ivanka, notre nounou professionnelle et tutrice pour les classes plus jeunes, passe trois heures avec les enfants trois fois par semaine. Les enfants jouent dans la salle de jeux ou vont dans les parcs, les écocentres, etc.

À partir du 15 juin, des psychologues pour enfants de l’Ordre de Malte ont commencé à travailler avec les enfants, et donneront des cours une fois par semaine. Les résidentes adultes du refuge une fois toutes les deux semaines assistent à des réunions de résidentes animées par la psychologue Natalya, où nous discutons de problèmes domestiques importants et apprenons à nous connaître, apprenons à vivre ensemble et à nous entraider. Après deux de ces rencontres, certaines résidentes ont exprimé le désir de suivre une thérapie individuelle, ce que nous considérons comme un assez bon résultat de notre travail auprès des résidentes du refuge. La cuisine World Central nous a offert deux repas gratuits et des fruits pour les enfants tous les jours jusqu’à fin juin. Les résidents peuvent également assister à des événements ouverts organisés par notre organisation.

Nous sommes reconnaissantes à Arena-Lviv, aux militantes de Lviv de l’Atelier féministe et à des dizaines de personnes attentionnées qui ont apporté et apportent de nombreuses choses nécessaires pour créer du confort et de la convivialité pour nos résidentes. Tous les membres de l’Atelier féministe, en particulier l’équipe de gestion de crise qui, en fait, coordonne le travail, sont fières des refuges que nous avons réussi à créer. La plupart des abris communaux, qui étaient organisés dans les écoles et les jardins d’enfants, ont été fermés fin juin afin de pré- parer le travail à l’automne. Ainsi, un grand nombre de réfugié·es sont à nouveau à la recherche d’un logement. En particulier, la plupart des personnes qui vivent avec nous vivaient déjà à Lviv et dans la région depuis plusieurs mois, mais il leur faut chercher un nouveau logement. La nécessité de fournir des logements aux personnes est donc toujours d’actualité. Deux membres de notre équipe sont égale- ment des déplacées internes. Par conséquent, pour nous, aider les femmes avec des enfants qui souffrent de la guerre est aussi personnellement important. Nous nous efforçons toutes à notre manière de leur permettre de retrouver le sentiment d’un chez-soi et de sécurité.

Kateryna Dovbnya, membre de l’Atelier féministe
Publié par l’Atelier féministe
13 juillet 2022 Traduction Patrick Le Tréhondat

Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 10) : Brigades éditoriales de solidarité 10
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—10-1-.pdf

*******

Rappel :
La parole à L’atelier féministe
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/07/13/la-parole-a-latelier-feministe-feministytchna-maisternia/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :