[49] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [49] 

  • La lutte des travailleurs et travailleuses d’Ukraine pour leurs droits continue ! 
  • Union Aid : Soutenir la résistance des mineurs ukrainiens
  • Ukraine : Comment la communauté LGBT survit-elle dans Kherson occupé ?
  • Conférence de presse sur la situation au Bélarus avec Pavel Sapelka et Tatsiana Khomich
  • Des artistes russes contre la guerre…
  • Comité belge du Réseau européen de solidarité Ukraine : expositions virtuelles
  • Adresse du personnel de la centrale nucléaire de Zaporizhia à la communauté mondiale
  • Menaces sur le droit à l’avortement en Russie
  • Vœu de soutien à Maksim Butkevitch
  • Jean-Marc Adolphe : Trafic d’enfants et camps de filtration
  • Liens avec d’autres textes

La lutte des travailleurs et travailleuses d’Ukraine pour leurs droits continue ! 

Le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU) constate que le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a ratifié la loi 5371, adoptée par le parlement ukrainien (la Verkhovna Rada) le 19 juillet. Zelenskyy avait déjà ratifié le 6 août la loi 5161 (consacrant les contrats « zéro heure »), également adoptée par le parlement le 19 juillet.
Cette décision porte un coup cruel aux droits des travailleurs et travailleuses, en supprimant tout droit syndical pour 70% des travailleurs et travailleuses
employé.es dans des entreprises de 250 salarié.es ou moins.
Notre campagne, ainsi que celles de Labour Start, du Réseau syndical international de solidarité et de lutte et SumOfUs, n’ont pas été vaines.
Son retard dans la ratification de la loi 5371 était clairement dû à la résistance des organisations syndicales ukrainiennes et au rejet syndical international.

Les campagnes internationales ont obtenu le soutien de nombreuses organisations syndicales et de leurs dirigeants, internationaux et nationaux, ainsi que près de 30¿ 000 de syndicalistes et de défenseurs des droits démocratiques dans le monde.
Pour sa part, la campagne du RESU a obtenu le soutien d’organisations et de dirigeants syndicaux et politiques de 18 pays d’Europe, d’Amérique latine, d’Asie et d’Océanie.
Ces campagnes ont montré que la solidarité syndicale internationale peut être mobilisée et ont créé une base plus solide pour les futures mobilisations qui seront nécessaires pour défendre les droits des travailleurs et travailleuses en Ukraine.

Nouveau code du travail
Ils et elles vont subir une attaque encore plus violente de la part d’un nouveau code du travail ukrainien qui doit être soumis au parlement dans les prochains mois et qui vise à les dépouiller des acquis de décennies de lutte.
S’il est adopté, le code installera un marché du travail presque totalement déréglementé en Ukraine et établira une nouvelle norme basse pour les droits et les conditions de travail en Europe.
Ces attaques contre les droits des travailleurs et travailleuses sont indignes dans le contexte de guerre sachant de plus leur fort engagement ainsi que celui des organisations syndicales dans la défense contre l’agression russe.
Cet engagement avec la population ukrainienne est un élément clé de la résistance actuelle. Quelle serait la victoire dans laquelle les travailleurs et travailleuses auraient perdu leurs droits ?
Le RESU réaffirme sa solidarité et son soutien aux travailleurs et travailleuses d’Ukraine et à leurs organisations. Nous continuerons à être solidaires avec eux et elles dans les combats à venir.

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Union Aid : Soutenir la résistance des mineurs ukrainiens

Les syndicats de mineurs d’Ukraine – le Syndicat indépendant des mineurs ukrainiens (NGPU) et le Syndicat des travailleurs de l’industrie du charbon d’Ukraine (PRUP) – ont lancé des appels urgents à l’aide pour soutenir leurs membres qui se sont portés volontaires pour servir sur la ligne de front de la résistance à l’invasion russe : ils défendent leurs lieux de travail, leurs maisons, leurs familles et leurs communautés.

Ces communautés, principalement dans l’est et le sud de l’Ukraine, sont confrontées à des attaques russes constantes, qui ont fait des milliers de morts et de blessés.

Les syndicats de mineurs collectent des fonds pour acheter des médicaments, des kits de premiers secours, des caméras thermiques, des sacs de couchage et deux véhicules 4×4.

** Le syndicat national des mineurs du Royaume-Uni, le GMB et l’ASLEF ont fait don de plus de 20 000 £ à l’appel, et ont lancé un appel aux autres syndicats et aux particuliers pour qu’ils fassent de même. Aidez-nous à augmenter le total des dons du mouvement syndical britannique, de la gauche et des partisans de l’Ukraine !

** Récemment, les syndicats qui soutiennent la campagne de solidarité avec l’Ukraine ont livré un véhicule rempli d’aide pour les mineurs de Donbas. La camionnette est maintenant en service et nous avons reçu le message suivant du syndicat des mineurs : Le véhicule L 200 est déjà au travail sur la ligne de front, sauvant la vie des soldats ukrainiens. Un grand merci pour votre aide !
UNION AID: SUPPORT UKRAINE MINEWORKERS’ RESISTANCE
https://ukrainesolidaritycampaign.org/2022/08/13/union-aid-support-ukraine-mineworkers-resistance/
Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Ukraine : Comment la communauté LGBT survit-elle dans Kherson occupé ?

A la veille de l’invasion, les médias russes ont publié des « listes de cibles » constituées de ceux et celles que, en cas de prise de l’Ukraine, les Russes prévoyaient de liquider. Parmi eux et elles figuraient des dirigeant·es d’organisations LGBT. Socportal a demandé à la responsable de l’organisation Insha (Autre) de Kherson, Marina Usmanova, de parler de la situation dans la région.

Kherson est une ville du sud de l’Ukraine comptant 300 000 habitant·es que les troupes russes ont occupée aux premiers jours de l’invasion. Il n’y avait pas de couloirs sûrs pour l’évacuation, si bien que de nombreux habitant·es sont resté·es dans la ville malgré les risques. Tant en raison des batailles annoncées pour la libération de la région de Kherson que de la politique de terreur des envahisseurs. La Russie, comme de nombreux États autoritaires, adopte publiquement une position patriarcale. Les organisations féministes-LGBT sont associées au monde occidental, auquel la Fédération de Russie a décidé de s’opposer. Et à la veille de l’invasion, les médias russes ont publié des « listes de cibles » constituées de ceux et celles que, en cas de prise de l’Ukraine, les Russes prévoyaient de liquider. Parmi eux et elles figuraient des dirigeant·es d’organisations LGBT. Par conséquent, les militant·es qui se sont retrouvé·es sous l’occupation ont craint pour leur sécurité. Socportal a demandé à la responsable de l’organisation Insha (Autre) de Kherson, Marina Usmanova, de parler de la situation dans la région.

Socportal : Veuillez nous parler de votre organisation.
Marina Usmanova :
 L’organisation féministe queer-inclusive Insha a été fondée en 2013. Nous avons travaillé sur les droits des femmes et les droits des personnes LGBT et avons organisé une marche LGBT et un forum queer à Kherson. Nous avions un grand et beau centre communautaire. Nous avons lancé beaucoup de projets créatifs. À l’heure actuelle, presque tout le monde a quitté Kherson. Deux personnes sont restées. Parmi elles, une femme avec quatre chats et un transsexuel qui ne peut pas partir parce qu’ils [les Russes] déshabillent ceux et celles qui passent aux points de contrôle à la recherche de tatouages. Certes il n’a pas de tatouages, mais c’est un transsexuel. Le reste de l’organisation est à Berlin, certain·es au Portugal, d’autres en Pologne, ou dans le territoire contrôlé par l’Ukraine.

S : Avant la guerre, avez-vous rencontré à Kherson des personnes susceptibles de ne pas aimer les événements LGBT ? Des gens de droite locaux ?
Marina Usmanova :
 Il y a toujours eu une pénurie d’ultra-droitiers à Kherson. Je ne dirai pas qu’il n’y en avait pas. Par exemple, un député du conseil municipal du parti Svoboda (un parti conservateur qui n’est pas entré au parlement lors des dernières élections – ndlr) s’est rendu à notre marche, a franchi le cordon de policiers et m’a arraché le drapeau arc-en-ciel des mains. Et il était soutenu par des grands-mères hurlantes amenées par lui. C’est ainsi que l’ultra-droite s’est exprimée. Je l’ai rattrapé et j’ai repris le drapeau. Il s’est de nouveau échappé et a de nouveau pris le drapeau arc-en-ciel. Et nous avons aussi le Prawy Sektor (Secteur droit, un parti militariste nationaliste qui n’est pas entré au parlement lors des dernières élections – ndlr) à Kherson, dirigé par une femme. Elle est même venue regarder des films avec nous. Il y avait un film sur les femmes soldats intitulé Le bataillon invisible. Et comme nous sommes une organisation féministe et que nous disposons d’une salle dans laquelle il est pratique de regarder un film, nous avons décidé de le projeter et de faire la publicité du film dans toute la ville. Et deux femmes sont venues, elles se sont assises, elles avaient des visages sévères. Elles ont regardé un film, ne sont pas restées pour la discussion, et sont parties. Et puis j’ai cherché sur Google et il s’est avéré que la cheffe du Secteur droit était venue chez nous pour regarder le film.

Kherson est Kherson. Nous avons même quelques gens biens. Bien que, j’ai une personne qui me déteste. Elle a déposé plainte contre moi deux fois auprès de la police. Pour la première fois, pour promotion du communisme. C’était le 8 mars, en raison d’une conférence qui portait sur Rosa Luxemburg. La police est entrée, a demandé : « Que faites-vous ici ? » en hennissant, et ils sont partis. La deuxième fois, elle a appelé la police pour distribution de matériel pornographique. Notre exposition portait sur le corps. Et il y avait des représentations sur la nudité. Mais la police a de nouveau henni et est partie. J’ai depuis réalisé que nous devons inventer le communisme pornographique de toute urgence. Cette personne est venue s’opposer à notre marche LGBT avec une banderole « L’homodictature est du rashisme » (une combinaison des mots Russie et fascisme, ndlr).

S : Que savez-vous de la situation des droits des LGBT en Russie ?
Marina Usmanova :
 Ce que je sais est très général. En Allemagne, j’ai rencontré beaucoup de ceux et celles qui ont quitté ce pays récemment et j’ai compris que quelque chose de terrible était en train de se produire.

S : Quelles sont les menaces actuelles pour les militants LGBT à Kherson ?
Marina Usmanova :
 Premièrement, il est tout simplement impossible d’avoir un air « différent » maintenant. Deuxièmement, ils déshabillent dans la rue, à la recherche de « tatouages nazis ». De nombreux représentant·es de la communauté LGBT ont des tatouages qui parlent de leur appartenance à la communauté LGBT. Certains de ces tatouages sont des drapeaux arc-en-ciel, d’autres des baisers entre filles ou entre garçons. Et on ne sait pas très bien comment ils réagissent s’ils ne trouvent pas de tatouages « nazis », mais des tatouages gays. En outre, nombre d’entre eux et elles arborent les armoiries de l’Ukraine.

S : Connaissez-vous des cas où ils ou elles ont été réprimé·es et interrogé·es ?
Marina Usmanova :
 Oui. Un de nos militants a été détenu, emmené et gardé pendant deux mois. Il a été libéré mais il n’est pas en très grande forme mentalement. Par conséquent, maintenant il se promène et dit qu’il travaille pour la Russie, et qu’ils lui ont expliqué ce qui peut et ne peut pas être affiché. Il dit qu’il a donné tout le monde. Et nous sommes tous choqué·es. Maintenant, les gens qui veulent partir ont peur parce qu’ils pensent qu’ils vont être arrêtés et qu’ils sont sur les listes de filtrage. Et je ne sais pas ce qui est vrai et ce qui est juste de la panique. D’une part, pourquoi les Russes n’auraient-ils des gays ? Pourquoi les mettre sur certaines listes et ne pas les libérer ? D’autre part, ce qu’ils ont dans la tête n’est généralement pas très clair. Une autre menace qui mérite d’être mentionnée est la situation des personnes transgenres. Il y a des patrouilles constantes à Kherson, qui vérifient votre passeport. Et il y a des personnes dont l’apparence ne correspond absolument pas aux données du passeport. En d’autres termes, s’il est écrit dans votre passeport que vous êtes Vasya, mais que vous êtes une belle blonde dans la vie, alors vous êtes foutue. Par conséquent, les personnes dont les données du passeport et l’apparence présentent une différence importante ne sortent pas trop souvent.

S : Vous avez organisé une évacuation. Comment cela a-t-il été possible ?
Marina Usmanova :
 Nous avons réuni des conducteurs qui ont déjà une expérience en la matière. L’un de ces chauffeurs nous a emmenés. Il y a aussi une fille de la communauté qui aide à l’évacuation. Elle a aussi beaucoup d’animaux et ne part pas elle-même mais emmène des gens. C’est bien de faire sortir les hommes avec une fille. Les hommes sont généralement plus difficiles à évacuer. Nous essayons d’évacuer vers Zaporizhzhia. À un moment donné, c’était Odessa. L’évacuation d’une personne, c’est à partir de 300 euros. Parce que c’est dangereux pour le chauffeur de toute façon, et les chauffeurs, entre autres choses, partagent avec leurs « camarades » aux points de contrôle.

Certaines personnes ont dû être évacuées en passant par la Crimée (auparavant, la responsable du ministère de la réintégration, Irina Vereshchuk, avait appelé les habitants de la région de Kherson à quitter la zone par tous les moyens, y compris par la Crimée temporairement occupée, ndlr). Nous contactons des militant·es russes qui aident les gens à partir. Il y a deux chemins : l’un vers l’Estonie, l’autre vers la Géorgie.

S : Qu’est-il arrivé à ton bureau ? J’ai lu qu’il avait été cambriolé et pillé.
Marina Usmanova :
 Bien sûr, nous avons abandonné notre bureau. Il était fermé. Les caméras de sécurité ont enregistré que des gars en uniforme militaire ont fracturé la serrure. Ils ont volé tout l’équipement et ont saccagé le bureau. Nous avions un volontaire qui passait périodiquement au bureau. Après cela, il a enlevé tout ce qu’il pouvait du bureau. Une autre fille, historienne de l’art, a fait des expositions avec nous et nous avions ses œuvres d’art. Elle a sorti du bureau tout ce qui avait un rapport avec l’art et l’a caché chez elle. Cependant, il y avait des tableaux d’une telle taille que ce n’était pas simple. Une autre artiste a fait plusieurs œuvres importantes qui se trouvaient également dans notre bureau. Et d’une manière ou d’une autre, elle s’en est sortie. Les canapés et les divans ont également été sortis. Je les ai donnés à un café voisin. Pour qu’ils l’utilisent au mieux. Ils viennent d’ouvrir une terrasse d’été. Après cela, nos volontaires ont invité un soudeur ; nous lui avons transféré de l’argent pour payer son travail. Et le soudeur a fermé le bureau.

S : Que pouvez-vous nous dire de la pétition pour la légalisation du mariage homosexuel, qui a obtenu les votes requis ?
Marina Usmanova :
 Parfaitement, nous avons obtenu 25 000 signatures pour la pétition. Cela témoigne d’un changement dans l’opinion publique et que la communauté LGBT s’est mobilisée. Et j’ai vu tellement de bénévoles qui n’étaient pas membres de la communauté faire circuler cette pétition et la signer. C’est génial. Mais pour introduire le mariage homosexuel en Ukraine, il est nécessaire de modifier la Constitution. Il est impossible d’apporter des modifications à la Constitution en temps de guerre. Notre constitution dit que le mariage est une union entre un homme et une femme, ce qui devrait être modifié. Mais aujourd’hui, cela ne peut pas être fait. Par conséquent, je ne pense pas que la légalisation des mariages homosexuels soit maintenant possible d’une manière ou d’une autre. Nous écouterons ce que le président a à dire à ce sujet. Mais pour l’instant, cela ne me semble pas réaliste. Mais dans l’ensemble, l’élargissement des libertés, y compris le mariage, est quelque chose de précieux.

S : Que faites-vous maintenant que vous êtes dans l’Union européenne ?
Marina Usmanova :
 J’étais dans les milieux libertaires à Berlin ; j’ai parlé aux Allemands de Makhno (le créateur de l’anarcho-république dans le sud de l’Ukraine dans la première moitié du vingtième siècle, Nestor Makhno, ndlr.). Nous participons à des discussions, prenons la parole lors de rassemblements, parlons de l’Ukraine et de Kherson, collectons des fonds et de l’argent. D’un côté, nous faisons partir les habitant·es de Kherson ; de l’autre, nous envoyons de l’aide à ceux et celles qui ne partent pas. Il n’y a pas de travail là-bas, les prix sont inhumains. C’est pourquoi nous collectons de l’argent ici et dirigeons nos efforts principaux vers Kherson. Pour ma communauté et pour les femmes qui se trouvent dans des situations difficiles. Il y a aussi les viols ; les épouses des soldats des forces armées ukrainiennes font désormais partie de cette catégorie toujours en risque. Notre public cible est donc désormais constitué des épouses de soldats.

S : Il y a encore un long chemin à parcourir avant la victoire. Mais si vous imaginez qu’elle se produise, que voudriez- vous faire en Ukraine après ?
Marina Usmanova :
 Je voudrais qu’après cela, premièrement, Kherson soit ukrainien. Deuxièmement, que Kherson soit. Pour qu’elle existe physiquement, pas comme Marioupol. Je veux retourner dans le Kherson d’avant-guerre et faire tout ce que j’ai fait. Mais ça n’est pas possible. Par conséquent, il faudra la rénover et la restaurer.
2 aout 2022
Publiée par Socportal
https://en.socportal.info/en/news/we-should-not-look-abnormal-how-the-lgbt-community-survives-in-the-occupied-kherson/
Traduction Patrick Le Tréhondat.
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article63646

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Conférence de presse sur la situation au Bélarus
avec Pavel Sapelka et Tatsiana Khomich

Le Bélarus : aux frontières de l’Ukraine et de la Russie,
une société face à la répression généralisée

Une conférence de presse a eu lieu jeudi 30 juin avec Pavel Sapelka, avocat du centre de défense des droits humains Viasna, et Tatsiana Khomich, militante des droits humains et sœur de l’opposante Maria Kalesnikava.

Pavel Sapelka a présenté les conclusions des trois rapports sur les persécutions politiques et les prisons au Bélarus. Ces rapports ont été préparés par le centre de défense des droits humains Viasna, dont 7 membres, y compris toute la direction, se trouvent en détention préventive depuis bientôt un an sans procès en vue. Ils analysent les poursuites pénales engagées contre les militants et simples citoyens actifs dans les protestations de 2020 et la résistance anti-guerre au Bélarus, sur les peines de rétention administrative et le traitement réservé aux personnes arrêtées pour des motifs politiques dans des établissements pénitentiaires de types différents. Pavel a aussi alerté sur les pratiques de torture et sur les persécutions contre les avocats, exclus du Barreau. Il a enfin souligné que le nombre de prisonniers politiques (plus de 1 200 à ce jour) ne faisait qu’augmenter, tout comme la lourdeur des condamnations prononcées.

Tatsiana Khomich a parlé des conditions de détention des prisonniers politiques, en revenant sur la situation de sa sœur, Maria Kalesnikova, condamnée le 6 septembre 2021 à 11 ans de prison ferme, et des privations qu’ils subissent en raison du statut de « personnes à fort risque d’extrémisme » que l’administration pénitentiaire leur attribue. Tatsiana a aussi appelé la communauté internationale à ne pas reléguer la question du Bélarus au second plan et à soutenir la société civile bélarusse, presque détruite dans le pays et condamnée à s’exiler dans les États voisins.

https://collectifsolidariteukraine.wordpress.com/2022/06/29/conference-de-presse-sur-la-situation-au-belarus-avec-pavel-sapelka-et-tatsiana-khomich/

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Des artistes russes contre la guerre…
Russian artists against the war

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Comité belge du Réseau européen de solidarité Ukraine

Le Comité belge du réseau européen de solidarité avec l’Ukraine vous invite à visiter deux expositions virtuelles organisées par des féministes en Russie et en Ukraine.
(Deuxième exposition)
Le Musée des femmes et de l’histoire du genre de Kharkiv (Ukraine) organise une exposition virtuelle « HERSTORY OF THE WAR ».
Vous pouvez y avoir les travaux d’environ quarante artistes d’Ukraine et leurs témoignages sur la guerre (en ukrainien et en anglais).
Il suffit de cliquer sur le nom de chaque artiste sur le site:
https://gendermuseum.com/en/herstory-of-the-war/
https://www.facebook.com/575553109/posts/pfbid027ziQL5pMaz2hZHirZGm5vmwRa1LjDwEjGkLZExhbE8ntfKEdX4HXXkaFGRS36Pk7l/?d=n

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Adresse du personnel de la centrale nucléaire de Zaporizhia à la communauté mondiale

Le sentiment d’anxiété profonde pour l’avenir, la peur pour la vie des familles, des proches et des personnes proches de nous, pour le sort de nos enfants – nous saisit de plus en plus, les travailleurs de la centrale nucléaire de Zaporizhia.

Au cours des 5 derniers mois, de nombreuses normes, principes et réglementations juridiques visant à garantir la sécurité dans le domaine de la manipulation d’atomes pacifiques ont été violés. Et au cours des deux dernières semaines, la centrale nucléaire est devenue, en fait, la cible d’attaques militaires continues.

Les frappes d’artillerie deviennent de plus en plus puissantes et dangereuses à chaque fois, et la menace de destruction d’installations critiques de sécurité nucléaire est de plus en plus réelle. Mais une centrale nucléaire, ce n’est pas seulement des réacteurs, des générateurs de vapeur, des turbines et divers équipements électriques.

La centrale nucléaire, c’est des gens, une énorme équipe de plus de 10 000 employés. Et ce ne sont pas seulement des spécialistes hautement qualifiés avec des compétences et une expérience uniques. Ce sont des vies humaines, dont chacune est inestimable. Sur leur lieu de travail, nos employés sont gravement blessés et meurent. Il y a de nombreuses victimes humaines parmi les habitants innocents et pacifiques de notre Energodar. Leur souvenir éclatant nous incite à déclarer haut et fort ce qui suit.

Arrêtez-vous et réfléchissez ! Ce qui se passe est horrible et dépasse le bon sens et la moralité pour quiconque pense ne serait-ce qu’une longueur d’avance ! Pensez à l’avenir de notre Terre, à l’avenir de nos et de vos enfants ! Notre planète est si petite et il est absurde de supposer qu’il sera possible de se cacher quelque part des conséquences d’une catastrophe nucléaire à grande échelle. Nous croyons qu’il n’y a pas de situations de crise dans la vie dont il n’y a pas d’issue. La mort est la seule issue ! Nous sommes convaincus que l’intelligence collective et la bonne volonté peuvent faire taire les armes et empêcher l’irréparable ! Après tout, les conséquences peuvent s’avérer être d’un ordre de grandeur plus terrible que les résultats des tragédies de Tchernobyl et de Fukushima.

Dans la pratique mondiale de l’industrie nucléaire, il n’existe pas de plans d’urgence destinés à protéger les installations nucléaires dans une situation où elles deviennent un territoire d’hostilités. Nos parents ont construit la centrale nucléaire de Zaporizhya. Nous l’exploitons en toute sécurité depuis près de 40 ans sans un seul accident. Ce n’est pas seulement notre travail. C’est notre vie. Et il est dédié à un seul bel objectif – nous produisons de la lumière et de la chaleur écologiquement propres pour les gens, créons du confort dans chaque maison, dans chaque famille, pour chaque personne – indépendamment de la race, de la nationalité, de la religion, des opinions politiques et de la citoyenneté. Nous savons comment gérer professionnellement une réaction nucléaire. Mais nous sommes mpuissants devant l’irresponsabilité et la folie humaines.

Et tout ce que nous voulons, c’est vivre et travailler, élever et éduquer nos enfants dans une ville paisible, dans un pays paisible, sur une planète paisible. Cependant, nos connaissances et nos capacités ne sont pas illimitées. Et nous appelons toute l’humanité civilisée – aidez-nous à défendre ce droit aujourd’hui ! Demain sera peut-être trop tard !

Atomprofspilka (syndicat des travailleurs de l’énergie atomique en Ukraine), 18 aout 2022

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Menaces sur le droit à l’avortement en Russie

La guerre en Ukraine vise à détruire l’Ukraine indépendante et aussi le « mauvais exemple » qu’elle représenterait pour la société russe : « liberté de genre » (expression de Poutine), liberté pour les LGBT (une raison majeure pour anéantir l’Ukraine d’après le patriarche Kirill).

Le FAS (résistance féministe antiguerre en Russie) a publié le 19 août l’information suivante sur une tentative de modifier la loi sur l’avortement.

Voici cette information.
La Douma d’État a annoncé un projet de loi visant à interdire les avortements dans le cadre du régime d’assurance médicale obligatoire.

Un groupe de législateurs prévoit d’introduire un projet de loi visant à interdire les avortements dans le cadre du régime d’assurance médicale obligatoire, à l’exception des avortements thérapeutiques, dès cet automne. Le projet de loi propose de supprimer les motifs sociaux d’avortement, tels que le viol, la privation ou la restriction des droits parentaux, l’emprisonnement, etc.

De cette manière, le gouvernement laisse de moins en moins de droits et de libertés aux femmes qui ont été abusées : une survivante de viol traumatisée ne pourrait plus compter sur l’État et serait obligée de trouver de l’argent et de payer un avortement dans une clinique.

Avec le déclenchement de la guerre, la volonté du gouvernement d’interdire l’avortement s’intensifie.

Le patriarche Kirill, s’exprimant devant le Conseil de la Fédération, a proposé d’interdire les avortements dans les cliniques privées. L’augmentation du nombre d’avortements illégaux (qui équivaut à l’augmentation du nombre de décès de femmes), a-t-il suggéré, devrait être ignorée.

Depuis mars, les hôpitaux et les pharmacies ont des problèmes de disponibilité des contraceptifs oraux et des pilules pour la méthode d’avortement la plus sûre – l’avortement médicamenteux.

Dans le même temps, les femmes sont de plus en plus confrontées à une gynécologie punitive et à la stigmatisation, et ce dès les consultations : les agents de santé de Tyumen sont formés à des conseils manipulateurs avant avortement « en tenant compte des valeurs traditionnelles », des questionnaires abusifs et des formulaires de consentement éclairé sont proposés dans les cliniques payantes. La démonstration obligatoire de l’embryon lors de l’échographie avant l’avortement et la « semaine de silence* », la ligne d’assistance téléphonique décourageant l’avortement au lieu de l’informer, et la publicité anti-avortement avec le slogan « Nous n’abandonnons pas les nôtres » sont déjà une réalité effrayante.

Comment l’État peut-il dire qu’il veut s’occuper du « droit à la vie » s’il ne peut pas s’occuper des femmes déjà vivantes et de leurs enfants ? Cette loi semble particulièrement cynique dans le contexte d’une guerre à grande échelle qui a été déclenchée. Toute guerre appauvrit les gens, et doublement les femmes : la différence de salaire entre les hommes et les femmes en Russie avant la guerre se situait entre 5% et 70% ; il est difficile d’imaginer combien l’écart sera grand maintenant. Étant donné que les femmes sont beaucoup moins susceptibles d’occuper des postes élevés, elles sont statistiquement plus susceptibles d’être licenciées.

Le degré croissant de violence, associé à l’appauvrissement, est un mélange qui colonise les options reproductives des femmes. Avec cette loi, l’État admet qu’il veut coloniser le corps des femmes et l’exploiter indifféremment pour créer de nouveaux soldats.

Note : la « semaine de silence » désigne la période de réflexion obligatoire d’une durée de sept jours entre le moment où une femme communique sa décision d’avorter et le jour de l’avortement. Pendant cette période, des cabinets spécialisés vont « discuter » avec la femme pour la dissuader. Ils comprennent des travailleurs sociaux, des médecins, des psychologues et des prêtres du clergé orthodoxe. elle concerne toutes les femmes décidant d’avorter avant la douzième semaine de grossesse. Cette pression anti-avortement a été introduite par une loi du 1er novembre 2015.
exigeant un avortement libre, gratuit et dans de bonnes conditions pour toutes les femmes qui le désirent.

Source : FAS (RU)
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article63727

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Vœu de soutien à Maksim Butkevitch

Adopté par le Conseil municipal de COMMENTRY à l’unanimité Séance du 25 août 2022

VU la Charte des Nations Unies,
VU la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre,
VU la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
VU la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,
VU le Code général des collectivités territoriales et notamment son article L2121-29 ;
Monsieur Maksim Butkevitch est, depuis les mouvements démocratiques de 1990 en Ukraine, un militant infatigable et reconnu des droits humains.
Maksim Butkevitch a été porte-parole de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), conseiller de l’Alliance pour la santé publique ou encore membre du conseil d’administration d’Amnesty International.
Il a également travaillé en tant que journaliste, pour la BBC et des médias ukrainiens. Il est l’un des cofondateurs de Hromadske Radi, une radio indépendante, non gouvernementale et anti-oligarchique.
Son rôle a été particulièrement important dans la campagne européenne visant à sauver les prisonniers politiques de Crimée en Russie, le cinéaste Oleg Sentsov et le militant antifasciste Oleksander Koltchenko, qui a abouti à leur libération en 2019.
En Ukraine, il a joué un rôle de premier plan dans l’accueil des réfugiés de l’intérieur et dans la défense des droits des réfugiés quelle que soit leur origine, s’opposant souvent au pouvoir en place et se heurtant parfois durement à l’extrême-droite.
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine, le 24 février 2022, Maksim Butkevitch a fait le choix de s’engager dans l’armée ukrainienne. Il a notamment pris part à la libération de Boutcha.
Il a été capturé par l’armée poutinienne dans la région du Donbass fin juin, et des vidéos russes ont circulé le désignant comme un « nazi » ou un « fasciste ».
Le Conseil Municipal de Commentry, engagé pour la paix en Ukraine et la fin de l’agression militaire russe,
• dit son attachement au respect des libertés et droits fondamentaux, et son refus de tout arbitraire,
• dénonce les fausses accusations portées par la propagande du pouvoir russe, accusant Maksim Butkevitch d’être un nazi ou un fasciste,
• affirme sa pleine solidarité avec Maksim Butkevitch et tous les militants des droits de l’Homme en Ukraine,
• exprime son inquiétude quant aux conditions de détention de Maksim Butkevitch et des autres prisonniers, ainsi que devant les risques pour leur vie auxquels ils sont exposés,
• demande :
– que le lieu de détention de Maksim Butkevitch, supposément sur le territoire de Louhansk, soit rendu public,
– que le statut de prisonnier de guerre lui soit garanti,
• en appelle aux Autorités françaises, européennes et internationales pour qu’elles agissent pour la libération de Maksim Butkevitch,
• soutient toutes campagnes de nature à contribuer à la mise en œuvre des présentes,
• dit que le présent vœu sera transmis à toute Organisation et Autorité compétente.

Télécharger la déclaration au format PdF : VŒU DE SOUTIEN À MAKSIM BUTKEVITCH

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Avec l’aimable autorisation du site leshumanités

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Trafic d’enfants et camps de filtration

Selon les autorités russes, 3,2 millions d’Ukrainiens auraient été « évacués » en Russie, dont plus de 550 000 enfants, et parmi eux des orphelins proposés à l’adoption. Les chiffres sont invérifiables et, sans doute, grandement exagérés. Mais la réalité est là. Derrière les motifs « humanitaires » qu’elle invoque, la Russie de Poutine pratique déplacements forcés et vol d’enfants. Un système génocidaire qui s’est notamment appuyé sur une vingtaine de « camps de filtration » répartis sur les territoires occupés de la région de Donetsk, et dont le siège (ou piège) de Marioupol a été le principal « vivier ».

Ce n’est pas pour se vanter (quand même un peu), mais les humanités ont été le tout premier média français à révéler, dès le 10 avril, l’existence de « camps de filtration » installés par l’armée russe au sud de l’Ukraine dans les territoires occupés (lire ICI).

Qu’est-ce qu’un « camp de filtration » ? Comme nous l’indiquions alors, ce terme est apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il désignait des structures instaurées pour contrôler les soldats soviétiques qui avaient été capturés par l’Allemagne nazie et revenaient sur le sol russe. Selon l’historien britannique Nick Baron, l’objectif était de vérifier que ces militaires n’avaient pas été trop influencés ou qu’ils n’étaient pas devenus espions pour le camp adverse. Ces camps de filtration sont réapparus à l’occasion des guerres de Tchétchénie, entre 1994 et 1996, puis entre 1999 et 2003. Il s’agissait alors de repérer et d’isoler toute personne susceptible de soutenir les rebelles tchétchènes. L’un des camps l’un des plus connus fut celui de Chernokozovo, près de Grozny. Des milliers de Tchétchènes y ont disparu à l’époque, rappelait Le Monde en février 2000 : « Les combattants tchétchènes prisonniers, ou ceux qui sont soupçonnés d’avoir pris les armes contre l’armée de Moscou, y sont retenus et torturés. (…) Déjà durant la guerre de 1994-1996, c’est dans de tels camps que des milliers de Tchétchènes ont disparu ou sont devenus invalides. » Un rapport de Human Right Watch avait également fait état, cette année-là, de multiples actes de tortures et de viols.

En Ukraine, les premiers de camps de filtration que nous avons identifiés étaient ceux de Dokuchayevsk, de Mahush, et de Bezimenne, petite ville près de Novoazosk, dans la région de Donetsk. Nous avions par ailleurs identifié un centre de détention, celui d’Izolyatsia, à Donetsk. Dès le 10 avril, nous avions également établi que des civils ukrainiens, passés par ces camps de filtration, avaient été déportés en Russie, vers la ville de Taganrog, dans l’oblast de Rostov, un port sur la mer d’Azov. A l’époque, les sources et témoignages étaient fort rares. Début avril, le Washington Post et la BBC avaient pu recueillir les récits de quelques femmes passées par ces camps, et les humanités avaient trouvé trace, dans un média local russe, de « milliers d’Ukrainiens » arrivés en Russie dans un « centre d’hébergement provisoire ».

Cinq mois plus tard, les informations sur le sujet sont toujours aussi parcimonieuses. A la différence de la majeure partie de la presse française, qui observe en la matière un curieux « motus et bouche cousue » (Lire ICI), les humanités ont continué, non sans difficulté, à glaner des éléments supplémentaires. Le 22 avril, nous avons ainsi repéré un second centre de déportation à Vladimir, une ville d’environ 350 000 habitants, à 180 km à l’est de Moscou. Le 13 mai, nous avons retrouvé la trace de certains de ces « réfugiés » (selon la terminologie du Kremlin) dans la région de Vladivostok et dans plusieurs villages du district de Primorié qui donne sur la mer du Japon, à l’extrême sud de l’Extrême-Orient russe, non loin de la province du Heilongjiang en Chine et de la Corée du Nord (Lire ICI). Et le 22 juillet, nous avions relayé une enquête d’Associated Press, qui a recueilli des témoignages de personnes ayant finalement pu quitter la Russie (Lire ICI).

Enfin, là encore en avance sur toute la presse française (qui, à quelques exceptions près, n’en a d’ailleurs pas vraiment parlé à ce jour), les humanités ont alerté dès le 1er juin sur le sort des enfants et orphelins, illégalement déportés d’Ukraine en Russie, dont certains sont promis à l’adoption, en totale violation des conventions internationales (Lire ICI). Pour autant, il faut l’avouer, tout travail d’information en la matière relève de la supputation plus que de la certitude. Les chiffres, eux, n’ont pourtant cessé de grimper. A la mi-avril, la Russie disait avoir procédé à « l’évacuation » de 600 000 personnes d’Ukraine, dont plus de 119 000 enfants. Début août, la presse russe faisait état de 3,2 millions de personnes « évacuées » en Russie. Et parmi eux, la « médiatrice des droits de l’homme » de la Fédération de Russie (rattachée au ministère de la Défense, tout un symbole) , Tatyana Moskalkova a affirmé que depuis la fin du mois de février, « plus de 557 000 enfants » sont arrivés en Russie en provenance des « républiques » autoproclamées de Louhansk et de Donetsk, et d’Ukraine. Sur son portail actualisé, le Haut Comité aux Réfugiés des Nations Unies, indique pour sa part le chiffre de 2,3 millions de « réfugiés » (sans mention spécifique pour les enfants), tout en précisant que « les données utilisées sont principalement fournies par les autorités [russes]. »

Des chiffres invérifiables
Ces différents chiffres sont totalement invérifiables. Ils sont très certainement grandement exagérés, voire totalement bidonnés, la Russie cherchant à faire croire à un afflux massif et volontaire d’Ukrainiens fuyant le « nazisme ». Que certains civils pro-russes, ou simplement pour des raisons familiales, aient choisi de rejoindre la Russie depuis le Donbass, et plus marginalement d’autres régions, c’est fort possible, mais pas dans de telles proportions ! Certes, la frontière entre l’Ukraine et la Russie s’étend sur quelque 1 500 kilomètres, mais les points de passage ne sont pas si nombreux. On voit mal comment un exode de plus de 3 millions de personnes aurait été possible, en passant inaperçu (le 2 mai, « les rares Ukrainiens qu’on voit sont des réfugiés qui fuient les combats », dit un reportage de France Culture à Belgorod, première ville russe la plus proche du Donbass, à 35 km de la frontière), d’autant qu’on ne rentre pas en Russie comme dans un moulin, surtout venu d’Ukraine, tant les autorités russes craignent l’infiltration de « terroristes ». Cette crainte est d’ailleurs ce qui a officiellement motivé la création de camps de filtration dans les régions de Louhansk et de Donetsk, les seules à être sous la coupe d’autorités séparatistes.

Ces camps de filtration ont principalement servi à « trier » les populations qui fuyaient Marioupol. Pour ceux qui, de là, ont été conduits en Russie, de nombreux témoignages ont commencé à démentir la version russe d’évacuations « humanitaires ». Il s’est clairement agi de déplacements forcés, assortis de cas de torture, d’humiliations et de privations de libertés. Combien de personnes cela représente-t-il ? Il est impossible de la savoir avec certitude. Le maire (en exil) de Marioupol avance le chiffre de 20 000 personnes, ce qui semble plausible au regard de la population de Marioupol au début du siège (430 000 habitants), du nombre de ceux qui y furent tués (au moins 20 000), de ceux qui ont réussi à s’enfuir et à trouver refuge ailleurs en Ukraine, et de ceux qui ont choisi de rester dans la ville grandement détruite, aujourd’hui sous occupation russe. On est donc très très loin du chiffre de 3,2 millions de personnes avancé par la propagande russe !

Mais quelle que soit l’ampleur du phénomène, il n’en reste pas moins terriblement scandaleux. Ces « déplacements forcés » rappellent les heures les plus sombres de l’Histoire du XXe siècle.

Trafic d’enfants
Parmi ces déplacements forcés, le sort des enfants devrait fortement interpeller la communauté internationale qui, à ce jour, reste étonnamment silencieuse. Là encore, les chiffres mis en avant par la partie russe (pour rappel, « plus de 557 000 enfants ») semblent totalement incongrus. Si tel était le cas, au nom des raisons « humanitaires » qu’elle invoque, la Russie communiquerait sur le dispositif d’accueil de ces enfants, préciserait quelle est la part de ceux qui seraient avec leur famille, et la part de ceux qui seraient orphelins et/ou séparés de leurs enfants. Non seulement la Russie ne le fait pas, mais elle empêche UNICEF et ONG internationales d’enquêter sur le sujet.

On doit alors se contenter de certaines « fuites » plus ou moins malencontreuses. Ainsi, le 22 août, le département de la famille et de l’enfance de l’administration de la ville de Krasnodar (au sud de la Russie, près de la Crimée) a publié sur son site internet une curieuse annonce : se vantant d’avoir déjà « placé » 1 000 bambins « libérés » de Marioupol, dans les villes reculées de Russie, notamment à Tioumen, Irkoutsk, Kemerovo et dans le Kraï de l’Altaï, et proposant à l’adoption 300 bébés supplémentaires, non sans préciser que les familles d’accueil recevraient un « paiement forfaire ».

Devant l’émotion suscitée par cette annonce, le département de la famille et de l’enfance de l’administration de la ville de Krasnodar l’a promptement dépubliée… Joint par des journalistes de Verstka Media, le directeur de cette administration a d’abord expliqué que le site avait été « piraté » avant de devenir injoignable, tout comme l’ensemble de l’équipe de direction, partis à un briefing. Le chef du département pour le développement des formes familiales de placement des orphelins et des enfants laissés sans soins parentaux, Yulia Bosenko, était pour sa part convoqué à une réunion urgente avec un responsable ministériel…

Il s’agissait là de la première mention des orphelins de Marioupol dans les sources officielles. Or, si le déplacement des enfants vers le territoire russe est confirmé, il constituerait de facto un crime international. Selon un rapport de l’institut américain New Lines Strategy and Policy Institute et du Centre Raoul Wallenberg pour les droits de l’homme, les cas d’orphelins retirés pourraient être utilisés comme preuve de génocide, ce dont l’Ukraine a déjà accusé la Russie. Rappelons que la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre interdit le transfert d’enfants du territoire des hostilités vers le territoire de l’État agresseur. Ils doivent bénéficier de couloirs humanitaires vers la zone sûre de leur pays d’origine ou d’un pays neutre. Avant l’âge de 18 ans, les enfants ne peuvent pas prendre de telles décisions de leur propre chef, et leur déplacement peut être qualifié de forcé.

Là, un fonctionnaire, qui par excès de zèle, aurait voulu accélérer les procédures d’adoption (parce que 300 bouches à nourrir, même petites, ça coûte cher !), a sans doute fait une grosse bourde. Comme les touristes russes qui font bronzette en Crimée et se photographient devant des tanks ou autres matériels militaires, permettant ainsi aux forces ukrainiennes de géolocaliser certaines cibles…

On sait par ailleurs que 58 orphelins en bas âge, de moins de 4 ans, et enfants privés de soins parentaux ont été regroupés pendant plus d’un mois, en avril, au sous-sol d’une église de Kherson (l’une des premières villes occupées par les Russes). Que sont-ils devenus ? Mystère. On sait aussi que 540 enfants de la région de Donetsk ont été détenus dans l’internat de Romashka, près de Taganrog, dans la région de Rostov, dans l’attente de leur placement : fin juin, Vladimir Poutine a signé un décret instaurant une procédure simplifiée d’obtention de la citoyenneté russe pour ces enfants ukrainiens, afin de permettre « légalement » leur adoption.

Sans pouvoir en établir le nombre, on sait enfin que des enfants ont été soustraits à leur mère lors du passage en « camps de filtration ». Loin des chiffres de la propagande russe, les autorités ukrainiennes recensaient, fin juillet, 5 600 enfants déplacés de force en Russie depuis les territoires occupés. Ce qui est déjà énorme…

Ce « trafic d’enfants », déjà inqualifiable en tant que tel, est la pointe avancée d’une guerre idéologique que mène le régime dictatorial et colonialiste de Poutine. Les raisons « humanitaires » avancées par la Russie sont le cache-sexe de visées génocidaires, qui transparaissent aussi dans l’embrigadement scolaire qui se met en place dans les zones occupées du Donbass. Cette logique de « dénazification » (entendre : « désukranisation ») avait été crument exposée dans la tribune de l’idéologue Timofeï Sergueitsev traduite et publiée début avril par les humanités : « Pour atteindre les objectifs de dénazification, il est nécessaire de soutenir la population, de la faire passer en Russie après l’avoir libérée de la terreur, de la violence et de la pression idéologique du régime de Kiev. (…) La durée de la dénazification ne peut en aucun cas être inférieure à une génération, celle qui va naître, grandir et mûrir dans les conditions de la dénazification. »

21 camps de filtration dans le seul oblast de Donetsk
« Faire passer en Russie » : les camps de filtration mis en place dans la région de Donetsk ont précisément servi cet objectif.

Un tout récent rapport du Humanitarian Research Lab de la Yale School of Public Health (Yale HRL), fondé sur des témoignages, l’exploitation de « sources ouvertes » et d’images satellite en haute résolution, permet de commencer à documenter l’existence de ce système de filtration.

Cette étude demeure encore incomplète. Les auteurs du rapport disent ainsi qu’il leur est impossible d’estimer le nombre total de personnes qui sont passées dans ces camps de filtration et qui s’y trouveraient encore actuellement. Impossible, également, de vérifier les allégations sur les enfants qui auraient été séparés de leur parents.

Première révélation : dans le seul oblast de Donetsk, ces camps de filtration sont bien plus nombreux que ce qu’on pensait jusqu’alors. Le Humanitarian Research Lab de la Yale School of Public Health en dénombre vingt-et-un, avec des « missions » différentes, allant du simple « point d’enregistrement » à la prison, en passant par les centres d’interrogatoires et les lieux de détention provisoire. Il s’agit donc d’un système tout à fait élaboré, qui a été pensé et mis en place avant même l’offensive russe en Ukraine, et qui s’est développé au fur et à mesure que se prolongeait le siège de Marioupol. Des images satellite semblent indiquer la présence, autour de certains de ces camps, de fosses communes fraîchement creusées, ce qui renforce le soupçon d’exécutions extra-judiciaires.

« Les conditions rapportées par les personnes libérées de ces établissements, écrit ce rapport, peuvent constituer un traitement cruel, inhumain et dégradant au regard du droit international humanitaire. Ces conditions comprennent des installations surpeuplées, un manque d’accès à des installations sanitaires adéquates, une insuffisance de nourriture et d’eau potable, le refus de soins médicaux et le recours à l’isolement. (… Les chocs électriques, les conditions extrêmes d’isolement et les agressions physiques peuvent potentiellement constituer des actes de torture. »

« Seules des inspections en personne et sans entraves par des représentants de l’Organisation des Nations Unies et des organisations internationales humanitaires pourraient confirmer de manière concluante les conclusions de ce rapport et d’autres enquêtes connexes », écrit le Humanitarian Research Lab. Autant pisser dans un violon : alors que l’ONU et la Croix-Rouge n’ont toujours pas été autorisées à inspecter le site du massacre d’Olenivka, à qui fera-t-on croire que la Russie serait disposée à permettre à des regards extérieurs de s’immiscer à l’intérieur de ce qui ressemble fortement à un système concentrationnaire ?

Jean-Marc Adolphe

Le rapport du Humanitarian Research Lab de la Yale School of Public Health peut être téléchargé sur le se site de l’ONG Confict Observatory : https://hub.conflictobservatory.org/portal/apps/sites/#/home/pages/filtration-1

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https://www.courrierinternational.com/article/guerre-en-ukraine-pavel-filatiev-soldat-russe-transfuge-demande-l-asile-a-la-france

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Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

2 réflexions sur « [49] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [49]  »

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