La tragédie de l’Europe de l’est

La gauche doit-elle soutenir la division du monde en sphères d’influence impérialistes ? Il y a un an, le fait même de poser une telle question m’aurait surpris, car la réponse semble évidente : bien sûr que non. Malheureusement, l’apparente sympathie de nombreux militants de la gauche occidentale pour l’agression russe contre l’Ukraine a montré que ce n’était pas si évident.

Après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, Susan Watkins [2] a en fait soutenu dans un éditorial de la New Left Review le désir de Poutine de diviser l’Europe en sphères d’influence entre la Russie et les États-Unis. Peu après ma réponse à Watkins, la politique des sphères d’influence a été défendue par Branko Marcetic [3] dans un article pour Current Affairs. Il y compare la réponse des États-Unis à l’invasion de l’Ukraine par la Russie à la prudence de l’administration Eisenhower face à la répression par l’Union soviétique de la révolution de 1956 en Hongrie. Marcetic se plaint que « la sensibilité de Washington et de ses alliés, pendant le conflit, à l’égard du délicat équilibre des pouvoirs en Europe, et leur préoccupation quant à l’apparition d’une ingérence manifeste dans la sphère d’influence d’un adversaire, soient aujourd’hui considérées comme réactionnaires ».

Si l’on vit dans des États impérialistes riches, il n’est pas facile de comprendre pourquoi la division en sphères d’influence est une mauvaise chose. Cependant, même s’il ne s’en rend pas compte lui- même, Marcetic a soulevé une question importante : le lien entre la politique soviétique des sphères d’influence en Europe et le virage à droite des sociétés post-socialistes, qui a culminé avec l’agression russe contre l’Ukraine.

Deux statu quo
L’objet de ce texte n’est pas de discuter des nombreuses lacunes de l’article de Marcetic. Mais avant d’aborder le sujet principal, il convient de souligner certains de ses défauts. Son auteur ignore la principale différence entre les conflits qu’il compare : si la Hongrie se trouvait effectivement dans la sphère d’influence soviétique, l’Ukraine post-soviétique n’est pas et n’a jamais été dans la sphère d’influence russe. Bien sûr, le Kremlin estime que l’Ukraine doit être un fief qu’elle contrôle, mais en réalité, même le plus pro-russe des présidents ukrainiens, Viktor Ianoukovitch, s’est parfois heurté à la Russie et a négocié un accord d’association avec l’Union européenne.

La guerre froide s’est terminée par des accords qui ont effacé la division antérieure de l’Europe en sphères d’influence. Certains lecteurs pourraient faire valoir qu’il existait une promesse informelle de ne pas étendre l’OTAN vers l’est. Mais il ne s’agissait pas d’un accord concernant les sphères d’influence. De plus, cette promesse ne concernait pas la coopération militaire entre les États d’Europe de l’Est et les États-Unis. L’Ukraine, elle aussi, a développé une coopération militaire avec les États-Unis presque depuis son indépendance, tout comme la Russie entre 1991 et 2008. Après tout, la promesse de ne pas étendre l’OTAN a été faite aux dirigeants non pas de la Russie, mais d’un État disparu depuis longtemps, l’Union soviétique, qui comprenait non seulement la Russie actuelle, mais aussi l’Ukraine.

Cela révèle une similitude importante, mais non évidente, entre les approches d’Eisenhower et de Biden : aucun d’eux n’a osé violer le statu quo. Mais si, dans un cas, cela signifiait compter avec l’Union soviétique, dans l’autre cas, cela signifiait le contraire : renoncer aux sphères d’influence. Lorsqu’en décembre 2021, le ministère russe des affaires étrangères a publié des projets de traités avec les États-Unis et l’OTAN, les États-Unis ont répondu en présentant des contre-propositions sur le contrôle des armements qui répondaient aux intérêts de la Russie en matière de sécurité ; mais sur la principale demande russe de division de l’Europe en sphères d’influence, les États-Unis ont refusé.

Cela montre à quel point la comparaison de Marcetic n’est pas fondée. Chaque cas est unique, et pour une comparaison productive, nous devons analyser à la fois les similitudes et les différences. En même temps, nous pouvons ignorer de nombreuses différences même si elles ne sont pas importantes pour le problème que nous analysons. Mais le fait que l’Ukraine n’appartenait pas – et n’appartient toujours pas – à la sphère d’influence russe est une distinction centrale qui ne peut être négligée. Elle a un impact direct sur le comportement des gouvernements et les développements qui s’ensuivent.

Marcetic ignore à quel point l’approche de l’administration Biden était et reste prudente. Comme Eisenhower, même avant l’invasion russe, Biden a rejeté l’idée d’envoyer des troupes américaines en Ukraine et a constamment répété que les États-Unis n’iraient pas en guerre contre la Russie. La différence de politique entre Biden et Eisenhower est toutefois largement due aux circonstances et au comportement différent des gouvernements hongrois et ukrainien. Alors qu’Imre Nagy rejetait l’intervention militaire occidentale et demandait à l’ONU de reconnaître la neutralité de la Hongrie, Volodymyr Zelensky refusait l’idée d’une neutralité ukrainienne avant l’invasion. Après le début de la guerre totale, Zelensky a non seulement exigé régulièrement de nouvelles armes, mais a également demandé à l’OTAN de fermer le ciel de l’Ukraine.

Dans le cas de l’Ukraine actuelle, la bonne question est donc la suivante : les États-Unis ont-ils fait le bon choix en rejetant la proposition de diviser l’Europe en sphères d’influence ? La réponse à cette question doit prendre en compte non seulement les conséquences directes de la guerre, mais aussi les conséquences à plus long terme de tels arrangements. Et pour ce faire, il n’est pas déraisonnable de considérer les conséquences de la dernière division en sphères d’influence en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

La comparaison avec la Hongrie
La particularité de la réaction des pays occidentaux à la révolution hongroise de 1956 est qu’ils ont non seulement refusé l’aide militaire, mais qu’ils ont également eu peur d’apporter un soutien politique substantiel aux révolutionnaires. La révolution hongroise aurait-elle pu être sauvée de cette manière ? Nous connaîtrons peut-être la réponse à cette question que lorsque les archives russes seront déclassifiées. Néanmoins, nous pouvons répondre avec beaucoup plus de confiance à d’autres questions cruciales. La politique de l’URSS envers ses satellites d’Europe de l’Est aurait-elle été plus prudente si la communauté internationale avait réagi plus durement à la répression de la révolution hongroise ? Aurait-elle été en mesure de sauver le Printemps de Prague ? Les réponses à ces questions sont bien plus susceptibles d’être affirmatives qu’à notre première interrogation.

La victoire ou l’écrasement d’une révolution n’affecte pas seulement les pays dans lesquels elle a eu lieu. La révolution cubaine a suscité des mouvements révolutionnaires en Amérique latine et dans le monde entier. Si les États-Unis l’avaient réprimée, les « turbulentes années 1960»  auraient pu être très différentes. Cela ne s’est peut-être pas produit parce que l’URSS ne reconnaissait pas l’Amérique latine comme une sphère d’influence des États- Unis. Contrairement à Eisenhower, Khrouchtchev a défendu la révolution cubaine et mis le monde en danger de guerre nucléaire, mais il a peut-être sauvé la révolution cubaine. Si la révolution hongroise n’avait pas été réprimée, les années 1960 auraient pu être beaucoup plus agitées en Europe de l’Est. Malheureusement, cela ne s’est pas produit, et après l’écrasement du Printemps de Prague, un virage progressif à droite (renforcé par le virage néolibéral du monde capitaliste) a commencé dans ce qu’on appelle le « deuxième monde ». Les cercles dissidents de l’URSS et de ses satellites sont passés de plus en plus de positions socialistes à des positions libérales et conservatrices, et les sentiments nationalistes se sont renforcés dans ces sociétés. La stratégie de Henry Kissinger visant à renforcer la souveraineté des États communistes d’Europe de l’Est pendant la détente, qu’il a promue dans l’espoir que cela conduirait à la finlandisation de ces pays (bien qu’il se soit trompé), a également contribué dans une certaine mesure à ce tournant conservateur.

La répression des soulèvements en Europe de l’Est a eu pour résultat que lorsque la nécessité de renouveler le « socialisme réel » est devenue évidente, même pour le comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, il était déjà trop tard. Les nouvelles révolutions provoquées par la perestroïka ne menaient plus à un « socialisme à visage humain » mais au néolibéralisme. Les « thérapies de choc » initiées par l’Occident ont à leur tour entraîné des tendances encore plus réactionnaires dans les sociétés post-socialistes. Le point culminant de ce processus a été la transformation du régime de Poutine, qui non seulement s’est tourné vers une expansion territoriale agressive, mais, selon les mots de Volodymyr Artyukh, a commencé à former une « Sainte Alliance » antirévolutionnaire – un peu comme la Russie tsariste l’a fait au 19e siècle.

La division du monde en sphères d’influence recherchée par le Kremlin consolide la domination des grandes puissances. Elle sape également la capa- cité des mouvements révolutionnaires et des petits pays à exploiter leurs contradictions. À bien des égards, c’est cette politique qui a rendu impossible la démocratisation et le renouveau du « socialisme réel », avec pour résultat que le néolibéralisme, le conservatisme et le nationalisme en sont venus à dominer l’espace post-socialiste.

L’Onu et les sphères d’influence
La division de l’Europe en sphères d’influence après la Seconde Guerre mondiale a eu des conséquences négatives – et non seulement pour les pays qui se sont retrouvés dans la sphère soviétique. De l’autre côté du rideau de fer, la principale victime a été la Grèce, où les troupes anglo-américaines, ainsi que d’anciens collaborateurs [des nazis], ont commencé à exterminer les antifascistes pro-communistes et les partisans. En outre, l’URSS a non seulement accepté que la Grèce tombe dans la sphère d’influence britannique, mais a également utilisé activement cet accord pour renforcer sa domination en Europe de l’Est. Comme l’a écrit l’historien Geoffrey Roberts : « Staline et Molotov ne se sont jamais lassés d’évacuer les plaintes anglo-américaines concernant l’exclusion de l’influence occidentale de l’Europe de l’Est en pointant du doigt la non-intervention soviétique vis- à-vis de la Grèce. »

Mais y avait-il une meilleure option à une politique de sphères d’influence après la Seconde Guerre mondiale ? Le plus paradoxal dans l’histoire de la formation de l’ordre international d’après-guerre est que ce sont les représentants de l’URSS qui ont le plus insisté sur la division des sphères d’influence. Et ce, alors que l’émergence même de l’URSS était étroitement liée aux espoirs d’une révolution mondiale et que ses dirigeants se proclamaient disciples de Lénine, qui critiquait sévèrement tous les aspects de la diplomatie secrète, y compris l’idée même de sphères d’influence. De plus, pour l’URSS, les tentatives de diviser l’Europe en sphères d’influence avec la Grande-Bretagne et les États-Unis étaient une suite logique des accords préliminaires avec le Troisième Reich que tant Moscou que les démocraties occidentales avaient conclus avant la guerre.

Contrairement à Staline, l’administration Roosevelt s’opposait aux sphères d’influence. Cela est dû en grande partie à certains fonctionnaires du départe- ment d’État, tels que Leo Pasvolsky, qui défendaient une vision universaliste de l’ONU en tant qu’organisation internationale centralisée, une organisation qui supprimerait les sphères d’influence. D’ailleurs, comme le note Peter Gowan, « Pasvolsky – après avoir commis le faux pas de rappeler à son patron que les Japonais avaient décrit leur sphère de coprospérité comme une doctrine Monroe pour l’Asie – est allé jusqu’à observer que « si nous demandons ce privilège, tout le monde le fera », ce qui « poussera les Soviétiques à créer leur propre arrangement », une perspective à contrecarrer. Roosevelt était sensible à de telles considérations. »

Après la mort de Roosevelt et la défaite de l’Allemagne, la politique américaine sur cette question a changé. Mais il est possible que la position de Roosevelt sur les sphères d’influence ait sauvé un pays de l’occupation soviétique : la Finlande. Milovan Djilas a écrit dans ses mémoires que Staline a qualifié d’erreur le fait de ne pas occuper la Finlande parce que « nous nous sommes trop préoccupés des Américains, et ils n’auraient pas levé le petit doigt ».

Le projet de Roosevelt (ou plutôt de Pasvolsky) a échoué. Au contraire, la confrontation entre les anciens alliés s’est intensifiée et la guerre froide a commencé. Mais il convient de prêter attention à ceux qui, du côté américain, portaient la plus forte responsabilité. Tout d’abord, il y avait le secteur réactionnaire du département d’État, chargé des affaires latino-américaines sous la direction de Nelson Rockefeller. Ce dernier a tenté de maintenir l’hégémonie des États-Unis en Amérique latine et, à cette fin, a fait adopter des modifications de la Charte des Nations unies. Comme l’a souligné Peter Gowan, John Foster Dulles a dit plus tard à Rockefeller : « Si vous, les gars, ne l’aviez pas fait, nous n’aurions peut-être jamais eu l’OTAN. »

Deuxièmement, un rôle substantiel a été joué par le fait qu’après la mort de Roosevelt, Truman, qui lui a succédé, et malgré son image et sa politique plus anticommunistes, était beaucoup plus disposé à accepter une sphère d’influence soviétique en Europe. Je cite à nouveau Peter Gowan :

Pour trancher le nœud gordien de l’étendue des pouvoirs de veto, il dépêche Harry Hopkins à Moscou avec pour instruction de faire comprendre que « la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, l’Autriche (sic), la Yougoslavie, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, et al (re-sic), ne font aucune différence pour les intérêts américains » – ajoutant, avec un cynisme qui dépasse tout ce que Roosevelt a pu dire, qu’une élection en Pologne pourrait être aussi libre que celle de Tom Pendergast [4] à Kansas City ou de Boss Hague [5] à Chicago.

Cela signifiait le succès de la stratégie de Staline. Comme les États-Unis étaient opposés aux sphères d’influence, l’Union soviétique a d’abord établi sa domination dans l’Europe de l’Est occupée, puis elle a forcé les Alliés à accepter l’état réel des choses. Et pour cela, Staline utilisait non seulement l’exemple de la Grèce, mais aussi la politique des alliés en Italie. Les États-Unis et la Grande-Bretagne n’avaient donné qu’une fonction consultative au Conseil consultatif tripartite et à la commission de contrôle, établis sur une initiative soviétique. Ainsi, ils furent les premiers à donner un exemple de politique à mener dans des territoires occupés: celui qui occupe prend les décisions. Staline accepte rapidement l’intégration de facto de l’Italie à la sphère d’influence anglo-britannique et leur donne carte blanche pour remettre en place le gouvernement d’Ivanoe Bonomi s’ils le souhaitent.

Dans le même temps, il est tout à fait révélateur qu’une courte période de compétition entre alliés pour influencer l’Italie ait amélioré la situation de ce pays. Les démarches diplomatiques de l’URSS, notamment la reconnaissance officielle du premier gouvernement post-fasciste de Pietro Badoglio, obligent la Grande-Bretagne à modifier sa politique en Italie. Face à la perspective d’une influence soviétique croissante et du développement d’un sentiment communiste en Italie, Churchill refuse un plan visant à faire de l’Italie d’après-guerre un pays faible sous hégémonie britannique. Il est contraint de se ranger à l’avis de Roosevelt sur la nécessité d’apporter une aide économique à l’Italie et de la restaurer en tant qu’État indépendant. Quelque chose de similaire aurait pu se produire en Europe de l’Est, notamment en Pologne, dont les États-Unis et la Grande- Bretagne ont tenté de protéger l’indépendance. Mais les États-Unis eux-mêmes sapent leur opposition à la politique des sphères d’influence en écartant l’URSS de la prise de décision concernant l’Italie.

Le projet d’ONU de Roosevelt était loin d’être démocratique. Il prévoyait un rôle mineur pour l’Assemblée générale de l’ONU, quelques « gendarmes du monde » décidant de la plupart des questions. Néanmoins, il était plus progressiste que celui préconisé par Staline et Churchill. Mais en raison de la politique réactionnaire de l’administration Roosevelt, après la mort de ce dernier, l’approche des sphères d’influence a prévalu aux États-Unis – une approche plutôt favorable aux intérêts impérialistes américains.

Nous avons observé quelque chose de similaire avant l’invasion russe, et nous continuons à le voir maintenant : la fraction la plus réactionnaire de la classe dirigeante américaine, illustrée par Donald Trump et Tucker Carlson [6], est prête à s’accorder avec Poutine sur une division des sphères d’influence. Avant l’invasion, Branko Marcetic a écrit que Tucker Carlson avait « tout à fait raison » de « remettre en question la valeur stratégique de l’Ukraine pour les États-Unis ».

Ukraine
Que se serait-il passé si les États-Unis avaient reconnu l’appartenance de l’Ukraine à la sphère d’influence russe au moment de l’invasion de 2022 ? Peut-être que si les gouvernements occidentaux avaient fait comprendre aux Ukrainiens qu’ils ne devaient pas s’attendre à un soutien occidental significatif, cela aurait contraint Zelenski à adopter une politique plus prudente et à faire éventuellement des compromis. Après tout, la prise de conscience que l’Occident ne les protégerait pas d’une éventuelle occupation soviétique a été l’un des facteurs clés qui ont conduit les Finlandais, après deux guerres sanglantes, à accepter de soumettre leur politique étrangère à l’Union soviétique.

Premièrement, il convient de noter que même si l’Ukraine avait accepté la « finlandisation », ses conséquences auraient été très différentes de celles de la Finlande – avant tout parce que la Russie moderne est un État capitaliste doté d’un régime autocratique réactionnaire, et non l’Union soviétique. Deuxièmement, à mon avis, l’acceptation par les États-Unis d’une division en sphères d’influence avec la Russie n’aurait pas apporté la paix. Compte tenu [en Ukraine] de la concurrence politique et du sentiment public dominant, qui était d’une manière ou d’une autre, opposé aux exigences de la Russie, il est peu probable que Zelensky aurait accepté des concessions sérieuses. Et même s’il en avait accepté, le parlement n’aurait pas approuvé ces concessions ; au mieux, cela aurait conduit à de nouvelles élections qui auraient été gagnées de manière décisive par des forces plus nationalistes.

Pour empêcher la guerre en cours, il aurait fallu que des changements dans les relations politiques entre l’Ukraine et l’Occident interviennent beaucoup plus tôt – et non dans les mois qui ont précédé l’invasion.

Si les États-Unis avaient officiellement reconnu que l’Ukraine faisait partie de la sphère d’influence russe, ils auraient peut-être encouragé la classe dirigeante russe à agir de manière plus décisive. Poutine a osé envahir l’Ukraine malgré la pression des États-Unis. Qu’est-ce qui aurait pu l’empêcher d’essayer de répéter les menées soviétiques en Hongrie si les États-Unis avaient promis de ne pas fournir d’assistance militaire à l’Ukraine ? Comme pendant la guerre froide, le résultat à long terme d’une telle division en sphères d’influence est une augmentation de la réaction. Cela inclut le renforcement du régime de Poutine en Russie et la résistance à l’occupation russe, dans laquelle l’extrême droite est susceptible d’acquérir l’hégémonie en Ukraine.

La guerre russo-ukrainienne a mis fin à la période post-soviétique. La nature de la période émergente, y compris notre moment actuel, se décidera sur le champ de bataille. Si l’Ukraine gagne, nous aurons enfin une possibilité d’obtenir des changements progressifs non seulement en Ukraine, mais aussi dans l’espace post-soviétique au sens large. Si la Russie l’emporte, l’Europe de l’Est plongera dans un enfer de réaction toujours profond au cours des prochaines décennies.

Taras Bilous [1]
Publié par COMMONS,
3 août 2022 (Notes de la traductrice) Traduction Lénonie Davidovitch

[1] Taras Bilous, historien, est le rédacteur en chef de la revue Commons: Journal of Social Criticism et membre de l’organisation Sotsialnyi Rukh.
[2] Susan Watkins, directrice de la New Left Review (Londres).
[3] Branko Marcetic est un contributeur de Jacobin (New York).
[4] Thomas Joseph Pendergast (1872-1945), élu démocrate corrompu. En alliance ouverte avec le crime, il organise une large fraude électorale. En 1939, condamné à quinze mois de prison pour fraude fiscale. Soutient activement Harry S. Truman.
[5] Frank Hague (1876-1956), démocrate, maire de Jersey City, New Jersey de 1917 à 1947, à la tête d’une vaste organisation de corruption d’élus et de fraude électorale.
[6] Tucker Carlson, éditorialiste de la chaîne de télévision réactionnaire et pro-Trump Fox News.

Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante (Volume 11) : Brigades éditoriales de solidarité 11
https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/brigades-e–ditoriales-de-solidarite—11-1-.pdf

De l’auteur : 
Je suis un socialiste ukrainien. Voici pourquoi je résiste à l’invasion russe
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/08/10/je-suis-un-socialiste-ukrainien-voici-pourquoi-je-resiste-a-linvasion-russe/
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« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »
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Auteur : entreleslignesentrelesmots

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