La politique des visas : discriminations et injustice

Entre 2021 et mars 2022, 23% des demandes de visas, par des citoyen·nes des pays du Maghreb, auraient été refusées en guise de sanction parce que ces pays refusent de rapatrier leurs ressortissant·es en situation de sans-papiers. Ainsi, au prétexte de lutter contre l’immigration irrégulière, le ministre de l’Intérieur* et les autorités françaises ne s’embarrassent même plus du caractère discriminatoire de cette décision, qui n’est rien d’autre qu’une punition collective, injuste, visant indistinctement tous les Algérien·nes, les Marocain(ne)s ou les Tunisien·nes. 

Par suite, les Maghrébin·es qui souhaitent voyager pour tourisme, pour études, pour affaires ou pour raisons de santé ou familiale, en sont purement et simplement exclu.es.

Ces mesures, qui s’attaquent en fait aux échanges humains entre les peuples, produisent a contrario des effets dramatiques en poussant des milliers de jeunes et moins jeunes (hommes, femmes et même enfants) à emprunter des traversées en mer Méditerranée au risque de leur vie.

Elles relèvent d’un chantage inadmissible, déshonorant, et qui plus est portant atteinte à un droit humain essentiel : la libre circulation des personnes, y compris de celles et ceux ayant leurs attaches, tant en France que dans les pays du Maghreb. Un chantage moralement inacceptable car s’appuyant sur une décision discriminatoire et bafouant un principe d’égalité citoyenne. Ainsi, des Françaises et des Français originaires des pays du Maghreb qui souhaitent faire venir leurs parents pour visites, pour affaires ou pour des raisons de santé se voient, eux aussi, privés d’un droit fondamental.

Prétendre lutter contre l’immigration irrégulière en restreignant aussi drastiquement le nombre de visas à des citoyen·nes est d’autant plus inadmissible que cette décision politique erronée ne résoudra rien sauf à caresser dans le sens du poil les thèses les plus extrémistes et xénophobes en France et celles des partisans d’une « Europe forteresse ».

Elle est encore plus scandaleuse quand on sait – pour ne prendre que le cas de la Tunisie -, que plus de 39 000 ingénieurs et 3 300 médecins auraient quitté le pays,depuis 2015 et ont été accueillis, à bras ouverts en Europe.

Ce flux massif de compétences (techniques, médicales et paramédicales) affecte gravement tous les secteurs d’activité, surtout le secteur de la santé publique, et accentue les carences et les inégalités dans les régions les moins développées dans tous les pays du Maghreb.

Demander aujourd’hui, un visa auprès des autorités consulaires françaises ou européennes (espace Schengen) de l’un des pays du Maghreb, est un véritable parcours du combattant et, le plus souvent, une humiliation supplémentaire pour l’immense majorité de celles et ceux qui en font les démarches. Outre les délais d’attente de plusieurs semaines, voire de deux mois ou plus, pour obtenir un rendez-vous, tout est fait pour y faire obstacle et, au final, les refus sont la règle. Sans compter que les démarches sont  extrêmement coûteuses et, évidemment, sans remboursement en cas de refus.

Voilà pourquoi, nous associations, maghrébines des deux rives et associations citoyennes européennes et françaises ne pouvons accepter un tel diktat et une injustice aussi flagrante. Nous demandons aux autorités françaises et aux pays européens de revenir sur ces mesures discriminatoires – nous, associations de migrants et de solidarité, qui avons depuis toujours combattu l’instauration du système des visas, et qui assistons aujourd’hui à une régression supplémentaire qui instaure des mesures discriminatoires insupportables.

Nous appelons toutes les forces démocratiques et la société civile en France, en Europe comme dans les pays du Maghreb, à se mobiliser pour dénoncer cette politique.

Déclaration de Gérard Darmanin, ministre de l’intérieur français, à ce sujet (septembre 2021

Paris, le 15 septembre 2022 

Premières organisations signataires :
Action Jeunesse FMAS – Maroc
Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA) – France
APEL-Egalité – Algérie/France
Asbl Na’oura – Belgique
Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (ACORT) – France
Association Adala pour le droit à un procès équitable – Maroc
Association d’aide aux migrants (AMSV) Oujda – Maroc
Association Bâtir l’information et le développement – Tunisie
Association Beity – Tunisie
Association Citoyenneté et liberté (ACL) – Tunisie
Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM)
Association des deux rives (ADR) – France
Association Khamsa Solidaire Ici et Ailleurs – France
Association Dignité aux droits et aux libertés – Tunisie
Association Eau énergies pour tous (ASEET) – Maroc
Association des étudiants nord-africains de France (ENAF)
Association des familles des disparues et prisonniers sahraouis (AFAPREDESA)
Association Femmes plurielles (AFP) – France
Association Femmes pour l’égalité et la démocratie (AFED) – Maroc
Association Hassen-Saadaoui pour la démocratie et l’égalité (AHSDE) – Tunisie
Association Mains libres (AML) – Maroc
Association ASTICUDE – Maroc
Association des Marocains en France (AMF) – France
Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) – Maroc
Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF)
Association tunisienne de défense des valeurs universitaires (ATDVU) – Tunisie
Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) – Tunisie
Association tunisienne de lutte contre la violence (ATLV) – Tunisie
Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM) – Tunisie
Association Nachaz-Dissonances – Tunisie
Asswat Nissa – Tunisie
ATP – Tunisie
Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM) – France
Coalition tunisienne Dignité et reconnaissance – Tunisie
Collectif Algérie droit devant (CGADD) – Algérie
Collectif associatif pour l’observation des élections (CAOE) – Maroc
Collectif Debout l’Algérie
Collectif Droit à la santé (CDSM) – Maroc
Collectif Libérons l’Algérie
Collectif marocain pour la justice climatique (CMJC) – Maroc 
Comité pour le patrimoine et le développement (CPD) – Palestine
Comité de vigilance pour la démocratie en Tunisie (CVDT) – Bruxelles
Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) – France
Comité de vigilance pour la démocratie en Tunisie (Yakadha) – Tunisie
Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie (CGATA)
Confédération générale de travail (CGT) – Maroc
Coordination des organisations maghrébines de droits de l’Homme (CMODH)
E-Joussour Portail Maghreb/Machrek – Maroc
Euro-Mediterraan Centrum Migratie & Ontwikkeling (EMCEMO) – Pays-Bas
Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR) – Tunisie/France
Forum des alternatives Maroc (FMAS) – Maroc
Forum civil démocratique marocain (FCDM) – Maroc
Forum marocain pour la vérité et la justice (FMVJ) – Maroc 
Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) – Tunisie
Groupe Tawhida Ben Cheikh – Tunisie 
Instirut du Caire pour les études des droits de l’Homme (CIHRS)
Initiative Mawjoudin pour l’égalité – Tunisie
Joussour de citoyenneté – Tunisie
Le Pont de Genève – Tunisie/Suisse
Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) – Algérie
Ligue des électrices tunisiennes (LET) – Tunisie
Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) – Tunisie
Mountada Ettajdid – Tunisie
Organisation du martyr de la liberté Nabil Barakati – Tunisie
Réseau Maroc des euromed ONGs
Réseau tunisien pour la justice transitionnelle – Tunisie
Riposte internationale – Algérie/France
Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP) – Algérie 
Tharwa n’Fadhma n’Soumeur – Algérie
Union des diplômés chômeurs (UDC) – Tunisie
Union générale des étudiants de Tunisie (UGET)
Union générale tunisienne du travail (UGTT) – Tunisie
Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT) – France

Avec le soutien de : 
ASSOCIATIONS :
Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (ATTAC) – France
Association italienne de loisirs et de culture (Associazione ricreativa culturale italiana) (ARCI) – Italie
Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM) – France
Centre de recherche et d’information pour le développement (CRID) – France
Cimade – France
Collectif régional pour la coopération Nord-Sud-Ile de France (CIBELE)
Droit au logement (DAL) – France
Droit Devant (DD) – France
Droits Ici et Là-bas – France
Europe solidaire sans frontières (ESSF) – France
Fédération des associations de solidarité avec tous.te.s les immigre.e.s (FASTI)
Fédération nationale de la Libre pensée (FNLP) – France
Femmes Egalité – France
Fondation Copernic – France
Fondation Frantz-Fanon – France
Groupe accueil et solidarité – France
Groupe d’information et de soutien aux travailleurs immigrés (GISTI) – France
Initiatives pour un autre Monde (IPAM) – France
International Institute for Nonviolent Action (NOVACT) – Espagne
Irídia-Center for the Defense of Human Hights – Barcelone, Espagne
Ligue des droits de l’Homme (LDH) – France
Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples (MRAP) – France 
Réseau Euromed France (REF) – France
Réseau syndical international de solidarité et de luttes (RSISL) – France 
Solidarité internationale LGBTQI – France
Union juive française pour la paix (UJFP) – France
ORGANISATIONS INTERNATIONALES :
Euromed Droits (Réseau)
Fédération international des droits de l’Homme (FIDH)
No-Vox International
Réseau Migreurop
SYNDICATS
Confédération générale du travail (CGT) – France
Union syndicale Solidaires – France
Union nationale des étudiants de France (UNEF)
PARTIS : 
Europe Ecologie les Verts (EELV) – France
Mouvement Ensemble (France)
Mouvement des progressistes (MDP) – France
Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) – France
Parti communiste français (PCF)
Parti communiste des ouvriers de France (PCOF)
Pour une écologie sociale et populaire (PEPS) – France

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/150922/la-politique-des-visas-discriminations-et-injustice
https://kapitalis.com/tunisie/2022/09/15/des-ong-denoncent-la-politique-francaise-des-visas-jugee-discriminatoire-et-injuste/
https://www.humanite.fr/en-debat/visas/la-politique-des-visas-discriminations-et-injustice-763814
https://www.lacimade.org/presse/la-politique-des-visas-discriminations-et-injustice/

VISA POLICY: DISCRIMINATION AND INJUSTICE

Between 2021 and March 2022, 23% of visa applications by citizens of Maghreb countries would have been refused as a retaliatory measure against local governments’ refusal to repatriate their nationals in “irregular situations.” Thus, under the pretext of combating undocumented migration, the Minister of the Interior* and the French authorities do not even care about the discriminatory character of this decision, which is nothing less than a collective punishment that indiscriminately targets all Algerians, Moroccans or Tunisians.

As a result, Maghreb citizens, who wish to travel for tourism, study, business, health or family reasons, are merely excluded.

These measures, which in fact attack human exchanges between peoples, produce dramatic effects, pushing thousands of young and not- so- young people (men, women and even children) to cross the Mediterranean Sea, thereby risking their lives.

Such measures are an unacceptable and dishonourable form of blackmail. In fact, they infringe on an essential human right: the free movement of people, including those with family ties in France and in the Maghreb countries. Besides, this blackmailing is morally reprehensible because it is based on a discriminatory decision that violates the principle of equality in citizenship. Thus, French women and men from Maghreb countries who wish to bring their relatives to France for visits, business or for health reasons are also deprived of a fundamental right.

Claiming to fight against illegal immigration by restricting so drastically the number of visas to citizens is all the more inadmissible that this misguided political decision would solve nothing except cozying up to the most extremist and xenophobic claims in France and to those partisans of a « fortress Europe ».

It is even more outrageous when we know – and to take only the case of Tunisia – that more than 39,000 engineers and 3,300 doctors have left the country since 2015 and have been welcomed with open arms in Europe. 

This massive flow of (technical, medical and paramedical) skills seriously affects all sectors of activity, mainly the public health sector, and aggravates the deficiencies and inequalities in the poor regions of all Maghreb countries.

Today, applying for a visa from the French or European (Schengen area) consular authorities in one of the Maghreb countries is a real obstacle course and an additional humiliation for the vast majority of those who apply. A part from the waiting time that could last several weeks, or even two months or more, to obtain an appointment, refusals are often the rule. Not to mention that the procedures are extremely costly and, obviously, with no refund for fees in case of refusal.

This is why we, Maghreb associations from both shores of the Mediterranean Sea and European and French citizens’ associations cannot accept such a diktat, neither do we accept such a blatant injustice.

We call on the French and all European authorities to reconsider these discriminatory measures – we, migrant and solidarity associations, who have always combat the introduction of the visa system, and who are now witnessing an additional regression that introduces unbearable discriminatory measures.

We, also, call on all democratic forces and civil society in France, in Europe as well as in the Maghreb countries, to mobilize in order to denounce such a discriminatory policy.

POLÍTICA DE VISADOS: DISCRIMINACIÓN E INJUSTICIA

Entre 2021 y marzo de 2022, el 23% de las solicitudes de visado de ciudadanos de países del Magreb habrían sido rechazadas como medida de represalia ante la negativa de los gobiernos locales a repatriar a sus nacionales en « situación irregular. » Así, bajo el pretexto de la lucha contra la migración indocumentada, el ministro del Interior* y las autoridades francesas ni siquiera se preocupan por el carácter discriminatorio de esta decisión, que no es otra cosa que un castigo colectivo que apunta indistintamente a todos los argelinos, marroquíes o tunecinos.

De este modo, los ciudadanos magrebíes que desean viajar por motivos de turismo, estudios, negocios, salud o familia, se ven simplemente excluidos.

Estas medidas, que atacan de hecho los intercambios humanos entre los pueblos, producen efectos dramáticos, empujando a miles de jóvenes y no tan jóvenes (hombres, mujeres e incluso niños) a cruzar el mar Mediterráneo, arriesgando así sus vidas.

Estas medidas son una forma de chantaje inaceptable y deshonrosa. De hecho, atentan contra un derecho humano esencial: la libre circulación de las personas, incluidas las que tienen vínculos familiares en Francia y en los países del Magreb. Además, este chantaje es moralmente reprobable porque se basa en una decisión discriminatoria que viola el principio de igualdad en la ciudadanía. Así, las francesas y los franceses de los países del Magreb que desean traer a sus familiares a Francia para visitas, negocios o por motivos de salud se ven también privados de un derecho fundamental.

Pretender luchar contra la inmigración clandestina restringiendo tan drásticamente el número de visados a los ciudadanos es tanto más inadmisible cuanto que esta decisión política errónea no solucionaría nada, salvo acogerse a las reivindicaciones más extremistas y xenófobas de Francia y a los partidarios de una « Europa fortaleza ».

Es aún más indignante cuando sabemos -y por tomar solo el caso de Túnez- que más de 39.000 ingenieros y 3.300 médicos han salido del país desde 2015 y han sido recibidos con los brazos abiertos en Europa.

Este flujo masivo de competencias (técnicas, médicas y paramédicas) afecta gravemente a todos los sectores de actividad, principalmente a la sanidad pública, y agrava las carencias y desigualdades en las regiones pobres de todos los países del Magreb.

Hoy en día, solicitar un visado a las autoridades consulares francesas o europeas (espacio Schengen) en uno de los países del Magreb es una verdadera carrera de obstáculos y una humillación adicional para la gran mayoría de los que lo solicitan. A parte del tiempo de espera que puede durar varias semanas, o incluso dos meses o más, para obtener una cita, los rechazos suelen ser la norma. Por no hablar de que los procedimientos son extremadamente costosos y, obviamente, sin devolución de las tasas en caso de rechazo.

Por ello, las asociaciones magrebíes de ambas orillas del Mediterráneo y las asociaciones de ciudadanos europeos y franceses no podemos aceptar semejante dictado, ni tampoco una injusticia tan flagrante.

Hacemos un llamamiento a las autoridades francesas y a todas las europeas para que reconsideren estas medidas discriminatorias, nosotros, asociaciones de migrantes y de solidaridad, que siempre hemos combatido la introducción del sistema de visados, y que ahora asistimos a una regresión adicional que introduce medidas discriminatorias insoportables.

Asimismo, hacemos un llamamiento a todas las fuerzas democráticas y a la sociedad civil de Francia, de Europa y de los países del Magreb, para que se movilicen para denunciar una política tan discriminatoria.

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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