L’argent trouvé pour détruire mais pas pour construire

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« Dans ce numéro, nous avons convoqué Virginia Woolf, Andrée Michel, Katuko Saruhshi. Et des forces non humaines du passé. Isabelle Loodts, une éclaireuse, nous fait entendre le chant des terres meurtries de la Grande Guerre, peut-être demain meurtries à nouveau par des déchets nucléaires », Sabine Panet dans son édito « Nous voyons, nous voyons… hier, aujourd’hui et demain », parle d’intermédiaire entre différents mondes, « Une tisseuse aux fils voguant d’uns spirale du temps à l’autre », des bornes clignotant dans le brouillard, de femmes dansant sur des missiles, de cancer du sein professionnel, des luttes des travailleuses domestiques, du sexisme et des armées, de créatrices…

Dossier : Femmes, guerre et nucléaire. Le pied dans la poudrière

« Destruction environnementale présente et future, problématique cruciale des déchets, danger pour la santé et la sécurité, enjeux économiques… Malgré ses risques et ses conséquences, depuis les années 2000, le recours au nucléaire s’est vu de moins en moins questionné. Paralysant nos capacités d’action, sa fatalité s’est insinué dans les esprits. Conséquence : une impossibilité à imaginer d’autres voies. Idem pour la guerre – réelle comme énergétique ».

Un entretien « Nucléaire, du déni au défi collectif : porter en nous le mot avenir » avec Patricia Parfoort et Isabelle Loodts. Les autrice abordent, entre autres, la première guerre mondiale et les munitions chimiques, les déchets nucléaires, les intrications entre armement et dégâts environnementaux, les difficultés et la dangerosité des démantèlements, la visibilité à reconstruire de la question nucléaire, les recherches favorisées par la guerre et l’énergie nucléaire dite civile, le financement de la guerre, le label vert donné au nucléaire et au gaz « aberrant, et pas sérieux », les ressources limités et le dogme capitaliste, le camp des femmes pour la paix de Greenham Common, le changement radical de notre manière « d’être au monde et d’être ensemble »…

Trois raisonnements, trois époques : Virginia Woolf, Andrée Michel et Naomi Klein. Un choeur de réflexions féministes contre les bombes.
Le défilé des hommes, les hommes en série, les images de destruction, les
Trois Guinées, l’autonomie financière comme condition première d’une vie et d’une pensée autonomes ; le complexe militaro-industriel (CMI), la démocratie, « Technologie et industrie restent intrinsèquement liées à une organisation sociale antidémocratique », le contrôle de l’information et le lobby de l’armement ; le vieux monde toxique, les enchevêtrements « entre guerre militaire, guerre énergétique, guerre économique, destruction de la planète et guerres sociales néocoloniales, racistes et sexistes »…

« Derrière les barbelés, le silence d’une usine propre. Ni bruit, ni fureur. Ni saleté. De la tragédie, du danger terrible comme les peuples n’en ont encore jamais connu, de la mort : rien ne se voit. Elle ne vit d’abord que ce qui se voit : l’envahissement, la défiguration de sa terre » Xavière Gauthier

Le nucléaire en Belgique, « gros sous et microfissures », les coûts d’entretien, l’impossible gestion des déchets, la main-mise d’Engie, démantèlement et dépollution, « Après avoir profité de bénéfices mirobolants tout le début des années 2000 et au lieu de faire des réserves ou d’investir dans les énergies du futur, Engie a donné beaucoup à ses actionnaires. Et aujourd’hui, ils veulent se défaire de la vache à lait tarie. La question du démantèlement est aussi importante. Ce que beaucoup redoutent, c’est qu’Engie se débarrasse du nucléaire belge et que le fonds pour démanteler et dépolluer ne soit pas suffisamment alimenté »….

Six féministes qui dansent sur les missiles : Léa Normand, Collectifs Les Bombes Atomiques, Helen Caldicott, Katsuko Saruhashi, Svetlana Alexievitch, Angélique Huguin.

J’ai notamment apprécié l’enquête franco-belge sur le cancer du sein, une maladie professionnelle méconnue, « Première cause de mortalité par cancer chez les femmes, le cancer du sein ne s’explique pas seulement par le tabac, le « surpoids » ou le patrimoine génétique. L’environnement et notamment le travail peuvent aussi être à l’origine de cette maladie ». Nolweinn Weiler discute des conditions de travail, de la préparation des chimiothérapies, de la faible prévention des risques, du silence des médecins, du travail de nuit, des produits classés comme « cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques » (CMR), des rayonnements ionisants, du secteur des cosmétiques ou du nettoyage, des pesticides en agriculture, des modèles de recherche basés sur un modèle masculin, « Le travail des femmes n’entre pas dans les tableaux qui listent les maladies susceptibles d’être reconnues comme professionnelles. Ces tableaux sont vraiment organisés en fonction du travail masculin, seul à être considéré comme dangereux », d’un angle mort du coté féministe et syndical.

Maladies professionnelles, accidents mal-nommés du travail, il y a bien faute inexcusable de la part des employeurs. La santé dégradée ou la mort au travail devrait être reconnues pour ce qu’elle sont : des atteintes au droit fondamental des êtres humains. La responsabilité pénale des employeurs et de leurs mandants – les actionnaires – devrait être engagée…

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • La non reconnaissance des besoins des femmes par les institutions, les pratiques institutionnelles très codifiées et engendrant de la violence supplémentaire

  • Les travailleuses domestiques en luttes, la grève historique des femmes de chambres de l’hôtel Ibis Batignolles, une visibilité nouvellement acquise, les effets de la sous-traitance, la division sexuelle et raciale du travail, l’élection de Rachel Keke comme députée.

  • Le nouveau Code pénal en matière d’infractions sexuelles, l’enjeu d’une jurisprudence pour une meilleure protection des femmes, le consentement, le continuum de violences, l’inceste comme crime contre l’enfance jusqu’à la majorité de 18 ans, l’éducation à la soumission, l’alourdissement des peines et la récidive, la dépénalisation partielle du proxénétisme, les possibles contrats de travail avec des proxénètes !, « l’assignation des femmes à des fonctions sexuelles sous l’autorité d’un « homme d’affaires » », le démantèlement de la protection contre la traite des humains… Je souligne une fois de plus l’absence des clients-prostitueurs-putards…

  • Les étudiantes de l’ULG s’arment face au sexisme, le refus de la « médiation » (proposition à la victime de discuter avec son agresseur).

  • L’exil et un monastère roumain.

  • Une nouvelle de Veronika Mabardi : Non.

  • et toujours de riches rubriques : actualités révoltantes, culture et informations internationales

Un journal de nos amies belges à faire connaître.
Axell248 Septembre-Octobre 2022, http://www.axellemag.be
Autres numéros : /revue/axelle/

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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