[53] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [53] 

  • Halya Coynash : Les Tatars victimes de la mobilisation forcée en Crimée occupée
  • Henri Goldman : L’Ukraine, la gauche, la honte
  • Polina Vernyhor : Ukraine – Unis comme jamais : KharkivPride dans le métro
  • Appel féministe du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU)
  • Rapport d’Alfons, Catherine, Francesco et Szymon Membres du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (ENSU) de Catalogne, France, Italie et Pologne. Délégués à la Conférence du mouvement social (Соціальний рух).. Kiev, 17 septembre 2022
  • Dominique Vidal : Pierre Rimbert, l’Ukraine et le « campisme »
  • Liens avec d’autres textes

Les Tatars victimes de la mobilisation forcée en Crimée occupée

Des rapports en provenance de la Crimée occupée suggèrent que les mesures prises par la Russie pour mobiliser de force des hommes pour combattre contre l’Ukraine visent spécifiquement les Tatars de Crimée.

KrymSOS a signalé le 23 septembre que, selon des estimations préliminaires, les Tatars de Crimée avaient reçu jusqu’à présent environ 90% de tous les avis de convocation en Crimée occupée, alors qu’ils ne représentent pas plus de 15% (au maximum) de la population. Cela indiquerait un ciblage délibéré des Tatars de Crimée qui, selon Yevhen Yaroshenko, de KrymSOS, pourrait conduire à un génocide déguisé du peuple tatar de Crimée.

Lutfiye Zudiyeva, cofondatrice de Crimean Solidarity, a toutefois lancé un avertissement. Elle a conseillé aux gens d’être prudents et de ne pas croire automatiquement les commentaires sur les médias sociaux provenant de comptes inconnus. Cet avertissement est d’autant plus nécessaire que la Russie utilise la terreur et la répression depuis huit ans pour tenter activement de chasser les Tatars de Crimée de leur patrie. La mobilisation forcée ne doit pas conduire à une telle situation.

Le 21 septembre, le dirigeant russe Vladimir Poutine a annoncé ce qu’il a appelé une « mobilisation partielle ». Celle-ci ne devait concerner que 300 000 réservistes. Il est rapidement apparu que 1) des personnes sans expérience militaire recevaient des convocations ou étaient tout simplement pris de force dans la rue et 2) que les Russes se montraient beaucoup moins passifs lorsqu’on attendait d’eux qu’ils se battent contre l’Ukraine.

Le 22 septembre, l’initiative de défense des droits de l’homme Crimean Idea a signalé qu’une action à grande échelle était en cours dans les régions de Crimée ayant pour cible d’importantes populations tatares de Crimée pour amener de force les gens aux points de mobilisation. Des descentes au domicile des personnes avaient commencé vers 6 heures du matin, les « officiers » forçant parfois le passage et distribuant des avis après avoir trompé les gens en leur criant qu’ils avaient besoin d’aide. Crimean Idea a également enregistré des cas où des personnes ont été « mobilisées » sur leur lieu de travail, dont un cas impliquant plusieurs enseignants qui ont immédiatement reçu des avis de conscription.

Crimean Idea a parlé de plus de mille personnes touchées. Plus tard dans la journée, Oleksiy Tilnenko, chef du conseil d’administration de KrymSOS, a déclaré qu’environ cinq mille Criméens avaient été convoqués dans des bureaux de recrutement militaire. Dans certaines parties de la péninsule, des officiers de police et de recrutement militaire se sont tout simplement rendus au domicile des gens et ont emmené les hommes dans les bureaux de recrutement. Le célèbre avocat des droits de l’homme des Tatars de Crimée, Emil Kurbedinov, a déclaré qu’un grand nombre de personnes s’étaient adressées à son bureau pour obtenir une consultation juridique en rapport avec la mobilisation annoncée.

Lutfiye Zudiyeva a souligné que la première étape nécessaire, si une personne est menacée de mobilisation, doit être de consulter un avocat. Il n’est pas garanti que les gens doivent « quitter volontairement de Crimée. C’est loin d’être dans l’intérêt collectif de notre peuple et ce n’est que dans des cas spécifiques que c’est la solution unique et nécessaire. »

En fait, il pourrait ne plus être possible de quitter la Crimée occupée. Le régime d’occupation a annoncé le 23 septembre que tout homme tentant de quitter la Crimée occupée devrait recevoir une « permission » du bureau de recrutement militaire.

En tant que principal peuple autochtone de Crimée (et d’Ukraine, en général), il était sans doute irritant pour le Kremlin que la majorité des Tatars de Crimée et leur assemblée représentative, le Mejlis, soient fermement opposés à l’occupation russe et s’identifient sans équivoque à l’Ukraine. C’est presque certainement l’une des principales raisons pour lesquelles les Tatars de Crimée ont subi une répression particulièrement féroce sous l’occupation russe. La persécution et les discours de haine visent également à forcer le plus grand nombre possible de Tatars de Crimée à quitter la Crimée occupée.

La Russie a commencé à faire un usage criminel de la conscription en Crimée occupée peu après son invasion et, même avant son invasion à grande échelle, quelque 34 000 Criméens avaient été alors contraints de servir dans l’armée russe. Elle a depuis longtemps commis un second crime de guerre par sa propagande active en faveur du service militaire et de la militarisation, en particulier auprès des enfants et des jeunes adultes. Tout ceci constitue une violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève qui, dans son article 51, stipule sans ambiguïté que « la puissance occupante ne pourra pas contraindre les personnes protégées à servir dans ses forces armées ou auxiliaires. Aucune pression ou propagande visant à obtenir un engagement volontaire n’est autorisée ».

La Russie intensifie actuellement sa violation du droit international en mobilisant de force les Ukrainiens de Crimée occupée dans sa guerre contre l’Ukraine. La mobilisation forcée, même d’hommes souffrant de graves problèmes de santé, a été appliquée dans le Donbass occupé juste avant l’invasion à grande échelle de la Russie le 24 février 2022, et la Russie tente maintenant une telle mobilisation sur le territoire saisi depuis lors. L’un des motifs des « référendums » fictifs en cours est sans doute d’augmenter le nombre d’Ukrainiens que la Russie peut envoyer se battre, et probablement mourir, dans sa guerre d’agression.

26 septembre 2022
Halya Coynash
Publié par KrymSOS.
Traduction Patrick Le Tréhondat.
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64083

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L’Ukraine, la gauche, la honte

De tout temps, la gauche, dans sa diversité, s’est caractérisée par un soutien sans faille aux peuples qui défendaient leur droit à la libre disposition d’eux-mêmes face aux invasions extérieures, face au colonialisme, face au fascisme ou à la dictature. Plus cette gauche était radicale, plus ce soutien s’exprimait avec force, de la guerre d’Espagne à la Palestine en passant par le Vietnam, l’Algérie, la Grèce ou le Chili. Avec l’Ukraine, ce n’est plus le cas. Mais qu’est-ce qui se passe ?

Tout le monde condamne l’agression russe contre l’Ukraine. Je n’ai rencontré personne qui ai de la sympathie pour le régime de Poutine. Mais, à ma stupéfaction, au sein de la gauche anticolonialiste engagée dans la solidarité internationale, il ne fut pas question de se tenir aux côtés d’un peuple agressé en l’aidant à résister, mais de militer « pour la paix » en appelant à privilégier la diplomatie par rapport aux moyens militaires car « la guerre, ça ne règle rien ».

La diplomatie ? Bien sûr, on y passera. On y est toujours passé. Mais les accords de Paris (1973) qui ont mis fin à la guerre du Vietnam n’ont fait qu’entériner la défaite de l’armée US sur le terrain. Quant aux accords d’Évian (1962) qui marquèrent la fin de la guerre d’Algérie, ils interviennent suite à un revirement politique de la France prenant acte de l’impossibilité de toute victoire militaire ainsi que de l’impopularité de la guerre en métropole. Il y a aussi des contre-exemples : les accords d’Oslo (1993) supposés mettre fin au « conflit israélo-palestinien » n’ont mis fin à rien du tout, et surtout pas à la colonisation qui a continué de plus belle pendant que des diplomates s’affairaient à discuter de la forme de la table autour de laquelle il fallait conclure.

Chacun sait désormais, en inversant la proposition de Clausewitz, que « la politique – ou la diplomatie – n’est que la continuation de la guerre par d’autres moyens ». Si la guerre continue à fournir des avantages à l’agresseur, pourquoi négocierait-il ? Si personne ne lui résiste sérieusement, si personne ne fait pression sur lui, pourquoi changerait-il d’attitude ? Le monde entier a beau demander poliment à Israël de ne pas aller trop loin tout en le cajolant, pourquoi s’étonner que la colonisation de la Cisjordanie s’approfondisse chaque jour et que l’extrême droite la plus belliqueuse tienne le haut de pavé à Jérusalem ? Pour la Russie, il n’y a aucune raison que ce soit différent.

XXXC’était le plan de Poutine voulant « dénazifier » l’Ukraine en installant un proconsul à Kiev, et il a échoué.

Tout le monde le sait : entre l’Ukraine et la Russie, la guerre se terminera inévitablement par un accord signé. Mais selon quel modèle ? Le modèle allemand de 1940, quand Hitler humilia la France après qu’elle se soit donnée à Pétain ? C’était le plan de Poutine voulant « dénazifier » l’Ukraine en installant un proconsul à Kiev, et il a échoué. Le modèle vietnamien ? Ce n’est pas impossible, si les forces ukrainiennes continuent à refouler les forces d’occupation. Le modèle algérien ? C’est sans doute le plus probable, quand la nomenklatura du Kremlin, avec ou sans Poutine, ne sera plus prête à payer le prix d’une guerre impopulaire qui mine son pouvoir et ses privilèges. Mais dans ces deux derniers cas, il faut que l’Ukraine tienne militairement face à l’armée russe. Et c’est là que la gauche, ma gauche, la plus authentique, la plus fidèle à sa raison d’être, celle qui n’accepte jamais que les forts écrasent les faibles, est dans sa plus grande partie aux abonnés absents [1].

Avec la résistance populaire ukrainienne
Bien sûr, je sais ce qui bloque et qui m’a bloqué dans un premier temps : en prenant une telle attitude, on se retrouve dans le même camp que l’ennemi numéro 1 des peuples : l’impérialisme américain, l’Otan qui avance ses pions vers l’Est, les marchands d’armes qui se frottent les mains. Dans le conflit ukrainien et d’un point de vue géostratégique, deux impérialismes s’affrontent. Mais, même si, au niveau planétaire, celui des États-Unis est encore toujours le plus nocif, ce n’est pas le cas au niveau local. Pour les peuples concernés, c’est l’impérialisme russe, et lui seul, qui les écrase ou les menace. S’il faut compter sur la protection conjoncturelle du camp d’en face, s’il faut lui demander des armes pour éviter que l’ordre poutinien ne règne à Kiev sur le mode de Marioupol, on demandera ces armes. Ce point de vue est celui de toute la gauche d’Ukraine et des pays limitrophes, des organisations syndicales, des féministes, des écologistes, bref de nos ami·es sur place, et ça ne les empêche pas de combattre les 
orientations néolibérales du gouvernement Zelensky qui ne peuvent qu’affaiblir la résistance populaire.

Notre solidarité doit aller à cette résistance. Notre soutien au gouvernement Zelensky n’est pas aveugle, pas plus que le soutien à la résistance palestinienne n’implique de tout accepter du Hamas islamiste ou du gouvernement corrompu de Mahmoud Abbas. Des actes de fraternisation doivent être posés, comme l’ont fait au mois de juin des syndicats français partis à la rencontre de leurs camarades ukrainiens. L’absence totale d’initiative dans ce sens, le silence embarrassé qu’observe en Belgique le mouvement ouvrier est une honte à mes yeux, exactement comme le fut lors de la guerre d’Espagne la politique de non-intervention du gouvernement du Front populaire se refusant à « mettre de l’huile sur le feu ».

Si, demain, le peuple ukrainien ayant recouvré la maîtrise de son destin devait basculer franchement à droite, la lâcheté d’une certaine gauche européenne face à Poutine n’y sera pas pour rien.

[1] Il y a heureusement des exceptions qui sauvent l’honneur de la gauche. Notamment le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (Resu), dont le site est une vraie mine d’argumentaires et d’informations sur la société ukrainienne. On lira ici son manifeste en français, qui appelle au « soutien à la résistance (armée et non armée) du peuple ukrainien dans sa diversité, en défense de son droit à l’autodétermination » ainsi que la liste des signataires francophones. 

Henri Goldman 
https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/blog/l-ukraine-la-gauche-la-honte

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Ukraine – Unis comme jamais : KharkivPride dans le métro

Le 25 septembre, Kharkiv a accueilli la LGBT Pride pour la quatrième fois. Cette année, la KharkivPride était spéciale car la ville souffre quotidiennement des missiles russes. Cela a affecté les conditions de l’événement et le nombre de participant·es.

La fin de l’été et le début de l’automne sont la période où les LGBT prides sont organisées dans différentes parties de l’Ukraine depuis plusieurs années consécutives. Cependant, cette année, tout est différent. En raison de la guerre, la plupart des organisations LGBT ont refusé d’organiser les traditionnelles marches pour l’égalité.

Les organisateur·trices de la KharkivPride ont également douté pendant longtemps de la possibilité d’organiser l’événement en toute sécurité. Mais au début du mois de septembre, les réseaux sociaux des organisateur·trices sont devenus clairs : La KharkivPride va avoir lieu. Le public a pris cette nouvelle de manière ambiguë : beaucoup se sont demandé s’il était normal d’organiser une gay pride pendant la guerre, quelqu’un a écrit qu’il était dangereux d’organiser de grands événements en temps de guerre. Cependant, les organisateur·trices ont des réponses à la fois au premier et au second argument. Mais nous en reparlerons plus tard.

Dans les conditions de la guerre
La KharkivPride est le plus grand événement LGBT de l’est de l’Ukraine. Cette année, la marche s’est déroulée sous le slogan « Unis comme jamais auparavant ». Les organisateur·trices affirment que l’idée principale de l’action n’a pas changé : elle est toujours conçue pour mettre l’accent sur la liberté, l’égalité et le respect de la diversité. Cependant, cette fois-ci, il est plus important que jamais de montrer au monde entier en quoi la démocratie ukrainienne diffère du régime totalitaire de la Fédération de Russie.

Aujourd’hui, des milliers de personnes LGBT défendent l’Ukraine sur les fronts militaires et de l’information, en se portant volontaires, en sauvant des vies, en collectant des fonds pour acheter des armes, en faisant venir de l’aide humanitaire de l’étranger, etc. En raison des bombardements constants, de nombreuses personnes ont dû quitter Kharkiv. Il n’est donc pas surprenant que la guerre ait affecté le nombre de participant·es.

L’année dernière, plus de trois mille personnes ont assisté à la KharkivPride, et cette année, il y avait environ 25 participant·es. Cependant, les personnes qui sont venues à la LGBT Pride admettent qu’elles attendaient l’événement depuis une année entière et sont heureuses que, malgré la guerre, les organisateur·trices aient décidé de le tenir.

« Je participe à la Pride de cette année non seulement pour moi, mais aussi pour ceux et celles qui ne peuvent pas se joindre à nous – pour les victimes et les personnes évacuées, pour nos militaires. La Pride d’aujourd’hui n’est pas une célébration de la fierté, c’est un moyen de montrer que nous existons en tant que partie de la société et que nous devons être entendu·es. Actuellement, la communauté LGBT n’est pratiquement pas représentée politiquement, que ce soit au parlement ou sur le terrain. De ce fait, nous n’avons aucun outil pour influencer les décisions qui sont prises. Grâce à des formes de protestation telles que la marche et les spectacles qui ont eu lieu à Kharkiv pendant la semaine de la fierté, nous voulons toucher les autorités et la société », explique Yelyzaveta Kruk, participante à la KharkivPride, à Zaborona.

Les performances dont parle Yelyzaveta sont les actions qui ont été organisées par l’Association des femmes de Kharkiv Sphere au cours de la semaine dernière. Le 17 septembre, dans le centre de Kharkiv, des militant·es ont accroché des banderoles en soutien à l’EuroPride en Serbie, que le président du pays, Aleksandar Vučić, a tenté d’interdire.

Le 21 septembre, au cours de la semaine de la fierté à Kharkiv, toutes les personnes LGBT qui sont mortes à cause de la guerre ont été honorées. Deux jours plus tard, une voiture décorée d’attributs de mariage arc-en-ciel et de l’inscription « égalité face à mariage » a circulé dans les rues de la ville. Avec cet évènement, les organisateur·trices voulaient souligner que toutes les personnes, quels que soient leur sexe, leur genre et leur orientation, ont le droit de se marier, mais qu’actuellement, les couples LGBT ukrainiens sont privés de cette possibilité.

« Je comprends que nous ne pourrons pas changer la Constitution demain, et que l’égalité face au mariage n’arrivera pas le mois prochain, mais notre fierté est davantage liée au fait que les droits de la communauté LGBT sont toujours d’actualité. Pendant la guerre, nous n’avons pas disparu et nous avons toujours des besoins, y compris ceux liés à la guerre – par exemple, aller chercher le corps d’un·e partenaire décédé·e ou simplement lui rendre visite à l’hôpital », explique Yelyzaveta.

Danger
La Russie lance des dizaines de missiles sur Kharkiv chaque jour. Selon le chef du bureau du procureur régional de Kharkiv, Oleksandr Filchakov, au début du mois d’août, plus de mille civils ont été tués par des bombardements dans la ville et la région. En raison de la guerre à grande échelle, la plupart des citoyen·nes ont quitté Kharkiv. La Pride de cette année est donc très différente des précédentes, tant par le nombre de personnes que par son format. Les participant·es ont commencé à se rassembler à la station de métro Kyivska vers midi. Il était nécessaire de s’inscrire à l’événement via un formulaire Google spécial. La veille de la marche, un briefing sur la sécurité a été organisé avec tous ceux et celles qui ont rempli le formulaire.

« Maintenant, tout·es celles et ceux qui sont à Kharkiv sont en danger, non pas à cause des menaces de l’extrême droite et des conservateurs, non pas à cause de la situation de la criminalité, mais à cause des attaques de missiles de la Fédération de Russie. C’est pourquoi nous avons choisi le métro, car ni la police ni les autorités de la ville ne peuvent nous protéger de cette plus grande menace. C’est la seule façon de nous protéger. Le métro a également été choisi parce qu’il n’est plus seulement un moyen de transport. Des concerts et des expositions y ont été organisés, des personnes y ont vécu pendant le bombardement de Kharkiv. C’est pourquoi ce lieu est symbolique pour nous », explique à Zaborona Anna Sharigina, co-organisatrice de KharkivPride.

Personne n’a bloqué le trafic du métro – tout le monde pouvait entrer. Les participant·es sont entré·es dans les wagons avec des affiches et des symboles arc-en-ciel. La plupart d’entre eux et elles portaient des chemises brodées. Les passager·es du métro ont réagi différemment : certain·es ont été surpris·e, d’autres ont souri et ont salué l’action. À un moment donné, un musicien de rue avec une guitare est entré dans la voiture et a commencé à chanter « Warriors of Light » du groupe biélorusse Lyapis Trubetskoy.

Des agents des forces de l’ordre ont également voyagé dans le métro avec les participant·es de la KharkivPride. Ils étaient à peu près aussi nombreux que les participants à l’action.

La KharkivPride a emprunté trois lignes de métro. Les participant·es sont sorti·es à la station Place de la Constitution, ont scandé « Gloire à l’Ukraine » et se sont dispersé·es.

Est-il à l’heure ?
Les organisateur·trices de la KharkivPride estiment que les droits humains sont toujours d’actualité, surtout en temps de guerre. En particulier, l’égalité au niveau législatif permettra à de nombreux couples LGBT de bénéficier des droits habituels dont jouissent les couples hétéros : récupérez le corps de votre partenaire à la morgue et enterrez-le ; prendre des décisions importantes pour votre partenaire s’il est inconscient·e ; s’occuper de l’enfant d’une compagne, si elle est partie au front, ainsi que pour s’occuper des enfants d’un proche décédé ou blessé.

En outre, dans le cadre de la KharkivPride, avec le fonds de soutien « Kharkiv with You », ils et elles collectent des fonds pour les besoins des femmes militaires servant dans la région de Kharkiv. La Fondation s’occupe d’environ deux cents femmes qui défendent actuellement l’Ukraine dans les forces armées ukrainiennes. L’objectif est de récolter cent mille hryvnias pour elles.

26 septembre 2022
Polina Vernyhor
Polina Vernyhor est journaliste à Zaborona.
Publié par Zaborona
https://zaborona.com
Traduction Patrick Le Tréhondat.

https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64102

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Appel féministe du Réseau européen de solidarité
avec l’Ukraine (RESU)

Appel féministe : Reprenons le contrôle de nos vies !

Ces dernières années, nous assistons à des attaques intenses et coordonnées contre les droits reproductifs des femmes et des personnes LGBTI. Ces droits, conquis grâce aux luttes féministes, sont aujourd’hui menacés. Nous assistons à une augmentation sans précédent des violences de genre, dont des agressions physiques à l’encontre des femmes, du mouvement féministe et des féministes (elles-mêmes) à titre personnel.

Ces attaques sont menées par des gouvernements patriarcaux et misogynes et par des réseaux d’extrême droite et de conservateurs fondamentalistes en Europe et sur tous les autres continents.

L’objectif de cette extrême droite en expansion dans le monde entier, incarnée notamment par des dirigeants machistes comme Vladimir Poutine, Donald Trump, Narendra Modi, Viktor Orban et Jair Bolsonaro, est de contrôler les corps et les capacités reproductives des femmes et des personnes LGBTI. Cela fait partie d’une stratégie plus large visant à centraliser et à renforcer le contrôle (étatique et) social et celui de l’Etat sur la vie des femmes. Tout cela au service d’un pouvoir réactionnaire qui déteste les femmes, rejette les réfugié·es, maltraite les détenu·es et pratique des discriminations fondées sur le genre, la race, la sexualité, la religion et le statut social. Les femmes sont alors contraintes à une division du travail dans laquelle elles sont souvent cantonnées à un rôle inférieur de simples reproductrices.

Les dominations de genre, de classe et le racisme sont renforcées.

En effet, les contraintes pour empêcher l’accès à la santé reproductive, dont l’interruption ou la conduite à terme d’une grossesse, impactent de façon différente :

  • les femmes migrantes et sans-papiers et LGBTI.

  • les personnes sous la menace constante de la criminalisation ou de l’expulsion.

  • les femmes pauvres qui n’ont pas les ressources nécessaires pour voyager à l’étranger ou se rendre dans une clinique privée.

Dans plusieurs pays, les lois qui interdisent l’avortement
coexistent avec des politiques racistes.

Des politiques qui visent systématiquement le corps et les droits reproductifs des femmes racisées : stérilisation forcée, contraception forcée, violences obstétricales.

L’État se réserve le droit de décider qui est autorisé, ou obligé, à se reproduire. Il définit les limites et le but de nos capacités reproductives.

Dans la Russie de Poutine, il existe des politiques qui incitent les femmes à adhérer aux soi-disant « valeurs traditionnelles » du « monde russe », pour produire davantage de chair à canon pour ses projets militaristes. Dans des pays tels que la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et dans plusieurs États des États-Unis, le droit à l’avortement est sévèrement restreint, voire totalement interdit. Alors que les féminicides et la violence à l’égard des femmes et des minorités de genres ont atteint des niveaux sans précédent dans le monde entier, nombre de ces pays ont également refusé de ratifier ou d’appliquer la Convention d’Istanbul (2011) du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre les violences contre les femmes et les violences domestiques.

La guerre en Ukraine nous alerte sur certaines des formes les plus brutales de cette attaque généralisée. Les droits des femmes et des LGBTI obtenus par les luttes féministes en Ukraine sont utilisés dans la propagande russe comme l’un des prétextes à l’invasion de l’Ukraine. Les troupes russes ont recours de façon massive au viol de guerre comme stratégie pour soumettre le peuple ukrainien. Les réfugiées ukrainiennes, victimes de ces viols de guerre, qui sont confrontées à des grossesses non désirées n’ont pour la plupart pas accès à un avortement sûr et légal en Pologne ou dans les pays voisins, car l’avortement y est criminalisé et même les pilules abortives y sont rendues illégales.

Ces attaques ne restent pas sans réponse.

Aux États-Unis, au Brésil, en Pologne et en Russie, les féministes s’organisent collectivement et résistent contre le pouvoir patriarcal, suprémaciste blanc et néolibéral, et se battent pour le droit de toutes les femmes et minorités de genres à reprendre le contrôle de leur propre corps et de leur vie. Des féministes du monde entier expriment leur solidarité avec celles qui sont en lutte.

Ces dernières années, les luttes exemplaires des féministes contre le sexisme, le racisme, les politiques réactionnaires, le militarisme et la guerre ont fait que le mouvement féministe est considéré, à juste titre, comme l’avant-garde de la résistance populaire, comme le mouvement qui lutte en première ligne contre les politiques réactionnaires, antidémocratiques, corrompues et liberticides de nos gouvernements. Nous sommes inspiré·es par ces luttes qui prennent place au cœur de la politique, telles que la marche aux États-Unis contre l’investiture de Donald Trump, les féministes chiliennes qui ont contribué à infliger une défaite au candidat présidentiel d’extrême droite José Antonio Kast, ou encore les femmes polonaises qui ont organisé des rassemblements massifs dans toute la Pologne pour protester contre la loi anti-avortement et instiller la peur dans l’establishment conservateur. Aujourd’hui, nous sommes particulièrement inspiré·es par la résistance armée et non armée des femmes ukrainiennes et par leur résilience face à la guerre, ainsi que par le mouvement anti-guerre des féministes russes qui constituent la principale force d’opposition en Russie.

Il est temps de réagir ensemble et à grande échelle.

Organiser des réponses et des manifestations nationales ne suffit plus ! L’ennemi est international et il noue des alliances qui dépassent les frontières des pays. Il est temps d’intensifier la dynamique d’un grand mouvement féministe transnational, pour défendre les droits de toutes les femmes et des personnes LGBTI dans le monde entier, quelles que soit ses origines ethniques, sociales, sa religion ou sa nationalité. Il est temps de créer dans le monde entier de larges alliances contre l’extrême-droite réactionnaire, misogyne et raciste !

Alors rassemblons-nous, coordonnons-nous, agissons à l’international 
Organisons la riposte pour reprendre
le contrôle de nos corps et de nos vies !

Comme première étape de cette riposte, à l’occasion du 28 septembre, journée internationale pour le droit à l’avortement, nous appelons les féministes du monde entier à exprimer leur solidarité avec les femmes ukrainiennes et polonaises qui se mobilisent pour défendre le droit à l’avortement et leurs droits reproductifs.

Signez et faites signer l’appel :
https://ukraine-solidarity.us8.list-manage.com/subscribe?

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Rapport d’Alfons, Catherine, Francesco et Szymon Membres du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (ENSU) de Catalogne, France, Italie et Pologne
Délégués à la Conférence du mouvement social (Соціальний рух).
Kiev, 17 septembre 2022

Le 17 septembre 2022, l’ONG socialiste ukrainienne Mouvement social (Соціальний рух-Mouvement social, SR) a organisé une conférence nationale à Kiev. Les principaux objectifs de la réunion étaient de faire une première évaluation collective de l’implication et de la présence politique spécifique du SR après plus de six mois de résistance en temps de guerre, et de discuter de la manière d’améliorer son fonctionnement après cette période d’improvisation et d’adaptation à une situation radicalement nouvelle et difficile.

SR voulait également élire un nouvelle Rada (conseil ou organe directeur) adaptée à ses principales tâches, adopter une déclaration programmatique et donner aux membres l’occasion de discuter des principales priorités et des objectifs du groupe pour la période suivante. Pour des raisons pratiques et politiques (évidemment de mauvaises conditions de préparation et d’organisation dans le contexte de la guerre), la conférence n’a pas fait l’objet d’une large publicité et a été envisagée comme une étape vers une conférence ou un congrès mieux préparé.

Certains membres du SR qui n’ont pas pu être à Kiev ont pu y participer grâce aux liens de Zoom. En accord avec le Réseau Européen de Solidarité avec l’Ukraine (ENSU), la conférence a été organisée comme un rassemblement mixte avec la possibilité d’en diffuser une partie sur Zoom en traduction anglaise et française (pour les membres du réseau). Au total, une quarantaine de membres du RS ont participé physiquement à la conférence, et entre cinq et dix autres ont participé en ligne via Zoom depuis l’extérieur de Kiev ou même de l’Ukraine (par exemple, en République tchèque, en Allemagne et en Suède), ou depuis la ligne de front.

Au total, en tenant compte des membres non SR de l’ENSU, plus d’une centaine de personnes ont assisté à l’événement en personne ou et par liaison informatique, y compris notre délégation de quatre membres de l’ENSU (de Catalogne, France, Italie et Pologne), qui ont pu venir à Kiev.

Rapports introductifs
Lors de l’ouverture de la conférence, le président de SR, Vitaliy Dudin, juriste engagé dans la défense des droits sociaux, a fait état de la manière pratique, concrète et politique dont SR a réagi à la guerre. « Nous n’avions ni le droit ni le temps d’être passifs face à la guerre », a-t-il déclaré, soulignant l’effort de SR pour promouvoir la « solidarité de masse » par la démocratie radicale et la lutte pour la dignité humaine liée aux idéaux socialistes.

Dudin a énuméré les activités de SR – autour des questions politiques, sociales et humanitaires – menées avec les syndicats et les groupes féministes ; l’organisation d' »événements » en ligne et aussi de conférences avec des réseaux internationaux (comme la réunion de mai avec les partisans à Lviv) ; et les interventions à travers les médias, les réseaux sociaux, les émissions audio et télévisées. Il a souligné l’implication de SR dans certaines actions de rue spécifiques, mais aussi la limitation de ces actions en raison de la loi martiale.

Suite à ses activités et déclarations, le profil de SR pourrait être identifié comme celui d’un courant de gauche impliqué dans la défense concrète des droits des travailleurs (notamment contre les nouvelles lois sur le travail, aux côtés des syndicats) tout en participant pleinement à la résistance populaire à l’invasion. Certains de ses membres sont engagés dans la défense territoriale et l’armée et quelques-uns sont hors d’Ukraine, principalement pour des études, mais en maintenant des liens étroits et une implication dans ses activités (comme des écrits et la participation à des débats publics/vidéo au nom de SR).

Dudin a indiqué les principales régions où l’organisation a des branches (à Kyiv, Lviv, Krivih Rih et Dnipró) et ses difficultés évidentes dans les territoires occupés. Il a précisé qu’à la suite de ses activités et de ses déclarations, SR avait presque doublé le nombre de ses membres (d’environ 40 à environ 80 membres ou militants proches) et avait acquis de nouvelles responsabilités politiques. Son rapport a mis l’accent sur l’effort à fournir pour créer un climat de confiance et consolider le profil politique interne et externe de SR, en Ukraine et à l’étranger.

Dans l’ensemble, Dudin a souligné la nécessité pour l’organisation de formuler et de concrétiser adéquatement ses objectifs de gauche, compte tenu de la nature de la société et du peuple ukrainiens et de leurs expériences passées et récentes. Dans ce contexte, il a ajouté que l’une des tâches importantes de SR devrait être de faire connaître les perspectives et les opinions des opprimés et des exploités et de chercher à organiser et à exprimer leurs demandes dans le cadre d’une lutte progressiste plus large.

Dudin a également souligné l’importance des liens internationaux et de la solidarité pour concrétiser l’orientation globale de SR. Cela inclut l’aide matérielle et financière avec les aspects politiques et humanitaires qui l’accompagnent. En lien avec cette question, il a également souligné l’importance de la transparence et de la confiance et la nécessité d’élaborer un nouveau mode de fonctionnement pour SR. Même si – a-t-il conclu – ce n’est pas (encore) une « organisation de masse », son échelle (en termes de membres et de responsabilités) change rapidement, créant de nouveaux enjeux organisationnels et politiques.

Après Vitaliy Dudin, il a été demandé au leader du syndicat de l’industrie du bâtiment Vasily Andreyev, qui a une expérience de la construction de partis, d’intervenir. Andreyev a parlé d’un processus continu d’activités syndicales partagées avec SR et de préoccupations communes concernant la représentation des travailleurs ukrainiens au niveau politique, un engagement à explorer à travers des débats et des expériences dans la période à venir.

Salutations internationales
Le point suivant de l’ordre du jour était consacré aux salutations des invités étrangers. Deux membres de l’ENSU sont intervenus. Alfons Bech, de Catalogne, a exprimé les préoccupations collectives de l’ENSU et son implication dans la solidarité syndicale. Il a souligné, après l’action commune menée contre les réformes du droit du travail, le souhait « d’explorer les possibilités d’actions et de collaboration que nous pouvons mener avec le mouvement syndical ukrainien dans le futur ». Catherine Samary, de France, a insisté sur la solidarité de l’ENSU avec le manifeste et les actions féministes ukrainiennes, en cherchant également d’autres activités communes. Elle a également apporté les salutations des organes dirigeants de la Quatrième Internationale, et a déclaré que, à l’échelle mondiale, tous ceux qui luttent contre toutes les formes de colonialisme « ont besoin de la résistance populaire ukrainienne pour gagner contre l’agression impériale russe ». Cela signifie « lutter pour la dignité et les droits des travailleurs » et contre toutes les forces réactionnaires qui s’y opposent « en Ukraine, en Europe et dans le monde ».

Les autres salutations étrangères ont été exprimées par le biais de liens Zoom. Parmi elles, Maciej Konieczny (député du parti Razem [« Ensemble »] au parlement polonais), Mikael Hertoft de l’Alliance rouge-verte du Danemark, Chris Ford de la campagne britannique Ukraine Solidarity et Ignacy Jóźwiak du syndicat polonais Ogólnopolski Związek Zawodowy Inicjatywa Pracownicza [Initiative syndicale des travailleurs de toute la Pologne].

Tous ont loué les actions du SR et ses tentatives de reconstruire la gauche en Ukraine dans la situation difficile de la guerre, les actions anti-ouvrières des autorités et le sentiment public anti-socialiste associé à l’histoire de l’Union soviétique.

De nombreuses informations ont été consacrées aux activités que des groupes d’Europe et du monde entier ont menées et mèneront sur le terrain en Ukraine, notamment la visite de représentants de la Campagne de solidarité avec l’Ukraine le jour de l’indépendance de l’Ukraine (24 août) et le deuxième convoi d’aide aux travailleurs, qui aura lieu fin septembre.

Des salutations internationales ont été mentionnées (la liste complète sera publiée) parmi lesquelles celles envoyées par le Réseau International des Travailleurs de Solidarité et Luttes, les Editions Syllepse de France, SAP – Antikapitalisten / Gauche Anticapitaliste de Belgique, le Centre Politique Aplutsoc et Ensemble ! (tous deux français), les Britanniques Another Europe is Possible, les Suédois de Ukraine-Solidarittet et les Allemands de Linke Ukraine-Solidarität Berlin.

Bilans, priorités et nouveau conseil
Après une pause café, le bilan du travail de SR a été discuté à travers les questions de l’auditoire et les interventions des membres responsables des différents « départements » de – domaines d’intervention spécifiques – qui étaient également membres de la Rada de SR. Ces domaines couvraient des questions allant des syndicats au travail féministe, de l’éducation aux médias.

La tâche principale de la conférence était d’élire une nouvelle Rada SR, liée à ces tâches et d’adopter une déclaration programmatique.

Les neuf candidats (pour un organe de sept personnes) ont présenté leurs principales préoccupations et proposé des tâches pour la prochaine période, de la nécessité d’une clarification interne de l’identité politique de SR à la difficulté d’exprimer les préoccupations de gauche et socialistes dans le contexte historique et idéologique concret de l’Ukraine. Il a également été évoqué la nécessité d’une plus grande transparence financière (notamment du fait que le SR reçoit de l’argent de groupes étrangers qui veulent l’aider en situation de guerre). Les interventions ont également souligné la nécessité de faire participer davantage de femmes au fonctionnement global du groupe et de la Rada elle-même.

Sept candidats ayant reçu le plus de voix et représentant toute la gamme des activités du SR ont été élus, parmi lesquels Vitaliy Dudin, avec son profil important d’avocat défendant les droits des travailleurs, a été élu à une écrasante majorité comme président. Deux autres membres dont l’expérience et le travail sont centrés sur le syndicat ont également été élus : Olexandre Skyba et Artëm Tidva. Trois femmes ont été élues, impliquées dans des activités féministes, humanitaires et éducatives : Katerina Kostrova, Natalia Lomonosova (résidant en Allemagne) et Viktoria Pigul. Enfin, Maxim Shumakov a été élu pour son implication dans la branche étudiante de l’organisation. L’âge moyen de l’équipe se situe probablement autour de 30 ans et elle est diversifiée en termes de culture politique et de « background » des militants concernés.

Un moment particulièrement marquant est survenu lorsque le jeune historien et membre du conseil du SR précédent, Taras Bilous, bien connu pour ses impressionnants articles débattant avec la gauche occidentale publiés dans le magazine Commons, a salué tout le monde depuis l’intérieur de l’armée (via Zoom). Les délégués l’ont remercié de s’être battu pour leur liberté.

Le document de programme rédigé par Zakhar Popovych (la plus détaillée des trois variantes présentées) a obtenu le plus grand nombre de voix (le texte complet sera traduit et publié prochainement). Il présente les éléments d’une vision alternative de l’Ukraine – une Ukraine démocratique, sociale et socialiste. Le texte souligne que pour atteindre cet objectif, un parti est nécessaire, un parti qui devrait protéger la grande majorité de la population active des diktats de l’employeur. La résolution rappelle que les travailleurs sont la principale force de la résistance contre l’agression impériale russe et critique les décisions antisociales prises par les autorités ukrainiennes pendant la guerre. Elle salue les marques positives de la coopération internationale, citant en exemple le large soutien à la demande d’annulation de la dette extérieure de l’Ukraine, qui a conduit à son gel, et le soutien des plus grands syndicats et partis de gauche démocratiques du monde à la demande de fourniture d’armes à l’Ukraine et de lutte contre les lois anti-travail.

Il n’y a pas eu de temps pour une longue discussion sur cette résolution, qui est considérée comme une base pour d’autres débats et élaborations au sein de SR. Dans cette perspective, dans la dernière partie de la conférence, les délégués et les dirigeants nouvellement élus ont été impliqués dans deux groupes de « brainstorming », essayant de préciser quelles devraient être les principales questions stratégiques et les objectifs du mouvement social.

Après la conférence, le délégué de l’ENSU Alfons Bech a rencontré les dirigeants de la Fédération des syndicats d’Ukraine (FPU) et de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine (KVPU) dans le but d’entendre ce que les syndicats ukrainiens attendent de leurs collègues occidentaux : à la fois en ce qui concerne l’aide humanitaire concrète et les luttes autour des lois du travail et des droits des travailleurs. Pour le moment, les deux fédérations syndicales mettent l’accent sur la situation de guerre comme obstacle aux luttes : elles évaluent encore l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la mise en œuvre des nouvelles réformes législatives néolibérales. Le contact sera maintenu entre elles (et, pour nous, avec elles) afin de mener à bien un éventuel travail commun.

Nous étions tous les quatre très convaincus de l’importance de cette conférence – en tant qu’étape dans la construction d’une organisation/un mouvement de gauche, social et politique, si essentiel pour l’avenir de l’Ukraine. Venir à Kiev et assister à la conférence nous a permis de mieux prendre conscience de toutes les difficultés : celles qui sont spécifiques à l’Ukraine post-soviétique et post-Maidan, mais aussi celles que partage la gauche internationale.

Mais surtout, nous avons été reconnaissants et émus par la disponibilité, la chaleur fraternelle et le temps que les camarades du SR qui nous ont accueillis nous ont accordés. La richesse des échanges avant, pendant et après la conférence peut difficilement être résumée dans un court rapport factuel. Mais elle comprend, à nos yeux, des discussions ouvertes sur de nombreuses questions complexes qui n’ont pas été abordées lors de la conférence elle-même – parmi lesquelles le contexte politique, la situation syndicale, les territoires occupés, le climat de « dérussification » et ses dérives, etc…

Mais nos échanges ont également inclus la soirée musicale où guitare, chansons et boissons nous ont rapprochés et où nous avons découvert une des facettes de la personnalité de Vitaliy Dudin, en tant que compositeur de chansons politiques populaires…

Un grand merci à tous les camarades de SR. Nous revenons plus convaincus que jamais de l’importance cruciale des liens directs internationalistes.

Alfons Bech Peiró
Catherine Samary
Francesco Brusa
Szymon Martys

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Pierre Rimbert, l’Ukraine et le « campisme »

Rien ne saurait justifier la guerre de conquête de Vladimir Poutine et la barbarie dont font preuve l’armée russe et ses mercenaires 

« Bis repetita non placent ». Pierre Rimbert persiste et signe. Sous le titre « L’Ukraine et ses faux amis », il déroule à la « une » du « Monde diplomatique » d’octobre l’histoire des tentatives américaines et européennes, depuis la disparition de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine, pour faire basculer ce pays du côté occidental.

L’originalité de la démarche ne tient pas à ce rappel de faits, d’ailleurs bien connus des lecteurs du « Diplo » et plus généralement de quiconque s’intéresse depuis longtemps au sujet. Non : elle réside dans l’impasse totale que l’auteur fait sur un acteur majeur de toute cette histoire. Incroyable : à aucun moment, en effet, Pierre Rimbert n’évoque la Russie, ses dirigeants et leur rôle dans l’escalade en cours – le nom de Poutine n’y figure même pas !

Bien sûr, on se serait attendu à ce qu’un article placé en première page du « Diplo » rappelle que c’est Vladimir Poutine qui a décidé d’envahir l’Ukraine – et non Zelensky qui a agressé la Russie sur ordre des États-Unis, comme on pourrait le croire en lisant ce texte. Condamner cette aventure contraire au droit international, criminelle pour l’Ukraine et suicidaire pour la Russie était une condition sine qua non de crédibilité minimale.

Mais le caractère absurde de la réécriture rimbertienne de l’histoire va bien au-delà: elle ignore l’existence même de la Russie et de son rôle actif dans cette crise comme dans les précédentes. 

Car la carrière de l’ex-espion, devenu président à la faveur du naufrage politique et personnel de Boris Eltsine, est jalonnée de guerres sanglantes: second bain de sang en Tchétchénie (1999-2000), agression contre la Géorgie au nom des minorités russes d’Abkhazie et d’Ossétie (2008), appui aux russophones du Donbass et annexion de la Crimée (2014), sauvetage du régime de Bachar Al Assad (depuis 2015) et enfin invasion de l’Ukraine (2022)… 

Poutine applique donc la maxime de Clausewitz: « La guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens. » Mais il la durcit: pour lui, c’est quasiment le seul moyen. Quitte à recourir à une barbarie peu commune : le siècle de conflit entre juifs et Arabes en Palestine, par exemple, a été le théâtre de nombre d’horreurs, mais je ne connais aucun cas de Palestinien castré au couteau ni de Palestinienne violée par des groupes de jeunes soldats ivres…

Cela va sans dire, mais visiblement mieux en le disant : l’oubli par l’Occident de la promesse faite à Gorbatchev lors de l’unification allemande, l’élargissement de l’OTAN à l’est, les grandes manœuvres autour de l’Ukraine ne sauraient justifier la folle aventure déclenchée par le Kremlin le 22 février 2022 et relancée ces derniers jours, pas plus – évidemment – que la cruauté systémique de l’armée russe et de ses mercenaires.

Au-delà du détail, c’est sur la caractéristique fondamentale de l’époque que Pierre Rimbert s’aveugle. Trente ans après la fin de la guerre froide, il n’y a plus un seul impérialisme, mais plusieurs. Et si l’américain reste le plus puissant et le plus menaçant à l’échelle de la planète, d’autres se montrent redoutables dans telle ou telle région : c’est tout autant le cas de l’impérialisme russe que de l’impérialisme chinois. Sans oublier les puissances régionales qui s’allient à l’un ou à l’autre, comme Israël, la Turquie, l’Iran ou l’Arabie saoudite…

Quand bien même on considérerait la Russie comme « le véritable ami de l’Ukraine » – ce que sous-entend Rimbert -, force est de constater, après sept mois de cette guerre réactionnaire, que Vladimir Poutine a largement ravagé le pays et massacré son peuple. Mais qu’il a aussi marqué contre son propre camp : raclée militaire, catastrophe économique, isolement grandissant (et désormais jusque parmi les alliés présumés de Moscou), effondrement de l’image de la Russie… Et ce que le Kremlin prétendait combattre – le basculement de l’Ukraine à l’Ouest – s’est accéléré. Pis : l’Europe « s’otanise » à grande vitesse, même les États traditionnellement neutres – Suède et Finlande – recherchant désormais à se protéger sous le « parapluie » américain… 

Bref, le « campisme » d’autrefois n’a plus aucun sens. Miser sur les uns contre l’autre est absurde. Lénine, en son temps, l’a montré, dans une situation internationale à certains égards comparable : le monde est à nouveau la proie de « contradictions inter-impérialistes » dans lesquelles le mouvement progressiste n’a rien à faire, sinon de combattre TOUS les impérialismes qui, TOUS, menacent les peuples, leur liberté et leur avenir.

Il faut de singulières œillères idéologiques pour croire qu’on pourrait combattre pour les droits humains aux côtés d’un Poutine, d’un XI Jinping, d’un Assad ou d’un Erdogan – pour ne rien dire de Lapid. Telle ne peut pas être la « ligne » du « Monde diplomatique » : son histoire et ses engagements de toujours méritent mieux.

Dominique Vidal

https://www.facebook.com/100003051609284/posts/pfbid027UvWKnB5gX4ULDqKzSyASQYKd6iecPLPwqCjXtnakGH8FbvxmDLZxbQdf5xUHZSDl/?

Rappel :
Les silences choquants du Monde Diplomatique
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/19/51-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-51/

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Liens avec d’autres textes

La Géorgie et le Kazakhstan entre méfiance et hospitalité face à l’afflux de Russes
Depuis la mobilisation partielle annoncée par Vladimir Poutine, le 21 septembre, 200 000 citoyens russes sont entrés en Géorgie et 100 000 au Kazakhstan, estiment les autorités nationales. Une situation qui, dans les deux pays, a suscité de vives réactions de la part de personnalités politiques, relève la presse régionale.
https://www.courrierinternational.com/article/mobilisation-la-georgie-et-le-kazakhstan-entre-mefiance-et-hospitalite-face-a-l-afflux-de-citoyens-russes
Guerre en Ukraine : la Commission d’enquête de l’ONU conclut que des crimes de guerre ont été commis
https://news.un.org/fr/story/2022/09/1127701
Dans les zones ukrainiennes occupées, « les Russes nous laissent le choix : la collaboration, la prison ou la mort »
https://rsf.org/fr/dans-les-zones-ukrainiennes-occupées-les-russes-nous-laissent-le-choix-la-collaboration-la-prison
Guerre en Ukraine : des enregistrements révèlent le désespoir des soldats russes sur le front
https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-monde-est-a-nous/guerre-en-ukraine-des-enregistrements-revelent-le-desespoir-des-soldats-russes-sur-le-front_5363707.html
Ukraine : Premier verdict par contumace pour des crimes de guerre russes
https://www.justiceinfo.net/fr/107153-ukraine-premier-verdict-par-contumace-crimes-de-guerre-russes.html?mc_cid=0a81b8a7be&mc_eid=ff15e04da5

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Tous les textes précédemment publiés 
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :
https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « [53] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [53]  »

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