« Femme ! Vie ! Liberté ! » : la révolution sociale en Iran (+ autres textes)

[Nous publions ci-dessous la traduction d’une contribution – datant du 4 octobre 2022 –provenant d’une militante iranienne exilée en Grande-Bretagne. La rédaction d’A l’Encontre prépare un dossier sur la situation en Iran et divers traits qui ressortent de cette mobilisation socialement plurielle. Certes, elle s’inscrit dans l’existence de mouvements précédents (2009, 2019, 2020…) mais a des traits spécifiques liés entre autres aux transformations démographiques et sociales de la société iranienne.

Après le meurtre de Zhina (Mahsa) Amini, Hadis Nafaji, une jeune femme de 20 ans, a été tuée, le 25 septembre, de six balles dans la tête, le cou et la poitrine dans la petite ville de Karaj à 30 km à l’ouest de Téhéran. Son nom a été de suite associé à celui de Mahsa Amini.

Depuis lors, le mouvement n’a cessé de s’étendre. Les sommets de mollahcratie, bien qu’il soit difficile de rendre des « forces étrangères » responsables d’un soulèvement ayant cette origine et ce caractère, n’ont pas hésité, par la voix d’Ali Khamenei, à affirmer : « C’est le travail des Etats-Unis et du régime usurpateur et fantoche sioniste. Ils ont planifié tout cela à l’avance. » Son discours du 3 octobre a été tenu devant les haut gradés des forces armées et des cadets militaires dans le but d’appuyer l’action répressive (à ce jour, plus de 100 manifestant·e·s ont été tués) de la police et des dites forces de sécurité. Il y a là une indication de la mise en cause de plus en plus directe du régime. – Réd.A l’Encontre]

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Après le meurtre de Zhina (Mahsa) Amini [1], une jeune femme kurde de 22 ans [originaire de Saqqez au Kurdistan iranien], par la police du hijab, et les mobilisations nationales de protestation [initiées dès le 17 septembre], l’Iran est entré dans une nouvelle étape du processus de sa révolution sociale. Les débuts des comités de quartier, en collaboration avec des étudiants universitaires, des syndicalistes et un réseau semi-structuré de militantes féministes dans les grandes villes comme Téhéran et Rasht [capitale de la province de Guilan au nord-ouest de l’Iran], ont réussi à organiser des manifestations dans plus de 100 villes à travers l’Iran. Les mobilisations de masse [malgré une répression très dure] ont affirmé leur présence dans la rue.

1. Parmi les innombrables événements de la semaine dernière [du 26 septembre au 2 octobre], certains revêtent une importance particulière pour la sphère politique iranienne. Tout d’abord, la diffusion à l’échelle nationale du slogan « Femme ! Vie ! Liberté ! », scandé pour la première fois lors des funérailles de Zhina le 17 septembre dans sa ville natale de Saqqez au Kurdistan iranien. Bien que ce slogan ait un lien évident avec le slogan (« Pain ! Travail ! Liberté ! ») des couches laborieuses scandé lors des manifestations de novembre 2019 [face à l’augmentation des prix du carburant], nous ne devons pas oublier qu’il a été créé à l’origine par les Unités de protection de la femme (YPJ, en kurde: Yekîneyên Parastina Jin) au nord de la Syrie et la Société des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR). Le chant de ce slogan au Kurdistan a donc une signification particulière, qui renvoie aux traditions des projets socialisants et autonomistes kurdes dans cette région.

2. Le rassemblement de militantes féministes dans les grandes villes d’Iran nous montre que les réseaux semi-structurés sont utiles pour mobiliser et diriger des manifestations de masse et intégrer les différentes revendications des couches paupérisées urbaines, des travailleurs et travailleuses, des classes moyennes pauvres et d’autres communautés politiquement marginalisées. Cependant, ces réseaux ne sont pas protégés face à la répression sévère et violente de la police, des unités de sécurité et des militaires de la République islamique. L’arrestation de nombreuses militantes féministes au cours des derniers jours indique que ces réseaux doivent être protégés par des structures plus organisées comme les syndicats et les comités de travailleurs et travailleuses [qui renvoient à une tradition de l’organisation ouvrière en Iran].

3. Les déclarations d’organisations telles que le Conseil de coordination des associations professionnelles des enseignants iraniens (CCITTA), le Conseil d’organisation des travailleurs contractuels [intérimaires, voir à ce propos les articles publiés sur ce site les 25 juin, 17 juillet et 27 août 2021] de l’industrie pétrolière, le Syndicat de la canne à sucre Haft Tapeh, le Syndicat libre des travailleurs iraniens [créé initialement en 2006 sous le nom de Syndicat national des travailleurs expulsés et sans emploi, son nom a été changé en 2008], ainsi que de nombreuses déclarations parallèles de syndicalistes dans les universités, montrent que certains travailleurs et travailleuses en Iran envisagent une grève générale en solidarité avec les manifestations de masse à l’échelle nationale. Certaines universités ont déjà commencé à faire grève en exigeant la libération immédiate des étudiant·e·s arrêtés.

4. Les événements du 2 octobre montrent que le régime a décidé d’intensifier l’usage de la violence pour réprimer les manifestations de masse et les grèves. Les forces du régime avaient déjà provoqué un bain de sang [le vendredi 30 septembre] à Zahedan [capitale de la province du Sistan-et-Baloutchistan, située dans le sud-est du pays] en tuant des dizaines de Baloutches qui manifestaient dans les rues [2]. Les forces répressives ont également assiégé le 2 octobre l’université de technologie de Sharif [fondée en 1965] située au centre de Téhéran. Elles ont brutalement blessé et arrêté des centaines d’étudiant·e·s afin de terroriser d’autres universités. Le lendemain, les étudiant·e·s de nombreuses universités du pays ont réagi en se mettant en grève et en appelant à des manifestations. Cette fois, les élèves des collèges et des lycées se joignent à la grève et appellent à la solidarité de leurs enseignants. Le CCITTA a également appelé à une grève à partir du 4 octobre, qui viendrait s’ajouter à la vague de grèves qui a débuté fin septembre.

Divisions politiques au sein de la diaspora iranienne
L’effervescence en Iran a inspiré la diaspora iranienne à travers le monde à manifester en solidarité avec la lutte. Fin septembre et à nouveau le week-end dernier, les grandes villes d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Australie ont vu des dizaines de milliers d’Iraniens et de sympathisants défiler à la mémoire de Zhina (Mahsa) Amini et contre la République islamique. Pour l’essentiel, l’objectif des organisateurs était de donner une audience à l’importance de la lutte des femmes pour leur liberté et leur dignité, qui est au cœur de la révolution sociale iranienne. Cependant, l’un des principaux problèmes auxquels la diaspora iranienne est confrontée réside dans la prévalence de groupes monarchistes dominés par les hommes qui tentent de prendre le contrôle des manifestations, souvent de manière violente. Leur objectif est de faire taire les voix des femmes et de dominer les manifestations avec des drapeaux monarchistes et des slogans réactionnaires qui ne représentent pas les voix des femmes, des travailleurs et des travailleuses, des minorités ethniques et d’autres communautés politiquement marginalisées.

La manifestation du 25 septembre à Manchester a illustré la situation critique que vivent les militant·e·s progressistes iraniens. Cet événement était organisé par le « Red Roots Collective », un groupe d’activistes féministes et socialistes migrants en collaboration avec des féministes, des syndicalistes et des socialistes britanniques. Au début de l’événement, les monarchistes ont commencé à perturber la première prise de parole et à faire taire l’oratrice en la chahutant, ainsi qu’à frapper brutalement l’un des organisateurs de l’événement. Cependant, grâce au soutien d’activistes britanniques et d’organisations socialistes kurdes, le Red Roots Collective a réussi à déplacer la manifestation sur le St Peter Square au centre de la ville, et les autres orateurs ont pu élever la voix en faveur de « Femmes ! Vie ! Liberté ! ».

La révolution sociale en Iran doit se défendre contre deux menaces. Premièrement, les forces de la République islamique [en soutien à Bachar el-Assad, avec de plus l’appui des troupes du Hezbollah libanais] ont acquis en Syrie l’expérience de l’écrasement de la révolution en provoquant des bains de sang dans les villes qui tentaient de devenir autonomes et de s’émanciper de la dictature d’Assad. Deuxièmement, les monarchistes s’efforcent de provoquer un « effondrement contrôlé » du régime théocratique et de prendre le contrôle d’un processus révolutionnaire en mobilisant les forces nationalistes de droite en Iran. Contre ces deux menaces, les féministes, les socialistes, les syndicalistes et les autres forces de cette révolution sociale ont besoin de la solidarité des classes laborieuses du Royaume-Uni [et de l’Europe, ainsi que dans d’autres continents]. Cela nécessitera un changement politique majeur dans l’attitude de la gauche britannique, qui devra intégrer l’internationalisme dans ses luttes quotidiennes.

La perspective de l’échec de la révolution sociale en Iran, en raison d’un manque de solidarité internationale, serait, selon les mots de William Blake, « une misère pour nous tous » (The holiness of minute particulars).

[1] Mahsa (Zhina) Amini a été arrêtée à Téhéran le mardi 13 septembre dans l’après-midi et décédée le vendredi 16 septembre à l’hôpital de Kasra. Elle et son frère, Kiarach, sortaient de la station de métro Haqqani lorsque Mahsa a été arrêtée par la « police des mœurs » ou les dites «patrouilles d’orientation». Selon des témoins oculaires, les agents de l’Etat ont brutalisé Mahsa (Zhina) Amini dans le véhicule de la SSF (State Security Force) et dans le poste de la police des mœurs de l’avenue Vozara. La direction de l’hôpital a déclaré qu’elle était décédée d’une crise cardiaque. (Réd. A l’Encontre)

[2] Le Monde du 1er octobre informe : « La province du Sistan-et-Baloutchistan, majoritairement habitée par les Baloutches sunnites, une minorité ethnique et religieuse, discriminée et marginalisée par le pouvoir chiite, est ces jours-ci traversée par une vague d’indignation après qu’une fille de 15 ans, vivant dans le port de Chabahar [sur le Golfe d’Oman], a été arrêtée et violée par le chef de la police. Malgré la coupure d’Internet dans cette province, les images et les vidéos qui sont sorties de Zahedan vendredi montrent des hommes blessés par balles, les habits et le corps ensanglantés. » (Réd. A l’Encontre)

Gh. H Saedi

Article publié sur le site rs21, le 4 octobre 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/iran/iran-femme-vie-liberte-la-revolution-sociale-en-iran.html

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La révolte s’approfondit

Après plus de deux semaines de protestation, les manifestations de rue non seulement continuent, mais s’intensifient. Les slogans appelant à la chute du régime sont de plus en plus nombreux. Au delà de leur participation massive aux manifestations quotidiennes, de plus en plus de jeunes femmes occupent l’espace public et marchent dans les rues sans leur voile, défiant ainsi ouvertement les fondements de la République Islamique. Dans certaines villes, le climat est insurrectionnel et les forces de l’ordre sont obligées de reculer devant la détermination des manifestantEs. Le Kurdistan est traversé par des journées de grèves générales qui confinent à des opérations villes mortes avec la fermeture des commerces.

Mais les arrestations et les tirs à balles réelles continuent. Au 1er octobre, 133 personnes ont été tuées par la police. La répression a été particulièrement brutale à Zahedan (province du Sistan Baloutchistan) : les forces de sécurité n’ont pas hésité à tirer à la sortie de la prière du vendredi sur la foule en colère. Bilan au moins 41 morts. La fatigue des policiers est toutefois évidente. La tactique des jeunes manifestantEs d’organiser des manifestations simultanées dans plusieurs quartiers d’une même ville provoque une dispersion de leurs forces, et diminue donc considérablement leur efficacité. L’apparition des cocktails Molotovs ajoute à leur désarroi.

Comment continuer ?
Cette situation a posé la question de comment avancer, et comment élargir l’étendue des protestations.

Une première réponse, comme toujours en Iran, est venue du mouvement estudiantin : partir en grève et appeler à son extension aux professeurEs, aux cadres de l’enseignement supérieur, ainsi qu’aux lycéenEs. Dans plusieurs villes et surtout Téhéran, Chiraz et Ispahan, les cours ont été boycottés afin de participer aux manifestations. L’Association des EnseignantEs a appelé à la grève, et cet appel a été entendu dans des grandes villes.

Une seconde réponse est en gestation au sein du monde du travail. Les syndicats, non reconnus, et durement touchés par les arrestations massives de leurs membres, ont exigé la libération de ceux/celles-ci. Ils demandent aux travailleurs/euses de commencer des arrêts du travail. Le syndicat VAHED des conducteurs des bus de Téhéran et de sa banlieue, dont certains dirigeants sont emprisonnés depuis le mois de mai ainsi qu’un autre depuis le 27 septembre, a exigé leur libération et menacé d’appeler à la grève.

Le « Conseil d’organisation des travailleurs de l’industrie du pétrole » a publié un communiqué dans lequel il demande « l’arrêt de la répression » et menace également d’appeler à la grève. Le monde du travail commence à montrer les dents. Les slogans « Etudiants, Travailleurs, Unité Unité » fusent dans les universités. C’est justement ce que craint le régime : la jonction entre les travailleurs/euses, les mobilisations des femmes et de la jeunesse.

Partout dans le monde, fleurissent des actions et mobilisations en solidarité avec la mobilisation populaire en Iran. Il est crucial que dans tous les pays, le mouvement ouvrier prenne toute sa place dans cette vague afin de peser sur l’évolution de la situation.

Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran (SSTI) – www.iran-echo.com
4 octobre 2022
https://laboursolidarity.org/fr/n/2359/la-revolte-s039approfondit

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Solidarité avec les manifestant.e.s d’Iran

La colère gronde en Iran suite au meurtre, le 16 septembre, de la jeune Masha Jina AMINI par la Police des mœurs. A l’annonce de son décès des mouvements de protestation ont eu lieu dans la région kurde dont elle était originaire, ainsi qu’a Téhéran et plusieurs universités du pays.

Dès le lendemain du meurtre, le syndicat VAHED des autobus de la région de Téhéran a notamment déclaré : « Nous condamnons fermement ce crime et exigeons des poursuites, un procès public et la punition de tous les responsables de ce meurtre.
La liberté d’expression et d’habillement, le droit à l’éducation, à l’emploi, au divorce, ainsi que le droit de participer à des activités sociales doivent faire pleinement partie des droits de tous/toutes les habitant.e.s du pays, ainsi que de tout groupe social. La discrimination structurelle, institutionnalisée et patriarcale à l’égard des filles et des femmes dans le pays doit cesser.
Le mouvement syndical et les organisations indépendantes de salarié.e.s sont de fervents défenseurs de l’égalité entre les hommes et les femmes. Ils s’opposent à l’obligation de porter le hijab, ainsi qu’aux autres injustices et discriminations contre les femmes et les personnes opprimées.
 »

Lundi 19 septembre dans la ville natale de Mahsa Jina AMINI, les partis politiques kurdes (interdits par le régime) ont appelé à la grève générale. Depuis, divers mouvements ont eu lieu dans les régions kurdes demandant notamment la fin des discriminations envers les Kurdes, et une possible autonomie. Le slogan « Jin, jiyan, azadî » (femme, vie, liberté), repris du mouvement des femmes kurdes libres, est largement scandé par toutes et tous dans les manifestations.

Partout dans le pays, des milliers de manifestant.e.s descendent chaque jour dans la rue. Ils/elles dénoncent notamment la Police des mœurs, placée sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Celle-ci est notamment chargée de vérifier l’application du port obligatoire du foulard pour les femmes. Selon Amnesty International « entre mars 2013 et mars 2014, plus de 2,9 millions de femmes iraniennes ont reçu un avertissement de la police pour non-respect du code vestimentaire islamique, et 18 081 autres femmes ont été déférées aux autorités judiciaires pour être poursuivies et sanctionnées ».

Ces évènements font écho au 8 mars 1979, à l’occasion de la journée internationale des femmes, où des centaines de milliers de femmes (et d’hommes) ont manifesté contre l’instauration du port obligatoire du hidjab et les régressions dans le Code civil, ainsi que pour l’égalité entre hommes et femmes.

Des manifestant.e.s s’attaquent aux symboles de la République islamique instaurée en 1979, en déboulonnant des statues ou déchirant des portraits de dignitaires passés ou actuels du régime. Sont scandés de plus en plus massivement des slogans comme : « A bas la République Islamique », « Mort au dictateur », « Ni Chah, ni Guide Suprême ».

Au 1er octobre, la police aurait tué au moins 133 personnes. La mort d’Hadis NAJAFI abattue par six balles suscite notamment beaucoup d’émotion.

Des milliers d’arrestations ont lieu, dont à ce jour plus de 700 dans une province kurde du nord du pays. Nombre de personnes arrêtées sont torturé.e.s et condamnées à des peines d’emprisonnement ou de flagellation à l’issue de procès iniques. De nombreuses familles de détenu.e.s se rassemblent devant les prisons, pour exiger leurs libération.

Face à la popularité du mouvement, le pouvoir a bloqué l’accès aux moyens de communication par Internet. Des manifestations de soutien se multiplient dans le monde.

Nous condamnons fermement la répression envers les manifestant.e.s.

Nous appelons le gouvernement iranien à libérer immédiatement et inconditionnellement l’ensemble des manifestant.es.s détenu.e.s, ainsi que les défenseur·e·s des droits humains, les syndicalistes, les militant.e.s étudiant.e s, les journalistes, etc.

Nous soutenons notamment :
– le droit essentiel des femmes à disposer de leurs corps,
– l’abrogation de la loi rendant obligatoire le port du Hijab ainsi que toutes les lois phallocratiques en vigueur.

CFDT, CGT, FSU, Solidaires, Unsa
Paris, le 4 octobre 2022

https://syndicollectif.fr/wp-content/uploads/2022/10/IRAN-DECLARATION-INTERSYNDICAL-20221004.pdf

Télécharger le communiqué au format PdF : IRAN-DECLARATION-INTERSYNDICAL-20221004

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Appel à manifestation d’un collectif féministes, queers, anticapitalistes et internationalistes – Avec des groupes de gauche et démocrates

Dimanche 9 octobre 2022 à 15h Place des fêtes – République 
En solidarité avec les femmes en lutte pour l’égalité et contre la République islamique d’Iran.
Appel à une manifestation solidaire avec les luttes d’émancipation en Iran

Depuis 3 semaines le régime patriarcal de la République islamique d’Iran a assassiné Jina-Mahsa, jeune femme kurde en visite à Téhéran. Pour la police des mœurs, elle n’était pas assez voilée.

Depuis, pas un seul jour sans que des milliers de femmes ne défient les forces de l’ordre. Pas un seul jour sans qu’elles n’affirment leur droit à exister, avec ou sans voile, comme elles le veulent.

Jour et nuit, la jeunesse entre en insurrection, les mains nues ou en lançant des pierres et fait reculer des hommes armés jusqu’aux dents. Des forces de l’ordre, nombreuses et variées, en civil ou en uniforme, unies dans une répression sanguinaire. Face à elles, les insurgé.es occupent la rue, défient le patriarcat, crient leur haine, réclament justice et scandent :

« C’est notre dernier avertissement, c’est le régime que nous visons » 

Toutes et tous restent debout, malgré la violence sans limites, malgré la répression de plusieurs villes en deuil (Saqqez, ville de naissance de Jina 17/09), malgré les arrestations préventives de centaines de militant.es ouvrier.es, activistes féministes, syndicalistes, étudiant.es, associatifs, d’universitaires, de sportifs et artistes, malgré les meurtres de masse (Zahedan, 30/09), malgré les arrestations et tabassages dans les universités (université Sharif, 02/10), malgré les menaces d’un guide (02/10).

Malgré la répression des mouvements de travailleurs et travailleuses de ces dernières années, des organisations syndicales appellent à la grève contre ce régime qui pille, exploite, tue, viole et prétend lutter contre l’impérialisme US alors qu’il réprime des peuples en lutte, en Iran comme ailleurs.

Des grèves ont été largement suivies au Kurdistan, d’autres pointent ailleurs. Depuis samedi 1 octobre, les étudiant.es sont entré.es en grève générale dans tout le pays. 

Des lycéennes les rejoignent, des organisations enseignantes appellent à la grève, des militant.es féministes et ouvrier.es disent leur soutien depuis leur cellule. 

 Nul ne peut prédire l’issue à court terme de ces mobilisations. Mais elles marquent sans aucun doute un tournant dans l’histoire des luttes et des résistances en Iran.

Hors d’Iran, des femmes du Kurdistan, d’Afghanistan, de Turquie, du Soudan et de Tunisie les soutiennent et font vivre une solidarité féministe internationale sans précédent. 

Dans les pays « du Nord », de Biden à Meloni, en passant par toutes les forces réactionnaires en France, c’est l’instrumentalisation des luttes des femmes d’Iran qui règne.

Nous qui avons un lien avec l’Iran, féministes, anti-impérialistes, anticapitaliste, et opposé.es à toute forme de répression, nous empruntons une voie étroite : soutenir ce soulèvement féministe en Iran ET faire taire les soutiens opportunistes, y compris dans la diaspora.

Nous voulons faire entendre les femmes, les travailleuses et travailleurs, les minorités ethniques et religieuses, les LGBTIQ+, les millions de travailleurs et travailleuses afghan.es et leurs descendant.es qui subissent les discriminations institutionnelles en Iran.

Rejoignez-nous !
Qu’ils soient mollahs ou rois, à bas les oppresseurs !
Pour le droit à la joie, à la vie !
Pour les luttes d’émancipation en Iran et ailleurs ! 
Femme, Vie, Liberté !
A l’appel d’un collectif féministes, queers, anticapitalistes et internationalistes 
Avec des groupes de gauche et démocrates

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64224


Capture d’écran . 2022-10-08 à 14.48.00

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En complément possible :

La répression sanglante des manifestations fait 82 morts dans l’est du pays
Le 30 septembre, les forces de sécurité iraniennes ont tué illégalement au moins 66 personnes, dont des enfants, et en ont blessé des centaines d’autres en réprimant violemment une manifestation survenue après la prière du vendredi à Zahedan, à l’Est de l’Iran. Elles ont fait usage de gaz lacrymogènes, et ont tiré sur la foule à balles réelles et à la grenaille.
https://www.amnesty.ch/fr/pays/moyen-orient-afrique-du-nord/iran/docs/2022/repression-sanglante-des-manifestations-fait-82-morts
Iran : les autorités ciblent les universités, les écoles se soulèvent
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64176
En Iran, une pluie d’arrestations et une intense répression pour faire taire la révolte
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64177
Iran : « La communauté universitaire et militante internationale demeure largement silencieuse »
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64192
Actrices et chanteuses françaises se coupent les cheveux en soutien aux Iraniennes
https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/actrices-et-chanteuses-francaises-se-coupent-les-cheveux-en-soutien-aux-iraniennes-20221005_3DU5442IZFEQ7FGP5VEQ4GNFRA/
Jamshid Pouranpir : Depuis 2 semaines, l’Iran brûle. Le brasier a surpris plus d’un
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/10/01/depuis-2-semaines-liran-brule-le-brasier-a-surpris-plus-dun/
Frieda Afary : L’Iran manifeste contre le hijab obligatoire et la violence d’État
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/26/liran-manifeste-contre-le-hijab-obligatoire-et-la-violence-detat/
En Iran, la tradition féministe transcende les époques et les régimes
Janet Afary professeure de religion et d’études de genre à l’Université de Californie évoque pour « L’Orient-Le Jour » les décennies de combats acharnés des Iraniennes.
https://www.lorientlejour.com/article/1313274/en-iran-la-tradition-feministe-transcende-les-epoques-et-les-regimes.html
Las mujeres desafían al régimen 
https://vientosur.info/las-mujeres-desafian-al-regimen/
Solidarité avec les femmes iraniennes – Association italienne des femmes médecins
https://women.ncr-iran.org/fr/2022/10/01/solidarite-avec-les-femmes/
Solidarité avec toutes les femmes soumises au port du voile obligatoire !
Union syndicale Solidaires : Solidarité avec les femmes d’Iran
CNDF : Solidarité avec les femmes iraniennes
Déclaration du Syndicat des Travailleurs de la compagnie d’autobus de Téhéran et sa banlieue (VAHED) 
La CGT soutient les iraniennes et iraniens 
mobilisés pour défendre leurs Libertés
Beautiful cover of « Bella Ciao » in Persian by an Iranian woman
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/22/solidarite-avec-toutes-les-femmes-soumises-au-port-du-voile-obligatoire/
Femmes Soudanaises solidaires des Iraniennes
https://laboursolidarity.org/fr/n/2341/femmes-soudanaises-solidaires-des-iraniennes
Déclaration d’ONU Femmes sur les droits des femmes en Iran
https://women.ncr-iran.org/fr/2022/09/28/declaration-donu-femmes/
UNE RÉVOLUTION
https://4epk2.r.a.d.sendibm1.com/mk/mr/Mh15ogRs6KOG67jKaaailQAgh1lJw0UWgOi_CZm8h75VH1gKsPlNwQ0kNtwt3fOGYf0WIw0meB-A-Tax6zvifm2EWgl69WKwqaWElcRl0o4sKpxDfEsDYfWO9RKsLSSuhx0vvw
Interview – Protestations en Iran : « Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique »
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64042
Iran : après la mort de Mahsa Amini, la colère s’exprime, le régime réprime
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64041
Mort de Mahsa Amini en Iran : « Les autorités iraniennes sont dans une impasse »

https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64059
Manifestations en Iran : « La colère traverse les classes sociales, c’est inédit », estime l’historien Jonathan Piron 
https://www.francetvinfo.fr/monde/iran/manifestations-en-iran-la-colere-traverse-les-classes-sociales-c-est-inedit-estime-l-historien-jonathan-piron_5373382.html
« Il faut arrêter de faire du voile un symbole de l’islam »
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64029 
Interview – Protestations en Iran : « Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique »
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64042
Iran : après la mort de Mahsa Amini, la colère s’exprime, le régime réprime
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64041
Mort de Mahsa Amini en Iran : « Les autorités iraniennes sont dans une impasse »
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64059
Iran : au moins 76 morts lors des manifestations contre la mort de Mahsa Amini
Les Nations unies confirment que les forces de sécurité ont utilisé des balles réelles contre les manifestants
https://atalayar.com/fr/content/iran-au-moins-76-morts-lors-des-manifestations-contre-la-mort-de-mahsa-amini
Iran : « femme, vie, liberté », ces trois mots que le régime honnit
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64108
Les femmes iraniennes et l’avenir de l’Iran
https://blogs.mediapart.fr/ramin-jahanbegloo/blog/270922/les-femmes-iraniennes-et-l-avenir-de-l-iran
Chahla Chafiq: « 
La colonne vertébrale de l’idéologie islamiste, c’est le sexisme »
https://www.50-50magazine.fr/2022/09/29/chahla-chafiq-la-colonne-vertebrale-de-lideologie-islamiste-cest-le-sexisme/
« Vive les femmes » : malgré les risques, un engagement sans faille des footballeurs iraniens
https://www.france24.com/fr/sports/20220928-vive-les-femmes-malgré-les-risques-un-engagement-sans-faille-des-footballeurs-iraniens
Manifestations en Iran : « La colère traverse les classes sociales, c’est inédit », estime l’historien Jonathan Piron
https://www.francetvinfo.fr/monde/iran/manifestations-en-iran-la-colere-traverse-les-classes-sociales-c-est-inedit-estime-l-historien-jonathan-piron_5373382.html 
Vu du monde arabe. “Femme, vie et liberté” : la colère des Iraniennes ne tarit pas
https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-monde-arabe-femme-vie-et-liberte-la-colere-des-iraniennes-ne-tarit-pas
Houshang Sepehr : 
Iran. Mécontentement généralisé des classes laborieuses et des démuni·e·s
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/08/15/iran-mecontentement-generalise-des-classes-laborieuses-et-des-demuni·e·s/
Appel à un rassemblement de solidarité avec les syndicalistes et enseignant·e·s d’Iran
Lettre ouverte aux délégués à la 110e session de la Conférence internationale du Travail Genève, 27 mai – 11 juin 2022
Courriers intersyndicaux envoyés aux autorités iraniennes et françaises
Iran : les travailleurs de la mine de Sungun doivent être libérés immédiatement !
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/06/07/solidarite-avec-les-syndicalistes-et-enseignant·e·s-diran-plusieurs-textes/
Plus de 9 000 fillettes de 10 à 14 ans mariées en Iran au printemps 2021
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/12/20/plus-de-9-000-fillettes-de-10-a-14-ans-mariees-en-iran-au-printemps-2021/
Les enfants-mères de plus en plus nombreuses, le mariage des enfants étant encouragé en Iran
https://women.ncr-iran.org/fr/2021/12/02/le-mariage-des-enfants-etant-encourage-en-iran/
Hausse des crimes d’honneur en Iran grâce aux lois misogynes
https://women.ncr-iran.org/fr/2021/11/29/hausse-des-crimes-dhonneur-iran/
Iran : intensification de la répression et du harcèlement des militants sociaux et des ouvriers 
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/11/21/iran-intensification-de-la-repression-et-du-harcelement-des-militants-sociaux-et-des-ouvriers/
Soutenons les nombreuses grèves qui ont lieu en Iran !
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/10/09/soutenons-les-nombreuses-greves-qui-ont-lieu-en-iran/ 
Iran. Les grèves dans le secteur pétrolier et leur place dans les protestations sociales. Le pouvoir de la mollahcratie s’effiloche-t-il ?
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/07/iran-les-greves-dans-le-secteur-petrolier-et-leur-place-dans-les-protestations-sociales-le-pouvoir-de-la-mollahcratie-seffiloche-t-il/
Iran : grève historique dans le secteur pétrolier, manifestations dans le Khouzistan et à Téhéran, droit des femmes bafouées
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/07/24/iran-greve-historique-dans-le-secteur-petrolier-manifestations-dans-le-khouzistan-et-a-teheran-droit-des-femmes-bafouees/
Les travailleurs et travailleuses iraniennes de l’industrie pétrochimique se mettent en grève
Solidarité avec les salariés du secteur pétrolier en Iran
Déclaration du Conseil d’organisation des mobilisations de protestation des travailleurs contractuels du pétrole
Déclaration n°6 du Conseil d’organisation des grèves des travailleurs du secteur pétrolier (13 juillet 2021)
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/07/01/les-travailleurs-et-travailleuses-iraniennes-de-lindustrie-petrochimique-se-mettent-en-greve/
Iran : campagne internationale pour la libération d’Esmaïl Abdi 
Les mineurs d’Asseminoun ont manifesté dans les rues de la ville de Manoojan
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/14/iran-campagne-internationale-pour-la-liberation-desmail-abdi/
Pour la libération sans condition des prisonniers politiques et d’opinion en Iran 
Iran : Solidarité avec les victimes de la répression
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/08/pour-la-liberation-sans-condition-des-prisonniers-politiques-et-dopinion-en-iran-et-appel-intersyndical/
Communiqué du Comité de soutien à Fariba, en grève de la faim et de la soif
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/12/27/iran-communique-du-comite-de-soutien-a-fariba-en-greve-de-la-faim-et-de-la-soif/
Femmes iraniennes en résistance
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/12/01/femmes-iraniennes-en-resistance/
L’Iran brûle et la gauche mondiale regarde ailleurs
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/29/liran-brule-et-la-gauche-mondiale-regarde-ailleurs/
Iran. Le régime fait face à une nouvelle crise
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/28/iran-le-regime-fait-face-a-une-nouvelle-crise/
Solidarité internationale avec le peuple iranien en lutte !
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/24/solidarite-internationale-avec-le-peuple-iranien-en-lutte/
Les travailleurs iraniens qui réclament des salaires impayés se sont vu infliger 14 à 18 ans de prison et des coups de fouet
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/09/21/les-travailleurs-iraniens-qui-reclament-des-salaires-impayes-se-sont-vu-infliger-14-a-18-ans-de-prison-et-des-coups-de-fouet/
Chahla Chafiq : 
Le rendez-vous iranien de Simone de Beauvoir
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/05/10/une-traversee-lucide-et-efficace-de-lhistoire-recente-de-liran/
Houshang Sepehr : 
Iran. Un tournant politique radical
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2018/03/04/iran-un-tournant-politique-radical/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « « Femme ! Vie ! Liberté ! » : la révolution sociale en Iran (+ autres textes) »

  1. Appel à une manifestation solidaire avec les luttes d’émancipation en Iran
    En solidarité avec les femmes en lutte pour l’égalité et contre la République islamique d’Iran
    Dimanche 9 octobre 15h à Paris Place des fêtes – République

    Il y a 3 semaines la République islamique d’Iran a assassiné Mahsa-Jina, jeune femme kurde en visite à Téhéran. Pour la police des mœurs, elle n’était pas assez voilée. Depuis, pas un seul jour sans que des milliers de femmes ne défient les forces de l’ordre. Pas un seul jour sans qu’elles n’affirment leur droit à exister, avec ou sans voile, comme elles le veulent.
    La grande majorité de la population se solidarise tous les jours avec les femmes.
    Jour et nuit, la jeunesse entre en insurrection, et fait reculer des hommes armés jusqu’aux dents. Des forces de l’ordre, nombreuses et variées, en civil ou en uniforme, unies dans une répression sanguinaire.
    Face à elles, les insurgé.es occupent la rue, défient le patriarcat, crient leur haine, réclament justice et scandent :
    « C’est notre dernier avertissement, c’est le régime que nous visons »
    Malgré la répression sanguinaire, la lutte continue. Femme, Vie, Liberté !
    A Bas la République Islamique d’Iran !

    Manifestation organisée par une
    Coordination de groupes iraniens féministes et de gauche.
    Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran (SSTI)

    http://www.iran-echo.com/

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