Comprendre la révolte iranienne sans céder aux récupérations de tous bords (et autres textes)

 

  • Comprendre la révolte iranienne sans céder aux récupérations de tous bords
  • Iran : un peuple qui se soulève
  • Azadeh Moaveni : Depuis une génération les femmes iraniennes n’ont jamais été aussi en colère. « C’est comme une guerre là-bas »
  • Najmeh Bozorgmehr : Comment les étudiant·e·s façonnent les manifestations contre le régime
  • Yassamine Mather : « Des pans de la population n’ont plus peur. Des secteurs “réformistes” reprennent la parole. Une certaine gauche en déconnexion avec le mouvement »

Entre orientalisme et ethnocentrisme, la vision occidentale des événements qui ont suivi la mort de Mahsa Amini souffre souvent d’une vraie méconnaissance des enjeux locaux, quand elle ne tombe pas carrément dans une forme d’instrumentalisation.

Ici, c’est une poignée de cheveux coupés qui est brandie, là, un voile qui s’enflamme, plus loin encore, le chant antifasciste « Bella Ciao » qui retentit en persan… Depuis le meurtre de Mahsa Amini par la Gasht-e Ershad, la police des mœurs, l’Iran connaît un vaste mouvement de contestation populaire dirigé contre le régime, qui s’est répandu comme une traînée de poudre à travers tout le pays et au-delà de ses frontières.

Tandis que le gouvernement tâche d’endiguer les manifestations par la force et d’en escamoter les images en coupant l’accès à internet sur le territoire, les Iranien·nes ont rapidement trouvé des relais pour diffuser leurs revendications, tant auprès de la diaspora qu’auprès de militant·es féministes et des droits humains. À l’international, une vague de solidarité a déferlé sur les réseaux sociaux et les places publiques, avec une multiplication de rassemblements et d’appels au soutien des femmes iraniennes.

Cette forme d’internationalisation de la lutte a toutefois précipité les récupérations politiques de tous bords, qui ont tôt fait de réduire les femmes iraniennes à de simples symboles ou faire-valoir, et d’effacer à leur tour les spécificités de leurs revendications et du contexte dans lequel elles s’expriment. Pour comprendre ce qui se joue dans ce moment historique et encore incertain que vit actuellement l’Iran, il faut se recentrer sur les tensions qui traversent la société iranienne et que le cas de Mahsa Amini a fait exploser.

Une victime parfaite
Alors qu’elle se promène en famille à Téhéran, le 13 septembre 2022, la jeune Mahsa Amini, originaire de la ville de Saqqez, dans la province iranienne du Kurdistan, est interpellée à la sortie d’un métro par la police des mœurs qui, selon les témoignages de ses proches, estime que le hijab qu’elle porte n’est pas assez couvrant. Battue avant d’être emmenée dans un van de police, elle tombe dans le coma et meurt trois jours plus tard, à l’hôpital Kasra. Entre-temps, l’affaire a été relayée par la journaliste Niloufar Hamedi – désormais arrêtée –, et la diffusion de photos de la victime défigurée a commencé à mobiliser l’opinion publique.

« Le fait que cette jeune femme qui, au moment de son arrestation, n’était pas en train de manifester ni de tenir une posture agressive, ait été tuée pour une simple mèche de cheveux, a allumé une étincelle chez les jeunes femmes iraniennes qui en ont tout simplement assez des restrictions draconiennes imposées par le régime, décrypte Nima Naghibi, professeure à l’Université métropolitaine de Toronto, spécialiste de la diaspora et des études postcoloniales. La mort de Mahsa a galvanisé toute une population de jeunes –surtout des femmes – qui occupent le devant de la scène dans ces manifestations et qui sont frustrées de voir leur jeunesse, leur vie, leur potentiel, être violemment réprimés par le gouvernement iranien. La mort violente de Mahsa Amini aux mains de la soi-disant “police des mœurs” en est venue à signifier la répression brutale des femmes iraniennes, et de la jeunesse iranienne en général. »

De fait, la réaction de la population est massive. Des villes considérées comme les plus historiquement hostiles à la République islamique, à l’instar de Sanandadj, dans la province du Kurdistan iranien, jusqu’aux villes les plus conservatrices, à l’image de Machhad, ville sainte d’où est originaire l’actuel président Ebrahim Raïssi, des manifestant·es se sont pressé·es dans les rues pour rendre hommage à Mahsa Amini et réclamer la justice, la liberté, et la chute du régime islamique.

« Est-ce que tout le monde est devenu féministe tout à coup ? Probablement pas, mais les mécontentements déjà présents se sont greffés à cette histoire de Mahsa et des droits des femmes. » Azadeh Kian, professeure de sociologie et directrice du Cedref

Avec l’élection de l’ultraconservateur Raïssi en juin 2021, les femmes iraniennes ont vu leurs déjà maigres libertés diminuer encore, à mesure que le pouvoir donné à la police des mœurs augmentait. « Elle existait déjà avant, mais on la prenait moins au sérieux, elle ne réprimait pas autant. Aujourd’hui, elle a visiblement carte blanche », estime Azadeh Kian, professeure de sociologie et directrice du Cedref à l’Université Paris-Cité. Depuis le début de l’année, directives, décrets et lois visant à durcir encore plus le code vestimentaire féminin et les punitions en cas d’infraction se sont multipliées – de même que les vidéos de femmes violentées en pleine rue par des policiers.

« À cela s’ajoute le contexte économique très grave, note la chercheuse, autrice de l’essai Femmes et pouvoir en islam. La population contestataire n’a ni la prospérité économique, ni la liberté de choix, ni la liberté individuelle, ni la liberté collective, et se trouve dans une situation extrêmement délicate pour sa survie. Or, il y a un verrouillage total du système politique et judiciaire. Tous les pouvoirs sont aux mains des ultraconservateurs, et le régime, au lieu de répondre favorablement aux revendications, n’a fait que répondre par la répression. Est-ce que tout le monde est devenu féministe tout à coup ? Probablement pas, mais les mécontentements déjà présents se sont greffés à cette histoire de Mahsa et des droits des femmes. »

Alors que le taux de chômage de la jeunesse iranienne est à plus de 27%, nombre de jeunes hommes et femmes, y compris diplômés, se retrouvent à devoir travailler dans des secteurs informels de l’économie, tandis que le pays, asphyxié par les sanctions internationales, a vu son inflation annuelle dépasser les 40%, et le taux de pauvreté exploser. La précarité, conjuguée aux humiliations quotidiennes d’un régime inflexible, a préparé le terrain de la révolte.

« Les gens en Iran comparent la situation à une marmite couverte en train de bouillir, raconte Arzoo Osanloo, professeure de droit et directrice du Middle East Center de l’Université de Washington. Quand la vapeur commence à s’épaissir, le régime soulève très légèrement le couvercle afin qu’elle s’évacue et que ça ne déborde pas. C’est ce que faisaient les présidents réformateurs, comme Khatami ou Rohani, en disant à la Gasht-e Ershad de laisser tranquilles les jeunes et les femmes. Mais avec Mahsa Amini, les choses sont vraiment arrivées au point d’ébullition. C’était la victime parfaite et innocente, jeune et adorable : les gens se sont identifiés à elle. »

Le voile et le régime
Depuis, le hijab est revenu au cœur d’une bataille symbolique. Que ce soit en allant manifester, étudier, travailler ou simplement marcher dans la rue, de nombreuses femmes iraniennes se délestent de leur hijab pour sortir tête nue, bravant la loi de 1983 sur le voile obligatoire, parfois au péril de leur vie – au moins 133 personnes ont été tuées par les autorités depuis le début des manifestations, et les arrestations ne cessent d’augmenter. Si ces gestes ont été largement interprétés en Occident comme une critique de la religion musulmane, il s’agit avant tout d’une protestation d’ordre politique, dirigée contre le régime et son instrumentalisation du port du voile.

« Dès le début de la révolution de 1979, le régime islamique a sacralisé le voile et en a fait le fondement de son discours idéologique, en liant son port au sang des martyrs », souligne Azadeh Kian. Interdit un temps sous le règne de Reza Chah Pahlavi (1925-1941), considéré comme un attribut antimoderniste, le retour massif du hijab dans les rues, et plus encore du tchador, devait être le signe ostensible de la victoire révolutionnaire. En 1979, l’ayatollah Taleghani, proche de Khomeyni, encourageait ainsi les femmes à prendre volontairement le tchador, afin de montrer au monde que l’Iran venait de connaître « une révolution et un profond changement ».

« L’habillement des femmes signifie bien plus qu’un simple contrôle social ou que le monopole de l’État sur la violence légitime : c’est le symbole d’un changement idéologique dans la nature de l’État, de la monarchie des Pahlavi à la République islamique, explique Arzoo Osanloo, qui a écrit un ouvrage intitulé The Politics of Women’s Rights in Iran (« La politique des droits des femmes en Iran », en français). Depuis lors, les femmes jouent un rôle très important dans le message de la République islamique, tant à l’intérieur de l’Iran qu’à l’extérieur. Il en va de l’identité du pays, qui a connu une révolution antimonarchique, et qui s’est débarrassé de l’exploitation impériale occidentale. Et tout cela se joue sur le corps des femmes. »

Rien d’étonnant dès lors à ce que la critique du régime passe par la dégradation des symboles que celui-ci a érigés comme garants de sa légitimité. Depuis le début des manifestations, tout l’héritage de 1979, sur lequel s’est bâtie la République islamique, est visé : à Babol, des étudiants ont déchiré des portraits de Khomeyni et de son successeur Khamenei, guides de la révolution ; à Machhad, c’est une statue de Morteza Motahhari, théoricien de la République islamique, qui a été mise à feu… et puis, il y a ces voiles brûlés, arrachés ou jetés, que le régime avait institués comme piliers de la révolution.

« L’habillement des femmes signifie bien plus qu’un simple contrôle social […], c’est le symbole d’un changement idéologique dans la nature de l’État. » Arzoo Osanloo, professeure de droit à l’Université de Washington

Pour Arzoo Osanloo, c’est aussi une réponse à l’échec et à la trahison du projet révolutionnaire, qui portait à l’époque la promesse d’une république égalitaire et démocratique, et qui avait fait du respect et de la liberté des femmes l’un de ses arguments : « Les femmes étaient fortement impliquées dans la révolution qui a permis de créer la République, aussi leurs droits sont devenus une mesure de la légitimité de ce nouveau régime. Ils ont promis aux femmes l’amélioration de leur statut et l’accès à la dignité, or rien de tout cela n’est advenu. »

D’où le contrecoup féministe que connaît l’Iran aujourd’hui, porté par une génération qui est pourtant le produit même de la République islamique. « Les femmes iraniennes parlent de leur droit à choisir, on retrouve des slogans comme “mon corps, mon choix”… Cette terminologie fait écho à celle qu’on retrouve aux États-Unis, en particulier avec le débat sur l’avortement ; or les femmes iraniennes ne se font pas les perroquets du langage occidental en disant cela : ce sont précisément les éléments de la république post-révolutionnaire. La République islamique a créé un système d’attentes, et conséquemment, ses citoyens ont des exigences vis-à-vis de leur gouvernement, en tant que république », avance la chercheuse.

Lectures ethnocentristes
De la situation iranienne, l’Occident ne semble pourtant avoir retenu que l’image du voile, empesé d’une charge symbolique décidément infinie… pour y ajouter une lecture très ethnocentrée. Dès les premiers jours de contestation, les témoignages de solidarité adressés aux Iraniennes qui ont afflué de toutes parts ont très vite dilué les revendications de ces dernières dans un océan de relativisme.

En France, le hijab des femmes iraniennes est ainsi devenu tantôt un alibi pour brandir le spectre de la menace islamiste qui pèserait sur les sociétés occidentales, antienne désormais indémodable du débat politique français, tantôt un prétexte pour minorer voire nier la réalité des violences patriarcales qui ont lieu dans l’Hexagone, et seraient négligeables au regard de celles qui s’exercent en Iran.

L’Iran se transforme en repoussoir idéologique monolithique, et le corps des femmes iraniennes devient soudain un argument réversible à l’envi, qui se prête à toutes les récupérations politiques, vient servir des discours conservateurs, islamophobes et antiféministes puisant à la source du whataboutism, et sait encore répondre aux fantasmes orientalistes de ceux qui attendent avant toute chose des femmes musulmanes qu’elles se dévoilent ou « se dévêtent ».

« Il y a aujourd’hui une confusion, parfois délibérée, qu’on retrouve même chez certaines féministes françaises très laïcistes et républicanistes, entre le refus du port obligatoire du voile, et le refus du voile, souligne Azadeh Kian. En Iran, il y a un régime islamique au pouvoir depuis 1979, qui instrumentalise le port du voile et l’islam à des fins politiques et de pouvoir, ce qui n’est pas le cas en France. On ne doit pas accepter ces récupérations qui se font sur des généralisations : ça va à l’encontre des intérêts de ce mouvement iranien et des femmes iraniennes. Ce que les Iraniens rejettent, c’est l’islam politique. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le voile, c’est la question des droits des femmes, des droits humains, de la liberté, de l’avenir démocratique, et les revendications d’ordre économique et social. »

Si la question du fait religieux peut se poser dans ce contexte, c’est dans le sens des discriminations ethniques et religieuses qui perdurent en Iran, notamment à l’égard de la communauté kurde sunnite, minorité dont faisait partie Mahsa Amini, dite Zhina, de son prénom kurde.

L’instrumentalisation du voile n’est certes pas nouvelle, fait remarquer Nima Naghibi : « Depuis le XIXe siècle, les puissances coloniales européennes ont utilisé le symbole du voile pour justifier leur présence coloniale dans divers pays, comme l’Algérie, l’Égypte, etc. Les régimes coloniaux français et britannique ont utilisé la rhétorique de la libération de la femme musulmane des “chaînes du voile” et ont présenté leurs propres sociétés comme des lieux idéaux pour l’épanouissement du féminisme. Aujourd’hui, cette représentation de la femme voilée et opprimée justifie la discrimination à l’encontre des populations musulmanes dans les pays occidentaux et alimente les sentiments anti-immigrants en Europe et en Amérique du Nord. »

Le syndrome du white savior (« le sauveur blanc ») n’épargne pas pour autant les milieux progressistes et féministes, qui ont pu être tentés de se faire les porte-voix privilégiés de la cause iranienne… en la ramenant à leurs propres combats. « Dans mes écrits sur les manifestations des femmes iraniennes en mars 1979, j’ai été très critique sur la façon dont le mouvement des femmes iraniennes a été, à mon avis, coopté par un mouvement féministe globalisé bien intentionné, mais finalement destructeur », relève Nima Naghibi, autrice du livre Rethinking Global Sisterhood : Western Feminism and Iran (« Repenser la sororité mondiale : le féminisme occidental et l’Iran »).

« L’ « amplification » des voix est beaucoup plus utile que l’idée de […] « parler au nom » des féministes iraniennes, qui renforce une relation paternaliste et hiérarchique. » Nima Naghibi, professeure à l’Université métropolitaine de Toronto

Elle évoque ainsi les cas de la féministe américaine Kate Millet, venue en Iran pour « apprendre » aux femmes iraniennes comment lutter pour leurs droits avant d’être expulsée du pays, ou encore de cette délégation européenne du Comité international du droit des femmes, présidé par Simone de Beauvoir, qui avait obtenu une audience de cinq minutes auprès de Khomeyni pour s’entretenir du hijab, et qui n’a récolté que le silence de l’ayatollah, servant in fine la rhétorique du régime selon laquelle « ceux qui s’opposent au hijab sont des éléments “occidentalisés” déconnectés du reste de la société iranienne, qui doivent donc être éradiqués ou rééduqués », résume Naghibi.

Selon la chercheuse, cette posture a toutefois évolué : « Le mouvement féministe est désormais très diversifié, et de nombreuses féministes occidentales sont soucieuses de ne pas répéter les erreurs de leurs prédécesseures. Je pense donc que le nouveau vocabulaire de l’« amplification » des voix est beaucoup plus utile que l’idée de « donner une voix » ou de « parler au nom » des féministes iraniennes, qui renforce une relation paternaliste et hiérarchique. »

Cinquante nuances de patriarcat
La récente prise de position de la parlementaire américaine progressiste Alexandria Ocasio-Cortez, critiquée pour avoir fait un rapprochement entre le droit des femmes iraniennes à décider ou non de porter le hijab, et le droit des femmes états-uniennes à disposer de leur corps au regard des débats sur l’avortement, est assez intéressante dans la mesure où elle souligne le continuum existant entre « les forces patriarcales et autocratiques qui répriment les femmes dans le monde entier », sans pour autant amalgamer les deux situations.

Pour Arzoo Osanloo, « l’expression de la solidarité doit passer par la reconnaissance du fait qu’il s’agit d’enjeux trans-locaux. Pour que ces luttes soient lisibles, nous sommes forcées de trouver un langage commun : parler de « patriarcat », d’ « autonomie corporelle »… On est sans cesse en train de traduire, de faire des analogies, mais dans le même temps, il faut examiner les conditions locales de cette autonomie. Pour comprendre ce qui se joue en Iran, nous devons déplier les conditions qui, sur le terrain, entraînent cette oppression. L’idée de trans-localité est de partir du local pour ensuite envisager les connexions entre des expériences multiples, établir des relations d’immunité, et peut-être une solidarité plus large. »

La diaspora entre deux eaux
Le souci de recentrer l’attention sur les femmes iraniennes en train de lutter pour leurs droits à l’intérieur du pays explique en partie les controverses qui touchent actuellement des figures clivantes d’activistes de la diaspora, comme Masih Alinejad. Iranienne exilée aux États-Unis depuis 2009, cette activiste féministe a été au cœur de plusieurs campagnes menées contre le hijab à travers les réseaux sociaux, comme « My Stealthy Freedom » (« ma liberté furtive ») en 2014, ou #WhiteWednesdays (« mercredis blancs », en référence aux hijabs blancs enlevés par des femmes iraniennes) en 2017, qui avait accompagné le dernier grand mouvement de protestation iranien contre le port obligatoire du hijab.

Si la vaste audience (plus de 8,1 millions d’abonnés sur Instagram) dont elle bénéficie depuis l’étranger lui a permis de sensibiliser et de mobiliser une partie de l’opinion publique, notamment occidentale, sur la question des droits des femmes en Iran, son succès est à double tranchant. Mettant en avant sa posture de dissidente en exil, portraiturée par de nombreux médias, dont le New Yorker, comme la leader du mouvement de protestation en cours (un statut qu’elle a démenti depuis), elle s’est vu reprocher d’invisibiliser la lutte des Iraniennes sur le terrain, premières concernées par l’oppression et la répression du régime, et de saper ce faisant l’intégrité même du mouvement. « Toute une série d’opposants au régime tentent de confisquer le mouvement à leur profit ; or ce mouvement n’a pas de chef, n’a pas de tête, il est massif, spontané, sporadique », insiste Azadeh Kian.

D’autre part, les accointances de Masih Alinejad avec des figures de l’administration Trump, tout comme son emploi à Voice of America (le service de diffusion internationale par radio et télévision du gouvernement américain, qui a longtemps suivi une ligne éditoriale ultraconservatrice), ainsi que son soutien réitéré à des sanctions américaines massives, ont contribué à renforcer et accréditer l’image même que le régime iranien cherche à construire de ses opposants : celle de pions de l’Occident, financés par l’ennemi américain, qui cherchent à déstabiliser l’Iran de l’extérieur.

« Sans doute n’a-t-elle pas conscience de la façon dont elle est instrumentalisée en tant qu’individu, déplore Arzoo Osanloo, mais son activisme dénote surtout une grande naïveté face à la façon dont fonctionne la politique, et correspond à ce que Lauren Berlant appelait un « optimisme cruel » : Masih Alinejad exhorte les femmes à enlever leur hijab, assurant qu’elles pourront ainsi se libérer et faire tomber le gouvernement, mais elle pousse surtout des gens à s’exposer, en son nom, à la violence policière. »

Et après ?
L’une des principales difficultés à laquelle est confronté aujourd’hui le mouvement de contestation est l’absence d’opposition structurée qui offrirait une alternative, le régime ayant pris soin d’empêcher la formation de tout parti d’opposition comme de syndicats. Néanmoins, l’aspect protéiforme du mouvement est aussi ce qui fait sa force : sa diversité de genre, de classe, de génération mais aussi de confession – la communauté kurde, majoritairement sunnite, est fortement mobilisée du fait de l’appartenance de Mahsa Amini – atteste de son ampleur.

« Il est difficile de savoir si ce mouvement de protestation sera durable, et jusqu’à quel point le gouvernement poursuivra sa répression sanglante. Je pense que celui-ci est conscient que s’il recule maintenant, cela pourrait être le début de l’affaiblissement, voire du renversement du système. Il ne peut donc pas se le permettre, mais les manifestants ne semblent pas non plus avoir l’intention de s’arrêter », note Nima Naghibi, qui rappelle toutefois l’enthousiasme et l’espoir suscités par le « mouvement vert » de juin 2009, auquel le gouvernement avait répondu par une brutalité débridée.

« Ce qui est terrifiant, c’est que nous avons vu depuis la révolution de 1979 que ce gouvernement n’a pas peur des effusions de sang. Il est cependant extraordinaire de constater qu’à maintes reprises, les jeunes femmes iraniennes n’ont pas eu peur de sortir dans la rue et de risquer leur vie pour obtenir les droits fondamentaux qu’elles méritent », ajoute-t-elle.

Si le rapport de force demeure à l’avantage du régime en place, le vaste mouvement de contestation populaire témoigne toutefois de l’aspiration profonde de la société iranienne à un bouleversement institutionnel et politique. Et tandis que le régime s’entête à étouffer les voix contestataires dans le sang, les funérailles des révolutionnaires deviennent le théâtre de nouvelles expressions contestataires.

https://www.slate.fr/story/234367/revolte-femmes-contestation-iran-hijab-voile-mahsa-amini-recuperation-ethnocentrisme-orientalisme
https://www.cetri.be/Comprendre-la-revolte-iranienne

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Iran : un peuple qui se soulève

Alors que la répression déployée par l’État iranien a fait près de 200 morts en trois semaines, le soulèvement populaire qui défie le régime ne faiblit pas. HB et AB sont membres d’un collectif d’Iranien·nes en France, féministes et queers anticapitalistes et internationalistes, qui a organisé plusieurs rassemblements et actions en soutien au mouvement populaire en Iran. Ils reviennent pour Contretemps sur le mouvement actuel et la vague de contestations que connait l’Iran depuis 2009. Par souci de précaution, ils préfèrent rester anonymes. Cet entretien a été réalisé le 3 octobre dernier.

Contretemps – Pouvez-vous rappeler ce qui a déclenché le mouvement populaire actuel en Iran et comment celui-ci s’est développé dans tout le pays ?
HB et AB –
 Le soulèvement actuel a été déclenché après la mort de Jîna Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans, à Téhéran. Jîna était originaire de Saqqez, une ville du Kurdistan d’Iran. Cela a déclenché des rassemblements, dans un premier temps devant l’hôpital où elle avait été emmenée. Mais le véritable point de départ a été l’enterrement de Jina, où l’on a accusé tout de suite les dirigeants du pays comme étant coupables de ce meurtre. Les slogans ont immédiatement demandé la fin du régime, et le mot d’ordre le plus repris était « Jin, Jiyan, Azadî », c’est-à-dire, « femme, vie, liberté ». Ce slogan s’est propagé partout dans le pays. Cet événement est important parce qu’on n’a pas fait comme pour un enterrement normal ; des femmes kurdes ont pris la parole pour accuser le régime et ont revendiqué l’égalité. Ça a été vraiment l’événement déclencheur de cette insurrection.

Le gouvernement voulait organiser rapidement cet enterrement. À trois heures du matin, la ville a été encerclée par les forces de l’ordre pour empêcher la population des villes voisines de rejoindre l’enterrement, mais les habitants de Saqqez sont sortis dans la rue et ont permis que les autres personnes puissent entrer dans la ville. Une grande cérémonie a été organisée, et ce qui était touchant, c’est que les femmes ont pris la parole, en particulier les enseignantes. Ça s’est inscrit dans une mobilisation depuis plusieurs années. À Saqqez les travailleur.ses sont actif.ves. Il y a eu beaucoup d’arrestations le premier mai dernier qui ont touché en particulier les plus connus des activistes parmi les travailleur.ses, et en juin, ce sont une vingtaine d’enseignant.es qui ont été arrêté.es. Il y avait donc déjà une certaine mobilisation sur place, et c’est grâce à ces travailleur.ses mobilisé.es que la cérémonie s’est transformée en événement.

Contretemps – Comment est-on passé d’un évènement local à une mobilisation d’ampleur nationale ? Et qui se mobilise depuis l’enterrement de Jîna ?
HB et AB –
 Il y a eu d’abord des manifestations dans quelques endroits, au Kurdistan, à Téhéran, dans d’autres villes, les universités. Cela s’est propagé très vite, et aujourd’hui, les 31 provinces iraniennes sont touchées par le mouvement. On parle de 80 villes qui auraient connu des soulèvements, et il y a des villes qui tous les soirs connaissent des manifestations, des scènes d’affrontement avec la police anti-émeutes. C’est donc assez répandu au niveau géographique. Si l’on considère Téhéran, la mobilisation a lieu aussi bien dans les quartiers riches que dans les quartiers pauvres, dans des quartiers qui n’avaient pas été concernés par les mobilisations antérieures. 

C’est un mouvement transclasses, mais également un mouvement qui touche différentes minorités ethniques. Le mouvement a été déclenché au Kurdistan, et ce n’est pas anodin, parce que le Kurdistan est très politisé, et c’est aussi une région où il y a beaucoup de répression ; les premières cibles de la répression de l’État sont très souvent des militants kurdes. Mais le mouvement a produit une solidarité dans tout le pays et parmi d’autres minorités ethniques comme par exemple les Azerbaidjanais d’Iran qui soutiennent le peuple kurde en disant que l’Azerbaïdjan est le refuge des Kurdes. On constate la même chose dans le Baloutchistan d’Iran qui a été aussi fortement réprimé. Autrement dit, les Kurdes représentent les autres ethnies, dans leur affrontement face à l’État.

Contretemps – On constate en effet que le poids des Kurdes est important dans le déclenchement du soulèvement et ses suites. De même, dans certains rassemblements de soutien en France, on observe une forte présence kurde. Comment expliquer que cela n’ait pas été un frein au développement de la mobilisation dans tout le pays ?
HB et AB –
 Le Kurdistan était prêt à réagir à un tel contexte et à mobiliser les gens. Cela ne veut pas dire que si Jîna avait été originaire d’une autre ethnie, on n’aurait pas eu la même chose, mais peut-être que ça n’aurait pas pris une telle dimension. En plus des soulèvements depuis 2009, on a connu de nombreuses grèves, particulièrement à partir de 2016. Le peuple s’est donc préparé pour descendre dans la rue. Mais la mobilisation n’a pas été vue comme une mobilisation des Kurdes, les slogans kurdes ont été repris par d’autres communautés, les Turcs d’Iran ont affiché leur solidarité avec les Kurdes… tout cela a favorisé une unité entre les différentes communautés, alors que le gouvernement essaye depuis des années de créer des tensions entre Turcs et Kurdes. Et donc ça a dépassé très vite la question du Kurdistan, du hijab, de la mort d’une jeune femme kurde… Ça a commencé au Kurdistan, mais ça ne finira pas au Kurdistan.

Par ailleurs, le Kurdistan n’est pas la seule région touchée par les révoltes populaires récentes. En juillet 2021, il y a eu une révolte dans la province du Khuzestan, suite à une très importante pénurie d’eau, dans une région par ailleurs riche en pétrole [1]. Durant cette révolte, plusieurs manifestants ont été abattus et des centaines ont été arrêté.es. Il y a eu dix jours de révolte, et ça a provoqué des soutiens dans d’autres régions, mais le soulèvement ne s’est jamais vraiment propagé dans le reste du pays. Là on est dans une situation très subversive, peut-être révolutionnaire, car on est arrivés à un point de non-retour pour une bonne partie de la population. 

Depuis 2017, toutes les révoltes avaient quelque chose de radical comme aujourd’hui, elles visaient directement le régime, et n’attendaient plus rien de l’opposition entre le régime et les réformateurs. Il y a quelques mois, en mai dernier, la construction d’un centre commercial a entrainé la mort d’une quarantaine de personnes à Abadan, à nouveau dans le Khuzestan. Le propriétaire du centre commercial est proche du régime, des pasdarans [2], et tout de suite les protestations qui ont suivi ont demandé la fin du régime. 

En dehors des séquences insurrectionnelles de 2017 et de 2019, le pays connaît une vague régulière de contestation depuis au moins 7 ans : les ouvriers contre la précarisation du travail et les privatisations – notamment la lutte des ouvriers de Haft Tapeh et des habitant.es de Shoush, les ouvriers du complexe d’acier de Ahvaz… ou la grève des travailleurs de plusieurs grandes raffineries de pétrole, les retraité.es, les infirmières, les étudiant.es, les grandes mobilisations des enseignant.es de l’Éducation nationale, les routiers, les chauffeurs de bus, etc. À titre d’exemple, l’année 1400 du calendrier iranien (c’est-à-dire du 21 mars 2021 jusqu’au 21 mars 2022), a été l’une des années les plus mouvementées de ces quatre dernières décennies quant aux contestations ouvrières et salariales. Le mouvement de 2022 n’est donc pas apparu dans un ciel serein pour le pouvoir de Téhéran.

Contretemps – Par rapport aux soulèvements précédents que le pays a connus depuis 2009, constate-t-on des changements dans la composition des manifestations, dans les caractéristiques des personnes mobilisées ? 
HB et AB –
 Si on compare avec les autres soulèvements massifs qui ont eu lieu en 2009, 2017 et 2019 – il y en a eu d’autres mais de moindre importance, ou plus anciens dans les années 1990 –, ce n’est pas les mêmes dynamiques. En 2009, il s’agissait plus d’un mouvement réformiste, composé des classes moyennes, particulièrement au nord de Téhéran et dans les grandes villes centrales du pays comme Ispahan, Tabriz, Shiraz où l’on trouve les classes moyennes. Les revendications étaient tournées vers des réformes et des changements au sein du mouvement, même si la dynamique du mouvement l’avait fait évoluer. 

Au départ, les manifestants revendiquaient majoritairement le respect du résultat des élections, et contestaient la réélection frauduleuse de Ahmadinejad, mais, au bout de 8 mois, vers la fin du mouvement, les slogans se sont radicalisés et visaient plus directement Ali Khamenei, le guide suprême. En 2017, la crise économique, qui n’était pas seulement due aux sanctions états-uniennes, a provoqué une explosion parmi les gens ordinaires, particulièrement au sud de Téhéran, là où habitent les classes populaires, et dans une centaine de petites villes dont on entendait le nom pour la première fois, dans des régions très défavorisées et marginalisées. Et en 2019, ça a été la même chose, des gens ordinaires. 

Il faut savoir que du fait de la crise économique permanente, il y a beaucoup de personnes pauvres, il y a des bidonvilles dans chaque grande ville, parfois avec 30 à 40% des habitant.es qui vivent dans ces bidonvilles. Les habitant.es de ces bidonvilles ont osé sortir dans la rue en 2017 et 2019, et maintenant, ce sont plusieurs classes qui sont mobilisées, les classes moyennes et les classes subalternes. On ne peut pas dire qu’elles agissent complètement ensemble, mais elles sont toutes dans la rue. Aujourd’hui, les classes moyennes, même les fractions les plus hautes, sont touchées par la crise, leur pouvoir d’achat est affaibli. 

Et par ailleurs, la question des droits des femmes traverse toutes les classes. La République islamique est basée sur la répression des femmes, sur la propriété du corps des femmes. Si l’Islam politique insiste beaucoup sur le hijab, alors qu’il n’existait pas avant, ou pas sous sa forme intégrale, c’est qu’il est le symbole de l’Islam politique. Pour le gouvernement c’est essentiel, il cherche à stabiliser son pouvoir par l’appropriation du corps des femmes. Une grande partie des femmes sont fatiguées de porter chaque jour ce hijab. La répression des femmes s’est donc retrouvée cette année commune aux différentes classes, ce qui explique que la mobilisation ne se limite pas à un groupe social. 

On voit le même phénomène concernant les différentes générations. En Iran, il y a toujours eu une grande différence et des tensions entre les générations. Les jeunes accusaient souvent les anciennes générations parce qu’elles avaient fait la révolution en 1979, mais le décalage est beaucoup moins fort aujourd’hui. Si les plus ancien.nes ne sont pas présents dans la rue, iels soutiennent les manifestations.

Contretemps – Quelles formes a pris la mobilisation ? Quels sont les slogans, les revendications, les formes d’organisation ?
HB et AB –
 Il n’y a pas de revendication, contrairement à 2009 par exemple lorsque le mouvement s’adressait plutôt au président qu’au guide suprême. Aujourd’hui, on ne s’adresse pas au président, ce que les gens visent, ce n’est pas le président, c’est le guide. Les mots d’ordre sont surtout « À bas la dictature, À bas la République islamique », c’est tout. Les manifestants ne parlent donc pas du tout avec le pouvoir, il n’y a pas de communication. 

Le guide a parlé pour la première fois ce matin (3 octobre), pour remercier les forces de police. Le président Raïssi est intervenu à plusieurs reprises, avant et après l’intervention de Khamenei, mais il est complètement aligné sur le guide. Sa ligne est d’expliquer que le soulèvement est téléguidé de l’extérieur. Il remercie les forces de l’ordre et continue à menacer les personnes qui manifestent leur colère, il les qualifie de casseurs et de fouteurs de trouble. Cependant il précise parfois qu’il faut distinguer entre « trouble » et « contestation » et qu’il faut entendre les critiques. Mais les personnes mobilisées attendaient surtout la réaction de Khamenei pour savoir la façon dont le régime agirait dans les jours suivants. 

À côté des slogans qui visent directement la dictature, on entend beaucoup le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » (femme, vie, liberté). Celui-ci ne date pas des manifestations actuelles, il a une histoire, il est utilisé depuis 2005 au Kurdistan, et encore plus depuis 2013, après l’assassinat à Paris de trois militantes du PKK par les forces turques et suite aux événements de Kobané et la libération de la ville par les YPG, les unités de protection du peuple dans lesquels on trouve de nombreuses femmes qui utilisaient ce slogan. Celui-ci était donc déjà connu au Kurdistan mais aussi dans d’autres pays, à Paris, Berlin, Kaboul… Le jour de l’enterrement de Jîna, les gens ont utilisé ce slogan, et il a été repris ailleurs, en particulier à l’université de Téhéran, à côté d’autres qui remettent en cause les fondements de la République Islamique et le pouvoir des religieux. 

Tous ces slogans visent l’entièreté du régime. On a aussi entendu des slogans contre les royalistes, qui disent « À bas la répression, qu’elle vienne du guide ou du Shah », ou « À bas l’oppresseur, que ce soit le guide ou le Shah », ce qui est important parce que l’opposition de droite à la République Islamique s’est rassemblée autour de la figure du fils du Shah d’Iran, Reza Pahlavi [3], qui a acquis une présence médiatique importante ces dernières années. Il y a aussi des slogans qui défendent la solidarité entre différentes ethnies, différentes populations du pays, comme « Du Kurdistan à Téhéran, tout l’Iran est dans le sang » [4], ou d’autres slogans qui sont scandés en langue turque ou en turc azéri [5].

Après la mort de Jîna, la revendication n’était pas de mettre de côté le hijab ni même d’abolir la police des mœurs, mais d’abolir l’ordre qui impose le hijab aux femmes. Le hijab est un pilier de la répression que le régime mène à l’encontre des femmes, et s’attaquer à son imposition par le régime constitue un enjeu majeur pour les contestataires. Ça ouvre un espace énorme pour lutter contre toutes les inégalités, toutes les formes d’oppression dont la République Islamique est responsable. On n’est pas dans la convergence des luttes comme on en parle en France, on fait un aller direct du particulier au général. 

Il y a tout un ordre symbolique qui s’effondre. C’était impressionnant de voir beaucoup de sportifs de haut niveau, des gens très célèbres, des acteurs et des actrices – dont certaines se dévoilent –, des cinéastes, qui se sont désengagé.es vis-à-vis du régime et qui soutiennent le mouvement. Ça dit quelque chose de la profondeur de ce qui est en train de passer, de cette rupture qui traverse le pays, car il s’agit de personnes dont le travail et le statut dépendent en partie du régime, ce qu’on n’avait jamais vu à ce niveau-là auparavant. C’est le cas par exemple du plus grand footballeur de l’histoire de l’Iran, Ali Karimi [6]. Ça donne une idée de la gravité de la situation pour le régime.

Concernant les formes d’organisation collective, étant donné la répression du régime, c’est habituellement impossible de s’organiser, de créer des associations. Les gens sont à la maison et forment des groupes à travers leurs réseaux amicaux. Il peut s’agir de groupes culturels, mais aussi politiques. Par exemple des groupes qui se réunissaient pour regarder des films et discuter de cinéma, mais ils en profitent pour parler de politique. De même, il existe beaucoup de groupes qui se réunissent pour parler d’écologie ou organiser des activités pour l’environnement. Tous ces petits groupes affinitaires créent des opportunités pour s’organiser, formés par les réseaux personnels, qui permettent d’organiser le mouvement, ce à quoi il faut ajouter d’autres groupes : les syndicats des travailleur.ses, notamment les enseignant.es, les infirmier.es, les chauffeurs de bus de Téhéran, ainsi que les retraité.es et les étudiant.es.

Contretemps – On a vu qu’à Paris, le soutien aux manifestant.es iranien.nes avaient donné lieu à des manifestations organisées par différents groupes. L’opposition au régime de Téhéran ne semble pas unifiée. Quelles sont les composantes de cette opposition et sont-elles capables d’agir en commun ?
HB et AB – 
Il n’y a pas d’opposition au sein du régime, du moins pas d’opposition officielle. Les deux tendances, à savoir les « principialistes » et les « réformateurs » sont inscrits dans un espace politique homogène, où il n’y a pas de contestation, et pas beaucoup de jeu politique possible. Les premiers rassemblent les groupes politiques les plus proches du guide suprême et des gardiens de la révolution, plus hostiles aux libertés politiques et sociales et aux relations avec l’occident, au moins en apparence. 

Rappelons que dans l’organigramme du pouvoir de la République Islamique d’Iran, le guide suprême est l’instance politique qui possède le pouvoir décisionnaire et exécutif le plus important, que ce soit sur le plan politique, économique, militaire ou judiciaire. Les gardiens de la révolution, la première force d’armée du régime, qui est en même temps la première puissance économique du pays, sont dirigés directement par le guide suprême. 

Aujourd’hui, les trois pouvoirs (exécutif, judiciaire et législatif) sont dirigés par les personnes très proches de Khamenei. Beaucoup de réformistes ont soutenu Hassan Rohani lors des élections présidentielles de 2013, mais ce dernier a été le chef du conseil de la sécurité nationale pendant 16 ans et a fait partie pendant une vingtaine d’années du camp conservateur. De fait, la « séquence réformiste » s’est terminée en 2009, et cela a été particulièrement visible en 2017 quand pour la première fois les étudiant.es ont déclaré la rupture entre le peuple et les réformistes par ce slogan : « réformistes, fondamentalistes, c’est la fin de votre histoire ! »

Au niveau économique, la quasi-totalité des tendances à l’intérieur du régime sont partisanes d’une économie capitaliste, elles sont toutes d’accord pour privatiser l’économie et pour mettre en place des réformes néolibérales. Elles divergent seulement sur la question de savoir qui sont les acteurs et les partenaires de cette économie.

En face, en ce qui concerne les partis et les organisations politiques structurées en opposition au régime et à l’intérieur de l’Iran, à l’exception peut-être du Kurdistan d’Iran, on ne voit pas d’activité importante, du moins de façon non clandestine, car toute sorte d’activité politique partisane de ce genre est interdite et réprimée. Au Kurdistan d’Iran, on peut parler de trois partis et de leurs différentes branches : le Parti Démocrate du Kurdistan d’Iran (PDKI) qui s’est reformé le mois dernier en un seul parti après la fusion des deux branches du parti démocrate ; Komala (« Organisation révolutionnaire du peuple ouvrier du Kurdistan »), d’origine maoïste dans les années 1970, scindé en trois branches, qui a rompu avec le communisme et se revendique aujourd’hui du fédéralisme et de la social-démocratie ; et le parti « Pour une vie libre au Kurdistan » (PJAK) qui est la branche du PKK en Iran. Ces partis ont beaucoup de membres à l’étranger, mais ils sont aussi actifs à l’intérieur du pays dans la clandestinité. Il y a aussi d’autres partis comme Al Ahwaziya (le mouvement de libération national de Ahwaz) au Khuzestan, et le Front Uni du Baloutchistan d’Iran.

Concernant les groupes d’opposant.es à l’étranger, il existe différentes tendances politiques au sein de la diaspora iranienne, mais aucun parti ni aucune personnalité ne font autorité aujourd’hui en Iran. Ces dernières années, une nouvelle opposition de droite est apparue en autour de la figure de Reza Pahlavi, le fils du chah. Mais on trouve aussi des activistes des droits humains, des groupes féministes, des partis et des organisations représentant différentes tendances de la gauche (de la tendance sociale-démocrate jusqu’à la gauche radicale). 

Il y a aussi des groupes à tendance « nationaliste » qui se considèrent comme des héritiers du mouvement de nationalisation du pétrole et son leader Mossadegh. Aucun de ces groupes ne représente de grandes organisations. Et puis il y a les Moudjahidin du Peuple, une des organisations politiques les plus importantes lors de la révolution de 1979, fondée au départ sur une sorte d’Islam politique de gauche. 

Aujourd’hui, cette organisation cherche ses principaux alliés parmi les personnalités de la droite et de l’extrême droite européenne et états-unienne et semble être isolée par rapport à d’autres groupes d’opposition. Il faut bien avoir en tête que toutes les oppositions ont subi une forte répression qui a déstructuré les pratiques partisanes en Iran. Pendant la première décennie après la révolution, plus de 10 000 militant.es ont été exécuté.es par le régime. 

Contretemps – Comment décrire l’attitude du pouvoir ? On a pu voir une répression violente, mais il semble que tous les corps répressifs n’ont pas encore été utilisés ; comment opère la violence contre les manifestant.es ?
HB et AB – 
La répression est forte. Mais il semble qu’elle soit pour le moment moins forte que celle qui a eu lieu lors de la révolte de 2019 où en l’espace de moins d’une semaine, 1 500 personnes ont été tuées selon l’agence Reuters. Jusqu’aujourd’hui (3 octobre), le nombre des victimes arrive à 133. Le massacre le plus sanglant a eu lieu vendredi dernier à Zahedan, dans le Balouchistan iranien, où au moins 58 personnes ont été tuées. Les gardiens de la révolution ont également bombardé des locaux et des bases des partis kurdes iraniens en Irak et ont tué 13 personnes. 

Pourtant, les pasdarans contrairement à 2019 ne sont intervenus dans la répression que de façon ponctuelle. Les forces de l’ordre (Police et la police anti-émeute) mènent la majeure partie de la répression, sous la tutelle du ministère intérieur et les basidjis [7]. Une autre particularité quant aux réactions du régime vis-à-vis de la situation concerne le long silence d’Ali Khamenei. Il n’est intervenu sur les événements qu’après plus de deux semaines d’émeutes. 

Le meurtre de Jîna Mahsa Amini a suscité deux types de réactions au sein du régime. Le noyau dur du régime ne recule pas et reste sur ses positions. Les plus modérés reviennent sur la question de la police des mœurs et demandent sa suppression. Mais cette dernière position n’a pas de poids suffisant et de toute façon il semble trop tard pour faire marche en arrière. Par ailleurs, un groupe d’enseignant.es et d’étudiant.es des écoles religieuses de Téhéran, de Qom et de Mashhad ont écrit une lettre ouverte qui annonce que Ali Khamenei n’a pas de légitimité (religieuse) pour gouverner. Ce texte rejette également le principe du gouvernement des doctes sur lequel le système politique de la république islamique est bâti.

Contretemps – Est-il possible d’envisager ou d’imaginer des perspectives à ce mouvement ? Comment un mouvement aussi puissant qui s’affronte aussi directement au régime mais qui subit une telle répression, peut-il se développer ?
HB et AB – 
Il semble qu’on soit arrivés à un point de non-retour. En tout cas, c’est un ressenti partagé par beaucoup d’iranien.nes. L’effondrement de l’ordre symbolique et la nécessité que chacun.e ressent de choisir son camp nous poussent à y croire. Cela ne veut pas nécessairement dire que le régime tombera dans les deux mois qui viennent. Mais c’est la perspective que dans l’avenir de l’Iran, l’Islam politique n’aura aucune place dans le gouvernement. 

L’autre question, c’est-à-dire celle de savoir quand et comment le régime sera renversé, dépend de plusieurs autres questions : jusqu’où le régime est-il prêt à aller dans la répression ? Le mouvement est-il capable d’engendrer ses propres formes d’organisations pour affronter et épuiser la répression du régime et pour maintenir et amplifier la mobilisation dans la durée sous différentes formes de luttes (manifs, grèves…) ? Le mouvement est-il capable de créer des formes d’organisation politique capables de gérer la séquence de la chute du régime ? 

Ce qu’on voit aujourd’hui c’est que le soulèvement se poursuit après plus de deux semaines. Il y a une grande mobilisation des étudiant.es avec des grèves et des rassemblements sur les campus. Certains enseignant.es les ont rejoint.es. Les enseignant.es de l’éducation nationale ont déjà organisé deux journées de grève. Des lycéen.nes participent massivement au mouvement, même au sein de leurs établissements, ce qui ne s’est jamais produit à cette échelle depuis la révolution. Des chauffeurs routiers préparent également des grèves. Nous avons aussi vu plusieurs journées de grève des commerçants dans différentes villes, suite à une grève générale dès les premiers jours du soulèvement au Kurdistan. Tout cela nous donne l’espoir de croire que ce mouvement a la capacité de perdurer dans le temps, même si ce ne sera pas toujours possible d’occuper la rue.

Propos recueillis par Vincent Gay. 

Notes
[1] Le Khuzestan est la province où se situe la majorité des installations pétrolières du pays. Cette région a été aussi une des lieux majeurs de confrontation militaire pendant la guerre Iran-Irak.
[2] Les pasdarans sont les gardiens de la Révolution islamique, une organisation paramilitaire dépendant directement du Guide de la révolution.
[3] Reza Pahlavi est né en 1960 à Téhéran. Il est le fils aîné du dernier chah d’Iran, se considère comme l’héritier du trône perse. Il a été formé aux États-Unis où il vit depuis la destitution de son père et demeure proche des milieux néoconservateurs états-uniens.
[4] Ou « Du sang dans tout l’Iran, du Kurdistan à Téhéran », « Blood in all of Iran, from Kurdistan to Tehran »
[5] L’azéri est une langue parlée en Azerbaïdjan et en Iran.
[6] Grande figure du football iranien, Ali Karimi s’est fait remarquer dès 2009 lorsqu’avec ses coéquipiers il arbore un bracelet vert lors d’un match de qualification pour la coupe du monde, en soutien à l’opposition au régime après les élections.
[7] Les basidjis sont une force paramilitaire iranienne fondée par l’ayatollah Khomeini afin de fournir des volontaires populaires aux troupes d’élite dans la guerre Iran-Irak. Depuis, ils sont en charge de la sécurité intérieure et extérieure de l’Iran.

https://www.contretemps.eu/iran-peuple-soulevement/

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Depuis une génération les femmes iraniennes n’ont jamais été aussi en colère. « C’est comme une guerre là-bas »

[Nous publions ici trois articles écrits par des Iraniennes. La journaliste iranienne Mariam Pirzadeh, rédactrice de France 24, écrivait le 6 octobre: « Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, il y a un vrai durcissement sur les femmes et sur la société. A un moment donné, il était question que les femmes n’aient plus accès aux transports en commun si elles étaient mal voilées. Il a même été envisagé de mettre en place des caméras pour vérifier si elles n’avaient pas trop de maquillage. C’est la Mahsa Amini de tropEt tout le monde peut s’identifier, cela aurait pu être une cousine, la sœur ou la femme de quelqu’un. Et pour cette génération, manifester, contester le pouvoir est plus fort que tout. La jeunesse est prête à faire face à la mort et à l’arrestation plutôt que de continuer à vivre avec le régime. Si le président lâche sur le voile, il va devoir lâcher sur beaucoup d’autres choses, et il le sait très bien. Les autorités sont dans la logique inverse, celle de réprimer encore plus fort.» – Réd. A l’Encontre]

Téhéran – Lundi 3 octobre 2022, au 18e jour des profondes protestations iraniennes contre le régime clérical oppressif et ses nombreux échecs, des lycéennes munies de sacs à dos et de baskets noires de marque Converse ont rejoint la révolte. Elles ont défilé dans une rue de la banlieue de Téhéran, la capitale, en agitant en l’air leur foulard, lié à l’uniforme scolaire. Dans la même banlieue, elles ont poussé un fonctionnaire de l’éducation de sexe masculin en dehors de la cour de l’école, en scandant le mot persan qui signifie «sans honneur», « la honte ! » : « Bisharaf ! Bisharaf ! » Elles ont bloqué la circulation dans la ville de Shiraz, dans le sud du pays, en faisant tourner leurs foulards au-dessus de leur tête. Elles ont déchiré des images du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini. Elles en ont jeté les fragments en l’air et ont crié avec passion « Mort au dictateur ! »

La fureur et la rage du désespoir dans leurs chants, ainsi que la présence pleine d’assurance des jeunes filles insurgées d’Iran sur la dangereuse scène publique de la protestation sont exceptionnels et extraordinaires. Elles luttent de manière préventive contre un avenir où leurs corps continueront d’être contrôlés par la République islamique. Quel que soit le sort du mouvement de protestation iranien, qui entre maintenant dans sa troisième semaine, l’opposition féministe aux autorités inclut désormais les écolières et les lycéennes

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Le déferlement de colère a pris le gouvernement iranien au dépourvu lorsqu’il a explosé le 16 septembre dans des dizaines de villes, pour protester contre la mort d’une Iranienne kurde, de 22 ans, Mahsa Amini, en garde à vue. La « police des mœurs » iranienne avait arrêté Masha Amini pour avoir porté un « hijab de manière inapproprié », bien que sa violation précise des codes vestimentaires islamiques de l’Etat ne soit pas claire. Dans les images vidéo de Masha Amini en détention, sa tenue vestimentaire est, selon les normes iraniennes de conformité aux règles, ne peut être sujette à controverse.

Mais son apparence banale est, en fait, le point essentiel. L’un des traits distinctifs de la vie iranienne de ces dernières années a été l’application sélective des lois sur le hijab. Les poches de la société qui ont réussi à prospérer malgré le déclin général de l’économie ont vécu pendant des années dans une relative liberté vis-à-vis de ces restrictions, protégées par leur richesse, leurs quartiers exclusifs et leurs relations avec le régime [1]. Cela explique en partie la rapidité avec laquelle les protestations liées à la mort de Masha Amini se sont transformées en un rejet global de la République islamique, de ses dirigeants et de leur gestion du pays. Le fossé entre les libertés et les perspectives dont jouit l’élite affiliée au système et celles des Iraniens ordinaires n’a jamais été aussi large – et jamais autant de personnes n’ont exprimé autant de colère à ce sujet.

Ce rejet fondamental du système est ce qui rend ces manifestations si différentes d’autres moments de rébellion dans le passé récent de l’Iran. En juillet 1999, des étudiant·e·s ont manifesté contre la fermeture d’un journal réformateur [Salaam; en 2009, des millions de personnes ont défilé contre une élection présidentielle qualifiée de truquée, exigeant la présence de différents leaders au sein du système. Aujourd’hui, beaucoup se désespèrent de toute perspective de réforme et éprouvent un sentiment de désillusion et de perte collective.

Le chanteur Shervin Hajipour a résumé cette douleur dans sa chanson « Baraye » (« Pour »). Les paroles, cousues ensemble à partir des tweets des manifestantes et offrant les raisons de leurs protestations, s’échappent souvent des voitures et des balcons de Téhéran maintenant, surtout le soir :

« Pour ma sœur, ta sœur, nos sœurs
Pour le renouveau des esprits rouillés
Pour les pères embarrassés aux mains vides
Pour notre désir d’une vie normale

Pour les étudiant·e·s et leur avenir
Pour ce paradis artificiel
Pour les plus brillantes en prison

Pour la femme, la vie et la liberté »

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Téhéran se trouve au pied d’imposantes montagnes enneigées et s’étend vers le bas, à travers des quartiers verdoyants bordés de vieilles villas et de tours d’habitation de luxe, et vers l’extérieur, dans un étalement sans cesse croissant d’immeubles d’habitation et de banlieues bétonnées et basses où vivent les pauvres [du nord au sud]. Les lumières vives des centres commerciaux remplis de bijouteries et de pâtisseries, les gratte-ciel commerciaux et une tour triple papillon en construction signée Zaha Hadid [architecte Irako-Britannique] dominent l’horizon. Un grand boulevard bordé de platanes, sur le modèle des Champs-Élysées, part des contreforts et traverse la ville de part en part. Où que vous vous trouviez, la proximité des montagnes détermine la qualité de l’air que vous respirez, votre vision de la ville et votre place dans celle-ci.

La « police des mœurs » ne s’aventure guère dans le nord de Téhéran, dans les quartiers où les familles des fonctionnaires vivent dans des tours d’appartements avec des saunas et des garages à ascenseur pour se garer. Les fils de l’élite du régime conduisent leurs Maseratis sur les boulevards bordés d’arbres de la région. L’hiver dernier, j’ai vu une femme en tchador (vêtement traditionnel recouvrant tout le corps, avec un ovale pour le visage) conduire une Bugatti noir mat.

Pour les femmes aisées du nord [riche] de Téhéran, le droit de ne pas porter le hijab est déjà une réalité de fait. Elles dînent dans des restaurants sur les toits en dégustant des sushis et des mezze, tête nue, leurs sacs Gucci de la dernière suspendus à leurs sièges, servis par des serveuses non couvertes. L’été dernier, même le ventre nu, qui était autrefois un spectacle choquant, est devenu monnaie courante dans ce nord riche. Mon fils, qui a visité l’Iran pour la première fois il y a deux étés, pensait que le fait de pouvoir retirer son foulard dans les restaurants relevait d’une véritable loi. Pour la nouvelle élite, c’est comme si c’était le cas. Comme me l’a dit une manifestante : « Vous imaginez la police arrêter une fille dans un de ces endroits ? Son père travaille probablement pour un ministère et déplacerait toute l’escouade policière à la frontière afghane. » [qui est très surveillée afin de bloquer les migrants].

La « police des mœurs » n’impose pas non plus ses règles à Lavasan – une petite ville située à l’extérieur de Téhéran [dès les années 1980 les jardins de cerisiers ont laissé place à des villas] – qui devenue une sorte de parc réservé pour les joueurs de football, les célébrités et les riches affiliés au régime. De nombreux comptes Instagram dédiés à montrer aux Iraniens ordinaires comment vivent leurs suzerains – dans leurs châteaux, leurs complexes de villas fermées et leurs piscines à débordement [pour une eau de qualité !], avec leur style de vie peu vêtu et sans entrave – ont mis en évidence le gouffre entre les dirigeants et les dirigés.

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Dans le reste de Téhéran, dans les parcs publics et les stations de métro [c’est à la sortie d’une station de métro que Masha Amini a été arrêtée], dans les bus et autour des terminaux de bus – les points de contact où les Iraniens des quartiers pauvres du sud et des banlieues périphériques à bas salaires entrent dans la ville et se rapprochent de son nord privilégié – les camionnettes Mitsubishi blanches de la « police des mœurs » rôdent. Elles ne patrouillent peut-être pas tous les jours, mais assez régulièrement pour imposer leur autorité coercitive et susciter la peur qu’elles puissent toujours être à l’affût.

Qu’est-ce qu’un hijab « correct », d’ailleurs ? Il s’agit d’un foulard sur la tête porté avec une tunique assez longue, une tenue conforme à ce que l’on appelle, aujourd’hui, la « mode modeste ». Ce que la police de la moralité fait respecter a peu de base objective. Cette police exerce arbitrairement le pouvoir de l’Etat, en laissant entendre qu’elle peut vous arrêter quand elle le souhaite, sous prétexte que quelque chose ne va pas sur votre corps. Les conséquences vont du désagrément à la destruction d’une vie.

Lorsque Ebrahim Raïssi – un partisan de la ligne dure qui a pris ses fonctions l’été dernier [en août 2021] – est devenu le président d’un Iran où le hijab avait été relégué au rang d’accessoire de la vie publique. Un pays où, alors, le trottoir de la rue Enghelab, dans le centre-ville, la rue qui porte le nom de la révolution [2],était recouvert d’autocollants de femmes aux lèvres pulpeuses, faisant de la publicité pour des produits pour injection des lèvres. Les optimistes ont imaginé que si les partisans de la ligne dure contrôlaient toutes les branches du gouvernement, ces derniers se sentiraient moins en danger et se comporteraient de manière tolérante.

Au lieu de cela, en juille  2022, Raïssi a indiqué qu’il avait l’intention d’accroître l’application des règles relatives au hidjab. A la suite de sa décision, les patrouilles de la moralité ont augmenté leur présence, notamment dans le métro et les stations bus. De nombreuses femmes ont été arrêtées pour avoir enfreint le code vestimentaire conservateur. Parmi elles, une jeune écrivaine, Sepideh Rashno, a été arrêtée [le 16 juillet] et, plus tard, elle est apparue à la télévision d’Etat pour présenter ce qui semblait être des « confessions » contraintes pour ne pas avoir respecté le hidjab [3].

***

Je me suis rendue à Téhéran fin septembre, comme je le fais tous les quelques mois, pour rendre visite à ma famille. L’un des premiers soirs suivant mon retour, je suis allée acheter du pain dans le quartier et j’ai vite compris, au vu des rues assombries (un lampadaire sur deux était éteint), des trottoirs déserts, des vitres brisées et des arbustes brûlés, que quelque chose de terriblement violent venait de se produire. Un couple d’agents de renseignement peu discrets, à la coupe de cheveux inadaptée et aux chemises bizarres, traînait devant un kiosque à journaux. Deux femmes portant des tchadors et des chaussures abîmées marchaient trop rapidement dans la rue. On se serait cru sur un plateau de tournage, chacun jouant son rôle, les saboteurs se faisant passer pour des manifestants afin d’enflammer le quartier à la faveur de l’obscurité, les véritables habitants ayant disparaissant.

Un matin, j’ai rencontré Niloofar, une traductrice et graphiste (la plupart des Iraniens ont plus d’un emploi de nos jours pour s’en sortir) d’une trentaine d’années qui se souvient de la férocité de la véritable répression de 2009. Deux jours avant notre rencontre, elle avait rejoint les manifestant·e·s qui se rassemblaient à Sattarkhan, un quartier du centre de Téhéran, devenu l’une des zones les plus rebelles de la capitale. Elle a été réconfortée par les femmes en foulard qu’elle a vues parmi les manifestant·e·s, des femmes qui portent le hijab par choix mais qui sont venues soutenir un mouvement contre son imposition. « Ce n’est pas une mince affaire de sortir dans la rue », a-t-elle déclaré. « Vous risquez votre vie, une arrestation, une blessure. C’est comme une guerre, là dehors. »

Pour Niloofar, la décision de ces femmes de s’opposer au gouvernement est décisive, une caractéristique qui rend ce mouvement, même s’il est plus réduit par le nombre, plus large que tout ce que l’Iran a connu depuis 1979. De leur côté, les manifestant·e·s évitent soigneusement d’insulter la religion, conscients que, malgré l’évolution constante de la société vers la laïcité, la tolérance pour la liberté individuelle de croyance est au cœur même de leurs revendications. « L’islam est une chose, le système en est une autre », a déclaré Niloofar. « Peut-être que ce système a surtout abimé la piété des gens. Et peut-être que la laïcité est la réponse à nos problèmes. Mais personne ne dit encore que c’est le moment de le dire. »

***

Le soir où Niloofar a rejoint les manifestations à Sattarkhan, un groupe de manifestant·e·s a mis le feu à des caisses et des poubelles pour créer une barrière entre eux et la police, qui a tiré des grenades lacrymogènes. La fumée toxique a envahi les rues et s’est infiltrée dans les maisons voisines. Niloofar a d’abord cru que la police avait lancé une bombe, tant le bruit de l’explosion de la grenade lacrymogène était fort. Elle s’est sentie plaquée au sol, sur le trottoir et elle a commencé à suffoquer. Elle a trébuché dans une ruelle, où deux jeunes militants l’ont tirée dans l’embrasure d’une porte et l’ont aidée à se rétablir.

Pendant qu’elle se rétablissait, elle a échangé des informations avec les manifestants qui l’avaient aidée : les forces de sécurité emploient des adolescents et des jeunes recrutés en Irak [dans les rangs des milices contrôlées par le régime de Téhéran] parce que leurs rangs sont si divisés et réticents. Des agents des services de renseignements rôdent dans les pharmacies pour interroger les personnes qui se présentent la nuit afin d’acheter des produits de premiers soins, puisque les manifestant·e·s sont soignés par des médecins dans des maisons privées. Une chaîne de télévision par satellite diffuse des instructions sur la façon de fabriquer des cocktails Molotov.

Ils sont tous d’accord pour dire que fut un échec la participation à un rassemblement organisé par des contre-manifestants, en début de semaine [23 septembre], pour soutenir la répression du gouvernement contre les manifestant·e·s, dépeints par les activistes pro-gouvernementaux comme des voyous brûlant des Corans. Même la police, selon certains témoignages, est divisée et épuisée. Les forces de police elles-mêmes – distinctes de la milice Basij et des Gardiens de la révolution – sont moins idéologisées sur le plan politique. Le 27 septembre, après le coucher du soleil, j’ai vu des policiers de Téhéran qui se sont simplement assis sur les trottoirs, en une longue file, avec une expression d’autorité peu enthousiaste et marquée par l’épuisement. L’un d’entre eux m’a dit qu’il n’avait pas dormi depuis quatre nuits et que lorsqu’il était rentré chez lui, sa mère lui avait passé un savon : « Ne t’avise pas de battre les enfants des autres ! » Il ne voulait pas le faire, de toute façon. Les policiers ont des sœurs, des amoureuses et des amies qui, en personne, se trouvent de l’autre côté lors de ces affrontements. Pour la première fois de son histoire, l’Etat iranien fait face à un défi, sachant que beaucoup de ses forces ont des sympathies pour ceux et celles qui se mobilisent, pour le public.

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La colère contre l’Etat s’est également manifestée de manière inquiétante : A Téhéran, ces derniers mois, les femmes portant le tchador noir – ce long drap enveloppant porté soit par conviction religieuse, soit en signe de loyauté envers le système – ont été harcelées dans la rue. J’ai entendu parler de plusieurs cas récents de femmes qui se sont fait déchirer leur tchador, et qui ont été sifflées et même crachées dessus. Un ancien haut fonctionnaire du gouvernement a déclaré à la télévision que les employé·e·s ignorent sa femme lorsqu’elle porte le tchador et essaie de faire ses démarches dans les bureaux du gouvernement. Un autre soir, la première semaine des manifestations, une membre de ma famille et une jeune femme en tchador étaient les deux derniers patients chez un dentiste, dans un quartier chic du nord de Téhéran. Son nettoyage dentaire s’est terminé peu après 19 heures, mais de peur d’être harcelée par des manifestant·e·s sur le chemin du retour, elle est restée dans la clinique jusqu’à 22 heures, attendant que son frère la raccompagne.

Pour les femmes qui ont vécu la révolution islamique de 1979, la rébellion féministe d’aujourd’hui contre l’ordre politique évoque des souvenirs. Ma belle-mère, historienne et professeur d’université à la retraite, m’a rappelé qu’à l’approche de la révolution de 1979, les femmes ont commencé à porter volontairement le tchador noir sur les campus universitaires en signe de dissidence contre le régime du Shah Mohammed Reza Pahlavi. « Le tchador était un symbole de la révolution », a-t-elle déclaré. « Quelle ironie de l’histoire que, maintenant, en signe de protestation, il faille rejeter le voile. »

Une forme extraordinaire que ce rejet a pris est celle de jeunes femmes qui se coupent publiquement et rituellement les cheveux lors de manifestations, devant des foules rassemblées et chantant. Il y a quelque chose de profondément troublant dans ce genre de scène. Quelques jours plus tôt, sur la place principale de Kerman, une ville [importante et surtout historique], située à environ 800 km de Téhéran, une jeune femme, portant un masque, était assise sur un boîtier électrique et inclinait la tête sur le côté, essayant de couper ses longs cheveux avec des ciseaux. Cela ressemblait à un sacrifice rituel, cette auto-tonte, dans une culture dont la poésie invoque depuis des siècles les cheveux comme métaphore de la beauté immémoriale, des chaînes de l’amour qui lie les personnes, du halo, de l’auréole de la vérité. J’ai vu des jeunes femmes à Téhéran se promener avec leurs têtes rasées, non couvertes; une belle et fière blessure.

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Ce qui importe aux manifestantes, au-delà du droit de s’habiller librement, varie en fonction de l’étape de leur vie et de la loi discriminatoire ou de la norme patriarcale soutenue par l’Etat contre lesquelles elles se battent. La liste des injustices est longue : l’inégalité des lois sur le mariage, le divorce, la garde des enfants et l’héritage ; l’absence de protections importantes en vertu des nouvelles lois sur la violence domestique et sexiste ; l’inégalité d’accès aux stades de sport; la discrimination dans l’emploi [4] ; et le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. J’ai demandé à une amie de 34 ans qui essaie d’économiser pour émigrer en Suède ce qui lui importait le plus. « J’aimerais vivre dans une société où, lorsque je présente un CV pour un emploi, on ne me demande pas de présenter une photo de moi en pied et où on ne s’attend pas à ce que je couche avec mon patron », a-t-elle répondu. A la même question, une jeune femme de 22 ans m’a dit qu’elle voulait pouvoir se déplacer en public sans crainte ni stress.

Depuis le début des manifestations, les soirs donnent l’impression que la ville est soumise à une sorte de couvre-feu. Un soir de la semaine dernière, je me suis promenée dans une rue populaire du nord de Téhéran et presque tout était fermé. L’agent de sécurité d’un des cafés à la mode m’a dit que la police leur avait ordonné de fermer. Quelques établissements plus petits ont dit qu’ils avaient fermé plus tôt pour permettre à leur personnel de rentrer chez eux en toute sécurité. Dans les pavillons à jus de fruits et les centres commerciaux qui étaient ouverts, presque toutes les jeunes femmes avaient leur foulard baissé, tout comme les femmes d’âge moyen qui faisaient leurs courses. Ce qui était fascinant, cependant, c’était de voir des femmes tête nue dans les quartiers centraux de la ville où ces libertés sont plus rares, à l’arrière des motos qui circulent sur la rue Enghelab, dans les cafés fréquentés par les étudiant·e·s. Dans une galerie marchande extérieure, à l’est de Téhéran, une jeune femme passe en trombe devant un étalage de châles et de foulards. « Faites vos bagages et partez, monsieur. Vous ne savez pas que c’est fini ? » s’exclame-t-elle balayant de son bras les marchandises. « Pourquoi ne pas les acheter et les brûler ensuite ? » a suggéré en souriant le commerçant.

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Au début de la semaine dernière, peu avant minuit, le quartier du nord de Téhéran [qui se trouve sur les contreforts du mont Elbourz] où vit ma famille a finalement montré quelques signes de vie politique. Des cris ont commencé à partir d’un immeuble voisin, tout un chœur de voix. Ils ont d’abord éveillé mes soupçons. Ils provenaient de l’immeuble le plus démonstratif du quartier, fait de colonnes blanches étroites de style rococo, exactement comme un gâteau de mariage et entouré de topiaires [arbustes de jardin taillés dans un but décoratif] d’inspiration versaillais. Autrement dit, un immeuble que seule une personne riche pouvait se permettre d’habiter et dans lequel on n’était susceptible de vivre que si l’on n’avait pas de problème avec le patronage de l’Etat

Le portier [concierge souvent lié à la police] se précipita dans la rue et jeta un coup d’œil dans l’obscurité, essayant de voir à quel étage on réclamait la mort des dirigeants du pays. Les appels se sont rapidement intensifiés et ont résonné sur toute la colline, une cacophonie de voix jeunes et vieilles, masculines et féminines. Une voix féminine aiguë a entraîné le voisinage dans un ensemble varié de chants, renvoyant au slogan : « La femme, la vie et la liberté ». Je pouvais distinguer des silhouettes sombres de personnes seules sur des toits, de personnes sur des balcons qui regardaient en silence, rassemblées dans des cages d’escalier éclairées, ensemble dans l’obscurité et sans peur.

Le 3 octobre, quelques jours après mon départ de Téhéran, l’Etat a finalement répondu à la contestation qui s’était emparée du pays. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei [dans un discours télévisé prononcé devant des militaires], a condamné les manifestant·e·s en les qualifiant d’émeutiers et les a accusés d’avoir été manipulés par les Etats-Unis et Israël. Les autorités locales signalent qu’au moins 1 500 personnes ont été arrêtées. S’il est peu probable que l’Etat fasse officiellement des concessions et assouplisse ses lois vestimentaires, il existe de nombreux précédents dans la vie iranienne en matière de changement tacite. Les autorités peuvent retirer la police des mœurs de la rue et autoriser, de facto, des libertés dans l’habillement des femmes sans jamais reconnaître explicitement un changement de position, ce qu’elles considéreraient comme un signe de faiblesse. Une telle démarche serait conforme à ce que l’on appelle en persan la politique pragmatique, ou « siyasat-e amali », par opposition à la « siyasat-e elaami », ou politique déclarée.

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Où tout cela va-t-il ? Quelle est cette révolte ? Une révolution féministe pour la liberté corporelle et l’égalité des sexes ? Un mouvement radical de défense des droits civiques contre la police corrompue et misogyne ? Ou un soulèvement sans leader et sans organisation qui exige une révision fondamentale des relations entre les citoyens/citoyennes et l’Etat ? Peut-être s’agit-il de toutes ces choses à la fois.

Ce qui est certain, c’est que la police des mœurs sera à jamais entachée par la mort de Mahsa Amini. Une police considérée comme ayant outragé l’honneur public plutôt que l’ayant défendu. Des écolières de treize ans ont déjà fait l’expérience du pouvoir de la protestation collective   même si le système réprime avec la force brute dont il est si capable, et même si les protestations décroissent, et même si personne n’a la moindre idée de ce qui pourrait être une alternative ou de comment y parvenir. « Même si cela s’arrête demain, c’est une victoire », m’a déclaré Niloofar. « Cela leur a infligé une leçon dont ils se souviendront toujours. »

Azadeh Moaveni (Téhéran)
Azadeh Moaveniest professeure associée de journalisme à l’Université de New York.
Article publié par le New York Times, le 7 octobre 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

Notes 
[1]
 La césure sociale ou de classe a souvent été mentionnée dans des analyses faites par des auteurs iraniens – à la différence de la majorité des articles des médias francophones – sur la façon dont la « police des mœurs » exerçait sa surveillance et l’application de ses normes arbitraires entre le nord riche de Téhéran et le sud pauvre, au sud de la gare et des terminus de bus. (Réd. A l’Encontre)
[2] La rue Enqelab est une route centrale à Téhéran qui compte quelque 9 millions d’habitants. Elle relie la place Enqelab à la place Imam Hossein. Le nom complet de la rue est Enqelab-e Islami. Elle a été nommée en l’honneur de la révolution islamique de 1979. Son ancien nom était la rue Shah Reza d’après Reza Shah, le fondateur de la dynastie Pahlavi. (Réd. A l’Encontre)
[3] Sepideh Rashno a été contrôlée dans un bus par une femme membre de la « patrouille des mœurs », Rayeheh Rabi’i. Cette police comporte aussi des femmes. Sepideh Rashno est originaire de Khorramabad, dans l’ouest de l’Iran. Elle résidait à Téhéran dans une cité universitaire. La vidéo virale de «l’incident» initial, datant du 16 juillet, montre la policière des mœurs, Rayeheh Rabi’i, mettant en garde Sepideh Rashno, après l’avoir avertie de se couvrir les cheveux. Les passagers du bus se sont opposés à Rayeheh Rabi’i et l’ont faite sortir du bus après avoir constaté qu’elle filmait les passagères. Cette dernière a dénoncé à la « police de sécurité » Sepideh Rashno. Elle arrêtée le 18 juillet et emprisonnée plusieurs semaine. Elle a été maltraitée lors de son incarcération et fut contrainte à faire « une confession » à la TV d’Etat. Elle a été libérée fin août contre une caution importante. Il y a là une sorte de présage de la tragédie qui a mis fin à la vie de Masha Amini. (Réd. A l’Encontre)
[4] Par exemple, bien que les femmes forment une partie importante des personnes poursuivant une éducation supérieure, existe un décalage entre études et obtention d’un emploi. Outre divers facteurs liés à la société patriarcale, on trouve l’article 1117 du Code civil, qui permet au mari d’interdire à sa femme de pratiquer une profession qu’il juge préjudiciable aux intérêts ou à la dignité de la famille ou de lui-même ! (Réd. A l’Encontre)

http://alencontre.org/laune/iran-dossier-depuis-une-generation-les-femmes-iraniennes-nont-jamais-ete-aussi-en-colere-cest-comme-une-guerre-la-bas.html

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Comment les étudiant·e·s façonnent les manifestations contre le régime

Melina, 20 ans, fait partie d’une nouvelle génération d’étudiant·e·s iraniens avides de changement. Elle affirme que rien, pas même la répression des manifestations contre le régime, ne l’empêchera de descendre dans la rue pour protester.

Les mobilisations se poursuivront jusqu’à ce que « nous ayons la liberté de choisir un système démocratique et laïc dans lequel il n’y aura pas de discrimination» , a déclaré Melina, étudiante en génie électrique à Téhéran [l’Université Sharif, un des centres de la contestation, est spécialisée dans les sciences informatiques, la technologie; elle est très sélective].

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Pour la première fois depuis des années, les universités iraniennes sont redevenues un point central des protestations après la mort en détention d’une femme arrêtée pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire islamique [voir l’article publié sur ce site le 5 octobre]. Ces protestations se sont répandues dans tout le pays et, malgré les mesures de répression, elles se poursuivent.

De nombreux étudiant·e·s refusant de se rendre en classe, les universités du pays n’ont que partiellement rouvert leurs portes au début de l’année universitaire le samedi 1er octobre. Les étudiant·e·s de l’Université Ferdowsi [l’une des plus prestigieuses] dans la ville de Mashhad [dans le nord-est de l’Iran, célèbre lieu de pèlerinage où se trouve le mausolée de l’imam Reza, le 8e des Douze Imams du chiisme duodécimain], ont appelé à un référendum sur la question de savoir si l’Iran doit être dirigé par une institution islamique.

Les slogans des manifestants sont les suivants : « Nous ne voulons pas d’une république islamique » et « Femme, vie, liberté ». Ils incarnent ce que les manifestant·e·s espèrent obtenir sous un gouvernement laïque. Des collégiens et lycéens iraniens se sont également joints aux manifestations, postant des vidéos les montrant en train d’enlever leur foulard, d’écrire des slogans et de chanter des chansons pour exprimer leur solidarité avec les manifestant·e·s.

« Le mouvement étudiant a été vivant [certes peu] même sous la répression et l’intimidation, mais ces manifestations l’ont ramené à la vie », a déclaré Abdollah Momeni, un ancien leader étudiant qui a passé cinq ans en prison pour avoir organisé des rassemblements « illégaux » après les élections contestées de 2009 [1].

Selon la télévision d’Etat, au moins 41 personnes ont été tuées dans le cadre de la répression depuis le début des manifestations, mais Amnesty International estime que ce chiffre est de 52. Par ailleurs, des informations selon lesquelles un policier de haut rang avait violé une adolescente dans la ville de Zahedan [capitale de la province de Sistan-et-Baloutchistan au sud-est du pays] ont entraîné des manifestations et une répression brutale. Selon Amnesty, au moins 82 personnes ont été tuées dans cette ville fin septembre.

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Après des manifestations dans des dizaines d’universités le week-end dernier (les 1er et 2 octobre), les forces de sécurité ont fait une descente dans la prestigieuse Université Sharif de Téhéran et ont arrêté plus de 30 étudiant·e·s, a déclaré l’association des étudiants. Selon cette association, le régime voulait « étouffer les voix des étudiants protestataires » et faire de Sharif un exemple. Le ministère iranien de l’Enseignement supérieur a attribué les manifestations de Sharif et leurs « slogans radicaux » à l’opposition étrangère [2].

Contrairement aux mouvements étudiants précédents, dont les leaders avaient des liens avec la République islamique par le biais d’organisations universitaires établies, cette génération protestataire semble être sans leader. « Nous sommes nos propres leaders », a déclaré Melina, rejetant l’idée que les étudiant·e·s avaient besoin d’une personnalité éminente pour leur indiquer quelles devaient être leurs revendications lors des manifestations.

Pour les jeunes manifestant·e·s, en particulier ceux et celles issus de la classe moyenne urbaine qui peuplent les amphithéâtres des universités, la mort en détention de Mahsa Amini a montré clairement qu’il était temps que la République islamique dégage, a déclaré Hamid-Reza Jalaeipour, un sociologue, qui a décrit la mort d’Amini comme « une lame qui pénètre la moelle épinière des Iraniens ». Les autorités ont promis une enquête complète sur sa mort, mais de nombreux Iraniens et Iraniennes pensent qu’elle a été battue par la police des mœurs.

Le réveil de l’esprit de protestation des étudiant·e·s universitaires fait suite à la lenteur des réformes politiques, convaincant beaucoup d’entre eux qu’il n’y a guère d’intérêt à négocier avec les autorités ou à s’engager dans des élections. Les partisans de la ligne dure contrôlant désormais toutes les branches de l’Etat, la participation à l’élection présidentielle de l’année dernière, qui a vu être élu le partisan de la ligne dure, Ebrahim Raïssi, n’a été que de 48,8%.

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Malgré les protestations et la colère, des analystes préviennent que la République islamique n’est pas au bord de l’effondrement. « La République islamique n’est peut-être pas un Etat démocratique, mais… elle a des racines profondes et de vastes réseaux, allant de segments les plus riches de la société jusqu’aux villages les plus reculés », indique Hamid-Reza Jalaeipour. « Ceux qui cherchent à changer de régime sont encore une minorité. La majorité des Iraniens ne sont pas prêts à en payer le prix. »

Les manifestations sont similaires aux troubles civils survenus en France en mai 1968, a déclaré Saeed Layalz, un analyste du courant dit réformiste. Cela « ne conduira pas au renversement de l’establishment politique mais peut conduire à des développements profonds », a-t-il dit. « Ce sont surtout les jeunes qui participent aux manifestations, qui sont pour la plupart célibataires et n’ont pas de leader et ils n’ont pas d’exigences claires. »

Cette idée que la République islamique est « trop grande pour tomber » (too big to fall) est répandue chez de nombreux Iraniens. Certains étudiant·e·s et professeurs craignent que les manifestations ne débouchent sur davantage de répression et de désillusion.

« Cette atmosphère radicale d’aujourd’hui aidera les partisans de la ligne dure à aller de l’avant dans leurs plans visant à purger davantage les professeurs pro-réforme et à réprimer les étudiants », a déclaré Azam, un professeur d’université. « Combien de temps les étudiants peuvent-ils refuser de se rendre aux cours ? D’après mon expérience, pas trop longtemps. »

Malgré les protestations, Hamid-Reza Taraghi, un politicien de la ligne dure [membre du parlement de mai 1996 à mai 2000, élu de la circonscription électorale de Mashhad et Kalat, ancien dirigeant de Parti de la coalition islamique, ultra-conservatrice et importante au plan économique], a déclaré qu’il n’y aurait pas de recul sur les principes de la République islamique, mais qu’il pourrait y avoir d’autres réformes, comme changer la façon dont le hidjab obligatoire est porté, ou encore permettre aux étudiant·e·s d’avoir des débats libres à l’intérieur des universités. « Il y a 4,5 millions d’étudiant·e·s dans le pays. Même si 50 000 d’entre eux et elles cherchent à renverser le système, ce n’est pas un nombre élevé », a-t-il déclaré.

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Néanmoins, les manifestations servent d’avertissement aux partisans de la ligne dure qui préparent le pays à l’éventuelle succession du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 83 ans. De nombreux slogans ont visé ce dernier et son deuxième fils, Mojtaba, un religieux de 53 ans, considéré comme un successeur possible de son père.

« Les protestations des étudiant·e·s contribueront à rendre le système plus prudent dans ses futures décisions, telles que celles portant sur la succession », a déclaré Abdollah Momeni. « Même si la République islamique survit, ce nouveau mouvement débouchera sur des changements et nous verrons ses impacts sur le mode de vie des gens, les vêtements des femmes et les futurs dirigeants. »

Pour Yasamin, une caissière de restaurant âgée de 23 ans qui a participé aux manifestations, les étudiant·e·s offrent l’espoir d’un avenir différent. « Les étudiant·e·s donnent plus de crédibilité à ce qui est un véritable mouvement populaire et peut-être qu’une personne éduquée émergera au bon moment de ces manifestations en tant que leader », a-t-elle déclaré.

Elle aussi a décidé de continuer à manifester. « Pour l’instant, je suis déterminée à aller de l’avant et à voir qui a le plus de pouvoir : nous ou la République islamique ? Ce pays est le mien, c’est mon droit de vivre une bonne vie ici et personne ne peut me l’enlever à moins de me tuer. »

Najmeh Bozorgmehr (Téhéran)
Article publié dans le Financial Times, en date du 7 octobre 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

Notes
[1]
 Mahmoud Ahmadinejad avait été proclamé vainqueur et président le 14 juin 2009 avec 62,63% des voix contre Mir-Hossein Mousavi qui récolta officiellement 33,75% des voix. Ce résultat a été qualifié de fraudes massives et des manifestations ont réuni des millions de personnes dans l’ensemble du pays. Dans ce contexte, une jeune fille, Neda Agha Soltan, a été tuée et elle a donné un visage aux victimes d’une ample répression. (Réd. A l’Encontre)
[2] Ali Khamenei a affirmé le 3 octobre devant des militaires : « C’est le travail des Etats-Unis et du régime usurpateur et fantoche sioniste. Ils ont planifié tout cela à l’avance. » La thèse du « complot extérieur », de manière caricaturale, a été mise en scène sur la télévision officielle, le jeudi 6 octobre, par une vidéo de prétendus aveux d’espionnage faits par Cécile Kohler, enseignante, membre de la Fédération nationale de l’enseignement, de la culture de la centrale Force ouvrière, et Jacques Paris, son conjoint, arrêtés en Iran en mai 2022. (Réd. A l’Encontre)

http://alencontre.org/laune/iran-dossier-depuis-une-generation-les-femmes-iraniennes-nont-jamais-ete-aussi-en-colere-cest-comme-une-guerre-la-bas.html

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« Des pans de la population n’ont plus peur.
Des secteurs “réformistes” reprennent la parole.
Une certaine gauche en déconnexion avec le mouvement »

Malgré le déploiement de l’armée, de la police, des Gardiens de la révolution et des bassidjis [1], bien que l’accès de la population à l’internet reste sévèrement limité, les protestations contre le régime se poursuivent. L’élément déclencheur étant, bien sûr, le meurtre de Mahsa Amini par la police des mœurs après qu’elle a été arrêtée il y a trois semaines pour ne pas avoir porté correctement son foulard.

Les travailleurs et travailleuses, et maintenant les enseignant·e·s, les étudiant·e·s ainsi que les collégiens/nes et lycéens/nes, ont fait grève, manifesté et riposté aux forces du régime. Les écolières, en particulier, ont montré leur mépris pour l’Etat religieux – et ses lois qui s’immiscent dans la vie privée des jeunes et des moins jeunes – en se joignant aux manifestations, en agitant des foulards et en scandant des slogans contre la République islamique.

Les Iraniens et Iraniennes « ordinaires»  n’ont plus peur du régime et de ses forces de sécurité. En dit long le fait que le régime ait dû recourir à des techniques de Photoshop pour maquiller les contre-manifestations [entre autres celle du 23 septembre] en rassemblements beaucoup plus importants qu’ils ne le sont en réalité.

Les vidéos et les photos diffusées sur les médias sociaux montrent des manifestations à l’intérieur des écoles secondaires, ainsi que dans les rues voisines. Il existe une courte vidéo en ligne de Karaj, ville située à 30 km à l’ouest de Téhéran [au pied des monts Elbourz], dans laquelle des écolières forcent à sortir de leur école un fonctionnaire du Basij qui tentait d’imposer les « règles du hidjab », en criant « Honte à vous » et en lui jetant des bouteilles d’eau vides en plastique sur l’homme jusqu’à ce qu’il s’enfuie. Merveilleux, brillant, inspirant !

Il semble que de larges pans de la population, en particulier les jeunes, soient tellement en colère qu’ils et elles ne sont pas prêts à s’arrêter et aucune répression ne semble les dissuader. Bien sûr, cela ne signifie pas que les manifestant·e·s ont eu la vie facile. Selon une estimation prudente, plus de 140 personnes ont été tuées au cours des dernières semaines.

L’un des exemples les plus explicites a eu lieu à l’Université Sharif les 2 et 3 octobre [la ville de Téhéran compte quelque 9 millions d’habitants]. Un rapport détaillé des événements a été publié par l’Association islamique de l’Université de Sharif sur son compte Twitter. Il montre clairement l’atmosphère d’intimidation et de répression.

L’Association islamique n’est pas connue pour ses opinions politiques radicales, ni même pour son opposition au régime, d’où l’importance de son compte rendu de ces événements sur les médias sociaux. Elle rapporte :

« Les gardes et les présidents de l’université emmènent de façon organisée les étudiants sur le parking de l’université, afin qu’ils puissent [en sortant par les portes du parking] entrer sur la place Timuri et se rendre au métro, dans leurs résidences ou vers leurs voitures. Mais des forces en uniforme, armées de fusils, apparaissent sur les lieux. Lorsque bon nombre de personnes arrivent, on dit à ceux qui se trouvent dans le parking que les portes ne seront pas ouvertes et que les étudiant·e·s doivent d’abord quitter cette zone en passant par ce qu’on appelle un hypermarché.
Au premier et au deuxième étage du parking, des forces en uniforme, avec des matraques, des armes à feu et des motos, tendent une embuscade aux étudiant·e·s. »

Le gouvernement
Le ministre des Sciences, de la Recherche et de la Technologie [depuis août 2021], Mohammad Ali Zolfigol, a accusé les étudiant·e·s protestataires d’attaquer les biens et de « gaspiller les fonds publics ». Une vidéo en ligne montre le ministre au milieu des étudiants, qui lui parlent des forces de sécurité qui leur tirent dessus avec des balles et des gaz lacrymogènes. Les étudiant·e·s se disent inquiets pour les personnes bloquées à l’intérieur du campus. Un étudiant raconte à Zolfigol que beaucoup d’entre eux/elles ont été arrêtés dans d’autres départements et que « maintenant nous sommes inquiets pour leur sécurité… Nous sommes inquiets pour leur vie ».

L’ayatollah Khamenei (qui semble plutôt bien portant, contrairement à certains rapports de la presse occidentale) a prononcé le 3 octobre son premier discours sur les récents événements. Il a rendu les ennemis de l’Iran responsables des manifestations déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, qu’il a qualifiée d’« incident triste ». Il a ajouté : « J’affirme ouvertement que les émeutes et les troubles récents en Iran sont des manigances conçues par les Etats-Unis, le faux régime sioniste usurpateur, leurs mercenaires et certains Iraniens étrangers traîtres qui les ont aidés. »

Je ne doute pas que l’administration américaine et l’Etat israélien ne pourraient souhaiter une meilleure situation que la rébellion à laquelle nous assistons actuellement. Toutefois, dans ce cas particulier, seul le régime islamique lui-même peut être blâmé – non seulement pour avoir tué Mahsa Amini – et bien d’autres – mais aussi pour avoir créé la situation politique et économique qui a donné lieu à ces protestations.

A une époque de graves difficultés économiques – combinées à un énorme ressentiment à l’égard de la corruption à tous les niveaux de la bureaucratie d’Etat, ainsi qu’à la colère suscitée par le fossé toujours plus grand entre les riches et les pauvres, sans oublier l’abandon de l’accord nucléaire – le gouvernement du président Ibrahim Raïssi a décidé que la question brûlante, dans la situation présente, était l’observance d’un « port approprié du hidjab », après les quelques assouplissements mineurs intervenus sous la présidence d’Hassan Rohani [août 2013-août 2021].

Après quelques années de coma apparent, les « réformistes » iraniens tentent de tirer parti de cette débâcle. De nombreuses « célébrités » associées à cette faction du régime – acteurs, chanteurs, réalisateurs, joueurs de football – ont exprimé leur soutien aux manifestations sur les médias sociaux. Ce qui est un autre facteur qui montre la faiblesse des autorités ainsi que le fait qu’ils ne sont pas peu à vouloir quitter le navire en perdition.

Mir-Hossein Mousavi [premier ministre de 1981 à 1989], candidat à l’élection présidentielle de 2009 et leader du Mouvement vert, a exprimé son soutien à la vague de protestations et a appelé les forces militaires à « se ranger du côté de la vérité, du côté de la nation ».

C’est très ironique. Si Mousavi avait lancé des appels similaires en 2009, lorsque des centaines de milliers de personnes protestaient contre les élections truquées, s’il avait défié le chef suprême, lui et ses partisans auraient peut-être été épargnés par la réponse répressive suite à son opposition timide [il fut mis en arrêt domiciliaire ; en 2019, il eut le droit de quitter sa maison une fois par semaine et de disposer d’un téléphone mobile]. En l’état actuel des choses, ses déclarations sont trop retenues et trop tardives. Des hommes et des femmes, des travailleurs et travailleuses et des étudiant·e·s, appellent au renversement de l’ensemble du régime. Et je ne vois aucune faction du régime de la République islamique capable de le sauver maintenant.

L’opposition
Cependant, pour la plupart, l’opposition organisée n’a guère de principes. Certains appellent à une « intervention étrangère » et à des sanctions accrues – c’est-à-dire des actions qui ne feraient que renforcer les dirigeants actuels. Il s’agit soit de slogans d’imbéciles, soit de personnes associées à l’administration états-unienne actuelle ou alignées sur les républicains néoconservateurs (comme les partisans de l’ex-shah ou de la secte islamique de cinglés des Mojahedin-e-Khalq – Organisation des moudjahiddines du peuple dirigée par Maryam Rajavi – qui est soutenue par l’Arabie saoudite).

Toutes les fractions de la « gauche » iranienne qui ont soutenu un « changement de régime par le haut », ainsi que celles qui ont bénéficié de financements israéliens, saoudiens ou des Emirats arabes unis au cours des dernières années, appellent les gouvernements occidentaux à intervenir de quelque manière que ce soit. Toutefois, permettez-moi d’insister sur le fait qu’une telle intervention des Etats nord-américains ou européens nuirait au mouvement actuel. Elle renforcerait le soutien, en train de s’affaiblir, au régime. Cette orientation devrait donc faire l’objet d’un avertissement approprié. La demande adressée aux Etats étrangers doit rester la même : « Ne touchez pas à l’Iran. » Le peuple iranien a besoin d’un soutien international, mais celui-ci doit provenir des forces socialistes, démocratiques et populaires.

Ensuite, existent des dirigeants que je qualifierai comme constituant la gauche réformiste – dirigée par la faction majoritaire des Fedayin – qui continuent à se faire des illusions sur les factions de la République islamique. Farrokh Negahdar – ancien dirigeant de la majorité des Fedayins (Organisation of Iranian People’s Fedaian-Majority) et partisan actuel de la faction « réformiste » du régime, nous dit :

« Cela fait 40 ans que tous les opposants au système du « vali faghih » [« l’autorité religieuse en charge de la gestion de la société islamique »] sont privés du droit de concourir aux élections. Il y a quatre ans, toutes les tendances du système, qu’elles soient fondamentalistes ou réformistes, ont été privées du droit de participer aux élections. Ils ont contrôlé les élections afin que le parlement et le gouvernement soient aux mains des opposants au JCPoA [accord sur le nucléaire iranien]. Le dirigeant [Khamenei] a dit : « Je vais nommer un gouvernement » et les gens devraient venir voter pour lui.
Pendant ces quatre années, j’ai écrit à tout le monde, partout où je le pouvais, en faisant appel à toutes les forces et j’ai affirmé : « La relance du plan d’action global commun » [traduction française du JCPoA] et « des élections ouvertes » sont les fenêtres de l’espoir. Ne fermez pas ces fenêtres… Laissez les gens se rendre à nouveau aux urnes. Biden est venu et a laissé l’équipe de Zarif/Araghchi [secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et négociateur nucléaire pendant la présidence de Rohani] terminer le travail. »

Ces commentaires sont intéressants. Tout d’abord, en ce qui concerne la gauche, la répression imposée par la République islamique ne dure pas seulement depuis 40 ans, mais depuis 44 ans [une différence qui implique l’attitude face au régime issu de 1979]. Toutefois, on peut comprendre pourquoi Farrokh Negahdar ne considère pas les trois ans et neuf mois pendant lesquels lui et le parti pro-soviétique Toudeh étaient aux côtés du régime de Khomeini et de ses forces militaires comme une ère de répression. Pendant cette période, il pensait (et pense toujours) qu’attaquer, arrêter et tuer alors des membres de la gauche était légitime!

Puis il nous dit que ces quatre dernières années, au lieu de s’adresser aux manifestants, au lieu d’essayer de développer des alternatives radicales, tous les efforts ont été faits pour s’adresser à ceux qui sont au pouvoir. Farrokh Negahdar ajoute : « La République islamique est confrontée à un mouvement transgenre, transnational et transclasse. »

Si vous êtes désespéré après avoir lu les citations ci-dessus, laissez-moi vous assurer qu’il y a pire à venir. En gros, un secteur de la gauche réformiste dit aux manifestants d’éviter la violence – comme si, dans une dictature, la répression brutale et la violence étaient initiées par eux !

Une autre figure de proue de la majorité des Fedayin, Roghiyeh Daneshgari, affirme :

« Il appartient aux forces sages du pays – notamment aux militants d’Iran en quête de justice et de liberté – d’éviter d’alimenter la polarisation du pays et la montée de la colère et de la violence dans les événements sociaux, afin que le pays ne se transforme pas en cendres. »

Elle poursuit en déplorant toute forme de violence. Les manifestant·e·s n’ont pas de fusils, pas d’armes. Il est arrivé que des étudiants utilisent des cocktails Molotov, mais il s’agissait de mesures défensives pour répondre aux gaz lacrymogènes, aux gaz poivré et aux balles tirées par l’armée et les autres forces de sécurité. On peut se demander pourquoi elle ne s’est pas opposée à la violence de l’Etat au cours des 44 dernières années. Où était sa condamnation de la violence au début des années 1980, lorsqu’elle faisait partie de l’opposition «légale», alors que nous, membres de la minorité Fedayin, faisions face à des attaques d’hélicoptères de combat dans nos bases kurdes ? Il est clair que la violence d’Etat était acceptable à l’époque et qu’elle semble l’être toujours – seule la résistance de manifestants non armés doit être condamnée.

Ces personnes ont fondamentalement peur d’un changement fondamental. Ils sont satisfaits que l’ordre actuel soit maintenu avec quelques « réformes » et ils prétendent sympathiser avec les manifestants, tout en s’opposant à eux.

Des secteurs de la gauche répètent la vieille erreur de vouloir « l’unité avec tous » : « Ne divisons pas nos rangs, nous sommes tous Iraniens. » Il faut être complètement idiot pour ne pas se rappeler où, la dernière fois, cette « unité » a conduit : au soutien à l’ayatollah Khomeini [en 1979-80] !

Il est impossible de prévoir ce qui va se passer au cours des prochaines semaines. La police et l’armée ont principalement utilisé des balles en caoutchouc, qui peuvent causer de graves blessures et des douleurs, mais ne tuent pas nécessairement. Au fur et à mesure que les protestations s’amplifient, ils pourraient bien commencer à utiliser des balles réelles et, bien sûr, beaucoup plus de personnes seront tuées.

D’autres événements internationaux pourraient également affecter la situation en Iran. Il est clair que Raïssi et Khamenei sont de proches alliés de Vladimir Poutine, fans de sa « détermination et de son initiative » en Ukraine. Cette approche pourrait avoir joué un rôle dans la réaction brutale du régime à ce qui n’était, au départ, qu’un deuil et des protestations suite à la mort de Mahsa Amini. Alors que Poutine est confronté à une défaite presque certaine en Ukraine et que son avenir semble incertain, les dirigeants iraniens doivent se méfier de la perte d’un allié proche. Dans ce contexte, tout ce que nous pouvons espérer, c’est qu’il n’y ait pas d’« intervention étrangère»  provenant de l’Occident.

Yassamine Mather
Article publié sur le site de Weekly Worker, le 6 octobre 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

Notes
[1] Les bassidjis sont membres de la force paramilitaire créée par Khomeini en novembre 1979; ils seront mobilisés dans la guerre Iran-Irak. Actuellement ses membres constituent une branche des Gardiens de la révolution, la force militaire ayant un poids politique et économique d’importance. (Réd. A l’Encontre

http://alencontre.org/laune/iran-dossier-depuis-une-generation-les-femmes-iraniennes-nont-jamais-ete-aussi-en-colere-cest-comme-une-guerre-la-bas.html

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Tract manif 15 octobre(1)(1)

Rencontre Chahla Chafiq_3

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En complément possible :
Gh. H Saedi : « Femme ! Vie ! Liberté ! » : la révolution sociale en Iran
La révolte s’approfondit
CFDT, CGT, FSU, Solidaires, Unsa :
Solidarité avec les manifestant.e.s d’Iran
Appel à manifestation d’un collectif féministes, queers, anticapitalistes et internationalistes – Avec des groupes de gauche et démocrates
Appel à une manifestation solidaire avec les luttes d’émancipation en Iran
En solidarité avec les femmes en lutte pour l’égalité et contre la République islamique d’Iran
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/10/08/femme-vie-liberte-la-revolution-sociale-en-iran-autres-textes/
La répression sanglante des manifestations fait 82 morts dans l’est du pays
Le 30 septembre, les forces de sécurité iraniennes ont tué illégalement au moins 66 personnes, dont des enfants, et en ont blessé des centaines d’autres en réprimant violemment une manifestation survenue après la prière du vendredi à Zahedan, à l’Est de l’Iran. Elles ont fait usage de gaz lacrymogènes, et ont tiré sur la foule à balles réelles et à la grenaille.
https://www.amnesty.ch/fr/pays/moyen-orient-afrique-du-nord/iran/docs/2022/repression-sanglante-des-manifestations-fait-82-morts
Iran : les autorités ciblent les universités, les écoles se soulèvent
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64176
En Iran, une pluie d’arrestations et une intense répression pour faire taire la révolte
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64177
Iran : « La communauté universitaire et militante internationale demeure largement silencieuse »
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64192
Actrices et chanteuses françaises se coupent les cheveux en soutien aux Iraniennes
https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/actrices-et-chanteuses-francaises-se-coupent-les-cheveux-en-soutien-aux-iraniennes-20221005_3DU5442IZFEQ7FGP5VEQ4GNFRA/
Jamshid Pouranpir : Depuis 2 semaines, l’Iran brûle. Le brasier a surpris plus d’un
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/10/01/depuis-2-semaines-liran-brule-le-brasier-a-surpris-plus-dun/
Frieda Afary : L’Iran manifeste contre le hijab obligatoire et la violence d’État
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/26/liran-manifeste-contre-le-hijab-obligatoire-et-la-violence-detat/
En Iran, la tradition féministe transcende les époques et les régimes
Janet Afary professeure de religion et d’études de genre à l’Université de Californie évoque pour « L’Orient-Le Jour » les décennies de combats acharnés des Iraniennes.
https://www.lorientlejour.com/article/1313274/en-iran-la-tradition-feministe-transcende-les-epoques-et-les-regimes.html
Las mujeres desafían al régimen 
https://vientosur.info/las-mujeres-desafian-al-regimen/
Solidarité avec les femmes iraniennes – Association italienne des femmes médecins
https://women.ncr-iran.org/fr/2022/10/01/solidarite-avec-les-femmes/
Solidarité avec toutes les femmes soumises au port du voile obligatoire !
Union syndicale Solidaires : Solidarité avec les femmes d’Iran
CNDF : Solidarité avec les femmes iraniennes
Déclaration du Syndicat des Travailleurs de la compagnie d’autobus de Téhéran et sa banlieue (VAHED) 
La CGT soutient les iraniennes et iraniens 
mobilisés pour défendre leurs Libertés
Beautiful cover of « Bella Ciao » in Persian by an Iranian woman
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/22/solidarite-avec-toutes-les-femmes-soumises-au-port-du-voile-obligatoire/
Femmes Soudanaises solidaires des Iraniennes
https://laboursolidarity.org/fr/n/2341/femmes-soudanaises-solidaires-des-iraniennes
Déclaration d’ONU Femmes sur les droits des femmes en Iran
https://women.ncr-iran.org/fr/2022/09/28/declaration-donu-femmes/
UNE RÉVOLUTION
https://4epk2.r.a.d.sendibm1.com/mk/mr/Mh15ogRs6KOG67jKaaailQAgh1lJw0UWgOi_CZm8h75VH1gKsPlNwQ0kNtwt3fOGYf0WIw0meB-A-Tax6zvifm2EWgl69WKwqaWElcRl0o4sKpxDfEsDYfWO9RKsLSSuhx0vvw
Interview – Protestations en Iran : « Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique »
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64042
Iran : après la mort de Mahsa Amini, la colère s’exprime, le régime réprime
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64041
Mort de Mahsa Amini en Iran : « Les autorités iraniennes sont dans une impasse »

https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64059
Manifestations en Iran : « La colère traverse les classes sociales, c’est inédit », estime l’historien Jonathan Piron 
https://www.francetvinfo.fr/monde/iran/manifestations-en-iran-la-colere-traverse-les-classes-sociales-c-est-inedit-estime-l-historien-jonathan-piron_5373382.html
« Il faut arrêter de faire du voile un symbole de l’islam »
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64029 
Interview – Protestations en Iran : « Les manifestantes contestent le voile comme un symbole religieux et politique »
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64042
Iran : après la mort de Mahsa Amini, la colère s’exprime, le régime réprime
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64041
Mort de Mahsa Amini en Iran : « Les autorités iraniennes sont dans une impasse »
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64059
Iran : au moins 76 morts lors des manifestations contre la mort de Mahsa Amini
Les Nations unies confirment que les forces de sécurité ont utilisé des balles réelles contre les manifestants
https://atalayar.com/fr/content/iran-au-moins-76-morts-lors-des-manifestations-contre-la-mort-de-mahsa-amini
Iran : « femme, vie, liberté », ces trois mots que le régime honnit
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64108
Les femmes iraniennes et l’avenir de l’Iran
https://blogs.mediapart.fr/ramin-jahanbegloo/blog/270922/les-femmes-iraniennes-et-l-avenir-de-l-iran
Chahla Chafiq: « 
La colonne vertébrale de l’idéologie islamiste, c’est le sexisme »
https://www.50-50magazine.fr/2022/09/29/chahla-chafiq-la-colonne-vertebrale-de-lideologie-islamiste-cest-le-sexisme/
« Vive les femmes » : malgré les risques, un engagement sans faille des footballeurs iraniens
https://www.france24.com/fr/sports/20220928-vive-les-femmes-malgré-les-risques-un-engagement-sans-faille-des-footballeurs-iraniens
Manifestations en Iran : « La colère traverse les classes sociales, c’est inédit », estime l’historien Jonathan Piron
https://www.francetvinfo.fr/monde/iran/manifestations-en-iran-la-colere-traverse-les-classes-sociales-c-est-inedit-estime-l-historien-jonathan-piron_5373382.html 
Vu du monde arabe. “Femme, vie et liberté” : la colère des Iraniennes ne tarit pas
https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-monde-arabe-femme-vie-et-liberte-la-colere-des-iraniennes-ne-tarit-pas
Houshang Sepehr : 
Iran. Mécontentement généralisé des classes laborieuses et des démuni·e·s
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/08/15/iran-mecontentement-generalise-des-classes-laborieuses-et-des-demuni·e·s/
Appel à un rassemblement de solidarité avec les syndicalistes et enseignant·e·s d’Iran
Lettre ouverte aux délégués à la 110e session de la Conférence internationale du Travail Genève, 27 mai – 11 juin 2022
Courriers intersyndicaux envoyés aux autorités iraniennes et françaises
Iran : les travailleurs de la mine de Sungun doivent être libérés immédiatement !
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/06/07/solidarite-avec-les-syndicalistes-et-enseignant·e·s-diran-plusieurs-textes/
Plus de 9 000 fillettes de 10 à 14 ans mariées en Iran au printemps 2021
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/12/20/plus-de-9-000-fillettes-de-10-a-14-ans-mariees-en-iran-au-printemps-2021/
Les enfants-mères de plus en plus nombreuses, le mariage des enfants étant encouragé en Iran
https://women.ncr-iran.org/fr/2021/12/02/le-mariage-des-enfants-etant-encourage-en-iran/
Hausse des crimes d’honneur en Iran grâce aux lois misogynes
https://women.ncr-iran.org/fr/2021/11/29/hausse-des-crimes-dhonneur-iran/
Iran : intensification de la répression et du harcèlement des militants sociaux et des ouvriers 
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/11/21/iran-intensification-de-la-repression-et-du-harcelement-des-militants-sociaux-et-des-ouvriers/
Soutenons les nombreuses grèves qui ont lieu en Iran !
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/10/09/soutenons-les-nombreuses-greves-qui-ont-lieu-en-iran/ 
Iran. Les grèves dans le secteur pétrolier et leur place dans les protestations sociales. Le pouvoir de la mollahcratie s’effiloche-t-il ?
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/07/iran-les-greves-dans-le-secteur-petrolier-et-leur-place-dans-les-protestations-sociales-le-pouvoir-de-la-mollahcratie-seffiloche-t-il/
Iran : grève historique dans le secteur pétrolier, manifestations dans le Khouzistan et à Téhéran, droit des femmes bafouées
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/07/24/iran-greve-historique-dans-le-secteur-petrolier-manifestations-dans-le-khouzistan-et-a-teheran-droit-des-femmes-bafouees/
Les travailleurs et travailleuses iraniennes de l’industrie pétrochimique se mettent en grève
Solidarité avec les salariés du secteur pétrolier en Iran
Déclaration du Conseil d’organisation des mobilisations de protestation des travailleurs contractuels du pétrole
Déclaration n°6 du Conseil d’organisation des grèves des travailleurs du secteur pétrolier (13 juillet 2021)
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/07/01/les-travailleurs-et-travailleuses-iraniennes-de-lindustrie-petrochimique-se-mettent-en-greve/
Iran : campagne internationale pour la libération d’Esmaïl Abdi 
Les mineurs d’Asseminoun ont manifesté dans les rues de la ville de Manoojan
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/14/iran-campagne-internationale-pour-la-liberation-desmail-abdi/
Pour la libération sans condition des prisonniers politiques et d’opinion en Iran 
Iran : Solidarité avec les victimes de la répression
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/08/pour-la-liberation-sans-condition-des-prisonniers-politiques-et-dopinion-en-iran-et-appel-intersyndical/
Communiqué du Comité de soutien à Fariba, en grève de la faim et de la soif
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/12/27/iran-communique-du-comite-de-soutien-a-fariba-en-greve-de-la-faim-et-de-la-soif/
Femmes iraniennes en résistance
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/12/01/femmes-iraniennes-en-resistance/
L’Iran brûle et la gauche mondiale regarde ailleurs
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/29/liran-brule-et-la-gauche-mondiale-regarde-ailleurs/
Iran. Le régime fait face à une nouvelle crise
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/28/iran-le-regime-fait-face-a-une-nouvelle-crise/
Solidarité internationale avec le peuple iranien en lutte !
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/24/solidarite-internationale-avec-le-peuple-iranien-en-lutte/
Les travailleurs iraniens qui réclament des salaires impayés se sont vu infliger 14 à 18 ans de prison et des coups de fouet
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/09/21/les-travailleurs-iraniens-qui-reclament-des-salaires-impayes-se-sont-vu-infliger-14-a-18-ans-de-prison-et-des-coups-de-fouet/
Chahla Chafiq : 
Le rendez-vous iranien de Simone de Beauvoir
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/05/10/une-traversee-lucide-et-efficace-de-lhistoire-recente-de-liran/
Houshang Sepehr : 
Iran. Un tournant politique radical
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2018/03/04/iran-un-tournant-politique-radical/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

2 réflexions sur « Comprendre la révolte iranienne sans céder aux récupérations de tous bords (et autres textes) »

  1. L’Iran incarcère le musicien dont l’hymne devient viral dans les manifestations
    Alors que les manifestations contre les conditions de la mort de Mahsa (Zhina) Amini entrent dans leur troisième semaine en Iran, une chanson de protestation de l’un des musiciens les plus populaires d’Iran est devenue la bande-son du soulèvement civil qui canalise la rage des Iraniens dans le pays et à l’étranger.
    https://mondafrique.com/liran-incarcere-un-musicien-alors-que-lhymne-des-manifestations-devient-viral/

    Iran : « Ce n’est pas un soulèvement que nous vivons mais une révolution »
    En Iran, la protestation populaire se poursuit depuis près d’un mois — ce sont plus de 100 villes, 60 universités et 30 provinces qui se sont levées. Voilà désormais que le secteur pétrochimique s’y rallie. L’organisation HRANA vient d’avancer le chiffre probable de 200 morts et fait état d’au moins 5 500 arrestations. L’objectif des protestataires est net : renverser le régime théocratique. Pour la revue étasusienne Jacobin, Sayeh Javadi, chercheuse et membre des Socialistes démocrates d’Amérique, a discuté avec une militante irano-azérie de 21 ans : autrice et artiste, Parandeh est engagée dans l’organisation syndicale. Pour des raisons de sécurité, les éléments susceptibles de l’identifier n’ont pas été publiés. Nous traduisons leur échange : de l’intérieur, la militante raconte la « révolution » — c’est son mot — en cours. Tout en dénonçant l’embargo étasunien et en refusant que l’Iran devienne internationalement « un sujet de discussion chic », elle s’élève contre ceux qui, au nom d’une compréhension insensée de ce qu’est la lutte contre l’impérialisme, soutiennent le gouvernement en place. Son cap ? « défendre les intérêts de la classe ouvrière ».
    https://www.revue-ballast.fr/iran-ce-nest-pas-un-soulevement-que-nous-vivons-mais-une-revolution/

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