[57] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [57] 

22-12-05-3-flyer-solidarite-ukraine

  • Des bombes lacrymogènes pour l’auto-défense des travailleuses
  • Liberté pour le défenseur des droits humains Mikhaïl Kriger !
  • Volha Miklashevich-Douner : Quand Poutine soutient le président du Bélarus, Loukatchenko
  • Début du procès du vice-président du Syndicat indépendant bélarus
  • Biélorussie : contre la répression des syndicats – pour la libération immédiate des militants emprisonnés
  • Natallia Guerin : Le peuple bélarus soutient le peuple ukrainien
  • La Mémoire volée de Marioupol
  • Ukraine : L’Etat s’en prend aux biens syndicaux
  • ISW : Le retrait de la Russie de Kherson provoque une fracture idéologique entre les partisans de la guerre et Poutine.
  • Solidarité avec l’Ukraine ! Rassemblement pour les 9 ans de la Révolution de la dignité (Lausanne)
  • À propos de l’usage de la langue russe. Déclaration de Sotsialniy Rukh
  • Mobilisation étudiante à Lviv
  • L’Académie de l’imprimerie de Lviv doit vivre !
  • Solidarité avec les étudiant.es et le personnel mobilisé.es contre la fermeture de l’Académie de l’imprimerie à Lviv 
  • Vicken Cheterian : Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie: une vague de déstabilisation du Caucase à l’Asie centrale
  • Jean-Marc Adolphe : La main dans le sac du génocide
  • Invitation à la 1ère édition de Memorial Lecture
  • Ukraine et Belarus : Ukraine et Belarus : Paroles de femmes en lutte
  • Liens avec d’autres textes

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Des bombes lacrymogènes pour l’auto-défense des travailleuses

Le syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPGU) a acheté des bombes lacrymogènes pour les fournir aux membres du syndicat afin qu’elles et ils se sentent plus en confiance lorsqu’ils et elles se rendent au travail ou rentrent chez eux-elles dans l’obscurité après une journée de travail.

Selon le responsable du NPGU Yurii Samoilov, la décision d’acheter des équipements d’auto-défense pour les femmes a été prise plus tôt, mais il a fallu un certain temps pour les acheter, et maintenant nous devons les livrer aux sections du NPGU de toutes les entreprises de Kryvyi Rih. Selon Yuriy Samoilov, ce n’est pas facile non plus en temps de guerre et de bombardement ennemi avec des missiles et des drones, mais c’est nécessaire.

« Nous avions prévu d’acheter des moyens de protection pour les membres du NPGU au moment de l’attaque contre la directrice adjointe du NPGU de la ville de Kryvyi Rih et militante de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine (KVPU), Olena Maslova, a rappelé Yuriy Samoilov. Et maintenant, lorsqu’il y a des coupures de courant et une réduction de la consommation d’électricité pour l’économiser, les femmes et parfois les hommes ont besoin de moyens d’auto-défense. Nous utilisons actuellement différentes méthodes pour transférer les bombes lacrymogènes vers les entreprises, et en même temps nous sommes engagés dans l’achat d’autres moyens nécessaires dans de tels cas ».

Il convient de rappeler que l’agression de la militante du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine et de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine, Olena Maslova, a eu lieu à 23h10, alors qu’elle rentrait chez elle après son travail à la mine Ternovskaya de PJSC Kryvyi Rih Iron Ore Plant. Puis elle a été attaquée par derrière par un homme de deux mètres de haut. L’agresseur a frappé la femme à la tête avec un objet lourd, puis a continué à la frapper. Cependant, Olena, en bonne forme physique, s’est désespérément défendue jusqu’à ce que des agents arrivent sur les lieux et lui prodiguent immédiatement les premiers soins et fassent enregistrer une déclaration sur l’attaque auprès des forces de l’ordre.

2 novembre 2022
Publié par le site de la KVPU
Traduction Patrick Le Tréhondat
https://laboursolidarity.org/fr/n/2395/des-bombes-lacrymogenes-pour-l039auto-defense–des-travailleuses

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Liberté pour le défenseur des droits humains Mikhaïl Kriger !

Nous apportons notre soutien à la déclaration de la section de la région de Moscou de l’organisation Memorial. 

Le 3 novembre, le défenseur des droits humains Mikhaïl Kriger, membre de la direction de la section de Memorial de la région de Moscou, a été interpellé avec recours à la force. Ce même jour, son appartement a été perquisitionné et lui-même emmené au Comité d’enquête pour interrogatoire.

Le 5 novembre, le tribunal du quartier Tcheremouchki à Moscou a ordonné la mise en détention de Mikhaïl Kriger pour deux mois dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme » (deuxième partie de l’article 205.2 du Code pénal de la Fédération de Russie). Il se trouve ainsi sous la menace d’une condamnation à sept ans de prison. Une information non encore vérifiée à ce jour circule selon laquelle le déclenchement des poursuites pénales a été motivé par un post de Mikhaïl Kriger sur un réseau social en 2020.

Mikhaïl est un homme droit, franc, courageux, qui a toujours défendu ouvertement ses positions dans les discussions. Les poursuites menées contre lui sont le signe de l’impuissance intellectuelle et morale du pouvoir, incapable de mener un dialogue avec ceux qui sont en désaccord avec lui, et ne sachant recourir qu’à la violence.

Les poursuites contre Mikhaïl Kriger font partie de la campagne de répression déclenchée dans le cadre de la guerre d’agression contre le peuple ukrainien, campagne qui a pour but de faire taire toute critique du pouvoir et imposer l’idée que toute résistance à sa politique est vaine.

L’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques proclame : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions (…) Toute personne a droit à la liberté d’expression » ; la Constitution de la Fédération de Russie garantit ces mêmes droits à ses citoyens.

Mikhaïl Kriger a été arrêté non pas pour une réelle action terroriste mais exclusivement pour avoir exercé son droit à exprimer librement son opinion. Nous exigeons l’arrêt immédiat des poursuites à l’encontre de notre camarade et sa libération.

Liberté pour Mikhaïl Kriger !

https://memorial-france.org/liberte-pour-le-defenseur-des-droits-humains-mikhail-kriger/

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Quand Poutine soutient le président du Bélarus, Loukatchenko

Bonjour, je m’appelle Volha Miklashevich-Douner, je suis venue en France seule avec quatre enfants en tant que réfugiée politique. Pour avoir participé à des rassemblements et dirigé une organisation caritative, on me menace au Bélarus de m’enlever mes enfants et de prison.

Je vais commencer dans l’ordre :
En 1991, après l’effondrement de l’URSS, un pays distinct est apparu – la République du Bélarus.
En 1994, le premier et jusqu’à présent le seul président, Alexandre Loukachenko, est arrivé au pouvoir.

Avec le soutien de la Russie durant ses 28 ans au pouvoir, Loukachenko a conduit mon pays de la démocratie à la dictature militaire et maintenant beaucoup de mes amis sont en prison – certains pour avoir participé à des rassemblements pacifiques, et d’autres simplement pour des commentaires sur Facebook.

J’ai également participé à des rassemblements avec mes enfants plus âgés – et pour cela, mes enfants peuvent être emmenés dans un orphelinat et je peux être privé de mes droits parentaux. J’étais à la tête d’une organisation caritative au Bélarus et désormais, toute personne qui a reçu de l’aide de l’étranger est considérée comme une organisation extrémiste.

En étant encore au Bélarus, j’ai demandé l’asile à l’ambassade de France, mais n’ai reçu aucune réponse. La seule option pour moi de partir en toute sécurité avec les enfants était d’obtenir un visa polonais.

Mais j’avais peur de rester en Pologne – c’était la panique, j’avais peur d’être si près du Bélarus, car même en Pologne, des inconnus filmaient lors des rassemblements de Biélorusses. J’avais peur pour les enfants, pour moi, pour mes proches, qui sont toujours au Bélarus.

Nous sommes venus en France. C’est un des premiers pays à ne pas reconnaitre l’élection illégale de 2020 au Bélarus.

Maintenant, mes quatre enfants et moi attendons la fin de la procédure de Dublin et nous allons demander une protection (l’asile) à la France.

Aujourd’hui, en raison de son soutien au régime de Poutine, Loukachenko se permet, ainsi que ses proches, d’emprisonner, de torturer et de tuer des Biélorusses qui ont trouvé le courage de dire la vérité et d’exiger la démocratie et une élection légitime.

Volha Miklashevich-Douner

Bulletin publié par le Collectif 69 [France] de soutien au peuple ukrainien (qui a organisé le 14/06/2022 4 heures en solidarité avec le peuple ukrainien) : Association Lyon-Ukraine ·Comité Ukraine 33 ·Association Européenne de l’Éducation AuRA ·ATTAC Rhône ·Bel’Art (association culturelle biélorusse) ·Comité d’Information pour une Syrie Libre et Démocratique ·EELV 69 ·Émancipation 69 ·Ensemble ! 69 ·FSU 69 ·La Cimade Lyon ·Ligue des Droits de l’Homme 69 ·L’Insurgé ·MAN ·MFPF 69 ·Nouveau Parti Anticapitaliste ·Nouvelle Donne 69 ·UD CG  69 ·Union des Fédéralistes Européens AuRA ·Union syndicale Solidaires Rhône

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64644

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Début du procès du vice-président du Syndicat indépendant bélarus

Aujourd’hui le 10 novembre, le procès d’Aliaksandr Mishuk, vice-président du syndicat indépendant de Biélorussie (BNP), a débuté au tribunal régional de Minsk. Il est accusé d’avoir appelé à la prise du pouvoir en Biélorussie.

En plus de son poste de vice-président du BNP, Alexander a été élu en 2021 président de la plus importante organisation du Syndicat indépendant bélarusse – l’organisation syndicale de Belaruskali. En 2022, elle a compté plus de deux mille employés de l’entreprise Soligorsk.

Lors des manifestations d’août 2022, certains dirigeants et militants syndicaux se sont adressés aux travailleurs de la mine de Belaruskali, choqués par la violence des forces de sécurité. Il est probable que l’un de ces discours d’Alexandre Mishuk soit à l’origine de son arrestation.

Il a été arrêté le 25 mai 2022 sur son lieu de travail. Des perquisitions ont été menées à son bureau et en même temps à son appartement. Il a été détenu dans le centre de détention du KGB à Minsk pendant deux mois. Deux semaines avant son arrestation, Alexandre a enterré son père, et pendant les quatre mois de son arrestation, il n’a pas été autorisé à voir sa femme. Il est actuellement détenu à la maison d’arrêt n°1 de Minsk.

Sur la base de séquences médiatiques, il a été inculpé et poursuivi pour avoir organisé une grève les 17 et 18 août 2020 dans l’une des entreprises minières de Belaruskali. Suite à son inculpation, l’affaire a été reclassée selon un autre article – « appels au renversement de l’ordre constitutionnel ». Le 8 juin 2022, il a été déclaré prisonnier politique par des organisations de défense des droits de l’homme.

10 novembre 2022
Publié par le site du BNP
Traduction Patrick Le Tréhondat
https://laboursolidarity.org/fr/n/2401/debut-du-proces-du-vice-president-du-syndicat-independant-belarus

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Biélorussie : contre la répression des syndicats –
pour la libération immédiate des militants emprisonnés

À la suite de l’élection illégitime de 2020, le régime de Loukachenko a intensifié la répression des syndicats indépendants. En avril 2022, les autorités ont lancé une attaque à grande échelle contre tous les syndicats indépendants et arrêté des dirigeants et des militants. Actuellement, il y a au moins 23 syndicalistes détenus ou à liberté limitée, 8 syndicalistes purgent des peines de prison, 2 sont assignés à résidence, tandis que d’autres attendent d’être jugés. Entre-temps, en juillet, la Cour suprême a dissous par la force le Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP) et quatre grands syndicats, les autorités qualifiant les syndicats indépendants d’« extrémistes » et d’« agents occidentaux », se livrant à des campagnes de diffamation avec un message clair indiquant que quiconque qui est associé au BKDP et à ses affiliés risque d’être poursuivi. En outre, plusieurs militants du mouvement de grève risquent de nombreuses années de prison pour « trahison contre l’État ». Pour toutes ces violations des normes internationales du travail, le Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail  OIT) a entamé un processus qui conduira à de nouvelles sanctions contre le gouvernement du Biélorusse. Nous exigeons l’abandon des poursuites et la libération immédiate de tous les militants et l’arrêt des poursuites contre les syndicalistes indépendants en Biélorussie et resterons solidaires avec eux jusqu’à l’obtention de leur indépendance.

https://www.labourstartcampaigns.net/show_campaign.cgi?

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La Mémoire volée de Marioupol

À Marioupol, les occupants russes ont détruit le monument aux victimes de l’Holodomor (1932-1933) et des répressions politiques. 

Jusqu’au 19 octobre 2022, dans le centre de Marioupol, sur une petite place, se dressait un monument aux victimes de l’Holodomor et de la terreur politique soviétique. 

Le monument avait été érigé en 2004 lors de la Journée de commémoration des victimes de l’Holodomor et de la répression, à l’intersection de l’avenue de la Paix et de la rue de l’Université, près du théâtre d’art dramatique de Marioupol. L’organisation Memorial de Marioupol est à l’origine de ce monument, financé par le conseil municipal de la ville et les entreprises SU-112 « Stalkonstryktsia », DPU-128 « Donbasstalkonstruktsiya », TVAT  « Azovmash », VAT « Markokhim », PP « Heraklès » ainsi que la VAT PBP « Azovintex ». 

Les auteurs en sont : l’artiste A. Pinchukov, les architectes S. Rudenko, K. Okulenko, Y. Sagirov et V. Zemlyanoy. 

ll n’existe pas de données précises sur le nombre d’habitants de Marioupol morts pendant la grande famine de 1932-1933, mais il est colossal. Notons que la majeure partie des bâtiments emblématiques de la ville a été construite au moment de cette famine, ou un peu plus tard. Au prix de quelles forces et par quels moyens cela a-t-il pu se faire ? Au cours de la première moitié du XXe siècle, la population de l’Ukraine, y compris Marioupol, a fait face à trois vagues de famine : 1921-1922, 1932-1933 et 1946-1947. Des millions de personnes en ont été les victimes. Celle de 1932-1933, l’Holodomor, fut la plus terrible, Elle atteint son apogée en janvier-février 1933. Dans la région de Donetsk, la population de 29 districts et 83 localités fut touchée par cette famine. La politique des dirigeants soviétiques a conduit à cette tragédie : l’industrialisation, la collectivisation, la dékoulakisation, l’application de mesures draconiennes dans la campagne d’approvisionnement en céréales.

Le bilan des conséquences tragiques de ces années de famine n’est pas encore connu avec précisions, car les données ne sont pas toutes disponibles et les résultats du recensement suivant ont été falsifiés.

Le « Livre de la mémoire » de la région de Donetsk, publié en plusieurs volumes, contient les noms de plus d’un millier et demi d’habitants de Marioupol et du district de Marioupol, fusillés uniquement pendant la Grande Terreur – chiffre auquel s’ajoutent ceux envoyés dans des camps ou déportés.

En mémoire de ces événements et en signe de respect pour les victimes innocentes, un monument « Aux victimes de l’Holodomor de 1932-1933 et de la répression politique » a été érigé au carrefour des routes par lesquelles les habitants de la ville étaient conduits dans les prisons du NKVD.

Le piédestal rectangulaire est divisé en deux parties : des dalles de granit noir et rouge symbolisent la terre ukrainienne et le sang innocent versé. Sur la dalle noire se trouvent les trois épis de blé qui auraient pu sauver la vie d’une personne, mais auraient pu également la lui retirer, en vertu du « décret des Trois épis » ; sur la dalle rouge court le fil de fer barbelé du Goulag. Sur le monument, ces mots en ukrainien : « Жертвам Голодомору 1932–1933 рр. та полiтичних репресiй » и  «Не забудемо трагедій минулого, щоб не пережити їх знову ». « Aux victimes de l’Holodomor 1932-1933 » et « Nous n’oublierons jamais la tragédie du passé, pour qu’elle ne se répète pas. »

Le 19 octobre, sous la direction des envahisseurs russes qui se sont emparés de Marioupol, le monument a été démoli, à l’aide d’un camion-grue. Le granit qui a servi à construire le monument sera recyclé en matériaux de construction.

Les initiateurs de la démolition affirment qu’ils l’ont fait dans le cadre de la « lutte contre la désinformation ». La représentante de l’organisation « sociale », « la Jeune République » Evgeniya Krotova a déclaré que les nouvelles autorités de la ville ne font pas la guerre aux monuments, mais suppriment le symbole d’une « désinformation d’État ». 

Artem Bobrovsky , titulaire de la chaire de l’Université nationale de Donetsk, docteur en histoire, affirme qu’il n’y a pas eu d’Holodomor en Ukraine. Selon lui, « conformément aux sources historiques, la famine a touché les régions méridionales de la Russie, puis de l’Union soviétique tous les dix ans environ » et celle de 1932-1933 a dévasté « non pas l’Ukraine ni le Donbass, mais le Kazakhstan, la région de la Volga et le Caucase du Nord ». Olga Chmatchkova, enseignante à à l’Université technique d’État Priazovskyi, a déclaré que les habitants de Marioupol « ne devraient pas remuer les tragédies du passé »

Néanmoins, l’Holodomor et la terreur politique exercée par le gouvernement soviétique ne sont pas seulement officiellement reconnues en Ukraine, mais aussi dans les documents adoptés par les autorités russes qui condamnent les répressions et la famine des années 1930. Ainsi, dans une résolution publiée en 2008 sur le site du parlement de la Fédération de Russie, « Les députés du parlement, rendant hommage à la mémoire des victimes des années 1930, condamnent fermement le régime qui a méprisé la vie des gens afin d’atteindre des objectifs économiques et politiques, et déclarent inacceptable toute tentative de faire revivre des régimes totalitaires dans les États qui faisaient autrefois partie de l’URSS, négligeant les droits et la vie de leurs citoyens. »

La démolition du monument aux victimes de l’Holodomor et des répressions politiques entre en contradiction avec le respect qu’exprimaient, par le passé, les autorités russes pour les victimes de la famine et de la répression (« Conception pour perpétuer la mémoire des victimes de la répression politique », 2015). Cet acte symbolique montre sans équivoque les objectifs impériaux de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, le désir de détruire l’identité ukrainienne et la mémoire historique. 

https://memorial-france.org/la-memoire-volee-de-marioupol/

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Le peuple bélarus soutient le peuple ukrainien

Loukachenko est devenu totalement dépendant de Moscou depuis les élections truquées de 2020. Que ce soit au niveau financier, politique, économique. Loukachenko n’a plus aucun partenaire dans le monde à part la Russie.

Sous la pression de Poutine, Loukachenko a été entraîné dans la guerre par la Russie en acceptant que son territoire accueille les troupes russes qui sont présentes en Biélorussie jusqu’aujourd’hui. L’armée du pays leur fournit des infrastructures, des machines comme des camions. Et n’oubliez pas que des soldats russes blessés sont soignés dans des hôpitaux biélorusses. Des corps de soldats russes passent aussi par le territoire biélorusse.

Il y a 2 ans, en 2020, nous avons pensé qu’il n’y a plus pire et plus fou que le dictateur Loukachenko. Aujourd’hui nous voyons le dictateur Poutine qui menace le monde entier d’un danger nucléaire. Aujourd’hui Loukachenko ne veut pas franchir la ligne rouge : envoyer ses propres soldats en Ukraine.

Pourquoi ?
Si Loukachenko n’a pas encore envoyé de lui-même des troupes, c’est parce qu’il sait que ce serait une décision impopulaire qui pourrait lui apporter des problèmes. Parce que même si les médias indépendants n’existent plus en Biélorussie, les gens peuvent trouver des informations via Internet, via Telegram par exemple. Dès le premier jour de la guerre, le 24 février, nous avons vu à quel point elle est cruelle, cette guerre.

Nous avons également vu à quel point les Ukrainiens sont courageux dans leur défense. C’est pour ça que nous, les Biélorusses, nous sommes contre cette guerre. Mais nous nous ne faisons plus d’illusions sur le soi-disant gouvernement de notre pays. Cela fait longtemps que nous avons compris que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. C’est pour ça qu’aujourd’hui le peuple biélorusse en Biélorussie, en Ukraine et à l’étranger se mobilise en soutien du peuple ukrainien.

En Biélorussie
L’organisation d’opposition biélorusse BYPOL organise des opérations de sabotage contre les chemins de fer dont dépend la logistique militaire russe pour acheminer son matériel vers l’Ukraine. Cette « bataille du rail » a commencé quelques jours après le début de la guerre. Les opposants biélorusses sont arrivés à détruire l’équipement de signalisation et à bloquer les voies ferrées dans les régions du sud de Biélorussie. Y compris les « cyberpartisans » biélorusses sont arrivés à perturber le réseau interne de la compagnie nationale ferroviaire.

Tout le peuple biélorusse est terrifié par cette guerre, mais en étant sous la pression politique permanente, en étant menacé de prison pour un moindre rassemblement de citoyens, aujourd’hui les gens en Biélorussie ne peuvent pas sortir en manifestation et exprimer son opinion, demander au pouvoir d’arrêter cette guerre. Il ne reste pas grande chose à faire. Mais les gens continuent à faire.

Une autre organisation d’opposition biélorusse, BYSOL, s’occupe de la collecte des donations pour les victimes de répressions politiques en Biélorussie, pour les victimes de la guerre en Ukraine. Cette fondation collecte jusqu’au 50 000 dollars par semaine. Quant à l’aide à l’Ukraine, il y a deux directions de cette aide. La première c’est dans le domaine humanitaire, dans lequel nous envoyons des fournitures médicales et des transports ambulanciers. La seconde c’est l’aide aux volontaires biélorusses qui participent aux combats de côté de l’Ukraine aujourd’hui.

En Ukraine
Les Biélorusses prennent les armes aux côtés des Ukrainiens dans plusieurs villes, d’Odessa à Marioupol. Pour nous c’est une volonté de défendre l’Ukraine libre et démocratique, de repousser l’agression russe et de sauver l’honneur de notre pays.

Le corps de volontaires biélorusses armés le plus connu est le bataillon qui porte le nom de Kastous Kalinoùski, c’est un rassemblant des volontaires engagés depuis fin février pour la défense de Kiev.

Depuis le 25 mars les volontaires du bataillon Kastous Kalinoùski sont pleinement intégrés dans les forces armées ukrainiennes, disposent du livret militaire de l’Ukraine.

Et si le premier objectif pour ces bataillons biélorusses c’est la libération de l’Ukraine et un avenir démocratique dans la région, le deuxième objectif c’est de continuer ensuite la lutte armée pour libérer la Biélorussie.

A l’étranger
Quand en 2020 suite aux répressions politiques nombreux Biélorusses ont dû quitter leur pays, l’Ukraine, comme beaucoup d’autres pays, a donné l’abri aux Biélorusses. Maintenant c’est notre tour. Les Biélorusses qui vivent en Pologne, en Lituanie, dans d’autres pays en Europe et ailleurs se sont mobilisés aujourd’hui pour accueillir les Ukrainiens.

Nous, la diaspora biélorusse à Lyon, nous nous sommes mobilisés dès le premier jour de la guerre pour exprimer notre soutien au peuple ukrainien et pour apporter de l’aide concrète.

Nous faisons
* la collecte de l’aide humanitaire
* l’accueil des ukrainiens à la gare
* l’hébergement des ukrainiens par nos réseaux
* l’organisation des cours de français et de l’art thérapie pour les réfugies ukrainiens.

Comme vous pouvez le voir, nous marquons par notre présence chaque rassemblement au soutien du peuple ukrainien, pour montrer qu’on est là, pour montrer qu’on est avec vous.

Pour finir
Il y a encore un autre discours très populaire à ces jours. Est-ce que nos peuples sont les peuples fraternels ? Moi personnellement, je n’aime pas ce discours. Parce que si on parle de frères, c’est-à-dire qu’il y a un frère ainé et un petit frère, il y a celui qui est plus intelligent et celui qui est plus fort etc. Non ! Nous sommes les voisins, des bons voisins qui vivent tout simplement l’un à côté de l’autre. Et si un voisin rencontre un grand malheur, l’autre vient aider. Et si c’est la fête chez le voisin, il invite l’autre, et on va tous fêter le Jour de la Victoire de l’Ukraine !

Жыве Беларусь ! Слава Украини !

Natallia Guerin
Bulletin publié par le Collectif 69 [France] de soutien au peuple ukrainien (qui a organisé le 14/06/2022 4 heures en solidarité avec le peuple ukrainien) : Association Lyon-Ukraine ·Comité Ukraine 33 ·Association Européenne de l’Éducation AuRA ·ATTAC Rhône ·Bel’Art (association culturelle biélorusse) ·Comité d’Information pour une Syrie Libre et Démocratique ·EELV 69 ·Émancipation 69 ·Ensemble ! 69 ·FSU 69 ·La Cimade Lyon ·Ligue des Droits de l’Homme 69 ·L’Insurgé ·MAN ·MFPF 69 ·Nouveau Parti Anticapitaliste ·Nouvelle Donne 69 ·UD CGT 69 ·Union des Fédéralistes Européens AuRA ·Union syndicale Solidaires Rhône

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64645

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Ukraine : L’Etat s’en prend aux biens syndicaux

Les représentants du parti au pouvoir en Ukraine utilisent les nouvelles agences d’Etat (le SBI et l’ARMA), qui ont été créées sur recommandation de partenaires internationaux, pour faire pression sur les syndicats.

Le Bureau d’État d’enquête (SBI) est un organisme qui enquête sur les procédures pénales impliquant des agents des forces de l’ordre, des juges et des hauts fonctionnaires. L’ARMA (Agence de gestion et de recouvrement des actifs) est l’agence nationale ukrainienne chargée de la recherche, de la localisation et de la gestion des actifs provenant de la corruption et d’autres crimes.

Le 20 septembre 2022, la Verkhovna Rada d’Ukraine a créé une commission d’enquête temporaire chargée d’enquêter sur les éventuelles violations de la législation ukrainienne dans le domaine de la réception, de la distribution, du transport, du stockage, de l’utilisation de l’aide humanitaire, ainsi que sur la gestion inefficace des biens de l’État qui peuvent être utilisés pour l’hébergement temporaire des personnes déplacées à l’intérieur du pays et d’autres besoins de l’État.

Cette Commission a été créée après un scandale retentissant lié à un vol d’aide humanitaire internationale dans la région de Zaporizhzhia.

Extrait de la note explicative de la résolution de la Verkhovna Rada sur la création de la commission d’enquête temporaire (ci-après la Commission) :
« Dans le même temps, il existe des cas de violations de la législation ukrainienne concernant la réception, la distribution, le transport, le stockage et l’utilisation abusive de l’aide humanitaire. Parmi ces violations retentissantes, il convient de noter les cas de vol de biens, à savoir 22 conteneurs maritimes, 389 wagons et 220 camions d’aide humanitaire dans la région de Zaporizhzhia, qui ont été signalés par les médias et le NACP [Bureau national de lutte contre la corruption] ».

En même temps, cette note contient un passage sur la Fédération des syndicats d’Ukraine (FPU) :

« Dans le même temps, il existe un problème d’hébergement temporaire des personnes déplacées à l’intérieur du pays, d’autres personnes touchées par l’agression armée de la Fédération de Russie contre l’Ukraine (y compris les retraités, les personnes handicapées, les orphelins) dans des institutions éducatives, sportives et récréatives qui appartiennent à l’État ou aux municipalités, et qui sont détenues ou gérées par des personnes morales ou physiques. En même temps, compte tenu de la méthode de transfert des biens des associations publiques de l’ex-URSS sous la juridiction de la Fédération des syndicats d’Ukraine, leur utilisation, avant tout, pour les besoins des personnes déplacées à l’intérieur du pays, des autres personnes touchées par l’agression armée de la Fédération de Russie contre l’Ukraine (y compris les retraités, les personnes handicapées, les orphelins), etc. il est nécessaire d’effectuer des recherches supplémentaires et la vérification de leur conformité avec les intérêts de l’État ».

Nous souhaitons attirer votre attention sur le fait que cette commission comprend la présidente de la commission de la politique sociale et de la protection des droits des anciens combattants de la Verkhovna Rada d’Ukraine, Halyna Tretiakova. Le président de la Commission est le député du parti Serviteur du Peuple, Serhii Kozyr.

11 octobre 2022

Réunion au ministère de l’Économie : il est proposé de transformer les hôtels et les sanatoriums saisis en logements pour les personnes déplacées.

« Nous avons maintenant environ 80 propriétés que nous pouvons mettre en adjudication pour trouver de nouveaux gestionnaires. Ces centres de loisirs et hôtels font l’objet de contentieux. Ils ont été saisis et sont gérés par l’ARMA. Chaque hôtel ou centre de loisirs peut comprendre plusieurs sites immobiliers. Une condition préalable à ces appels d’offres sera que le nouveau gestionnaire devra assurer le transfert de 10 à 20% du nombre de chambres pour les besoins des personnes déplacées à l’intérieur du pays », a déclaré le chef par intérim de l’Agence de récupération et de gestion des actifs,  Dmytro Zhoravovych.

Note : nous parlons des locaux syndicaux, qui sont actuellement occupés par des réfugiés à hauteur de 50% à 90%. Le séjour de certains réfugiés est financé par la fondation caritative américaine Corus International, dont le président est Daniel V. Speckhard a rencontré les syndicats le 26 octobre 2022.

Le 3 novembre 2022, le site web ARMA a publié des annonces en vue de la recherche de gestionnaires et d’acheteurs pour un certain nombre d’installations syndicales, dont, selon une décision de justice, et qui sont détenues à 100% par des syndicats. Cette annonce est illégale.

L’RMA fait l’objet d’une enquête de la part du NACP (Bureau national de lutte contre la corruption) dans les cas de saisie de biens :

Comme cela a été établi, des biens saisis ont été remis à l’ARMA sous le prétexte d’exécuter les décisions du juge d’instruction. Les fonctionnaires de l’ARMA ont, à leur tour, émis des conclusions selon lesquelles ces biens sont difficiles à gérer et à conserver, ou bien qu’ils se détériorent rapidement et peuvent perdre de leur valeur. Les biens ont alors été évalués par une société complice à une valeur considérablement réduite qui a ensuite été appliquée lors de ventes aux enchères électroniques organisées par la SETAM. Les participants au système ont organisé les enchères de manière à assurer la victoire d’une société privée prédéterminée.

Le 4 novembre 2022, les projets de loi 6420-6421 sur la nationalisation de la propriété syndicale ont été adoptés en première lecture par 232 voix:
178 voix – Serviteur du peuple ;
17 voix – Plate-forme pour la vie et la paix (l’ex-OPFL, le parti pro-russe de Medvedchuk) ;
11 voix – Restauration de l’Ukraine (l’ex-OPFL, le parti pro-russe de Medvedchuk) ;
13 voix – Voix ;
9 votes – Dovira.

Comme nous pouvons le voir, malgré toutes les déclarations patriotiques du parti au pouvoir, ils utilisent activement les votes des représentants du parti pro-russe.

9 novembre 2022
Publié par Ukraine Solidarity Campaign
Traduction Patrick Le Tréhondat
https://laboursolidarity.org/fr/n/2403/letat-sen-prend-aux-biens-syndicaux

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ISW : Le retrait de la Russie de Kherson provoque une fracture idéologique entre les partisans de la guerre et Poutine

Le retrait de la Russie de Kherson érode la confiance dans l’engagement et la capacité de Vladimir Poutine à tenir ses promesses de guerre, a déclaré l’Institute for the Study of War dans sa dernière évaluation. Le 12 novembre, un idéologue russe pro-guerre, Alexandre Douguine, a ouvertement critiqué Poutine – qu’il a qualifié d’autocrate – pour ne pas avoir respecté l’idéologie russe en abandonnant Kherson.

Selon Douguine, cette idéologie russe « définit la responsabilité de la Russie dans la défense des « villes russes » telles que Kherson, Belgorod, Koursk, Donetsk et Simferopol ».

Certains blogueurs militaires russes, suggère l’ISW, ont déjà critiqué Poutine pour son incapacité à répondre à l’attaque du pont du détroit de Kertch le 9 octobre, tandis que d’autres ont noté que Poutine n’a pas réussi à maintenir l’idéologie de la supériorité russe depuis 2014. « La critique directe de Poutine au sein de la communauté pro-guerre est presque sans précédent, et l’attaque très médiatisée et déséquilibrée de Douguine contre Poutine peut indiquer un changement parmi les idéologues nationalistes russes », a constaté l’ISW.

La rédaction du Kyiv Independent
https://kyivindependent.com/news-feed/isw-russias-withdrawal-from-kherson-ignites-ideological-fracture-between-pro-war-figures-and-putin

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Solidarité avec l’Ukraine !
Rassemblement pour les 9 ans de la Révolution de la dignité
Lundi 21 novembre à 18h00, Place du 14 juin (place St-Laurent), Lausanne

Pour les neuf ans de la Révolution de la dignité en Ukraine

Il y a neuf ans, des centaines de milliers de personnes ont occupé le centre-ville de Kiev pour protester contre l’arbitraire policier, la corruption, mais avant tout pour affirmer leur dignité humaine. Viktor Ianoukovitch, le président pro-russe alors en place, a réagi avec une violence brutale. Plus d’une centaine de manifestants ont été assassinés par la police. Trois mois après, Ianoukovitch a fui l’Ukraine pour la Russie. Ces événements sont généralement connus sous le nom d’Euromaïdan. Les Ukrainien·ne·s les appellent la Révolution de la Dignité.

Avec l’annexion russe de la Crimée ukrainienne en mars 2014, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale un État européen s’emparait d’une région faisant partie d’un autre État européen. Or cette violence ne répondait à aucune agression sinon celle que signifiait, pour Vladimir Poutine et les siens, l’aspiration démocratique du peuple ukrainien de choisir librement son destin, exprimée par son désir de formaliser une association économique avec l’Union européenne. Loin des arguties propagandistes sur une prétendue menace de l’OTAN, c’est bien contre ce sursaut démocratique que la Russie déclencha un cycle guerrier au cœur du continent européen, dont l’invasion de l’Ukraine est aujourd’hui l’aboutissement. Indifférents ou inconscients, nombreux furent ceux, qui se rassurèrent alors en réduisant l’agression russe à une affaire interne de l’Ukraine. Leurs préjugés les ont empêchés de voir plus loin. 

Aujourd’hui, les images des immeubles d’habitation ravagés et des colonnes de réfugiés ne proviennent plus d’Irak, de Syrie ou du Yémen, mais de la porte à côté et les menaces d’un recours à l’arme nucléaire, qui paraissaient reléguées dans la mémoire de la guerre froide, sont à nouveau à la une de l’information quotidienne. Ce retour en force de la guerre dans notre environnement ne doit pas susciter la panique et le repli sur soi, il doit avant tout engendrer une solidarité par-delà les frontières.

Cette guerre doit prendre fin. À cette fin, la plus importante tâche de l’heure doit être d’apporter le soutien le plus étendu possible à la résistance ukrainienne. Elle représente l’élément décisif permettant de faire reculer la machine de guerre de l’impérialisme russe. Le peuple ukrainien mène son propre combat d’autodéfense et il doit bénéficier du plus large appui matériel et symbolique. 

Nous appelons les citoyens de la Suisse à amplifier leur soutien à cette résistance et à exiger de leur gouvernement qu’il réponde aux justes demandes des Ukrainiens.

Soutien aux sanctions contre la Russie réclamée par la résistance ukrainienne, pour limiter la capacité de Poutine à poursuivre l’invasion !
Blocage des avoirs liés au régime de Poutine abrités dans des institutions dont le siège est en Suisse !
Ouverture des frontières pour accueillir les populations qui doivent fuir la guerre ou la dictature !
Pour que le peuple ukrainien et iranien aujourd’hui, le peuple russe, syrien et les autres peuples demain puissent se lever pour dire ce qu’ils pensent et choisir librement leur destin, il n’est d’autre urgence que de soutenir, défendre et aider celles et ceux qui résistent aux impérialismes et aux dictatures. 

Liberté pour l’Ukraine ! Liberté pour l’Iran ! Liberté pour la Syrie !
Tous ensemble, nous vaincrons !

https://comite-ukraine.ch/21-novembre-rassemblement-a-lausanne/

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À propos de l’usage de la langue russe
Déclaration de Sotsialniy Rukh

La libération des territoires sous occupation russe posera inévitablement la question de la réintégration des populations libérée. Cette question nécessite une attention particulière, si, bien sûr, nous voulons recouvrer non seulement les territoires, mais réintégrer aussi leurs habitants. Cependant, les représentants des autorités [ukrainiennes] agissent souvent selon une logique différente, recourant à l’incitation à la haine contre la langue [russe].

Le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine Alexei Danilov a déclaré que « la langue russe doit disparaître complètement de notre territoire en tant qu’élément de propagande ennemi et de lavage de cerveau pour notre population. »

Comme on le sait, les Russes considèrent que la nation ukrainienne, la langue ukrainienne et la culture ukrainienne doivent être détruites comme phénomènes incompatibles avec l’« idée nationale » russe. Et cela sert d’excuse à la guerre et à tous les crimes des autorités russes. Mais au lieu de dénoncer cette illusion, nos autorités s’y complaisent.

La langue russe n’est pas seulement celle de Poutine et Solovyov – c’est la langue de millions d’Ukrainien·nes, y compris ceux qui combattent l’impérialisme russe. La langue russe est d’une grande importance pour beaucoup de ceux qui vivent sous occupation. Le déni du droit de ces gens de parler leur langue maternelle entraîne le rejet d’une grande partie de la société.

Ainsi, Danilov ne s’oppose pas à la propagande russe mais y contribue. Nous condamnons fermement de telles déclarations. Russophone ne veut pas dire pro-russe !

Nous rappelons que la situation dans laquelle un groupe de personnes par signes linguistiques subit des restrictions de droits relève de la définition de la discrimination (article 1 de la loi ukrainienne « sur les principes de prévention et de lutte contre la discrimination en Ukraine »). Conformément à la Constitution ukrainienne, l’Ukraine garantit le libre développement de toutes les langues des minorités nationales d’Ukraine.

Par conséquent… les discours haineux doivent être rejetés en tant qu’élément de propagande ennemie et de lavage de cerveau de notre population.

Non au chauvinisme ! Solidaire – oui !

Le 23 octobre 2022
Publié dans Les Cahiers de l’antidote : Soutien à l’Ukraine résistante
(Volume 13)
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/14/les-cahiers-de-lantidote-soutien-a-lukraine-resistante-volume-13/

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Mobilisation étudiante à Lviv

Ce samedi 12 novembre une manifestation a été organisée à Lviv contre la fermeture de l’Académie de l’imprimerie. « Malheureusement, le ministère de l’Éducation continue de fermer brutalement les universités d’État, malgré la guerre et le fait que de nombreuses universités soient détruites par les Russes » accuse Katya Gritseva, étudiante à Lviv. Sous la pression des promoteurs immobiliers, le ministère ukrainien de l’Éducation et des Sciences a décidé d’« optimiser » l’Académie ukrainienne de l’imprimerie. « De nombreux étudiants vont perdre leurs bourses et devoir quitter leurs dortoirs en ce temps de guerre. » explique Maxim, étudiant lui aussi. L’organisation écosocialiste Sotsialniy Rukh s’est jointe à leur lutte pour soutenir leurs demandes pour une autogestion étudiante de l’Académie et une prise de décision démocratique.

Dans cette même ville, en septembre dernier, les étudiants de Kharkiv qui avaient trouvé refuge à l’Académie des arts de Lviv avaient brutalement appris qu’ils devaient quitter leur logement universitaire, l’administration de l’Académie « privilégiant les étudiants de Lviv » contre ceux venant de Kharkiv.

La mobilisation de samedi « est aussi un précédent car nous agissons en tant que syndicat Pryama Diya, [Action directe, syndicat étudiant de gauche disparu il y a quelques années] nous avons presque organisé un syndicat dans cette académie » conclut Katya.

https://laboursolidarity.org/fr/n/2405/mobilisation-etudiante-a-lviv

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L’Académie de l’imprimerie de Lviv doit vivre !

Notre maison d’édition, les éditions Syllepse (Paris, France), comme l’ensemble des acteurs du livre, est attachée à la formation de techniciens et des techniciennes de qualité dans tous les domaines qui touchent à l’édition de livres.

Fondée en 1930, l’Académie de l’imprimerie de Lviv a acquis une réputation internationale dans ces domaines de formation. Aussi, c’est avec consternation que nous apprenons la possible fermeture de cette Académie qui constituerait une grande perte pour l’édition tant en Ukraine qu’au niveau international.

Les éditions Syllepse saluent la mobilisation des étudiantes et étudiants qui s’opposent à cette fermeture. Elles leur expriment leur pleine solidarité et espèrent que la disparition programmée de l’Académie sera mise en échec.

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Solidarité avec les étudiant.es et le personnel mobilisé.es contre la fermeture de l’Académie de l’imprimerie à Lviv 

Le ministère de l’Éducation et des Sciences de l’Ukraine a ordonné la fermeture de l’Académie ukrainienne de l’imprimerie à l’Université nationale Ivan Franko à Lviv. Cette mesure prise sans aucune consultation auprès des étudiant.es et des membres du personnel de l’académie, s’inscrit dans la politique de casse du service public d’éducation menée par les gouvernements successifs. Ainsi, en mai 2021, la Banque mondiale a approuvé un prêt d’un montant de 200 millions de dollars pour l’audit des universités ukrainiennes en vue de leur fusion ou de leur fermeture. La réforme concerne les 150 plus grandes universités d’État avec pour objectif de les réduire à 80 établissements d’enseignement supérieur.

Les étudiant.es et le personnel de l’Académie ont manifesté le 12 novembre initiant ainsi une mobilisation. Mais l’Académie d’imprimerie de Lviv n’est pas la première victime de cette réforme. En décembre dernier, les étudiant.es et enseignant.es de l’Université nationale de construction et d’architecture de Kharkiv s’étaient déjà mobilisés contre la fermeture de leur université.

La fermeture des établissements scolaires, n’est pas liée à la guerre mais à une volonté politique de privatisation de l’éducation et du patrimoine foncier très prisé par les promoteurs immobiliers. 

La Fédération SUD éducation et Solidaires étudiant.es syndicat de lutte soutiennent les étudiant.es et les personnels de toutes les universités ukrainiennes en lutte pour un service public d’enseignement supérieur et de la recherche de qualité et émancipateur pour tous et toutes. 
18 novembre 2022

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Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie :
une vague de déstabilisation du Caucase à l’Asie centrale

En septembre de cette année, la situation en matière de sécurité dans le Caucase et en Asie centrale a connu une escalade dramatique de la violence [1]. Le 12 septembre, les forces armées azerbaïdjanaises ont lancé une attaque massive dans six directions différentes à l’intérieur des territoires de l’Arménie voisine. Après 48 heures de combats intensifs, près de 300 personnes ont été tuées (officiellement 207 soldats arméniens et 80 Azerbaïdjanais sont déclarés décédés) [2]. Durant la même période, du 14 au 20 septembre, et à près de 3000 km à l’est, de violents affrontements ont éclaté à la frontière entre le Kirghizistan et le Tadjikistan, dans le sud-est de la vallée de Ferghana. Le nombre de morts est controversé, mais les chiffres officiels dépassent les 100, tandis que du seul côté kirghiz de la frontière, 140 000 civils ont été évacués [3].

De nombreux analystes ont fait le lien entre la flambée de la violence dans le Caucase et en Asie centrale et l’affaiblissement de la Russie en raison de sa guerre en Ukraine. Alors que le plan initial de Poutine était d’occuper l’Ukraine et de renforcer l’influence russe dans l’espace post-soviétique, un commentateur a écrit que « Moscou accélère activement le déclin de son influence dans toute l’Eurasie, y compris dans les anciens pays soviétiques du Caucase du Sud et d’Asie centrale » å[4]. Marlene Laurelle, dans un article publié par Foreign Affairs, est allée encore plus loin : non seulement la Russie perd son influence dans l’espace post-soviétique, mais aussi « la Russie ne semble plus pouvoir servir comme garant de la sécurité régionale pour les régimes de la région […] et plusieurs puissances – principalement la Chine et la Turquie – ont tout à y gagner » [5].

L’affaiblissement de la position russe dans le Caucase et en Asie centrale s’est accompagné d’informations selon lesquelles la Russie retirerait des troupes de ses bases situées dans ces républiques post-soviétiques afin de les redéployer en Ukraine. Par exemple, en septembre, de nouveaux rapports ont affirmé que la Russie avait retiré quelque 1500 militaires du seul Tadjikistan [6]. En d’autres termes, en raison de la guerre en cours en Ukraine, l’armée russe a été affaiblie et dispose de beaucoup moins d’influence sur le terrain qu’auparavant.

Il est nécessaire de clarifier deux points. Premièrement, les conflits dans le Caucase et en Asie centrale ont une histoire qui est bien antérieure à l’invasion russe en Ukraine. Les affrontements les plus récents dans le Caucase sont les répliques de la deuxième guerre du Karabakh de 2020, lorsque l’Azerbaïdjan a lancé une nouvelle guerre contre les forces arméniennes du Karabakh et de l’Arménie. En outre, le conflit du Karabakh a une préhistoire enracinée dans la période de l’effondrement de l’URSS, puisque ce conflit est apparu en 1988 lorsque la population arménienne de la région a demandé un changement de statut de sa « Région autonome », une revendication qui s’est transformée en une guerre totale lorsque l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont accédé à l’indépendance (1992-94). De même, les affrontements frontaliers entre le Kirghizistan et le Tadjikistan ont déjà eu lieu au printemps 2021, toujours avant l’invasion russe de l’Ukraine, faisant des dizaines de victimes. En outre, la vallée de Ferghana a été le théâtre de rivalités portant sur des ressources naturelles telles que la terre et l’eau, ce qui a entraîné des tensions interethniques en raison de l’émergence de frontières internationales datant de la fin des années de l’URSS [7].

Une deuxième clarification nécessaire est la suivante : la Russie n’était pas la gardienne de la paix, ni une partie favorisant la résolution des conflits. En fait, la Russie a essayé de maintenir son influence en cherchant à instaurer un équilibre entre les parties au conflit – au même titre que dans le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La présence militaire russe en Arménie n’a pas empêché l’Azerbaïdjan de lancer la deuxième guerre du Karabakh. Lorsque ce jeu d’équilibre n’est pas possible, la Russie opte alors pour une intervention militaire directe, comme en Géorgie en 2008. Il ne faut pas non plus diaboliser à l’excès le rôle de la Russie dans les conflits post-soviétiques. Les acteurs locaux ont joué un rôle – et ont une responsabilité dans la transformation des tensions et des problèmes politiques en conflits armés.

La guerre en Ukraine et la fin du modèle autoritaire de Poutine
En envahissant l’Ukraine, Poutine a érodé les deux fondements de son régime autoritaire. Le premier était la projection de la force, souvent associée à la force militaire. Poutine a promis de faire à nouveau de la Russie une puissance mondiale et de regagner le « respect » de l’Occident, principalement celui des Etats-Unis. La propagande d’Etat russe s’est orientée dans ce sens, avec des clichés de nouvelles machines de guerre, de défilés militaires sur la Place Rouge et de campagnes militaires (en particulier aériennes) russes en Syrie. Cependant, les dirigeants russes étaient également conscients de leur handicap par rapport à la puissance militaire américaine, d’où l’importance accordée à la doctrine de la « guerre hybride ». En envahissant l’Ukraine, Poutine a fragilisé les fondements de son régime autoritaire.

Tout système autoritaire repose de facto sur un accord tacite avec la population. Dans le cas de Poutine, il s’agissait d’apporter la « stabilité » en échange de la confiscation de la sphère publique. Des années d’instabilité sous deux précédents dirigeants – Mikhaïl Gorbatchev avec sa Perestroïka et Boris Eltsine avec son interminable transition – avaient rendu la population de Russie lasse du changement. Poutine a promis qu’il n’y aurait plus de changement, mais la stabilité – y compris la fin des réformes internes indispensables –, et en retour, la population devait se montrer apolitique. Avec sa guerre en Ukraine, et surtout la mobilisation de masse, Poutine sape un deuxième fondement de son autoritarisme.

Enfin, l’impact de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 diffère qualitativement de l’occupation russe de la Crimée en 2014. Dans le cas de l’invasion de 2014, Poutine a réussi à générer une vague d’enthousiasme nationaliste, qui a servi à faire oublier à « l’opinion publique » les élections présidentielles de 2012, lors desquelles les « chaises musicales » Poutine-Medvedev avaient contrarié une grande partie de l’électorat.

Après avoir soigneusement cultivé pendant deux décennies une apparence officielle de force et de conservatisme, Poutine est déjà défait dans sa guerre contre l’Ukraine. Alors que l’opposition citoyenne à l’intérieur de la Russie est interdite et fortement réprimée, les Russes votent avec les pieds: plus de 700 000 Russes ont quitté le pays depuis le début de l’« opération spéciale » [8].

Conflits régionaux et compétition entre grandes puissances
La déroute en Ukraine va certainement diminuer l’influence russe dans le Caucase et en Asie centrale. A titre de comparaison, en janvier de cette année, l’élite kazakhe a demandé une intervention militaire russe pour mettre fin à un soulèvement interne. Depuis l’invasion ukrainienne, l’élite kazakhe prend ses distances avec Poutine et son projet expansionniste qui remet en cause la souveraineté des Etats post-soviétiques, et pas seulement celle de l’Ukraine.

L’invasion de l’Ukraine et l’échec russe dessinent déjà les contours de la succession post-Poutine. La Russie en sortira très affaiblie, son armée affaiblie, et son rayonnement international diminué. En outre, la machine à gagner de l’argent sur laquelle reposait la stabilité de Poutine – les exportations de pétrole et de gaz – sera fortement réduite en raison des sanctions occidentales. L’armée russe pourrait chercher à se redéployer à la suite de l’échec ukrainien, tandis que l’élite politique pourrait rechercher une approche de plus en plus isolationniste. Après Poutine, la Russie devra rattraper deux décennies de réformes que Poutine a refusé de mettre en œuvre.

Une Russie plus faible et isolationniste n’implique pas que les conflits dans le Caucase, en Asie centrale ou au Moyen-Orient trouveront une solution plus aisée. Nous constatons déjà un renforcement de la concurrence entre grandes puissances dans le Caucase, dont l’importance stratégique en tant que corridor entre les économies asiatiques et les marchés européens ne cesse de croître. Il ne faut pas non plus penser que l’influence russe va disparaître dans ces régions. Même une Russie plus faible restera un acteur important dans les territoires géographiquement adjacents à la Russie elle-même.

[1] Une version antérieure de ce document a été présentée lors de la 27th International Humanitarian and Security Conference of Webster University Geneva, le 1er novembre 2022.
[2] https://www.crisisgroup.org/europe-central-asia/caucasus/armenia-azerbaijan-nagorno-karabakh-conflict/upholding-ceasefire
[3] https://www.reuters.com/world/kyrgyzstan-says-death-toll-border-conflict-rises-36-2022-09-18/
[4] https://warontherocks.com/2022/10/as-russia-reels-eurasia-roils/
[5] https://www.foreignaffairs.com/central-asia/end-post-soviet-order
[6] https://www.rferl.org/a/russia-troops-tajik-base-redeployed-ukraine/32033791.html
[7] https://www.opendemocracy.net/en/kyrgyzstan-arc-of-crisis/
[8] https://slate.com/news-and-politics/2022/10/russia-men-fled-women-left-behind.html

Vicken Cheterian 
Article reçu le 14 novembre 2022 ; traduction rédactionA l’Encontre
http://alencontre.org/europe/russie/apres-linvasion-de-lukraine-par-la-russie-une-vague-de-destabilisation-du-caucase-a-lasie-centrale.html

Caucaso e Asia centrale, un’ondata di destabilizzazione
https://refrattario.blogspot.com/2022/11/caucaso-e-asia-centrale-unondata-di.html
Tras la invasión rusa de Ucrania: desestabilización de las repúblicas exsoviéticas
https://vientosur.info/tras-la-invasion-rusa-de-ucrania-desestabilizacion-de-las-republicas-exsovieticas/

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Avec l’aimable autorisation du site leshumanités

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La main dans le sac du génocide

Alors que se poursuit la déportation d’enfants ukrainiens en Russie, révélations exclusives sur Maria Lvova-Belova, la cheffe d’orchestre d’une politique systématique que l’écrivain Jonathan Littell relie à des pratiques nazies davantage qu’au passé soviétique de la Russie. L’enquête des humanités prouve toutefois qu’au-delà du cas de Maria Lvova-Belova et de ses allures de dame patronnesse, le véritable instigateur de cette politique génocidaire n’est autre que Vladimir Poutine. Mais s’il s’agit bien d’intentions génocidaires, les gouvernements occidentaux devraient agir sans tarder à leur prévention. On est loin du compte, et pendant ce temps, les « évacuations » forcées se poursuivent à un rythme soutenu.

C’est un geste, complaisamment ou négligemment filmé, on ne sait, qui est à lui seul un immense pied de nez à la communauté internationale. Le 11 novembre dernier, Maria Lvovava-Belova est en visite, sous bonne escorte militaire, dans les régions de Kherson et de Zaporijjia récemment annexées par la Russie. Dans des images tournées par la chaîne Zvezda, compagnie de télévision des forces armées russes, on la voit arriver à la nuit tombée, en sweat-shirt bleu logotypé de la lettre Z, dans un internat pédiatrique. La localisation précise n’est pas indiquée, mais la scène semble se situer à Henitchesk, ville de 20 000 habitants sur la mer d’Azov, assez loin de la ligne de front.

Maria Lvova-Belova y tient une réunion avec les responsables de la structure, puis pénètre dans la pouponnière. Les images sont furtives, mais on voit distinctement Maria Lvova-Belova se saisir d’un bambin dans un lit d’enfant, et aussitôt le confier à un militaire.

Les humanités ont déjà révélé, dès le 9 septembre, le rôle joué par Maria Lvova-Belova, commissaire de la Fédération de Russie aux droits de l’enfant (sic) et son implication personnelle dans l’enlèvement et la déportation d’enfants de Marioupol et du Donbass (Lire ICI). Mais c’est la toute première fois qu’on la voit aussi directement prise « la main dans le sac ». Le fait qu’elle ait elle-même publié cette vidéo sur son compte Telegram en dit long sur l’impunité dont elle pense se prévaloir. [1]

Pire encore : après avoir confirmé lors d’une conférence de presse le 26 octobre dernier, qu’elle avait bel et bien « adopté » un adolescent de 16 ans qu’elle avait été en personne « prélever » à Marioupol, cette nouvelle « mise en scène » d’enlèvement est un nouveau camouflet à l’encontre des instances internationales (Nations Unies, UNICEF, Croix-Rouge internationale) qui, de fait, restent pitoyablement silencieuses sur le sujet des déportations d’enfants. C’est, enfin, la preuve d’un total mépris pour la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948 et des Conventions de Genève relatives aux droits de l’enfant.

Les Nations Unies, Maria Lvova-Belova s’en souciait pourtant, en mars dernier, lorsqu’elle écrivait à Michelle Bachelet, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, pour dénoncer « le harcèlement à grande échelle des enfants russes et russophones à l’étranger. » A l’appui de ses dires, elle mentionnait alors l’appel d’une femme vivant en Italie depuis 20 ans : « son fils ne veut plus aller à l’école car il est victime d’intimidation en raison de ses origines russes. » Elle faisait encore état de prétendus rapports (dont personne n’a jamais entendu parler) provenant « de France, d’Espagne, de la République tchèque et de Pologne [où] le degré de russophobie est devenu incroyablement élevé » : « une campagne anti-russe sans précédent a été déclenchée et est activement alimentée par les médias. Cette situation exige non seulement une attention particulière mais aussi une condamnation résolue car elle est incompatible avec les idéaux inscrits dans la Charte des Nations unies et les articles de la Convention relative aux droits de l’enfant. »

Dans une logique qui vise à faire passer l’agresseur pour victime, cette antienne de la « russophobie » est un leitmotiv. A la mi-août, le directeur adjoint du Patriarcat de Moscou, l’évêque Savva (Tutunov) de Zelenograd, étroitement lié à l’Église orthodoxe russe de Paris où il a fait une partie de ses études, dénonçait la « politique d’abolition de la culture russe », qui se serait, selon lui, intensifiée en France, et aurait pris pour cible les enfants. Aucun élément concret, mais de vagues accusations : « un enfant, descendant de la cinquième génération de l’émigration russe », aurait « exprimé le désir d’apprendre le russe comme deuxième langue. Les enseignants l’en auraient dissuadé au motif que « tous les Russes sont mauvais ». » Et dans une autre classe, un élève « aurait été obligée de s’habiller en jaune et bleu » en soutien à l’Ukraine.

De tels délires sont abondamment repris par des sites de propagande pro-russes, et tandis que le patriarche Kirill donne la sainte bénédiction à Maria Lvova-Belova (comme il bénissait, au début de la guerre, les missiles russes qui allaient tuer des civils en Ukraine), le gouvernement français a décidé d’épargner de toute sanction la richissime Église orthodoxe russe de Paris !

Vladimir Poutine : « L’État russe est gardien et protecteur des valeurs spirituelles et morales traditionnelles, l’héritage spirituel de la civilisation mondiale »

En Ukraine, pour le Kremlin, les conventions internationales sont sans objet. Inspiré par des idéologues ultranationalistes comme Alexandre Douguine, Konstantin Malofeev, Alexandre Prokhanov, et Timofei Sergueitsev (dont les humanités avaient traduit et édité, début avril, l’effarante tribune publiée par l’agence officielle RIA Novosti), qui ne cessent de le marteler sur tous les tons depuis 2014 et la révolution de Maïdan, Vladimir Poutine considère que l’Ukraine n’aurait jamais dû exister en tant que nation indépendante, et donc, n’existe pas. CQFD. L’invasion qui a commencé le 24 février n’est pas une guerre mais une « opération militaire spéciale » qui relève, en gros, des affaires intérieures russes. Pour faire gober cette machination à l’opinion publique russe, le terrain a été préparé de longue date par la propagande, visant à faire passer la nation ukrainienne comme un repaire « d’ukronazis » (à l’exception des valeureux résistants héroïques et pro-russes du Donbass, pour la plupart un ramassis de zozos et de voyous), lesquels « ukronazis » sont naturellement soutenus par un « Occident collectif » décadent auquel, seule dans sa grandeur impériale, s’oppose la Sainte Russie, dernier rempart des valeurs traditionnelles. Les « droits de l’homme » sont une invention de cet Occident décadent, CQFD bis.

« L’État russe à l’étranger est de plus en plus perçu comme gardien et protecteur des valeurs spirituelles et morales traditionnelles, l’héritage spirituel de la civilisation mondiale », écrit Poutine dans un décret signé le 5 septembre approuvant le « concept de la politique humanitaire de la Fédération de Russie à l’étranger ». Ce n’est plus de l’impérialisme, c’est de la folie pure et simple ; folie à laquelle Maria Lvova-Belova s’empresse naturellement d’emboîter le pas lorsqu’elle se félicite de l’appel à mobilisation lancé le 21 septembre par le président russe, puisqu’il s’agit de « protéger le peuple frère des nazis ». « La Russie n’abandonne pas son peuple, surtout ses enfants ! », a-t-elle ajouté dans la presse russe. Or, « les enfants des républiques du Donbass sont notre propre sang, et il n’y a depuis longtemps aucune frontière entre la Russie et la région. Les enfants de ces républiques sont les nôtres ! »

Il n’est donc guère étonnant de retrouver Maria Lvova-Belova, orchestratrice en chef des déportations d’enfants d’Ukraine en Russie, en première ligne d’un autre combat : ces derniers temps, elle s’est beaucoup activée pour que la Douma d’État adopte, en sus d’une législation destinée à davantage réprimer toute forme de propagande homosexuelle, des dispositions visant à interdire, plus largement, tout ce qui serait « contraire aux valeurs traditionnelles. »

Au premier rang de ces valeurs traditionnelles figure bien évidemment un patriotisme absolu. La dernière proposition en date de Maria Lvova-Belova : rétablir dans toutes les écoles de la Fédération de Russie une formation militaire : « Il faut absolument faire revivre l’esprit patriotique » et « créer pour les enfants des héros qu’ils aient envie de suivre. » Et pour ceux qui, déportés depuis Marioupol et le Donbass, auraient quelque réticence à spontanément approuver l’esprit et la nationalité russes, un petit passage en camp de rééducation devrait suffire à les remettre dans le droit chemin. Maria Lvova-Belove ne parle évidemment pas de camps de rééducation, même en Russie, ça fait mauvais genre. Elle parle de « camps de santé » où les enfants seront suivis par des équipes de psychologues et de psychiatres. Aux petits-oignons, on imagine bien. Mais communiquer tout cela à l’UNICEF et à la Croix-Rouge internationale (qui ne demandent d’ailleurs rien) ? Il ne faut quand même pas exagérer.

Les masques, toutefois, tombent assez vite. En concertation avec Ramzan Kadyrov, un premier groupe d’adolescents « difficiles » vient d’être envoyé, jusqu’au 18 novembre, dans un camp « militaro-patriotique » en Tchétchénie ! [2]. A ce rythme-là, les plus âgés pourraient ne pas tarder à être envoyés en Ukraine… se battre contre leur propre pays…

Est-ce cette seule perspective qui fait rire de bon cœur, et en franche camaraderie, l’orthodoxe Marie Lvova-Belova et l’islamiste Ramzan Kadyrov ? L’épouse de ce dernier vient d’être désignée par Poutine « mère-héroïne » (une « distinction » ressuscitée de l’ère soviétique) pour avoir enfanté onze marmots. Entre temps, Kadyrov a secrètement épousé une seconde femme, beaucoup plus jeune, qu’il a croisé dans un concours de beauté alors qu’elle n’avait pas encore 15 ans [3]. Peu importe que la polygamie ne soit guère conforme aux « valeurs traditionnelles » que prétend défendre Maria Lvova-Belova   les voies du Seigneur sont impénétrables, et Kadyrov a toujours proclamé que la loi islamique était supérieure aux lois russes. Donc, fricoter avec un barbouze assassin qui hurle vingt fois par jour Allahu akbar, ça ne pose pas de problème ; en revanche, imaginer un quart de seconde que les Ukrainiens, ces « petits-russes », puissent s’enticher de démocratie ; là, c’est franchement intolérable.

Maria Lvova-Belova ou l’art de la peluche
Mais comme l’enfer est, paraît-il, pavé de louables intentions, fussent-elles doublées du plus extraordinaire cynisme, s’est sous des atours de dame charitable que Maria Lvova-Belova vante son action auprès de l’opinion publique russe. Omettant de dire que sans les bombardements incessants qui ont fait de la ville de Marioupol une ruine béante, il n’y aurait eu autant de drames humains, elle se présente en sauveuse d’enfants transformés en orphelins. Et ceux qui ont abusivement été séparés de leurs parents dans les sinistres « camps de filtration » deviennent des enfants « privés de soins parentaux ».

Le mode opératoire est rôdé : chaque fois que Maria Lvova-Belova est allée en personne dans le Donbass vider orphelinats et internats, elle s’est parée des attributs de la « mission humanitaire », arrivant les bras chargés de cadeaux, de vêtements, de gâteaux, et surtout de peluches, pour les tout-petits. Des peluches énormes, ostentatoires. C’est donnant-donnant : je te donne une peluche, tu me donnes ta liberté. La peluche est un appât, similaire aux friandises que les violeurs-pédophiles proposent aux petits enfants à la sortie des écoles pour accepter qu’ils les suivent. Maria Lvova-Belova est de cette engeance-là : sous des allures toujours souriantes (d’ancienne chanteuse de pop music qui a raté sa carrière), veille une âme de redoutable prédatrice. Début octobre, alors que 234 enfants raflés dans le Donbass étaient sur le point d’atterrir sur un aérodrome militaire de la région de Moscou, elle disait ressentir « une excitation inexprimable et des larmes de joie. » Voler et déporter des enfants, ça l’excite…

Nom de code : « The day after tomorrow ». Au nom de cette « mission humanitaire », Marie Lvova-Belova s’est attaché la complicité de la Croix-Rouge russe, mais pas seulement : début octobre, au moment-même où 76 enfants supplémentaires allaient être déportés de la région de Louhansk, le comité international de la Croix-Rouge acceptait d’être accrédité auprès des autorités de cette « république » autoproclamée [4].

Mais au fait, qui est Maria Lvova-Belova ?
Il n’est pas facile de retracer avec précision sa biographie, qu’elle a en grande partie modelée sur mesure. Née à Penza, le 25 octobre 1984, elle confie sur son compte Télegram : « Je me souviens que notre famille nombreuse était au bord de la pauvreté dans les turbulentes années 1990. Nous n’avions pas assez d’argent, même pour la nourriture. » Une famille au bord de la pauvreté ? Après des études d’ingénieur, son père, Alexei Lvov-Belov, a suivi une carrière artistique.
D’après l’agence Penza News, dans ces fameuses années 1990, il a commencé à travailler comme enseignant à l’école de culture et d’art de Penza, puis a dirigé divers ensembles de pop et de jazz, participant même à des festivals et des concours russes et internationaux. Nommé en 2009 directeur artistique de la société philharmonique régionale de Penza, il est depuis 2014 directeur artistique du théâtre musical de Krasnodar. Ce n’est pas, à première vue, le profil type du citoyen-russe-lambda-à-mourir-de-faim, mais en faisant référence aux « turbulentes années 1990 », Maria Lvova-Belova s’inscrit pleinement dans le rejet des années Elstine qui a fondé l’accession au pouvoir de Poutine.
Elle confie encore avoir
« décidé dès son plus jeune âge qu’elle voulait aider les orphelins et les personnes handicapées ». Une « vocation » qui serait née après vu pour la première fois, encore adolescente, un enfant abandonné ; elle se serait alors « promis d’aider à l’avenir les enfants orphelins. » C’est sympathique, sauf que là encore, la réalité semble passablement arrangée. Parce que c’est d’abord, dans les pas de papa, une carrière musicale à laquelle se destine la jeune Maria Lvova-Belova. Dans le collège pour la culture et les arts où enseigne son père, elle choisit la direction d’orchestre, rien de moins, et poursuit sa formation à l’Académie d’État de la culture et des arts de Samara, d’où elle sort avec un diplôme de chef d’orchestre… dont des journalistes russes indépendants n’ont jamais réussi à retrouver la moindre trace. D’autant plus gênant qu’en vertu de l’article 4 de la loi fédérale russe « sur les commissaires aux droits de l’enfant dans la Fédération de Russie », un.e fonctionnaire de ce niveau est normalement tenu.e d’avoir eu une formation supérieure.
Cette même année de diplôme suspect (2002), elle rencontre Pavel Kogelman, programmeur informatique qu’elle épouse l’année suivante. Leur fille aînée naît deux ans plus tard, puis un garçon, puis un troisième enfant en 2010, accompagné la même année de quatre enfants adoptifs. Maria Lvova-Belova n’a peut-être pas renoncé à devenir chef d’orchestre, mais c’est dans le social et le caritatif qu’elle va commencer à prendre la baguette et mettre en musique son sens des affaires.

En 2014, elle crée une première Fondation, Quartier de Louis (en hommage, paraît-il, à Louis Armstrong) : un projet de réhabilitation et d’adaptation sociale destiné à préparer les diplômés des orphelinats et des pensionnats présentant différents niveaux de handicap à une vie indépendante. Dans la foulée, le « Quartier de Louis » s’agrandit avec trois nouveaux équipements, dont « les Nouveaux rivages », un manoir de campagne « pour la réhabilitation et l’adaptation des résidents », et la « Maison de Veronika », pension pour les enfants des orphelinats souffrant de handicaps graves, qui va devenir le fer de lance de l’action publique de Maria Lvova-Belova.

Car Lvova-Belova est, dans le même temps, entrée en politique, au sein de la Chambre publique de la région de Penza, puis à partir de 2017, de la Chambre publique de la Fédération de Russie. Cela facilite grandement les aides publiques dont elle a besoin pour financer ses institutions privées… Distinguée en 2020 parmi les « Leaders de Russie », elle rencontre à cette occasion Vladimir Poutine, qui la nomme en novembre 2021 Commissaire de la Fédération de Russie pour les droits de l’enfant.

Entre temps, un premier couac est venu ternir la jolie réputation de la Maison de Veronika. Dès la première année de fonctionnement de cette pension, Ilmir Valiev, un chômeur en fauteuil roulant, est décédé à l’hôpital clinique de Penza après avoir manqué deux dialyses successives. Des journalistes qui ont enquêté sur ce cas se sont aperçus que le jeune homme n’avait pu payer le taxi pour se rendre à l’hôpital, sa pension étant intégralement affectée au remboursement d’un prêt que Maria Lvova-Belova l’avait obligé à contracter pour payer… ses frais de séjour à la Maison de Veronika. D’autres résidents avaient alors fait savoir que cette pratique de prêts contraints était quasi-systématique.

D’autres morts suspectes sont intervenues dans les établissements gérés par Maria Lvova-Belova. Le dernier en date, le 12 octobre 2022, concerne une jeune fille handicapée, Sasha Seliverstova, dont le cas avait été abondamment médiatisé trois ans plus tôt pour organiser une collecte de fonds. Des observateurs se sont étonnés de la totale indifférence affichée par Maria Lvova-Belova au décès de Sasha. La raison, peut-être, de ce silence ? Le site indépendant Bloknot révèle qu’une altercation avait eu lieu entre l’aujourd’hui commissaire russe aux droits de l’enfant et la jeune handicapée : celle-ci avait réclamé, en vain, des fruits indispensables à son régime alimentaire. La jeune fille est-elle morte de cette carence alimentaire ? On ne saura sans doute jamais.

Mais comme l’écrit l’enquête de Bloknot : « Bien sûr, il est possible que Maria Lvova-Belova soit une véritable militante, animée par le désir de faire le bien, et que les tragédies qui lui sont associées ne soient qu’un malheureux concours de circonstances. Mais cela pourrait aussi être l’inverse : il s’agit d’une jeune femme au cœur complètement froid pour qui les personnes qui l’entourent ne sont que des outils pour atteindre des objectifs personnels de carrière, politiques ou même financiers. Même les personnes les plus proches d’elle ne font pas exception, notamment les enfants placés en famille d’accueil et les personnes handicapées couvertes par les projets « Quartier de Louis » et « Maison de Veronika » dans sa ville natale de Penza. »

Cette bonne dame patronnesse, dont le mari a été ordonné prêtre orthodoxe en 2019, et qui a elle-même reçu la bénédiction d’un représentant du patriarche Kirill, est en tout cas au four et au moulin pour organiser la déportation des enfants d’Ukraine et leur adoption en Russie. L’annexion à la hussarde des régions de Kherson et de Zaporijjia, en plus de celles de Donetsk et de Louhansk, libère même de misérables obstacles administratifs : les frontières. Au lendemain du discours d’annexion de Poutine, elle s’est réjouie que son « travail », jusqu’à présent artisanal, « puisse devenir systématique ».

Les dernières informations en provenance des régions de Kherson et de Zaporijjia confirment hélas cette tendance. Dans la région de Kherson, avant la libération de la ville par les forces ukrainiennes, environ 300 enfants ont été enlevés à leurs familles au motif fallacieux de leur offrir une semaine de vacances, « vacances » dont ils ne sont jamais revenus. Le 12 novembre dernier, 52 enfants supplémentaires ont été retirés d’un hôpital pédiatrique et conduits vers une zone « sûre » non spécifiée en Russie, dans le cadre d’un programme de « relocalisation médicale ». Et c’est loin d’être fini : des responsables russes de l’oblast de Zaporijjia ont récemment déclaré que le transfert de plus de 40 000 enfants était encore prévu dans les prochaines semaine !

Côté russe, la « machine à adopter » semble connaître quelques ratés. Malgré les efforts déployés par Maria Lvova-Belova en lien avec un certain nombre de gouverneurs régionaux, et malgré les émoluments qui leur sont proposés, les familles candidates pour l’adoption n’ont pas l’air de se bousculer au portillon. Pour susciter des vocations, d’éminents milblogueurs russes ont commencé à faire circuler le 9 novembre une série de documentaires en plusieurs parties présentant des enfants ukrainiens du Donbass adoptés par des familles russes. L’une de ces vidéos montre un adolescent « évacué » après avoir été blessé à Marioupol, aujourd’hui employé… dans un atelier de réparation de matériel militaire !

Un seul référent : Vladimir Poutine
Quel que soit le zèle tout particulier déployé par Maria Lvova-Belova pour mettre en œuvre cette déportation massive d’enfants ukrainienne, elle n’est « que » cheffe d’orchestre d’une stratégie délibérée, qui a été élaborée bien avant sa nomination comme commissaire de la Fédération de Russie aux droits de l’enfant. Comme l’indique la juriste ukrainienne Kateryna Rashevska, « la Russie a commencé à déplacer puis adopter illégalement des enfants ukrainiens depuis l’occupation de la Crimée en 2014 » (Lire ICI). Et dès avant l’invasion russe, le 24 février dernier, les structures de déportation, à commencer par les camps de filtration, étaient prévues et organisées. Les enfants sont les premières victimes d’une politique qui repose sur l’obsession martelée par certains idéologues ultra-nationalistes, et reprise par Vladimir Poutine : l’Ukraine, en tant que nation indépendante, n’aurait jamais dû exister, et donc, n’existe pas. L’Ukraine n’est rien d’autre que la « petite Russie » et doit rentrer dans le giron. Son patrimoine culturel doit être détruit et pillé, ses enfants doivent être « russifiés ». Maria Lvova-Belova ne dit rien d’autre : les enfants raflés en Ukraine sont « de retour à la maison » : « les enfants de ces républiques sont les nôtres », déclarait-elle à l’agence Tass.

Maria Lvova-Belova n’a qu’un seul supérieur hiérarchique : Vladimir Poutine en personne. Et c’est à lui qu’elle rend compte, directement, de son entreprise de déportation.

Le 9 mars 2022, une quinzaine de jours seulement après le début de l’invasion russe en Ukraine, la commissaire aux droits de l’enfant est reçue par le maître du Kremlin. Le script de leur rencontre (sans doute en partie expurgé) est publié par le site du Kremlin. « Il va sans dire que votre travail est l’une des activités les plus importantes », précise d’emblée Vladimir Poutine. Maria Lvova-Belova précise qu’elle souhaite « coordonner les aspects stratégiques de notre travail avec vous, mon supérieur immédiat ». Elle informe le président que « 1 090 orphelins de diverses structures d’accueil sont arrivés [en Russie]. Certains pourraient être mis dans des logements temporaires, tandis que ceux qui ont la nationalité russe pourraient s’installer définitivement ». « – Pourquoi seulement ceux qui ont la nationalité russe ? Cela doit s’appliquer quelle que soit leur citoyenneté », répond Vladimir Poutine. C’est que, objecte Maria Lvova-Belova, « il y a des réserves juridiques à prendre en compte ». « – Dites-moi simplement ce qu’elles sont, et nous travaillerons à supprimer ces obstacles », conclut Poutine. Fin mai, il signera le décret permettant d’attribuer la nationalité russe aux enfants déportés d’Ukraine, rendant ainsi possible leur adoption.

Maria Lvova-Belova a bénéficié à plusieurs reprises des services du ministère russe de la Défense, notamment lorsqu’il s’est agi, le 7 octobre octobre dernier, d’acheminer 234 enfants raflés dans le Donbass, à bord de trois avions militaires qui ont livré leur « cargaison » sur le tarmac de l’aérodrome militaire de Chkalovsky, à Moscou.

Mais Vladimir Poutine est le seul auquel Maria Lvova-Belova rend compte, directement, de la mission dont elle a été chargée, et à laquelle le président russe prête la plus grande attention. Le 25 octobre dernier, elle rencontre à nouveau Vladimir Poutine et lui expose une difficulté imprévue : certaines des familles sollicitées pour adopter ces enfants sont conscientes qu’elles pourraient elles aussi être poursuivies pour complicité de crimes de guerre. Le lendemain, Lvova-Belova donne la conférence de presse où elle confie qu’elle a elle-même adopté un adolescent de Marioupol (façon d’inspirer confiance à des familles hésitantes ?).

Le 11 novembre dernier, enfin, Maria Lvova-Belova indique sur son compte Telegram : « Sur instruction, du président [Vladimir Poutine], nous travaillons dans les nouveaux territoires russes ». On ne saurait être plus clair : Poutine est, en personne, le donneur d’ordre.

C’est loin de n’être qu’un détail. Les multiples cas de crimes de guerre dont la Russie s’est rendue coupable en Ukraine sont déjà plus nombreux qu’un tableau de médailles sur un torse de général ! Mais d’un point de vue juridique, il ne sera pas toujours aisé d’établir, pour un Tribunal pénal international, que la chaîne de commandement remonte directement jusqu’au président russe. Comment prouver que Poutine aurait personnellement donné l’ordre d’une pratique systématique de viols et d’actes de torture, par exemple ? Dans le cas des déportations et adoptions d’enfants, les preuves sont là : il suffit de recopier les publications de Maria Lvova-Belova sur son compte Telegram !

Et ce crime de guerre a un nom : génocide, comme l’a rappelé Sylvie Rollet, présidente de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre, lors de la conférence de presse co-organisée par cette association entre Paris et Kyiv, le 15 novembre dernier.

En outre, selon l’écrivain Jonathan Littell, dans cette même conférence de presse du 15 novembre, ces déportations d’enfants ont davantage à voir avec des précédents liés au nazisme plus qu’au passé soviétique de la Russie, où les déportations de populations, non moins dramatiques, étaient d’une autre nature.

Crime de génocide
Comme l’indique un récent rapport du New Lines Institute et du Centre Raoul Wallenberg, « la Russie porte la responsabilité de l’État pour les violations de l’article II et de l’article III (c) de la Convention sur le génocide à laquelle elle est liée ». Le New Lines Institute et le Centre Raoul Wallenberg rappellent en outre que ce « risque très sérieux de génocide (…) déclenche l’obligation de prévention des États en vertu de l’article I de la Convention sur le génocide. »

Ces deux ONG ont réuni une équipe de juristes et d’experts en génocide, un second groupe d’enquêteurs spécialisés dans le renseignement de sources ouvertes (OSINT), et des linguistes qui ont pu utiliser les nombreuses sources primaires que cette guerre a déjà créées. Le rapport issu de ces travaux pointe très précisément, sur 47 pages (PDF ci-dessous téléchargeable), les raisons pour lesquelles il existe « des motifs raisonnables de conclure que la Russie est responsable d’une incitation directe et publique à commettre un génocide, et d’un génocide fondé sur une intention de détruire en partie le groupe national ukrainien ». Et dans ce contexte, « le transfert forcé d’enfants ukrainiens vers la Russie est un acte génocidaire au sens de l’article II (e) de la Convention sur le génocide. »

Une analyse juridique indépendante des violations de la Convention sur  le génocide par la Fédération de Russie en Ukraine et de l’obligation de prévenir : Génocide_rapportfinal New Lines Institute Centre Wallenberg

Enfin, le New Lines Institute et le Centre Raoul Wallenberg rappellent que « la Convention sur le génocide impose aux États une obligation juridique minimale de prendre chacun des mesures raisonnables pour contribuer à la prévention du génocide, une obligation qui s’étend de manière extraterritoriale et s’applique indépendamment du fait que les actions d’un État suffisent ou non à prévenir le génocide. » A interpréter stricto-sensu cette mise en garde, la quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernement européens pourraient être ultérieurement poursuivis pour absence de mise en œuvre de mesures de prévention de génocide. Et le premier à comparaître sera Emmanuel Macron qui, afin de ne pas « humilier » Vladimir Poutine, a refusé le 1  avril dernier, d’employer l’expression « génocide », précisément parce que « reconnaître ce crime entraînerait un devoir d’assistance »… Ce qui s’appelle donc, clairement, un refus d’assistance à peuple en danger. On comprend mieux pourquoi il est inutile d’espérer de l’Élysée quelque position que ce soit sur le sujet des déportations d’enfants, ce qui est donc une forme de blanc-seing laissé à Vladimir Poutine et à « la cheffe d’orchestre » Maria Lvova-Belova…

Jean-Marc Adolphe
(à suivre dans les prochains jours : une liste nominative des personnalités ayant apporté leur concours à la politique génocidaire de déportation / adoption d’enfants ukrainiens en Russie.)

Notes
[1]. « Être inscrite sur les listes de sanctions, c’est un honneur réservé aux héros (Попадание в санкционные списки – это как звезда героя) », a déclaré Maria Lvova-Belova début novembre. « Nous poursuivrons notre mission. Les sanctions ne nous arrêteront pas. »
[2]
. Ce camp s’appelle « Gorny Klyuch » (Горный ключ), il est situé à la périphérie du village de Serzhen-Yurt, dans le district de Shalinsky, et l’opération est baptisée « Puissance du Caucase » («Сила Кавказа»).
[3]
. Aujourd’hui âgée de 30 ans, Fatima Khazuyeva est propriétaire d’un palace à Grozny, juste en face la résidence officielle de Kadyrov, et de trois luxueux appartements à Moscou, pour une valeur totale estimée à quatre millions d’euros… Le blogueur tchétchène Tumso Abdurakhmanov, à l’origine de ces révélations, a fait l’objet d’une tentative d’assassinat en février 2020 en Suède, où il s’était réfugié. L’enquête a révélé que les deux auteurs de la tentative d’assassinat, Ruslan Mamaev et sa complice Elmira Shapiaeva, avaient reçu une somme de 60 000 € pour exécuter le crime, qui avait l’objet de préparatifs à Grozny et Moscou. Les commanditaires, parfaitement identifiés, Kadyrov himself et le président du parlement tchétchène, Magomed Daudov, n’ont jamais été inquiétés.

https://www.leshumanites-media.com/post/la-main-dans-le-sac-du-génocide

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Invitation à la 1ère édition de Memorial Lecture

MEMORIAL_LECTURE_2022_FB_FR

https://memorial-france.org/1st-memorial-lecture/

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Ukraine et Belarus : Ukraine et Belarus : Paroles de femmes en lutte

La guerre déclenchée par Poutine en Ukraine a mis en exergue la place des femmes dans la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette place des femmes s’inscrit dans l’histoire des peuples de l’ex-URSS, avant et après leur indépendance en 1991. Le 14 juin 2022, lors d’une soirée en soutien avec le peuple ukrainien, quatre femmes, d’Ukraine et du Belarus, prenaient la parole et rappelaient leurs combats et ceux de leur peuple. Des paroles retranscrites ci-après.
Télécharger le document : Ukraine_Belarus_paroles_de_femmes_Couleur-3

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Liens avec d’autres textes

Guerre en Ukraine : Ces soldats russes ne comprennent pas pourquoi ils se battent
Dans la région de Donetsk, annexée par la Russie, les échos du front ne sont pas de bon augure pour le Kremlin, accusé d’utiliser ses soldats comme de la chair à canon.
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/guerre-en-ukraine-ces-soldats-russes-ne-comprennent-pas-pourquoi-ils-se-battent_210035.html
Darina Sainiciuc : Le droit des femmes en Ukraine
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64643
Marta Dropa :
Aider, résister en Ukraine
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64642
Première condamnation pour violences sexuelles pendant la guerre en Ukraine
Le 2 novembre, le tribunal du district de Novozavodsk à Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, a prononcé une peine par contumace à l’encontre de deux militaires russes accusés d’avoir abusé d’habitants d’un village occupé dans cette région en mars 2022. Éclairage sur un procès qui s’est souvent déroulé à huis clos.
https://www.justiceinfo.net/fr/108686-premiere-condamnation-violences-sexuelles-guerre-ukraine.html?
Vladimir Poutine et le fiasco des services secrets en Ukraine
https://theconversation.com/vladimir-poutine-et-le-fiasco-des-services-secrets-en-ukraine-194206
Guerre en Ukraine : ce que l’on sait sur les transferts forcés et les déportations de civils ukrainiens vers la Russie 
https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/actualites/guerre-en-ukraine-transferts-forces-et-deportations-de-civils-ukrainiens-vers-la-russie
Guerre en Ukraine : ce que l’on sait des actes de torture rapportés à Kherson et décrits comme un « phénomène » d’une ampleur « horrible »
Depuis la libération de cette grande ville du sud du pays, les témoignages se multiplient, après huit mois d’occupation des forces russes.
https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/guerre-en-ukraine-ce-que-l-on-sait-des-actes-de-torture-rapportes-a-kherson-et-decrits-comme-un-phenomene-d-une-ampleur-horrible_5484453.html

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Tous les textes précédemment publiés 
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :
https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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