Journée internationale de lutte pour l’élimination des violences masculines à l’égard des femmes (et autres textes)

Pour le 25 novembre, journée internationale de lutte pour l’élimination des violences masculines à l’égard des femmes, nous appelons à une contre-offensive féministe qui combat à la racine le continuum des violences patriarcales.

Les violences faites aux femmes sont symptomatiques d’une société où les filles et les femmes sont méprisées et déshumanisées. La lutte contre ce système de domination doit passer par un changement radical de la société, qui tarde à se concrétiser.

Une fille sur 5 dans le monde subit une violence sexuelle, une femme sur 3 a subi une forme de violence physique et/ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans, au moins 210 000 femmes en France sont victimes de violences conjugales chaque année. En France, tous les 3 jours, un homme tue sa compagne ou ex-compagne.

Les filles et les femmes subissent harcèlement, agressions, viols, mutilations sexuelles, traite sexuelle ou prostitution, ce qui forme un continuum de violences, frappant les femmes dans tous les espaces, publics et privés : au travail, dans la rue, au foyer… Cette terreur patriarcale nous affecte toutes et accable notamment celles qui sont à l’intersection de plusieurs systèmes d’oppression : les femmes en situation de handicap, les femmes victimes de racisme, les femmes en situation de précarité, les lesbiennes.

Ces violences masculines sont structurelles, elles sont le produit concret d’une société patriarcale qui a hiérarchisé le rapport entre les deux sexes et a consacré la domination masculine et la haine des femmes. La banalisation des violences faites aux filles et femmes découle de cette haine misogyne profondément ancrée dans notre société.

La contre-offensive féministe doit donc être culturelle et combattre le pilier de la propagande patriarcale qu’est la pornographie. Elle alimente la haine des femmes, la haine raciale, la pédocriminalité et la culture du viol, fait l’apologie de l’humiliation et la déshumanisation des filles et des femmes, et favorise la glamourisation et  l’érotisation des violences sexuelles.

L’élimination des violences faites aux femmes et aux filles passe également par une contre-offensive politique, à commencer par des moyens conséquents, qui manquent toujours, malgré les grands discours de notre gouvernement autour de la grande cause du quinquennat. 

  • Nous réclamons un milliard pour lutter contre toutes les violences. Pour la justice, pour des hébergements d’urgence, pour la prise en charge psychotraumatique des victimes, pour la formation, l’éducation et la prévention aux violences de l’ensemble des intervenant.es auprès des victimes (police, justice, santé, social…) et du public, pour le financement des associations d’accompagnement en particulier féministes.

  • Nous réaffirmons que les corps des femmes ne sont pas à vendre. Nous voulons une lutte efficace contre le proxénétisme, le trafic d’êtres humains, et toutes les violences prostitutionnelles et pornocriminelles. Nous exigeons que l’Etat français fasse appliquer la loi de 2016 sur tout le territoire, en y allouant les moyens nécessaires. Nous sommes aux côtés de toutes les femmes victimes de violences pornocriminelles, dont la libération actuelle de la parole, immensément courageuse, fait vaciller toute l’industrie pornocriminelle.

  • Nous voulons la justice. Au contraire du garde des Sceaux qui a invité ses magistrats à davantage classer sans suite pour traiter l’augmentation des plaintes depuis #METOO, nous exigeons la fin du déni de justice : des plaintes prises correctement, des moyens pour protéger les victimes, des instructions menées, sans classement sans suite ou déqualifications trop systématiques, l’imprescriptibilité des viols contre mineur.es

  • Nous demandons la création de juridictions spécialisées en matière de violences sexistes

Pour le 25 novembre, nous revendiquons un changement de société radical. Toutes et tous mobilisé.escontre le système de domination et pour l’émancipation des femmes et des filles ! 

Premièr·es signataires
Fabienne El Khoury, porte-parole d’Osez le Féminisme !
Dominique Guillien Isenmann, présidente et Françoise Brié, directrice générale de la Fédération Nationale Solidarité Femmes
Laurence Rossignol,  
présidente de l’Assemblée des Femmes
Danielle Bousquet, présidente de la Fédération nationale des Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (FNCIDFF)
Emmanuelle Piet, présidente du Collectif Féministe Contre le Viol
Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie
Mié Kohiyama, co-fondatrice de BeBraveFrance
Claire Quidet, présidente du Mouvement du Nid
Marie-Hélène Franjou, présidente de l’Amicale du Nid
Yves Scelles, président de la Fondation Scelles
Le collectif Féminicides par compagnons ou ex
Céline Thiebault-Martinez, 
présidente de La Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF)
Marie Josèphe Devillers, co-présidente de la CIAMS Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution
Noura Raad, co-présidente du Réseau européen des femmes migrantes (EnoMW)
Monique Dental, présidente et fondatrice du Réseau Féministe « Ruptures »
Jonathan Machler, directeur de la Coalition pour l’Abolition de la Prostitution – CAP International
Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris – élue PCF
Maud olivier, ancienne députée
Magali Gallais, adjointe au Maire à l’Egalité des droits à Clermont-Fd, PCF
Gabrielle Siry-Houari, maire-adjointe du 18e arrondissement de Paris, PS
Laurence Cohen, Sénatrice PCF
Wirden Shirley, élue PCF
Marie-Noëlle Bas, militante féministe
Florence Montreynaud, historienne
Geneviève Couraud, militante féministe

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Vies classées sans suite : pour l’adoption d’une loi cadre

Nous exigeons l’adoption d’une loi cadre, réclamée depuis des années par des associations féministes et financée à hauteur de deux milliards d’euros par an, contre les violences de genre.

Pour que la parole des victimes : des femmes, des personnes LGBTQIA+ et des enfants ne soit plus jamais remise en cause.

En2017, nous étions des millions à témoigner pour dénoncer les violences  sexistes et sexuelles que nous avions subies et subissons encore. Nous avons poussé un cri de colère, habité·es par l’espoir que la société nous entendrait ENFIN et agirait. Mais 5 ans après la propagation de ce hashtag qui a révélé le caractère systémique et massif de ces violences, est-ce que les choses ont profondément changé ? Non !

5 ans après, les victimes parlent encore, mais que fait la société de leurs paroles ? Elle les méprise et les remet en cause, préférant la présomption d’innocence accordée aux hommes accusés et la présomption de méfiance à l’égard des victimes. Que font la société, la police et la justice quand des femmes, des personnes LGBTQIA+ et des enfants témoignent ou portent plainte ? Elles acquittent les agresseurs et violentent à leur tour. Elles classent nos vies sans suite ! 

Nous parlons mais la société et les politiques refusent d’écouter. Nous multiplions les hashtags de #MeToo à #DoublePeine et ils n’agissent pas !

#MeToo avait offert l’occasion d’acter de politiques publiques efficaces, dotées du budget nécessaire pour en finir avec les violences de genre. Mais faute d’une réelle volonté politique, les soi-disant « grandes causes » des quinquennats et le Grenelle dédié n’ont pas produit de mesures à la hauteur. Le gouvernement aurait pu décider de politiques impulsant un changement en profondeur de la société. Il aurait dû. Mais au lieu de cela, il n’a rien fait, ou si peu que c’en est dérisoire. 

Et nous femmes, personnes LGBTQIA+, enfants continuons d’être discriminé·es, harcelé·es, agressé·es, violé·es. Nous continuons d’être tué·es.

Voilà la réalité, notre réalité.

Celle que nous endurons au quotidien ! 220 000 femmes se déclarent tous les ans victimes de violences conjugales ; plus de 700 féminicides ont eu lieu pendant les mandats d’Emmanuel Macron. 94 000 viols ou tentative de viols sont perpétrés chaque année en France mais seuls 0,6% des agresseurs sont condamnés ; 85% des personnes trans sont confronté·es à des agressions transphobes au cours de leur vie ; 165 000 mineur·es sont victimes de violences sexuelles chaque année et seulement 6% éloignées des agresseurs.

Notre réalité, c’est celle des violences psychologiques qui nous broient insidieusement, mais que la justice refuse de reconnaître. Oui, les insultes et le mépris quotidien sont des violences et doivent être reconnues comme telles.

Notre réalité, c’est celle de femmes précaires qui ne peuvent s’adresser à la justice parce qu’elles n’en ont pas les moyens. De victimes qui sortent plus appauvries et épuisées de leur parcours judiciaire. Celle de femmes racisées qui sont encore plus déconsidérées par la justice, et de femmes trans qui reçoivent des insultes transphobes de policiers lors des plaintes.

C’est celle d’enfants victimes d’inceste, de violences intrafamilliales et de pédocriminalité, abandonné·es à leur sort parce qu’on refuse de les écouter. 

Les victimes parlent. Mais que leur répond-on ? De porter plainte et de laisser la justice faire son travail. Alors que 65% des plaintes précédant des féminicides conjugaux sont classées sans suite, comme 80% des affaires de violences sexuelles. Alors que 46% des viols sont requalifiés en agression sexuelle. Nos parcours d’enquête et judiciaires sont émaillés de banalisation des violences, de refus de plainte, de violences sexistes et lgbtqiphobes.

Nous en avons assez des violences que nous infligent la police, la justice et la société lorsque nous parlons.

Assez de voir que les lois adoptées ne visent qu’à réprimer les auteurs une fois que les violences ont eu lieu, au détriment des mesures de prévention et de protection. La loi de juillet 2001 instaurant trois séances par an d’éducation à la vie sexuelle à l’école n’est toujours pas appliquée ; laissant les violences de genre se reproduire de génération en génération. 

Nous en avons assez de continuer à compter nos adelphes, mère, soeurs, ami·es, enfant·es, victimes de viol et d’inceste ou assassiné·es ; tandis que le gouvernement, lui, compte ses sous : faute d’un budget à la hauteur, il manque encore 15 000 à 30 000 places d’hébergement dédié aux victimes de violences conjugales. 

Mais pourrait-il en être autrement alors que les politiques, censés impulser des lois pour en finir avec les violences masculines, se refusent à agir face aux affaires ayant lieu en leur sein ? Comment pourrait-il en être autrement alors que le président de la République nomme des hommes accusés de violences sexuelles dans son gouvernement !? 

Pour en finir avec les violences patriarcales, nous ne pouvons nous contenter de réformes à la marge. Seul un profond changement de mentalité au sein de la société et des institutions peut le faire. Nous avons besoin de l’adoption d’une loi cadre sur les violences de genre, dotée d’un budget annuel de 0,1% du PIB (soit 2 milliards d’euros), et de réformes à tous les niveaux (accompagnement, prévention, protection). 

Une loi cadre qui instaurera un plan d’urgence pour la protection de l’enfance. Une loi qui permettra de déployer massivement tous les dispositifs de protection des victimes et d’augmenter les moyens alloués aux associations. Cette loi cadre doit aussi être l’occasion d’instaurer une aide financière pour toutes les victimes, et d’inscrire dans le marbre la formation obligatoire des profesionnel·les au contact des victimes. La justice et la police doivent aussi être remodelées, via la création de brigades et de juridictions spécialisées et formées, et l’inscription du terme féminicide et de la définition du viol basée sur le consentement dans le code pénal.

Ce changement de mentalité ne sera pas facile, nous le savons. Nous sommes prêt·es. 

Pour que nos vies ne soient plus classées sans suite, c’est aux politiques et aux institutions de faire changer cette société qui nous violente. S’ils ne le font pas, nous allons les y forcer.

Une loi cadre pour que nos vies ne soient plus classées sans suite. Nous l’exigeons, nous l’obtiendrons.

Signataires :
Lexie Agresti Autrice, militante, créatrice de @aggressively_tran
Léane 
Alestra Fondatrice de Mécréantes, militante féministe et autrice
Carima 
Amarouche Artiste
Sophia 
Antoine Militante féministe et activiste FEMEN
Collective des mères isolées Association nationale Collective des mères isolées/Association nationale
Clémentine 
Autain Députée
Khadija 
Azougach Avocate, militante féministe
Pauline 
Baron Journaliste et militante féministe, membre de la coordination
Sophie 
Barre Sophie Barre, #NousToutes
Emma 
Beatson Artiste
Nadhéra 
Beletreche Militante féministe et antiraciste
Andréa 
Bescond Féministe. Autrice. Réalisatrice.
Mélodie 
Besnier Militante féministe
Tiphaine 
Blot Journaliste
Léa 
Boman Doctorante et militante féministe
Sandrine 
Bouchait Présidente de l’Union Nationale des Familles de Féminicide
Touria 
Bouhouria Militante lgbt antiraciste les mille et une lesbienne et queers
Claire 
Bourdille Activiste et fondatrice du Collectif enfantiste
Pauline 
Boyer Co-autrice du Manifeste pour la non-violence
Coline 
Brou Membre de la coordination #NousToutes
Louise 
Brzezowska-Dudek militante féministe #metoothéâtre
Mélissa 
Camara Conseillère Municipale de Lille
Alizée 
Casagrande Co-fondatrice de l’association d’aide aux Victimes d’Inceste
Malcy 
Cathelineau Militante féministe
Anne 
Caubet Professeure Éducation Nationale
Pauline 
Cazin Militante féministe
Léa 
Chamboncel Journaliste politique et autrice
Judith 
Chemla Actrice
Jeanne 
Cherhal chanteuse
Carole 
Chotil Rosa Militante féministe, salariée d’une association accompagnan
Clarika Chanteuse
Magali 
Cocaul Médecin, militante féministe
Elina 
Coutenot Militante autiste et féministe
Madeline 
Da Silva Co-fondatrice observatoire VSS en politique. Maire-adjointe
Clara 
Da Silva Militante, enseignante
Emmanuelle 
Dancourt Présidente #MeTooMédia
Eva 
Darlan Comédienne
Alexandra 
De Assunçao Artiste peintre & militante féministe
Noémie 
de Lattre Artiste
Monique 
De Marco Sénatrice écologiste de la Gironde
Laetitia 
de Tugny Militante féministe et agent d’artistes
Nathalie 
Dehan Conseillère métropolitaine, Métropole de Lyon et conseillère
Anaïs 
Delaunay Militante féministe
Joséphine 
Delpeyrat co-fondatrice Observatoire national de l’extrême-droite
Gaëlle 
Démare Militante #NousToutes
Vanessa 
Demouy Comédienne
Marie Ange 
Destaville Militante féministe, Conseillère municipale déléguée à l’Egal
Hélène 
Devynck Écrivaine
Auriane 
Dumesnil Cofondatrice de l’association Pépite Sexiste
Anny 
Duperey Comédienne, écrivaine
Judith 
Duportail Journaliste
Lucile 
Dupuy Association HandsAway
Elsa 
Faucillon Députée
Éva 
Ferenczi Militante féministe
Julie 
Ferrura Secrétaire Nationale, animatrice des commissions Femmes
Giulia 
Foïs Journaliste
Agathe 
Fort Militante féministe, Adjointe à la lutte contre les discriminatio
Camille 
FroidevauxMetterie Philosophe féministe
Aurélie 
GalRegniez Directrice d’Equipop
Sophie 
Gautier Militante communiste, féministe, syndicaliste et lesbienne
Mégane 
Gensous Militante féministe
Camille 
Giannetto #Metoomedia
Adele 
Haenel Actrice militante
Florence 
Hainaut Journaliste et réalisatrice
Sephora 
Haymann Codirectrice du WeToo festival, membre #MeTooTheatre
Emma 
Hernandez Militante NousToutes33
Anaïs 
Herrmann Militante féministe
Assia 
Hifi Co-coordinatrice des Jeunes Écologistes d’IDF
Sylvie 
Hoarau Musicienne
Clara 
Jacob Formatrice et étudiante en psychologie
Axelle 
Jah Njiké Autrice afropéenne, podcasteuse et militante féministe Païe
Elodie 
Jauneau Militante féministe, maraudeuse sociale, historienne
Lucile 
Jomat Présidente de SOS homophobie
George 
Ka Artiste
Leila 
Kennouda Membre du parlement de Generation.s militante écofeminist
Stéphanie 
Khayat Journaliste
Kee-Yoon 
Kim Musicienne, comédienne, autrice
Fabienne 
Koehler Militante féministe
Camille 
Kouchner Juriste et autrice
Marie-Agnès 
Laffougère Journaliste féministe
Annie 
Lahmer Conseillère régionale EELV
Rose 
Lamy Autrice
Mathilde 
Larrère Historienne

Katia 
Lassouni Militante féministe, référente comité local Nous Toustes 37 

Corinne 
Leriche Militante féministe mère de Julie

Célia 
Levy NousToutes Coordination nationale 
Louisadonna Chanteuse et psychologue 
Tal 
Madesta Journaliste spécialisé sur les enjeux LGBTI 

Besma 
Maghrebi avocate militante

Fanny 
Maillet Militante Handi-feministe

Énora 
Malagre Comédienne 
Association MaMaMa Association MaMaMa
Olivia 
Mann Micro-Agricultrice 

Bénédicte 
Martin Écrivain, journaliste, plaignante PPDA

Judith 
Martin Militante féministe

Hélène 
Martinelli Chanteuse

Émilie 
Marzak Militante féministe

Corinne 
Masiero Comédienne interluttante

Mathilde, artiste chansonnière et activiste anarcha-féministe 

Frédérique 
Matonti Universitaire
Louna 
Maupillier Militant-e féministe et queer
Shanley 
McLaren, association Stop Fisha
Noémie 
Merlant Comédienne 

Estelle 
Meyer Actrice chanteuse
Yuna 
Miralles militante féministe et lesbienne membre de la coordination nationale du collectif #NousToutes

Marie-Charlotte 
Moreau Militante féministe NousToutesParisNord
Paloma 
Moritz Journaliste pour Blast

Elodie 
Nace Activiste climat 

Géraldine 
Nakache comédienne 

Maëlle 
Noir Doctorante et membre de la coordination nationale #NousToutes 

Deby 
Page non-binary @ NousToutes Paris nord

Laura 
Pereira Diogo Militante féministe Co-fondatrice de l’association StopFisha 

Isabelle 
Perraud Présidente Paye Ton Pinard

Frederique 
Pollet Rouyer Avocate au barreau de Paris

Benedetta 
Pozzi Psychologue
Pierrette 
Pyram ASSOCIATION DIIVINESLGBTQIA+
Virginie 
Rebillard Directrice d’école 

Raphaelle 
RemyLeleu Militante écoféministe – Conseillère de Paris

Dilnur 
Reyhan Présidente de l’Institut Ouïghour d’Europe

Diane 
Richard Militante féministe

Fanny 
Riehl Militante féministe et infirmière

Mina 
Rigal Membre de la coordination nationale NousToutes 

Cécile 
Rosevaigue Réalisatrice Membre de MeToo Média

Sarah 
Roubach Militante Génération•s Féminisme

Sandrine 
Rousseau Députée EELV
Agathe Rousselle Actrice, féministe 
Sophie 
Ruiz Militante féministe Resyfem 
Samia 
Sadoun Militante féministe 

Aloïse 
Sauvage Chanteuse 

Fiona 
Schmidt Autrice, militante féministe 
Gwenaëlle 
SchwichVandesande Psychologue clinicienne

Réjane 
Sénac Chercheuse en science politique
Gabrielle 
Siry-Houari Maire-adjointe 18e arrondissement de Paris, autrice de « La République des hommes »

Nesrine 
Slaoui Journaliste et écrivaine

Léa 
Sorhouetgaray Militante féministe au sein de l’Observatoire étudiant des Violences Sexuelles et Sexistes dans l’enseignement supérieur 
Jessica 
Suzes Militante féministe Noustoutes
Amélie 
Terrien Membre de la coordination nationale de #NousToutes
Cécile 
Thimoreau Secrétaire Générale de Metoomedia
Agathe 
Thilluiez Militante féministe NousToutesLille

Stella 
Touleron Militante Transféministe
Toutes à l’abri Association d’aide aux femmes SDF
Lou 
Trotignon Militant.e féministe

Elodie 
TuaillonHibon Avocate spécialisée dans l’assistance aux victimes, féministe

Alexandra 
Vauthier Militante féministe membre du collectif nous toutes90 

Fiona 
Verstichel Militante féministe, éducatrice et psychopraticienne 

Gisèle 
Vienne Chorégraphe

Mélanie 
Vogel Sénatrice écologiste

Elsa 
Wolinski Journaliste 

My-Kim 
Yang-Paya Fondatrice et Présidente d’honneur de l’association Avocates-Femmes & Violences
Emmie 
Zaepffel Militante féministe

Nadia 
Zem Militante #Noustoutes

Bettina 
Zourli Autrice et créatrice du compte Instagram @jeneveuxpasdenfant

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/241122/vies-classees-sans-suite-pour-l-adoption-d-une-loi-cadre

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Femmes exilées, une violence continue

Rapportfemmesexilees

Dans leur pays d’origine, elles étaient sociologues, assistantes juridiques, sportives, manageuses, couturières, directrices marketing, artistes, étudiantes, géomètres, enseignantes, coiffeuses, orthopédistes, journalistes, navigatrices, horlogères, bagagistes, commerçantes. Elles ont dû s’exiler et, tout au long du chemin, elles ont subi la violence. Longtemps un phénomène dont les problématiques étaient reléguées au second plan, l’exil féminin est maintenant devenu aussi marquant que celui des hommes : les femmes représentent la moitié des personnes déplacées dans le monde. Cette proportion n’est pas nouvelle et se confirme depuis une dizaine d’années, elle se retrouve aussi dans la file active du Centre Primo Levi, qui est composée pour moitié de femmes.

Longtemps un phénomène dont les problématiques étaient reléguées au second plan, l’exil féminin est maintenant devenu aussi marquant que celui des hommes

Le profil des femmes qui s’exilent est très divers, autant que les raisons qui les poussent à quitter leur pays. Certaines vont fuir un régime répressif en raison de leurs idées ou sont de manière indirecte visées à travers les activités politiques d’un proche. D’autres vont fuir un mariage forcé, une menace de mutilation. Depuis les années 2000, leur exil n’est plus forcément lié à des enjeux familiaux, il devient plus solitaire, plus autonome. Il n’est pas très différent de celui des hommes. La décision est extrêmement difficile à prendre, elles savent comme eux que la violence sera au rendez-vous et ne les quittera plus.

Lire le rapport

Torturées, emprisonnées, violées dans leur pays, elles entrent ensuite dans un autre circuit de violence, cette fois sous le contrôle des passeurs et des membres de la police ou de l’armée des pays qu’elles traversent. Une fois en Europe, la brutalité continue. Bosnie, Croatie, Italie, Grèce, Roumanie, Bulgarie ou France : les cas de répression policière ou de non-assistance envers les personnes exilées sont largement documentés. Arrivées dans notre pays, le cauchemar diminue mais la violence non palpable, sociale, économique, psychologique se poursuit.

Dans la file active du Centre Primo Levi, la quasi-totalité des femmes reçues ont subi des violences sexuelles, soit dans leur pays d’origine, soit sur le chemin de l’exil. Ces violences sont tellement systématisées et répétitives qu’elles en finissent par être banalisées ou considérées comme non répréhensibles par les patientes elles-mêmes.

Ces violences ne sont pas le fruit du hasard, de la mauvaise rencontre, elles sont politiques, institutionnalisées, car elles sont le résultat de l’inaction, de la complicité ou de l’action délibérée des États, depuis le pays d’origine jusqu’à l’arrivée en Europe. Enfin, elles restent encore très rarement punies, malgré leur gravité et leurs conséquences très profondes.

Dans la file active du Centre Primo Levi, la quasi-totalité des femmes reçues ont subi des violences sexuelles, soit dans leur pays d’origine, soit sur le chemin de l’exil

Dans la file active du Centre Primo Levi, la quasi-totalité des femmes reçues ont subi des violences sexuelles, soit dans leur pays d’origine, soit sur le chemin de l’exil. Le rapport des femmes exilées à leur corps est ébranlé. Il ne semble plus leur appartenir, instaurant une forme de distance. Il semble abandonné, comme s’il n’était plus habité. Toute la difficulté repose alors dans la capacité à toucher une patiente. Souvent, elles ont été touchées pour la dernière fois par leur tortionnaire. Comment toucher une intouchable, une personne qui énonce ne plus vouloir être touchée, mais, qui paradoxalement, souhaite redevenir touchable ?

Précisons que cette effraction du corps produit des effets similaires quel que soit le genre de la personne. En d’autres mots, les symptômes ne peuvent pas être sexualisés et varient d’une personne à une autre. La sphère la plus intime est touchée, atteignant le plus profond de ce qui permet d’être en tant que personne. Les victimes demeurent dans le silence, ne pouvant dire mot sur ce qui leur est arrivé. Elles se disent dépossédées de leur corps. Lorsqu’elles en parlent, elles se sentent « dégoûtées », « abîmées », « gâchées », sous-entendant une idée d’irrémédiable dans la perception qu’elles ont d’elles-mêmes. L’espace thérapeutique leur offre alors un lieu sécurisé. Elles sont crues d’emblée dans ce qu’elles disent. Leur parole n’est pas mise en doute et c’est leur vérité subjective qui compte.

L’espace thérapeutique leur offre alors un lieu sécurisé. Elles sont crues d’emblée dans ce qu’elles disent. Leur parole n’est pas mise en doute et c’est leur vérité subjective qui compte

L’arrivée en France, au lieu d’offrir un répit indispensable, est très souvent synonyme de basculement dans la précarité. Il n’est pas rare que les femmes exilées commencent par vivre dans la rue. Les situations que nos assistantes sociales rencontrent sont de plus en plus des situations d’urgence. Les places d’hébergement manquent ou sont très aléatoires, même si leur nombre a augmenté. Cette précarité des conditions d’accueil vient faire obstacle à la reconstruction de ces femmes et les replace notamment face à l’absence de choix. Alors qu’elles n’ont pas pu dire « non » aux violences sexuelles, au mariage forcé, à l’excision, à la traite, elles se retrouvent ici soumises à la contrainte, en particulier matérielle.

La violence continue enfin dans la demande d’asile. On se méfie de celle qui vient demander l’asile et va devoir prouver qu’elle « mérite » la protection de la France en racontant son histoire. Durant l’étude de sa demande, la demandeuse d’asile se trouve coincée entre un processus de vérification des faits et sa vérité subjective. Avec des bagages lestés par le trauma, elle est souvent incapable de s’exprimer et de dérouler un discours logique et convaincant. Ce qui est attendu notamment de la part des militantes politiques qui font la demande d’asile. Surtout, cette nécessité de limiter le récit aux faits survenus dans le pays d’origine correspond-elle encore à l’expérience de ces femmes ? Car il y a un angle mort dans la procédure d’asile actuelle : la violence subie pendant le parcours migratoire. Celle-ci est abordée lors de la demande d’asile, ainsi que le trauma qui en résulte, mais elle ne pèsera pas dans la décision d’octroi ou de rejet d’un statut protecteur. Ou à la seule condition que les violences subies en chemin fassent courir un risque à la personne si elle retourne dans son pays. Un retour qui n’est de toute manière que très rarement envisagé, car les femmes qui quittent leur pays le font car elles n’ont plus d’autre choix si elles veulent continuer à vivre.

On se méfie de celle qui vient demander l’asile et va devoir prouver qu’elle « mérite » la protection de la France en racontant son histoire

L’exil est maintenant aussi féminin, désormais la violence et la douleur liées à l’exil concernent aussi, massivement, les femmes. Cette nouvelle réalité de l’exil touche la France et, plus largement, l’Europe. Sa politique d’accueil et d’asile doit s’adapter en conséquence. Le Centre Primo Levi a écrit ce rapport pour alerter sur la situation de ces femmes et formule les recommandations suivantes :

Garantir la prise en compte des violences que les femmes subissent sur le parcours de l’exil, et du psycho-traumatisme qui en découle, dans la demande d’asile
Assurer un hébergement digne, durable et adapté, en renforçant notamment le nombre de places d’hébergement spécialisées
Renforcer leur autonomie en développant des formations en français et en leur ouvrant la possibilité de travailler dès le dépôt de leur demande d’asile 
Former les professionnels, bénévoles ou salariés qui sont en première ligne dans l’accueil des femmes exilées pour que soit véritablement comprise et prise en compte leur réalité

https://primolevi.org/plaidoyer/femmes-exilees-une-violence-continue.html

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Pour mettre fin à la violence envers les femmes :
champ d’action de la Marche Mondiale des Femmes

Des militantes féministes d’Europe, d’Asie et des Amériques commentent les défis actuels de la lutte contre la violence

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence envers les femmes, le 25 novembre, nous reprenons l’élaboration politique de la Marche Mondiale des Femmes sur ce combat. Le champ d’action sur les violences faites aux femmes a été construit collectivement en vue de la 3ème Action Internationale du mouvement en 2010, aux côtés de trois autres champs d’action : paix et démilitarisationbiens communs et services publicstravail et autonomie économique. Les champs d’action expriment la synthèse politique de cette période, et ont servi depuis lors de lignes directrices pour l’action politique de la Marche Mondiale des Femmes.

Douze ans plus tard, les fondements de ce document restent en place. Capire s’est entretenu avec des membres du Comité international de la Marche Mondiale des Femmes sur les défis que représente l’actualisation des stratégies de lutte contre la violence envers les femmes dans la situation actuelle.

Parmi les éléments de continuité dans le champ d’action, il y a le point de vue politique selon lequel la stratégie féministe contre la violence devrait se concentrer sur la lutte contre ses causes, et pas seulement sur la réparation de ses effets. Pour Nalu Faria, représentante des Amériques au Comité international, « combattre la violence, c’est affronter le système patriarcal dans son imbrication avec le capitalisme, le racisme, le colonialisme et la LGBTphobie ». Le document souligne que la violence affecte toutes les femmes en tant que groupe social, mais qu’elle est très liée aux contextes spécifiques, qu’elle se recoupe avec les différentes oppressions auxquelles les femmes sont confrontées en raison de leur classe, de leur race et de leur sexualité. Nalu souligne l’importance de comprendre les défis de la lutte contre la violence dans le contexte de l’aggravation du conflit capital-vie. La violence, le racisme et la militarisation ont été des instruments pour étendre le contrôle sur les corps, le travail et les territoires.

Le lien entre la violence, la militarisation et l’avancée du capital est un défi souligné par Luciana Alfaro et Marianna Fernandes, représentantes de l’Europe. Les militantes mettent en évidence la violence des frontières militarisées et dénoncent la précarité à laquelle sont soumises les femmes migrantes tout en assurant une partie de la reproduction sociale en Europe. Les flux d’accumulation du capital transnational sont liés à la violation des droits et à la dépossession dans les pays du Sud : « en tant que féministes vivant dans cette région, il nous appartient également de dénoncer le pouvoir corporatif des entreprises transnationales à capitaux européens, qui opèrent en toute impunité dans les territoires du Sud ». Luciana et Marianna soulignent également le besoin de « reconnaissance de solidarité féministe avec les compagnes qui, pour avoir dénoncé et résisté, sont criminalisées, menacées et violées par les États et par le pouvoir des sociétés transnationales. »

La violence envers les femmes est utilisée comme une arme de guerre. Bushra Khaliq, représentante de l’Asie et de l’Océanie, souligne que les femmes sont confrontées à des situations brutales en raison des interventions militaires des États-Unis et de l’OTAN. En 2010, le champ d’action a remis en question l’instrumentalisation de la défense des droits des femmes, utilisée comme « justification » pour légitimer les stratégies impérialistes d’occupations, de guerres et de sanctions. Le document mentionnait explicitement l’Afghanistan ; aujourd’hui, plus de dix ans après l’occupation du pays par les États-Unis et un an après leur retrait qui a ramené les talibans au pouvoir, les femmes afghanes sont confrontées à des restrictions dans toutes les dimensions de leur vie. « Nous devons garder l’Afghanistan dans nos esprits, nos cœurs et nos voix. Nous ne pouvons accepter ce type de restrictions ».

Revisiter le champ d’action de la Marche Mondiale des Femmes sur la violence nous permet d’évaluer les réalisations et les enjeux de cette lutte. L’une des marques du temps sur le document est la nécessité d’expliquer le terme « féminicide », dans une note de bas de page qui le définit comme « génocide misogyne et exceptionnellement brutal des femmes, souvent accompagné de violences sexuelles extrêmes et d’impunité pour leurs agresseurs ». La lutte des femmes a déjà fait prendre conscience au monde de la signification politique de ce terme, et de la brutalité de sa réalité.

La critique de la marchandisation du corps et du contrôle de la sexualité fait partie intégrante de la lutte contre la violence patriarcale dans le néolibéralisme. Une autre marque du temps est la nécessité de dénoncer les dynamiques de violence contenue dans le modèle capitaliste et hétéropatriarcal d’organisation de la Coupe du Monde de football masculin de la FIFA. En 2010, l’événement a eu lieu en Afrique du Sud et les féministes ont dénoncé l’augmentation de la traite des femmes et de l’exploitation sexuelle. En 2022, la Coupe du monde a lieu au Qatar, et il y a des plaintes pour violence, violation des droits des femmes et de la population LGBT+, et d’exploitation des travailleurs migrants dans le pays. Pour Bushra, « les personnes transgenres et LGBT+ sont menacées, leurs vies, leurs espaces et leurs voix sont menacés ». Et cette réalité va bien au-delà du Qatar.

La vision politique de la Marche Mondiale des Femmes sur la lutte contre la violence met en évidence la nécessité de contester les politiques publiques et la justice, en ayant comme horizon la transformation mondiale du modèle, en s’attaquant aux causes de la pauvreté et de la violence. Pour cette raison, son pari stratégique est de renforcer l’auto-organisation et la solidarité entre les femmes, ainsi que de renforcer les alliances pour intégrer la confrontation de la violence dans l’agenda des mouvements mixtes, tout comme le fait Via Campesina. Pour Bushra, le féminisme d’aujourd’hui apporte beaucoup d’espoir « parce qu’il y a une résistance et une mobilisation, y compris face à la répression. Nous marchons pour notre liberté, et nous continuerons notre combat jusqu’à ce que nous soyons toutes libres ». Lisez ci-dessous le texte du champ d’action de la Marche Mondiale des Femmes : 

*-*

Violence envers les femmes
Champ d’action Marche Mondiale des Femmes – 2010

La violence envers les femmes est structurelle. Il s’agit d’une caractéristique inhérente au système patriarcal et capitaliste dont les hommes, les groupes d’hommes, les institutions patriarcales et les Etats se servent pour contrôler la vie, le corps et la sexualité des femmes. Bien que la violence touche les femmes en tant que groupe social, il faut comprendre ses différentes formes, l’époque où elle a lieu et les raisons qui l’engendrent car chacune des violences commises est insérée dans un contexte différent.

Dans un contexte particulier, quels sont mécanismes qui occasionnent la violence dirigée à l’encontre des femmes à cause de leur propre sexe ? Selon les idées reçues, la violence survient dans des situations extrêmes et localisées et elle ne concerne que des individus. Or, elle nous touche toutes, puisque nous avons toutes déjà eu peur, changé notre comportement ou limité nos choix sous la menace de la violence. Les idées reçues font aussi croire que la violence envers les femmes est un problème spécifique des classes populaires et des cultures « barbares ». Cependant, nous savons que la violence envers les femmes est transversale et qu’on la retrouve dans toutes les couches sociales quelles que soient la culture, la religion et la situation géopolitique. 

Bien que plus fréquente dans la sphère privée – sous forme de violence domestique, que ce soit sexuelle, physique, psychologique ou abus sexuel – la violence contre les femmes et les fillettes est également présente dans la sphère sociale entre autres sous forme de féminicide, harcèlement sexuel ou physique au travail, différentes formes de viol, marchandisation du corps des femmes, trafic de femmes et de fillettes, prostitution, pornographie, esclavage, stérilisation forcée, lesbophobie, négation de l’avortement sûr, des options reproductives et de l’autodétermination, etc. Le silence, la discrimination, l’impunité, la dépendance des femmes vis-à-vis des hommes et les justifications théoriques et psychologiques font en sorte que la violence envers les femmes devienne tolérable et s’aggrave.

On a recours à la violence, à la menace ou à la peur de la violence pour exclure les femmes de l’espace public. Les femmes payent de leur vie le fait de travailler en dehors de la maison au lieu de rester chez elles comme le dicte la culture patriarcale, le fait d’aller à l’école ou à l’université, d’« oser » vivre leur sexualité ouvertement ou de se prostituer par manque d’options. Dans un contexte de criminalisation des mouvements sociaux, la répression contre les femmes revendicatrices prend très souvent la forme d’une violence sexuelle. De plus, la discrimination contre les femmes est aggravée par la superposition avec d´autres formes de discrimination telles que celles dues à la couleur de leur peau, leur langue, race, ethnie, classe (et situation financière), religion, sexualité…

La violence contre les femmes est enracinée dans le système patriarcal et le capitalisme qui imposent un besoin de contrôle, d’appropriation et d’exploitation du corps de la femme. Le patriarcat se fonde sur deux principes : la notion selon laquelle les femmes sont la propriété des hommes (c´est à dire, les femmes seraient au service des hommes et ne devraient jamais leur dire non) et la séparation des femmes en deux catégories : les « saintes » et les « putes ». Dans ce système, celles qui ne se conforment pas au rôle de « saintes »,  bonnes mères et épouses sont punies et subissent des violences. Par exemple, des hommes se justifient souvent d’avoir agressé leur épouse verbalement ou physiquement parce que le repas n’était pas prêt ou parce que les vêtements qu’ils voulaient porter n’avaient pas été lavés. On exerce aussi des violences sur les femmes considérées « putes » pour les punir et, dans ce cas, les agresseurs et la société justifient l’agression en alléguant soit que la femme marchait seule la nuit, soit qu’elle est lesbienne et qu’on doit lui apprendre à être hétérosexuelle  ou encore que sa tenue était indécente..

En tant qu’élément de la culture patriarcale, la masculinité est associée à l’agressivité et on apprend aux jeunes hommes qu’être violents (et ne pas montrer ses émotions) c’est être « véritablement un homme » ; on les pousse, dans certains cas, à s’unir à des gangs sexistes ou racistes. De nouvelles formes de violence à l’égard des jeunes femmes, comme l’harcèlement sexuel des écolières et des étudiantes, et des violences de groupes dans les écoles voient le jour et s’amplifient instaurant des relations et des divisions de rôles sexistes entre filles et garçons. Ces stéréotypes dévastateurs ne sont pas remis en question publiquement.

La notion imposée par le patriarcat selon laquelle les femmes sont la propriété des hommes a aussi un aspect économique qui s’exprime par l’union du patriarcat et du capitalisme et qui impose une division sexuelle du travail en déterminant les rôles « naturels » des femmes et des hommes. Ainsi, les femmes sont considérées une main-d’œuvre très bon-marchée, toujours disponibles pour s’occuper des autres et exécuter le travail que cela engendre.

« Nous assistons donc à deux niveaux de domination de la femme par le système patriarcal et capitaliste : d’une part, l’exploitation du travail de la femme et d’autre part, la violence qu´elle subit et qui vise à maintenir la domination de l’homme. Par conséquent, nous ne pouvons pas parler d’élimination de la violence envers les femmes sans demander l’éradication des systèmes patriarcaux, capitalistes et colonialistes. »

La violence envers les femmes et la misogynie s´intensifient tandis que les acteurs et les politiques de la globalisation néolibérale renforcent leur prise sur l’économie. Le féminicide s’accroît lorsqu’on favorise et signe des accords de libre-échange dans les Amériques (comme le ALENA – Accord de libre-échange nord-américain – par le biais duquel les locaux de travail, comme les usines, profitent de la flexibilité des lois du travail et de l’environnement) : de nombreuses femmes mexicaines sont assassinées, par exemple, quand elles franchissent la frontière des Etats-Unis et dans la ville frontalière de Ciudad Juárez. L’attaque aux droits reproductifs et aux services de santé augmente alors que les services sociaux sont privatisés ou supprimés du budget. Etant donné la globalisation de l’industrie sexuelle, on trafique de plus en plus de femmes plus jeunes. Les femmes sont violées au cours des guerres déclarées au nom de la « propagation de la liberté » et des invasions réalisées par les puissances étrangères (comme l’invasion américaine en Afghanistan) « se justifient » au nom de la défense des droits des femmes.

Comment pouvons-nous lutter contre la violence envers les femmes ?
Dans de nombreux pays, il existe déjà des lois et des conventions internationales telles que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (CEDAW) qui ont pour but de « protéger » celles-ci. Cependant, elles sont insuffisantes car, dans la plupart des cas, elles ne sont même pas appliquées. De plus, ces lois et conventions traitent la violence à l’égard des femmes comme si c’était un problème à nous, un problème que nous devrions gérer tandis que, comme nous l’avons vu auparavant, c’est le rôle des hommes dans la violence qui doit être remis en question et le fait que la violence est structurelle qui doit être dénoncé.

Nous savons que les mesures punitives sont nécessaires mais insuffisantes pour éliminer la violence ; dans les pays où elles existent, les femmes n’appartenant pas à la classe moyenne, urbaine et blanche y ont difficilement accès. Il faut exiger la responsabilisation des Etats, revendiquer des politiques publiques pour les femmes qui ont survécues aux violences, pour les femmes et enfants trafiqués, les groupes minoritaires (femmes de couleur, d’une religion spécifique, etc.), les femmes rurales, les migrants et les autochtones. Nous avons besoin de mesures pour enrayer et punir les actes de violence avant même que ceux-ci ne soient réalisés.

Nous devons aussi débattre le rôle des gouvernements et des Etats. Aujourd’hui, l’Etat est à la fois protecteur et oppresseur, à la fois porteur d’intérêts généraux et défenseur des privilèges, mais aussi patriarcal et violent envers les femmes, les peuples autochtones, les migrants, les personnes colorées. D´une part, la police fait respecter de nombreuses politiques que nous avons revendiquées, d´autre part elle exécute la violence envers les femmes, réprime les mouvements sociaux et n’est pas impartiale en termes de questions sociales et raciales. Nous reconnaissons les contradictions inhérentes à ce contexte dans la mesure où beaucoup de femmes ne peuvent compter que sur l’Etat, qui représente le pouvoir extérieur et supérieur, pour se défendre contre la violence au sein de leur communauté et famille. L’Etat que nous réclamons est un Etat qui promeut les libertés et droits pour tous et toutes, qui intervienne dans l’économie et qui soit structuré et ait des formes diversifiées de démocratie participative et un contrôle citoyen. 

Les femmes continuent de résister individuellement et collectivement. Toutes les fois qu’une femme agit de façon à dénoncer la violence envers elle-même ou envers les femmes de sa communauté, elle casse le paradigme dominant. Nous devons soutenir sa résistance, condamner et dénoncer les hommes qui commettent des violences à l’égard des femmes. Nous devons aussi confronter publiquement les hommes et la société sur la violence envers les femmes, dénoncer la complicité entre les hommes, les Etats et les institutions telles que les forces armées et les religions. Il faut mobiliser la société civile, penser stratégiquement et promouvoir des actions radicales afin de prévenir et dénoncer le violence masculine envers les femmes. Dans ce procès, les femmes du secteur non lucratif – qui proposent des services essentiels pour donner du pouvoir et de l’attention aux femmes – et les mouvements locaux forts – ayant comme protagonistes les femmes des communautés – jouent un rôle décisif.

Nous, membres de la Marche mondiale des femmes, voulons nous engager dans des débats et actions politiques d’envergure qui promeuvent des changements dans nos cultures patriarcales et devancent la violence afin d´être véritablement préventifs.

« Nous connaissons déjà l’étendue et l’intensité de la violence ; par conséquent, il ne faut pas attendre encore une dénonciation, mais placer ce thème à l’ordre du jour au sein des groupes de femmes, organisations mixtes, radios communautaires, ainsi que dans les journaux et les autres moyens de communication des différents mouvements. C’est la raison pour laquelle nous sommes d’avis que le mouvement féministe doit élaborer une auto-organisation de femmes, forte et d’envergure, pour lutter pour notre autonomie (économique, sexuelle, reproductive, personnelle, etc.) et autodétermination. »

Les groupes de femmes se consolident lors des réunions, conversations, débats, manifestations et cours d’autodéfense. L’objectif n’est pas de reconnaitre la violence sexiste comme étant un problème propre à certaines femmes, mais de nous fortifier toutes, en apprenant et réapprenant à résister, à construire et reconstruire nos vies, sans violence. 

Nous reconnaissons que le fait que des mouvements mixtes – urbains et ruraux – se disposent à braver la violence envers les femmes est un pas important dans la lutte en question. Ainsi, nous déclarons notre solidarité à la « Campagne Mondiale pour en finir avec les violences envers les femmes » de la Via Campesina qui a été lancée lors de sa cinquième conférence internationale qui s’est tenue au Mozambique, en octobre 2008. Nous reconnaissons l’importance du fait que non seulement les femmes mais aussi les hommes s’engagent à responsabiliser les hommes pour la violence à l’égard des femmes.

Pour faire face à la violence envers les femmes, nous demandons :

L’adoption de mesures démontrant l’engagement des différents acteurs à reconnaître les femmes comme des individus et des citoyens de plein droit, dès l’enfance. Par exemple : l’utilisation d’un langage inclusif dans le matériel didactique, la promotion de l’éducation non-sexiste rompant avec la division sexuelle et hiérarchique des rôles entre garçons et filles, des campagnes de sensibilisation populaire et la garantie des espaces de participation politique ;

Le soutien financier des mouvements et groupes de femmes sans buts lucratifs qui appuient celles qui se remettent de discriminations, abus et violences ;

Que les mass media, en tant que porte-paroles du système patriarcal et capitaliste, soient tenus responsables de la mauvaise représentation, appropriation et abus du corps féminin ;

La prévention de la violence envers les femmes et les fillettes par le biais d’activités de sensibilisation qui expliquent comment la violence a lieu, quelles en sont les causes et comment elle se manifeste, et également à travers l’encouragement de l’auto-organisation des femmes ;

La condamnation de l’utilisation systématique du corps des femmes comme butin de guerre lors des conflits armés ainsi que du rejet de leur famille et communauté qui les considèrent coupables de la violence qu’elles ont subie  et auquel elles doivent faire face (elles et leurs enfants, fruits des viols) ;

La punition des auteurs des violences exercées envers les femmes – que ce soit dans la sphère privée ou publique.

Et nous réaffirmons notre engagement à :

Dénoncer les diverses expressions de violence patriarcale dans les différents pays telles qu´entre autres le féminicide, les mutilations génitales, le lévirat – sororat, les crimes d’honneur, le tourisme sexuel, le trafic des femmes et des enfants, la stérilisation forcée, et les situations de violence que les femmes engagées et actives dans les luttes, les femmes incarcérées, les lesbiennes et les femmes handicapées ;

Travailler pour transférer vers les hommes auteurs de violences la stigmatisation qui retombe actuellement sur les femmes victimes ;

Dénoncer la marchandisation du corps des femmes et poursuivre le débat sur la prostitution, en particulier lors de la Coupe du monde 2010 ;

Donner de la visibilité à toutes les formes de résistance des femmes contre la violence des hommes, surtout au niveau collectif, de manière à rompre la culture du silence qui entoure cette violence au sein de nos communautés ;

Combattre la violence par des actions de sensibilisation auprès des mouvements sociaux alliés ainsi que par des campagnes d’éducation populaire favorisant la prise de conscience féministe ;

Mettre en évidence les liens existant entre les politiques patriarcales qui entretiennent la violence envers les femmes (telles que l’impunité des agresseurs, le refus de l’autodétermination reproductive, la criminalisation des femmes activistes, l’interdiction de l’avortement, etc.) et les acteurs et politiques néolibérales. Il faut, par exemple, mettre en lumière le rapport existant entre le féminicide et les accords de libre-échange ;

Travailler avec des mouvements sociaux mixtes (auxquels femmes et hommes participent) ayant comme principe directeur la construction d’un contexte dans lequel la violence envers les femmes ne soit pas acceptable et l´établissement d’espaces sans violence. 

Introduction de Tica Moreno
Édition de Helena Zelic
https://capiremov.org/fr/analyse/pour-mettre-fin-a-la-violence-envers-les-femmes-champ-daction-de-la-marche-mondiale-des-femmes/

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Journée internationale contre les violences à l’égard des femmes

Une année de plus, dans le monde entier, nous allons descendre dans la rue pour la journée internationale contre les violences à l’égard des femmes, et une année de plus, des femmes continuent d’être assassinées pour le simple fait d’être femmes.

Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé – OMS, une femme sur trois dans le monde subit des violences physiques et/ou sexuelles au cours de sa vie. Les statistiques effrayantes nous disent qu’une femme est assassinée tous les 4 jours en Europe, et avec elles des familles déchirées, des enfants qui ont dû vivre avec l’agresseur ou même subir cette violence .

Le capitalisme, en tant que système d’oppression et d’exploitation, impose des conditions encore plus dégradantes aux femmes pauvres et travailleuses. En dehors de la période de pandémie, les institutions internationales avaient déjà affirmé que l’Amérique latine est le lieu le plus violent pour les femmes. Des pays comme la Colombie, le Chili, le Brésil, la Bolivie, le Mexique, le Salvador et le Honduras, entre autres, ont connu une augmentation significative de la violence domestique et des féminicides pendant la pandémie de Covid-19.

Les femmes et les personnes de genres dissidents continuent de subir des discriminations, des persécutions et des harcèlements au travail, dans l’accès aux biens et aux services, dans la rue, dans les réseaux sociaux et dans toutes les strates de la société. La plupart des violences dont sont victimes les femmes ont lieu à la maison ou sont le fait d’hommes de leur entourage. Face a cela, les syndicats et les organisations qui prétendent représenter la classe ouvrière doivent s’engager réellement à mettre fin au machisme et à la violence. Le discours et le soutien passifs ne suffisent pas, il faut être actif pour éduquer tous les travailleurs et défendre les droits historiques des femmes.

Le droit à l’avortement volontaire dépend toujours du pays où l’on vit et des ressources dont on dispose. Les systèmes de santé doivent respecter le droit de décider de notre corps et mettre fin aux violences obstétricales.

La violence sexiste, c’est aussi le fait que les femmes ont une pension de retraite dérisoire après avoir passé leur vie à s’occuper de la famille ou à faire du travail de soin, doublement précarisées.

Un monde global où la violence et la répression des femmes sont constantes, pour des raisons politiques, religieuses ou de traditions machistes. Des femmes violées dans des guerres sans fin, des femmes et des filles enlevées, vendues et assassinées. Pays où les mutilations génitales féminines sont encore pratiquées.

Mais nous ne restons pas silencieux, nous continuons et continuerons a nous battre, provoquant des révolutions comme celle qui a lieu en Iran. après le meurtre de Jina Amini, où malgré la dure répression du gouvernement iranien, la luttecontinue dans les rues, même si des centaines de personnes ont été tuées, dont la journaliste, également kurde, Nagihan Akarsel.

Nous suivrons l’exemple des femmes d’Ukraine qui se battent sans relâche pour faire face à la violence de la guerre, bien plus cruelle pour elles, et pour garantir l’autodétermination de leur pays.

Depuis le Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes, nous continuons à lutter contre toute forme d’injustice, sur notre lieu de travail, dans la rue, dans les écoles, dans la société… Partout, par la solidarité, l’autogestion, afin de parvenir à une société juste où chacun peut vivre dans une société égalitaire qui respecte les valeurs de la diversité et l’importance de tous les êtres humains.

Si vous touchez l’un d’entre nous, nous réagissons tous.
Plus de femmes assassinées
Des femmes libérées de la violence masculine
A bas toutes les formes d’oppression et d’exploitation
patriarcales et capitalistes !

www.laboursolidarity.org


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Auteur : entreleslignesentrelesmots

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