Ecole, protection et dignité pour les enfants amérindiens de Guyane !

En septembre 2022, le Ministre de l’Education Nationale, de la jeunesse et des sports, Pap N’Diaye, se targuait de mettre en place une « rentrée scolaire exemplaire ». L’Etat français manque une nouvelle fois au rendez-vous et oublie que les enfants amérindiens guyanais sont des enfants français, qui doivent jouir des mêmes droits que les jeunes de l’Hexagone ; la garantie de l’effectivité de ces droits est du ressort et de la responsabilité de la France et de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG). Ainsi, nous déplorons les réalités suivantes : 

  • 7 semaines après la rentrée des classes, les enfants de plusieurs villages (Trois-Sauts, Elahé, Twenké, Talhuen, Kayodé…) n’ont toujours pas à l’école en raison de l’insalubrité des classes, l’absence de moyens, d’accès à l’eau ou de transport pour les équipes pédagogiques ; 

  • Des jeunes collégiens de Trois-Sauts sont hébergés dans le dernier Home Indien catholique de France ; 

  • La fermeture des internats du littoral les week-ends (sauf Kourou), les jours fériés et les veilles de retour de vacances obligeant les jeunes des communes de l’Intérieur a avoir une seconde solution d’hébergement sur le littoral ;

  • Des dysfonctionnements du dispositif de « familles hébergeantes » pour les jeunes : pas d’homogénéisation des conditions d’accueil, fracture numérique (pas d’accès au wifi pour leur travail scolaire), pas d’accès à une alimentation variée et suffisante, assignation à des tâches ménagères de plusieurs heures et plusieurs fois par semaine au détriment de leur devoirs. Les « familles hébergeantes » refusent parfois d’aller chercher les jeunes dans leur établissement scolaire en cas d’absence de bus, ou de les accompagner chez un médecin en cas de maladie, de laisser les jeunes participer à des sorties ou des activités de loisirs malgré l’inscription des jeunes par leurs parents, jeunes filles exclues du dispositif des « familles hébergeantes » en raison de leur grossesse ; 

  • L’absence de partenariat direct entre la CTG qui coordonne le dispositif de « familles hébergeantes » et les associations qui accompagnent les jeunes lors de leur scolarité sur le littoral, font le lien avec les familles dans les villages, hébergent en urgence les jeunes qui se retrouvent sans solution d’hébergement en internat ou dans le dispositif de « familles hébergeantes » ; 

  • L’insuffisance de transport scolaire, organisé par la Collectivité uniquement durant les vacances de décembre et d’avril, et encore, uniquement vers Maripa-Soula pour les jeunes du Lawa et du Tampok, à charge aux familles d’aller les chercher à l’aéroport pour effectuer le trajet en pirogues jusqu’aux villages. Des jeunes qui n’ont pas pu prévenir leurs familles ou donc les parents n’ont pas les moyens matériels ou financiers de venir les chercher peuvent donc se retrouver à Maripa-Soula plusieurs jours sans possibilité de rejoindre leurs familles. Les familles de Trois-Sauts doivent débourser entre 825 et 1 075 €, selon la saison, pour aller chercher leurs enfants sur le littoral et les ramener à la fin des vacances ;

  • Sur l’Oyapock, faute d’encadrement dans les transports, des jeunes mineurs quittent l’île de Cayenne mais n’arrivent jamais dans leur village, préférant rejoindre des amis à Saint-Georges ou à Camopi, sans contrôle ni prise en charge. De plus, le transport est souvent organisé très tôt le matin depuis le centre-ville de Cayenne et le retour est souvent tardif. Des jeunes ne peuvent donc pas bénéficier des 2 seuls transports scolaires organisés, faute de pouvoir rejoindre le lieu de rendez-vous à l’heure, surtout si les « familles hébergeantes » refusent ou sont dans l’incapacité de les accompagner. D’autres fois, des jeunes mineurs arrivent devant leur établissement la nuit sans personne pour venir les chercher ;

  • En septembre 2022, la piste d’atterrissage de Maripa-Soula ne permettant pas l’atterrissage des gros avions, le transport des familles du Lawa et du Tampok a dû se faire en pirogue durant près de 10h. Des pannes moteurs rajoutent du danger au trajet déjà à risques, de nuit, en pirogue jusqu’à Saint-Laurent et en bus jusqu’à Cayenne ;

  • A la rentrée scolaire 2022, la piste de Saut-Maripa n’étant pas praticable et la demande de bénéficier d’un transport terrestre ou aérien par l’armée n’ayant pas été accordée, les familles de l’Oyapock ont dû contourner le saut à pieds, en plein soleil, après la fatigue du voyage de 2 jours pour certaines d’entre elles et les risques supplémentaires que ce trajet comporte ;

  • Au retour des parents à Trois-Sauts, le dispositif de gendarmerie de Saut-Maripa n’a pas été maintenu pour l’encadrement des familles et le transport des bagages, obligeant les personnes à porter de lourdes charges (essence, frêt alimentaire…) ou à affréter eux-mêmes un transporteur, retardant le départ de la pirogue ;

  • Le seul prestataire étant arrivé avec un jour de retard à Trois-Sauts, les piroguiers ont dû faire l’aller- retour dans la journée. La dernière pirogue a donc franchi les sauts de Camopi de nuit. 

Nous rejoignons l’appel de nos camarades associatifs locaux et organisations autochtones à ce que de vraies solutions soient apportées et ce, dans les plus brefs délais : 

  • Création d’un collège à Trois-Sauts et d’un collège itinérant sur le Haut-Lawa et le Tampok ; 

  • Rétrocession du Home Indien à la CTG ou à une association en capacité de gérer un hébergement collectif ;

  • Ouverture des internats les week-ends, les jours fériés et les veilles de retour de vacances ; 

  • Partenariat avec les associations pour proposer des activités de loisirs et des accueils collectifs de mineurs durant les week-ends, les jours fériés, les petites vacances pour les jeunes de l’Intérieur scolarisés sur le littoral ; 

  • Commission de sélection, de suivi, d’accompagnement des « familles hébergeantes » et d’évaluation du dispositif : cahier des charges, charte déontologique, partenariat avec les acteurs associatifs, implication des parents (reprendre les travaux participatifs menés par le Groupe de Travail du Grand Conseil Coutumier pour la réforme du dispositif actuel) ;

  • – Facilitation de l’action association par une convention entre le sous-préfet des communes de l’Intérieur, la CTG, la CAF et l’ensemble des acteurs qui contribuent à améliorer les conditions de vie des jeunes de l’Intérieur scolarisés sur le littoral afin de garantir les meilleures conditions possibles d’accueil et d’accompagnement ;

  • – Accueil des jeunes filles enceintes dans le dispositif des « familles hébergeantes » jusqu’à leur congé maternité ; 

  • – Organisation du transport des élèves en avion jusqu’à Camopi et Maripa-Soula et en pirogue jusque dans chaque village à chaque vacance scolaire avec un encadrement adapté, qualifié et en nombre suffisant ; 

  • Organisation du transport des familles de l’Oyapock en avion militaire dans le cadre de la rentrée scolaire ; 

  • Négociations avec le prestataire pour le respect du cahier des charges et des jours et horaires des transports ; 

  • Affectation des établissements scolaires et des « familles hébergeantes » avant la rentrée des classes. 

Nous réaffirmons notre solidarité aux acteurs associatifs locaux et organisations autochtones en lutte, sur lesquels pèsent la charge du travail de terrain et de recensement de toutes les difficultés auxquelles se trouvent confrontés les jeunes amérindiens de Guyane et leurs familles. Cette situation est inadmissible et indigne, la France doit une nouvelle fois prendre ses responsabilités. 

Le Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan), avec le soutien de la Coordination des Organisations des Peuples Autochtones de Guyane (COPAG) et la Jeunesse Autochtone de Guyane (JAG)

Pour signer cette tribune, merci d’envoyer vos signatures (individuelles et/ou collectives) à : l_ily@riseup.net

Parmi les premier.e.s signataires :
COPAG – https://copag.makan-dev.com/
Jeunesse Autochtone de Guyane
Réseau Peuples Autochtones – https://reseaupeuplesautochtones.org/
VersLeHaut, Le think tank dédié aux jeunes et à l’éducation
Ludivine Bantigny, historienne
Bruno Baronnet, anthropologue
Christine Chevalier
Eugénie Clément, doctorante en anthropologie, EHESS
Marie-France Cohen-Solal
Hendrik Davi, Député LFI-NUPES de la 5ème circonscription des bouches du rhône
Sylvain Duez-Alesandrini, co-président de l’Alliance européenne pour l’autodétermination des peuples autochtones (ONG regroupant des organisations de défense des droits des peuples autochtones en France, d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse et d’Angleterre)
Didier Epsztajn, animateur du blog « entre les lignes entre les mots »
Sonia Fayman, membre de la coordination nationale de l’UJFP
Gérard Fenoy, Inspecteur Jeunesse & Sports
Malcolm Ferdinand, chercheur
Hélène Ferrarini, journaliste
Yann Fiévet, Professeur retraité de Sciences Economiques et Sociales, Dieulefit (Drôme)
Jean-Guy Greilsamer, militant juif antisioniste
Daniel Guerrier, journaliste honoraire, éditeur
Anne-Pierre Hocquet
Gustave Massiah, économiste altermondialiste
Christian Mahieux, syndicaliste SUD-Rail/Solidaires
Sabrina Menelotte, anthropologue
Taneyulime Ludwina Pilisi (Kali’na) – Présidente et co-fondatrice de l’association Aukae, pour la préservation des territoires autochtones et le rayonnement de la culture et des arts Kali’na
Marguerite Rollinde
Jocelyne Rajnchapel-Messaï, Paris

https://blogs.mediapart.fr/aurelie-journee-duez/blog/031122/tribune-ecole-protection-et-dignite-pour-les-enfants-amerindiens-de-guyane

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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