Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Oui, le monde entier est ennemi des Turcs, mais le plus grand ennemi des Turcs, ce sont les Turcs eux-mêmes

Le dernier roman traduit en français d’Orhan Pamuk n’a certes pas la complexité de « Mon nom est Rouge » ou de « Le Château blanc », mais il offre une excellente introduction à la perception de l’ambivalence de la société turque.

Les errances de Mevlut, marchand ambulant de boza (une boisson traditionnelle obtenue à partir de millet fermenté, d’où l’éternelle question : est-elle légitime bien qu’alcoolisée ?), de 1968 à 2012, donnent à voir le basculement d’une société vers la « modernité » et les résistances que celui-ci génère. Le choc de ce processus (marqué au premier chef par la mutation d’Istanbul en une métropole de 12 millions d’habitants, l’afflux des émigrés de l’intérieur, anatoliens, la prolifération et la résorption des gecekondu – bidonvilles immenses -) met en évidence et renforce les ambiguïtés et les contradictions sociales (on les voit lorsque les contempteurs de la boza, impure, sont eux-mêmes de fervents buveurs de raki, ou lorsque le père d’une fille « enlevée » se sent obligé de manifester sa colère, par crainte d’être accusé d’en avoir été le complice volontaire pour des raisons financières). Lire la suite

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Peu d’hommes tuent, la plupart se contentent de mourir

Un homme, des cicatrices, « là où le lent suicide de tous a pour nom « la vie » », Guðrun trois fois, Nymphéa, une interrogation sur la paternité, des livres, la masculinité ou les idées d’un homme sur ce sujet « j’avais accès au corps d’une femme tous les soirs », les blessures d’une vie, « je transmets de la souffrance, elle me distribue des corvées », les plaies, un rétroviseur pour entendre ce que des êtres humains disent… Lire la suite

Le coin du polar (Octobre 2017-2)

Mélanges de temps.

Jean d’Aillon a eu une idée qu’il faut bien qualifier d’intelligente : se servir des intrigues de Conan Doyle et les projette en plein 15siècle, en 1422 par exemple pour ce recueil de nouvelles qui se déroule pendant la guerre de 100 ans entre Armagnac et Bourguignon. Paris souffre de la disette et presque de la famine. Rien ne va plus. Dans ce contexte qui a vu Jeanne d’Arc faire couronner Charles VII, puis sa condamnation comme « sorcière » par l’évêque Cauchon, des intrigues se nouent. Peu de traces dans les histoires du temps mais suffisantes pour susciter l’imagination de l’auteur capable de « coller » les enquêtes de Sherlock Holmes. Lire la suite

Le coin du polar (octobre 2017)

Guerre civile

A partir des expériences des Zadistes – de ZAD, zone à défendre -, Jérôme Camut et Nathalie Hug construisent « Islanova », un pays sis du côté de l’île d’Oléron gardé par une intelligence artificielle et surveillé par des drones. Les habitant-e-s se nomment les « 12-10 », jour où Colomb a découvert l’Amérique, et prêtent serment pour faire partie de l’armée du 12 octobre. Une sorte de gourou, Vertigo, conduit ce petit monde jusqu’à son assassinat par un mercenaire. A partir de là, la guerre civile commence. L’Etat, le gouvernement, ne peut permettre l’éclatement du territoire national… Le tout s’organise dans un projet d’alimentation en eau de tout le continent africain. Lire la suite

« Toute histoire est vraie »

John Edgar Wideman n’écrit pas vraiment des romans. Plutôt des contes qui se passent souvent dans les ghettos noirs de Pittsburgh ou de Philadelphie. Il fait de ses histoires, autobiographiques, biographiques, rêvées ou réelles peu importe, la trame de ses récits. La mémoire est le lieu principal qu’il visite encore et encore. Une mémoire à la fois individuelle et collective. Les Africains-Américains vivent sous le joug de leurs rapports avec les Blancs et sont le centre de cette société américaine qui fait du racisme une de ses composantes essentielles. Encore aujourd’hui, en 2017. Lire la suite

Le pouvoir de l’ambassadeur du bonheur

Plusieurs lectures, entremêlées ou non, sont possibles. Entre les catastrophes, la première guerre mondiale puis la période d’hyperinflation (seule cette dernière est juste évoquée « Puis vinrent les crises économiques ») et le nazisme, un Berlin tendre et secret. Certes il ne s’agit ici que d’un milieu social restreint, mais comme l’écrit Walter Benjamin dans sa préface : « N’est « secret » dans ce Berlin ni le chuchotement du vent, ni la galanterie, déplaisante, seul le sévère et antique génie d’une ville, d’une rue, d’une maison, oui, d’une chambre qui, en tant que cella, contient en elle, dans ce livre, la mesure des événements comme celles des pas de danses ». Le préfacier parle aussi du poète « expert en seuils dans tous les sens du terme », des mots comme aimant attirant « d’autres mots de manière irrésistible », du don du narrateur « d’élargir, avec toutes les perspectives du lointain et du passé, le minuscule territoire de son histoire, de façon si mystérieuse ».
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Des pages comme extrémités tremblantes d’un vol incertain

Une succession improbable d’histoires, un entremêlement de personnages et de temps. Caracas, la nuit et des voyages à Paris, Prague, Athènes ou Varsovie…

Les récits de trois personnages comme support d’une mosaïque ou d’un bouquet chatoyant. La densité et la polyphonique d’une écriture qui trouble le fil habituel du récit. Lire la suite