Ce sourire des spectres entêtés qui jamais ne renoncent

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« Si le visible n’était pas déjà en même temps au-delà de la visibilité, nous ne pourrions pas le voir, et si la vie n’était pas déjà en même temps au-delà d’elle-même, nous ne pourrions pas la vivre ». (Hermann Broch)
Dix acryliques de Philippe Genette et des poèmes de Pierre Tréfois. Continuer à lire … « Ce sourire des spectres entêtés qui jamais ne renoncent »

La spéculation sur la mort

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Je commence par la note finale de l’auteur : « Du coté de la France et des Etats-Unis, il y eut en tout quatre cent mille morts, si l’on compte les tirailleurs, les supplétifs indochinois, troupes coloniales qui formaient l’essentiel de notre armée. Du côté vietnamien, la guerre fit au moins trois millions six cent mille morts. Dix fois plus. Cela fait autant que de Français et d’Allemands pendant la Première Guerre Mondiale ».

En marge du livre, et au delà de la caractérisation de la colonisation, il convient de souligner que les interventions françaises puis étasuniennes – contre le droit légitime des peuples à disposer d’eux-même – peuvent-être considérées comme un crime contre l’humanité, sans oublier les multiples crimes de guerre. Il ne saurait y avoir de prescription. Et il devrait y avoir réparations pour l’ensemble de la période de colonisation ; il y aurait une certaine justice à vider les poches bien remplies des héritier·es de la famille Michelin et des actionnaires de la Banque d’Indochine – « la banque par excellence, l’Idole » – (malgré les changements de dénomination au fils du temps). Continuer à lire … « La spéculation sur la mort »

J’ai 92 ans et c’est mon premier concert de rock

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Marcelle et Anne-Rock.

« Elle travaille sur scène son corps comme une plasticienne. Je crois qu’elle a bien du plaisir ce soir. Il y a foule de gens. Cette musique ne m’atteint pas. Mais je suis là, je sens la chaleur et les gens ».

Une vieille femme et une aide soignante, les mondes internes et les regards de et sur l’autre, deux portraits. Continuer à lire … « J’ai 92 ans et c’est mon premier concert de rock »

Est-ce là où nous vivons ?

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Des voix, des tableaux animés, des mots repris, l’os comme élément d’un squelette narratif, dans l’air et l’infini comme lieu ou horizon, « Le pas libre devient ce à-perte-de-vue ».

Des images égarées, « Le vélo rouge est un cheval de bataille dont j’ignore le langage », des êtres humains silhouettes de sensations et/ou de sentiments, le poids ou la légèreté du temps, les langages et leur enchevêtrement, les monstres-regards, la fille en fleurs-cage, un pays non inscrit sur les cartes de géographie, les wagons de la médiocrité, l’hésitation « jusqu’à ses bas de soie »… Continuer à lire … « Est-ce là où nous vivons ? »

Du coté des polars (novembre 2022)

Des histoires au coin du feu
Le temps de cet automne ne dit rien sur l’hiver qui vient. Une saison propice aux contes, aux histoires qu’on se raconte pour se rapprocher d’un feu qui s’éteint. « De la jalousie », de Jo Nesbo, fait partie de cette panoplie. Des nouvelles qui se veulent révélatrices de notre monde, de nos comportements assez semblables finalement malgré les frontières.
Continuer à lire … « Du coté des polars (novembre 2022) »

Une ombre en transit

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Vivre au quotidien dans un aéroport nécessite d’intégrer des contraintes et d’adopter les codes de conduite des passager·es. L’art de rester sur place implique de parcourir presque sans relâche les allées et les lieux, d’éviter les préposés à la chasse aux intru·es, celles et ceux qui n’auraient pas leur place légitime dans cet environnement. Le monde des voyageurs et des voyageuses exclut celles et ceux pour qui un aéroport est juste un endroit de vie ou de survie. Continuer à lire … « Une ombre en transit« 

La réalité dépouilla la fiction. Tout devint vrai

 

51d5kt5BGDL._SX210_L’agencement des mots et des phrases, un récit du possible. Une journée célébrée. Le langage commun pour animer la memoire.

« La nuit du 23 avril 1789 fut une longue nuit de palabres, de plaintes et de colère », Paris et les provinces, la famine, les convois de grains attaqués, des émeutes de la faim, la vie au quotidien, « la colère monte autant que les salaires veulent baisser », la folie Titon, « C’est la revanche de la sueur sur la treille, la revanche du tringlot sur les anges joufflus », le saccage d’un palais, « ils désiraient savoir jusqu’où l’on peut aller, ce qu’une multitude si nombreuse peut faire », la cavalerie – feu à volonté !, des cadavres jetés, le fer rouge pour des émeutiers. Aux yeux des puissants, hier comme aujourd’hui, la révolte des humbles et des travailleurs et travailleuses n’est jamais légitime… Continuer à lire … « La réalité dépouilla la fiction. Tout devint vrai« 

Du coté du polar, de l’espionnage, de l’amour et de la politique

Visions de morts et d’amour
Retrouver le commissaire Ricciardi et Naples qui s’apprête à fêter les 10 ans de la marche sur Rome et l’arrivée au pouvoir du Duce, de Mussolini – le 29 octobre 1922 – est un plaisir presque coupable. Le polar se fait poésie pour conter l’amour qui traverse les océans sous la forme d’un boxeur célèbre et célébré, d’un crime crapuleux au nom d’un amour égaré dans les plis de la folie et du commissaire lui-même incapable de répondre à l’être aimée, secoué par les souvenirs de sa mère et de sa propre maladie, héréditaire comme il se doit. Continuer à lire … « Du coté du polar, de l’espionnage, de l’amour et de la politique »

Une adolescence à Southampton

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M.J. Arlidge en une série qui met en scène Helen Grace, cheffe d’une escouade de la police de Southampton. La solidarité de son équipe a été mise à mal. Helen a été accusée à tort et sort juste de 9 mois de prison. Les traces sont sensibles. Faisant office de commissaire, elle est confrontée à une série de meurtres apparemment sans lien entre eux.

L’enquête se transforme vite en un portrait d’adolescentes en butte, à cause de son père alcoolique, au harcèlement de ses camarades. C’est aussi une immersion dans cette classe moyenne déclassée qui ne sait plus quelle est sa place dans cette société fortement marquée par les effets des politiques néo libérales, de baisse des dépenses sociale. Continuer à lire … « Une adolescence à Southampton »

Le tour de France vu par un auteur mexicain

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« Mort contre la montre » permet de s’insinuer dans les coulisses d’une compétition vedette du cyclisme mondial, le tour de France, un calvaire, un chemin de croix pour tous les coureurs des leaders jusqu’au dernier du peloton. Jorge Zepeda Patterson met en scène un franco-colombien né à Medellin, d’un père militaire français et d’une mère colombienne – Marc Moreau – qui trouve son salut dans le cyclisme en devenant « gregario », celui qui se sacrifie pour faire gagner le leader. L’éternel oublié, celui qui ne portera jamais le maillot jaune.

Pour ce tour des incidents se multiplient : chute massive du peloton mais surtout des assassinats. Qui veut détruire les équipes adverses pour gagner ? L’ex caporal Moreau est sollicité, par la police, pour mener l’enquête. A chaque étape, à partir de la septième, il fait le compte des suspects et du classement général, manière de maintenir l’intérêt et suivre la routine des coureurs, massage, repos, entraînement, fatigue et volonté de poursuivre. Continuer à lire … « Le tour de France vu par un auteur mexicain »

Du coté des polars (septembre 2022)

1974, une année noire
La mémoire de ce temps se trouve ravivée par Xavier Boissel qui place ses personnages dans ce moment, politiquement, de transition. Pompidou avait déjà largement rompu les amarres avec les « services spéciaux » du gaullisme, le SAC – Service Action Civique, pas mal comme intitulé pour des basses œuvres – notamment. Il leur avait coupé les subventions. Il fallait bien qu’il trouve d’autres sources de financement en s’acoquinant avec les anciens de l’OAS – ils s’étaient pourtant combattus – et la pègre. L’hypothèse, crédible, formulée par l’auteur pour trouver de l’argent, le trafic de drogue. Continuer à lire … « Du coté des polars (septembre 2022) »

Une grande romancière ignorée en France… jusqu’à présent

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Gayl Jones, éditée pour la première fois par Tony Morrison – prix Nobel de littérature 1993 qui nous a quittés récemment – en 1975 pour « Corregidora » aujourd’hui traduit en français. Dés sa parution, nous indique l’éditeur Dalva, ce roman a été considéré comme un classique et enseigné dans les écoles. A le lire, on en comprend les raisons. Continuer à lire … « Une grande romancière ignorée en France… jusqu’à présent »

Du coté du polar (aout 2022)

Le polar croate de Jurica Pavičić
« L’eau rouge », publié l’an dernier, réussissait un tour de force, évoquer la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie sans jamais la mettre en scène, obscurcie qu’elle était par un drame familial : la disparition de Sylva, 17 ans, qui déchirera la famille et donnera au frère la possibilité de poursuivre le Graal, retrouver sa sœur. Il parcourra une partie du monde alors que son pays se déchire. Une quête sans fin qui se terminera par la découverte policière attendue et étrange tout à la fois. La découverte en France d’un auteur déjà reconnu dans son pays.
« La femme du deuxième étage », pour cette année, creuse un autre filon de la littérature policière, le thriller, l’étude de caractère, le portrait d’une femme empoisonneuse, en prison au moment où le fil de cette vie commence. Les personnages évoluent un peu trop en huis-clos. En dehors des deux appartements et la prison, l’auteur, là, donne l’impression que le reste du monde n’existe sauf dans le rejet de la condamnée et de sa famille, sa mère en l’occurrence qui fuit la ville de Split, décrite à deux moments dans ses changements et ses constantes. L’auteur veut donner cette sensation d’enfermement et c’est un peu trop réussi. Il arrive que l’ennui gagne à force de lassitude qui semble habiter Bruna empêchée de prendre son destin en mains. La pression de l’entourage est pesante et empêche tout développement personnel. La prison est ressentie comme une libération par son rythme régulier, prévisible.
Portrait d’une petite ville plus que d’une femme. Les voies de la libération ne sont qu’esquissées.
Jurica Pavičić : L’eau rouge & La femme du deuxième étage, traduit par Olivier Lannuzel, Éditions Agullo
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Mohammed Harbi : Aux côtés de Rushdie (+ texte de Salman Rushdie + pétition)

La campagne que les islamistes de tous bords ont mené contre Salman Rushdie, les menaces qu’ils font peser sur sa vie constituent un nouvel épisode de l’assujettissement forcé des intellectuels, et au-delà d’eux, de la société au pouvoir sacerdotal.

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Informel dans ses manifestations, ce pouvoir est plus contraignant et arbitraire que celui, institutionnalisé, des Églises chrétiennes. Le minimiser en invoquant l’absence d’un clergé en islam, c’est occulter des faits lourds de conséquences : a) l’individu est en permanence sommé de se nier pour s’agréger au collectif ; b) la communauté est le lieu de l’unanimité d’où la contradiction est évacuée. Ce n’est donc pas un mystère, si du point de vue du niveau de conscience, les sociétés musulmanes sont d’une créativité inférieure à celle des individus qui les composent. Continuer à lire … « Mohammed Harbi : Aux côtés de Rushdie (+ texte de Salman Rushdie + pétition) »

Le flou de l’enfance et la machine à fabriquer les filles

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Une suite d’images probablement dans les années 70 ou 80, une enfant et son corps, « A quel moment / je suis devenue fille / à quel moment / je n’ai plus été un garçon », des souvenirs, « du toit, je prends une photo sans clôtures ni bruits de fond », une mère conductrice de transports en commun, « elle donne des coups d’accélérateur dans un monde exclusivement masculin », des jeux et des gestes, « je me débats pour ne pas tomber dans le panneau de fille ou de garçon, comme mon corps se déploie dans l’essence enfantine du flou ». Continuer à lire … « Le flou de l’enfance et la machine à fabriquer les filles »

Il y eut des jours et des nuits blancs

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Dans le monde des employés polemploi (et de leurs cravates multicolores), de l’adaptabilité, de la flexibilisation, de « la ludification des rapports entre collaborateurs et responsables », du ministère de la Volonté du travail, des décrocheurs, du déficit d’adaptabilité, du « boostage » de parcours professionnel, des stages « de formation pour aidants à la formation animée par un formateur de formatants », un homme, Julien, dont la seule « compétence » semble être la capacité de rêver. Continuer à lire … « Il y eut des jours et des nuits blancs »

Histoire et culture des États-Unis.

Miles Davis
Ce seul nom suffit à susciter l’intérêt. Miles – ce n’est pas vraiment une familiarité plutôt une marque de respect – est le seul musicien de jazz qui jouit d’une aura digne des plus grandes stars de la pop music. Il faut reconnaître qu’il a tout fait pour. Son batteur du milieu des années 1960, Tony Williams, un révolutionnaire de cet instrument, voulait lui aussi accéder à ce même statut mais il lui manquait quelque chose, ce quelque chose, presque rien qui fait toute la différence et qui tient à la personnalité propre de chaque créateur.

Refaire une nouvelle fois le parcours de cette vie peut sembler superfétatoire, mais, chaque biographe sait apporter sa patte à ce mystère qui entoure, ceint ce prince des ténèbres, ce trompettiste créateur de mythes, poète du silence qu’il transforme en musique pourtant volontiers raciste malgré ou à cause de la prise de conscience que s’il avait été blanc tout aurait été plus simple mais pas forcément plus proche du génie. Continuer à lire … « Histoire et culture des États-Unis. »

Pièce invisible (pour le moment ?) des invisibles. 

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« Un raisin au soleil » qu’est-ce qu’il devient ? Il pourrit, il explose ? Une alternative ? Ou un oxymore ? Langston Hughes cité en exergue ne conclut pas, laissant flotter l’incertitude. Incertitude qui se retrouve dans les mots de la dramaturge et militante Lorraine Hansberry, décédée en 1965 à l’âge de 34 ans, dans cette pièce, « Un raisin au soleil ». Une famille africaine-américaine est le centre de l’intrigue. Pour la première fois, les Africains-Américains envahissent la scène, à l’époque, de Broadway. Une comédie musicale en sera tirée. Un acte politique en même temps qu’esthétique dans ces États-Unis où règne encore la ségrégation. Une pièce à lire pour le moment dans cette nouvelle traduction française due à Samuel Légitimus et Sarah Vermande. Continuer à lire … « Pièce invisible (pour le moment ?) des invisibles. « 

Coup d’État manipulé ?

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« La menace 732 » se veut « Thriller politique » comme indiqué sur la page de couverture. L’association des deux termes ne parle pas. Un Thriller est, en règle générale, détaché du contexte. Il faudrait plutôt parler de manipulation politique, de plans de renversement de la décision des urnes. Une présidente de gauche radicale est élue au deuxième tour après un affrontement avec l’extrême droite – pour l’instant une fiction – avec une courte majorité, dans des conditions que l’auteur ne décrit pas. Frédéric Potier, ancien Préfet, dans un premier temps, part de l’actualité : les textes des militaires à la retraite ou en active publiés par Valeurs Actuelles récemment en les adaptant à cette nouvelle donne politique et la découverte des réseaux d’extrême droite mis à jour par les services de renseignements montrant ainsi que la menace principale contre la démocratie ne vient pas d’une extrême gauche fantasmée mais d’une extrême droite bien réelle. Extrême droite, suivant l’auteur, responsable du saccage de l’Arc de triomphe. Se noue ensuite la première intrigue. Continuer à lire … « Coup d’État manipulé ? »

Un auteur à découvrir

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W.R. Burnett est toujours à redécouvrir comme auteur de polars, de ces romans noirs qui racontent la pègre de Chicago mais surtout de ces figures d’hommes perdus entre des mondes qu’ils ne comprennent pas poursuivis par un sens de l’honneur désuet. Une partie de son œuvre a été oubliée. Il fut aussi, outre scénariste, auteur de « Western », forme de romans spécifiquement américaine, connue surtout par le cinéma. Continuer à lire … « Un auteur à découvrir »