Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Le corbeau est vivant sous les frondes

product_9782070179510_195x320Anuk Arudpragasam choisit de parler d’une journée de guerre à travers d’amples et lentes descriptions de gestes et d’actions habituellement communes. Les mots sont directs, certaines situations crues, d’autres plus quotidiennes.

Une amputation, « le bruit humide du couteau à travers la chair céda place au frottement des dents contre la bâche, et enfin la découpe s’arrêta ». Le frémissement de la terre, une déflagration d’air chaud sur la peau. Trouver l’endroit, un peu en retrait, un peu au calme, pour chier, vider ses intestins, la plage, la mer… Lire la suite

Nulle mort ne peut

Pour Derek Walcott

 

Il y a tant de chênes à Atlanta qui gémissent encore

Des champs qui pleurent

Qui chantent aussi

Et qui impriment aux capsules du coton des torsions incroyables ! Lire la suite

Je peux jeter la fausse monnaie

product_9782070144419_195x320Un homme puis une femme. Deux récits. L’un ne saura pas, l’autre écrit pour qu’un-e lecteur/lectrice éventuellement lui explique. Un point de rencontre en Italie. Un récit bouleversant autour de la mémoire et du passé européen de destruction.

« Le yiddish ressemble à mon napolitain, deux langues de grande foule dans des espaces étroits. Elles sont donc rapides, composées de mots apocopés, capables de se faire de la place au milieu des cris. Elles ont la même quantité de mendiants et de superstitions. Elles sont expertes en misères, émigrations et théâtres. ». Le son d’une langue, un traducteur, la variation finale de deux éditions d’un ouvrage, « Pour les lecteurs en yiddish, il existe cette fin ouverte, une fuite pleine d’espoir et de prophétie ». Lire la suite

Un fantasque alphabet du monde

d23228Cela faisait longtemps que je n’étais pas entré dans l’univers de Jerome Charyn. Je n’ai pas oublié Marilyn la dingue, Zyeux bleus, Isaac le mystérieux…

Ici, les obsessions masculines, les fantasmagories de l’auteur, les obsessions étasuniennes, se mélangent pour former un épais labyrinthe, joyeux ou dramatique.

Le lecteur et la lectrice se confrontera tantôt à des espaces gluants, tantôt à des murs trop lisses pour s’y accrocher, tantôt à la crasse, souvent à la pauvreté… Et toujours à l’imagination littéraire. Lire la suite

Qui mélé yo ac cadv’ nous’ !…

letoileabsinthefront-l-572145Pourquoi un tel livre n’a-t-il pas été édité plus tôt ? Est-ce à cause de sa force, de cette tempête de mots, de son caractère « haïtien » ?

Une femme, la pension Colibri, la rupture avec une vie, la solitude, une nouvelle allure, « Réapprendre à des cendre un escalier e toute simplicité, réapprendre même à marcher… Se dépouiller de toutes ces superfluités, ces minauderies, ces mignardises, ces affections qui ont proliféré pour mieux accrocher le regard ». Lire la suite

Polar et Histoire

004602172Ariana Franklin – morte en 2011 à 78 ans – nous projette, par le biais de la traduction française des aventures de sa jeune « médecin légiste », Adelia Aguilar, dans le royaume de Henri II Plantagenet qui n’en finit pas de guerroyer pour préserver son unité. En 1176, au moment où commence la troisième aventure de cette jeune femme « qui fait parler les morts », il est au pays de Galles pour réduire la rébellion. Il a besoin de prouver que Arthur – celui des chevaliers de la table ronde – est bien mort pour éviter les superstitions qui alimentent les révoltes contre son pouvoir. Lire la suite

Mordechaï, ton point de vue ne n’intéresse pas

product_9782070142828_195x320Un très vieil homme « bloqué au fond de ce lit à quatre-vingt-dix-sept ans ». Un corps en douleur et un esprit lucide. Mais une lucidité machiste comme le fut sa vie. Récitatif tourné sur soi et la soit-disant dictature des pulsions, « En réalité, nous sommes les éternelles victimes de notre membre, de la verge, de la quéquette. L’organe autonome qui commandait mon esprit, déterminait mes actes, maîtrisait ma raison et prenait la direction des opérations ». Un homme en réaffirmation du pouvoir et du sexe, un homme dans toute la haine qu’il voue aux femmes, une haine présentée-déguisée sous forme de victimisation « victime éternelle », de désirs, de pulsions soit-disant « incontrôlables », de l’appropriation des corps, de la vie et du travail des autres. Motke vit et se revit dans la déchéance de ce fils Ezra. Lire la suite