du coté du polar (avril 2022)

1951, la guerre n’est pas finie

François Médéline est un amoureux des paysages de la Drôme. Il a raison. Il les décrit avec une plume habile qui leur rend tous leurs mystères et leurs profondeurs. « Les larmes du Reich », titre de roman, sonnent comme un, avertissement. Les apparences, des premières pages, sont trompeuses. L’inspecteur Michel est-il vraiment celui qu’il dit être ? Pourquoi recherche-t-il activement une petite fille et sa mère ? D’où lui vient l’argent qu’il dépense à flot continu ? Pourquoi supprime-t-il les témoins potentiels ? Continuer à lire … « du coté du polar (avril 2022) »

Quand les frontières se brouillent entre fiction et réalité…

La littérature permet d’appréhender les mécanismes sociaux et la manière dont les individus les vivent.

L’Afrique du Sud est une société où la corruption s’affiche à tous les étages. Deon Meyer s’en est fait une spécialité transformant ses polars en autant d’analyses politiques. Mike Nicol a choisi de prendre pour personnage principal, sa ville Le Cap, capitale administrative. Le meurtre du ministre de l’Energie est la pointe visible de l’iceberg d’un trafic d’uranium enrichi. Vraisemblablement, l’assassinat a été commandité par une partie du gouvernement, sinon le président lui-même qui ne partageait pas les vues de son ministre s’orientant vers d’autres énergies, renouvelables, que le nucléaire. Derrière s’agitent toutes les officines plus ou moins secrètes, la CIA et même Daesh. « Infiltrée » pour décrire une espionne multicarte qui synthétise tous les brouillards enveloppant la réalité. Le polar et ses techniques est un guide efficace. Continuer à lire … « Quand les frontières se brouillent entre fiction et réalité… »

Polar historique, 1898, la République contestée

9782264079596_1_75

Lyon, sa police, ses bizarres héros, ses assassins, ses espions et les désirs d’une démocratie vivante forment la trame de ce roman. Gwenaël Bulteau raconte plusieurs histoires qui trouvent leur origine dans la guerre de 1870, La Commune – celle de Lyon a eu une existence encore plus éphémère que celle de Paris – et dans l’affaire Dreyfus qui secoue la France. Cette année là, Zola publie dans l’Aurore « J’accuse » qui provoque des émeutes. La police, comme l’armée est anti dreyfusarde dans sa grande majorité. « La République des faibles » est un titre volontairement ambigu. Il peut faire référence à la faiblesse de cette République aux mains de la hiérarchie militaire antisémite, des faibles laissés à l’abandon qui ne participent pas à la vie publique et aux faiblesses générales de cette société incapable de se comprendre. Continuer à lire … « Polar historique, 1898, la République contestée »

Roman d’espionnage historique

1897039782.jpg

Julian Semenov (1931-1993) est un écrivain célèbre en URSS. Sans doute moins dans la Fédération de Russie en raison des réécritures de l’histoire poutiniennes. Il fait œuvre à la fois de romancier et d’historien. « La taupe rouge » a été le premier édité. « Des diamants pour le prolétariat », qui se déroule en 1921 – l’URSS est toute neuve -, semble être le premier opus d’une série qui couvrira toute l’histoire de cette formation politique et sociale via l’espionnage. En avril 1921, la Tchéka charge un jeune agent, Maxime Issaïev – héros récurrent – de récupérer des diamants des possédants pour financer la jeune République des Soviets. Il infiltre le milieu des trafiquants, croise des tueurs, des voleurs tout autant que les révolutionnaires. Continuer à lire … « Roman d’espionnage historique »

La peste noire, une épidémie de 13 ans

1919304247.jpg

1348, le Royaume de France est sous la menace de mort de la peste noire. Les morts envahissent les vivants, les cimetières débordent, les fosses communes se multiplient et les populations s’enferment en suspectant les autres de transporter les souches. La ville du Puy subit la déferlante. Les tavernes sont fermées, les difficultés d’approvisionnement affament les habitant.e.s. Continuer à lire … « La peste noire, une épidémie de 13 ans »

La révolution française au prisme du polar

009724475

Anne Villemin-Sicherman continue la saga des enquêtes du vétérinaire Duroch sis dans l’Est de la France, du côté de Metz. « 1792, la femme rouge » nous projette dans la ville de Metz assiégée par les armées austro-prussiennes. Plus importantes en nombre que les armées de la révolution, mieux entraînées, mieux armées la victoire semble de leur côté. Par un coup de génie militaire, Kellerman à Valmy inversera la donne bien aidé par une dysenterie qui ravage les troupes ennemies. Continuer à lire … « La révolution française au prisme du polar »

Polar flamand

9782226448224-j

Pieter Aspe, belge néerlandais, est un auteur qui est traduit en séries télévisées. Son double enquêteur, Van In, est fait de chair et de sang. Logiquement, Aspe a choisi les plateaux télé pour cadre de son nouvel opus, « Alibi ». Il en fait un théâtre d’ombres sans véritable consistance en s’attachant à la description des villes et des bières comparées entre Bruges, sa ville, et Anvers, cadre de l’affaire, un cadavre retrouvé brûlé dans la voiture d’un acteur connu. Tribulations diverses des investigations, réactions de la police anversoise face aux ploucs venus de Bruges, méfiances réciproques avec en arrière-fond une histoire d’amour entre l’assistant du commissaire, Versavel, et un collaborateur du film en cours. Chacun.e a quelque chose à se reprocher. Un peu cousu de fil blanc de temps en temps comme des raccourcis un peu rapides. Continuer à lire … « Polar flamand »

Vu de Taïwan (Taipei)

product_9782072904622_195x320

Chang Kuo-Li se lance dans le polar après avoir écrit une trentaine de livres. Comme une nouvelle naissance. « Le sniper, son wok et son fusil » indique que la cuisine sera aussi de l’intrigue. Alex, surnom venant de la légion étrangère, Ai Li pour l’état civil, participe d’une confrérie qui, comme les Yakusa, rassemble ses « fidèles », tatoués, par un contrat de confiance et une solidarité qui se veut à toute épreuve. Ils et elles obéissent à celui qui les a formé.e.s et les a conduits au sens le plus fort. A Rome, Alex doit assassiner un conseiller du président taïwanais. Pourquoi ? Alex sera obligé de se poser cette question, pourchassé qu’il est par des forces anonymes qui le traquent. La réponse est un gage de survie. Il est aidé par l’inspecteur WU en fin de carrière qui cherche aussi le pourquoi de l’assassinat et n’accepte pas, malgré son départ à la retraite, de renoncer. Continuer à lire … « Vu de Taïwan (Taipei) »

La drogue fête fétide

Visuel-24heures-Hero

« 24 heures héro » en référence à l’unité de temps pour toute tragédie qui se respecte, met en scène un couple de drogués Arnaud et Nadia, compagnons d’infortune mais aussi compagnons tout court sans en avoir vraiment conscience sauf à certains moments cruciaux. Elle a dû avoir le coup de foudre, du moins il est possible de le penser. Les auteurs, Saphir Essiaf et Philippe Dylewski le suggèrent tout en insistant sur la brume profonde que provoquent les drogues dans des esprits. Nadia est la plus intégrée dans l’univers de la drogue : son sentiment de culpabilité est tel – elle s’accuse d’avoir tué son frère – qu’elle aura vraisemblablement du mal à se guérir si la volonté de trouver une autre vie germait dans son cerveau. Lui est plus extérieur même si c’est un consommateur forcené. Une description quasi clinique de deux personnages en quête de rédemption. Continuer à lire … « La drogue fête fétide »

Algérie, la décennie noire

009142884

Oran peut-être de nos jours. Un homme monte dans un tramway. Il fera le tour de la ville en « Vingt stations », le titre de ce voyage à la fois dans la ville qui a beaucoup changée livrée aux promoteurs et dans sa mémoire tout en regardant les populations différentes de chaque station dévoilant des inégalités profondes découpant la ville. La mer devient fantomatique dans ce parcours d’un homme mort-vivant dans les affrontements de la « décennie noire ». Les assassinats se sont multipliés – s’en souvient-on encore ? – laissant toutes les populations algériennes en quête de lumière et de justice. Le gouvernement a préféré « faire comme si » il ne s’était rien passé s’abritant derrière une soi-disant « réconciliation nationale » pour rétablir l’ordre d’un pouvoir qui a perdu sa légitimité. Continuer à lire … « Algérie, la décennie noire »

Du coté du polar (mai 2021)

Polar et jazz

Ray Celestin, britannique, s’est lancé dans une saga absolument réjouissante : raconter à la fois les migrations du jazz, de la Nouvelle-Orléans (« Carnaval ») à Chicago (« Mascarade ») et arriver avec « Mafioso » à New York en cette année 1947, date officielle d’entrée dans la guerre froide et la mise en place de la commission des activités anti-américaine, présidée par le sénateur McCarthy, qui pourchassera les communistes. La « chasse aux sorcières » débute pour le plus grand profit de la Mafia alliée au FBI d’Edgar Hoover qui aura l’audace de déclarer que « le crime organisé » n’existe pas alors que Costello, le « grand chef », est l’homme le plus puissant de New York et, par-là même, des États-Unis. Continuer à lire … « Du coté du polar (mai 2021) »

Polar irlandais

Adrian McKinty réussit avec « Ne me cherche pas demain » ce qu’il faut bien appeler un tour de force : nous intéresser à une sempiternelle intrigue de meurtre en salle fermée. Le contexte de la guerre civile en Ulster, en cette année 1983, l’aide beaucoup. Il décrit les peurs, les angoisses mais aussi la réalité des attentats comme la place étrange de l’inspecteur Sean Duffy, catholique dans une police protestante. Il est considéré comme un traître des deux côtés. Continuer à lire … « Polar irlandais »

Le coin du polar (Avril 2021)

Jean d’Aillon, pour cette enquête de Louis Fronsac, sorte de Sherlock Holmes du temps de la régence de Mazarin, a décidé de nous balader en la ville d’Aix en Provence pour résoudre « L’énigme du clos Mazarin », en l’occurrence Michel, le frère du cardinal.

Il ne nous épargne rien, ni la longueur du voyage aller, le retour sera plus rapide, ni la description de la ville presque à toutes les époques avec des notes qui permettent de retrouver les endroits décrits aujourd’hui – il faut dire qu’il est l’auteur d’un guide de la ville -, ni les portes… Bref, nous y sommes. L’enquête est cousue de quelques fils blancs qui permettent des enchaînements faciles et d’autres plus bizarres sans que vraiment le fil rouge n’apparaisse sinon par le nombre de morts. Pour tant, la lecture reste agréable. Cheminer avec d’Aillon permet de saisir quelques bribes de ce temps, de connaître les accoutrements, les déguisements, les raisons des fêtes et de prendre plaisir aces informations même si les descriptions de la ville prennent un peu trop de place.

Jean d’Aillon : L’énigme du clos Mazarin, 10/18/Grands détectives Continuer à lire … « Le coin du polar (Avril 2021) »

Une hirondelle fait-elle l’automne ? 

Paris, octobre 1926, cadre de la troisième enquête de Jeremy Nelson, nouveau héros récurrent de Claude Izner, « Les nids d’hirondelle », pour nous faire vivre « les années folles » marquées par le jazz.

Jeremy, toujours amoureux de Camille, s’essaie à la composition d’une comédie musicale avec un parolier, par ailleurs clarinettiste classique, Paul Green. Évocation de ces créations étranges sur les scènes parisiennes à commencer, bien sur, par la Revue Nègre, au Théâtre des Champs Élysées, avec comme vedette Joséphine Baker et, dans l’ombre, Sidney Bechet seul musicien à être mentionné dans les gazettes de l’époque. L’orchestre accompagnateur, celui de Claude Hopkins – le pianiste a prétendu dans son autobiographie, avoir engagé Josephine qui lui a volé la vedette -, est resté souvent inconnu des contemporains. Il était logique que l’autrice n’en parle pas. Par contre, elle nous fait visiter Paris, le quartier latin, en faisant courir Jeremy d’un point à un autre. Continuer à lire … « Une hirondelle fait-elle l’automne ? « 

Un polar travesti en western

« Dehors les chiens » de Michaël Mention essaie de redonner vie à ce genre strictement américain.

Prenez un héros solitaire, un « poor lonesome cow-boy », avec une profession étrange, un Marshall – un shérif fédéral ancêtre du FBI – des services secrets spécialisé dans la traque aux faux monnayeurs, appelez-le Crimson Dyke pour éviter de le confondre avec un autre, jetez le dans la fournaise de la Californie et, pour corser le tout, situez l’action en 1866, un an après la fin de la guerre de sécession pour raconter une histoire qui n’a rien à voir avec cette présentation, une révolte féministe. Continuer à lire … « Un polar travesti en western »

Le coin du polar (février 2021)

Frank Elder, flic à la retraite, héros récurrent de John Harvey, est partagé entre Peznance où il s’est réfugié, et Londres où il a passé trente ans.

« Le corps et l’âme » – curieuse traduction d’un standard du jazz « Body and Soul », corps et âme, comme une définition du jazz – remâche une enquête de l’inspecteur sur le violeur de sa fille alors adolescente. Ces mêmes personnages se retrouvent dans la dernière partie de la trilogie, chant du cygne évidemment, qui lie de nouveau le père et la fille sur fond de musique de jazz et de poésie. Continuer à lire … « Le coin du polar (février 2021) »

Un univers démesuré et minuscule

« Appelle-moi Suba. Non pas la conteuse, l’ancienne, la sage, la griotte. Non plus l’historienne ou la narratrice. Juste Suba, qui mêle les voix du passé à celles du présent et du future pour raconter une histoire, dire mon Histoire ».

Suba interviendra à chaque début de chapitre, ponctuant de son histoire, faisant dialoguer les voix qui l’habitent, récoltant et semant des poignée de sable, dressant une tente de repos et de réflexion pour les lectrices et les lecteurs… Continuer à lire … « Un univers démesuré et minuscule »