Archives de Catégorie: Du coté de Marx

Libre déclaration de nationalité, autonomie et auto-administration

Je ne vais pas reprendre ici, les éléments proposés dans Didier Epsztajn, Patrick Le Tréhondat, Patrick Silberstein : Avant-propos à la réédition de l’ouvrage d’Otto Bauer, avant-propos-a-la-reedition-de-louvrage-dotto-bauer-la-question-des-nationalites/. J’en reproduis juste les deux derniers paragraphes : « Une république autogérée devrait sans aucun doute intégrer dans son édifice institutionnel les différentes chambres d’intérêts particuliers de manière notamment à ce que les « minorités » ne soient pas confinées en toutes choses à rester démocratiquement minoritaires.

« Mettre les contradictions au service des besoins pratiques », c’est ce à quoi nous invite Otto Bauer. » Lire la suite

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Peter Hudis : « La conscience de la non-viabilité du capitalisme augmente chaque jour qui passe »

Avec l’aimable autorisation de Peter Hudis

Merci à Kevin Anderson pour m’avoir signalé cet entretien

Mohsen Abdelmoumen : Vous avez écrit le livre pertinent « Frantz Fanon, le philosophe des barricades ». Pourquoi un tel intérêt à l’œuvre de Fanon ?

Dr. Peter Hudis : Il y a en effet un renouveau d’intérêt pour le travail de Fanon au cours des dernières années (mon livre n’est qu’un parmi ceux qui sont parus). Je pense qu’il y a deux raisons à cela. La première est que l’objectif change dans le capitalisme mondial, qui génère une discrimination raciale et un racisme à grande échelle. Le racisme, et surtout le racisme anti-noir, n’est pas nouveau dans le capitalisme, comme le montre l’histoire des États-Unis, les relations de classe ont été façonnées par des facteurs raciaux depuis la naissance du projet colonial. C’est pourquoi toute analyse « purement de classe » échoue toujours lorsqu’elle est appliquée à la société américaine. Ce qui est devenu de plus en plus évident, cependant, c’est que la structuration raciale de classe et des relations sociales n’est ni une question d’histoire ancienne ni restreinte aux Amériques. À mesure que le capitalisme devient de plus en plus mondialisé, il repose de plus en plus sur les déterminations raciales pour stimuler l’accumulation du capital, diviser la classe ouvrière et détourner l’attention des crises qui affligent la société existante. L’Europe est un cas clair, qui connaît une croissance massive du sentiment raciste, mais le problème n’est en aucun cas limité à l’Europe. La deuxième raison de l’intérêt renouvelé à Fanon est l’effort, surtout par les personnes de couleur, de résister à ce racisme résurgent. Le fléau des abus de la police, l’entassement dans les prisons des pauvres et des chômeurs, et la discrimination à l’égard des immigrés, pousse une nouvelle génération à rechercher des sources théoriques qui peuvent aider dans l’effort de lutter contre ces conditions. En tant que principal critique de la race et du racisme de l’ère post-seconde guerre mondiale, il est logique que Fanon soit de nouveau un pôle d’attraction, surtout pour les jeunes. Lire la suite

Marx au 21e siècle : et si les questions comptaient plus que les réponses ?

Cent cinquante ans après la première publication du Livre 1 du Capital, dans cette deuxième décennie du 21e siècle, que reste-t-il de l’héritage intellectuel de Karl Marx ?

Je propose ici d’apprécier cet héritage selon les critères mêmes de Marx, c’est-à-dire dans sa dimension « pratique-critique ». À l’âge de 27 ans, n’écrivait-il pas : « C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps » (2eThèse sur Feuerbach, 1845) ? D’où la question au centre de cette réflexion : la pensée de Marx est-elle en mesure de prouver sa « vérité », sa « réalité » et sa « puissance », « dans ce monde et pour notre temps » ? Lire la suite

L’actualité de Marx (2)

Partie (1) : lactualite-de-marx-1/

Marx a constamment insisté sur les déterminants productifs de la crise capitaliste. Dans le cadre des profondes transformations engendrées par la mondialisation, ce principe permet d’éviter des lectures simplistes mettant exclusivement l’accent sur la dimension financière. Lire la suite

L’actualité de Marx (1)

Résumé

Marx retrouve aujourd’hui un regain d’intérêt. Sa mise en lumière des mécanismes du capitalisme contraste avec les simplifications des néo-classiques et la naïveté des économistes hétérodoxes. Marx permet de comprendre que l’offensive néolibérale et la surexploitation des précaires renvoient à la logique de la plus-value. Il a identifié l’origine des inégalités et montré ce qu’implique aujourd’hui encore la recherche sans fin du profit.

Le Capital permet de récuser toute assimilation du chômage à la révolution numérique. Il remet en cause les théories qui expliquent les crises par des erreurs de politique économique ou par des régulations défaillantes. Il souligne les contradictions incontournables entre consommation et rentabilité.

Marx a insisté sur le fait que les convulsions financières trouvent leur source dans la sphère de la production. Il a proposé une analyse des rapports entre mondialisation et modèles nationaux d’accumulation. Il a anticipé les polarisations engendrées par le sous-développement dans les pays de la Périphérie et l’articulation nécessaire entre anti-impérialisme et stratégie socialiste.

Il a enfin conceptualisé la combinaison d’illusions et de peur que propage l’idéologie bourgeoise. Son projet égalitaire refait aujourd’hui surface en même temps que de nouvelles synthèses entre action politique et élaboration théorique1.
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(Re)découvrir

Les années 1960 sont celles des polémiques autour des conceptions du marxisme, du rapport de Marx à Hegel et de la nature de l’URSS, capitalisme d’Etat ou « État ouvrier bureaucratiquement dégénéré ». Polémiques qui, aujourd’hui, apparaissent « vieillottes » sinon obsolètes. La lecture de « Marxisme et liberté » de Raya Dunayevskaya (1910-1987) montre qu’elles recèlent une forme d’actualité. Raya fut secrétaire de Trotski et s’installa aux Etats-Unis où elle rencontra C.L.R. James et Herbert Marcuse. Sa thèse qui se résume en une théorie de la libération, s’appuie sur l’histoire du mouvement ouvrier et du mouvement d’émancipation des Africains-Américains, sorte de pont entre l’Europe et les Etats-Unis. Elle veut faire le lien entre théorie et pratique, pratique et théorie en redonnant une grande place à Hegel pour élaborer un « humanisme nouveau » pour réunifier tous les mouvements allant vers l’émancipation des individus. Le concept clé qu’elle utilise, l’aliénation, permet de comprendre son insistance sur la nécessaire libération. Elle gomme, de ce fait, l’importance de l’exploitation et, surtout, des conséquences du « fétichisme de la marchandise » qui va de pair avec la loi de la valeur. Une interprétation du marxisme très en vogue aux Etats-Unis de ces années 60. Lire la suite

Introduction de Claudie Weill à la réédition de l’ouvrage d’Otto Bauer : La question des nationalités

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Le marxisme se serait cassé les dents sur la question nationale, affirment ceux-là mêmes qui ne le vouent pas encore aux gémonies. Certes, avec la nationalisation du mouvement ouvrier qui va de pair avec la formation de la classe ouvrière industrielle1, la tentation nationaliste n’a pas épargné un milieu qu’on croyait intrinsèquement internationaliste parce qu’on ne l’avait pas regardé de trop près. Mais le handicap résidait précisément dans ce « cosmopolitisme naïf » ou « internationalisme utopique », dénoncé par Otto Bauer, lequel n’était au fond qu’une politique de l’autruche, une façon de refuser le problème. Loin d’être immunisé contre le nationalisme, le mouvement ouvrier y a succombé parce qu’il ne disposait pas des moyens pour s’en défendre. Lire la suite