Pour Jacques Prévert

Ce 4 février 2000, il aurait eu 100 ans. Le bel âge aurait-il dit. Car tous les âges de la vie sont beaux. Il n’y a guère que les flics et les militaires pour ne pas s’en apercevoir. Parce qu’ils ne voient pas la lumière. Empêtrées dans ce qu’ils croient être la réalité, ils s’engluent dans la répression. Comme si toute révolte était soluble dans la répression. Il avait hérité cette phobie de son grand-père, vieil homme irascible sur de son bon droit et de sa connerie qui avait martyrisé son père. Des années plus tard, le père continuera à en faire des cauchemars. Comme quoi Freud n’est pas loin… Continuer à lire … « Pour Jacques Prévert« 

Pardine, un livre de Roger Mathieu

Une vie ouvrière, trépidante et engagée
Une chronique des luttes et des mobilisations des soixante dernières années

Ce livre, Pardine, Solidarité internationale, conte une belle histoire. Celle d’une vie ouvrière trépidante et engagée dans la solidarité internationale. C’est une vie pleine et entière habitée par la passion de l’internationalisme. C’est une magnifique chronique des luttes et des mobilisations des soixante dernières années

Roger est l’ainé d’une famille de huit enfants. C’est dès son plus jeune âge un révolté permanent avec un goût très prononcé pour les bêtises ; un enfant insupportable. Il risque d’être amputé à seize ans et passe beaucoup de temps dans les hôpitaux avec un chouia d’école. Après son certificat, il enchaine les petits boulots dans la ZUP Nord de Nîmes. Il adhère au PSU (Parti Socialiste Unifié) à 19 ans, milite dans un comité de quartier et c’est là sa première rencontre, avec les immigrés, qui l’accompagnera toute sa vie. Continuer à lire … « Pardine, un livre de Roger Mathieu« 

Une ode à la jeunesse capable de vivre d’autres vies

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« Debord, printemps » n’a pas vraiment de statut. Pas un essai, pas un poème, pas une biographie, pas non plus vraiment portrait d’une jeunesse et d’une époque, pas vraiment saga, pas vraiment politique mais un peu de tout, pour un mélange explosif, virulent, sauvage. Le thème apparent, La figure de Guy Debord, jeune homme réfugié dans son îlot de Saint-Germain-des-Prés, entre différentes cavernes où se retrouvent un groupe de dissidents qui refusent la société de ces années cinquante appelées plus tard « les 30 glorieuses » (dixit Fourastié). « Ne travaillez pas » est le slogan affiché de ces lettristes d’abord puis situationnistes ». L’internationale que constitue Debord est striée d’exclusions, souvent à motif aviné ? Cette jeunesse rêve, construit un monde étrange autour d’elle-même animé par la volonté farouche de ne pas être digéré par ce monde inconnu pour elle. Continuer à lire … « Une ode à la jeunesse capable de vivre d’autres vies »

Françoise Ega

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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Françoise Éga (née Françoise Marcelle Modock) est née le 11 novembre 1920 au Morne-Rouge et morte le 8 mars 1976 à Marseille. Ouvrière, écrivaine et activiste sociale martiniquaise, elle est connue pour son rôle de meneuse dans sa communauté et pour sa défense des personnes migrantes des Caraïbes en France.

Depuis sa mort, ses écrits, qui explorent les thèmes de l’aliénation, de l’exploitation et du nationalisme, sont reconnus comme une voix importante pour les femmes antillaises françaises dans la période entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin de la décolonisation. Continuer à lire … « Françoise Ega »

Du jazz en livres… Comment devient-on un génie ?

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John Coltrane, saxophoniste ténor et soprano, a révolutionné les mondes du jazz et au-delà. C’est le dernier génie en date du jazz. Il représente la quintessence de ces années 60, années de révolte, de colère, de barbarie et d’espoirs. Il fait entendre dans son jeu incandescent, dans le « son » qu’il réussit à trouver à force de travail, cet ensemble. Qu’il sait aussi dépasser pour rester notre contemporain. Toutes ses interrogations restent les nôtres. Continuer à lire … « Du jazz en livres… Comment devient-on un génie ? »

Des mots de résistance, d’espérance, d’inquiétude, et la soif d’apprendre

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De la courte préface de Souleymane Bachir Diagne, je souligne quelques éléments. « La vie de Sonia Dayan-Herzbrun vaut témoignage ». Le préfacier parle, entre autres, d’humilité, de culture juive germanophone de la Mitteleuropa, des Palestiniens, d’un passé détruit, d’engagement et de commencement, « qu’elle était née à elle-même, qu’elle s’était donné son propre commencement », de révolution fondatrice, « La vie pensée n’est pas une narration linéaire d’évènements mais d’abord un foyer d’où irradie son sens en arrière et en avant », de féminisme et d’universel, « le féminisme n’est universel que si cet universel est compris depuis le pluriel de ses expressions à qui il donne un horizon commun », de philosophie de la relation et de la créolisation, des visages multiples « de notre commune condition humaine »…

Si la lecture d’un livre est toujours en partie personnelle et subjective, cela est encore plus vrai pour une biographie. La confrontation au récit d’une autre personne à ses environnements et à ses choix résonne, en décalage plus ou moins étendu, avec mes propres confrontations aux autres et certains de mes choix. Ma lecture sera donc partielle et partiale, posant des regards sur des « petites choses » sans négliger des lignes d’engagement (que, dans un contexte historiquement et socialement un peu distinct, je partage sur le fond avec l’autrice Continuer à lire … « Des mots de résistance, d’espérance, d’inquiétude, et la soif d’apprendre »

Vision du monde poutinienne

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« Dans la tête de Vladimir Poutine » est une tentative intéressante de Michel Eltchaninoff d’éclairer la vision du monde de Poutine, son idéologie. Pourquoi envahir l’Ukraine et mener une guerre barbare d’annexion pure et simple d’une nation en train de se constituer après la disparition de l’URSS ? Poutine considère l’Ukraine comme un territoire russe et les troupes d’envahisseurs s’attendaient à être reçues comme des sauveurs. Les gradés avaient même leurs uniformes de parade.

Le philosophe grand russe Ivan Ilyine serait le fournisseur d’idées de Poutine. Admirateur de Franco et de Salazar, le philosophe met en cause l’Occident dans la séparation entre la Fédération de Russie et l’Ukraine. La haine de l’Occident est désormais le credo de Poutine qui fait de l’OTAN le Satan des temps modernes. Continuer à lire … « Vision du monde poutinienne »

Au delà de la censure, découvrir les manuscrits millefeuilles d’une écrivaine

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Dans sa préface, Anaïs Frantz parle de Catherine Viollet et de ses lectures des œuvres de Violette Leduc, des analyses du processus d’écriture biographique, des recherches génétiques, du lien rattachant l’autrice à l’écrivaine, « Dépositaire des trouvailles de Violette Leduc, Catherine Viollet, a su restituer à son propre compte la bulle affective et sensorielles à l’intérieur de laquelle l’enfant attend de déchirer les voiles qui la séparent du savoir détenu par les adultes », de l’urgence de rendre justice « à la recherche intrépide qu’avait poursuivie Violette Leduc dans l’écriture littéraire des sexualités, et que la société avait censurée »…

Continuer à lire … « Au delà de la censure, découvrir les manuscrits millefeuilles d’une écrivaine »

Les cinq leçons d’Avicenne

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Alors que les vertus de la raison sont dilapidées par l’inflation et la promotion de toutes les confusions, alors que la majorité des médias ont renoncé à apporter la contradiction aux propagateurs du racisme et de l’islamophobie, alors que l’émotion, la pulsion et la simple opinion deviennent le prêt à porter de la pensée et parfois même de la science, il y a un enjeu véritable à se tourner un instant vers la vie et l’œuvre du grand médecin et philosophe persan, Ibn Sînâ, que nous nommons Avicenne en Occident. La biographie très informée d’Omar Merzoug nous autorise une découverte tout à la fois lumineuse et décapante du parcours de vie et de pensée de celui qui voulut « enraciner la raison et la logique en Islam » et « rompre avec le conformisme des théologiens, l’imitation aveugle et les traditions instituées ». Continuer à lire … « Les cinq leçons d’Avicenne »

Che Guevara au Maroc

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Ernesto Che Guevara et Abdellah Ibrahim, chef du gouvernement marocain.
Ambassade du Maroc au Caire. Janvier 1959.
© Photo remastérisée pas Mustapha Saha

Che Guevara fait deux séjours au Maroc en 1959. Il est envoyé spécial de la révolution cubaine en quête d’alliés dans les pays nouvellement indépendants. Le Maroc est, à cette époque, un acteur majeur du mouvement des non-alignés. Che Guevara rencontre au Caire, en juin 1959, Abdellah Ibrahim, président du conseil du gouvernement marocain, qui lui présente Abdelkrim Khattabi, concepteur, avec son prédécesseur Mohamed Améziane, de la guerre de guérilla contre le colonialisme franco-espagnol. Che Guevara et Abdelkrim Khattabi discutent pendant plusieurs heures en espagnol. En survolant le Rif en avion, Che Guevara aurait dit d’après le témoignage d’Abdellah Ibrahim : « J’ai regardé par le hublot. La région est une zone idéale pour la guérilla. C’est tout un symbole ». Demeure une énigme, l’absence totale de traces iconographiques de cette rencontre légendaire. Fidel et Raul Castro, lui-même et leurs compagnons avaient été initiés à la guérilla par Alberto Bayo, un officier espagnol vétéran de la guerre du Rif, qui s’était ensuite enrôlé dans l’armée républicaine avant de se réfugier au Mexique, où il était devenu instructeur à l’Académie militaire de Guadalajara. Alberto Bayo publie un opuscule culte, « Cent leçons de la guérilla ». En janvier 2003, Fidel Castro confie à Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique : « Bayo nous enseignait comment mettre en place une guérilla pour briser une défense à la manière des Marocains d’Abdelkrim face aux Espagnols ». Abdelkrim Khattabi était ainsi considéré comme un maître-stratège et un théoricien militaire par Hô Chi Minh, Mao Tsé-toung qui le reconnaissaient comme un précurseur, et d’autres encore comme le Mahatma Gandhi et Josip Broz Tito. Dans les années vingt, le mouvement surréaliste en France prend fait et cause pour le combat d’Abdelkrim Khattabi. Il organise à l’Odéon des manifestations en solidarité avec les Rifains aux cris de « Vive Abdelkrim ». Louis Aragon déclare : « Abdelkrim fut l’idéal qui berça notre jeunesse ». Continuer à lire … « Che Guevara au Maroc »

Germaine Tillion entre résistance et fraternité

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Germaine Tillion. Portrait. Par Mustapha Saha.

Peinture sur toile. Dimensions : 100 x 81 cm.

Germaine Tillion, qui avait fait du juste et du vrai l’emblème de son siècle d’existence, est en droit de recevoir aujourd’hui l’éternelle reconnaissance nationale. Elle incarnait la liberté, l’égalité, la fraternité entre tous les peuples, toutes les cultures, toutes les civilisations, comme des droits inviolables et des devoirs incompressibles. Elle consacra sa vie, dans une destinée maîtrisée jusqu’au dernier souffle, son intelligence d’observation, sa puissance d’analyse, sa rigueur scientifique, ses recherches ethnologiques, son intransigeance éthique, ses engagements politiques, à la défense sans répit de la dignité humaine. Continuer à lire … « Germaine Tillion entre résistance et fraternité »

Apprendre à voir et à écouter

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« Vous avez décidé à soixante-dix-sept ans d’écrire votre vie, et vous dites que ce projet aura habité votre esprit comme une chauve-souris s’agrippe aux combles d’une vieille maison. Écrire comme elle vole, à l’aveugle, à l’estime et guidée par son propre cri ». Dans une adresse à Fernand Deligny, Sandrine Bourguignon donne corps à une biographie pleine de mots et d’images, d’enfants et d’adolescents, de miettes et d’un fil rouge.

Je souligne le rythme propre de l’autrice, la scansion des phrases, le choix des mots. Elle suit le fil d’une vie, fait sienne l’autre langue. Elle donne à lire la longue attente de l’enfance, l’écriture à l’intérieur « du trou du langage », le silence et les mots, les odeurs transformées en phrases, « Je ne fais pas une enquête sur votre vie, vous n’êtes ni coupable ni suspect et vous avez droit à vos jardins. Secrets »… Continuer à lire … « Apprendre à voir et à écouter »

Ne laissez pas les autres décider pour vous

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« Au crépuscule de sa vie, Max Tzwangue, comme tant d’autres, choisit de nous la raconter. Par bien des égards, elle est typique de cette génération issue de l’immigration juive de l’Est, grandie à Belleville-Ménilmontant, baignée dans le yiddish et la culture communiste. Elle en diffère aussi ». Dans sa courte préface, preface-dannette-wieviorka-au-livre-de-max-tzwangue-cest-ainsi-que-fut-ma-vie/ publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Annette Wieviorka met l’accent sur le « tracé original » de l’auteur, « fruit tout à la fois des temps où il vécu et de sa personnalité ».

Dans le premier chapitre « L’enfance et les origines », Max Tzwangue évoque, entre autres, la rue de Ménilmontant, ses parents immigrés de Pologne, « ils ne parlent pas leur langue natale et mal le français », le yiddish, la difficulté à appréhender leurs origines, la ville industrielle de Lodz et les filatures, les métiers de tailleur et le travail à domicile, l’immigration « juive antinationaliste et sympathisante communiste », les journaux en yiddish édités à Paris, sa nourrice, l’école primaire, l’Union des Juifs pour la résistance et l’entraide (UJRE), le pensionnat à Villeparis, la naturalisation française, la séparation des parents… Continuer à lire … « Ne laissez pas les autres décider pour vous »

Préface d’Annette Wieviorka au livre de Max Tzwangue : C’est ainsi que fut ma vie

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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Au crépuscule de sa vie, Max Tzwangue, comme tant d’autres, choisit de nous la raconter. Par bien des égards, elle est typique de cette génération issue de l’immigration juive de l’Est, grandie à Belleville-Ménilmontant, baignée dans le yiddish et la culture communiste. Elle en diffère aussi. Continuer à lire … « Préface d’Annette Wieviorka au livre de Max Tzwangue : C’est ainsi que fut ma vie »

Rimbaud éperdu

L’autre Rimbaud

David Le Bailly signe un livre publié aux éditions l’Iconoclaste intitulé L’autre Rimbaud. Ce récit en forme d’enquête dévoile un personnage rayé de la mythologie rimbaldienne. Le frère a été ignoré par presque tous les biographes du poète. Comme, par exemple, « le » spécialiste qui pourtant fait référence et l’unanimité, Jean-Jacques Lefrère (1954-2015), auteur à qui l’on doit : Arthur Rimbaud et de Rimbaud à Aden. Seul André Suarès (1868 – 1948), autre poète maudit, y fut attentif.

Effacé des photos comme à la belle époque du pouvoir bolchévique où les indésirables, ex-camarades jetés dans les poubelles de l’histoire, étaient gommés des clichés officiels de sorte que la photo d’une extrade bondée en 1917 sera quasiment vide en 1930, ne laissant apparaître sur le cliché que Lénine et Staline. Il ne subsistait qu’une main, un pied, sans que l’on sache si c’était le résultat d’un travail bâclé ou le signe laissé à dessein par un fonctionnaire rétif, un acte de résistance, en somme. Frédéric n’aura pas le droit à cet honneur. Toutes les traces seront effacées. Il disparaitra de la même manière de la photo sur laquelle Arthur en premier communiant, les cheveux plaqués sur le crâne grâce à de l’eau sucrée fait le beau. Ses mèches rebelles sont domptées. Frédéric le maudit sera supprimé de toute éternité. De ce point de départ, David Le Bailly tire le fil de son investigation à travers les archives, la correspondance et les rares témoignages des descendants. Continuer à lire … « Rimbaud éperdu »

Prix Walter Benjamin 2021 

Lors de sa réunion du 24 juin 2021, le jury du prix Walter Benjamin a arrêté sa sélection pour son édition 2021.

Présidé par Nathalie Raoux, le jury réunit Marc Berdet, Madeleine Claus, Dominique Delpirou, Emmanuel Faye, Jean Lacoste, Michael Löwy, Hélène Peytavi, Anne Roche et Bruno Tackels. Continuer à lire … « Prix Walter Benjamin 2021 « 

Michel Husson

Jean-Marie Harribey : Michel Husson :
derrière l’économiste, l’homme

Michel Husson nous a quittés. La nouvelle nous laisse sans voix. Faut-il rendre d’abord hommage à l’économiste hors pair qu’il était ou bien à l’homme pétri de gentillesse et d’humour ravageur, doté d’un sens pédagogue peu commun pour décortiquer les études les plus techniques ?

Michel Husson fait partie d’une génération d’économistes-statisticiens, formés à la rigueur scientifique tout en possédant une culture d’économie politique critique fondée à la meilleure source : Marx. Il compte parmi les quelques rares analystes ayant consacré leur travail à analyser l’évolution du capitalisme contemporain mondialisé et financiarisé en utilisant les concepts de suraccumulation du capital et de taux de profit dont l’évolution rythme les transformations du capitalisme. Des transformations dont les conséquences sur le travail, la répartition des revenus, la protection sociale ont été au centre de ses préoccupations pendant toute la période néolibérale. Michel Husson fut entre autres l’un les plus ardents défenseurs de la réduction du temps de travail et ses travaux récents montraient encore l’enjeu qu’elle représentait même au temps de la crise sanitaire. Et le moindre de ses mérites n’est pas de s’être dégagé d’une culture productiviste, trop longtemps véhiculé par les mouvements progressistes, pour prendre en compte la crise écologique et associer sa résolution à celle de la crise sociale. Continuer à lire … « Michel Husson »

Edgar Morin le philosophe de la complexité

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Ce panorama bio-bibliographique de Martine Boudet porte sur les lignes de force qui traversent tant la vie que l’oeuvre d’Edgar Morin. Comme lui-même l’a écrit et dit, ce n’est pas une carrière qu’il a menée mais une existence qu’il a conduite, ses publications étant souvent la résultante d’expériences personnelles ou de confrontations avec l’époque et la société. 

E. Morin est né en 1921 et est d’origine juive sépharade. Sa famille a émigré de la ville grecque de Thessalonique pour s’installer à Paris, dans le quartier populaire de Ménilmontant. Son nom d’origine est Nahoum, il a consacré à sa famille un très beau livre Vidal et les siens, écrit en 1989. Si sa patrie est la France, sa matrie est la méditerranée ; il se définit comme un judéo-gentil, c’est-à-dire descendant des Juifs modernes qui ont été formés par la culture humaniste européenne, celle du monde des Gentils ou non Hébreux (le terme hébreu étant « goy »). Il se décrit aussi comme un « post-marrane » à l’instar de ces descendants des juifs d’Espagne « conversos » qui ont été forcés de se convertir au christianisme à la fin du 15e siècle, comme Montaigne, Cervantés ou Spinoza et dont beaucoup avaient émigré à Thessalonique. L’expérience des drames de la marginalisation vécus par la diaspora au cours de son histoire est à la base de son refus de la violence et des discours polémiques. Comme Montaigne dont il se sent proche, il revendique une citoyenneté tolérante et élargie aux dimensions du monde connu : « Un honnête homme est un homme mêlé ».  Continuer à lire … « Edgar Morin le philosophe de la complexité »

Patrick Chamoiseau : Pour Edgar Morin

Ici, quand il pleut, ce sont les gouttes qui font le ciel, qui trament aussi la terre dans une même envolée, mais pas un parmi nous ne connait si ce sont des sanglots de soleil ou les éclats d’une énergie dont nul ne tient le nom, ni comment ce qui scintille dessine d’impalpables matières où le vivant s’assemble parmi les herbes folles à la célébration des vers et la jubilation d’une fougère assoiffée.

On peut hélas compter les papillons, ils sont des événements, balises fantômes de la grande perte et de l’absence où tout s’effondre, mais il y a (heureux bonheur) l’infini des parfums qui s’emmêlent et se distinguent ensemble, légers, mouillés, comme portés de frissons en pensées, jusqu’aux fragrances qui accompagnent le jaunissement des fruits-à-pain… Là j’ai pour vous, une fois encore comme après tant de fois, contemplé la musique architecte des désordres, la forge qui sans cesse détruit et renouvelle, l’épuisement qui devient, cette lancée d’avenir dans cet épuisement même, et j’ai compté pour vous les mesures de l’alliance où se tient ce qui est séparé, tout comme ces horizons qu’il faut apprendre à deviner dans ce qui nous semble obscurément soudé. Continuer à lire … « Patrick Chamoiseau : Pour Edgar Morin »