Archives de Catégorie: Histoire

« Et passez le sang aux seaux d’eau ! »

En 2011, à l’occasion du cinquantième anniversaire du 17 octobre 1961, François Hollande inaugura un procédé inédit et de peu de lustre en matière de reconnaissance des crimes d’Etat : l’aveu chuchoté, a minima, expédié à la sauvette. C’est par un bref communiqué qu’il se contentait en effet de relever que « le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits ».

Dans ce type de déclaration, chaque mot est pesé : selon les termes de ce qu’il faut bien appeler une reconnaissance escamotée du crime d’Etat par l’autorité en place : les Algériens ne manifestaient pas, stipule le chef de l’Etat, pour l’indépendance de leur pays mais pour un « droit » nébuleux à celle-ci (formule tortueuse et délicat euphémisme qui en rappelle un autre : « les événements d’Algérie » plutôt que la guerre d’indépendance des Algériens) ; les manifestants étaient victimes d’une « sanglante répression », mais sans doute tombée du Ciel courroucé par tant d’audace, le nom béni des dieux de la police parisienne mandatée par les plus hautes autorités de l’Etat ne sachant être prononcé en telle place ; enfin, last but not least, « la République reconnaît avec lucidité ces faits » – mais pas au point de les qualifier (crime d’Etat, voire crime contre l’humanité) ni, bien sûr, d’en prendre la responsabilité face aux victimes, à leurs proches et à leurs descendants, aussi bien en termes de réparation morale que de compensations matérielles. Lire la suite

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Colbert, l’esclavage et l’Histoire

Au nom de l’objectivité historique Aurélien Dupouey-Delezay, professeur d’Histoire-Géographie, signe dans ces colonnes une tribune s’opposant à celle publiée deux ou trois jours avant qui proposait de revisiter les rapports entre Colbert et l’esclavage d’une part, leurs mémoires et le nom de bon nombre de collèges et lycées d’autre part et d’en tirer quelques pédagogiques conséquences. Lire la suite

Un histoire de Guernica à Auschwitz

Dans sa préface, Claude Laharie parle d’histoire, « l’histoire est faite par les hommes », des vies d’hommes et de femmes, des déchirures insoupçonnées, des anecdotes personnelles, des détails imprévisibles ou des silences interminables…

« Tel est l’itinéraire que nous propose ici Emile Vallès : des histoires, des dizaines d’histoires, recueillies au hasard des rencontres et des circonstances ». Lire la suite

Introduction de David Mandel à son ouvrage : Les travailleurs de Petrograd dans la Révolution russe (1917-1918)

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Peu d’événements historiques soulèvent autant de passions politiques que les révolutions. Et en affirmant que les événements de Russie en 1917 représentaient bel et bien une révolution prolétarienne, on provoque inévitablement la controverse, cette qualification ayant été reléguée par certains historiens au « domaine de la mythologie révolutionnaire1 ». Mais la présente étude du mouvement des ouvriers de Petrograd, qui ont constitué la force à la base de cette révolution, conclut que la révolution russe a bel et bien été, dans les faits, une révolution ouvrière. Lire la suite

L’autopsie, le zoologue, l’hippopotame et la girafe

« Si quelqu’un mis en présence d’un hippopotame déclare avec insistance qu’il s’agit d’une girafe, va-t-on lui donner une chaire de zoologie ? » Moshe Lewin à propos de la caractérisation de l’URSS comme « système socialiste ».

Il convient de lire attentivement la belle introduction de Denis Paillard, introduction-de-denis-paillard-a-louvrage-de-moshe-lewin-rus-sieurssrussie-1917-1991/, publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur et des Editions Syllepse. Lire la suite

Introduction de Denis Paillard à l’ouvrage de Moshe Lewin : Rus-sie/URSS/Russie (1917-1991)

Avec l’aimable autorisation de l’auteur et des Editions Syllepse

Cet ouvrage rassemble huit textes de Moshe Lewin sous le titre Russie/URSS/Russie. Six de ces textes, rédigés au début des années 1990, ont été publiés en anglais dans un recueil du même nom Russia/USSR/Russia (New York, The New Press, 1995)1. En annexe, on trouvera un texte de synthèse sur la répression et les camps. Comme le titre l’indique, nous avons souhaité ne pas limiter ce recueil à l’année 1917 et à la révolution d’Octobre, mais revenir sur l’histoire des soixante-dix années où l’URSS a existé, de l’événement fondateur que fut Octobre 17 à l’implosion du système à la fin de la perestroïka. En effet, pour Moshe Lewin, historien, le fait de tout focaliser sur Octobre 17 et la révolution victorieuse dirigée par le Parti bolchevique, est la marque d’un désintérêt pour les événements qui ont suivi, au profit de débats sans fin sur la nature du régime issu d’Octobre – cette ignorance ou ce désintérêt pour l’histoire de ces soixante-dix années se traduit par le recours généralisé, à droite mais aussi à gauche, au terme « totalitarisme » pour caractériser le régime. Lire la suite

Focaliser sur les questions que l’histoire permet de poser plutôt que sur les réponses

Je souligne d’abord la belle préface de Suzanne Citron, « Pesanteurs er frustration autour de l’histoire scolaire ». L’auteure y parle de sa relation à l’histoire et à son enseignement, « Depuis, je n’ai jamais cessé d’interroger cette histoire que j’ai à mon tour enseignée, scrutant ses montages, ses usages politiques, et réfléchissant en retour à une histoire commune débarrassée de ses avatars mythologiques ». Elle aborde, entre autres, les représentations immuables découpant le passé en tranches, l’histoire éclatée, l’histoire des mentalités émiettant le réel, le retour d’« une histoire nationale plaçant la France au centre du monde », la « mémoire brisée » des enfants de l’immigration, l’urgence d’une « histoire multidimensionnelle », les légendes scolaires de la IIIème République… Lire la suite