Après l’abolition de l’esclavage… l’esclavage toujours

Lundi 1er mars 1880. Discours du ministre de la Marine et des Colonies, l’amiral Jauréguiberry, au Sénat. « Des possessions, en nombre assez considérable, sont venues augmenter celles que nous avions déjà. (…) Dans toutes ces annexions, on s’est formellement engagé à respecter (…) les traditions de toutes ces tribus et, dans ces traditions, figure au premier rang, ce qu’on appelle l’esclavage, mais qui n’est, pour parler plus exactement, qu’une espèce de servage héréditaire. Les individus qui font partie de cette classe de la population constituent toute la domesticité, tous les ouvriers, laboureurs compris. » De « vifs applaudissements », venus de « tous les bancs » de la haute assemblée, saluent ces propos. Précieuse indication. Elle révèle une adhésion enthousiaste des sénateurs à la politique coloniale qui vient d’être défendue et à ses conséquences particulières : le maintien l’esclavage domestique. Continuer à lire … « Après l’abolition de l’esclavage… l’esclavage toujours »

Mémoires et Histoire

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Un essai historique intitulé « Algérie 1962 » donne une impression de déjà lu, déjà connu. Et on aurait tort. Le sous titre, « Une histoire populaire », indique une manière inédite dans la manière d’aborder cette année de l’indépendance de l’Algérie, de la décolonisation. Malika Rahal veut rendre compte de la variété des expériences vécues par les populations. Au-delà ou en deçà de la chronologie, accords d’Evian, les crises, les conflits politiques à l’intérieur du FLN comme la « défaite des Messalistes », elle veut faire partager « le souffle de la révolution », le sentiment individuel et collectif de libération. Une révolution vécue dans la violence, celle de l’OAS mais aussi celle du FLN, violence inhérente à tout changement fondamental. Des expériences nouvelles naîtront. Pour faire face au départ des administrateurs coloniaux, des formes d’auto organisation se mettront en place. L’espace lui-même change par l’ouverture des camps de concentrations, des prisons, des retours d’exils pour renouer des liens et servir la République algérienne. Temps de ruptures et travail de mémoire nécessaire pour penser l’indépendance et la faire vivre. Continuer à lire … « Mémoires et Histoire »

 Il y a soixante ans : un crime impuni de l’OAS

Après un siècle de colonisation et à la veille de la guerre d’indépendance, 80% des enfants que l’on appelle alors « indigènes » ne sont toujours pas scolarisés. C’est pour (tenter de) pallier ce bilan désastreux que, le 27 octobre 1955, sont créés les Centres sociaux éducatifs – CSE), à l’initiative de Germaine Tillion, déportée-résistante, membre du cabinet civil du gouverneur général Soustelle. Progressivement, les animateurs des centres vont faire de leurs locaux, dans des villages dépourvus de tout, des lieux d’apprentissage, doublés de centres de soins infirmiers, où de surcroît les enfants au ventre creux dès le matin pouvaient boire du lait.

La guerre de libération nationale qui éclate le 1er novembre 1954 constitue un défi pour l’armée française qui sort de la défaite de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954 au Vietnam. Les officiers y ont appris le rôle essentiel tenu par la population dans la guerre dite « subversive ». C’est en partie pourquoi le succès des CSE auprès des musulmans est vu par l’armée comme une connivence entre le personnel du service et le FLN. Pour ces esprits bornés, nourris par une haine inexpiable, tout ce qui assure au peuple algérien un minimum de bien-être (et de dignité) est à détruire. Continuer à lire …  » Il y a soixante ans : un crime impuni de l’OAS »

« ARBEITER UND SOLDAT »

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

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Il faut être reconnaissant aux éditions Syllepse d’avoir traduit ce remarquable livre sur Martin Monath, dit « Victor », dit « Widelin », militant juif allemand de la IVInternationale, organisateur d’une téméraire tentative de résistance antifasciste dans les rangs même de l’armée d’occupation allemande en France. Né à Berlin en 1913, le jeune Martin militera d’abord dans les rangs de l’Hashomer Hatzaïr, mouvement de jeunesse sioniste de gauche, partisan d’une Palestine socialiste binationale (juive et arabe). Il est intéressant d’observer qu’en octobre-novembre 1933 la revue de l’Hashomer Hatzaïr publiera, en hébreu, un article de Léon Trotsky sur la situation en Allemagne. Le jeune berlinois va s’éloigner en 1936 de ce mouvement, et en¿ 1939, quand la situation en Allemagne devient intenable, il s’exile en Belgique. C’est là qu’il va rencontrer le mouvement trotskiste, dont un des jeunes dirigeants, Abraham Léon, était lui aussi originaire de l’Hashomer Hatzaïr ; à partir de 1940, Monath milite dans les rangs de la IVInternationale, d‘abord à Bruxelles, et, à partir de 1943, à Paris. Continuer à lire … « « ARBEITER UND SOLDAT » »

Pour la liberté, le communisme et l’autogestion

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La revanche du chien enragé… Ce livre publié par Patrick Silberstein est un pied de nez ironique à la formule célèbre d’Andrei Vychinsky1, le procureur de Staline, exprimant le verdict lors des procès de Moscou, de 1936-1938 : « tuez ces chiens ! ».

Fin 2021, avec la publication en version intégrale en français du Staline, pour lequel Léon Trotsky a travaillé de 1937 à 19402, deux livres sont parus aux éd. Syllepse, visiblement liés3. De solides raisons motivent cette édition intégrale, et aussi l’écriture de ce livre, qui reprend nombre de débats depuis les années trente. Un passé qu’on veut ignorer revient en boomerang… Nous le savons, le mort saisit le vif. Continuer à lire … « Pour la liberté, le communisme et l’autogestion »

Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes

« L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes formations politiques… » Ernest Renan, 1882

« Il n’est jamais mauvais qu’exposé à cette histoire mémoriale-oublieuse, l’historien prenne ses livres (…). L’histoire-science peut résister à l’oubli logé dans l’histoire édifiante, l’empêcher de raconter des histoires”. » Jean-François Lyotard, 1988

8 février 2022. Soixante ans après, les « événements » survenus au métro Charonne sont qualifiés de « tragédie » par Emmanuel Macron dans le communiqué rendu public par l’Elysée.

Organisée par plusieurs partis politiques et syndicats du mouvement ouvrier pour protester contre les attentats commis par l’OAS et pour la paix en Algérie, il est rappelé que cette manifestation a été« violemment réprimée par la police »  puisque « neuf personnes ont perdu la vie » et « plusieurs centaines furent blessées ».

Un hommage est rendu à la, « mémoire des victimes et de leurs familles », est-il écrit en conclusion. Comme on pouvait s’y attendre, les dévots du président ont applaudi ce geste qui confirmerait sa volonté de « regarder l’histoire en face » et d’œuvrer sans relâche à la réconciliation des mémoires, selon les éléments de langage répétés ad nauseam en de telles circonstances. Quelques historiens empressés et intéressés se sont joints à ce chœur louangeur en saluant ce « pas en avant » longtemps attendu par celles et ceux qui militent depuis des décennies pour l’établissement de la vérité. Singulière mais classique complaisance de quelques amoureux de Clio. Contrairement à ce qu’il serait légitime d’attendre d’eux, ils semblent préférer l’éclat des ors de la République et la fréquentation des « grands » à l’entêtement de faits désormais avérés et documentés de façon précise et circonstanciée. Continuer à lire … « Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes »

Guido Picelli. L’homme qui mettait en déroute les fascistes !

Au moins durant l’entre-deux-guerres, quand il y a eu affrontement entre la gauche et les fascistes, ce sont toujours les fascistes qui l’emportaient. Et malheureusement, le plus souvent sans rencontrer une vraie résistance. Cependant, il y a eu une exception de taille. Celle du révolutionnaire Italien Guido Picelli, qui, le premier et bien avant tout autre, a compris ce qu’est et ce que veut le fascisme, ainsi que comment il doit être combattu. De ce Guido Picelli qui battait les fascistes quand il les trouvait sur son chemin. A Parme des barricades en 1922. Et dans l’Espagne de la guerre civile en 1937. Alors, qui était et qu’est-ce qu’il faisait l’homme qui mettait en déroute les fascistes ?… Continuer à lire … « Guido Picelli. L’homme qui mettait en déroute les fascistes ! »

Commémoration du 60ème anniversaire du massacre au métro Charonne (+ autres articles)

Madame, Monsieur,

Dans l’ordre chronologique des événements de 1962 dont le souvenir revient à la surface en ce début d’année du soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, le 8 février occupe une place particulière.

Cette date se situe à mi-chemin entre le meurtre d’Alfred Pierre Locussol, premier fonctionnaire de l’État abattu par l’OAS en métropole (Alençon, 3 janvier 1962) et l’assassinat collectif de six inspecteurs de l’Éducation nationale par l’OAS (Alger,15 mars 1962), lui-même suivi du cessez-le-feu en Algérie (19 mars 1962 à 12h00), du déclenchement par l’OAS de la sanglante bataille de Bab-el-Oued (Alger, 23-25 mars 1962) et de la fusillade de la rue d’Isly (Alger, 26 mars 1962) clôturant tragiquement une manifestation insurrectionnelle appelée par l’OAS.

Le 8 février 1962, en riposte à des attentats commis par l’OAS à Paris, une manifestation organisée par des formations politiques et syndicales de gauche et par le Mouvement de la Paix rassemble des dizaines de milliers de citoyennes et citoyens dans les rues de la capitale. Sa dislocation donne lieu à une intervention criminelle des forces de l’ordre placées sous le commandement opérationnel du préfet de police Maurice Papon : on comptera au total 9 morts à la station de métro Charonne. Continuer à lire … « Commémoration du 60ème anniversaire du massacre au métro Charonne (+ autres articles) »

Z. ou le spectre du passé

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

L’ascension fulgurante du journaliste du Figaro auprès d’un électorat de bourgeois parvenus à une certaine aisance s’explique largement par la nostalgie de cette France irréelle ou mythique qui fait office de refuge à nombre de nos contemporains craignant de perdre leurs repères, leurs privilèges ou leur suprématie. Ne nous y trompons pas, Zemmour est très éloigné d’un public populaire dont une part non négligeable s’est réfugiée dans les bras du lepénisme. Le chemin emprunté par les adeptes du récit national zélateur du rejet de l’autre n’a jamais été refermé. Il demeure tapi dans l’ombre d’une République construite sur une série d’impensés.

L’État français s’est toujours caractérisé par son incapacité à faire face à son passé. Depuis les lendemains des guerre napoléoniennes, jusqu’aux dernières décennies de la décolonisation, la lenteur avec laquelle l’institution étatique fait retour sur les périodes de troubles, d’incertitudes ou de conflictualité est devenue une spécificité française. Le silence de l’histoire officielle sur les compromissions avec le fascisme ou durant les années d’exploitation de pays dominés, participe de la spécialité nationale.

Nombre de générations ont été élevées dans l’idée d’une France éternelle, exempte de tout excès et pays des droits de l’homme. Les valeurs universelles, dont la nation se réclame, amplement répandues à travers le monde, auraient érigé le pays en modèle. Longtemps cette représentation permit aux autorités de faire l’impasse sur plusieurs périodes de forfaitures : celle de l’antisémitisme massif des années 1930, par exemple. Continuer à lire … « Z. ou le spectre du passé »

Romani Herstory : réinscrire les femmes roms dans l’Histoire

De nombreuses femmes roms ont, depuis maintenant plusieurs siècles, laissé leur empreinte dans des domaines aussi variés que celui de l’art (Ceija Stojka, Panna Cinka, Carmen Amaya…), des sciences (Natalya et Lyubov Pankova…), de la politique (Soraya Post, Viktória Mohácsi…), des lettres (Katarina Taikon, Luminița Mihai Cioabă, Louise Doughty…), de la mode (Erika Varga, Juana Martín Manzano…) ou encore des sciences humaines (Delia Grigore, Angéla Kóczé, Ethel Brooks…). 

Pourtant, l’image qui semble le plus souvent venir à l’esprit des gadjé (les non-Roms) est celle, monolithique, d’une femme rom illettrée, irrémédiablement enfermée dans la pauvreté, la maternité et la soumission patriarcale. Les archives digitales Romani Herstory tentent de contrer ces clichés et de redonner de la visibilité à ces femmes souvent oubliées des livres d’Histoire. Continuer à lire … « Romani Herstory : réinscrire les femmes roms dans l’Histoire »

Madame Pécresse, non au négationnisme

Madame,

Je viens de prendre connaissance de vos propos tenus le 3 janvier : « En Algérie, il y a eu effectivement des exactions, il y a eu des pages sombres de l’histoire de France qui ont été écrites mais crimes contre l’humanité, c’est ce qu’on reproche aux nazis et à Hitler, et je ne pense pas qu’on puisse parler de crimes contre l’humanité ».

Je dois dire que je suis inquiet qu’une candidate à la Présidence de la République puisse déclarer une telle énormité.

Appelé pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, j’ai été affecté de juin 1961 à mars 1962 à la Villa Susini à Alger. Cette Villa a eu le « privilège » d’être un centre de torture qui a fonctionné pendant toute cette période (d’autres centres de torture à Alger n’ont fonctionné que quelques mois ou quelques années). C’est là que Jean-Marie Le Pen s’est « remarquablement » distingué pendant la Bataille d’Alger, faisant disparaître, selon les rumeurs, des corps dans des cuves d’acide. La Légion étrangère avait « abrité » de nombreux SS qui s’y étaient réfugiés pour échapper aux jugements, mais qui ont mis en œuvre leur expérience et formé des tortionnaires français. Continuer à lire … « Madame Pécresse, non au négationnisme »

Avertissement de Patrick Silberstein à son livre La revanche du chien enragé

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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« Dès que l’on peut chuchoter un mot à son voisin / Il vous rappelle le montagnard du Kremlin / Ses doigts épais aussi gras que des vers / Et ses mots aussi vrais que des poids lourds. / Ses moustaches rient comme des cafards / Et les guêtres de ses bottes reluisent. / Entouré d’une meute de parrains au cou mince / Il joue avec les sous-hommes qui le courtisent, / L’un siffle, l’autre miaule, le troisième larmoie, / Et lui seul tonne, et lui seul tutoie. / Il forge comme des fers décret sur décret / Au bas-ventre, en plein front, en plein nez, / dans les yeux, / L’échafaud, pour lui, c’est toujours la fête », Ossip Mandelstam [1].

À l’origine, il s’agissait d’un prologue destiné à accompagner la publication en français de l’édition, révisée et complétée, de la biographie inachevée de Staline rédigée par Léon Trotsky entre 1938 et 1940.

En effet, l’équipe réunie pour mener à bien l’édition française, à partir de l’édition publiée à Londres par Wellred Books, avait eu dans le cours de son travail le sentiment que pour inscrire dans notre temps le dernier livre de Léon Trotsky, rédigé il y a plus de trois quarts de siècle, il pouvait être utile d’en éclairer la lecture par un survol de ce qu’il est advenu de Staline, de l’URSS, du stalinisme et de la bureaucratie issue de la révolution d’Octobre entre le 20 août 1940 – date de l’interruption brutale de la rédaction du livre – et l’effondrement de la prétendue « patrie du socialisme », un demi-siècle plus tard. Continuer à lire … « Avertissement de Patrick Silberstein à son livre La revanche du chien enragé »

Quand la propagande coloniale envahissait Paris: l’exposition de 1931

L’exposition coloniale internationale (ECI) de 1931

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Le Palais de la Porte Dorée de Paris a été construit à l’occasion de l’Exposition Coloniale Internationale de 1931. Elle ferma ses portes le 30 novembre, soit il y a 90 ans jour pour jour.

Le palais changea ensuite plusieurs fois d’attribution, tout en maintenant l’Aquarium tropical, présent depuis 1931.

En fin depuis 2007, le Musée de l’histoire de l’immigration Celui-ci est le fruit d’une longue exigence finalement satisfaite, portée par nombre d’organisations antiracistes et historien-nes, sociologues, spécialistes de cette question. 

Du 6 mai au 30 novembre 1931, cette exposition tenta de promouvoir une image de la France impériale à l’apogée de sa puissance. 

Ce fut un immense succès populaire. Véritable ville dans la ville, l’exposition s’étendait sur plus de 1200 mètres de long et était sillonnée par plus de dix km de chemins soigneusement balisés. Elle s’inscrivait dans la tradition des expositions universelles du XIXeme siècle vouées à promouvoir la puissance des nations européennes. Cependant celle était exclusivement consacrée aux colonies.  Continuer à lire … « Quand la propagande coloniale envahissait Paris: l’exposition de 1931 »

Gilles Manceron, historien, à propos des événements d’octobre 1961 : « Les autorités françaises reconnaîtront un jour le crime d’état »

Gilles Manceron est un historien qui s’est investi, depuis des décennies, dans l’histoire coloniale de la France. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qu’il a consacrés à cette thématique, dont celle des massacres du 17 Octobre 1961 à Paris. C’est aussi un militant très engagé en faveur des droits de l’homme.

Liberté : le président français, Emmanuel Macron, très attendu sur la question des massacres du 17 Octobre 1961, dont on vient de commémorer le soixantième anniversaire, n’a fait qu’une déclaration a minima. Quelle est votre réaction en tant qu’historien ?

Gilles Manceron : Effectivement vous avez raison de qualifier cette déclaration de « minima », parce qu’il fait un petit pas de plus, en utilisant le mot « crime » pour désigner cette nuit et cette période du 17 Octobre 61. Mais il ne qualifie pas le crime. Il ne dit pas que c’est un crime d’État. Pourtant, c’est la demande des associations qui, dans leur appel, avaient souligné ce fait, qui avaient demandé à ce que ce crime soit reconnu en tant que crime d’État. Et là, ce n’est pas ce qu’il a fait. Il a simplement nommé le préfet de police de la Seine, Maurice Papon, dont on sait qu’il a, effectivement, joué un rôle important dans cette répression. Mais il n’est pas le seul. Il nous dit en quelque sorte que c’est un crime préfectoral, un crime de préfecture et non pas d’État. Continuer à lire … « Gilles Manceron, historien, à propos des événements d’octobre 1961 : « Les autorités françaises reconnaîtront un jour le crime d’état » »

Crimes coloniaux : les experts recommandent à l’état belge d’indemniser (plus Communiqué CADTM Belgique)

« Envisager le paiement d’une dette coloniale pécuniaire face à la responsabilité morale de la Belgique ». Voilà l’une des recommandations fortes du rapport des experts, publié ce 27 octobre. Depuis un an, ces dix historiens, juristes ou politologues œuvraient à donner, aux députés membres de la Commission spéciale sur le passé colonial, un état des lieux des connaissances. D’autres pistes sont évoquées, dont la restitution d’objets pillés. Continuer à lire … « Crimes coloniaux : les experts recommandent à l’état belge d’indemniser (plus Communiqué CADTM Belgique) »

Conférence de presse du Collectif 17Oct61. Déclaration à la presse de Monique Dental

J’interviens ici à double titre :

  • En tant que militante féministe, fondatrice et animatrice du RF « Ruptures »

  • En tant qu’ancienne militante du Parti Socialiste Unifié, membre de l’ITS (Institut Tribune Socialiste, histoire et actualité des idées du PSU) mandatée par Bernard Ravenel son président.

On me pose souvent la question : pourquoi votre association féministe est-elle signataire de l’appel du Collectif 17oct61 ?

Je répondrai succinctement sur ce point : parce qu’il existe une similitude de condition dans l’oppression et la domination que vivent les femmes et les colonisé.es qui s’origine dans l’histoire. Continuer à lire … « Conférence de presse du Collectif 17Oct61. Déclaration à la presse de Monique Dental »

Les harkis (deux textes)

La responsabilité de Salan, Challe et consorts

Peu de mots, un demi-siècle après l’indépendance des colonies, ont autant de charge émotive que le mot harki et charrient autant de confusions. Le terme renvoie à deux réalités. On l’emploie, d’une part, de manière générique pour désigner les multiples catégories de ruraux algériens utilisés par l’armée française durant la guerre d’Algérie comme auxiliaires dans diverses tâches pour contrôler les populations autochtones et combattre les indépendantistes. Il désigne, d’autre part, le groupe social constitué en France par les personnes réfugiées au lendemain de l’indépendance algérienne, dont les deux tiers étaient des femmes et des enfants, pour fuir des massacres dont leurs familles étaient l’objet, groupe social qui s’est étendu à leurs enfants et petits-enfants. On constate aussi que les supplétifs de la guerre d’Algérie sont souvent confondus avec les appelés algériens de l’armée française qui étaient des militaires et que celle-ci comptabilisait dans une catégorie particulière, les « appelés FSNA » (Français de souche nord-africaine), distincte des « appelés FSE » (Français de souche européenne).

Les supplétifs étaient quant à eux des civils. Si la loi en vigueur depuis 1912 soumettait en principe les autochtones algériens au même service militaire que les Européens d’Algérie et que les jeunes de métropole, l’armée française, en dehors des périodes où elle avait besoin d’hommes pour les guerres en Europe (1914-18, 1939-40 et 1943-45), n’incorporait comme appelés parmi ces autochtones qu’une petite partie des classes d’âge concernées. Comme les autorités locales, elle ne voulait que leur soit généralisé l’apprentissage des armes. Plusieurs des initiateurs de l’insurrection lancée par le FLN (Front de libération nationale) et de l’ALN (Armée de libération nationale), comme Ahmed Ben Bella, Mostefa Ben Boulaïd et Krim Belkacem, étaient d’anciens appelés algériens de 1943-45, décorés, et nombre de maquisards durant la guerre étaient des anciens combattants de l’armée française. En 1957, 19% seulement des autochtones convoqués au conseil de révision ont été incorporés, et leur nombre n’a que peu progressé en 1959. Si les hommes enrôlés comme supplétifs avaient été incorporés à l’armée comme appelés, la question de leur transfert en France en 1962 ou de leur abandon sur place ne se serait pas posée. Ils auraient suivi le repli de tous les militaires français, appelés et engagés, vers la métropole. Ce sont les responsables de l’armée coloniale qui n’ont pas voulu leur donner ce statut. Continuer à lire … « Les harkis (deux textes) »

Massacres du 17 octobre 1961 : « Il s’agit bien d’un plan concerté exécuté pour des motifs politiques et raciaux à l’encontre de civils » (plus autre texte)

Tribune. Il y a soixante ans, à Paris et en banlieue, les forces de police, dirigées par le préfet Maurice Papon, se livraient à une véritable chasse à l’homme. Selon le rapport du conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern, publié en janvier 1998, plus de 14 000 manifestants algériens, rassemblés pacifiquement à l’appel du Front de libération nationale (FLN) pour protester contre le couvre-feu raciste qui leur était imposé depuis le 5 octobre, furent arrêtés – presque un sur deux –, frappés souvent et retenus de façon arbitraire pendant plusieurs jours. Par leur ampleur, ces rafles, réalisées entre autres grâce à la réquisition des bus de la RATP, sont sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.

Sans précédent aussi, le nombre de manifestants assassinés dans la capitale au cours de ce mois et de l’acmé sanglant des 17 et 18 octobre 1961 puisque les forces de l’ordre ont commis un véritable massacre ; le plus important de l’après-guerre perpétré à l’encontre de civils. Le nombre de victimes, plusieurs centaines, en témoigne. Des manifestants ont été tués par balles, d’autres exécutés dans la cour même de la Préfecture de police de Paris, certains précipités dans la Seine ou frappés à mort après leur arrestation et leur transfert au Palais des sports, au Parc des expositions et au stade Pierre-de-Coubertin, transformés en lieux de rétention. Là, des milliers de « Français musulmans d’Algérie », selon l’expression officielle alors employée, furent parqués, battus et longtemps laissés sans nourriture et sans soins. Continuer à lire … « Massacres du 17 octobre 1961 : « Il s’agit bien d’un plan concerté exécuté pour des motifs politiques et raciaux à l’encontre de civils » (plus autre texte) »

Ouverture du blog histoire coloniale et postcoloniale sur Mediapart

Colonial, postcolonial, décolonial sont des mots récurrents dans des débats d’aujourd’hui, souvent vifs et clivants. Une exigence de décolonialisation encouragée par le mouvement Black Lives Matter, transnationale comme le mouvement féministe Me Too, prend une ampleur mondiale et interpelle toutes les anciennes métropoles impériales. En France, cette exigence se heurte actuellement à de fortes résistances. Certains, dans le champ politique et médiatique, voudraient diaboliser les voix des chercheurs et des citoyens qui appellent à l’examen critique d’un passé de puissance coloniale long de quatre siècles. Notre pays peine à reconnaitre qu’héritier des Lumières et de la Déclaration des Droits de l’Homme, il l’est aussi d’une histoire esclavagiste et impériale qui lui a laissé des traces. Continuer à lire … « Ouverture du blog histoire coloniale et postcoloniale sur Mediapart »

17 octobre 1961 – 17 octobre 2021 60e anniversaire – Vérité et Justice

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par le gouvernement de l’époque dont le Premier ministre, Michel Debré, était hostile à l’indépendance de l’Algérie, et le Préfet de Police Maurice Papon sous ses ordres. Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés – notamment par la « force de police auxiliaire » – ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police parisiennes. 60 ans après, la Vérité est partiellement en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées – en particulier la Guerre d’Algérie – non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’État que constitue le 17 octobre 1961. Le 17 octobre 2012, le Président de la République (François Hollande) avait certes fait un premier pas important, en déclarant : « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. » Mais le terme de crime n’est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n’est pas clairement définie. Nous demandons une parole claire aux autorités de la République, au moment où certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des « bienfaits de la colonisation », à célébrer le putsch des généraux à Alger contre la République, à « honorer » les criminels de l’OAS. Continuer à lire … « 17 octobre 1961 – 17 octobre 2021 60e anniversaire – Vérité et Justice »