Archives de Catégorie: Histoire

Jean-Pierre Azéma mis en examen, depuis le 6 avril 2017, pour diffamation dans un rapport public 

En mai 2016, je rendais public le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile contre l’historien Jean-Pierre Azéma, pour diffamation publique. Cet acte était à interpréter comme implication, et expérience, comme aventure aussi, où je tentais de mettre en pratique ce que théorise le philosophe Geoffroy de Lagasnerie : « refaire du droit un instrument d’émancipation, de rationalisation, d’invention politique ».

Voir : https://blogs.mediapart.fr/armand-ajzenberg/blog/230516/l-implication-personnelle-comme-mode-de-luttes-travaux-pratiques

Dans le rapport de Jean-Pierre Azéma, intitulé Mission sur le drame que les personnes handicapées mentales ou psychiques ont connu dans les hôpitaux psychiatriques et les hospices français entre 1941 et 1945, destiné à éclairer un Président de la République récent sur une décision à prendre, il écrit ne pas avoir trouver dans L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy (L’Harmattan, 2012) la « preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant l’hécatombe des malades mentaux ».

Forcément, je n’ai jamais écrit une telle chose. Son autre affirmation de ce que j’aurais écrit, que le gouvernement siégeant à Vichy « a bien eu l’intention d’éliminer les malades mentaux », est une imputation mensongère supplémentaire. Ce sont les raisons principales du dépôt de plainte pour diffamation. En fait, je n’ai parlé – et bien d’autres de même – que de « non-assistance à personnes en danger de mort », et en plus court d’« abandon à la mort », où il suffisait alors pour le gouvernement de Vichy de s’abstenir de toute aide, notamment s’agissant de suppléments alimentaires. Or une non-assistance à personnes en danger de mort, si elle résultait d’une quelconque directive écrite, ne serait plus l’expression d’une non-assistance mais celle d’une volonté gouvernementale délibérée d’exterminer les personnes internées, ce que personne n’a soutenu. Lire la suite

Peut-on rire des « morts visa du Balladur » Mr. Le président ?

Les réseaux sociaux, comme les médias français et internationaux se sont saisis de la « blague douteuse » du président de la République française, exprimée sur un sujet tragique touchant des milliers de victimes au large de Mayotte. En visite au centre de sauvetage d’Etel (Morbihan), Monsieur Emmanuel Macron reprenait son interlocuteur par ces expressions tristement célèbres : « le kwassa kwassa pêche peu. Il amène du Comorien. C’est différent. »

Un scandale sémantique.

Dans le bras de mer qui sépare Mayotte des îles sœurs des Comores, des cargos de différentes nationalités y pêchent du thon, du requin, des crevettes… Mais pourquoi y ajouter du Comorien ? Un président français peut-il ignorer qu’il peut s’agir de femmes et d’hommes comoriens dont les cadavres foisonnent dans cette mer poissonneuse, car empêchés de circuler librement dans les eaux comoriennes par l’Etat français au mépris du droit international ? Lire la suite

Voici comment ils ont brisé nos grands-mères

Une fois, il y avait des sorcières. Non. Ce ne furent jamais des sorcières. Pas de la façon dont les hommes l’ont prétendu, en tout cas.

Une fois, il y avait plusieurs traditions spirituelles indigènes, polythéistes et animistes, dans ce qui est maintenant l’Europe de l’Ouest. Leurs coutumes comprenaient différentes formes de respect et d’autorité pour les femmes, ainsi que des saintes, des guérisseuses et des cheffes. Lire la suite

Des femmes devenues des hommes

L’intérêt de l’ouvrage d’Antonia Young réside dans la systématisation des connaissances concernant la pratique du changement de genre (dans le sens féminin vers masculin) dans les Balkans et spécialement en Albanie où non seulement elle fut la plus répandue mais existe encore sous forme résiduelle. Son propos est d’illustrer en l’inversant la célèbre formule de Simone de Beauvoir qui devient ainsi, comme le rappelle dans sa préface Nicole Pellerin) « on ne nait pas homme, on le devient ». Dans une société patriarcale les possibilités d’échapper, individuellement, à la domination masculine sont de deux types : soit en s’exilant du monde (par exemple les « religieuses » – mais encore le couvent féminin reste sous l’autorité « spirituelle » d’un prêtre-homme ! -), soit, et c’est le cas ici exposé, en se faisant reconnaitre socialement, comme homme et donc de bénéficier du statut et des avantages de ceux-ci. En ce sens, il ne s’agit d’une possibilité subversive qu’uniquement dans la mesure où ce droit est reconnu (puisqu’aussi bien il justifie et cautionne ce statut « supérieur »). Lire la suite

Contre les poncifs du roman national et les légendes contre-révolutionnaires

Pour Jean Paul

Dans leur préface, « Les récits rances et l’histoire de plein air », William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin parlent des « malins trompeurs », de ceux qui transforment l’histoire en outil d’exclusion « sous l’apparence d’un beau récit national »

Elle et ils expliquent le sens de leur livre, « Il opère un travail critique, aussi approfondi qu’astucieux, pour démonter faussetés, impostures et approximations volontaires, pour faire saillir des intentions à peine masquées, pour situer dans de longues séries des textes qui prétendent à l’actualité ». Lire la suite

Toute ressemblance avec d’autres temps… ne saurait être fortuite !

Le livre de Polymnia Athanassiadi, fruit de cours donnés au Collège de France en 2006, tente de cerner les modifications, à l’œuvre dans la région méditerranéenne (au sens large) entre le 3ème et le 7ème siècle. Modifications qui scellent le passage « d’une société organisée à la mesure de l’homme à une autre bâtie pour la plus grande gloire de Dieu ». Lire la suite

Guadeloupe, mai 1967, la répression sanglante


Le 20 mars 1967, Srnsky, un européen, propriétaire d’un grand magasin de chaussures à Basse-Terre (Guadeloupe), voulant interdire à Raphaël Balzinc, un vieux guadeloupéen infirme, cordonnier ambulant, de passer sur le trottoir qui borde sa devanture, lâche sur lui son berger allemand. Srnsky excite le chien en s’écriant : « Dis bonjour au nègre ! » Balzinc, renversé et mordu, est secouru par la foule, tandis que Srnsky, du haut de son balcon, nargue et invective à qui mieux-mieux les passants et même les policiers guadeloupéens qui sont accourus. Il s’ensuit une colère qui aboutit au saccage du magasin. Srnsky, dont la grosse voiture est jetée à la mer, réussit à s’enfuir à temps. Le préfet de la Guadeloupe, Pierre Bollotte, ancien directeur de cabinet du préfet d’Alger (après la fameuse bataille d’Alger qui a donné lieu à la pratique systématique de la torture et des exécutions sommaires) feint de condamner l’acte raciste de Srnsky, mais veut profiter des événements pour démanteler le mouvement autonomiste né de la déception des Guadeloupéens. Malgré la départementalisation de 1946, ils ont conscience, du fait du racisme et des incroyables injustices sociales qui les frappent, de n’être pas assimilés et d’être traités en indigènes. La seule réponse qui a été donnée à leurs problèmes, c’est l’exil. Des scènes d’émeutes ont lieu à Basse- Terre puis à Pointe-à-Pitre. La répression policière est violente : une cinquantaine de blessés. Le 23 mars, le magasin du frère de Srnsky est dynamité à Pointe à Pitre. Lire la suite