Emmanuel Macron doit, au nom de la France,reconnaître la guerre du Cameroun

Dans une tribune au Monde, un collectif de personnalités estime qu’« il est grand temps que l’Etat français assume pleinement ses responsabilités » dans la « répression féroce des années 1950 et 1960 ».

Dans quelques jours, Emmanuel Macron a rendez-vous avec l’histoire à Yaoundé. Pour sa première visite officielle au Cameroun, il sera confronté aux fantômes d’une guerre coloniale puis néocoloniale que la France a menée, censurée puis niée avec constance depuis soixante ans. Sera-t-il le premier président français à reconnaître officiellement cette véritable guerre et à lever un des derniers grands tabous français de l’après-guerre ? Continuer à lire … « Emmanuel Macron doit, au nom de la France,reconnaître la guerre du Cameroun »

Intervention de Rachel Keke à la commémoration du Vél d’hiv de Chevilly

Madame, Barbara Lorand-Pierre, première maire adjointe, Monsieur le président de la communauté Israélite de Chevilly-Larue, Chers élus,

C’est avec beaucoup d’émotion que je viens aujourd’hui me joindre à vous dans ma ville pour la commémoration des 80 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv.

Le 16 et 17 juillet 1942 ont marqué l’horreur, mais aussi un basculement dans la politique de l’État français.

Sous le régime de Vichy, l’État français a collaboré et a livré aux Nazis 13 152 personnes juives. Il a été encore plus loin et a devancé les demandes nazies en livrant 4 115 enfants de sa propre initiative alors que cela aurait pu être évité.

Ces milliers de personnes, dont des enfants et des femmes ont été parqués pendant plusieurs jours au Vélodrome d’Hiver, transformé en prison. Elles ont ensuite été envoyées aux camps de Drancy, Beaune-la-Rolande ou Pithiviers.

Quasiment tout le monde a fini par être exterminé dans les camps de concentration d’Auschwitz. Continuer à lire … « Intervention de Rachel Keke à la commémoration du Vél d’hiv de Chevilly »

Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !

Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement, à hauteur de 100 000 euros, la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste [1], et d’accueillir ses membres et les participants au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Il se confirme que la loi scélérate du 23 février 2005, jamais abrogée faut-il le rappeler, qui établit une interprétation officielle et apologétique de la colonisation française en Algérie et dans le reste de l’empire, n’était pas l’épilogue d’une entreprise de réhabilitation de ce passé mais le prologue bien plutôt. Le discours du candidat Nicolas Sarkozy affirmant, à la veille des élections présidentielles de 2007, que le « rêve de la colonisation » n’était pas un « rêve de conquête » mais « un rêve de civilisation », celui de François Fillon quelques années plus tard et, plus généralement, les positions de la direction des Républicains en témoignent. Fustigeant une prétendue « repentance » et vantant les aspects supposément « positifs » de la colonisation de l’Algérie, les responsabilités de ces derniers sont majeures, établies et accablantes [2]. De même celles de certains intellectuels, chroniqueurs et bateleurs médiatiques qui, au nom de la lutte contre « la pensée unique » hier, contre le « décolonialisme » aujourd’hui, redécouvrent les « beautés » de la colonisation aux couleurs de la France. Continuer à lire … « Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan ! »

Eurafrique : un livre-révélation sur les racines coloniales de l’Union européenne

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Il n’est pas fréquent qu’un livre, aussi sérieux que documenté, constitue en lui-même un « scoop ». Tel est le cas pourtant du livre Eurafrique, écrit par les historiens suédois Peo Hansen et Stefan Jonsson et initialement publié en 2014, dont une traduction française actualisée vient de paraître à La Découverte. Sous-titré « Aux origines coloniales de l’Union européenne », il révèle en effet qu’un fondement essentiel du processus d’intégration européenne, institutionnalisé en mars 1957 par le traité de Rome créant la Communauté économique européenne (CEE), a été la volonté de ses États fondateurs de perpétuer sous une forme renouvelée le contrôle de leurs possessions coloniales, principalement africaines. Les auteurs rappellent ainsi la « une » du Monde du 21 février 1957, bien oubliée, qui titrait « Première étape vers l’Eurafrique » un article annonçant le succès des négociations préliminaires au traité de Rome entre les six dirigeants européens. Continuer à lire … « Eurafrique : un livre-révélation sur les racines coloniales de l’Union européenne »

7 juin : contre le racisme et l’antisémitisme, lors du 80e anniversaire de l’étoile jaune nazie

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7 juin : rassemblons nous contre le racisme et l’antisémitisme, lors du 80e anniversaire de l’imposition de l’étoile jaune nazie.
Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, le 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune était imposé par les nazis aux Juifs et Juives, y compris les enfants à partir de 6ans, dans la zone qu’ils occupaient en France. Le Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) organise le 7 juin à Paris  un rassemblement public marquant l’anniversaire de cet acte qui ouvrait la voie à la déportation et à la Shoah.
Il se tient le 7 juin à 18h sur le Parvis des 260 enfants juifs déportés (Rue des Hospitalières Saint Gervais M° Saint Paul), dans le 4e arrondissement, au cœur d’un des quartiers où des milliers de personnes ont été contraints porter ce signe d’exclusion et de mort.
Il s’agit également de 
dénoncer les profanations de ceux et celles qui arborent des étoiles jaunes dans le cadre des manifestations anti-vax et anti-pass comparant la discrimination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale à celle des non-vaccinés contre le Covid-19 Continuer à lire … « 7 juin : contre le racisme et l’antisémitisme, lors du 80e anniversaire de l’étoile jaune nazie »

Après l’abolition de l’esclavage… l’esclavage toujours

Lundi 1er mars 1880. Discours du ministre de la Marine et des Colonies, l’amiral Jauréguiberry, au Sénat. « Des possessions, en nombre assez considérable, sont venues augmenter celles que nous avions déjà. (…) Dans toutes ces annexions, on s’est formellement engagé à respecter (…) les traditions de toutes ces tribus et, dans ces traditions, figure au premier rang, ce qu’on appelle l’esclavage, mais qui n’est, pour parler plus exactement, qu’une espèce de servage héréditaire. Les individus qui font partie de cette classe de la population constituent toute la domesticité, tous les ouvriers, laboureurs compris. » De « vifs applaudissements », venus de « tous les bancs » de la haute assemblée, saluent ces propos. Précieuse indication. Elle révèle une adhésion enthousiaste des sénateurs à la politique coloniale qui vient d’être défendue et à ses conséquences particulières : le maintien l’esclavage domestique. Continuer à lire … « Après l’abolition de l’esclavage… l’esclavage toujours »

Mémoires et Histoire

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Un essai historique intitulé « Algérie 1962 » donne une impression de déjà lu, déjà connu. Et on aurait tort. Le sous titre, « Une histoire populaire », indique une manière inédite dans la manière d’aborder cette année de l’indépendance de l’Algérie, de la décolonisation. Malika Rahal veut rendre compte de la variété des expériences vécues par les populations. Au-delà ou en deçà de la chronologie, accords d’Evian, les crises, les conflits politiques à l’intérieur du FLN comme la « défaite des Messalistes », elle veut faire partager « le souffle de la révolution », le sentiment individuel et collectif de libération. Une révolution vécue dans la violence, celle de l’OAS mais aussi celle du FLN, violence inhérente à tout changement fondamental. Des expériences nouvelles naîtront. Pour faire face au départ des administrateurs coloniaux, des formes d’auto organisation se mettront en place. L’espace lui-même change par l’ouverture des camps de concentrations, des prisons, des retours d’exils pour renouer des liens et servir la République algérienne. Temps de ruptures et travail de mémoire nécessaire pour penser l’indépendance et la faire vivre. Continuer à lire … « Mémoires et Histoire »

 Il y a soixante ans : un crime impuni de l’OAS

Après un siècle de colonisation et à la veille de la guerre d’indépendance, 80% des enfants que l’on appelle alors « indigènes » ne sont toujours pas scolarisés. C’est pour (tenter de) pallier ce bilan désastreux que, le 27 octobre 1955, sont créés les Centres sociaux éducatifs – CSE), à l’initiative de Germaine Tillion, déportée-résistante, membre du cabinet civil du gouverneur général Soustelle. Progressivement, les animateurs des centres vont faire de leurs locaux, dans des villages dépourvus de tout, des lieux d’apprentissage, doublés de centres de soins infirmiers, où de surcroît les enfants au ventre creux dès le matin pouvaient boire du lait.

La guerre de libération nationale qui éclate le 1er novembre 1954 constitue un défi pour l’armée française qui sort de la défaite de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954 au Vietnam. Les officiers y ont appris le rôle essentiel tenu par la population dans la guerre dite « subversive ». C’est en partie pourquoi le succès des CSE auprès des musulmans est vu par l’armée comme une connivence entre le personnel du service et le FLN. Pour ces esprits bornés, nourris par une haine inexpiable, tout ce qui assure au peuple algérien un minimum de bien-être (et de dignité) est à détruire. Continuer à lire …  » Il y a soixante ans : un crime impuni de l’OAS »

« ARBEITER UND SOLDAT »

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

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Il faut être reconnaissant aux éditions Syllepse d’avoir traduit ce remarquable livre sur Martin Monath, dit « Victor », dit « Widelin », militant juif allemand de la IVInternationale, organisateur d’une téméraire tentative de résistance antifasciste dans les rangs même de l’armée d’occupation allemande en France. Né à Berlin en 1913, le jeune Martin militera d’abord dans les rangs de l’Hashomer Hatzaïr, mouvement de jeunesse sioniste de gauche, partisan d’une Palestine socialiste binationale (juive et arabe). Il est intéressant d’observer qu’en octobre-novembre 1933 la revue de l’Hashomer Hatzaïr publiera, en hébreu, un article de Léon Trotsky sur la situation en Allemagne. Le jeune berlinois va s’éloigner en 1936 de ce mouvement, et en¿ 1939, quand la situation en Allemagne devient intenable, il s’exile en Belgique. C’est là qu’il va rencontrer le mouvement trotskiste, dont un des jeunes dirigeants, Abraham Léon, était lui aussi originaire de l’Hashomer Hatzaïr ; à partir de 1940, Monath milite dans les rangs de la IVInternationale, d‘abord à Bruxelles, et, à partir de 1943, à Paris. Continuer à lire … « « ARBEITER UND SOLDAT » »

Pour la liberté, le communisme et l’autogestion

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La revanche du chien enragé… Ce livre publié par Patrick Silberstein est un pied de nez ironique à la formule célèbre d’Andrei Vychinsky1, le procureur de Staline, exprimant le verdict lors des procès de Moscou, de 1936-1938 : « tuez ces chiens ! ».

Fin 2021, avec la publication en version intégrale en français du Staline, pour lequel Léon Trotsky a travaillé de 1937 à 19402, deux livres sont parus aux éd. Syllepse, visiblement liés3. De solides raisons motivent cette édition intégrale, et aussi l’écriture de ce livre, qui reprend nombre de débats depuis les années trente. Un passé qu’on veut ignorer revient en boomerang… Nous le savons, le mort saisit le vif. Continuer à lire … « Pour la liberté, le communisme et l’autogestion »

Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes

« L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes formations politiques… » Ernest Renan, 1882

« Il n’est jamais mauvais qu’exposé à cette histoire mémoriale-oublieuse, l’historien prenne ses livres (…). L’histoire-science peut résister à l’oubli logé dans l’histoire édifiante, l’empêcher de raconter des histoires”. » Jean-François Lyotard, 1988

8 février 2022. Soixante ans après, les « événements » survenus au métro Charonne sont qualifiés de « tragédie » par Emmanuel Macron dans le communiqué rendu public par l’Elysée.

Organisée par plusieurs partis politiques et syndicats du mouvement ouvrier pour protester contre les attentats commis par l’OAS et pour la paix en Algérie, il est rappelé que cette manifestation a été« violemment réprimée par la police »  puisque « neuf personnes ont perdu la vie » et « plusieurs centaines furent blessées ».

Un hommage est rendu à la, « mémoire des victimes et de leurs familles », est-il écrit en conclusion. Comme on pouvait s’y attendre, les dévots du président ont applaudi ce geste qui confirmerait sa volonté de « regarder l’histoire en face » et d’œuvrer sans relâche à la réconciliation des mémoires, selon les éléments de langage répétés ad nauseam en de telles circonstances. Quelques historiens empressés et intéressés se sont joints à ce chœur louangeur en saluant ce « pas en avant » longtemps attendu par celles et ceux qui militent depuis des décennies pour l’établissement de la vérité. Singulière mais classique complaisance de quelques amoureux de Clio. Contrairement à ce qu’il serait légitime d’attendre d’eux, ils semblent préférer l’éclat des ors de la République et la fréquentation des « grands » à l’entêtement de faits désormais avérés et documentés de façon précise et circonstanciée. Continuer à lire … « Emmanuel Macron : le triomphe de l’histoire en miettes »

Guido Picelli. L’homme qui mettait en déroute les fascistes !

Au moins durant l’entre-deux-guerres, quand il y a eu affrontement entre la gauche et les fascistes, ce sont toujours les fascistes qui l’emportaient. Et malheureusement, le plus souvent sans rencontrer une vraie résistance. Cependant, il y a eu une exception de taille. Celle du révolutionnaire Italien Guido Picelli, qui, le premier et bien avant tout autre, a compris ce qu’est et ce que veut le fascisme, ainsi que comment il doit être combattu. De ce Guido Picelli qui battait les fascistes quand il les trouvait sur son chemin. A Parme des barricades en 1922. Et dans l’Espagne de la guerre civile en 1937. Alors, qui était et qu’est-ce qu’il faisait l’homme qui mettait en déroute les fascistes ?… Continuer à lire … « Guido Picelli. L’homme qui mettait en déroute les fascistes ! »

Commémoration du 60ème anniversaire du massacre au métro Charonne (+ autres articles)

Madame, Monsieur,

Dans l’ordre chronologique des événements de 1962 dont le souvenir revient à la surface en ce début d’année du soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, le 8 février occupe une place particulière.

Cette date se situe à mi-chemin entre le meurtre d’Alfred Pierre Locussol, premier fonctionnaire de l’État abattu par l’OAS en métropole (Alençon, 3 janvier 1962) et l’assassinat collectif de six inspecteurs de l’Éducation nationale par l’OAS (Alger,15 mars 1962), lui-même suivi du cessez-le-feu en Algérie (19 mars 1962 à 12h00), du déclenchement par l’OAS de la sanglante bataille de Bab-el-Oued (Alger, 23-25 mars 1962) et de la fusillade de la rue d’Isly (Alger, 26 mars 1962) clôturant tragiquement une manifestation insurrectionnelle appelée par l’OAS.

Le 8 février 1962, en riposte à des attentats commis par l’OAS à Paris, une manifestation organisée par des formations politiques et syndicales de gauche et par le Mouvement de la Paix rassemble des dizaines de milliers de citoyennes et citoyens dans les rues de la capitale. Sa dislocation donne lieu à une intervention criminelle des forces de l’ordre placées sous le commandement opérationnel du préfet de police Maurice Papon : on comptera au total 9 morts à la station de métro Charonne. Continuer à lire … « Commémoration du 60ème anniversaire du massacre au métro Charonne (+ autres articles) »

Z. ou le spectre du passé

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

L’ascension fulgurante du journaliste du Figaro auprès d’un électorat de bourgeois parvenus à une certaine aisance s’explique largement par la nostalgie de cette France irréelle ou mythique qui fait office de refuge à nombre de nos contemporains craignant de perdre leurs repères, leurs privilèges ou leur suprématie. Ne nous y trompons pas, Zemmour est très éloigné d’un public populaire dont une part non négligeable s’est réfugiée dans les bras du lepénisme. Le chemin emprunté par les adeptes du récit national zélateur du rejet de l’autre n’a jamais été refermé. Il demeure tapi dans l’ombre d’une République construite sur une série d’impensés.

L’État français s’est toujours caractérisé par son incapacité à faire face à son passé. Depuis les lendemains des guerre napoléoniennes, jusqu’aux dernières décennies de la décolonisation, la lenteur avec laquelle l’institution étatique fait retour sur les périodes de troubles, d’incertitudes ou de conflictualité est devenue une spécificité française. Le silence de l’histoire officielle sur les compromissions avec le fascisme ou durant les années d’exploitation de pays dominés, participe de la spécialité nationale.

Nombre de générations ont été élevées dans l’idée d’une France éternelle, exempte de tout excès et pays des droits de l’homme. Les valeurs universelles, dont la nation se réclame, amplement répandues à travers le monde, auraient érigé le pays en modèle. Longtemps cette représentation permit aux autorités de faire l’impasse sur plusieurs périodes de forfaitures : celle de l’antisémitisme massif des années 1930, par exemple. Continuer à lire … « Z. ou le spectre du passé »

Romani Herstory : réinscrire les femmes roms dans l’Histoire

De nombreuses femmes roms ont, depuis maintenant plusieurs siècles, laissé leur empreinte dans des domaines aussi variés que celui de l’art (Ceija Stojka, Panna Cinka, Carmen Amaya…), des sciences (Natalya et Lyubov Pankova…), de la politique (Soraya Post, Viktória Mohácsi…), des lettres (Katarina Taikon, Luminița Mihai Cioabă, Louise Doughty…), de la mode (Erika Varga, Juana Martín Manzano…) ou encore des sciences humaines (Delia Grigore, Angéla Kóczé, Ethel Brooks…). 

Pourtant, l’image qui semble le plus souvent venir à l’esprit des gadjé (les non-Roms) est celle, monolithique, d’une femme rom illettrée, irrémédiablement enfermée dans la pauvreté, la maternité et la soumission patriarcale. Les archives digitales Romani Herstory tentent de contrer ces clichés et de redonner de la visibilité à ces femmes souvent oubliées des livres d’Histoire. Continuer à lire … « Romani Herstory : réinscrire les femmes roms dans l’Histoire »

Madame Pécresse, non au négationnisme

Madame,

Je viens de prendre connaissance de vos propos tenus le 3 janvier : « En Algérie, il y a eu effectivement des exactions, il y a eu des pages sombres de l’histoire de France qui ont été écrites mais crimes contre l’humanité, c’est ce qu’on reproche aux nazis et à Hitler, et je ne pense pas qu’on puisse parler de crimes contre l’humanité ».

Je dois dire que je suis inquiet qu’une candidate à la Présidence de la République puisse déclarer une telle énormité.

Appelé pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, j’ai été affecté de juin 1961 à mars 1962 à la Villa Susini à Alger. Cette Villa a eu le « privilège » d’être un centre de torture qui a fonctionné pendant toute cette période (d’autres centres de torture à Alger n’ont fonctionné que quelques mois ou quelques années). C’est là que Jean-Marie Le Pen s’est « remarquablement » distingué pendant la Bataille d’Alger, faisant disparaître, selon les rumeurs, des corps dans des cuves d’acide. La Légion étrangère avait « abrité » de nombreux SS qui s’y étaient réfugiés pour échapper aux jugements, mais qui ont mis en œuvre leur expérience et formé des tortionnaires français. Continuer à lire … « Madame Pécresse, non au négationnisme »

Avertissement de Patrick Silberstein à son livre La revanche du chien enragé

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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« Dès que l’on peut chuchoter un mot à son voisin / Il vous rappelle le montagnard du Kremlin / Ses doigts épais aussi gras que des vers / Et ses mots aussi vrais que des poids lourds. / Ses moustaches rient comme des cafards / Et les guêtres de ses bottes reluisent. / Entouré d’une meute de parrains au cou mince / Il joue avec les sous-hommes qui le courtisent, / L’un siffle, l’autre miaule, le troisième larmoie, / Et lui seul tonne, et lui seul tutoie. / Il forge comme des fers décret sur décret / Au bas-ventre, en plein front, en plein nez, / dans les yeux, / L’échafaud, pour lui, c’est toujours la fête », Ossip Mandelstam [1].

À l’origine, il s’agissait d’un prologue destiné à accompagner la publication en français de l’édition, révisée et complétée, de la biographie inachevée de Staline rédigée par Léon Trotsky entre 1938 et 1940.

En effet, l’équipe réunie pour mener à bien l’édition française, à partir de l’édition publiée à Londres par Wellred Books, avait eu dans le cours de son travail le sentiment que pour inscrire dans notre temps le dernier livre de Léon Trotsky, rédigé il y a plus de trois quarts de siècle, il pouvait être utile d’en éclairer la lecture par un survol de ce qu’il est advenu de Staline, de l’URSS, du stalinisme et de la bureaucratie issue de la révolution d’Octobre entre le 20 août 1940 – date de l’interruption brutale de la rédaction du livre – et l’effondrement de la prétendue « patrie du socialisme », un demi-siècle plus tard. Continuer à lire … « Avertissement de Patrick Silberstein à son livre La revanche du chien enragé »

Quand la propagande coloniale envahissait Paris: l’exposition de 1931

L’exposition coloniale internationale (ECI) de 1931

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Le Palais de la Porte Dorée de Paris a été construit à l’occasion de l’Exposition Coloniale Internationale de 1931. Elle ferma ses portes le 30 novembre, soit il y a 90 ans jour pour jour.

Le palais changea ensuite plusieurs fois d’attribution, tout en maintenant l’Aquarium tropical, présent depuis 1931.

En fin depuis 2007, le Musée de l’histoire de l’immigration Celui-ci est le fruit d’une longue exigence finalement satisfaite, portée par nombre d’organisations antiracistes et historien-nes, sociologues, spécialistes de cette question. 

Du 6 mai au 30 novembre 1931, cette exposition tenta de promouvoir une image de la France impériale à l’apogée de sa puissance. 

Ce fut un immense succès populaire. Véritable ville dans la ville, l’exposition s’étendait sur plus de 1200 mètres de long et était sillonnée par plus de dix km de chemins soigneusement balisés. Elle s’inscrivait dans la tradition des expositions universelles du XIXeme siècle vouées à promouvoir la puissance des nations européennes. Cependant celle était exclusivement consacrée aux colonies.  Continuer à lire … « Quand la propagande coloniale envahissait Paris: l’exposition de 1931 »

Gilles Manceron, historien, à propos des événements d’octobre 1961 : « Les autorités françaises reconnaîtront un jour le crime d’état »

Gilles Manceron est un historien qui s’est investi, depuis des décennies, dans l’histoire coloniale de la France. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qu’il a consacrés à cette thématique, dont celle des massacres du 17 Octobre 1961 à Paris. C’est aussi un militant très engagé en faveur des droits de l’homme.

Liberté : le président français, Emmanuel Macron, très attendu sur la question des massacres du 17 Octobre 1961, dont on vient de commémorer le soixantième anniversaire, n’a fait qu’une déclaration a minima. Quelle est votre réaction en tant qu’historien ?

Gilles Manceron : Effectivement vous avez raison de qualifier cette déclaration de « minima », parce qu’il fait un petit pas de plus, en utilisant le mot « crime » pour désigner cette nuit et cette période du 17 Octobre 61. Mais il ne qualifie pas le crime. Il ne dit pas que c’est un crime d’État. Pourtant, c’est la demande des associations qui, dans leur appel, avaient souligné ce fait, qui avaient demandé à ce que ce crime soit reconnu en tant que crime d’État. Et là, ce n’est pas ce qu’il a fait. Il a simplement nommé le préfet de police de la Seine, Maurice Papon, dont on sait qu’il a, effectivement, joué un rôle important dans cette répression. Mais il n’est pas le seul. Il nous dit en quelque sorte que c’est un crime préfectoral, un crime de préfecture et non pas d’État. Continuer à lire … « Gilles Manceron, historien, à propos des événements d’octobre 1961 : « Les autorités françaises reconnaîtront un jour le crime d’état » »

Crimes coloniaux : les experts recommandent à l’état belge d’indemniser (plus Communiqué CADTM Belgique)

« Envisager le paiement d’une dette coloniale pécuniaire face à la responsabilité morale de la Belgique ». Voilà l’une des recommandations fortes du rapport des experts, publié ce 27 octobre. Depuis un an, ces dix historiens, juristes ou politologues œuvraient à donner, aux députés membres de la Commission spéciale sur le passé colonial, un état des lieux des connaissances. D’autres pistes sont évoquées, dont la restitution d’objets pillés. Continuer à lire … « Crimes coloniaux : les experts recommandent à l’état belge d’indemniser (plus Communiqué CADTM Belgique) »