Archives de Catégorie: Révolutions et histoires dans le territoire aujourd'hui appelé France

Planche de salut et laboratoire social

Il est minuit dans le siècle. Cherchant à échapper à la nasse qui se referme, les réfugiés affluent à Marseille, alors en zone « nono » où la botte nazie a, momentanément, délégué à son vassal maréchaliste le soin de faire régner son ordre. David Rousset synthétise la situation européenne du temps par une formule choc : « Auschwitz et Marseille sont alors les seules portes ouvertes de l’Europe1» Lire la suite

Pour une vision renouvelée de la période des grèves de 1947

« Fin 1947, la France de l’après-Libération est secouée par une vague de grèves qui se développe et se clôt abruptement. Inclassable, ce conflit social, aux nombreuses implications politiques, est parmi les plus âpres du 20e siècle en France.

Tout commence à Marseille par l’arrestation, en novembre, de quatre militants de la CGT alors qu’enfle la protestation contre l’augmentation du prix des tramways. Les incidents s’enchaînent alors dans la cité phocéenne ; le Palais de justice est pris d’assaut après la décision judiciaire qui maintient les inculpés en prison. La journée se termine tragiquement : des « nervis » mitraillent les manifestants qui mettent à sac les boîtes de nuit du quartier chaud. Vincent Voulant, un jeune ouvrier, est tué. La grève se propage rapidement dans la région marseillaise. Dans les jours qui suivent, les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais arrêtent également le travail et, bientôt, de nombreuses régions industrielles sont touchées. Le mouvement, ponctué de nombreux affrontements, ne prend fin que le 10 décembre.

Grâce à un accès inédit aux archives du Parti communiste et à celles de Jules Moch, le ministre de l’intérieur socialiste de l’époque, le livre éclaire les événements de l’année 1947, celle de l’expulsion des ministres communistes du gouvernement et des grèves ouvrières emmenées par la CGT et dans lesquelles certains ont voulu voir une tentative insurrectionnelle alors que commence la Guerre froide. » Lire la suite

Sa France

(Jardin du Souvenir – 8, boulevard de Grenelle – Paris 15° — 16 Juillet 2017)

Le Président de la République a réaffirmé dimanche 16 Juillet la responsabilité de la France dans la Rafle du Vel’ d’Hiv du 16 Juillet 1942. Nous le citons : « Oui, je le redis ici, c’est bien la France seule qui organisa la rafle, puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort de 13 152 personnes de confession juive… Pas un seul Allemand n’y prêta la main. »

La France seule ! Revenons sur ce 16 Juillet 1942. Lire la suite

Jean-Pierre Azéma mis en examen, depuis le 6 avril 2017, pour diffamation dans un rapport public 

En mai 2016, je rendais public le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile contre l’historien Jean-Pierre Azéma, pour diffamation publique. Cet acte était à interpréter comme implication, et expérience, comme aventure aussi, où je tentais de mettre en pratique ce que théorise le philosophe Geoffroy de Lagasnerie : « refaire du droit un instrument d’émancipation, de rationalisation, d’invention politique ».

Voir : https://blogs.mediapart.fr/armand-ajzenberg/blog/230516/l-implication-personnelle-comme-mode-de-luttes-travaux-pratiques

Dans le rapport de Jean-Pierre Azéma, intitulé Mission sur le drame que les personnes handicapées mentales ou psychiques ont connu dans les hôpitaux psychiatriques et les hospices français entre 1941 et 1945, destiné à éclairer un Président de la République récent sur une décision à prendre, il écrit ne pas avoir trouver dans L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy (L’Harmattan, 2012) la « preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant l’hécatombe des malades mentaux ».

Forcément, je n’ai jamais écrit une telle chose. Son autre affirmation de ce que j’aurais écrit, que le gouvernement siégeant à Vichy « a bien eu l’intention d’éliminer les malades mentaux », est une imputation mensongère supplémentaire. Ce sont les raisons principales du dépôt de plainte pour diffamation. En fait, je n’ai parlé – et bien d’autres de même – que de « non-assistance à personnes en danger de mort », et en plus court d’« abandon à la mort », où il suffisait alors pour le gouvernement de Vichy de s’abstenir de toute aide, notamment s’agissant de suppléments alimentaires. Or une non-assistance à personnes en danger de mort, si elle résultait d’une quelconque directive écrite, ne serait plus l’expression d’une non-assistance mais celle d’une volonté gouvernementale délibérée d’exterminer les personnes internées, ce que personne n’a soutenu. Lire la suite

Essais (mai 2017)

La démocratie en faillite ?

Un monde disparaît. Les destructions sont massives. Pas seulement économique ou sociales mais aussi politiques. Un champ de ruines qui ouvre la voie à des interrogations sur les formes de la démocratie, de société à créer. « Nuit debout » a participé de cette interrogation. Matthieu Niango, dans « La démocratie sans maîtres » dresse l’acte d’accusation des « professionnels de la politique » de plus en plus séparés de l’intérêt général, commun. L’auteur se sert de son expérience dans les cabinets ministériels pour illustrer son propos. Stimulant. Lire la suite

Le Vote Utile. Un Munich citoyen

(Aéroport du Bourget – Bonneuil-en-France – Val-d’Oise — 30 Septembre 1938)

À sa descente d’avion à l’Aéroport du Bourget, le 30 Septembre 1938, de retour de la Conférence de Munich, le Président du Conseil Édouard Daladier s’attendait à être hué. Il venait, « pour sauver la Paix », d’apposer la signature de la France au bas du texte des funestes Accords de Munich.

Encore sur la passerelle, plein d’appréhension et de honte rentrée, contemplant la foule assemblée sur le tarmac qui l’acclamait, il confia, les dents serrées, à Alexis Léger qui l’accompagnait : « Ah, les cons… S’ils savaient ! » Lire la suite

L’impossible d’aujourd’hui, c’est le possible de demain

mai_68« L’interprétation d’Henri Lefebvre nourrit les interrogations sur les possibles de l’histoire, d’un passé encore proche et d’un avenir à construire ».

René Mouriaux dans sa préface « Un marxiste dans le siècle », présent l’auteur son parcours et le texte republié.

« La richesse de la contribution lefebvrienne va de pair avec l’absence de plan rigoureux. Le philosophe procède par coups de sonde. Menée tambour battant, l’analyse ne s’attarde pas à la précision des faits. Il tient à poser des questions, à planter des repères, sans se soucier d’expliciter ses allusions, de conduire avec précision toutes les étapes de ses raisonnements. Dans la post-face de cette réédition la valeur et la portée du texte seront interrogées par Pierre Cours-Salies et dans une table ronde. Mais trêve de métalangage, dirait Henri Lefebvre, place maintenant à l’écrit lui-même, brûlot typiquement soixante-huitard dans son inspiration politique » Lire la suite