Djibouti : « On aurait préféré ne plus être utile »

Active depuis 1991, l’Association pour le respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD) a aujourd’hui à son actif 30 ans de combats pour soutenir des djiboutiens prisonniers politiques incarcérés sans jugement, des opposants menacés, torturés, des représentants syndicaux bafoués, licenciés, expulsés, des femmes violées par les militaires dont les plaintes ne sont jamais reçues. Continuer à lire … « Djibouti : « On aurait préféré ne plus être utile » »

Soudan, les chartes de la scène politique

Près de huit mois après le coup d’État militaire au Soudan, les manifestations pacifiques continuent d’avoir lieu selon les programmes hebdomadaires publiés par les Comités de Résistance. De nouvelles formes et de nouveaux outils de résistance ont émergé, alors même que plus de 90 manifestants ont été tués par les forces de l’État et que des dizaines d’autres sont tombés sous les attaques de milices à travers le pays. Le nombre de grèves et de barricades a augmenté dans tout le pays depuis janvier 2022. Cela a impliqué de nombreux syndicats, et a eu pour effet de bloquer des axes routiers majeurs. Continuer à lire … « Soudan, les chartes de la scène politique »

Emmanuel Macron doit, au nom de la France,reconnaître la guerre du Cameroun

Dans une tribune au Monde, un collectif de personnalités estime qu’« il est grand temps que l’Etat français assume pleinement ses responsabilités » dans la « répression féroce des années 1950 et 1960 ».

Dans quelques jours, Emmanuel Macron a rendez-vous avec l’histoire à Yaoundé. Pour sa première visite officielle au Cameroun, il sera confronté aux fantômes d’une guerre coloniale puis néocoloniale que la France a menée, censurée puis niée avec constance depuis soixante ans. Sera-t-il le premier président français à reconnaître officiellement cette véritable guerre et à lever un des derniers grands tabous français de l’après-guerre ? Continuer à lire … « Emmanuel Macron doit, au nom de la France,reconnaître la guerre du Cameroun »

Les femmes à la télé : stratégies pour diffuser le féminisme au Ghana

Ama Pratt partage son expérience chez Pan African télévision lors du webinaire sur féminisme et communication de Capire

Le mot « féminisme » au Ghana – et, j’oserais dire, dans la majeure partie de l’Afrique – porte une certaine connotation négative. Beaucoup de gens refusent de s’identifier comme féministes, et c’est notre premier défi en communication.

Vous ne pouvez pas communiquer une idée correctement si les gens ne s’identifient pas à elle. C’est pourquoi notre stratégie est de situer le féminisme dans un contexte politique pertinent. Situer notre lutte pour l’idéal d’un monde avec une répartition égale des richesses, avec des droits égaux, où nous pouvons vivre notre vie de la meilleure façon. Nous devons présenter cela comme quelque chose qui profite aux deux sexes. C’est une façon de dire que notre combat est basé sur la construction d’un monde égalitaire en unifiant les luttes. Pour ce faire, nous plaçons les personnes les plus faibles au centre de toutes nos activités. Il s’agit d’une valorisation des luttes liées à la question du genre comme étant peut-être la lutte centrale de tout ce que nous faisons. Par conséquent, l’autonomisation des femmes est une question de départ à la base. Continuer à lire … « Les femmes à la télé : stratégies pour diffuser le féminisme au Ghana »

Les défis du féminisme en Angola

Comment les femmes féministes s’organisent dans la lutte pour leurs droits et contre la violence politique

« Dans l’histoire postcoloniale contemporaine de l’Afrique, l’Angola est connu comme le site de l’un des conflits les plus perfides qui sévissent sur le continent. », dit Sizaltina Cutaia. Le pays qui a obtenu son indépendance du Portugal en 1975 a connu 27 ans de guerre civile entre le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Front national pour la libération de l’Angola (FNLA). La victoire du MPLA en 1991 a mis fin à la guerre dans le pays et, depuis lors, ce même parti est resté au pouvoir.

Nous avons parlé à Sizaltina Cutaia et Maria Luiza, également connue sous le nom de Tchengita, militantes d’Ondjango Feminista. Ondjango Feminista est une organisation créée en 2016, guidée par la Charte des principes féministes pour les féministes africaines. Un féminisme situé dans les enjeux particuliers du contexte africain. Dans l’interview, elles nous ont parlé de la façon dont les femmes s’organisent dans la lutte pour leurs droits dans le contexte politique de l’Angola, des défis auxquels les femmes sont confrontées pour s’organiser sur un agenda féministe, et ont partagé leurs impressions et perspectives sur les prochaines élections qui auront lieu le 24 août. Continuer à lire … « Les défis du féminisme en Angola »

Communiqué des Associations et Organisations tunisiennes

Non à la Constitution de la concentration des pouvoirs

Après consultation du projet de la Constitution, soumis par le président de la République à referendum populaire le 25 juillet 2022, les Organisations et les associations tunisiennes, réunies le 5 juillet 2022, déclarent que : Continuer à lire … « Communiqué des Associations et Organisations tunisiennes »

Interview avec Amira Osman, militante féministe soudanaise (+ autres textes)

Qui est Amira Osman ?

Amira Osman Hamid est une militante féministe, membre du Parti communiste soudanais et lauréate du prix « Frontline Defender » en  022. Elle est présidente de l’initiative « Non à l’oppression contre les femmes », un mouvement indépendant qui s’est créé contre la Loi sur l’ordre public établie par le précédent régime islamiste pour opprimer et limiter le rôle des femmes dans tous les aspects de la vie : sociale, économique politique. La loi sur l’ordre public est une loi qui a été appliquée au Soudan depuis 1996 et qui criminalise les comportements personnels en contrôlant notamment la façon dont les femmes agissent et s’habillent en public.
Elle était candidate du Parti communiste soudanais aux élections locales en 2010. En 2010, elle a participé à des conférences de l’Union africaine en Gambie où elle a présenté un rapport contre la loi sur l’ordre public. Elle a également rédigé un rapport sur la question des femmes dans le programme du Parti communiste soudanais en 2015.
Elle est membre du comité de résistance de son quartier.
Par ailleurs, elle est athlète professionnelle, membre de l’Union soudanaise de tir, et médaillée d’or en tir au championnat national depuis plusieurs années.
Amira Othman a été arrêtée et condamnée pour infraction à la loi sur l’ordre public à plusieurs reprises. Elle a été arrêtée pour la première fois en 2002, puis lors de manifestations organisées par le mouvement¿ : « NON à l’oppression des femmes ». En juin 2012 elle a été détenue pendant 52 jours par les forces de sécurité, et torturée. Elle a comparu devant la justice pour infraction à la loi sur l’ordre public en 2013, suite à une plainte portée contre elle par le procureur général. Elle a à nouveau été détenue pendant une période de près de deux mois en 2013. Heureusement, à la suite de la révolution soudanaise de 2018, la loi sur l’ordre public a été abrogée.
Au début de l’année 2022, à cause de ses activités politiques, une trentaine d’hommes armés masqués, en civil et armés de kalachnikovs, ont fait irruption chez elle, terrorisant sa famille et l’emmenant vers une destination inconnue pendant plus de deux semaines.
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Déclaration conjointe de la société civile sur la proposition d’un protocole d’accord de l’UE avec la République arabe d’Égypte et l’État d’Israël

L’Union Européenne (UE) tâche activement de sortir du gaz russe pour cesser de financer l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie. Ceci a abouti à la stratégie RePowerEU et à la prise de contact avec d’anciens et nouveaux fournisseurs de gaz afin d’accroître le flux de gaz venant d’autres pays vers les États membres.
Parmi une longue liste de fournisseurs potentiels de gaz, l’UE a annoncé son intention de signer un Protocole d’Accord (MoU) avec la République arabe d’Égypte et l’État d’Israël.

Nous dénonçons résolument l’hypocrisie de l’UE qui passe du soutien d’un régime répressif à un autre. Renoncer à acheter du gaz russe ne devrait jamais conduire à renforcer la violence, l’apartheid et la répression politique ailleurs.
Nous condamnons avec force la proposition de l’UE d’un Protocole d’Accord avec l’Égypte et Israël. Continuer à lire … « Déclaration conjointe de la société civile sur la proposition d’un protocole d’accord de l’UE avec la République arabe d’Égypte et l’État d’Israël »

29 morts aux frontières européennes : L’accord Espagne-Maroc sur l’immigration tue !

Les tragiques évènements du 24 juin 2022 sur le frontière entre Nador et Melilla au Maroc rappellent, avec violence, l’échec des politiques migratoires sécuritaires. Les 27 morts et les centaines de blessés du côté des migrants comme ceux du côté des forces d’ordre marocaines sont le tragique symbole de politiques européennes d’externalisation des frontières de l’Union européenne (UE), avec la complicité d’un pays du Sud, le Maroc. La mort de ces jeunes africains sur les frontières de la « forteresse européenne » alerte sur la nature mortifère de la coopération sécuritaire en matière d’immigration entre le Maroc et l’Espagne. Continuer à lire … « 29 morts aux frontières européennes : L’accord Espagne-Maroc sur l’immigration tue ! »

Eurafrique : un livre-révélation sur les racines coloniales de l’Union européenne

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Il n’est pas fréquent qu’un livre, aussi sérieux que documenté, constitue en lui-même un « scoop ». Tel est le cas pourtant du livre Eurafrique, écrit par les historiens suédois Peo Hansen et Stefan Jonsson et initialement publié en 2014, dont une traduction française actualisée vient de paraître à La Découverte. Sous-titré « Aux origines coloniales de l’Union européenne », il révèle en effet qu’un fondement essentiel du processus d’intégration européenne, institutionnalisé en mars 1957 par le traité de Rome créant la Communauté économique européenne (CEE), a été la volonté de ses États fondateurs de perpétuer sous une forme renouvelée le contrôle de leurs possessions coloniales, principalement africaines. Les auteurs rappellent ainsi la « une » du Monde du 21 février 1957, bien oubliée, qui titrait « Première étape vers l’Eurafrique » un article annonçant le succès des négociations préliminaires au traité de Rome entre les six dirigeants européens. Continuer à lire … « Eurafrique : un livre-révélation sur les racines coloniales de l’Union européenne »

Des femmes en Côte d’Ivoire ciblées par de la désinformation émanant d’un centre anti-avortement lié aux Etats-Unis

L’avortement serait un « meurtre », même en cas de viol. C’est ce qu’a indiqué une conseillère à un reporter infiltré d’openDemocracy

Un sénateur ivoirien a exprimé son inquiétude vis-à-vis de la présence dans son pays d’un « centre de crise pour la grossesse » lié aux États-Unis, et qui désinforme les femmes et les jeunes filles au sujet de leurs droits sexuels et reproductifs.
Plusieurs mois après la révélation par OpenDemocracy de la présence de tels centres dans 18 pays du monde, d’autres ont été identifiés dans des pays francophones d’Afrique de l’Ouest, tels que le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Togo.

En Côte d’Ivoire, une conseillère du « centre de crise pour la grossesse » dénommé Étoile du Matin, à Abidjan, la plus grande ville du pays, a fourni des informations erronées sur les lois et les faits médicaux concernant l’avortement. La page Facebook dudit centre fait croire qu’il offre des « conseils » aux femmes enceintes, mais openDemocracy a découvert que, face à une jeune femme qui disait envisager un avortement, la conseillère du centre a plutôt fait recours à la désinformation et la manipulation émotionnelle pour l’en dissuader. Continuer à lire … « Des femmes en Côte d’Ivoire ciblées par de la désinformation émanant d’un centre anti-avortement lié aux Etats-Unis »

Crise alimentaire en Afrique

La FAO tire le signal d’alarme sur la crise alimentaire. Les ONG humanitaires, dont OXFAM, indiquent dans une déclaration que c’est « la pire situation en dix ans » et Antonio Guterres, le Secrétaire général de l’ONU, parle d’un « ouragan de famines ».
Dans cette tension mondiale de l’alimentation, l’Afrique reste le continent le plus vulnérable. Si les raisons de cette crise sont multiples, elles ont cependant un point commun, celui des choix politiques qui vont à l’encontre des besoins des populations.
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Résistances africaines à la domination néo-coloniale, Martine Boudet coordinatrice

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L’Afrique regorge de ressources naturelles et dispose de capacités humaines exceptionnelles. Elle cumule pourtant les tragédies alimentaires, sanitaires, environnementales et demeure le continent sur lequel prospèrent les guerres sans fin et les régimes autocratiques souvent installés et toujours soutenus par les anciennes puissances coloniales. Depuis les années 1990, les économistes de la Banque mondiale imputent le sort des Africains à des défaillances internes qu’ils qualifient de ‘mauvaise gouvernance’. En somme, les pays du Continent n’ont pas su prendre le ‘virage’ de la mondialisation et ne peuvent donc en récolter tous les bénéfices. Continuer à lire … « Résistances africaines à la domination néo-coloniale, Martine Boudet coordinatrice »

Présentation par Robi Morder et Irène Paillard du livre de Mohammed Harbi : L’autogestion en Algérie

Avec l’aimable autorisation des editions Syllepse

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Le livre dont Mohammed Harbi nous a confié la publication constitue – comme il nous l’a dit lui-même – des matériaux pour l’histoire de l’autogestion en Algérie. En effet, cette histoire qui avait donné lieu à des travaux et publications pour la plupart au tournant des années 1970 comme le confirme la bibliographie, mérite d’être revisitée à la lumière d’archives, témoignages et documents recueillis ultérieurement [2].

L’autogestion en Algérie a été soit oubliée, hors de milieux militants restreints, soit défigurée, notamment en Algérie, car ceux qui en ont été les promoteurs, les porteurs, ont voulu poursuivre au-delà de l’indépendance une authentique émancipation, ce qui les a opposés à la bureaucratie, à l’armée, à la nouvelle bourgeoisie, qui se sont appropriés pouvoir, prébendes, privilèges. Continuer à lire … « Présentation par Robi Morder et Irène Paillard du livre de Mohammed Harbi : L’autogestion en Algérie »

Algérie. Répression des manifestant-es du Hirak.

L’exercice des libertés fondamentales de réunion pacifique, d’association et d’expression, et la défense des droits humains n’est #PasUnCrime

L’exercice des libertés fondamentales de réunion pacifique, d’association et d’expression, et la défense des droits humains n’est #PasUnCrime

Le jeudi 19 mai
Les autorités algériennes ont mis fin aux manifestations pro-démocratie du « Hirak » dans la majeure partie du pays, il y a de cela un an. Depuis, les poursuites en justice pour accusations terroristes infondées se sont multipliées, des amendements problématiques du Code pénal ont été adoptés, des actions en justice lancées contre des organisations de la société civile et des partis politiques d’opposition, la répression contre les défenseur.es des droits humains et les médias s’est intensifiée, tandis que les autorités continuent d’entraver l’enregistrement et l’activité des syndicats indépendants. Continuer à lire … « Algérie. Répression des manifestant-es du Hirak. »

Femmes et révolution égyptienne – interview de Samaher Alqadi, réalisatrice de « As I Want »

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Samaher Alqadi, réalisatrice palestinienne, assiste au Caire aux violences infligées aux manifestantes de la révolution égyptienne de 2013. Alors qu’une de ses amies subit un viol collectif lors d’une manifestation, elle décide de filmer ses confrontations avec les hommes, et son combat pour les femmes. Elle délivre une lettre d’amour et de courage, à la fois violente et douce. « Si quelque chose a changé pendant la révolution égyptienne, c’est ceci : nous avons commencé à prendre conscience de notre force et de notre pouvoir. » Continuer à lire … « Femmes et révolution égyptienne – interview de Samaher Alqadi, réalisatrice de « As I Want » »

Afrique du Sud. Les effets meurtriers des inondations face à la politique du gouvernement Ramaphosa… qui encourage le charbon et le méthane

(Johannesburg, le 14 avril 2022) Les pluies diluviennes et inondations ont de nouveau ravagé la troisième plus grande ville d’Afrique du Sud, Durban, tuant au moins 300 habitants lundi [actuellement, le nombre de morts est estimé à plus de 400 et 41 000 personnes sont brutalement affectées], obligeant des milliers d’autres à évacuer leurs maisons et empêchant la circulation des personnes et des biens de première nécessité en raison de l’effondrement des routes et des ponts. Dans de nombreuses zones, les ruptures de conduites de distribution d’eau et l’effondrement du système électrique ont laissé les robinets à sec et le courant coupé pendant des jours. Continuer à lire … « Afrique du Sud. Les effets meurtriers des inondations face à la politique du gouvernement Ramaphosa… qui encourage le charbon et le méthane »

Le temps de la clarté (+ Survie : Rwanda, les mercenaires invisibles)

Cette information n’avait jamais été révélée. Ni par les députés de la Mission d’Information Parlementaire de 1998. Ni par les juges saisis depuis 2013 d’une plainte contre Paul Barril, l’ex-gendarme de l’Élysée. Ni par les historiens de la commission Duclert qui ont remis leur rapport il y a tout juste un an, fin mars 2021, en reconnaissant qu’ils avaient manqué de temps pour approfondir ce sujet. Ni par l’exécutif et notamment le président Macron, qui lors de son voyage à Kigali fin mai 2021 a nié toute complicité française dans le génocide des Tutsis.

Le fait que le mercenaire Paul Barril ait grenouillé au Rwanda était déjà public en 1994. Mais c’est en 2018 que l’association Survie a révélé que l’autre célèbre mercenaire de la République, Bob Denard, y est aussi intervenu, sous pseudo. Fin mars 2022, Survie a publié des notes inédites de la DGSE qui démontrent que ces deux chefs d’équipes se sont coordonnés pour organiser depuis Paris des opérations médiatiques et militaires en soutien au gouvernement génocidaire, même après l’embargo décrété par l’ONU en mai 1994. Et ce, vraisemblablement en lien avec les plus hautes sphères de l’État français, qui au minimum en étaient parfaitement informées. Ainsi, le 9 mai 1994 Barril a été autorisé à faire escale avec son équipe sur la base militaire aérienne d’Istres. Continuer à lire … « Le temps de la clarté (+ Survie : Rwanda, les mercenaires invisibles) »

« Le pouvoir au peuple » : la construction démocratique dans la révolution soudanaise

Durant tous ces derniers mois, un débat important a traversé le mouvement révolutionnaire soudanais. Comment ne pas reproduire les erreurs de la révolution de 2018, où la mobilisation populaire a finalement été récupérée par les partis politiques qui, en s’alliant avec les militaires, ont avorté la dynamique révolutionnaire ?

Depuis le coup d’Etat du 25 octobre 2021, la révolution a pris un tournant plus radical : cette fois, les partis politiques et les syndicats, discrédités, ne sont plus les acteurs principaux de la révolution. Ce sont les comités de résistance, assemblées d’habitant-e-s de quartiers qui se coordonnent au niveau des arrondissements, puis des villes, pour organiser la mobilisation. Cette forme inédite d’auto-organisation populaire organise ainsi le processus révolutionnaire par la base, de manière horizontale et sous forme de démocratie directe (voir notre article sur les comités de résistance).

Les comités de résistance ont été extrêmement efficaces pour organiser la lutte sur le terrain. Mais comme ils n’ont pas de programme politique pré-établi, cela leur a valu les critiques des élites politiques et des puissances internationales qui ne les considèrent pas comme des acteurs politiques sérieux.

Pour empêcher que la révolution soit à nouveau récupérée par la classe politique, la coordination des comités de résistance du Grand Khartoum a publié en février la « Charte Révolutionnaire pour le Pouvoir du Peuple ». Les comités de résistance proposent ainsi de (re)construire l’État soudanais de manière révolutionnaire, avec un pouvoir qui parte du bas vers le haut, en laissant le maximum d’autonomie et de pouvoir au niveau local. Une approche politique rendue crédible par le fait que les révolutionnaires soudanais-e-s la mettent déjà en place sur le terrain.

Retour sur les débats qui ont marqué, au cours des derniers mois, ce processus exceptionnel de construction par la base d’un futur État révolutionnaire, démocratique, fédéraliste, et représentant les intérêts du peuple soudanais. Continuer à lire … « « Le pouvoir au peuple » : la construction démocratique dans la révolution soudanaise »

Mémoires et Histoire

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Un essai historique intitulé « Algérie 1962 » donne une impression de déjà lu, déjà connu. Et on aurait tort. Le sous titre, « Une histoire populaire », indique une manière inédite dans la manière d’aborder cette année de l’indépendance de l’Algérie, de la décolonisation. Malika Rahal veut rendre compte de la variété des expériences vécues par les populations. Au-delà ou en deçà de la chronologie, accords d’Evian, les crises, les conflits politiques à l’intérieur du FLN comme la « défaite des Messalistes », elle veut faire partager « le souffle de la révolution », le sentiment individuel et collectif de libération. Une révolution vécue dans la violence, celle de l’OAS mais aussi celle du FLN, violence inhérente à tout changement fondamental. Des expériences nouvelles naîtront. Pour faire face au départ des administrateurs coloniaux, des formes d’auto organisation se mettront en place. L’espace lui-même change par l’ouverture des camps de concentrations, des prisons, des retours d’exils pour renouer des liens et servir la République algérienne. Temps de ruptures et travail de mémoire nécessaire pour penser l’indépendance et la faire vivre. Continuer à lire … « Mémoires et Histoire »