« Une désobéissance civile face au gouvernement fasciste, sans Palestiniens ? » (et autre texte)

Le chaos déclenché par le gouvernement d’extrême droite israélien [voir l’article publié sur ce site le 30 décembre 2022] a remis à l’ordre du jour un concept oublié dans le lexique public : la désobéissance civile. Ces dernières semaines, avant même l’investiture du nouveau gouvernement, des militant·e·s et des leaders de l’opposition ont appelé à des manifestations de masse, des grèves et d’autres formes d’agitation.

Deux de ces leaders sont Ehud Barak [ministre israélien de la Défense de juin 2007 à mars 2013] et Yair Golan [ministre de l’Economie 2021-2022] – tous deux généraux de l’armée à la retraite, des personnes qui ont passé une grande partie de leur vie sous l’uniforme militaire – nous encouragent maintenant à descendre dans la rue et à désobéir au régime. Alors que pour Ehud Barak, la menace de désobéissance civile reste vague et dépourvue de plan d’action, Yair Golan en avance un déjà plus clair: fermeture des commerces et des services, blocage des routes, etc.

Bien sûr, on peut se demander où un homme [de 2020 à 2022, Golan était membre du Meretz] dont le parti a été rayé de la carte politique lors des dernières élections va trouver les troupes pour cette désobéissance civile, et s’il peut saisir non seulement le concept de « civil », mais aussi celui de « désobéissance ». Continuer à lire … « « Une désobéissance civile face au gouvernement fasciste, sans Palestiniens ? » (et autre texte) »

Comment les mères du Kazakhstan ont formé un mouvement de protestation – et ce qu’elles veulent

Les mères affirment avoir été les premières à descendre dans la rue lors des manifestations de janvier, les plus importantes et les plus violentes de l’histoire post-soviétique du pays.

C’est le soir à Nur-Sultan, la capitale du Kazakhstan, et une longue file de femmes et d’enfants se tient devant un complexe résidentiel d’élite. Ils attendent que les portes vitrées d’un bureau s’ouvrent. Le bureau est inhabituel. Il n’a pas de meubles mais contient un assortiment de trottinettes, de bicyclettes et de jouets pour enfants. Une douzaine de machines à coudre tapissent les murs.

« C’est notre centre d’adaptation et de resocialisation pour les familles nombreuses », me dit la militante Botagoz Shynykulova en déverrouillant la porte. « Nous ne l’avons ouvert que récemment ». Continuer à lire … « Comment les mères du Kazakhstan ont formé un mouvement de protestation – et ce qu’elles veulent »

Iran – Soutien au soulèvement « Femme, Vie, Liberté » – Non aux exécutions capitales !

Depuis le meurtre de Jina-Mahsa Amini le 16 septembre dernier par la police des mœurs, un soulèvement populaire inédit par son ampleur, sa profondeur et sa durée fait trembler la République Islamique d’Iran. En moins de 48h, le mot d’ordre « Femme, Vie, Liberté » s’est propagé dans tout le pays, puis dans le monde entier.

La lutte pour la chute de la République Islamique est engagée
Rapidement d’autres slogans ont fleuri : « Mort au dictateur », « Mort à l’oppresseur, que ce soit le Chah ou le Guide suprême », « Pain, Travail, Liberté », « Pauvreté, corruption, vie chère, nous irons jusqu’au renversement ».

Ce mouvement de contestation radical rassemble des femmes, des jeunes, les minorités nationales, des travailleuses et travailleurs avec ou sans emploi, dans un rejet total de ce régime théocratique, misogyne et totalement corrompu. Le soulèvement s’ancre dans la durée et touche plus de 160 villes petites et grandes. Avec plus de 50% de la population sous le seuil de pauvreté et l’absence de droits démocratiques et sociaux élémentaires, c’est l’ensemble du système que les peuples d’Iran veulent renverser.

Les appels à la grève se multiplient, notamment parmi les enseignant·es des universités, les salarié·es de la pétrochimie, des aciéries d’Ispahan, des transports en commun de Téhéran et de sa banlieue, des chauffeurs routiers… Les grévistes subissent licenciements, arrestations et tortures. Continuer à lire … « Iran – Soutien au soulèvement « Femme, Vie, Liberté » – Non aux exécutions capitales ! »

Les réponses de la gauche japonaise à la guerre russo-ukrainienne

En mai dernier, 28 intellectuels allemands ont publié une lettre ouverte dans la revue féministe Emma, appelant le chancelier Gerhard Scholz à s’abstenir d’envoyer des armes lourdes en Ukraine et à aider à négocier un cessez-le-feu dans la guerre russo-ukrainienne. La lettre exprimait des convictions anti-guerre chères aux anciens progressistes allemands, invoquant la « responsabilité historique » de l’Allemagne pour aider à mettre fin à la guerre, compte tenu de son propre héritage de militarisme et de génocide au 20e siècle. La lettre a provoqué un débat animé sur son apparente hypothèse de « tort partagé » selon laquelle les Ukrainiens et les Russes partagent la responsabilité de mettre fin à la guerre. Pendant ce temps, des progressistes allemands plus jeunes, comme la ministre des affaires étrangères Annalena Baerbock, ont continué à soutenir les livraisons d’armes lourdes à l’Ukraine.

Un débat similaire mais beaucoup moins connu s’est également déroulé parmi les progressistes au Japon, où la guerre russo-ukrainienne est suivie avec anxiété. J’examinerai ici trois réponses publiques divergentes de la gauche japonaise à cette guerre : celle d’un groupe d’« historiens japonais préoccupés », celle du Parti communiste japonais et celle de la « 60e Assemblée internationale contre la guerre » trotskiste. Je m’interroge également sur l’autorité morale de ces réponses pour un public japonais ébranlé par la guerre. Continuer à lire … « Les réponses de la gauche japonaise à la guerre russo-ukrainienne »

Contre la répression, pour la résistance – Iran – Appel à manifester partout en Europe le 21 janvier

Paris – 14h – Place des fêtes – Roja Paris

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« Ils peuvent couper toutes les fleurs,
ils n’empêcheront jamais le printemps » Pablo Neruda

La République islamique d’Iran est née par la violence : celle qui s’est abattue sur les luttes des femmes et des minorités sexuelles et de genre, comme sur la mobilisation contre le hijab obligatoire dès mars 1979 – la légitimité historique de ce premier acte a été rappelée ces dernières années avec la mobilisation des « filles de la rue de la révolution » et plus récemment encore avec l’insurrection suite au meurtre de Jina (Mahsa) Amini – ; la violence du jihad contre les minorités nationales non perses ; la répression sanglante des mouvements d’autodétermination et des minorités religieuses et non religieuses ; la violence de la répression des classes populaires, entraînant la dissolution des conseils autonomes dans le monde du travail et à l’échelle des quartiers. Ce régime a posé ses fondations en éliminant physiquement les opposant.es lors de la décennie noire (années 1980) – à l’ombre de la guerre Iran-Irak – et s’est finalement stabilisé avec l’exécution de milliers de prisonnier.e.s révolutionnaires lors de l’été 1988. La contre-révolution islamique a pris le dessus sur la révolution progressiste de 1979. Depuis, l’existence de la République islamique dépend de la constante répression physique et idéologique. Récemment, le guide A. Khamenei a brandi la menace des massacres de masse, en écho à celui des années 1980. Mais cette fois-ci c’est le régime qui craint de disparaître. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a montré que ce régime est mort dans l’esprit des habitant.es de ce territoire. Il a aussi montré que l’intimidation, qui a jusque-là permis la survie du régime, ne suffit plus. Nasrin Qaderi, étudiante kurde devenue martyre par une balle reçue à Téhéran, a écrit dans son dernier message sur Internet : « N’essayez pas de nous faire craindre la mort ! Nous la connaissons, nous avons déjà vécue ! ». Le mouvement « Jin, Jiyan, Azadi » a inscrit la lutte contre les ennemis de la vie au cœur-même des existences, comme le montre le slogan « les martyrs ne meurent jamais ». Continuer à lire … « Contre la répression, pour la résistance – Iran – Appel à manifester partout en Europe le 21 janvier »

Colonisation israélienne, entreprises européennes, droits palestiniens

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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La politique israélienne vis-à-vis du territoire et du peuple palestinien fait régulièrement l’objet de condamnations internationales. Cela n’empêche pourtant pas de nombreux États et entreprises, en particulier en Europe, d’entretenir des relations économiques étroites avec l’État d’Israël et ses colonies de peuplement illégales.

Depuis plus de septante-quatre ans de colonisation sioniste-israélienne de la Palestine, le peuple palestinien subit une Nakba continue, faite de dépossession, de fragmentation, de persécution et de nettoyage ethnique. La ségrégation, l’occupation militaire prolongée, l’apartheid, les violations systématiques et généralisées des droits humains, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité sont autant de manifestations clés du projet d’Israël, un État intrinsèquement militarisé qui pratique un colonialisme de peuplement. C’est ainsi que le peuple palestinien s’est vu refuser le droit à l’autodétermination qui englobe naturellement le droit au retour des réfugié·es palestinien·nes. Continuer à lire … « Colonisation israélienne, entreprises européennes, droits palestiniens »

95% des Afghan.e.s souffrent de la faim, tandis que le Canada, après avoir envahi et dévasté leur pays bloque toujours l’aide

Alors que l’Afghanistan s’efforce à gérer ses multiples crises sociales et économiques résultant de décennies de guerre et des sanctions occidentales qui ont suivi, le gouvernement canadien empêche toujours les organismes de bienfaisance de livrer des envois de nourriture et d’aide médicale indispensables à la population souffrante.

Plus tôt en 2022, l’administration américaine a saisi $7 milliards à la banque centrale afghane, privant Kaboul des fonds dont elle a besoin pour gérer un nombre de crises urgentes de l’approvisionnement alimentaire et des soins de santé.

Le 15 mars, les Nations Unies a rapporté :
« Le pourcentage stupéfiant de 95% des Afghan.e.s ne mangent pas à leur faim, ce chiffre passant à près de 100% dans les foyers dirigés par une femme… [Le coordinateur humanitaire] a brossé un tableau des salles d’hôpital remplies d’enfants souffrant de malnutrition, dont beaucoup pèsent à âge d’un an ce qu’un enfant de six mois pèserait dans un pays développé, avec certain.e.s « si faibles qu’ils et elles sont incapables de bouger » ».
Continuer à lire … « 95% des Afghan.e.s souffrent de la faim, tandis que le Canada, après avoir envahi et dévasté leur pays bloque toujours l’aide »

Mandat d’arrêt international et nouvelle audience contre Pinar Selek

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Le 21 juin 2022, l’agence de presse publique turque a annoncé l’annulation par la Cour Suprême de Turquie du quatrième acquittement de Pinar Selek, prononcé le 19 décembre 2014 par le Tribunal criminel d’Istanbul. Auparavant, Pinar Selek avait effectivement comparu au cours de trois procédures criminelles, qui ont toutes constaté son innocence, au long des 25 années de persécution politico-judiciaire qu’elle continue à subir. Après l’avoir emprisonnée et torturée pour ses recherches sociologiques sur les Kurdes, le pouvoir turc a décidé de faire d’elle une « terroriste » en fabriquant de toutes pièces les éléments voulus pour démontrer contre toute évidence la survenance d’un attentat, alors que tout a établi que l’explosion du Marché aux épices d’Istanbul de 1998 a été provoquée accidentellement. Continuer à lire … « Mandat d’arrêt international et nouvelle audience contre Pinar Selek »

Charte Femme, Vie, Liberté

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La révolution des femmes en Iran a annoncé la fin du régime islamique et de ses discriminations, de sa misogynie et de ses violations du droit humain à la vie.

Le courage et la beauté de la lutte de la jeunesse et de tous les membres de la société ont inspiré le monde entier. De vastes rassemblements en dehors de l’Iran ont montré une solidarité sans précédent.

C’est la fin du régime islamique et le début d’un nouvel Iran. Un Iran marqué du sceau « femme, vie, liberté ».

Nous, les soussignés, annonçons la Charte Femme, Vie, Liberté.

Nous demandons le renversement du régime islamique et la création d’une société libre, égalitaire, prospère et laïque. Une société où tous les êtres humains jouissent d’une liberté et d’une égalité totales. Une société où il n’y a pas de discrimination, de censure et de répression.

Nos principales revendications sont les suivantes : Continuer à lire … « Charte Femme, Vie, Liberté »

« La crise économique alimente les protestations et participe à nourrir le débat sur le renversement du gouvernement »

[Divers reportages confirment les mesures répressives prises par le pouvoir d’Ali Khamenei et le gouvernement d’Ebrahim Raïssi contre les médecins soignant des blessé·e·s frappés ou atteints par des balles tirées par les bassidjis. En outre, la description des « procès » aboutissant à des peines de mort relève des pires caricatures : pas d’avocat choisi par les accusés, les témoins à charge aux mains du pouvoir, le silence quasi total imposé aux accusés, les peines qui tombent plus vite que la procédure n’a été préparée. Toutefois, cette répression n’a pu mettre fin aux diverses formes de mobilisation qui sont aussi nourries par la crise socio-économique. Réd. A l’Encontre]

***

Comme le coût du loyer ne cessait d’augmenter à Téhéran, le programmeur de logiciels et sa femme savaient qu’il était temps de partir. Alors, comme beaucoup d’autres jeunes couples, ils ont fait leurs valises à la fin de 2020 et ont déménagé dans une ville à l’extérieur de la capitale.

Le loyer y était moins cher, mais les logements étaient mal construits en raison du développement rapide de cette région. Il n’y avait pas d’écoles ou de terrains de jeux à proximité. Même les services les plus élémentaires étaient à distance. Continuer à lire … « « La crise économique alimente les protestations et participe à nourrir le débat sur le renversement du gouvernement » »

« A propos de la mythologie ayant trait à la “période moderne” du shah. Sur la question de l’unité avec la droite. Et la lutte continue »

[Malgré la censure et les blocages d’Internet, des informations circulent tous les jours sur la répression exercée par les pouvoirs de la République islamique d’Iran. Le mardi 7 janvier, deux jeunes gens – Mohammad Mehdi Karami et Mohammad Hosseini – ont été pendus suite à l’accusation d’avoir tué un milicien paramilitaire en novembre 2022. Le 8 janvier, la peine de mort a été prononcée contre deux autres jeunes hommes, Mohammad Ghebadlou et Mohammad Boroughani. Selon les médias iraniens, la Cour suprême a confirmé la peine capitale contre une quinzaine de personnes pour « atteinte à la sécurité nationale » et « attaque armée ». Le pouvoir mise sur la répression, prenant appui entre autres sur les bassidjis (voir l’article publié le 28 décembre sur ce site). Néanmoins, la mobilisation continue dans l’ensemble du pays, sous des modalités diverses. Elle suscite des tensions relatives au sein de la caste dominante, comme le relève Yassamine Mather dans l’article publié ci-dessous. L’auteure, sensible à la présence des courants royalistes dans une partie de la diaspora, démine les mythes de la période du shah à propos du « statut des femmes » et interroge, à sa manière, le thème du front unique entre droite et gauche dans le combat pour le renversement du régime de la République islamique et de la dynamique qui s’enclencherait. – Réd.A l’Encontre]

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Plus de cent jours après le début des protestations de masse, les manifestations et les rassemblements mettant en question la République islamique d’Iran et le règne des ayatollahs ne semblent pas vouloir s’arrêter.

La répression, les condamnations à mort et les menaces de longs emprisonnements n’ont pas réussi jusqu’à présent à ramener « les choses à la normale ». Des manifestations ont lieu dans tout le pays le 40e jour suite à la mort de chaque manifestant tué par les forces de sécurité. On constate également une nouvelle dynamique dans les revendications des travailleurs, certaines portant sur des salaires impayés, mais beaucoup sur les inégalités, la pauvreté et la haine de la corruption. Continuer à lire … « « A propos de la mythologie ayant trait à la “période moderne” du shah. Sur la question de l’unité avec la droite. Et la lutte continue » »

Jusqu’où ira le sixième gouvernement Netanyahu ? Qui l’arrêtera ?

Le gouvernement le plus à droite de toute l’histoire de l’État d’Israël
Pour la cinquième fois en moins de quatre ans, les Israélien·nes ont à nouveau voté le 1er novembre 2022. Le verdict des urnes a rendu possible le retour au poste de premier ministre, pour la sixième fois, de Benyamin Netanyahu, malgré sa triple inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance. Son parti, le Likoud, a en effet obtenu le plus grand nombre de sièges (32 sur 120) et s’est allié avec les partis ultra-orthodoxes Shas (11 sièges) et Judaïsme unifié de la Torah (7 sièges) ainsi qu’avec trois partis de la droite sioniste religieuse la plus extrême (Force juiveSionisme religieux et Noam) qui avaient présenté une liste commune dénommée Parti sioniste religieux lors de ces élections et obtenu 14 sièges. Ainsi, fort d’une majorité absolue de 64 sièges, Netanyahu vient de former le gouvernement le plus à droite et le plus religieux de toute l’histoire de l’État d’Israël. Ce succès va sans doute lui permettre d’échapper, au moins pour un temps, à des condamnations judiciaires. Continuer à lire … « Jusqu’où ira le sixième gouvernement Netanyahu ? Qui l’arrêtera ? »

Suprémacistes, antipalestiniens, le nouveau gouvernement Nétanyahou est le plus à droite de l’histoire d’Israël

Ce jeudi 29 décembre, Benjamin Nétanyahou a soumis sa coalition gouvernementale à la Knesset (parlement israélien) et a prêté serment. Si l’approbation de cette coalition par 63 députés sur 120 peut s’apparenter à une formalité pour Nétanyahou, sorti vainqueur des élections législatives israéliennes de novembre, les deux mois ayant précédé ont tout de même révélé un climat de défiance vis à vis du chef du Likoud, multiplement inculpé pour corruption. 

La coalition gouvernementale présentée par Nétanyahou, et désormais approuvée, constitue le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Les personnalités formant le gouvernement interpellent par leurs prises de position et leur appartenance à des groupes d’extrême-droite, ultraorthodoxes et suprémacistes israéliens. C’est notamment le cas d’Itamar Ben Gvir, condamné pour incitation à la haine, qui se voit confier le contrôle de la police en tant que Ministère de la Sécurité publique. De même, Bezalel Smotrich s’est vu confier le ministère des Finances et aura toute autorité sur l’administration des colonies afin de favoriser le projet expansionniste israélien, et de limiter les allers et venues des Palestiniens en Cisjordanie. Les ultraorthodoxes ont également obtenu, notamment via la personne d’Aryeh Deri, le contrôle de l’Intérieur et de la Santé, malgré les condamnations pour fraude fiscale de ce dernier. Continuer à lire … « Suprémacistes, antipalestiniens, le nouveau gouvernement Nétanyahou est le plus à droite de l’histoire d’Israël »

Impérialisme(s), Russie, Chine – Une mise en contexte historique versée au débat

A première vue, les trajectoires de la Russie et de la Chine au cours des XXe et XXIe siècles semblent fort similaires : de la révolution à la réintégration dans le marché mondial capitaliste au risque de (re)devenir des pays dominés, suivi d’un rebond conduisant à l’affirmation de deux nouveaux impérialismes. A y regarder de plus près, ces trajectoires s’avèrent aussi par plus d’un aspect irréductiblement spécifiques.

Une comparaison « en contexte » permet d’aborder un large éventail de questions politiques, conceptuelles et historiques que cet article ne fait qu’esquisser, sachant que chaque élément d’analyse avancé ici est discutable. Ces « pistes de réflexion » visent avant tout à alimenter les débats sur les mises à jour qu’impose le bouleversement en cours de la situation mondiale : que garder, reformuler, introduire, écarter ?

La réponse à ces questions dépend pour une part du courant de pensée auquel nous avons appartenu, mais nous sommes toutes et tous confrontés à la même exigence : faire le point. Le dialogue entre traditions militantes est à la fois nécessaire et possible. Un exemple : la Chine de Mao était, en ce qui me concerne, une société de transition non capitaliste (ce qui ne veut pas dire socialiste) ; pour d’autres, elle était un capitalisme d’Etat – mais pas un impérialisme. Nous sommes d’accord pour juger qu’elle l’est devenue et les divergences passées ne doivent pas nous empêcher de travailler ensemble à l’analyse de la formation sociale chinoise et à nous positionner ensemble sur ce qu’est un engagement internationaliste dans le monde présent. Il en va de même avec des courants et des militant.es « tiermondistes » ou issu.es du maoïsme pour qui la Chine n’est plus rouge – telle Kavita Krishnan en Inde, qui a rompu avec le PCML-Libération (elle était membre de son bureau politique). Continuer à lire … « Impérialisme(s), Russie, Chine – Une mise en contexte historique versée au débat »

Israël. Le gouvernement d’extrême droite affirme la radicalisation des tendances déjà à l’œuvre

Une poussée concertée pour accélérer l’annexion de la Cisjordanie, dirigée par un colon messianique [Bezalel Smotrich]. Encore plus d’immunité pour les soldats israéliens qui agressent ou tuent des Palestiniens. Le refus de services médicaux aux personnes LGBTQ. Une Cour suprême malmenée. Un retour en politique pour les terroristes juifs précédemment interdits.

Toutes ces propositions politiques ont été diffusées dans les médias israéliens au cours des dernières semaines, alors que la nouvelle coalition du Premier ministre Benyamin Netanyahou, issue d’intenses négociations et qui a prêté serment jeudi 29 décembre, se mettait en place. Suivant la trajectoire de ces dernières décennies, le nouveau gouvernement est le plus à droite du pays, à ce jour, donnant à Netanyahou un cabinet relativement homogène sur le plan idéologique, tout en accordant un pouvoir sans précédent à des personnalités extrémistes qui, jusqu’à récemment, étaient perçues comme destinées à rester en marge de la vie politique.

Il reste à voir quelle marge de manœuvre Netanyahou et le Likoud donneront à leurs partenaires juniors de coalition pour faire passer toute l’étendue de leur vision fondamentaliste du pays [sur les 33 ministres, dont 30 avec portefeuille, 14 sont ouvertement d’extrême droite]. Mais la faiblesse du Premier ministre de retour au gouvernement face à la menace permanente de procès [entre autres pour corruption], ainsi que le pouvoir et les postes qu’il a déjà confiés aux membres du Parti sioniste religieux [Bezalel Smotrich], d’Otzma Yehudit [Itamar Ben-Gvir] et de Noam [Avi Maoz] d’extrême droite, sont de mauvais augure. L’insistance de Benyamin Netanyahou auprès de la population sur le fait qu’il ne permettra pas aux extrémistes religieux de son gouvernement de se déchaîner – en se présentant, selon la tradition bien connue de l’extrême droite israélienne, comme un rempart contre ceux qui sont encore plus à droite – est démentie par la complaisance dont il a fait preuve tout au long des négociations de ces dernières semaines.

Maintenant que le nouveau gouvernement a prêté serment, voici un récapitulatif de certaines des politiques, propositions et nouveaux pouvoirs les plus dangereux de la nouvelle coalition. Continuer à lire … « Israël. Le gouvernement d’extrême droite affirme la radicalisation des tendances déjà à l’œuvre »

En Iran, « les femmes sont à l’avant-garde du mouvement social »

Entretien réalisé le 22 novembre 2022 avec Sahar Salahshoor, cinéaste iranienne, co-autrice du programme de « Femmes d’Iran, devant et derrière la caméra », en 2021 pour le mois du film documentaire.

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Quel rôle a joué la mobilisation des femmes dès le début du soulèvement contre le régime de la république islamique ? Quel est le lien avec les revendications exprimées précédemment par les femmes ?

Les mobilisations de femmes pour défendre l’égalité homme-femmes et la place des femmes dans la société en Iran ont existé avant l’arrivée du régime des mollahs en 1979. Elles ont abouti au droit de vote des femmes en 1969 (avant la Suisse !), et ont porté sur le droit des femmes pour la demande de divorce et la garde des enfants. Mais le cadre général de la société restait patriarcal et dominé par la religion. Les femmes ne pouvaient voyager et sortir du pays sans autorisation de leur mari.

Les débuts de la république islamique ont été marqués par une grande mobilisation de 6 jours des femmes en réaction aux déclarations menaçantes de Khomeiny à la veille de la journée internationale des femmes du 6 mars 1979.

Une partie des femmes avaient espéré que le changement politique auquel elles avaient participé allait améliorer le statut des femmes… Cette large mobilisation, durement réprimée, a été la plus importante au cours des 44 dernières années. Elle n’a pas été soutenue par une partie des forces de gauche qui pensait qu’elle menaçait la jeune révolution, anti-impérialiste. Continuer à lire … « En Iran, « les femmes sont à l’avant-garde du mouvement social » »

« Les bassidjis utilisés par le pouvoir comme rempart contre les manifestations »

Lorsque Mohammed Zareh Mowaydi, membre des Gardiens de la révolution, a été tué en affrontant des manifestant·e·s iraniens le mois dernier, l’armée a diffusé des images de son corps, avec un clerc qui brandissait la main droite du mort – marquée par des années de travail comme agriculteur. « Montrez la paume de vos mains », a crié le religieux, s’adressant aux participants aux protestations. « Vous, qui prétendez libérer notre peuple, vos paumes sont-elles aussi couvertes de callosités ? »

Zareh Mowaydi faisait partie des milliers de fervents partisans de la République islamique sur lesquels le gouvernement compte pour mettre fin à un mouvement de protestation qui dure depuis plus de trois mois. Qu’il s’agisse du Corps des gardiens de la révolution islamique (GRI), ou de milices moins officielles, ces loyalistes ont réprimé les manifestant·e·s dans les rues, défendu les valeurs de la République islamique et, dans certains cas, sont morts pour elles. Continuer à lire … « « Les bassidjis utilisés par le pouvoir comme rempart contre les manifestations » »

Comment ce gouvernement va transformer ses détracteurs juifs en dissidents

La transformation des israéliens de gauche en dissidents nous rappelle que personne n’est à l’abri des tentatives visant à transformer les « mauvais » juifs en ennemis.

La plupart des Juifs israéliens de gauche ne se considèrent généralement pas comme des dissidents politiques et n’ont probablement jamais aspiré à un tel statut. Malgré les louanges généreuses qu’ils reçoivent pour leur courage, les juifs de gauche israéliens ont la possibilité de s’exprimer sans subir les conséquences auxquelles sont confrontés les Palestiniens, sans parler des militants d’autres États non démocratiques. Les Juifs de gauche ont très souvent eu le privilège d’être des adversaires de la droite, plutôt que ses ennemis.

Mais tout cela semble pouvoir changer, et bien plus rapidement que ne le prévoyaient les plus grands pessimistes de mon camp. Au cours du mois dernier, depuis qu’Itamar Ben Gvir a été nommé ministre présumé de la sécurité nationale, que Bezalel Smotrich a reçu le pouvoir de régenter la vie quotidienne de millions de Palestiniens dans les territoires occupés et qu’Avi Maoz a reçu le pouvoir de mettre en œuvre son programme homophobe dans les programmes scolaires, les changements ont été palpables pour les critiques juifs de l’État et de son occupation. Le gouvernement n’a pas encore été formé, mais la direction dans laquelle le vent souffle est claire pour tout le monde. Continuer à lire … « Comment ce gouvernement va transformer ses détracteurs juifs en dissidents »

La place des adolescent·e·s et des jeunes dans le soulèvement. Les raisons sous-jacentes

Cet article est basé sur la contribution de Hamidreza Vasheghanifarahani, activiste et chercheur en droits de l’enfant,dans le cadre du teach-out en ligne « Solidarité avec le soulèvement Femmes, Vie, Liberté en Iran » le 7 décembre 2022, organisé par le Cambridge University and College Union (UCU), le Cambridge University Students Union, le Cambridgeshire NEU (National Education Union), le Cambridge and District TUC et MENA Solidarity Network. 

Pour de nombreux observateurs, la participation des adolescent·e·s à la « révolution de Mahsa Jina Amini » a été une surprise. Cependant, je pense qu’un examen plus approfondi du contexte iranien et de la vie politique quotidienne d’un jeune montre que cette participation est en fait au cœur du soulèvement, par sa nature même. Au cours des trois derniers mois, parallèlement à l’observation et à l’analyse des différentes formes de participation des adolescents, j’ai eu des discussions avec de nombreux jeunes et enseignant·e·s pour en savoir plus. Plus précisément, j’ai essayé de formuler une réponse à ces deux questions : pourquoi ces jeunes sont si désireux de participer à cette révolution ? Comment se situent-ils par rapport à cette révolution et à ses principales revendications : « Femme, Vie, Liberté » ?

Dans ce court écrit, je partage certaines de ces observations et les préoccupations dont certains des adolescent·e·s m’ont fait part. Continuer à lire … « La place des adolescent·e·s et des jeunes dans le soulèvement. Les raisons sous-jacentes »

Le soulèvement est entré dans une perspective de révolution

  • Peyman Jafari : « Le soulèvement est entré dans une perspective de révolution »
  • Najmeh Bozorgmehr : Les pendaisons publiques signalent l’intransigeance des autorités après des mois de manifestations
  • Arrestation d’une célèbre actrice de cinéma et militante des droits des femmes
  • Union syndicale Solidaires : Soutien à la lutte des peuples d’Iran !
  • Appel à manifester pour la nuit de Yalda, mercredi 21 décembre, 18h


« Le soulèvement est entré dans une perspective de révolution »

Aujourd’hui, c’est le troisième des trois jours de protestations et de grèves annoncés en Iran [5, 6 et 7 décembre]. Ce n’est pas une coïncidence si c’est aujourd’hui le dernier jour, car en Iran, aujourd’hui, c’est la « Journée des étudiants », qui rappelle les événements de 1953, lorsque le 7 décembre les étudiant·e·s de l’Université de Téhéran ont protesté contre la visite du vice-président Nixon et la reprise des relations avec la Grande-Bretagne. Quatre mois plus tôt, les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient orchestré un coup d’Etat en Iran contre le Premier ministre Mossadegh [du 21 juillet 1952 au 19 août 1953], qui voulait nationaliser l’industrie pétrolière. Continuer à lire … « Le soulèvement est entré dans une perspective de révolution »