Nous, enseignants-chercheurs de Turquie, nous ne serons pas complices de ce crime !

Le réseau des universitaires et chercheurs pour la paix, mis en place en Turquie en 2012, produit des rapports sur les processus de paix dans le monde et les négociations en Turquie. Depuis la rupture du processus de paix en 2015 et la montée de la violence, le réseau demande le cessez-le-feu et la reprise des négociations. Une initiative qui appelle au soutien de tous les universitaires et chercheurs du monde entier. Continuer à lire … « Nous, enseignants-chercheurs de Turquie, nous ne serons pas complices de ce crime ! »

Turquie : d’où vient la terreur ?

Erdogan a gagné et avec lui la droite islamo-conservatrice la plus traditionaliste et masculiniste. Le 1er novembre dernier, un peu plus de 49% des électeurs turcs ont choisi le parti de ce que les commentateurs appellent la « stabilité ». Continuer à lire … « Turquie : d’où vient la terreur ? »

Urgent Call from Women in Turkey – Help Us Prevent Massacre!

Last week Silopi, a city close to the Iraqi and Syrian borders of Turkey, was placed under siege by the Turkish military. Many civilians were wounded and killed with no accountability whatsoever, neighbourhoods were set on fire by the police and military. A delegation organized by the Women’s Freedom Assembly was on its way to Silopi in order to investigate what happened there last week and stand with the women and peoples of Silopi who are under attack. Upon hearing the troublesome news coming from Silvan – a town in the Diyarbakır province, however, this delegation changed its route, deciding to go to Silvan instead, and to stay in Silvan if necessary. This decision was made because we have seen what happens when entry into a town is forbidden by the military. We witnessed the results of this kind of isolation in Silopi last week, in Varto on Sunday, and today the same is happening in Silvan. Whenever towns are closed down, the Kurdish people living there are left face to face with the threat of massacre. The 15-person delegation of the Women’s Freedom Assembly is in Silvan today in order to prevent this from happening again. This delegation includes activists from various parts of the women’s movement, journalists and members of parliament. Continuer à lire … « Urgent Call from Women in Turkey – Help Us Prevent Massacre! »

Sur les routes que vous avez traversées, nous existions autrefois

evenementon131-cea2d« Témoigner, dire « J’ai vu, j’ai entendu, j’ai vécu » est une responsabilité. C’est avec responsabilité que j’écris aujourd’hui ».

Pinar Selek nous propose un petit livre qui raconte la prise de conscience, « J’étais prisonnière de l’image altérée… » dans un environnement de négation, de déni du génocide des arménien-ne-s. D’un devoir scolaire à une voisine, de la terreur de la dictature militaire à la prison, du silence à la parole, « Heureuse celle qui se dit… »

Madame Talin, une cicatrice, « Et ce n’est pas seulement le génocide vieux d’un siècle que j’y vis, mais l’anéantissement accablant notre présent », les « rebuts de l’épée », les stambouliotes, celles et ceux qui portent en eux « un peu des Balkans, un peu de Caucase et un peu d’Anatolie », Istanbul et la disparition des noms grecs ou arméniens des rues, les dissimulations, Nisan Amca, la critique de la gauche, « même les mouvements de gauche s’étaient habitués au déni du génocide », Agos (Le sillon)…

L’horreur, comment écrire après les massacres, « L’horreur peut rendre la poésie impossible. Ta bouche se tord d’effroi, ton cri se fige, ta langue se pétrifie. Les mots deviennent insignifiants. Reste le silence. Même les oiseaux peuvent avaler leur chant »…

Les arménien-ne-s islamisé-e-s de force, « Où sont les Arméniens ? ». Etre Arménien-ne en Turquie, c’est être réduit-e au silence, devenir invisible pour être toléré-e, « déambuler sans révolte sur des avenues baptisées des noms des gouvernants responsables du génocide »…

S’opposer au pouvoir « ne fait pas de vous de facto un défenseur des libertés », les rapports sociaux dans les mouvements contestataires, Hrant Dink, un homme assassiné et « pour la première fois dans l’histoire turque, les gens se rassemblaient pour un Arménien »…

Les identités, « nous avions adopté l’identité turque dominante », nous défaire de nos identités préconçues, les imaginaires nationaux, « La spécificité du régime répressif turc est inhérente à la définition constitutionnelle de la citoyenneté républicaine. Le monisme prévaut dans tous les domaines, celui de l’ethnicité, des modes de vie et des tenues vestimentaires, des relations entre les sexes. Quiconque s’écarte des normes établies est immédiatement perçu comme menaçant, voire ennemi », aujourd’hui la Turquie « qui m’a chassée » et « celle qui m’attend à l’embarcadère »

L’ouvrage d’une écrivaine, d’une féministe, d’une chercheuse, d’une courageuse qui se dit « Je ne peux mentir, j’ai porté cette armure », affronte le passé et le présent. « La passivité face à ce crime est globale. Et en les abandonnant,nous devenons complices ». Oui, il est nécessaire de franchir les lignes rouges…

Un blog à consulter : http://www.pinarselek.fr/

De l’auteure : Loin de chez moi… mais jusqu’où ? : analyser-les-blessures-de-la-societe-pour-etre-capable-de-les-guerir/

Sur l’auteure : Jules Falquet : Préface au livre de Pinar SELEK : Devenir homme en rampant : jules-falquet-2013-preface-au-livre-de-pinar-selek-devenir-homme-en-rampant-paris-lharmattan/

En complément possible :

Jean Batou : Cent ans après… Les enjeux de la reconnaissance du génocide arméniencent-ans-apres-les-enjeux-de-la-reconnaissance-du-genocide-armenien/

Ahmet Insel, Michel Marian : Dialogue sur le tabou arménien : lun-dit-genocide-lautre-pas/

Pinar Selek : Parce qu’ils sont arméniens

Traduit du turc par Ali Terzioglu

Liana Levi, Paris 2015, 96 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

Cent ans après… Les enjeux de la reconnaissance du génocide arménien

Le 24 avril 2015 marque le 100e anniversaire du début du génocide arménien. Face au déni de l’État turc, les historiens ont mené une bataille pour faire triompher une vérité aujourd’hui indiscutable : la destruction des Arméniens d’Anatolie a été conçue, planifiée et exécutée méthodiquement. Cet article tente de cerner les causes de ce génocide et les enjeux actuels de sa reconnaissance.

 

Le 22 août 1939, Hitler confiait aux chefs de ses armées qu’il entendait semer la mort parmi les populations civiles polonaises, avant d’ajouter : « Après tout, qui parle aujourd’hui de l’anéantissement des Arméniens ? ».

En effet, après les procès intentés par Istanbul aux principaux responsables des politiques d’extermination, dans l’immédiat après-guerre, en 1919-1922, sous pression des puissances victorieuses, le génocide arménien est vite tombé dans l’oubli. Depuis la fondation de la Turquie kémaliste, en 1923, la version officielle d’Ankara n’a en effet pas varié : les Arméniens sont tombés victimes des rigueurs de la guerre, d’épidémies fatales et d’actes de violence isolés. L’Etat ottoman n’aurait donc eu aucune responsabilité dans cette hécatombe.

La mécanique du génocide

Dès l’été 1914, avant même l’entrée en guerre de la Turquie, le 26 septembre, de nombreux témoins estiment que les Arméniens d’Anatolie sont menacés d’anéantissement par le gouvernement jeune-turc du Comité union et progrès (CUP), au pouvoir depuis 1908. La mobilisation générale marque en effet le début d’une surveillance généralisée de cette minorité, soupçonnée de sympathies pour l’Empire des tsars, tandis que ses villages sont soumis à une oppression de plus en plus brutale : taxation arbitraire, confiscations, perquisitions, saisies d’armes, notamment celles des organisations révolutionnaires. Dans les zones frontières avec la Russie, des unités spéciales, composées de réfugiés musulmans des Guerres balkaniques (1912-13) et de repris de justice, mis en place par le CUP et soumis aux ordres de l’armée, se lancent dans une première vague de massacres et de déportations sélectives des Arméniens, accusés de collaborer avec l’ennemi.

La défaite de Sarikamis (N-E de l’Anatolie) contre les armées du tsar (fin 1914 – début 1915) pousse ensuite à une radicalisation extrême de ces politiques, les Arméniens étant considérés comme un obstacle majeur à la résistance commune des populations musulmanes d’origine turque contre l’expansion russe. C’est dans ce contexte, qu’en mars 1915, le CUP prend la décision d’organiser la déportation et l’anéantissement de la totalité de la population arménienne d’Anatolie. Les gouverneurs locaux vont recevoir du ministère de l’Intérieur un ordre chiffré ordonnant la déportation des civils, tandis que la direction du parti leur communique oralement la consigne d’exécuter sommairement les hommes qui ne sont pas enrôlés dans l’armée. De leur côté, les soldats arméniens sont désarmés et assassinés, tout comme les hommes plus jeunes ou plus âgés engagés dans les bataillons du travail (terrassiers, porteurs, etc.).

Il est impossible de dénombrer les victimes, forcées de creuser leurs tombes avant d’être abattues aux abords immédiats de leur village, ou embarquées sur la mer Noire pour y être noyées. La déportation systématique commence en revanche en mai-juin 1915, dans les provinces orientales, suivie par celle des provinces centrales et occidentales. Des centaines de milliers d’Arméniens, rescapés des massacres in situ, sont ainsi contraints à une longue marche vers le sud : ceux qui ne sont pas tués en chemin par les gendarmes ou des populations hostiles, encouragées à piller leurs maigres biens, ou qui ne meurent pas d’épuisement ou de faim, sont regroupés dans des camps de concentration dans la région d’Alep, avant d’être repoussés vers le désert où une mort certaine les attend. Compte tenu des survivants en exil, des convertis de force et des rescapés, l’estimation du nombre total de morts oscille entre 0,5 et 1,5 million (0,8 million selon le ministre de l’Intérieur de l’immédiat après-guerre), sur une population totale de quelque 2,1 millions d’individus.

La rationalité du génocide

Du point de vue de l’Etat ottoman, le génocide arménien répond donc à une volonté désespérée de sauver par tous les moyens une entité politique « turque » face aux plans de partition de l’Empire, que la Russie et les puissances occidentales envisagent de plus en plus ouvertement. Après les indépendances nationales grecque (1830), bulgare, serbe, monténégrine, roumaine (1878) et albanaise (1912), ce sont les territoires arabes qui menacent de faire sécession, sans doute sous la tutelle coloniale européenne. Quelques années plus tard, au lendemain de la révolution d’Octobre, les puissances victorieuses vont même tenter de se partager territoires et zones d’influence en Anatolie, appuyant subsidiairement une Arménie, voire un Kurdistan, partiellement indépendants. Dans une telle hypothèse, l’Empire pourrait se voir réduit à un Etat croupion turc, au centre-nord de l’Anatolie.

Confronté à ces périls, le CUP envisage la possibilité d’une expansion compensatoire vers l’Est, nourrie par un projet panturc ou panislamique, en direction du Caucase, de l’Azerbaïdjan, du nord de l’Iran et de l’Irak. Et c’est avec cet espoir, qu’il décide d’entrer en guerre, en septembre 1914, aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Ce projet sera cependant rapidement frustré par les défaites de l’armée ottomane contre la Russie, dès le début de la Première guerre mondiale. C’est alors, dans ces conditions particulières, qu’une bataille à mort s’engage pour le contrôle de l’Anatolie orientale, que le gouvernement d’Istanbul va mener notamment en déportant les populations arméniennes chrétiennes, au profit de grands propriétaires et de colons musulmans. Dès le printemps 1915, comme nous l’avons vu, cette politique sera généralisée à toute l’Anatolie, débouchant sur un véritable génocide.

Les raisons d’une amnésie

En 1918, l’Empire a perdu 85 % de sa population et 75 % de son territoire de 1878. Le nouveau gouvernement ottoman, dominé désormais par des éléments hostiles au CUP, compte cependant éviter la partition des territoires encore sous son contrôle en acceptant de poursuivre, de juger et de condamner les responsables du génocide arménien. Dès juin 1919, après l’occupation d’Istanbul par les Français, les Anglais et les Italiens, puis celle d’Izmir par les Grecs, Mustafa Kemal regroupe les forces nationalistes au centre de l’Anatolie, rassemblant autour de lui une bonne partie des militants jeunes-turcs, après la dissolution de leur parti en 1918. Il établit ainsi un second pouvoir à Ankara, qui ne se distancie pas immédiatement des poursuites judiciaires engagées par Istanbul contre les dirigeants du CUP, ordonnateurs directs du génocide.

Ensemble, pendant une brève période, Istanbul et Ankara acceptent donc de poursuivre les chefs unionistes et les responsables gouvernementaux, pour autant que seuls les personnes directement impliquées dans la planification et l’exécution des massacres soient jugés (la grande majorité des militants du CUP ne sont donc pas concernés), qu’ils aient à répondre devant une juridiction nationale, et que l’intégrité territoriale de l’Anatolie ne soit pas remise en cause. Mustafa Kemal va alors jusqu’à reconnaître le chiffre, articulé par Istanbul, de 800 000 Arméniens tués, attribuant toutefois cet anéantissement de masse à des cercles gouvernementaux très restreints.

Dans ce contexte, la priorité donnée par les puissances européennes victorieuses aux objectifs coloniaux du Traité de Sèvres (août 1920), qui prévoit la partition de l’Empire Ottoman (y compris de l’Anatolie), justifie aux yeux de larges secteurs populaires la phase offensive de la guerre d’indépendance turque, conduite par Mustafa Kemal contre les forces grecques, dès le début de l’année 1921, avec le soutien de la jeune Union soviétique. Ceci d’autant plus, que les principaux leaders européens justifient le partage de l’Anatolie par une volonté de « punir » les Turcs. Entre-temps, la résistance d’Ankara s’est aussi radicalisée politiquement, déclarant ouvertement son adhésion à un projet républicain. Ceci va l’amener à promouvoir par le haut, de façon accélérée, sous le feu de l’ennemi, les bases d’un nationalisme turc, jusqu’ici balbutiant, qui fait certes référence à des appartenances plus vastes – l’islam, l’ottomanisme, le panturkisme -, mais se définit désormais par rapport à un territoire arbitrairement délimité par les circonstances, l’Anatolie, qui va devenir la Turquie.

C’est dans ces conditions particulières que le kémalisme va abandonner très vite ses déclarations initiales en faveur du jugement des responsables du génocide ou des droits des minorités chrétiennes. La victoire finale de ses troupes, à l’automne 1922, ouvre au contraire la voie à une attitude négationniste durable du nouvel Etat par rapport à la destruction des Arméniens d’Anatolie. En effet, la république se définit dès lors comme un Etat homogène sur les plans religieux, national et social. Elle est l’expression de la seule nation turque, en réalité majoritaire (les Kurdes sont présentés comme les « Turcs des montagnes »), « représentée » par son parti unique. Ses ressortissants appartiennent à la seule religion musulmane, même si les manifestations sociales de celle-ci sont désormais strictement codifiées par le pouvoir. Enfin, ses citoyens ne connaissent aucune division de classe, ce qui permet à sa nouvelle bourgeoisie d’Etat, épaulée par l’armée, d’interdire la formation de syndicats et de partis ouvriers indépendants.

Reconnaître le génocide arménien : un enjeu actuel

Comme l’a montré le politologue Benedict Anderson, les nations sont toujours des « communautés imaginées ». Celle des Turcs anatoliens l’a été en temps de guerre, dans le cadre de l’effondrement d’un vieil empire multinational, sous la menace d’un projet de partition colonial particulièrement cynique, prétendument justifié, du moins en partie, par la « réparation » du génocide arménien. Depuis les années 1990, avec l’implosion de l’URSS, et plus récemment, avec l’effondrement des Etats syrien et irakien voisins, la Turquie se confronte à une sérieuse crise d’identité. C’est pourquoi, la reconnaissance du génocide arménien, comme celle des droits nationaux du peuple kurde, sont d’une importance cruciale pour permettre à la société de ce pays de développer un ordre démocratique fondé sur l’exercice des droits populaires, permettant par là aussi l’expression des revendications et des aspirations de classe des travailleurs.

Pour les gauches internationales, l’exigence de la reconnaissance du génocide arménien est inséparable de la défense intransigeante des libertés démocratiques en Turquie, face à un Etat toujours tenté par des méthodes autoritaires. Elle suppose en même temps le soutien inconditionnel des droits nationaux du peuple kurde, comme des droits politiques et syndicaux des masses laborieuses de l’ensemble du pays. De telles exigences devraient aussi aller de pair avec la dénonciation des visées impérialistes des vainqueurs de la Première guerre mondiale, qui portent une responsabilité indirecte dans la commission du génocide arménien. En même temps, le règlement socialiste de « la question d’Orient » (nom donné par les chancelleries occidentales du 19e siècle à leurs rivalités coloniales) est aujourd’hui inconcevable sans le triomphe des aspirations démocratiques et sociales des peuples de l’ancien Empire ottoman, de la Syrie à la Palestine, du Bahreïn au Yémen, de l’Egypte à la Tunisie.

C’est pour cela que les gauches et les mouvements populaires internationaux doivent soutenir sans réserve les mobilisations révolutionnaires des peuples du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, qui ne disposent d’aucun autre allié face aux forces de la contre-révolution : les impérialismes US, européens et russe, les Etats iranien et turc, l’Arabie Saoudite et les autres pétromonarchies, l’islam politique réactionnaire et le jihadisme meurtrier. Pour cela, il leur faut abandonner une lecture des conflits réduite à la confrontation d’Etats et de camps pour partir avant tout des contradictions sociales fondamentales qui les alimentent, et des forces populaires qui, en combattant les différentes formes d’oppression, œuvrent véritablement à leur émancipation. Comme le disait Rosa Luxemburg, en octobre 1896, dans un article en défense d’un point de vue socialiste indépendant sur les luttes nationales en Turquie :

« Ce n’est pas un hasard si, dans les questions abordées ici, des considérations pratiques ont conduit aux mêmes conclusions que nos principes généraux. Car les objectifs et les principes de la social-démocratie dérivent du véritable développement social et se fondent sur lui ; ainsi, dans les processus historiques, il doit, dans une large mesure, apparaître que les événements apportent finalement de l’eau au moulin social-démocrate et que nous pouvons nous occuper de nos intérêts immédiats du mieux possible, tout en conservant une position de principe. Un regard plus approfondi sur les événements, rend donc toujours superflu à nos yeux le fait que des diplomates interviennent dans les causes des grands mouvements populaires et de chercher les moyens de combattre ces mêmes diplomates par d’autres diplomates. Ce qui n’est qu’une politique de café du commerce.1 »

Jean Batou

L’original de cet article a été publié en espagnol sur le site vientosur.info

publié sur le site ContreTemps :

http://www.contretemps.eu/interventions/cent-ans-après…-les-enjeux-reconnaissance-génocide-arménien

1 Rosa Luxemburg, « Social-démocratie et luttes nationales en Turquie », octobre 1896 [en ligne].

19 décembre : verdict du procès de Pinar Selek

Conférence de presse

Le 16 Décembre 2014 par Collectif de solidarité avec Pinar Selek

19 décembre : verdict du procès de Pinar Selek

La 15ème Cour Pénale d’Istanbul rendra son verdict dans le procès de Pinar Selek ce vendredi 19 décembre 2014. Pinar sera finalement acquittée ou à nouveau condamnée comme le réclame cette fois encore le procureur.

Malgré le peu de temps écoulé depuis la dernière audience, la mobilisation a grandi. Une délégation plus nombreuse que jamais part de France et les réseaux sociaux se mobilisent. Des rassemblements et des concerts de solidarité sont organisés à Strasbourg, Nantes, Lyon et bien sûr en Turquie. De nombreux parlementaires ont publiés des déclarations de soutien. Des élus et des universitaires se joignent à la délégation. Des artistes écrivent pièces de théâtre et chansons…

La ville de Lyon, où Pinar vit et travaille depuis cinq mois, est également fortement mobilisée : cinq lyonnais.e.s feront partie de la délégation qui se rend à Istanbul le 19 décembre. Le même jour à Lyon, Pinar Selek sera accueillie en mairie par Nathalie Perrin-Gilbert, maire du premier arrondissement. Le collectif lyonnais de solidarité avec Pinar Selek et toutes les personnes qui souhaiteront l’entourer en cette journée difficile, seront présents à ses côtés de 11h à 18h. A l’issue du procès, Pinar Selek donnera une

Conférence de presse à 17h
Salle des Mariages
Mairie du premier arrondissement de Lyon
2 place Sathonay 69001 Lyon

Pinar Selek n’est pas seule ! Pinar Selek est libre et le restera !
Collectif de solidarité avec Pinar Selek en France — pinarselek.fr
Contact Lyon : Camille — 06 05 52 75 82 — comitepinarseleklyon@free.fr

———————————-

Communiqué de la Marche Mondiale des Femmes

Le 16 Décembre 2014 par Marche Mondiale des Femmes

Pinar Selek est innocente
Une seule solution : l’acquittement !

Un nouveau procès de Pinar Selek aura lieu à Istanbul le 19 décembre prochain.

Une fois de plus, et après 4 procès dont 3 acquittements, sans preuves nouvelles et sans tenir compte de celles qui parlent en faveur de son innocence, le procureur demande l’emprisonnement à perpétuité.

Sa tactique est de jouer le harcèlement, comptant sur la lassitude de Pinar et de ses soutiens.
Il ne faut pas y compter !

De nouveau, les avocats plaideront l’ensemble du dossier et demanderont l’acquittement.
De nouveau, une délégation internationale sera présente pour les soutenir.

16 ans d’acharnement judiciaire souvent grotesque, il faut que ça cesse enfin !

Soutenons Pinar Selek dans sa lutte pour que justice lui soit rendue !

Une fidélité qui surmonte l’oubli et colore le présent d’un rêve de justice

2« Aller de la poétique à la politique, retourner aux mots les plus simples et aux gestes ordinaires d’une société humaine, suggère aux chercheurs d’apprivoiser la langue des poètes, pour parler des événements du monde et révéler leur trace dans les imaginaires démocratiques »

La langue des poètes et des poétesses, les couleurs arc-en-ciel des mots plutôt que le jargon pseudo savant, sans que cela interdise la précision du sens, le sens de la politique…

« Il fallait revenir à Istanbul, retourner à Taksim, revoir le jardin sauvé de la destruction, arpenter la ville comme si souvent dans le passé sans savoir où on allait, avec la certitude que c’était chaque fois un voyage ».

Un temps de dignité

« Le Gezi Parki est un lieu de liberté au quotidien et un concentré d’imaginaire, politique par sa position de spectateur en surplomb de la place, historique par son rappel de la ville ottomane faite de jardins et de maisons aujourd’hui disparus, social par sa vocation à la sociabilité et à la mémoire ».

Occupation, liberté revendiquée, invention de l’avenir, expérience de l’autonomie. « L’occupation de Gezi Parki débute, et avec elle le commencement d’un mouvement aux configurations indistinctes, mais doté d’une dynamique que personne ou presque n’a imaginée, traversé d’une conviction sans faille, celle d’une liberté revendiquée dans l’invention de l’avenir. »

Vincent Duclert propose une analyse des événements. Il insiste particulièrement sur l’autonomie des participant-e-s et relie ces mobilisations à l’histoire de la Turquie. « Dans les plis de Gezi se réparent les mémoires, s’élèvent les identités multiples qui font vivre les peuples. Ils peuvent regarder leur passé sans honte ni peur, dans la vérité qui tisse les paix futures. Ni le génocide des Arméniens, ni l’écrasement des Kurdes, ni la persécution des Alévis ne sont tabous au Gezi. Les cœurs et les mémoires s’entrouvrent. La peur au quotidien a disparu ».

Dans la seconde partie du livre, l’auteur donne des « Tableaux d’une liberté vécue », petits paragraphes descriptifs ou analytiques, images du temps d’une « commune libre », place des citoyen-ne-s, photos intimes ou murs au soleil, solidarité construite, vivre ensemble, promesse de l’aube et temps des possibles… La beauté d’Istanbul…

Vincent Duclert revient dans la dernière partie, sur « Une résistance au long court », sur la place des intellectuel-le-s dissident-e-s, sur les solidarités. Je regrette, mais ce n’était pas l’objet du livre, le silence sur les luttes ouvrières, féministes, kurdes…

Ces textes sont complétés de photos « Occupy Gezi. Images d’un site », http://occupygezipics.tumblr.com/

Un petit livre chaleureux et un regard plein d’espoir sur ce moment de résistance à Istanbul.

En complément possible :

Vincent Duclert : Occupy Gezi

Un récit de résistance à Istambul

Demopolis, Paris 2014, 120 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

Nous, les femmes, serons à Taksim, Istanbul le 8 Mars !

En tant que femmes de Turquie, tous les 8 Mars depuis 11 ans, nous nous élevons contre le patriarcat, la violence masculine, le sexisme, l’hétérosexisme, le capitalisme, le militarisme et la guerre lors d’une marche de nuit.

Depuis le 8 Mars précédant, nous avons traversé une année de violences croissantes contre les femmes.

Tous les jours nous arrivent des nouvelles de meurtres des femmes. En Turquie 3 femmes sont assassinées par jour. Les meurtriers et les violeurs restent impunis. L’État s’efforce d’empêcher les divorces au lieu de s’attaquer à la violence masculine.

L’AKP, le parti au pouvoir, qui s’avère le seul détenteur des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire,  nous a récemment privées, de facto, de notre droit a l’avortement ; les hôpitaux publics nous rejettent. L’accès aux méthodes de contraception a été limité. Le gouvernement n’hésite pas à tout faire afin de contrôler le corps des femmes. Il prépare des lois qui visent à nous condamner à une vie de travail temporaire et précaire. Quant au nombre des refuges pour femmes et des centres de consultation, ils sont  si peu nombreux que c’est négligeable en Turquie. Le Ministère de la Famille et des Politiques Sociales, institué après avoir dissous le Ministère des Femmes, transforme les refuges pour femmes et les centres de consultation en des « centres protégeant la famille », condamnant ainsi les femmes à s’enfermer dans la famille.

Nous avons résisté aux politiques sexistes d’État, en tant que femmes dans les rues, pendant la Résistance du Parc Gezi qui a eu lieu à Taksim ces derniers mois. En résistant, nous avons directement subi la violence et le harcèlement policiers.

Les femmes ont déjà été confrontées à la violence policière lors des célébrations du 8 mars à Beyazit en 2005. La République Turque avait été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme en raison de cette agression policière.

Aujourd’hui, la place de Taksim, où les femmes ont mené leur lutte, où elles continuent à exister avec le slogan « on ne quitte pas les nuits, ni les rues » malgré la violence policière et les barrières que l’on érige devant nous, est sous le blocus policier.

Dans les rues où depuis 11 ans nous nous battons pour l’émancipation des femmes, le 8 mars de cette année, nous faisons face à la menace de subir la violence et le harcèlement policiers et leur gaz poivré.

Devant les pressions croissantes contre les femmes, nous ne renonçons pas au combat, à notre révolte contre la domination masculine!

Nous, en tant que féministes, marcherons  ce 8 mars, la nuit vers Taksim, comme nous le faisons  depuis 11 ans.

Le gouvernement d’AKP, qui n’arrête pas d’agresser tous les domaines de nos vies, veut s’emparer de la route sur laquelle nous marchons. Malgré l’AKP et toutes ses interdictions, nous nous retrouverons de nouveau à Taksim et élèverons notre voix.

Nous appelons toutes les femmes du monde entier à élever la voix et agir en solidarité pour l’émancipation des femmes et contre la violence policière, même si elles ne peuvent pas être présentes avec nous à Taksim ce jour-là. Nous allons dépasser les barricades policières ensemble !

Nous n’avons pas peur que le père vienne, que le mari vienne, que le policier vienne, que la matraque vienne ! Obstinons-nous dans la révolte, obstinons-nous dans la révolte, obstinons-nous pour la liberté !

Le Collectif Féministe d’Istanbul

Publié sur le site de Christine Delphy

http://delphysyllepse.wordpress.com/

Jules Falquet, 2013. Préface au livre de Pinar SELEK, Devenir homme en rampant, Paris, l’Harmattan.

Avec l’aimable autorisation de la préfacière et des Editions l’Harmattan (copyright Editions l’Harmattan 2014)

Au-delà des larmes des hommes 

Le service militaire ou la production sociale d’une classe de sexe dominante 

Ecrit dans un style volontairement direct et vivant pour être largement accessible, ce tout premier travail sociologique sur le service militaire en Turquie, réalisé par Pınar Selek, a connu un succès considérable. Déjà ré-édité plus d’une demi-douzaine de fois en turc, le voici désormais disponible en français, grâce à la traduction particulièrement attentive d’Ali Terzioğlu. L’interrogation première de Pınar Selek, suite aux menaces proférées par l’instigateur présumé du meurtre de Hrant Dink1, contre le romancier Orhan Pamuk et l’ensemble des écrivain-e-s et intellectuel-le-s du pays, au moment où il sortait du tribunal, était simple : qu’est-ce qui transforme au fil des années un innocent enfant en un adulte assassin ? La construction sociale de la violence, son lien avec la “virilité” et le service militaire — mais aussi de manière plus générale la (re)production de sociétés autoritaires et hiérarchiques et l’organisation de l’oppression des femmes — se trouvent au cœur de Devenir un homme en rampant.

On découvrira dans les pages qui suivent un ensemble de témoignages passionnants, auxquels il était jusqu’ici difficile d’accéder en dehors de quelques reportages journalistiques dont la généralisation était problématique. Mais si les récits, livrés parfois presque bruts, s’avèrent finalement en quelque sorte “attendus”, c’est la démonstration de Pınar Selek qui est complexe. D’un côté, elle expose la faiblesse des hommes, même les plus virils des soldats : c’est bien en acceptant de ramper durant leur service militaire qu’ils sont devenus des « hommes ». De l’autre côté, même si elle montre les larmes des hommes dans l’armée, elle ne perd jamais de vue qu’ils restent dominants dans la société. A l’heure où se développent des discours masculinistes sur les hommes comme “victimes de la domination masculine”, Pınar Selek nous permet de penser plus loin. Dans la ligne des travaux sur les hommes comme dominants, elle nous invite ici à une profonde analyse des liens entre la construction sociale des hommes et la production structurelle du pouvoir masculin et de la hiérarchie sociale.

Après avoir resitué l’ouvrage dans la riche histoire des analyses féministes du militarisme, j’en montrerai trois niveaux de lecture possible. On suivra d’abord la piste du service militaire comme mécanisme clé de la socialisation masculine. Cependant, en faisant apparaître certaines dissonances dans ce que l’on suppose généralement être la masculinité, la lecture attentive des témoignages amène à se demander si l’objectif central du service militaire est bien l’inculcation individuelle de la virilité. Je proposerai ensuite d’analyser le rôle de la brutalité et des humiliations dans le service militaire, haut lieu d’apprentissage de la violence. Mais sont-ce les traumatismes qui en résultent qui transforment les jeunes hommes en brutes bien malgré eux ? Outre qu’elle est victimiste, on verra que cette analyse ne permet pas d’expliquer pourquoi la violence n’explose que dans des circonstances bien précises : toujours des “supérieurs” vers les “inférieur-e-s”. Pour finir, on suivra Pınar Selek dans sa réflexion structurelle sur le service militaire comme apprentissage et légitimation de la hiérarchie et comme mécanisme-clé de la production sociale d’un groupe dominant.

Généalogies féministes internationales pour une

analyse du service militaire turc

Un siècle de critiques de la guerre et du militarisme

Le livre de Pınar Selek se rattache à une longue histoire de luttes et d’analyses féministes sur les questions de guerre, de paix et de militarisme. Dès le début du XXème siècle, différentes femmes ont été parmi les opposant-e-s les plus tenaces à la guerre. Ainsi, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté2, fondée en plein conflit, en 1915, a donné ses bases à la SDN. La même année, incarcérée pour avoir exhorté les prolétaires allemands à refuser de se faire tuer pour les intérêts de la bourgeoisie, Rosa Luxembourg analysait implacablement la trahison de la social-démocratie et l’alternative nue : le socialisme ou l’impérialisme, c’est-à-dire la guerre et la barbarie3.

Au fil du siècle, des femmes ont été au premier rang des plus diverses actions pacifistes, antimilitaristes et contre les guerres. Les chercheuses ont donc beaucoup travaillé sur les modalités de leur participation à ces mouvements et les raisons de leur engagement — comme mères ou épouses de soldats, premières touchées par les exactions armées, ou encore dans une perspective résolument féministe. Le dernier livre de la sociologue britannique Cynthia Cockburn4, qui retrace les luttes des différents groupes des “Femmes en noir pour la paix” dans le monde, en est une des meilleures illustrations.

D’autres ont étudié plutôt la militarisation idéologique et matérielle de la société et ses effets d’une part sur les femmes, d’autre part sur les rapports sociaux de sexe, comme la sociologue française Andrée Michel5. Son analyse du complexe “bureaucratico-financiaro-médiatico-militaro-industriel” dévoile comment un “petit club de vieux messieurs blancs et riches” impose ses intérêts à l’ensemble de la société française. Un ensemble d’institutions et de pratiques extrêmement ramifiées, visant tout particulièrement les classes moyennes et les femmes, leur permettent de gagner la société aux valeurs militaristes. Surtout, Andrée Michel montre que le militarisme implique une augmentation des violences économiques, politiques et sociales contre les femmes, tant au Sud qu’au Nord. En effet, il implique d’abord un certain type de développement économique —priorité aux budgets militaires sur les budgets sociaux, organisation taylorisée du travail industriel, soumission du secteur civil au secteur militaire. Les guerres quant à elles aggravent les violences contre les femmes (précarisation par le veuvage, viol, déplacement forcé…). Enfin, la simple présence de bases militaires dans une région amène avec elle toutes sortes de conséquences négatives, depuis l’inflation des prix locaux jusqu’à l’insécurité, en passant par le développement d’une forte demande de prostitution dans des conditions générale très défavorables pour les femmes6.

Dans une perspective encore différente, la politologue états-unienne Cynthia Enloe7 a analysé comment le militarisme informait en profondeur la construction des normes de genre, et réciproquement l’importance du système de genre dominant pour comprendre l’organisation des relations internationales. Elle a observé notamment la gestion par les états-majors de la sexualité et des relations des soldats, mais aussi l’installation insidieuse du militarisme dans la vie quotidienne, depuis la consommation de pâtes alimentaires en forme de chars jusqu’à la mode des vêtements militaires, en passant par la promotion de certain-e-s artistes pour soutenir l’effort de guerre ou tisser des alliances internationales.

Il y a plus inconnu que le soldat inconnu,

c’est le service militaire

Le mouvement féministe semble s’être moins intéressé à l’institution militaire en tant que telle. Certes, l’on trouve des travaux sur les femmes dans les luttes armées révolutionnaires — où elles finissent généralement par être admises malgré mille difficultés, pour “faire masse” contre des armées gouvernementales extrêmement puissantes. Des républicaines espagnoles aux guérillères marxistes centraméricaines, en passant par les partisanes nationalistes kurdes, tigréennes, algériennes ou vietnamiennes (etc.), la littérature est aujourd’hui abondante. J’ai moi-même consacré une bonne part de mes recherches à ce thème8. Leurs idéaux progressistes affirmés conduisent la plupart des organisations révolutionnaires à tenter de réduire les inégalités entre femmes et hommes dans leurs rangs, notamment dans l’accès aux armes et aux responsabilités politiques. Cependant, un examen attentif montre que les femmes sont généralement préférées en cuisine que lourdement armées, et à des positions subalternes plutôt qu’aux réunions qui définissent les orientations révolutionnaires. De plus, même si elles marquent profondément celles et ceux qui y ont participé, les organisations révolutionnaires n’exercent que rarement une influence durable sur l’ensemble de la société, à la différence des grandes institutions étatiques comme l’armée ou la police.

Il existe relativement peu de travaux féministes centrés sur l’armée et la police. Ils sont généralement produits dans des pays qui ont entamé une progressive incorporation des femmes dans ces institutions, pour analyser les effets de cette ouverture. En France, signalons surtout une récente recherche de Geneviève Pruvost sur les femmes policières9, et l’enquête pionnière d’Anne-Marie Devreux10 sur les appelé-e-s du contingent. Ces travaux posent deux questions centrales : l’instauration de la mixité dans la police ou dans l’armée change-t-elle en profondeur, d’une part ces institutions, d’autre part les femmes et les hommes qui les composent ? Par exemple, les femmes deviennent-elles plus « viriles » en ayant accès aux armes, la camaraderie virile en souffre-t-elle ? Les femmes peuvent-elles contribuer à un “adoucissement”, à une “civil-isation” de la police ou de l’armée ? Leur participation peut-elle modifier les stéréotypes sexués ou conférer aux femmes un plus grand pouvoir (empowerment), peut-on y voir une quelconque avancée vers l’égalité des sexes ? Ou ne s’agit-il que d’une manière de relégitimer ces institutions, en renforçant le “rempart (féminin) des classes moyennes” analysé par Andrée Michel ? Mes propres observations m’ont amenée à penser que tant que la logique même de la division sexuelle du travail (militaire comme civil) n’était pas modifiée, et surtout, tant que la raison d’être de ces institutions ne serait pas interrogée, on n’avancerait pas d’un pouce vers l’égalité des sexes11.

La toute première enquête sociologique sur le service militaire en Turquie

Apportant sa pierre à l’édifice, Pınar Selek s’attaque ici à une institution centrale de la société turque. On sait que depuis les années 20, l’armée a joué un rôle déterminant dans la construction de l’Etat-Nation turc moderne. Son rôle s’est encore renforcé depuis le coup d’Etat et avec le développement de la guerre contre les révolutionnaires communistes et/puis les populations kurdes. L’institution militaire est extrêmement présente dans la vie quotidienne et le service militaire, rigoureusement obligatoire pour les hommes, est particulièrement valorisé12. L’incorporation fait généralement l’objet d’impressionnantes réjouissances familiales, voire du village tout entier, dont les multiples témoignages du livre donnent un aperçu très vivant. Avoir accompli son service est d’ailleurs pratiquement indispensable aux hommes pour accéder ensuite au mariage et à la vie professionnelle. Pourtant, le service militaire turc n’avait jamais fait l’objet d’une étude sociologique.

À travers 58 entretiens menés avec des hommes de différents âges et milieux socio-géographiques, Devenir un homme en rampant s’inscrit dans une démarche d’histoire orale qui vise, plus qu’à cerner objectivement ce qui se passe durant le service militaire, à saisir les souvenirs qu’il a laissé aux anciennes recrues et les discours qui l’accompagnent. Avec ce travail, Pınar Selek nous entraîne à la suite des Mehmetçik13 dans une expérience saisissante et totale. Premier arrachement au milieu familial pour beaucoup, première et parfois dernière occasion de sortir de leur village — ou à l’inverse pour les citadins de connaître des régions rurales éloignées —, le service militaire implique un véritable brassage ethnique et de classe et un tourbillon de nouveautés pour les jeunes gens. Après un moment de liesse ou tout au moins d’excitation sur le chemin, l’entrée dans les casernes marque le début de trois mois de classes particulièrement intenses et brutales. À l’issue de ces classes, les jeunes recrues prêtent serment et reçoivent une arme au cours d’une cérémonie solennelle à laquelle, souvent, assiste fièrement leur famille. Il leur reste alors 7, 9 ou 15 mois de service à réaliser, au cours desquels ils peuvent être envoyés sur un véritable front de guerre (dans l’Est, au Kurdistan, tout particulièrement), courant alors un risque très réel de se faire tuer ou d’avoir l’obligation de tuer. Cependant, en montant en grade ou tout simplement en tant qu’“aînés”, la plupart des soldats s’installent peu à peu dans une routine dans laquelle ils parviennent à échapper aux pires brimades et corvées.

Un “point de vue situé” féministe

Devenir un homme en rampant donne accès, sans fards et de l’intérieur, à une institution mythifiée, entourée de mystère et de silences. Cette plongée de l’autre côté du miroir est particulièrement intéressante pour les lectrices — à qui en tant que femmes, ces expériences sont soigneusement dissimulées ou présentées sous une forme édulcorée. Il n’est pas anodin que l’ouvrage ait été réalisé par une sociologue, mais surtout par une chercheuse féministe. De fait, beaucoup se sont laissées décourager par la difficulté d’accéder en tant que femme à une parole honnête ou libre des enquêtés sur cet “entre-soi” masculin par excellence. Pour sa part, si elle a recueilli elle-même un tiers des entretiens, Pınar Selek s’est aussi appuyée pour les autres sur deux amis ayant eux-mêmes effectué leur service militaire. De plus, elle souligne qu’il lui a été difficile d’analyser seule l’énorme quantité de matériel recueilli : sa volonté d’empathie se mêlait à la lassitude devant la banalité répétitive des récits, mais aussi à des sentiments de distance, de rejet parfois. C’est grâce à un travail collectif qu’elle a réussi à trouver la “bonne distance” pour donner à voir un ensemble d’éléments que beaucoup d’autres n’avaient pas observés, sur lesquels ils avaient préféré jeter un voile pudique, ou qu’ils taisaient délibérément pour préserver certains secrets entre dominants — comme affirma l’avoir fait Maurice Godelier dans sa célèbre présentation des initiations masculines chez les Baruya14.

Première lecture : le service militaire, inculcation individuelle de la “virilité” ?

Dans une perspective microsociologique ou psychologique, le livre de Pınar Selek peut apparaître au premier regard comme une description détaillée de la construction de la masculinité hégémonique turque. Faisant suite à l’obligatoire circoncision, le service militaire peut être lu comme une deuxième étape, paradigmatique, de la socialisation masculine, qui transforme chaque individu réputé né mâle en homme. Cependant, les dissonances qui apparaissent rapidement dans la masculinité des soldats amènent à se demander si l’institution du service militaire a vraiment pour but d’inculquer individuellement des normes viriles. La question de la sexualité nous met au contraire sur la piste de la construction d’un collectif basé sur l’exclusion d’autres groupes.

Des armes et des larmes

Le service militaire est l’occasion pour les jeunes hommes — et eux seuls —, d’accéder aux armes et d’apprendre à en faire usage. Il renforce les liens déjà étroits des hommes à ces redoutables objets. D’une part, le service militaire construit une équivalence trouble entre femme et arme : dans les pages qui vont suivre, on apprend en effet que l’arme confiée aux recrues symbolise leur honneur. Comme leur propre femme, ils la possèdent entièrement, dorment avec elle et ne doivent la prêter à personne. Ces observations rejoignent celles d’Anne-Marie Devreux sur l’imaginaire de l’arme comme femme-compagne chez les appelés en France15. D’autre part, l’ouvrage rappelle que l’apprentissage systématique du maniement des armes pendant le service militaire cimente le monopole masculin de l’exercice de la violence, confirmant largement les analyses de Paola Tabet16. Même si l’ouvrage révèle que presque la moitié des enquêtés savaient déjà manier un fusil avant leur service militaire, il ne s’agissait pas de modèles aussi meurtriers, ayant parfois même déjà servi à tuer. Les témoignages invitent également à analyser la puissante symbolique de la transmission collective et solennelle de ces armes aux jeunes hommes par les aînés qui les ont utilisées avant eux.

Cependant, malgré la fierté de se voir finalement confier un fusil, plus d’un jeune soldat ressent au cours de la cérémonie du serment, non pas un sentiment de puissance mais de peur face à cette arme. L’ouvrage met au jour un certain nombre d’autres réactions “peu masculines” des hommes durant leur service militaire. Dans les récits des Mehmetçik, la peur, les larmes et le sentiment d’impuissance affleurent sans cesse. Les soldats qui font leurs classes ont des angoisses, des insomnies, ils s’évanouissent d’épuisement, ils pleurent souvent et n’en font pas mystère, comme le souligne l’auteure. Les jeunes soldats affirment également à plusieurs reprises que les gradés pleurent aussi, par exemple quand il sont “obligés” de se montrer durs et de frapper ou punir brutalement les appelés. Ceux-ci ne s’offusquent nullement des larmes (dissimulées mais connues) de leurs supérieurs : elles leurs paraissent au contraire un signe de leur noblesse d’âme et de l’amour paternel qui sous-tend les sévères punitions qu’ils leur imposent. Dans l’ensemble, les soldats s’avèrent plutôt émotifs et ne le cachent guère — ce qui est difficile à comprendre à partir d’une grille d’analyse qui concevrait la masculinité comme un ensemble rigide de traits identitaires “masculins”.

La question “trans” : se revendiquer homme importe plus que l’apparence

Pınar Selek — qui a beaucoup travaillé avec des homosexuels et des personnes trans d’İstanbul — aborde frontalement la question des trans M to F17à l’armée. Il faudrait bien entendu réfléchir sur plusieurs cas, cependant elle présente un premier témoignage particulièrement intéressant. Sofya possède en effet un pénis mais également des seins bien développés et vit de la prostitution depuis plusieurs années. Ses parents, qui la considèrent comme un garçon, n’ont toutefois pas perdu l’espoir d’en faire un “vrai” homme et de le marier à une “vraie” femme. Sofya elle-même s’est convaincue de ce projet et s’efforce tout d’abord de rentrer dans le moule en s’enrôlant pour le service militaire. Ainsi, en dépit de ses seins, la présence d’un pénis l’autorise à tenter de prouver qu’elle est un homme. Une personne trans F to M non opérée serait-elle pour sa part admise au service militaire ? Tout porte à croire que non : les entretiens répètent à l’envi qu’à l’arrivée à la caserne, les jeunes hommes sont sommés de montrer au médecin et aux autres recrues, leur pénis circoncis et leur pubis rasé, sous peine de se couvrir de honte.

On remarque ici un premier indice montrant le service militaire comme une institution qui, plus qu’homogénéiser tous les corps porteurs d’un pénis autour d’un modèle masculin unique, réunit et unifie le groupe des hommes malgré sa diversité, sur la base d’une adhésion “morale” à la masculinité. Effectivement, ce n’est que lorsqu’elle renonce finalement à “devenir un homme”, que Sofya se voit retirer son arme. Le service militaire n’oblige ainsi pas tant à développer un corps réputé viril qu’à se revendiquer “homme”, à se fondre dans un collectif masculin.

L’exclusion des femmes plus importante que l’hétérosexualité

La question des homosexuels éclaire elle aussi les logiques profondes du service militaire. La loi les en exclut s’ils parviennent à prouver leur homosexualité — ce qui n’est pas nécessairement chose facile. De fait, un certain nombre d’entre eux ne peuvent ou ne souhaitent pas apporter ces preuves. Or, du moment qu’ils taisent et invisibilisent leurs pratiques et leurs attirances homosexuelles durant leur service militaire, ils peuvent et doivent y participer. Certes, des violences particulières menacent les trans M to F et les hommes homosexuels qui dévieraient de la masculinité hétérosexuelle apparente. Cependant, du moment qu’ils donnent des gages pendant une période déterminée, ils ne sont nullement exclus du service militaire en tant que personne, à la différence d’autres groupes.

Alors, sur quoi repose l’unité du collectif militaire ? Pas exactement sur l’hétérosexualité, puisque le service militaire exclut l’ensemble des femmes hétérosexuelles et inclut certains hommes homosexuels du moment que leurs pratiques sont invisibles. Il ne repose pas non plus sur la construction individuelle d’une apparence masculine, puisqu’il exclut les lesbiennes “butch”18 mais inclut les trans M to F qui s’identifient momentanément comme hommes. Ne sont pas exclus par principe les trans en général (au nom de la virilité), ni les homosexuels en général (au nom de l’hétérosexualité). Le sont, en revanche, les femmes, dans leur ensemble et sans appel. L’institution militaire turque repose donc au fond sur un pacte entre porteurs de pénis, même très divers, pourvu qu’ils acceptent de « jouer le jeu » de se considérer comme des hommes par opposition aux personnes désignées comme femmes ou efféminées.

Il est également intéressant d’analyser la place des pratiques hétérosexuelles dans le service militaire turc. Nombre de jeunes recrues font preuve d’une faible ou nulle connaissance en la matière — même si certains sont mariés, voire déjà pères de famille. On peut y voir le poids d’une ruralité qui implique souvent un moindre accès à l’éducation et aux informations, l’influence de la pudeur, du moralisme, de la sous-déclaration des pratiques sexuelles réelles, ou encore d’une interprétation rigoriste de la religion. Les témoignages confirment cependant que le service est l’occasion pour une partie des jeunes hommes d’accéder à des pratiques relationnelles et sexuelles jusque-là inconnues ou impossibles, tout particulièrement à travers des pratiques sexuelles payantes. Les soldats se rendent souvent, seuls ou en groupe, au bordel — on découvre dans l’ouvrage qu’on dit après leur première visite qu’ils sont devenus “nationaux”. Simultanément, d’autres récits font apparaître différentes formes de “respect” pour les femmes ou pour certaines d’entre elles19. Une partie des jeunes s’insurgent notamment contre les spectacles érotiques organisés par certains chefs pour distraire les soldats. Pınar Selek a d’ailleurs tendance à minimiser les récits sexuels des recrues et à souligner leur possible vantardise — on se rend compte alors qu’on manque cruellement de données statistiques sur leurs pratiques sexuelles réelles20. Toujours est-il que l’analyse attentive des témoignages amène à penser que la solidarité entre hommes, si elle passe bien ici par l’exclusion des femmes, ne s’appuie pas toujours nécessairement ou systématiquement sur leur chosification sexuelle ou sur une exacerbation des pratiques hétérosexuelles, contrairement à ce que l’on observe dans les armées mixtes française ou états-unienne21.

*

A ce stade, force est de constater qu’une lecture du service militaire comme instance clé de la socialisation masculine ne rend qu’imparfaitement compte de la persistance d’attitudes et de corps que l’on peut estimer “peu viril-e-s” chez les jeunes hommes. Ce qui apparaît plutôt, c’est un accord tacite entre des personnes porteuses d’un pénis, permettant de s’insérer dans un collectif qui est avant tout défini, non pas tant par la “masculinité” ou même par l’hétérosexualité, mais par l’acceptation d’une appartenance commune basée sur l’exclusion systématique des « autres ».

Deuxième lecture : comprendre le rôle de la violence

Une violence considérable et ses effets

Même si elle ne semble pas spécifique au service militaire turc et qu’on la retrouve dans toutes les armées, la violence incessante, arbitraire et brutale qui est exercée contre les jeunes recrues, tout particulièrement pendant la première période — celle des classes — constitue l’un des thèmes les plus saillants des témoignages.

Dès l’entrée dans la caserne, commence la description parfois difficilement soutenable de la violence exercée par ce qui apparaît comme une institution totale — rappelant les prisons, les hôpitaux psychiatriques, voire même les camps de concentration. Tous les éléments de la déshumanisation se déploient l’un après l’autre : tonte systématique de jeunes recrues, mise à nu pour l’examen “médical”, traitement anonyme et pluie d’injures. Les uniformes grotesques, de taille inadaptée, l’entassement dans des lieux inconnus, l’obligation d’user d’un langage hiérarchique et dépersonnalisant, organisent l’humiliation et le dépouillement de l’individualité, provoquant un sentiment d’aliénation poignant chez la plupart des recrues. Ces premiers mois de classes sont faits d’appels interminables dans l’aube glacée, d’humiliations incessantes et de violence physique permanente. Beaucoup évoquent cette période avec horreur, soulignant que la principale tactique possible pour la supporter consistait, ils s’en sont vite rendu compte, à “devenir intelligent”, c’est-à-dire accepter de courber l’échine et de ramper.

Non seulement les récits rapportés sont choquants, mais Pınar Selek souligne les effets traumatiques à moyen terme de ces violences, qui induiraient un certain nombre de comportements durables. Pour qui s’intéresse aux effets psychodynamiques de la torture ­— comme j’ai eu l’occasion de le faire22— il est particulièrement significatif de retrouver chez les recrues le syndrome “d’impuissance apprise”, qui converge avec l’idée de “devenir intelligent” et consiste à ne pas réagir devant l’insupportable, à se laisser faire quand l’on n’a manifestement pas le rapport de force.

Cependant, les recherches en psychologie sociale montrent bien que la violence n’a rien d’une “pulsion” pré ou a-sociale : elle n’existe que grâce à un contexte matériel et idéel (des mécanismes de justification et de légitimation) qui lui donne sa forme et son sens23. En ce sens, il est intéressant d’analyser la rationalisation par les soldats des violences subies, sur laquelle Pınar Selek revient plusieurs fois. Comme on l’a vu, un des mécanismes de légitimation consiste pour les jeunes recrues à penser que la violence des gradés exprime un “amour” paternel, qu’elle est justifiée par un principe supérieur, “maintenir l’ordre” et défendre la Patrie. Le caractère “inévitable” de la relation où s’exercent les violences et la légitimité sociale des personnes maltraitantes joue également un grand rôle dans l’organisation de la violence du service militaire, dans son acceptation et dans ses effets.

Ne pas se laisser aveugler par les larmes des hommes

Le constat de l’importance considérable de la violence peut conduire à deux séries d’interprétations. La première consiste à compatir avec les malheureux Mehmetçik ainsi maltraités, violentés et meurtris. Cependant, ce regard empathique envers des jeunes hommes malmenés, voire brisés par une structure totalitaire, peut conduire à plaindre les soldats en mettant en avant leur humanité mais en oubliant tout contexte. Par exemple, on souligne que des hommes pleurent et on en déduit que ces larmes signifient qu’ils souffrent même si c’est parce qu’ils viennent de brutaliser une jeune recrue. De l’empathie choquée à l’idée que les hommes sont victimes, puis du victimisme à l’indulgence, le glissement est facile. En considérant les ex-soldats comme traumatisés, victimes d’un effet retard des sévices endurés qui les conduirait malgré eux à reproduire la violence, on peut en arriver à comprendre, voire à justifier, les violences que certains exercent ensuite envers leurs subordonnés dans l’armée, puis éventuellement comme époux, pères ou “hommes” dans la vie civile. L’idée de la violence traumatisante les dédouanerait au moins partiellement de leur responsabilité.

Or, cette lecture est précisément celle des groupes masculinistes24, groupuscules ultra-conservateurs qui ont développé des lectures victimisantes d’abord des violences, puis plus généralement de l’ensemble des contraintes que la socialisation masculine impose aux hommes, sans les relier à l’acquisition d’un statut dominant. Dans leur interprétation, la violence, l’homosocialité et le déploiement de certaines pratiques homosexuelles occupent une place particulière. S’appuyant notamment sur le travail déjà mentionné de Maurice Godelier, La production des Grands hommes25, certains insinuent que la socialisation masculine dans les sociétés occidentales ressemble à l’initiation des hommes Baruya — où les aînés imposent aux plus jeunes une brusque séparation du monde des femmes, une violence soudaine, brutale et terrifiante, l’apprentissage de la douleur et l’ingestion de sperme répétée, dans l’entre-soi de la Maison des hommes. Selon eux, la virilité serait produite par la violence exercée par les hommes plus âgés sur les plus jeunes et la manipulation homophobe de l’homosocialité. Ils placent l’accent sur la souffrance des jeunes hommes et évacuent entièrement la question des femmes elles-mêmes. Or Godelier, bien au contraire, souligne surtout la violence que les hommes Baruya exercent collectivement contre les femmes — l’objet de son livre étant justement d’analyser les ressorts de la domination collective des hommes sur les femmes, la “production sociale” de cette domination. En réalité, ce que Godelier met en lumière, c’est la double construction des hommes comme classe sociale, et comme classe dominante.

En plein développement aujourd’hui, les travaux sur la masculinité sont sans cesse menacés de glisser —involontairement ou délibérément — vers des lectures masculinistes qui individualisent et déresponsabilisent les hommes, voire les posent en victimes, effectuant des symétrisations hâtives entre femmes, hommes, homosexuels et trans (en invisibilisant complètement les lesbiennes). Pourtant, ces groupes sont très clairement hiérarchisés dans la société réelle et définis les uns par rapport aux autres dans des rapports d’oppression. En misant le livre de Pınar Selek, il faut nous garder de cet écueil. Certes, les dominant-e-s souffrent aussi. On ne naît pas homme, et pour le devenir il faut payer son écot — mais c’est une souffrance qui “vaut la peine”. Comme nous allons le voir, la violence infligée aux (futurs) dominant-e-s par d’autres dominant-e-s n’a qu’une ressemblance superficielle avec celle infligée par les dominant-e-s aux dominé-e-s.

Une violence contrôlée et pédagogique

La lecture attentive des récits montre qu’en réalité, le déferlement apparemment arbitraire de brutalité est tout ce qu’il y a de plus organisé — des règlements précis lui imposent d’ailleurs certaines limites. Savamment contrôlé, il évoque un processus de conditionnement qu’on peut rapprocher, par exemple, de l’entraînement méthodique des Kaïbiles, les soldats contre-révolutionnaires “d’élite” des années 80 au Guatemala. Basée sur une première phase d’humiliation et de violence suivie d’une promesse d’impunité totale, cette formation synthétisant les connaissances de l’OAS, des dictatures du Cône Sud et de l’armée états-unienne26 transformait des hommes “normaux”, souvent Indiens et paysans, en terrifiants assassins capables, à froid, d’arracher avec leurs dents la tête d’un coq vivant, pour traumatiser la population civile.

Le travail passionnant de l’activiste-artiste états-unienne Coco Fusco27 converge avec cette perspective d’analyse. Profondément choquée par la “révélation” de la torture exercée par des femmes à Abu Graïb, Coco Fusco a voulu comprendre comment des personnes lambda devenaient des tortionnaires accompli-e-s. Pour approcher de vrai-e-s profesionnel-le-s, elle s’est intéressée au business en pleine expansion développé par d’anciens militaires et policiers revenus d’Afghanistan ou d’Irak, qui consiste à proposer des formations de résistance à la torture aux travailleur-e-s expatrié-e-s des ONGs et entreprises envoyé-e-s dans des pays “dangereux”. Or, tous les spécialistes le savent, pour comprendre pleinement les logiques de la torture, rien de tel que d’expérimenter les deux côtés de la violence.

Précisément, les récits rapportés par Pınar Selek montrent bien qu’après la cérémonie du serment, les soldats recyclent rapidement l’expérience de la violence qu’ils ont traversée pour l’exercer à leur tour, consciencieusement, sur les nouveaux “bleus”. Loin de l’image de victimes déboussolées d’une violence qu’ils reproduiraient de manière involontaire et erratique, ces hommes s’avèrent pour la plupart parfaitement capables de ne pas être violents tant qu’ils sont en position dominée, mais aussi d’exercer la violence à leur tour dès que leur position hiérarchique supérieure leur confère la légitimité nécessaire. Ainsi, la lecture psychologisante d’une violence incompréhensible qui s’entretiendrait toute seule en produisant des séquelles individuelles conduisant à d’autres comportements violents incontrôlables, échoue à expliquer les pratiques réelles d’exercice ou d’abstention de la violence. En restant au niveau purement individuel et comportementaliste, elle masque l’organisation d’un véritable entraînement à subir puis infliger la violence, à contrôler son administration. Surtout, elle nous détourne de l’acteur qui organise cet entraînement — l’institution militaire et in fine, l’Etat-nation.

Troisième lecture : l’acceptation de la hiérarchie comme clé de la production de la classe des hommes

Voyons maintenant ce qui apparaît lorsque l’on parvient à aller au-delà des larmes des hommes. Au bout de trois mois, on l’a dit, les Mehmetçik quittent le rang des “bleus” pour devenir des soldats à part entière. Une nouvelle vie commence pour eux, dans laquelle ils peuvent se décharger des pires corvées sur une nouvelle génération de recrues à qui ils font subir à leur tour vexations et brimades. Même si certains ont des états d’âme, il s’agit globalement d’un mécanisme bien huilé donc le fonctionnement repose sur un renouvellement permanent des soldats “à la base” et sur la progression prévisible de chacun dans la hiérarchie, par le simple effet du temps passé dans l’armée.

La violence pour rendre la hiérarchie désirable

Pınar Selek insiste sur l’importance de la hiérarchie, comme étant l’un des apprentissages essentiels du service militaire. Or, c’est grâce à un mécanisme en deux temps que le service militaire inculque aux jeunes hommes la désirabilité — et du coup, la légitimité — de la hiérarchie. D’abord, en leur faisant subir la violence brutale et massive déjà analysée, qui leur donne le désir de quitter cette position au plus vite, tout en leur fournissant une connaissance intime de la violence qui leur sera utile par la suite. Puis, immédiatement après, en leur donnant le droit d’exercer à leur tour, de manière parfaitement légitime, leur violence sur d’autres soldats plus jeunes, droit qui repose sur leur avancement automatique dans la hiérarchie. Autrement dit : sans hiérarchie, pas d’espoir de cesser de subir la violence ni de pouvoir l’exercer à son tour !

Au lieu d’une violence aveugle et incompréhensible, on voit alors apparaître différents rôles de la violence or­ganisée du service militaire : enseigner à ceux qui la subissent comment l’exercer ; rendre désirable, pour l’éviter, l’ascension rapide dans la hiérarchie, en légitimant la hiérarchie elle-même ; et en prime, aveugler les recrues tout comme le regard extérieur sur ce qui se passe réellement dans l’institution militaire.

Il faut remarquer que les traumatismes potentiellement engendrés par les violences sont minimisés dans le cas du service militaire par la certitude que la violencen’est que passagère. On l’a dit, la violence n’est pas une entité transcendante possédant un sens et des effets universels et atemporels : le sens que donnent les personnes à des gestes dépend éminemment du contexte dans lequel ces gestes sont effectués28. Chacun-e sait que dans un cadre S/M consensuel, le pincement appuyé d’une partie sensible du corps ou une humiliation sont vécus de manière très différente de ce qu’ils évoqueraient dans une cellule29.

Des liens entre hiérarchie, exemption des corvées,

vie civile et professionnelle

La survisibilisation de la violence à laquelle il faudrait à tout prix échapper peut également cacher un autre mécanisme clé du désir de progresser dans la hiérarchie : l’exemption des corvées que dans la vie civile, on nomme “travail domestique”. On retrouve ici à nouveau certains éléments analysés par Devreux. Celle-ci n’avait pas manqué de s’étonner de l’apparent paradoxe qui veut que les hommes accomplissent dans l’armée des tâches qu’ils ne font “jamais” gratuitement dans la vie civile — cuisiner, laver leurs vêtements à la main, faire leur lit au carré ou balayer avec application. Or, Devreux utilise le même genre de grille d’analyse que celle de Godelier : non pas l’inculcation individuelle d’une “masculinité” somme toute difficile à cerner, mais la production sociale et collective des hommes comme dominants. Elle constate du coup que les soldats acceptent d’autant mieux d’effectuer ces tâches humiliantes car assimilées aux tâches domestiques réputées féminines, qu’ils savent qu’il s’agit d’une simple parenthèse dans leur vie. En effet, quand ils se rendent en permission, ils trouvent tout naturel de confier à nouveau leur linge sale à leur mère/compagne/sœur. Surtout, Devreux a souligné qu’au sein de l’institution militaire elle-même, se décharger de ces tâches sur des soldats moins gradés constituait une puissante motivation pour tenter de monter dans la hiérarchie.

En d’autres termes, les hommes comprennent tout l’intérêt de la hiérarchie en découvrant qu’elle leur permet d’échapper aux corvées du travail domestique.

Enfin, l’apprentissage de la hiérarchie entre hommes — la connaissance précise et l’acceptation de la place que l’on y occupe — peut être aisément mobilisé et constitue pour les hommes un “plus” dans d’autres domaines de la vie sociale, en particulier dans la vie professionnelle. La féministe dominicaine Magaly Pineda30 suggéra un jour que la pratique assidue du football, en équipe, ancrait chez les garçons des habitudes d’agir ensemble efficacement, chacun à sa place, habitudes qu’ils pouvaient ensuite facilement recycler dans d’autres espaces. Andrée Michel pour sa part a bien montré l’existence de liens profonds entre l’emploi civil et le complexe-militaro-industriel, notamment dans le domaine de la taylorisation du travail induite par les logiques de production de l’industrie militaire31. En tout état de cause, l’acquisition à travers le service militaire d’un ensemble de qualifications techniques mais aussi de savoir-être (en particulier la docilité et le conformisme tant que l’on ne peut progresser dans la hiérarchie), s’avère extrêmement importante pour l’insertion privilégiées des hommes sur le marché du travail.

Produire la classe des hommes

Comme on le sait depuis la critique fondatrice du naturalisme par Colette Guillaumin32, femmes et hommes ne sont pas des catégories naturelles mais des construits sociaux, plus précisément des classes de sexe33. L’une des grandes difficultés des femmes, comme l’avait déjà souligné Flora Tristan en affirmant qu’elles devaient elles aussi “faire leur 89” et se structurer en classe34, est d’acquérir une conscience commune. Généralement séparées les unes des autres dans leurs unités familiales, elles n’ont que peu d’occasions dans les sociétés dites complexes, d’accéder à des expériences collectives et exclusives qui les “souderaient”. Pour les hommes en revanche, le service militaire tel que Pınar Selek nous le donne à voir, se révèle une pièce clé du dispositif qui les transforme en membres d’une classe de sexe unifiée, consciente d’elle-même — et dominante.

Ainsi, le service militaire permet d’abord de réunir matériellement les hommes et de les unir symboliquement dans une idéologie patriotique commune hautement valorisée, sous l’œil ému des familles. Il permet de dépasser momentanément leurs profondes différences de classe et de “race”. L’important est de créer une unité apparente, organisée ici autour d’un critère somatique précis : sont potentiellement admis dans ce groupe, pour peu qu’ils fassent un effort d’adaptation-simulation-conformité durant quelques mois, tous les porteurs de pénis, et eux seuls. L’exclusion radicale et systématique des femmes définit en creux la classe des hommes et surtout lui donne sens. C’est en effet l’existence des femmes et simultanément leur exclusion qui rend acceptable, pour les hommes, leur nécessaire période en tant que “bleus”. En effet, les hommes peuvent accepter de passer un moment au plus bas de la classe des hommes, parce qu’ils savent pertinemment qu’il y a encore quelqu’un en dessous d’eux — l’ensemble des femmes. Cela rend beaucoup plus supportable leur position subordonnée de « bleus », de toute façon assez brève (90 jours dans une vie). Cette idée rejoint ce que Paola Tabet35 appelle “la grande arnaque”, lorsqu’elle montre que l’homme le plus misérable et dominé trouve presque toujours la possibilité, au moins, de s’offrir une pute36.

Pour résumer, l’institution du service militaire permet (1) l’inculcation aux hommes de la légitimité de la hiérarchie (2) en les unifiant au sein d’une classe de sexe où chacun accepte sa place (3) parce que cette classe de sexe est créée sur l’exclusion de l’ensemble des femmes, qui se trouvent du coup de facto au degré “moins un” de la hiérarchie sociale, en dessous de l’homme situé au plus bas de la hiérarchie masculine. Cette hiérarchie, réinvestie par les hommes sur le marché du travail et dans vie politique et sociale, leur permet aussi, ce qui est loin d’être négligeable, de s’exempter collectivement de nombreuses corvées liées à la reproduction sociale anthroponomique. C’est sans doute aussi ce qui explique que malgré les scènes dantesques de violence et d’arbitraire qui ponctuent les récits des appelés, il y ait aussi peu de résistances. Pourquoi s’opposer à une institution qui vous promet, après quelques épreuves, une vie de privilégié ? Une fois passés par la formation militaire, malgré et même à cause de ses désagréments, les jeunes hommes ressortent prêts à occuper une position dominante relativement aux femmes et aux « réformés », dans la vie familiale et professionnelle.

***

Pour conclure cette introduction au remarquable travail de Pınar Selek, récapitulons quelques éléments centraux et soulignons l’importance de ce livre aujourd’hui, en France.

Nous avons vu d’abord pourquoi il était heuristique, mais aussi important politiquement, de dépasser la lecture micro-sociologique en termes de construction de la masculinité et ses possibles dérives masculinistes. Certes, le service militaire constitue le lieu de l’apprentissage individuel d’un certain nombre de savoirs-faire (notamment le maniement des armes et d’autres formations techniques) et de normes comportementales (avec l’incitation à des pratiques hétérosexuelles et à la consommation prostitutionnelle notamment). Il est également certain qu’il peut laisser des traumatismes profonds, comme l’a constaté plus d’une amie, mère, sœur ou compagne en retrouvant un appelé après son service militaire. Cependant, voir les anciens appelés comme des victimes et surtout justifier leur éventuel usage postérieur de la violence comme une conséquence individuelle et non maîtrisée de ces traumatismes, serait une grave erreur. En effet, ce serait faire fi de la dimension collective, institutionnelle et structurelle du service militaire et, au-delà de lui, de l’armée. Comme si l’on prétendait observer, par exemple, l’institution scolaire à partir de la seule observation d’une salle de classe, et analyser son poids dans la reproduction sociale à travers les seules punitions aux élèves indisciplinés. Au contraire, Devenir un homme en rampant incite à analyser le service militaire comme une institution qui produit et reproduit sur le long terme une classe dominante (dans ce cas, une classe de sexe : les hommes), et qui incite les membres de cette classe à considérer la hiérarchie entre hommes comme légitime et désirable parce qu’elle garantit leur domination collective sur le reste de la société.

En France pourtant, aux États-Unis ou encore en Israël, des femmes sont entrées dans l’armée. De plus, l’obligation de la conscription a disparu dans certains pays — en France notamment. Alors : l’analyse qu’on vient d’exposer à partir du service militaire turc serait-elle dépassée, obsolète, et le cas turc, une situation lointaine qui ne nous concerne guère ? En aucune façon, bien au contraire. Il y a de fortes raisons à cela.

La première, c’est Coco Fusco qui l’expose dans sa longue lettre à l’auteure de Trois Guinées37. Elle y déplore, mais souligne, qu’après Abu Graïb, les féministes ne peuvent plus prétendre que les femmes, exclues de la vie politique et sociale, sont également étrangères à la guerre, comme Virginia Woolf l’avait écrit en son temps. Non seulement on constate aujourd’hui la présence de femmes dans l’armée, mais elles peuvent parfaitement se comporter de manière aussi abusive que n’importe quel soldat des armées exclusivement masculines. Pour Coco Fusco, les images des soldates états-uniennes torturant des prisonniers Irakiens rappellent seulement que les femmes ne sont pas “douces” et incapables de violence par nature. Ajoutons : que les femmes n’ont pas de nature, pas plus que les hommes, dont elles ne sont en aucune manière différentes par essence. Ce sont des époques et des institutions bien précises qui les construisent. Tout comme le service militaire en Turquie produit une classe des hommes, en prenant comme critère l’exclusion des non-porteurs de pénis, une autre institution militaire peut parfaitement inclure des corps sans pénis : les mécanismes de séparation et de construction employés ne reposent pas nécessairement sur ce modeste appendice38, mais sur l’exclusion d’un groupe, peu importe comment ce groupe est défini. De même, le service militaire ne vise pas tant à construire de la masculinité individuelle, qu’à produire de la domination collective à travers la construction d’un “nous” qui se place au-dessus des “autres”. Le soi-disant sexe biologique, là-dedans, n’est qu’un détail, un cas de figure empirique qui n’altère pas fondamentalement la logique institutionnelle d’ensemble. Les porteurs de pénis n’ont aucune qualité ni défaut particulier qui les prédisposerait à dominer.

La deuxième raison pour laquelle le travail de Pınar Selek est d’une actualité brûlante, c’est que même si le service militaire n’est plus obligatoire en France, l’armée comme institution est loin d’avoir disparu. Les logiques et les structures du complexe militaro-industriel continuent d’imprégner profondément la société à d’innombrables niveaux, (re)produisant et creusant les inégalités de sexe, mais aussi de classe et de « race ». De plus, malgré la fin du service militaire obligatoire, l’armée française est intervenue très concrètement, directement, dans de nombreux pays de deux continents depuis. Non sans cynisme, les pouvoirs publics tentent de légitimer ces attaques par une volonté de “sauver les femmes” (des pays attaqués)39 et de “défendre les valeurs et le bien-être des populations civiles” (des pays attaquants)40. Pourtant, comme on s’en convaincra avec Devenir un homme en rampant, l’armée produit de la hiérarchie et défend des modèles sociaux qui vont radicalement à l’encontre des intérêts des femmes et des populations civiles. Radicalement à notre encontre. Autrement dit, l’armée, mixte ou masculine, de conscription ou de métier, française ou turque, nous fait quotidiennement du tort, nous appauvrit, nous violente et nous détruit, en temps de paix comme en temps de guerre. Aujourd’hui en plus, elle le fait en notre nom. Combien de temps encore tolérerons-nous ce mensonge, ce scandale ? Combien de temps continuerons-nous à faire comme si tout cela ne nous concernait pas parce que nous ne portons pas l’uniforme ? Vingt-six pays dans le monde ne possèdent pas d’armée41. C’est peu, mais c’est déjà un bon début vers la sortie de la barbarie.

Jules Falquet, copyright Editions l’Harmattan 2014

1 Important intellectuel, journaliste et écrivain arménien dont l’assassinat en janvier 2007 a indigné l’opinion.

3 Luxembourg, Rosa, 1915, La crise de la social-démocratie, Brochure de Junius, http://www.marxists.org/francais/luxembur/junius/index.html

4 Cockburn, Cynthia. 2007. From Where We Stand: War, Women’s Activism and Feminist. London and New York. Zed Books. 226 p.

5 Michel, Andrée. 2012, Féminisme et antimilitarisme, Paris, Editions iXe.

6 J’ai tenté de montrer les liens dialectiques entre le marché du travail réservé aux hommes non-privilégiés et celui réservé aux femmes également non-privilégiées dans l’actuelle mondialisation néolibérale : Falquet, Jules, 2006. “Hommes en armes et femmes “de service” : tendances néolibérales dans l’évolution de la division sexuelle et internationale du travail”. Cahiers du Genre, Travail et mondialisation. Confrontations Nord/Sud, n° 40, pp 15-38.

7 Par exemple : Enloe, Cynthia. 1989. Bananas, Beaches and Bases: Making Feminist Sense of International Politics. Berkeley. University of California Press; et 2000. Maneuvers: The International Politics of Militarizing Women’s Lives. Berkeley. University of California Press.

8 Notamment : 1997. Femmes, projets révolutionnaires, guerre et démocratisation : l’apparition du mouvement des femmes et du féminisme au Salvador (1970-1994), Thèse sous la direction de Christian Gros ; 1999. « La coutume mise à mal par ses gardiennes mêmes : revendications des Indiennes zapatistes ». Nouvelles Questions Féministes, Vol 20, n°2, pp 87-116.

9 Pruvost, Geneviève, Profession : policier. Sexe : féminin, Paris, MSH, coll. Ethnologie de la France, n° 28, 2007, 340p.

10 Devreux, Anne-Marie, 1997, « Des appelés, des armes et des femmes: l’apprentissage de la domination masculine à l’armée », Nouvelles Questions Féministes, Vol. 18, No. 3/4, pp. 49-78.

11 Falquet, Jules, 2003. “Division sexuelle du travail révolutionnaire : réflexions à partir de la participation des femmes salvadoriennes à la lutte armée (1981-1992)”, Cahiers d’Amérique Latine, n°40, IHEAL-CNRS, Paris. Pp 109-128.

12 Un fort courant d’opposition à la conscription traverse cependant les milieux communistes et/ou kurdes.

13 Nom générique affectueux donné aux jeunes recrues.

14 Godelier, Maurice, 1982, La production des Grands hommes. Pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, Paris, Fayard, 370 p.

15 Devreux, op. cit.

16 Tabet, Paola. 1979, « Les Mains, les outils, les armes ». In: L’Homme, tome 19 n°3-4. Les catégories de sexe en anthropologie sociale. pp. 5-61. 

17 Personne socialement catégorisée comme « homme » et souhaitant être catégorisée comme « femme ».

18 Dans le sens le plus commun, butch désigne les lesbiennes d’apparence « masculine ».

19 Certains hommes manifestent des réticences à avoir des relations sexuelles tarifées avec des femmes de leur région.

20 Notamment, il est très difficile de savoir si les soldats, tout en réprouvant certaines pratiques, ne sont pas amenés à y participer afin de ne pas être eux-mêmes violentés.

21 Par exemple, l’armée états-unienne a été maintes fois épinglée pour les très nombreuses violences sexuelles que les hommes soldats exercent sur les femmes soldates : http://www.au.af.mil/au/aul/bibs/sex/haras.html

22 Falquet, Jules, 1997. « La violence domestique comme torture, réflexions sur la violence comme système à partir du cas salvadorien ». Nouvelles Questions Féministes, Vol. 18, 3-4, pp 129-160.

23 Bandura, Albert,1975, Análisis del aprendizaje social de la agresión. In Ribes Iñesta, Emilio; Bandura, Albert (compilateurs) (1975). Modificación de la conducta : análisis de la agresión y de la delincuencia. México : Trillas.

24 Illustration de la facilité de « glisser » d’une position critique à une position complaisante : historiquement, un courant du masculinisme trouve sa source chez des hommes se considérant pro-féministes et progressistes, qui s’interrogeaient sur leur « être masculin » : Blais, Mélissa ; Dupuis-Déri, Francis, (eds.), 2008. Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué, Montréal, Les Éditions du remue-ménage, p. 258.

25 Godelier, op. cit.

26 Robin, Marie-Monique. 2004. Escadrons de la mort, l’école française. Paris : La Découverte. 456 p.

27 Fusco, Coco, 2008, Petit manuel de torture à l’usage des femmes-soldats, traduit de l’américain par François Cusset, Paris, Les Prairies ordinaires, 128 p.

28 Martín Baró, Ignacio (compilateur). 1990. Psicología social de la guerra : trauma y terapia. San Salvador : UCA.

29 Même si des liens complexes peuvent être culturellement établis entre les deux situations.

30 Commentaire lors d’un atelier de réflexion féministe, San Salvador, novembre 1993.

31 Michel, op. cit.

32 Guillaumin, Colette. Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de Nature. Paris : Côté-femmes.

33 Ces deux classes sont dialectiquement liées par les rapports sociaux de sexe, organisés en l’occurrence par le sexage, ou appropriation physique directe, individuelle et collective.

34 On verra aussi à ce sujet le travail théorique d’Elsa Galerand sur la mobilisation d’un collectif de « femmes » dans le cadre de la fédération internationales de groupes de femmes la Marche mondiale des femmes : Galerand, Elsa. 2006. « Retour sur la genèse de la Marche mondiale des femmes (1995-2001). Rapports sociaux de sexe et contradictions entre femmes ». Travail et mondialisation. Confrontations Nord/Sud. Cahiers du Genre, n°40. Pp 163-202.

35 Tabet, Paola. 2004. La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel. Paris, l’Harmattan, 207 p.

36 En général, une membre de la classe des femmes, éventuellement, un homme socialement féminisé.

37 Fusco, op. cit.

38 On lira avec intérêt le travail de Nicole-Claude Mathieu, qui explique que certaines sociétés ou groupes conçoivent les rapports entre sexe et genre sur un modèle naturaliste où le sexe (les organes génitaux) déterminent le genre (mode I, dominant dans les sociétés occidentales), et d’autres, sur une modèle culturaliste, où le genre, plus important que le sexe, est déterminé par l’appartenance à un collectif masculin ou féminin (mode II) : Mathieu, Nicole-Claude, 1991. « Identité sexuelle, sexuée, de sexe ? Trois de conceptualisation de la relation entre sexe et genre », dans Mathieu, Nicole-Claude, L’anatomie politique, Catégorisations et idéologies du sexe, Paris, Côté-femmes, pp. 227-266.

39 Spivak, Gayatri Chakravorty. 2009 [1988]. Les Subalternes peuventelles parler?, Editions Amsterdam, 122 p.

40 Eisenstein, Zillah. 2010. “W pour Women ? Réflexions sur le féminisme et « la guerre de/contre la terreur »”. In Jules Falquet, Helena Hirata, Danièle Kergoat, Brahim Labari, Nicky Lefeuvre et Fatou Sow (coords.).Le sexe de la mondialisation.Genre, classe, race et nouvelle division du travail. Paris. Les Presses de Sciences Po. 278 p.

Nouvelles manifestations, nouvelles violences

Alors que le Gezi Park est fermé au public, protégé par une armada de policiers, les citoyens stambouliotes continuent leur contestation par de nouvelles formes d’expression. Nous avions déjà évoqué la vague des « hommes debout », qui, tous les jours, à toute heure, s’immobilisent pour exprimer la suite de leurs revendications. A chacun sa requête, mais l’essentiel reste néanmoins dans une protestation de M. Erdogan et de son pouvoir répressif.

Une autre forme de manifestation s’est aussi répandue depuis la « fermeture » du Gezi Park. Dans 35 autres parcs d’Istanbul, ainsi que dans plusieurs parcs des autres villes, les citoyens se retrouvent tous les soirs pour discuter de la poursuite de l’action.

Lors d’une telle manifestation à Yeniköy (quartier ouest d’Istanbul) hier soir, les participants ont été d’abord inquiétés dans le but de leur faire quitter les lieux. Ensuite, vers 22h00, un groupe mené par Engin Cevahiroglu, le « muhtar » (maire de village) de la bourgade, a demandé aux manifestants de quitter le parc, en ordonnant à « ceux qui n’habitent pas Yeniköy de ne plus venir chez eux ». Les protestataires lui ont courtoisement proposé de participer au débat mais, quelques minutes plus tard, les supporters de l’élu local ont commencé à attaquer le groupe pacifiste. Voici quelques témoignages :

« Je rentre du parc de Yenikoy. Un groupe de jeunes gens a effectivement attaqué les manifestants. Le maire ayant exprimé sa volonté d’ériger une mosquée, le groupe a écouté ses arguments paisiblement. Vers la fin du débat, des jeunes venus dès hier pour nous expulser du parc ont déchiré leurs tee-shirts et commencé à tabasser les hommes présentes,  mêmes  entourés de leurs femmes et de leurs enfants. Moi-même, j’ai été menacé d’être pendu par les pieds et tabassé. D’être tué aussi. Nous avons pu sortir du parc grâce aux amis venus nous secourir de Sariyer (quartier voisin  d’Istanbul) ».  V.V.

Un autre témoignage : «  L’arrivée du maire et de son entourage a  d’abord commencé un débat calme et pacifique entre les deux parties. Ensuite, vers 23h00, alors que nous nous apprêtions à quitter le parc, le groupe entourant le maire s’est multiplié. Ils ont répété qu’ils ne voulaient pas nous voir dans le parc  le lendemain soir. Nous leur avons demandé le  pourquoi et en réponse,  la violence s’est déclenchée : « Vous n’êtes pas de Yenikoy. Vous êtes venus ici en suivant les Rums (Grecs de Turquie) ! Vous ne voulez pas de mosquée ici. Allez ailleurs si vous tenez tellement à avoir un parc ». Ils nous ont traité « d’ennemis de l’Islam, ennemis de lieu de culte ». Nous nous sommes sauvés, les slogans et les propos du premier ministre prononcés lors de ses meetings retentissaient derrière nous. Quelle honte ! ». G.D.

Que veulent les citoyens dans les parcs ?

Les forums des parcs sont tout simplement une nouvelle forme de manifestation, qui se revendique de la démocratie participative et directe. Fort de l’enthousiasme et de l’expérience des manifestations précédentes, les citoyens veulent s’exprimer, s’écouter, débattre, proposer. Ces débats pacifistes sont pour l’essentiel menés dans un climat de respect total des habitants des quartiers où se tiennent ces réunions, sans slogans, sans applaudissements. Ils ont même créé leurs propres codes de communication, qui rappellent la langue des signes.

Tous les soirs à partir de 21h00, un secrétariat bénévole note toutes les propositions, les conclusions des débats et les revendications. Ceux-ci sont ensuite postés sur un nouveau blog, intitulé « parklarbizim.blogspot.com » (traduction : « les parcs nous appartiennent »).

Le danger : la récupération de certains débats par des groupes nationalistes. Les conséquences: la mise en danger le processus de paix avec les Kurdes du PKK. La volonté de paix avec les Kurdes reste le grand absent de tous les débats. (Ce sera le sujet d’un autre texte)

Hier, nous avons essayé de rentrer dans le parc Gezi, qui reste toujours fermé au public. Le « chef » des policiers sur place nous a dit que nous devions patienter au plus tard jusqu’à samedi, « car les travaux de la municipalité continuent pour le ravalement après les émeutes ». « Les familles pourront se promener dès samedi matin, annoncez la bonne nouvelle autour de vous ! », nous a-t-il réclamé. « Dites aussi à vos amis que la mairie a planté 100 nouveaux arbres dans le parc ! ». Quand nous leur avons demandé où ils avaient planté les nouveaux arbres, en soulignant qu’il n’y avait pas beaucoup de place pour ceux-ci, le chef nous a dit « qu’il y avait suffisamment d’espace libre et que tout sera plus clair une fois le parc ouvert ».  Nous attendons donc de voir si cette « initiative verte » de la municipalité ne dissimule pas un motif d’arboriser tout les espaces verts là où les jeunes manifestants avaient planté leurs tentes, pour empêcher un « Occupy Gezi bis ».

Ce soir, une forte manifestation est attendue à Yeniköy. Nous y serons. Non pas pour provoquer de nouveaux affrontements, mais au contraire pour montrer que nous sommes tous solidaires avec les citoyens qui ne demandent qu’à se faire entendre, silencieusement et pacifiquement.

Voici les codes des signes à adopter lors des réunions de parcs pour ne pas déranger les riverains :

Turquie

1. J’approuve/Applaudissements

2. Je refuse

3. Accélérez SVP

Defne GursoyIstanbul, 21 juin 2013, publié sur Médiapart

International Intellectuals Call on the Turkish Government to Desist from its Repression of Popular Protest

We deplore the recent crackdown of the Turkish government on its own citizens, the clearly unjustified use of tear gas, acts of force, gas canisters and smoke bombs that have resulted in a vast number of injuries, imperiling the lives of those who seek to exercise their basic freedoms of assembly and protest.  This assault of the Turkish government on its own people constitutes an attack on democratic principles and a departure from legitimate methods of governance — we unequivocally oppose such tactics of intimidation and state violence.  In the name of democratic principles, we call upon the Turkish government to cease these violent actions immediately.  We affirm the aims of the popular resistance to the privatisation of public space, to the growing authoritarian rule dramatically instantiated by this objectionable display of state violence, and the preservation of public rights of protest. We call upon the government to (a) stop the beating of all protesters and those in the media who seek to represent their point of view, including lawyers and journalists; (b) cease obstructing access to medical care for the injured; (c) put an end to the practice of unlawful detention and sequestering of protesters, medical personnel and legal counsel and (d) facilitate access to medical care and legal representation for those injured by the police.  We call for the immediate end to this appalling state violence and we reaffirm the rights of popular dissent and resistance, the right to have access to a media uncensored by governmental powers, and the right to move and speak freely in public space as preconditions of democratic life.

Tariq Ali, author and editor, New Left Review, UK

Tewfik Allal, Président du Manifeste des Libertés, France

Etienne Balibar, Universite Nanterre, France

Rosi Braidotti, Utrecht University, The Netherlands

Wendy Brown, University of California, Berkeley, USA

Judith Butler, University of California, BerkeleyUSA

Margaret Brose, University of California, Santa Cruz

Sonia Dayan-Herzbrun, Université Paris 7, France

Alex Demirovic, Technische Universitat Berlin, Germany

Lisa Duggan, New York University, USA

Cynthia Enloe, Clark University, USA

Eric Fassin, Université Paris – 8, France

Michel Feher, Director, Zone Books, France

Alfredo Saad-Filho, United Nations and SOAS, UK

Nilufer Gole,  Ecole des Hautes Etudes, France

Stathis Gourgouris, Columbia University, USA

Siba Grovogui, Johns Hopkins University, USA

Hannes Lacher, York University, Canada

George Liagouras, University of the Aegean, Greece

Michael Löwy, CNRS, France

Henrietta L. Moore, University of Cambridge, UK

Adam David Morton, University of Nottingham, UK

Matthieu de Nanteuil, Universite de Louvain, Belgium

Ravi Palat, State University of New York, Binghamton, USA

Hugo Radice, University of Leeds, UK

Josep Ramoneda, journalist and philosopher, Spain

Miranda Schreurs, Freie Universitat Berlin,  Germany

Stuart Shields, University of Manchester, UK

Daniela Tepe-Belfrage, University of Sheffield, UK

Eleni Varikas,  Université Paris 8, France

Hayden White, Stanford University, USA

Paul Zarembka, State University of New York at Buffalo, USA

Clemens Zobel, Université Paris 8, France

Pour signer :

URGENT CALL FOR HUMANITY ! URGENT CALL FOR FRIENDS OF GEZİ-TAKSİM !

On 19th day of Turkish resistance for democracy and freedom against the JDP government, after the harsh provocations of PM Erdogan in his party meeting today in Ankara, riot police attacked on Gezi Parkı at 20:50 this evening.

On 12 June midnight representatives of the Gezi resistance, Taksim Solidarity delivered 4 main demands of the movement to PM; however as the government continued to ignore the demands of the movement, Taksim Solidarity, after long and democratic grassroot discussions of the resisters decided to continue the resistance after the basic demands are accepted.

This evening, after the provocations of PM Erdogan in his party meeting made in Ankara, riot police started a very hard attack on Gezi Parkı with tear gas, water cannons and rubber bullets and blast bombs. There are hundreds of injured people. Police even attacked with rubber bullets against he first floor of Divan Hotel which is used as a temporary hospital and subway where people escaped and people are sending messages as: “We are dying here!”

We urge friends of Turkish movement, international community and humanity to start every efficient actions for stopping the massacring government and PM of Turkey.

Sendika.Org

Tout a basculé à Taksim hier soir

Hier soir la guerre a été déclenchée par la police, je suis un témoin direct puisque j’étais sur place.

La violence démesurée de la police a fait des centaines de blessés, le parc a été évacué de force avec gaz, jet d’eau contenant des produits chimiques causant des brûlures sur la peau, les balles en plastiques ont blessés des dizaines de personnes, dont une femme enceinte. Par ailleurs, des grenades cataplexiantes (incapacitantes) ont semé la terreur dans tous le quartier.

L’intervention a eu lieu alors qu’il n’y avait aucune manifestation, aucun rassemblement ni dans le parc Gezi, ni sur la place. C’était un samedi ordinaire et les habitants étaient venu avec leurs enfants pour prendre l’air dans ce parc.

Cette intervention a été faite hier à partir de 19h40 alors que la Plateforme de Taksim avait annoncé à 11h00 le retrait pacifique des occupants du parc dès lundi.

Les affrontements ont duré jusqu’au petit matin, j’étais coincé entre les barricades et la police. Je me suis réfugiée dans un passage commerçant, la police a même lancé le gaz à l’intérieur de tous ces passages où les gens s’étaient réfugiés. J’ai été gazée, et j’ai vu des gens tomber comme des mouches sur la rue Istiklal.

Des milliers ont afflué de tous les quartiers d’Istanbul pour venir en soutien à Gezi Park et les manifestants. La municipalité a annulé tous les transports en commun dès 11h00 pour empêcher cela mais les gens sont passé de la rive asiatique en marchant sur les ponts du Bosphore. La police a gazé ces gens à pied sur le pont même, sans leur laisser une issue de sortie, sauf peut-être de se jeter par le pont.

Les hôtels qui ont accueilli les gens blessés ont été gazés de l’intérieur. Les touristes ont accueilli les blessés dans leur chambre d’hôtel mais ont subi également les violences car les lobby et réceptions, transformés en centre de soins médicaux, de ces hôtels ont été attaqués par la police. Ceci est un crime contre l’humanité, du jamais vu même dans les pays avec des régimes les plus répressifs.

Toute cette violence n’a pas arrêter le peuple qui s’est regroupé dans chaque quartier.

Nous ne connaissons pas exactement le nombre de blessés, mais nous savons qu’il y a plusieurs blessés dans un état grave, nous en sauront plus dans quelques heures.

Des centaines de gens blessés n’ont pas pu recevoir de soins médicaux car les forces de l’ordre ont interdit l’accès des ambulances à Taksim.

Aujourd’hui, Erdogan tient un meeting à Istanbul avec ses supporters, qu’il n’hésitera sans doute pas à lacher contre les résistants.

Les habitants des 70 villes du pays sont dans la rue aujourd’hui pour protester.

Des dizaines de milliers sont en train de marcher vers la place Taksim. La violence du pouvoir actuel contre ses citoyens doit être arrêter au plus vite.

Je vous demande de divulguer le message partout où vous pouvez. C’est vraiment très grave et cela va sans doute continuer.

La désinformation du pouvoir ne doit pas être relayée par les médias européens mais la vérité doit être entendue partout dans le monde.

Merci à tous de faire en sorte que l’information circule le plus vite et largement possible.

Ce dimanche 16 juin, nous nous attendons malheureusement à la suite des violences.

Defne Gursoy

Istanbul, 16 juin 2013, 11h00 (heure locale)

Turkish Prime Minister : Pay attention to the demands of women resisting in Taksim Gezi Park!

In the last week, women across Turkey have joined the millions of people taking to the streets to stand against state violence and oppression. In more than fifty cities across the country, women joined the resistance against Prime Minister Recep Tayyip Erdogan and the violent police response to peaceful protests in Taksim Square, Istanbul.

Women have good reason to stand against Erdogan. Long before Gezi Park they have felt and fought against repeated attacks on their rights, freedoms and bodies.

Erdogan and those surrounding him have actively allowed violence against women to continue in homes and on the streets. In the introduction of the ‘unjust provocation’ law they have offered institutional protection to the men who perpetrate this violence. For the women experiencing it, they have refused to open shelters. Women who have been raped or harassed have been blamed and called immoral.

Women’s reproductive rights have been systematically attacked by Erdogan. He has told every woman that it is their duty to give birth to a minimum of three children. He has opposed caesarean sections. He has branded abortions murder, comparing them to the aerial bombardment by his own military of the Kurdish region of Roboski, in which 34 civilians were killed. Only last year he attempted to bring in legislation that might ban abortions altogether.

Changes made by Erdogan to education policy have made it legal for families to discontinue their children’s school-based education after only four years; a policy that’s impact is and will continue to be felt primarily by girls.

These, and so many more of the policies and beliefs of Erdogan and his government, have restricted and damaged women’s lives.

As resistance continues, women have demands that must be heard. The infringement on women’s rights perpetrated by Erdogan is being called to account by women all over Turkey. I sign this petition to support their call for Erdogan to pay attention to their demands. I sign this petition in solidarity with the resistance of women in Turkey. 

pour signer : Petition | Turkish Prime Minister : Pay attention to the demands of women resisting in Taksim Gezi Park! | Change.org

Rassemblement de soutien aux campeurs de Gezi Park à Taksim

Nous appelons à exprimer votre solidarité en participant au

RASSEMBLEMENT

Le mardi 4 juin à de 19h

À la Fontaine des Innocents

Metro : Chatelet – Les Halles

Nous condamnons le recours excessif à la force contre des manifestants pacifiques à Taksim en Turquie.

Nous sommes préoccupés par l’usage excessif de la force, y compris spray de gaz poivré contre des manifestants pacifiques dans un parc au centre d’Istanbul.

Gezi Park à Taksim, Istanbul, est confronté à la démolition pour donner place à la construction d’un centre commercial. Des milliers de manifestants opposés à ce projet campent dans le parc depuis plusieurs jours. Depuis le début de l’occupation du parc, plusieurs milliers de personnes sont venues témoigner de leur soutien : des associations culturelles, des syndicats, des groupes d’artistes, d’étudiants, des défenseurs de la nature, des anticapitalistes…

Le vendredi 31 mai à l’aube, la police est intervenue pour détruire leurs tentes, et a utilisé du gaz poivré pour disperser les manifestants. Plus de 23 manifestants ont été grièvement blessés.

Les droits fondamentaux internationaux exigent que lors des dispersions, les policiers évitent l’utilisation de la force.

Nous appelons l’ouverture d’une enquête rapide, indépendante et impartiale sur les allégations d’excès et l’utilisation inutile de la force, et de veiller à ce que les fonctionnaires de la police responsable d’usage arbitraire ou abusif de la force soient poursuivis.

Nous exprimons notre solidarité avec ce mouvement et appelons à un rassemblement de soutien aux campeurs de Gezi Park à Taksim.

Nous appelons à exprimer votre solidarité en participant au

RASSEMBLEMENT

Le mardi 4 juin à de 19h

À la Fontaine des Innocents

Metro : Chatelet – Les Halles

Les premiers signataires :

L’ACORT -L’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie

Ligue des droits de l’Homme – LDH

Assemblée européenne des citoyens (AEC-HCA France)

CEDETIM – Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale

Réseau IPAM – Initiatives pour un autre monde

FTCR- Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rive

ATMF- Association des Travailleurs Maghrébins de France

Comité pour le Respect des libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie

FASE (Fédération pour une Alternative Sociale et écologique)

Note :

Le rassemblement de ce mardi à 19h se veut une manifestation de soutien à la lutte pour la sauvegarde de Gezi park et contre les violences faites par la police.

Par conséquent, l’objectif est d’informer l’opinion publique française et de sensibiliser la société française (syndicats, partis politique, citoyen…) pour que de tels comportements policiers ne se produisent plus ni en Turquie ni dans d’autres pays.

Il ne s’agit pas d’une lutte « nationale » mais bien d’une lutte internationale pour un autre monde.

Aussi, nous ne permettrons pas les banderoles des organisations politique turque, ni la présence des drapeaux, ne le portrait de qui que ce soit. Tous les nationalistes de tous bords sont priés de ne pas venir déranger notre manifestation.

Nous essayons d’organiser une prise de paroles des organisations et des partis politiques français pour soutenir notre lutte. Parce ce qu’un autre monde, sans drapeau, sans étiquette, international et de solidarités entre les peuples est possible.

L’art en action pour la justice

Le 24 janvier dernier, Pınar Selek a été condamnée à la prison à
vie pour un crime qu’elle n’a jamais commis.
Ils veulent la réduire au silence.
Manifestons pour lui rendre sa voix !

Comment participer ?

L’événement est lancé.

.En Turquie, une étudiante de l’université stambouliote où Pınar
Selek était inscrite donnera une performance. Un artiste vivant dans
une des îles d’Istanbul crée une exposition publique dédiée à
Pınar en présentant des installations à ciel ouvert sur la route
allant de son atelier au port, une autre diffusera le documentaire
qu’elle a réalisé pour Pınar.
En France, des poèmes, des photos sont d’ores et déjà publiés
sur la page Facebook <7 et 8 mars – Justice pour Pınar Selek>, qui
accueillera les actions dédiées à Pinar à l’occasion de la
Journée internationale des femmes.
Tous les moyens d’expression artistique sont bons ! Photos,
spectacles, textes en prose ou poèmes, musique et chanson, dessins et
peintures sur toile ou à la craie… Chacune, chacun peut nous les
communiquer et déclarer “Voilà ma contribution à la cause de  
Pınar, de la liberté et de la justice”.

Nous joignons à ce message l’affiche de la manifestation publiée
sur les pages Facebook.    Affiche 7 & 8 mars 

Vous pouvez l’imprimer, inscrire votre nom
sous l’image, coller l’affiche ou l’accrocher dans un endroit
visible, la prendre en photo et la partager sur nos pages Facebook,
ou nous envoyer l’image par courriel :
<sanatadalet@gmail.com>.

Tous les documents seront ensuite rassemblés sur un blog, puis
publiés en catalogue, dans un livre édité pour l’occasion et qui
gardera la mémoire de cette action.

L’atelier artistique des 7 et 8 mars est organisé en toute
indépendance, mais les groupes citoyens, les associations, les
galeries peuvent s’y associer et le soutenir.

Liens:

https://www.facebook.com/events/260211390776988
http://www.facebook.com/7Et8MarsJusticePourPinar
Blog: http://7-8mart.blogspot.com/

Retour d’Istanbul

En complément des textes antérieurs : PINAR SELEKAppel du collectif de Solidarité à Pinar SelekAnalyser les blessures de la société pour être capable de les guérir

La sociologue Pinar Selek a donc été condamnée le 24 janvier à la prison à perpétuité et un mandat d’arrêt est lancé contre elle en Turquie. Ses avocats ont bien sûr fait appel de ce verdict inique, qui entend conclure un procès marqué par d’innombrables violations de procédure. Au-delà de l’indignation et de la colère qu’il soulève chez les soutiens politiques, intellectuels, universitaires et militants qui, depuis des années, en Turquie et ailleurs, se mobilisent autour de Pinar Selek, ce verdict établit clairement le caractère politique de l’acharnement judiciaire dont elle est la cible depuis bientôt quinze ans. Arrêtée en 1998, accusée à tort d’avoir commis un attentat terroriste, acquittée à trois reprises sur la foi de rapports d’experts, Pinar Selek est en réalité poursuivie en raison des recherches qu’elle mène conformément à l’éthique universitaire et à ses convictions féministes et antimilitaristes. Son « tort », aux yeux de ses accusateurs, est d’avoir orienté son travail en direction des groupes sociaux opprimés, et en particulier d’avoir mené des enquêtes de terrain sur la situation vécue par les Kurdes. C’est cela qui lui vaut cette sentence révoltante d’injustice.
Au retour d’Istanbul, c’est d’abord à Pinar que nous pensons, à sa force, à son courage, à la nécessité de témoigner plus que jamais notre solidarité à cette femme qui prise si fort sa liberté.
Non, Pinar Selek n’est pas seule ! La soixantaine de personnes qui composaient les délégations allemande, italienne et française présentes à Istanbul le 24 janvier 2013 en a encore apporté la démonstration éclatante. Aujourd’hui, au retour, nous pensons aussi avec admiration et reconnaissance à toutes celles et ceux qui nous ont accueillis sur place avec tant de chaleur et d’amitié.
Nous tenons à saluer le  travail remarquable accompli par la plate-forme turque « Nous sommes tous témoins ». Les féministes, les juristes, les militants des droits humains qu’elle rassemble ont tout mis en œuvre pour que nous puissions faire connaissance et échanger des informations. Souvent prévenus au dernier moment des arrivées des uns et des autres, ils ont réussi à tous nous héberger chez eux ou dans des maisons amies. Leurs juristes avaient réuni pour nous des renseignements indispensables, traduits en français et en anglais. Des interprètes bénévoles ont traduit les discussions lors des réunions organisées avant et après l’audience au local de l’association féministe Amargi. Grâce à leurs paroles à tous et à leur écoute, à leur confiance, à leurs attentions, Pinar a constamment été avec nous, à Istanbul.
Le jour de l’audience, ils nous ont laissé au tribunal une place inouïe qui a permis à l’ensemble des délégations étrangères d’assister au déroulement de l’audience.
Ils nous ont de fait laissé toute la place, pour qu’à notre tour nous témoignions de ce que nous avons vu et entendu ce jour-là. Ils nous ont encore fait une place immense lors des conférences de presse de la matinée et de la soirée, lors des rassemblements et de la manifestation spontanée qui a suivi le verdict.
Les contacts que nous avons noués, ensemble et individuellement, sont sûrement ce que nous ramenons de plus précieux d’Istanbul. Bien sûr, cela ne diminue en rien le choc de la sentence prononcée contre Pinar. Mais pour reprendre une image qui lui est chère, là-bas, pendant ces quelques jours, des chemins se sont croisés, des liens se sont tissés. Ces rencontres nous donnent la force et l’énergie de poursuivre, ici, la campagne engagée pour la liberté de Pinar Selek.

 

28 janvier 2013, Le collectif de solidarité avec Pinar Selek

solidaritepinarselek.france@gmail.com

Appel du collectif de Solidarité à Pinar Selek

Voir précédents textes : PINAR SELEK

Pinar Selek, sociologue et militante féministe et antimilitariste turque lutte depuis 14 ans contre un acharnement politique et juridique.

A l’audience du 13 décembre dernier, les juges de la 12e cour pénale d’Istanbul étaient prêts à condamner Pinar Selek, malgré trois acquittements prononcés par cette même cour en 2006, 2008 et 2011.

Les avocats ont plaidé l’illégalité de la procédure et demandé le dessaisissement de la cour, ce qui explique le report au 24 janvier prochain.

Ce sera le dernier acte de cette affaire kafkaïenne, la dernière étape d’une lutte de 14 ans et nous devons nous mobiliser.

Le 24 janvier, nous pouvons empêcher cette condamnation !

⁃    Soyons nombreuses et nombreux à Istanbul le 24 janvier. La délégation doit être la plus impressionnante possible !

⁃    Si vous pouvez venir, dites-le vite au collectif  : solidaritepinarselek.france@gmail.com

⁃    Si vous ne pouvez pas venir : d’autres sont disponibles et seraient très utiles sur place, mais n’ont pas les moyens de financer leur voyage (environ 200 € par personne), nous lançons donc une souscription. Faites vos chèques à l’ordre de Association La Lune et envoyez-les à :

Association La Lune

Maison des Associations

1A, place des Orphelins

67000 STRASBOURG

Pinar Selek lutte pour la paix et la justice pour tous et toutes : Solidarité internationale !!!

Pinar Selek n’est pas seule !

Le Collectif de Solidarité avec Pinar Selek en France