Archives de Catégorie: Philo…

Heureusement qu’à 17 ans, je n’ai pas compris…

Sur ma première dissertation, le professeur de philosophie barra le mot « inatteignable » et écrivit dans la marge « inaccessible ». C’était, à l’évidence, une faute de français. Depuis lors, et jusqu’à aujourd’hui, je sursaute quand j’entends, à la radio ou ailleurs, le mot interdit. Lire la suite

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Colporteuse, ou l’épreuve de l’histoire

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

Colporteuse1

Colporter, c’est se déplacer ; c’est avoir un baluchon, plein de marchandises. Colporter, c’est n’avoir que son corps pour se transporter, pour voyager, soit parce que les moyens manquent, soit parce que le but du voyage nécessite une forme singulière de parcours. Colporter, c’est tracer son chemin. Ici, il s’agit d’un parcours dans la pensée féministe.

La colporteuse du féminisme, figure contemporaine, pratique le parcours individuel dans une histoire collective, à ce moment de l’histoire-là, celle en train de s’écrire à la fin du XXème siècle, au début du XXIème siècle. Lire la suite

Scruter des mots et des secrètes anfractuosités des textes

Ivan Segré est un philosophe et un talmudiste, deux domaines où mes connaissances sont limitées, et encore plus pour le second. Par ailleurs, je n’ai pas un regard aimable sur Alain Badiou qu’il cite ou critique (Comment oublier l’Albanie, les exactions rouges culturelles, le génocide des khmers rouges, etc ?).

C’est aussi un conteur remarquable. Il convient de lire attentivement sa vision du film Triple 9 de John Hillcoat et le récit concernant son oncle Victor – et son « irrémissible étrangeté » – pour être pris-e dans une mise en abime intellectuelle… Lire la suite

Les amis de nos amis

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

Les amis de nos amis seraient-ils nos amis ?1 en principe, oui ; en réalité, c’est incertain. Lors du tournant révolutionnaire, des hommes adhèrent à la société des amis des noirs et sont favorables à une émancipation, radicale ou modérée, des femmes, par exemple Condorcet ou l’abbé Grégoire. Ils s’intéressent même à d’autres groupes d’opprimés, à d’autres amis les protestants, les juifs, mais eux seuls font le lien entre ces divers « amis », dont les oppressions tiennent au sexe, à la couleur, à la religion. Dès lors pourtant, les alliances se noueront et se dénoueront de groupes à groupes, de minorités à minorités, dit-on aujourd’hui, non sans humour. Car l’époque moderne est celle des frères plus que celle des pères, celle de l’appel à la fraternité plus que celle de la reconnaissance de l’autorité ; soit. Les frères, justement, supposent que les amis de nos amis sont nos amis ; mais précisément, c’est une supposition, une théorie, car les frères savent aussi s’entre-tuer. Lire la suite

Il ne s’agit pas d’attendre, mais, par l’action rebelle, de hâter le millénium

lowy-couv1663-703x1024« LA LITTERATURE PEUT-ELLE CONTRIBUER de façon significative à la connaissance de la réalité sociale ? Peut-elle même apporter des éclairages qui vont au-delà des acquis des sciences sociales ? »

Ma réponse est indéniablement oui. Si je pense, en premier lieu, aux littératures sur les camps de concentration et les génocides, je pourrais aussi parler de Marcel Proust cité par les auteurs, ou de ce roman de Marguerite Duras, relu récemment, « Le square », vous-ne-pouvez-pas-savoir-ce-que-cest-que-de-netre-rien/« Le texte littéraire nous fait connaître le réel autrement que les documents et les analyses historiques et sociologiques ».

Erwan Dianteill et Michael Löwy précisent que leur approche ne relève pas de la sociologie de la littérature, que les œuvres seront analysées comme « des révélateurs de certains faits sociaux ». Pour les auteurs, des textes peuvent permettre de mieux comprendre la réalité sociale que des travaux de sciences sociales. « C’est donc bien en tant que sociologues que nous jugeons les limites de la sociologie ! » Lire la suite

Témoigner de l’unicité irremplaçable de tout être humain

destin-gag-couv-667x1024« Il s’agit dans ce livre de la destinée d’un citoyen ­français d’origine allemande et de confession protestante que Hitler fit juif. »

Dans sa préface, l’auteur parle de l’enfance, d’une mystérieuse interdiction d’exister, de conversations de parents « que les enfants comprennent toujours, sans savoir au juste ce qu’ils comprennent », du temps de l’interdiction « aux les juifs de s’assoir sur les bancs, de fréquenter les jardins publics ou les restaurants », des Pimpf (cadets des jeunesses hitlériennes), des enfants du national-socialisme, des enfants « juifs », des cibles de choix de l’extermination, de l’apprentissage irrévocable d’une condition subie, de témoins irréductibles de l’humanité. Le titre de cette note est un extrait de la préface. Lire la suite

Le voile, le burkini et l’impureté de l’Histoire

Claude Lévi-Strauss, dernière page des Structures élémentaires de la parenté : « Mais la femme ne pouvait jamais devenir signe et rien que cela, puisque, dans un monde d’hommes, elle est tout de même une personne, et que, dans la mesure où on la définit comme signe, on s’oblige à reconnaître en elle un producteur de signes. » Lire la suite