Guerre en Ukraine : « La paix ne s’achète pas à n’importe quel prix »

Merci à Ben pour avoir signalé ce texte

Un ami, Constantin Sigov, professeur de philosophie à Kiev, me disait il y a peu qu’il s’agit pour nous de « penser la guerre ». Il a raison : il faut penser la guerre, pour éviter qu’elle ne sépare les peuples, isole l’Ukraine, et efface tout ce qu’il peut y avoir de commun entre les Ukrainiens et nous, Français, Européens. La philosophie n’a d’ailleurs pas à se taire quand commence la guerre. Elle n’est pas une activité réservée aux seules périodes de paix. La plupart des philosophies n’ont été écrites qu’en contexte de guerre : pas seulement le stoïcisme, mais aussi les Méditations de Descartes, le Léviathan de Hobbes, les écrits d’Arendt, et ceux, plus récents, de Michael Walzer durant la guerre du Vietnam.

Il est donc juste de parler de la guerre. Mais une guerre est-elle juste ? À quoi faut-il consentir pour soutenir un peuple ? La question n’est pas uniquement celle de notre pouvoir d’achat. La question est celle du monde que nous voulons. Parce que nous devons, à présent, avoir la ferme conviction que le monde sera ce que nous en ferons. L’apocalypse climatique, qui détruit les océans et les mammifères, les poumons et les hémisphères, doit non pas nous accabler, mais nous persuader de notre liberté : il reste du possible à favoriser. Et si la peur, c’est la certitude que tout est joué, la liberté, c’est au contraire l’idée que tout se joue maintenant. C’est finalement, peut-être, plus lourd à porter. Continuer à lire … « Guerre en Ukraine : « La paix ne s’achète pas à n’importe quel prix » »

Lulu, fragment d’un monde aliéné 

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

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Une des idées les plus fécondes de Theodor Adorno, au regard d’une ou de la théorie féministe, se trouve énoncée sous une forme abstraite dans la Dialectique Négative, et reprise dans les Minima Moralia. Elle concerne la prétendue identité à soi-même, à partir de laquelle se lirait un caractère, une personnalité ou encore ce que l’on dit être la féminité. « Du point de vue de la liberté, écrit-il, les sujets ne sont pas identiques à eux-mêmes car le sujet n’est pas encore sujet et cela justement parce qu’on l’instaure sujet ; le soi est l’inhumain. Liberté et caractère intelligible sont apparentés à l’identité et à la non-identité sans se laisser clairement et distinctement inscrire d’un côté ou de l’autre » et un peu plus loin : « La personnalité est la caricature de la liberté » [1]. Ainsi peut-on lire dans les Minima Moralia : « Le caractère féminin et l’idéal de féminité suivant lequel il a été modelé sont le produit de la société masculine. L’image d’une nature non-altérée n’apparaît que dans l’altération où elle exprime son contraire […] Le caractère féminin est le négatif de la domination. Et de ce fait il est aussi mauvais qu’elle » [2]. Le fait que « toutes les natures féminines sans exception sont conformistes » [3] se comprend non pas à partir de ce que seraient les femmes, mais à partir de ce qu’il en est du processus de naturalisation. Les pages qu’Adorno consacre à l’opéra Lulu d’Alban Berg, « expériences faites au contact de l’œuvre », comme il l’écrit, et non pas véritable analyse musicologique, peuvent être comprises comme le développement de cette analyse où ce qui se donne comme « caractère féminin » est l’envers, la face cachée de la domination. Continuer à lire … « Lulu, fragment d’un monde aliéné « 

Liberté, émancipation, autonomie. Avoir le courage, prendre le risque d’imaginer, de penser, d’agir… (+ Non à Frontex : les femmes contre la surveillance des frontières européennes)

Bien qu’il soit un peu long, ne plie pas au code des médias, cet essai n’est pas réservé à des spécialistes. La réflexion critique, la délibération, la prise de distance, l’imagination concernent tout le monde. Avec Frontex, la question politique d’une Europe constituante revient au devant de la scène par la petite porte. Comme les réfugiés, les industries, les déchets, etc., le capitalisme expansionniste trouve ses limites, la guerre n’est plus externalisable. Elle revient en boomerang. Elle est partout. Dans un monde fini, il n’y a plus de dehors. L’expansion et l’externalisation ne sont plus possibles sans graves conséquences : un processus de destruction des humains, de la nature, de la planète est une réalité. La révolution – laquelle, où, quand ? Comment la nommer ? – est à la porte.
Ce qui est en jeu dans la participation de la Suisse à Frontex et dans les négociations en cours entre la Suisse et l’UE échappe encore à l’imagination, à la conscience politique brouillée par des mensonges. « C’est cher payé, mais Frontex nous protège », dit-on. « Schengen sécurise les affaires », pense-t-on. « Nous agissons pour vous, faites-nous confiance », déclare-t-on.
Il est possible de rester à la surface des choses, de subir l’utilitarisme brutal et les intérêts à courte vue. Le mensonge, la haine, le pillage, la violence à nos risques et périls. L’écho que rencontre une action de minoritaires courageux suffit à montrer que s’interroger sur Frontex implique, dans la suite de la votation suisse du 15 mai 2022, de reprendre l’initiative sur l’Europe en se gardant de l’utilitarisme du marché, de l’injonction à obéir, de la sûreté guerrière qui remplace la sécurité, la protection, en luttant pour une
hospitalité politique constituante pour l’Europe et la planète.
A première vue, l’illusion de l’efficacité du tout économique, autoritaire, sécuritaire, la force policière militarisée, la suspension de la loi et des droits du aveuglent font douter de l’Etat de droit quand, la frontière entre le légal et l’illégal s’efface et devient discours de légitimité, parle à notre impuissance, nos doutes, nos colères. Ces illusions et la brutalisation des sociétés européennes, la cruauté et la banalisation de la violence, tentent d’enterrer la curiosité pour le monde (par la peur), et la liberté. De figer le pouvoir d’agir, de penser.
Nous sommes mis au défi d’ouvrir les yeux et les oreilles. De ne plus dénier le sac- cage, la violence sans limites. De nous réapproprier une autonomie d’agir et de penser. D’entendre, écouter ce que disent autour de nous les travailleurs, les chômeurs, les précaires, les pauvres, les gilets jaunes, quand ils dénoncent leurs conditions de vie, les exilés en fuite, les solidaires, condamnés pour « délit de clandestinité » et « délit de solidarité », les femmes, les jeunes du climat, etc..
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De la métaversalisation du monde

La crise covidaire, l’interminable mise en panne de la planète, l’insoutenable suspension des libertés publiques semblent inaugurer la métaversalisation de la planète. L’usage numérique transforme définitivement les modes de communication, de consommation, de perception, d’expression. Facebook, créé en 2004 par cinq d’étudiants de Harvard, banalement baptisé du nom anglais de trombinoscope. Deux décennies plus tard, une personne sur deux dans le monde est connectée à un réseau social, Facebook, en se taillant la part du lion, devenant une puissance planétaire. Les humains sont irrémédiablement béquillés de téléphones mobiles multifonctions, de Smartphones, d’objets connectés, implantés de puces génétiques. Les échanges commerciaux, les interactions sociales s’effectuent de plus en plus en ligne, en temps réel. La 5G fait basculer le monde dans l’intelligence artificielle, la robotisation, la transhumanisation, le métaversalisme. Continuer à lire … « De la métaversalisation du monde »

L’ironie utopique de Levinas

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Ce recueil rassemble les écrits de Miguel Abensour (1939-2017), consacrés au philosophe Emmanuel Levinas (1905-1995), d’origine lituanienne, naturalisé français. Ces textes (dont certains inédits) couvrent une période de trois décennies – de 1988 à 2008 – et abordent divers aspects de la philosophie de l’auteur de Totalité et infini (1991), dont la confrontation avec les positions de Sartre autour de la question juive, dans les années 1945-1947. Rappelant que « c’est à Levinas que l’on doit principalement l’introduction de la phénoménologie en France » (page 104), Abensour entend « débanaliser Emmanuel Levinas » (page 163), rendre compte de la complexité et des exigences de sa pensée, ainsi que de son écriture si particulière : « Levinas creuse emphatiquement l’écart » (page 135). Continuer à lire … « L’ironie utopique de Levinas »

Amour, bonheur… égalité

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« Janvier 2021, en grandes lettres colorées sur un large mur parisien s’affichait ce slogan manifeste, « L’amour est déclaré » : comme on déclare la guerre, on peut déclarer l’amour ; « À l’amour comme à la guerre », dit-on. On entend bien que ce n’est pas une déclaration d’amour singulière, mais une phrase impersonnelle. L’amour est déclaré, pour toutes et tous : le monde entier est concerné. ».

Je n’aborde dans cette note que la présentation, « L’amour est déclaré » de Geneviève Fraisse. L’autrice revient sur le début du XIXe siècle, sur trois essais titrés De l’amour, Pivert de Senancour (1806), Destutt de Tracy (1815) et Stendhal (1822). Une suite « logique ou pas » des lendemains de la Révolution française. La question de l’importance du bonheur. Continuer à lire … « Amour, bonheur… égalité »

Mustapha Saha : Patchwork sartrien des temps pandémiques (+ Le discours de l’araignée)

« On a souvent dit que nous étions dans la situation d’un condamné parmi les condamnés, qui ignore le jour de son exécution, mais qui voit exécuter chaque jour ses compagnons de geôle. Mais ce n’est pas tout à fait exact : il faudrait plutôt nous comparer à un condamné à mort qui se prépare bravement au dernier supplice, qui met tous ses soins à faire belle figure sur l’échafaud et qui, entre-temps, est enlevé par une épidémie de grippe espagnole » (Jean-Paul Sartre, L’Etre le Néant, éditions Gallimard, 1943). Continuer à lire … « Mustapha Saha : Patchwork sartrien des temps pandémiques (+ Le discours de l’araignée) »

Commentaire inspiré par la lecture de La dictature de l’ego de Mathias Roux

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Vivre sa vie comme une compétition sportive consacrée au dépassement de soi « séquestre nos contemporains dans une impasse narcissique1 ». Ambition bavarde qui propose « le développement personnel » comme idéal émancipateur du « Moi » (le vrai, l’hypertrophié). Une logorrhée égocentrée « vendue » par des personnalités boursoufflées qui font commerce de « leur méthode » sur fond de malaise ambiant.

Le succès des officines et de l’abondante littérature consacrée au développement personnel et au petit commerce du bien-être « atteste de l’existence d’une souffrance à grande échelle ». Marché que l’on devrait plutôt qualifier de « marché du mal être ». Ce marché est en pleine expansion et son offre pléthorique témoigne d’une demande accrue. « Elle va de pair avec « la marchandisation enthousiaste de la quasi-totalité des dimensions de la vie humaine » et surtout de l’administration de chacune de ses manifestations. De l’individualisme émancipateur des libertaires au fétichisme-narcissique du libéralisme, la grande confusion entretient toutes les ambiguïtés et repose sur une captation d’héritage. Véritables sables mouvants dans lesquels s’enfonce l’ambition du postulant. Les subjectivités qui répondent à l’appel ne tolèrent plus aucune frustration et évoquent sans cesse « le dépassement de leurs limites ». Continuer à lire … « Commentaire inspiré par la lecture de La dictature de l’ego de Mathias Roux »

L’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière

Dans sa préface, Feu dans la nuit rouge, Alex Januário parle de lumière, du positionnement d’insurgé et de surréaliste de Michael Löwy, de rigueur critique et poétique, de l’amour, la poésie et la liberté, « Ces trois forces que l’on retrouve comme des éléments moteurs dans chacun de ces deux champs, sont des pierres alchimiques de lumière noire, des rayons qui peuplent la nuit et les rêves, autant de rets incantatoires qui évoquent ici les images orageuses du mystère qui les entoure », des gouffres de l’âme et des mouvements révolutionnaires, des forces d’insoumission et de réenchantement, « La Comète incandescente déchire le soleil noir et s’installe dans la nuit aimante comme la lumière de la plus-réalité poétique, abrasive, transformatrice. Magique et séminale, l’illumination profane et subversive »… Continuer à lire … « L’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière »

« Il y aura un avant et un après ! »

Si nous voulons comprendre où nous en sommes,
regardons ce que nous avons fait.
Si nous voulons savoir où nous allons, regardons ce que nous faisons.

M. De La Palisse n’aurait pas dit mieux. Il y a toujours un après après un avant. Evidemment, l’idée sous jacente, c’est que l’après ne sera plus comme l’avant. Soit ! La difficulté commence quand nous devons définir comment a été l’avant et comment devra être l’après. L’avant, c’est tout ce qui a été jusqu’à maintenant. Cette réalité est une et indivisible. Elle a une dimension infinie dans tous les domaines, dans l’espace comme dans le temps. Elle est d’une telle complexité qu’il est impossible pour un cerveau humain d’en percevoir la totalité. Continuer à lire … « « Il y aura un avant et un après ! » »

Desexil. Praxis – Mémoire – Archives

COMMENT LIRE LES MATERIAUX ?

CONDITIONS D’ACCES ET D’USAGE

REVUE DESEXIL. PRAXIS-MEMOIRES-ARCHIVES

« Mettez tout cela par écrit sans rien cacher, car rien n’est plus émouvant que l’expérience vécue et l’observation directe (…).
Je suis toujours impressionnée par l’incompréhensible car cela cache peut être quelque chose qui nous est favorable. C’est rationnel chez moi ».
Ajar Emile, Gros Calin.

I. INFORMATIONS GENERALES

COMMENT LIRE TOUS CES MATERIAUX ?

Ce qui était prévu comme un petit travail de quelques semaines de mise en ordre de publications, de documents, de livres, de sources diverses au moment de transmettre un héritage après 50 ans de travail, a pris une ampleur inédite au fil des mois. Avec des limites inédites aussi. Le Covid-19 a représenté à la fois une limite matérielle, sociale, un ralentissement du temps et un miroir extraordinaire pour repérer ce qui était caché sous le tapis ou alors invisible durant ces 50 dernières années. Notre souci, lier le travail de mémoire sur l’avant à l’après Covid-19. Nous avons compté avec nos propres limites matérielles et nos propres choix ouverts à la réflexion critique. Continuer à lire … « Desexil. Praxis – Mémoire – Archives »

La tyrannie de la croyance

Il y a longtemps, avant l’apparition sur terre de l’humain, la vie ignorait la croyance. L’animal, une gazelle dans la savane, ne connait que ce que ses sens lui permettent de percevoir : ce qu’elle voit, entend, sent, ressent. Cette perception est dans l’instant présent et à une distance spatiale limitée et tout est vrai. Tout ce qui se trouve hors de son cercle de perception n’existe pas pour elle. Si cette gazelle vit en Afrique, elle ignore que l’Australie brûle. Continuer à lire … « La tyrannie de la croyance »

Le jazz, Adorno et Benjamin

« Il fallait que notre art occidental fût d’abord saturé d’harmonie et d’orchestre pour que celui-ci passât, d’accord avec le jazz, à l’extrême opposé et pour qu’ainsi la musique pût reprendre un nouveau départ ».1

Appréciée ou pas, il est aujourd’hui difficile de nier que le jazz a été une des musiques les plus créatrices du XXème siècle. Cet article voudrait attirer l’attention sur ce paradoxe qui veut qu’un phénomène culturel majeur, bien que marginal, ait subi les foudres d’un philosophe engagé dans une critique acerbe de la culture de masse. Certes Adorno – il s’agit bien du philosophe allemand de l’Ecole de Francfort – n’est pas le seul à exprimer une aversion pour ce langage musical : par exemple, Pierre Boulez, compositeur et chef d’orchestre ira jusqu’à considérer le jazz comme « une musique de bar » et l’improvisation qui le caractérise comme « une sorte d’onanisme en public ». Mais Adorno tranche avec les autres détracteurs par sa hauteur de vue. Il est sans aucun doute le seul philosophe d’envergure à avoir pris au sérieux le jazz, même si souvent de façon rigide et injuste. Également musicien et chef d’orchestre, sa critique combine une dimension musicologique avec l’étude de la dynamique de l’industrie culturelle. Ce dernier thème alimentera un échange avec Walter Benjamin concernant la reproductibilité de l’œuvre d’art qui se révèle utile dans l’appréhension de la singularité du jazz. Continuer à lire … « Le jazz, Adorno et Benjamin »

L’universel comme privilège d’une catégorie sur les autres

Dans son introduction, Geneviève Fraisse aborde un discours philosophique chez Platon, la servante de Thrace, celle qui n’a pas de nom, la question des sexes, un problème philosophique encore incertain, l’être et la pensée « à coté ».  Le texte se termine par Dix clés pour ouvrir les textes qui suivent, dix-cles-pour-ouvrir-les-textes-qui-suivent-extrait-de-lintroduction-du-livre-de-genevieve-fraisse-a-cote-du-genre-sexe-et-philosophie-de-legalite/, publié avec l’aimable autorisation de l’autrice. Elle y aborde, entre autre, le genre comme concept, la neutralisation des femmes et les effets du sexe, les mots sexe et genre, la « différence des sexes » comme catégorie vide, la pensée démocratique, l’opérateur « égalité », la démocratie exclusive, l’alliance égalité liberté, l’émancipation des femmes, le service, le consentement, la tradition philosophique, la reconstruction de la pensée et l’insuffisance de la déconstruction, l’invisibilité des femmes, l’histoire et l’inachèvement démocratique, l’égalité et l’inexistence d’un mouvement spontané, la représentation intemporelle des sexes et le refus de l’historicité, la contradiction entre le féminisme et les pensées radicales, le contretemps de la finalité féministe, l’exigence épistémologique, le sujet et l’objet, le statut particulier de la pensée des sexes… Continuer à lire … « L’universel comme privilège d’une catégorie sur les autres »

Dix clés pour ouvrir les textes qui suivent (extrait de l’introduction du livre de Geneviève Fraisse : A côté du genre. Sexe et philosophie de l’égalité – 2010)

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

1. Le genre est un concept philosophique neuf. Il s’emploie au singulier plutôt qu’au pluriel. Il déplace les sexes vers un espace de pensée prometteur. Mais il est à la fois une loupe grossissante et un écran trompeur; un écran qui neutralise les femmes autant qu’une surface où s’écrivent les effets du sexe.

2. « A côté du genre » est un titre qui incite à la distance. Parce que sexe et genre sont des mots qui n’ont pas fini de jouer avec la dualité et le neutre, on maintiendra que la « différence des sexes » est une catégorie vide et on choisira de ne pas courir après les définitions (quel sexe, quelle sexualité, quelle identité). Continuer à lire … « Dix clés pour ouvrir les textes qui suivent (extrait de l’introduction du livre de Geneviève Fraisse : A côté du genre. Sexe et philosophie de l’égalité – 2010) »

Sortir de l’embarras et dégager une position d’émancipation insurrectionnelle

J’ai suivi les indications de Marie-Claire Caloz-Tschopp, « Ce livre s’adresse à tout le monde. La pratique philosophique est à tout le monde. Le nombre de pages ne doit pas effrayer et éloigner les lectrices et les lecteurs. J’aurais voulu être artiste, peintre, musicienne, danseuse. Et qu’il n’y ait pas tant de mots ». Mes compétences dans le domaine philosophique sont limitées et je ne connais que certain·es des auteurs et autrices étudiées. Cependant, j’ai savouré les présentations, réfléchi aux lectures et analyses, recoupé les lignes de force avec certaines de mes préoccupations, trouvé des convergences, parcouru ces espaces tendus vers l’émancipation. Je fais mien son prologue, « Désir de partager une trouvaille cachée sur la scène de la migration, au bout d’un long périple derrière des arbres qui cachent la forêt : la liberté politique de se mouvoir. Egarée, retrouvée par bribes, appropriée, grâce à un jeu de curiosité d’enfance qui a pris quelques longs mois. Ni un jeu d’échec, ni un jeu de go. Un puzzle de l’étonnement, des pièces à rassembler autour d’un fil rouge » Continuer à lire … « Sortir de l’embarras et dégager une position d’émancipation insurrectionnelle »

Mondialité et processus de créolisation

Les six entretiens retranscrits (Les entretiens radiophoniques ont été réalisés en direct. Ils ont été transcrits par Théodore Dillerin, et l’entretien privé sur la politique par Steeve Baccarard) dans ce volume portent principalement sur la réflexion philosophique de Glissant. Ils sont suivis par des articles qui prolongent nos discussions sur des enjeux théoriques (la transmission sans universel), poétiques (les figures motrices de l’écriture) et politiques (l’Europe depuis l’Afrique, les concurrences mémorielles, la comparaison entre la Traite et la Shoah). Dans les traces et les échos de Glissant se dessine, selon son expression, « une nouvelle région du monde », à la fois un espace et une direction, une écoute et un appel. Continuer à lire … « Mondialité et processus de créolisation »

Les mots subversifs de l’émancipation de toustes et de chacune

« Alors le concept, outil de compréhensions donne à la fois le relatif d’un moment donné, et l’absolu de l’exigence d’abstraction »

La reprise avec de petites introductions de textes publiés depuis le début des année 2010. Une invitation à déambuler à la lumière rougeoyante de l’égalité et de l’émancipation. « La colporteuse emprunte le chemin de l’Histoire tout en offrant à qui voudra ce que les événements et les conflits lui ont permis de penser »… Continuer à lire … « Les mots subversifs de l’émancipation de toustes et de chacune »

Démocrates… et sexistes

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Des Lumières jusqu’à la fin du XXe siècle, la majorité des penseurs progressistes ont refusé l’égalité des sexes. Pour Rousseau ou Proudhon, pour les révolutionnaires de 1789 comme pour les leaders du mouvement ouvrier, la démocratie s’arrête aux portes de l’espace privé.

La question n’est pas celle de la misogynie mais du lien entre pensée politique (contrat social, Révolution, mouvement ouvrier) et refus de l’égalité des sexes.

Entretien avec Geneviève Fraisse 

Propos recueillis par Charles Giol

Vous avez été la première, en France, à étudier les fondements de ce que vous appelez la « démocratie exclusive »… Continuer à lire … « Démocrates… et sexistes »