Migrer comme stratégie de survie et acte d’amour

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« Deux constats criants. D’une part, l’absence de démocratisation des sociétés centro-américaines – et l’insécurité physique, sociale, environnementale ou politique qui en résulte – comme ressort premier de la nécessité de fuir la région. D’autre part, les conditions de la migration elle-même – entre politiques migratoires inhumaines et criminalité endémique – comme atteinte systémique à l’intégrité des personnes et au droit à la mobilité ». Dans son éditorial, editorial-de-bernard-duterme-fuir-lamerique-centrale, publié avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse, Bernard Duterme souligne que « L’espoir ou l’obligation de fuir son pays natal y sont devenus aussi familiers que la violence – physique, sociale, économique, politique, climatique… – qui mine la région ».

L’éditorialiste aborde, entre autres, l’histoire des migrations, « qui renvoie à celle, structurellement injuste, de la formation de ces sociétés périphériques, de ces terres d’exploitation qui ont elles-mêmes longtemps, très longtemps été explorées, colonisées, négociées, dépossédées, touristifiées…, bien avant que ses propres habitants et habitantes n’entrevoient la possibilité de s’en échapper », les interventions des Etats-Unis pour faire et défaire les gouvernements, le marché de la banane et du café, l’United Fruit Company (UFC), les guérillas révolutionnaires, les militaires et les paramilitaires « se rendant coupables de la mort de plus de 90% des centaines de milliers de victimes humaines, surtout civiles (et mayas au Guatemala ; massacres qualifiés d’« acte de génocide » par l’ONU), ainsi que du déplacement interne et externe de millions de Centro-Américain·es », la non-application des accords de paix, le double « processus de libéralisation politique et économique », la démocratisation « formelle, superficielle, électorale », l’extractivisme, « On n’a jamais autant creusé dans les sous-sols latinos et exporté vers les pays riches que ces vingt dernières années » et la reprimarisation de l’économie, les pouvoirs néopatrimonialistes et les collusions mafieuses, la faible industrialisation et les « zones franches » (maquiladoras), l’évolution des niveaux de vie et d’accès à l’éducation, la concentration des patrimoines, la culture dominante « d’un machisme et d’un sexisme dévastateurs », les lois anti-avortement, la logique de « prédation capitaliste »… Continuer à lire … « Migrer comme stratégie de survie et acte d’amour »

 Rapports de genre et dynamiques migratoires : des femmes parlent

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Les chaussures égarées
Accessoires vains
Pieds nus
Têtes en feu
Vos souffles secouent les murmures nocturnes de la forêt
Haletante
Yeux hagards
Intrépides l’espoir seul boussole
Pas une étoile au service de votre destinée
Plus rien ne peut vous ralentir
Ni les cris de l’aigle
Ni le grondement de la rivière
Ni le cadavre de ton compagnon
La force de ton regard
Ouvre les frontières
Casse les barrières

Chantal Ismé Continuer à lire …  » Rapports de genre et dynamiques migratoires : des femmes parlent »

Identitarismes. Antisémitisme vs islamophobie et enjeux de la spatialité

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Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Cet article s’inscrit en contrepoint de l’opération politique et médiatique qui n’a cessé de structurer les oppositions de catégories ethnoculturelles entre elles et de les ériger en « identités meurtrières », selon l’expression d’Amin Maalouf. À partir du filtre d’une catégorie commune comme la spatialité qui est, d’un côté, spécifique et relative (en tant qu’elle est portée par les différents groupes sociaux et culturels), mais aussi universelle, nous voulons dépasser les identitarismes qui saturent le débat public et l‘action politique. Par spatialité, on entend une notion qui, plus que l’approche topologique du lieu, rend compte de la relativité du positionnement dans l’espace, et par l’espace, des différents acteurs sociaux. Une telle approche, en même temps qu’elle est structurelle, se doit obligatoirement d’être duelle, respectueuse d’une double focale à l’instar de celle discutée pour lhistoricité. Elle se réfère à un espace qui est à la fois subjectif en ce qu’il est fondé par les acteurs eux-mêmes et objectif en ce qu’il fait appel à une approche universalisable et universaliste de l’espace.

Plutôt que de mettre en jeu des oppositions identitaires, gravement instrumentalisées, hier comme aujourd’hui, à partir de différenciations culturelles fixistes et préconstruites, cet article veut proposer un cadre réflexif (mais aussi d’action) référé à l’expérience d’une structure spatiale partagée qui fut celle du Moyen-Orient, sur la très longue durée de l’histoire, avant que d’être gravement mise en cause par la violence de guerres successives [1]. Continuer à lire … « Identitarismes. Antisémitisme vs islamophobie et enjeux de la spatialité »

L’acte de manifester pour la démocratie constitue un engagement féministe à part entière

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« Dans un contexte d’éducation massive, d’urbanisation rapide et de transition démographique, des réalités nouvelles sont apparues, comme l’écart dans la réussite scolaire entre les deux sexes dans de nombreux pays en faveur des filles ». Dans son édito, Révoltes arabes : de femmes à féministes, Mahdia Belkadi discute, entre autres, de l’instrumentalisation des femmes par un certain « féminisme d’Etat », des politiques coloniales de dévoilement, de l’islamisation de l’espace public, de scolarisation et d’absence de perspectives d’autonomisation, d’aspiration à « une citoyenneté pleine et entière », des révolutions arabes et des sociétés en mutation, d’engagements féministes, d’honneur à géométrie variable, « l’honneur du groupe, placé dans le corps de « ses » femmes », de la mixité refusée par certains, de la visibilité impressionnante des femmes dans les manifestations, « Déjà présentes dans des espaces devenus mixtes, comme l’université ou la fonction publique, les femmes bouleversent les codes conventionnels en investissant, presque naturellement, le dernier espace public réticent à leur présence : la rue », des agressions sexuelles lors des manifestations place Tahir (Egypte), des expéditions punitives contre des femmes en Algérie, des saoudiennes, de présence des femmes et de présence féministe, « pour beaucoup de femmes, compte tenu du contexte dans lequel elles évoluent, l’acte de manifester pour la démocratie constitue un engagement féministe à part entière », de défiance du « système » et de défiance du patriarcat, d’opportunité historique, « Les périodes de transition qui suivent les élections – remportées par les islamistes – sont caractérisées par une mobilisation des féministes dans le sens d’une préservation des acquis plus que d’une amélioration du statut », du mouvement palestinien Tâli’at et de prise en main de leur narrative, « Puisant leur légitimité dans la violence qu’elles subissent et dans les luttes de leurs aïeules, les féministes arabes renégocient leur implication dans les révoltes et posent l’oppression des femmes comme problème politique », de la convocation du passé « pour mieux tracer l’avenir », des efforts des « frères » pour tenter de préserver les derniers pans de leur conception de l’« honneur », de l’espace virtuel occupée « pour mieux conquérir l’espace public physique »… Continuer à lire … « L’acte de manifester pour la démocratie constitue un engagement féministe à part entière »

Éditorial de Bernard Duterme : Fuir l’Amérique centrale

Avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse

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Deux constats criants. D’une part, l’absence de démocratisation des sociétés centro-américaines – et l’insécurité physique, sociale, environnementale ou politique qui en résulte – comme ressort premier de la nécessité de fuir la région. D’autre part, les conditions de la migration elle-même – entre politiques migratoires inhumaines et criminalité endémique – comme atteinte systémique à l’intégrité des personnes et au droit à la mobilité.Amérique centrale, terre d’émigration ? La forte mobilité centrifuge des ressortissant·es de l’isthme centro-américain à l’œuvre depuis plus d’un demi-siècle l’atteste à l’envi. L’espoir ou l’obligation de fuir son pays natal y sont devenus aussi familiers que la violence – physique, sociale, économique, politique, climatique… – qui mine la région. Entre 10 et 25% des populations nationales déjà ne vivent plus chez elles. Et des centaines de milliers d’émigrant·es supplémentaires – dont de plus en plus de femmes et d’enfants – tentent leur chance chaque année. Pour, à l’arrivée aux États-Unis ou ailleurs, aider financièrement leur famille restée à domicile, à hauteur d’un huitième à un quart du PIB de leur contrée d’origine.

En Amérique centrale, la migration est consubstantielle à la vie de millions de personnes, c’est un fait. Mais cette migration a une histoire qui renvoie à celle, structurellement injuste, de la formation de ces sociétés périphériques, de ces terres d’exploitation qui ont elles-mêmes longtemps, très longtemps été explorées, colonisées, négociées, dépossédées, touristifiées…, bien avant que ses propres habitants et habitantes n’entrevoient la possibilité de s’en échapper. Comme si, au final, une émigration par le bas, de « gens de peu », venait contrebalancer une immigration par le haut, séculaire celle-là, de nobles et de bourgeois venus nourrir les rangs des oligarchies locales. Continuer à lire … « Éditorial de Bernard Duterme : Fuir l’Amérique centrale »

Dans les contes de fées, les princesses n’ont pas de calculette

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« Voilà, en fait, la grande arnaque : si les femmes ne comptent pas, c’est parce qu’elles comptent moins : leur valeur est inférieure à celle d’un homme, en somme ». Dans son éditorial, « Des comptes contre un conte », Sabine Panet parle de comptes, des contes de fées, du travail gratuit, de l’exploitation domestique, de carrières sabotées, de temps partiels, de pensions de misère, de la langue des chiffres, de pain et de roses…

Dossier : C’est combien, les crises ? Les femmes font les comptes

« Même lorsqu’elles sont en couple, leurs dépenses servent au budget du ménage en entier, contrairement aux dépenses des hommes », le coût des choix politiques et économiques, la contribution du « care » à l’économie mondiale, la taxation de la richesse afin « d’investir dans la protection sociale, dans la lutte contre les violences de genre et dans le soutien à la transition énergétique ». Continuer à lire … « Dans les contes de fées, les princesses n’ont pas de calculette »

L’urgence de l’agro-écologie et de la souveraineté alimentaire

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Dans son éditorial, Quels systèmes alimentaires… demain ?, quels-systemes-alimentaires-demain/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Laurent Delcourt souligne la nécessité de repenser nos systèmes alimentaires, « Contre les solutions technologiques des grandes firmes, vieilles recettes emballées dans une nouvelle rhétorique verte et transformiste, la société civile appelle à un changement radical de cap » pour permettre l’éradication de « la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition ». Il aborde, entre autres, la vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle des populations précarisées, la progression du nombre des affamé·es, la désorganisation des « longues chaines d’approvisionnement mondiales » et leur caractère « intrinsèquement excluant et inégalitaire », les conséquences sanitaires liées à la généralisation du modèle agroproductiviste, « Croissance de la faim et de la malnutrition, dégradation de l’environnement, changement climatique et émergence de nouvelles maladies apparaissent comme les symptômes d’un dérèglement systémique qui appelle des réponses systémiques » Continuer à lire … « L’urgence de l’agro-écologie et de la souveraineté alimentaire »

Productivisme industriel, destruction environnementale et masculinité

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« Avec ce numéro, Nouvelles Questions Féministes souhaite explorer les relations entre modernité industrielle, destruction environnementale et patriarcat. Nous partons d’une analyse critique du terme « Anthropocène », lequel vise à rendre compte d’une nouvelle époque géologique dans laquelle serait entré le système Terre à cause de « l’humanité » (anthropos) ». Dans leur édito, Patriarcat, capitalisme et appropriation de la nature, Lucile Ruault, Ellen Hertz, Marlyse Debergh, Hélène Martin et Laurence Bachmann discutent du concept d’anthropocène, de la conception d’une humanité indifférenciée et de ses critiques, d’historicisation des dynamiques et des responsabilités, des termes et d’un grand absent : l’« androcène ».

« Ainsi, ce numéro mobilise la notion d’Androcène afin de rendre visible ce que le monde académique ainsi que de larges fractions du mouvement écologiste, tendent à ignorer : le genre de l’Anthropocène » Continuer à lire … « Productivisme industriel, destruction environnementale et masculinité »

Repenser les droits humains dans une perspective émancipatrice

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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Face à l’enchevêtrement des crises, il faut réinscrire les droits humains dans de nouveaux récits d’émancipation. Cela passe par la construction d’articulations avec les droits de la nature, par la mobilisation du registre des droits humains contre celui du droit des affaires et par la mise en cause des asymétries postcoloniales au sein de l’architecture institutionnelle des droits humains.

Les droits humains fondamentaux, la dignité de la personne humaine, l’égalité des droits des femmes et des hommes, sont au fondement du système des Nations unies. Si les droits humains ont globalement progressé ces septante-cinq dernières années, nous sommes confrontés aujourd’hui à une crise des Nations unies et à une crise des droits humains qui participent d’une crise plus profonde, à la fois multidimensionnelle et systémique.

Il y a un besoin urgent de nouveaux projets visionnaires et mobilisateurs pour l’émancipation de l’humanité et de tous les êtres vivants, ainsi que pour la justice sociale, écologique et de genre. Cela implique de façonner de nouvelles manières démocratiques et internationalistes d’exercer la souveraineté populaire, au-delà des frontières locales et nationales. Les militants ne peuvent poursuivre le « business as usual ». Quel rôle les droits humains peuvent-ils jouer dans la réinvention des institutions publiques et des politiques internationales dont nous avons désespérément besoin pour surmonter les crises multiples ? Continuer à lire … « Repenser les droits humains dans une perspective émancipatrice »

Constructions médiatiques et banalisation de l’extrême droite

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Édito

« L’expansion de l’empire Bolloré et la médiatisation hors norme du candidat Éric Zemmour ont sorti quelques commentateurs de leur torpeur. Interrogé par Libération (15 nov. 2021), l’historien des médias préféré des médias, Alexis Lévrier, analyse le « phénomène Zemmour » : « S’il a d’abord mené la carrière assez traditionnelle d’un journaliste politique, il a largement bénéficié, au cours de la dernière décennie, du retour au premier plan d’une presse obsédée par la désignation d’ennemis de l’intérieur », avant de pointer les médias en question : « Valeurs actuellesL’Incorrect ou Boulevard Voltaire ». Sans nul doute. Mais où et comment s’est opérée la légitimation d’une telle presse ? Et surtout, quid du rôle d’autres médias dans la banalisation de l’extrême droite, et de Zemmour en particulier ? Bien sûr, à l’instar de nombreux commentateurs, Alexis Lévrier ne manque pas d’épingler Vincent Bolloré. À juste titre, tous dénoncent CNews et C8, vitrines et marchepieds de l’extrême droite.

Mais tous s’arrêtent là. L’affaire semble pourtant un peu plus compliquée… Car si Bolloré ou Valeurs actuelles sont d’intentionnels promoteurs de l’extrême droite, ils ne sauraient cacher la forêt des médias plus « installés » et de grande audience, dont le fonctionnement ordinaire et les logiques structurelles contribuent à la banalisation et à la légitimation de ces options idéologiques et de leurs représentants politiques.

Aussi faut-il urgemment prendre le contre-pied de ceux qui expliquent doctement que les soixante-quinze dernières années (depuis 1945) ont constitué une parenthèse au cours de laquelle l’extrême droite médiatique aurait été reléguée aux marges. Ou celui des commentateurs en vogue, laissant croire qu’une ligne éditoriale comme celle d’Europe 1 constituait un rempart à l’extrême droite et un modèle de pluralisme avant sa reprise en main brutale par Bolloré. Continuer à lire … « Constructions médiatiques et banalisation de l’extrême droite »

Quels systèmes alimentaires… demain ?

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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Plus que jamais, la convergence des crises et leur aggravation obligent à repenser nos systèmes alimentaires. Un consensus a émergé sur l’urgence d’une telle révision. Mais la portée des réformes à adopter suscitent de vives controverses. Contre les solutions technologiques des grandes firmes, vieilles recettes emballées dans une nouvelle rhétorique verte et transformiste, la société civile appelle à un changement radical de cap.

« La pandémie de coronavirus est venue tout différer, tout éclipser et tout révéler. C’est peu de l’écrire », note Bernard Duterme, en introduction d’un récent numéro d’Alternatives Sud consacré à l’urgence écologique (2020). Il en va de même de la lutte contre la faim et la malnutrition. En septembre 2015, après deux ans d’âpres négociations, la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies, adopte l’Agenda 2030 : les dix-sept Objectifs de développement durable. Elle s’engage alors solennellement à éradiquer la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition d’ici 2030. Moins de dix ans avant l’échéance, l’heure n’est plus à l’optimisme. Continuer à lire … « Quels systèmes alimentaires… demain ? »

Réflexions critiques #1 : Si t’aimes pas, t’écoute pas…

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Nous initions avec cet article une nouvelle série (dont la périodicité reste à déterminer), qui aura pour ambition de prendre un peu de recul sur notre activité de critique des médias, de s’extraire du flot médiatique qui nous impose, qu’on le veuille ou non, un rythme effréné bien fait pour empêcher toute réflexion théorique « de fond ». Tenter d’interroger les angles morts, les apories, les lacunes ou les malentendus que pourrait receler le travail que nous menons depuis 25 ans : tel est l’objectif ! Pour ce faire, nous partirons de réflexions, questions, commentaires, critiques et objections entendues lors des réunions publiques auxquelles nous participons, ou parfois dans l’espace médiatique lui-même où, faut-il le préciser, notre critique a mauvaise presse. Commençons donc cette série autour d’une objection régulièrement faite à notre activité, qui consiste à s’étonner, voire à s’offusquer qu’un rédacteur ou une rédactrice d’Acrimed passe autant de temps à lire, écouter et regarder des articles et émissions « juste pour les critiquer ». Ou plus brutalement dit : « Si vous n’aimez pas, ne consommez pas ». Continuer à lire … « Réflexions critiques #1 : Si t’aimes pas, t’écoute pas… »

Amazon, la valeur du travail et le lien entre logistique et finance (+ autre article)

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Les caractéristiques du paradigme Amazon sont liées à deux dimensions cruciales du capitalisme contemporain : la logistique, d’une part, et la finance, d’autre part. Caché derrière ceux-ci, le travail continue d’occuper une place centrale. Ma thèse est que le travail, la finance et la logistique ne peuvent être considérés séparément et je vais essayer d’identifier certains des liens qui les unissent.

Il faudrait commencer par dire qu’Amazon, après tout, n’a rien inventé de nouveau. La vente à distance et la distribution à grande échelle sont des phénomènes relativement anciens. Mais Amazon a changé le visage des deux, en les hybridant en quelque sorte. Dans les années 1990, la vente à distance et les supermarchés fonctionnaient encore sur des voies parallèles. La grande distribution était déjà un géant du capitalisme occidental depuis des décennies. Wal-Mart a ouvert son premier magasin en 1962 et est devenu, dans les années 1990, la plus grande entreprise américaine. Comme le rappelle Giovanni Arrighi dans son Adam Smith in Beijing (2009), en 1950, General Motors occupait cette place, représentant 3% du PIB américain. Quarante ans plus tard, Wal-Mart était devenu le plus grand employeur du monde, avec 1,5 million de salariés et un chiffre d’affaires représentant 2,3% du PIB américain. En 1994, lorsque Jeff Bezos a fondé Amazon, le pouvoir de Wal-Mart semblait hors d’atteinte. On en parlait de Wal-Mart de la même manière dont on parle d’Amazon aujourd’hui : un géant, le porte-drapeau d’un nouveau paradigme gestionnaire. Ses opposants dénoncent sa surpuissance commerciale et ses abus envers les travailleurs, proposant un démantèlement au nom des principes antitrust. Peu de gens, y compris Bezos et ses bailleurs de fonds avisés, imaginaient qu’un site web de vente à distance pourrait rivaliser avec Wal-Mart en un peu plus d’une décennie. Cela a été rendu possible, entre autres, par deux éléments : la croissance financière du secteur technologique et la révolution logistique. Continuer à lire … « Amazon, la valeur du travail et le lien entre logistique et finance (+ autre article) »

La violence n’est pas réductible à sa définition par des tenants d’un ordre intrinsèquement violent

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« Dans l’économie de la violence généralisée, les violences de la sphère politique classique, étatique, se combinent de façon continue et discrétionnaire avec celle de la globalisation du capital : logiques d’exclusion internes et externes aux Etats, régions entières où la guerre est endémique, opposition en miroir du capital comme religion et d’une religion politisée en un sens catastrophique et réactionnaire ». Dans leur présentation, Antonia Birnbaum, Marie Cuillerai et Frédéric Rambeau abordent, entre autres, la violence de la valorisation, « c’est son allure spécifique de contre-révolution sans ennemi, qui tend à reléguer toutes les aspirations qui lui sont hétérogènes vers un seuil impolitique », la mise à l’écart de la politique (comprise comme délibération démocratique) les guerres du Moyen-Orient, les violences et l’émancipation, « Aborder la violence du coté de la subjectivation politique oblige à poser un double problème : celui de la dimension d’affect de la violence, que sa limitation aux situations sociales qui l’expliquent ne peut que neutraliser ; et celui de l’exercice d’une violence juste, que sa formalisation juridique ne peut que refouler », la réduction des désordres « à l’ordre censé les produire », les formes et les répertoires populaires d’action collective, « Comment élaborer la relation d’antagonisme à l’adversaire politique sans reproduire ou mimer la courbure étatique des institutions existantes (ni retomber dans les caricatures qu’en proposent le gangstérisme) ? », les modalités de la subjectivation politique. Continuer à lire … « La violence n’est pas réductible à sa définition par des tenants d’un ordre intrinsèquement violent »

Des féministes rebattent les cartes du désir, de l’amour, des relations sexuelles

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« Comment faire ? Commençons par muer, décoller les peaux qui nous tiraillent, qui craquent de partout, ces oripeaux de la culture de domination ». Dans son éditorial, « Ensemble », ça se tricote, Sabine Panet parle de la différence entre apprendre et inculquer, du saisir par l’esprit, de connaissances et de mémoire, « En revanche, on peut apprendre, ensemble. Apprendre à désapprendre… Et réapprendre, pour mieux appréhender ensemble », de solidarités à tricoter, « Dans cette période grise où les espaces publics se sont racrapotés, où les lieux de croisement sont devenus étriqués, où la démocratie perd des plumes, rencontrons-nous pour apprendre »…

Dossier : L’amour au temps du patriarcat Continuer à lire … « Des féministes rebattent les cartes du désir, de l’amour, des relations sexuelles »

Le Syndicat de la magistrature

Avec l’aimable autorisation de la revue Les utopiques

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Le Syndicat de la magistrature (https://www.syndicat-magistrature.fr) a pour ambition de veiller à ce que l’autorité judiciaire puisse exercer sa mission en toute indépendance, d’agir pour la défense des libertés et des principes démocratiques et de sauvegarder les intérêts professionnels des membres du corps judiciaire. Il revendique à l’égard de tous les pouvoirs qui se sont succédés depuis sa fondation un droit de critique et une indépendance absolue. Dans un corps très syndiqué, le Syndicat de la magistrature est le deuxième syndicat représentatif, recueillant un quart à un tiers des voix aux élections professionnelles. Il est représenté dans les instances par ses élus au Conseil supérieur de la magistrature, à la Commission d’avancement, dans les instances de dialogue social nationales et locales.

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Fondé en 1968, le Syndicat de la magistrature est, dans sa profession, la première organisation à s’être constituée sous la forme syndicale.

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Le Syndicat de la magistrature reste attaché à ses positionnements originels qui associent étroitement la défense des intérêts des magistrats à celle des libertés et principes démocratiques qu’il considère comme indissolublement liés. Inscrivant son action dans l’ouverture à la société civile et au mouvement social, il s’attache ainsi à faire entendre une autre voix pour une autre justice. Il porte une vision offensive de la défense des magistrats dont le prolongement naturel se trouve dans la dénonciation sans concession des errements de la justice. Il intervient au cours du processus législatif et produit des analyses détaillées sur de nombreux projets de lois. Il exerce une importante action contentieuse, notamment devant les juridictions administratives : c’est le combat pour la justice par le droit. Indépendant et reposant sur des instances internes démocratiques, ouvertes à tous les magistrats, de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM) à la retraite, il s’appuie sur un travail d’approfondissement théorique constant et s’inscrit dans une dynamique internationale. Continuer à lire … « Le Syndicat de la magistrature »

Prendre en compte les sexes et le genre pour mieux soigner

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Dans le registre des oubliés : les femmes. Toujours premières de corvée lors de la pandémie, premières victimes des scandales sanitaire – Mediator, prothèses mammaires, implants Essure, etc. -, premières négligées du système de santé – endométriose, fibromyalgie, affections cardiovasculaires, etc. Qui peut avoir confiance dans une médecine aux mains d’un Ordre des plus rétrogrades, archaïques et machistes ? C’est le propos du dossier de ce numéro de Casse-rôles.

J’ai déjà signalé cette petite revue, féministe et libertaire, qui joue bien son rôle d’éducation populaire. Continuer à lire … « Prendre en compte les sexes et le genre pour mieux soigner »

Des barricades érigées, des barricades à renverser

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Dans son éditorial, Faire danser les bombes, Sabine Panet parle de Louise Michel du conseil de guerre et de sa condamnation à la déportation, d’autres femmes communardes condamnées, « Ambulancières, cantinières, soldates, blanchisseuses, institutrices ou « agitatrices », en armes ou non, partageaient ce rêve d’une révolution sociale, d’une mise en commun du pouvoir », d’expériences actuelles des « communs », des femmes de Greenham Common, des révoltes féministes…

« Amis, il pleut de la mitraille
En avant tous ! Volons, Volons !
Le tonnerre de la bataille
Gronde sur nous… Amis, chantons !
Versailles, Montmartre salue.
Garde à vous ! Voici les lions !
La mer des révolutions
Vous emportera dans sa crue
 » 
(Louise Michel, poème inachevé – La danse des bombes)

Continuer à lire … « Des barricades érigées, des barricades à renverser »

Les utopiques n° 18 : La prison : réalités et alternatives

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Le dossier de cette livraison est consacré à la prison. Il s’inscrit pleinement dans notre démarche : à la fois une revue syndicale, ouverte à tous les sujets et un outil de débat, donc où sont exprimées des idées parfois divergentes.

Cécile Marcel, directrice de la section française de l’Observatoire international des prisons, dresse un état des lieux. Julien Gonthier et Florent Cariou évoquent la problématique du travail des prisonniers et des prisonnières : rémunération, conditions de travail, droit syndical, etc., tout est loin des règles applicables au dehors de la prison. La situation sanitaire connue depuis plus d’un an n’est pas sans conséquences : propagation du virus, confinement interdisant les visites. Des prisonnières et prisonniers de Muret et la revue L’Envolée racontent… Continuer à lire … « Les utopiques n° 18 : La prison : réalités et alternatives »

Cécité médiatique et invisibilité des travailleurs et des travailleuses

 

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« Nous avions rêvé depuis longtemps – et vous aussi peut-être – d’un magazine imprimé – et régulier – d’Acrimed. Ce sera Médiacritique(s), un magazine trimestriel et coloré de 32 pages. » Quand, en octobre 2011, nous avions publié l’avis de naissance de notre magazine, nous étions loin de nous douter qu’un beau jour vous tiendriez entre vos mains réjouies son quarantième numéro ! Depuis, au gré des idées et des bonnes volontés, la revue, qui se présente depuis octobre 2019 sous les atours chatoyants d’une nouvelle maquette, s’est enrichie de nouvelles rubriques : « Maux médiatiques », « Loquace et local », « En roue libre », « Des lectures »… Elle s’est aussi étoffée, pour atteindre 48 pages. Elle a gardé son rythme de parution trimestriel, mais elle a surtout gardé son âme, ses objectifs et sa raison d’être : contribuer à diffuser nos analyses, nos critiques et nos propositions, et alimenter le débat sur la question médiatique. Continuer à lire … « Cécité médiatique et invisibilité des travailleurs et des travailleuses »